Voici l’état d’avancement des chantiers de barrages relevant de l’Agence du bassin hydraulique de Tensift

Le conseil d’administration de l’Agence du bassin hydraulique (ABH) de Tensift pour l’année 2024, tenu le mercredi 26 février, a été marqué par la présentation de l’état d’avancement des projets hydriques engagés et la planification de nouvelles initiatives pour faire face à la rareté des ressources en eau.

Parmi les projets en cours, plusieurs barrages stratégiques connaissent une avancée significative. Le barrage Ait Ziat, situé dans la province d’Al Haouz et d’une capacité de 185 millions de mètres cubes, a vu sa durée de réalisation réduite de 17 mois.

Le barrage Boulaouane à Chichaoua, dont la capacité atteint 66 Mm3, a également bénéficié d’une accélération des travaux, réduisant les délais de 6 mois.

En parallèle, le barrage moyen Tassa Ouirgane, d’une capacité de 3 Mm3, est en cours de construction dans le cadre du programme de développement des zones touchées par le séisme d’Al Haouz.

De même, le barrage collinaire Oulad Salem à Safi est en cours d’aménagement pour soutenir l’irrigation et l’abreuvement du cheptel.

Dans le cadre de la gestion des ressources en eaux souterraines, l’Agence poursuit l’application des dispositions du contrat de la nappe phréatique d’Al Haouz-Mejjat, notamment avec l’installation de 84 compteurs intelligents pour surveiller les prélèvements d’eau, l’acquisition de camions-citernes pour renforcer l’approvisionnement et la mise en place de 34 unités mobiles de traitement des eaux saumâtres.

Par ailleurs, quatre unités de dessalement de l’eau de mer ont été mises en place à Essaouira.

En raison de la persistance du stress hydrique, le bassin du Tensift a enregistré un déficit pluviométrique de 44,1% durant l’année hydrologique 2023-2024. En conséquence, plusieurs projets structurants ont été programmés.

La station de dessalement de Safi annoncée pour mars 2026

Parmi eux, le renforcement de l’approvisionnement en eau potable du Grand Marrakech via la station de dessalement de l’eau de mer de Safi, dont la mise en service est prévue en mars 2026. La poursuite des forages d’exploration et la construction de dix petits barrages complètent ces chantiers.

En outre, de nouveaux projets sont envisagés pour optimiser l’utilisation des ressources en eau. Il s’agit notamment de la préparation de contrats de gestion des nappes phréatiques de Meskala-Kourimat et Oulad Bousbaa, ainsi que de l’expansion de l’usage des eaux usées traitées pour l’irrigation des espaces verts de Marrakech avec, à l’étude, l’extension de cette mesure à Essaouira, Chichaoua, Tamnara, Oued Eddahab et Imintanoute.

En temps de pénurie, les eaux usées sont une alternative crédible : 100 Mm3 de potentiel annuel

Face à la pénurie d’eau, le Maroc n’a eu d’autres choix que de développer et multiplier les sources de l’offre hydrique. Outre les stations de dessalement et le transfert des ressources en eau pour équilibrer la cartographie hydrologique du pays, la réutilisation des eaux usées épurées (REUSE) est plus que jamais d’actualité. 

Ce n’est donc pas surprenant si la REUSE est l’un des cinq piliers du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI) 2020-2027, « notamment pour alimenter les 21 projets d’arrosage de golfs répartis dans 45 provinces et couvrant les 12 régions du pays », précise la Direction générale de l’hydraulique, relevant du ministère de l’Equipement et de l’eau. 

Au-delà des terrains de golf, les 100 millions de mètres cubes (Mm3) d’eau traitée visés par le PNAEPI, à l’horizon 2030, devraient également servir à l’irrigation des espaces verts et des terrains de sport. Mais aussi à l’usage industriel et à l’irrigation de certaines cultures vivrières et fourragères. Une ambition dont l’application est particulièrement avancée dans plusieurs villes du Royaume où le ministère de tutelle compte 158 stations d’épuration des eaux usées (STEP). 

Les grandes villes sont logiquement plus avancées

À Tanger et Tétouan, la société de gestion et de distribution de l’eau, Amendis, a économisé 6,3 Mm³ d’eau potable entre 2016 et 2021 grâce à la réutilisation des eaux usées, soit l’alimentation en eau potable d’une ville de 55.000 habitants. Cette réutilisation se fait à travers trois STEP : Tamuda Bay et Boukhalef 1 & 2. Amendis vise des économies de l’ordre de 2,8 Mm³ par an à partir de 2023. 

À Rabat et Casablanca, les STEP se multiplient également. Dans la capitale économique, le programme intégré de réutilisation des eaux usées traitées pour l’arrosage des espaces verts et des golfs, dans les communes de Casablanca et de Mohammédia, s’articule autour de six projets de traitement des eaux usées, de stockage, de transfert et de distribution des eaux usées traitées, portés par la société de développement local (SDL), Casablanca Baia : 

– projet mutualisé pour l’arrosage de la promenade maritime de la mosquée Hassan II et du Royal Golf d’Anfa ; 

– projet d’arrosage du parc de la Ligue arabe ; 

– projet mutualisé pour l’arrosage des espaces verts longeant l’autoroute urbaine (A3) et des parcs Alesco et Ben Msik ; 

– projet mutualisé pour l’arrosage du parc Moulay El Hassan, du jardin de la préfecture de  Mohammédia et du Royal Golf de Mohammédia ; 

– projet d’arrosage du parc du Pôle d’Anfa ; 

– projet mutualisé pour l’arrosage des parcs Isesco et l’Hermitage.

À Rabat, des stations sont en cours de construction. Mais d’autres sont déjà actives, comme la station de prétraitement des eaux usées (SPRET). En outre, 27 des 74 villes relevant du bassin hydraulique du Sebou sont dotées de stations d’épuration. Le taux de traitement des eaux usées en milieu urbain est de 59%, alors que celui des rejets industriels ne dépasse pas 30%. « L’objectif d’ici 2050 est de rabattre la pollution de plus de 70% », promet l’Agence du bassin hydraulique de Sebou (ABHS). 

Une expérience concluante à Tiznit

À Marrakech, « d’importants investissements ont été réalisés en termes de rationalisation de la demande et d’épuration des eaux usées afin de les réutiliser », a affirmé Nadia El Hilali, directrice générale de la Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Marrakech (RADEEMA), lors du Congrès international de l’eau, organisé à Fès, en juillet 2023. 

Pour preuve, entre 2012 et 2023, « 72 Mm3 d’eaux usées épurées ont été produites. Acheminées via 87 km de conduites opérationnelles, ces eaux ont permis d’arroser les jardins publics de la ville ocre, 15 golfs et surtout la palmeraie Oulja », a-t-elle précisé. 

De surcroît, comme nous l’indiquions dans un précédent article, la REUSE a été au cœur d’une expérience concluante à Tiznit. Située à moins de deux heures d’Agadir, la Station d’épuration des eaux usées de Tiznit permet désormais l’exploitation et l’irrigation de plusieurs dizaines de parcelles, longtemps abandonnées en raison de la pénurie d’eau qui sévit dans la région Souss-Massa.

Grâce à cette station, deux plantes fourragères, le sorgho et la luzerne, sont cultivées dans 665 parcelles sur une superficie de 433 ha : 207 ha sur la rive droite de l’oued Toukhsine, et 226 ha sur la rive gauche. La facturation s’établit à 0,50 DH, 0,75 DH ou 1 DH le m3.

Une pratique réglementée 

La réutilisation des eaux usées et des boues d’épuration est strictement encadrée par des textes réglementaires. Ainsi, la réutilisation de l’eau usée doit être conforme aux normes de qualité requises selon l’usage et l’exploitation, fixées par voie réglementaire.

Les eaux usées épurées ne doivent pas être réutilisées pour la boisson, la préparation, le conditionnement ou la conservation de produits ou denrées alimentaires. La REUSE ne doit pas non plus être autorisée pour le lavage ou le refroidissement des récipients ou autres objets destinés à contenir des produits ou denrées alimentaires.

En sus, toute réutilisation des eaux usées est soumise à autorisation de l’agence de bassin hydraulique, après avis de l’administration. À quelques exceptions près : 

– le recyclage interne des eaux usées par l’attributaire de l’autorisation ou de la concession de prélèvement d’eau ; 

– la réutilisation des eaux usées issues des dispositifs d’assainissement autonomes agréés. Cette utilisation doit être déclarée à l’agence de bassin hydraulique.

S’agissant de l’autorisation de réutilisation des eaux usées, sa durée ne peut dépasser 20 ans, renouvelable. Cette autorisation est suspendue ou révoquée sans indemnité dans les cas suivants : 

– si les eaux font l’objet d’une utilisation autre que celle autorisée ;

– en cas d’arrêt de l’épuration des eaux usées lorsque celle-ci est obligatoire ;

– en cas de détérioration de la qualité des eaux usées épurées.

Le taux de remplissage des barrages atteint 34,4%

Ce mercredi 8 mars 2023, le taux moyen de remplissage des barrages est de 34,4%. Selon la Direction générale de l’eau, les réserves globales du Royaume se situent à 5,55 milliards de mètres cubes (MMm3). Il y a un an jour pour jour, les réserves enregistrées atteignaient 5,27 MMm3 (32,7%). Soit exactement le même taux de remplissage que nous avions constaté le lundi 20 février 2023, lors de notre précédent point sur la situation des barrages.

En une quinzaine de jours, le taux de remplissage des barrages du Royaume a augmenté de 1,7 point de pourcentage, l’équivalent de 270 millions de mètres cubes. Les hausses les plus significatives ont été enregistrées au niveau des barrages Bin El Ouidane, Sidi Mohammed Ben Abdellah et Mansour Eddahbi. Quant aux réserves d’Al Massira, d’Al Wahda et du barrage Idriss Ier, elles ont légèrement augmenté, à l’inverse de celles d’Ahmed El Hansali.

Le barrage d’Al Massira principale desserte en eau potable de plusieurs villes

Les réserves du barrage Bin El Ouidane (14,1%), d’une capacité de 1,2 MMm3, ont augmenté de 24,8 Mm3 pour s’établir à un peu plus de 172 Mm3. Alimenté par deux cours d’eau, oued Ahansal et oued El Abid, Bin El Ouidane a bénéficié du ruissellement des eaux de la fonte des neiges qui ont recouvert les cimes du Haut Atlas central, notamment dans les localités de Zaouiat Ahansal et Aït Bouguemez.

« Ce ruissellement est également appelé ‘temps de concentration’. C’est la durée nécessaire à la goutte de pluie ou au flocon de neige le plus éloigné pour qu’il atteigne un barrage. Dans le cas de celui de Bin El Ouidane, il est de quelques heures seulement », explique à Médias24 une source de l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Errabia, dont relève également le barrage d’Al Massira.

Deuxième plus grand barrage du pays par la taille de son bassin de retenue (2,6 MMm3), Al Massira a vu ses réserves passer de 132,4 Mm3 (5%) à 156,8 Mm3 (5,9%) depuis le 20 février 2023. Une hausse peu significative, de l’ordre de 24,4 Mm3. En effet, « le barrage Al Massira est un grand barrage en termes de capacité de stockage ; il est donc plus difficile à remplir que d’autres », indique une source de l’ABH Oum Errabia.

« Pour que son taux de remplissage augmente significativement, il faut des apports importants. Or les dernières pluies n’ont généré qu’un faible apport de 3 à 4 Mm3 par jour. D’autre part, ses réserves subissent une forte pression, car il dessert en eau potable Marrakech, Safi, Casablanca, Settat et Berrechid. »

A la question de savoir si des lâchers d’eau sont prévus à partir du barrage Ahmed El Hansali vers celui d’Al Massira, notre interlocuteur précise que « pour l’instant, les ressources disponibles dans les barrages relevant de l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Errabia sont strictement réservées à l’approvisionnement en eau potable. Il n’y aura donc pas de lâcher d’eau ».

Une mesure appuyée par la diminution du taux de remplissage du barrage Ahmed El Hansali. D’une capacité de stockage de 668,2 Mm3, ses réserves sont passées de 76,5 Mm3 (11,4%) à 63,6 Mm3 (9,5%), soit une diminution de l’ordre de 12,9 Mm3.

Légère augmentation des réserves d’Al Wahda et Idriss Ier

Outre le barrage Bin El Ouidane, plusieurs grandes retenues d’eau du Royaume ont profité des récentes conditions météorologiques favorables. A commencer par le barrage Idriss Ier. D’une capacité de stockage de 1,1 MMm3, l’édifice a vu ses réserves (27,4%) augmenter de 15,4 Mm3.

Le barrage Al Wahda, plus grande retenue d’eau artificielle du Royaume (3,5 MMm3), est lui aussi concerné par cette hausse. Entre le 20 février (2 MMm3) et le 8 mars (2,1 MMm3), ses réserves ont augmenté de 100 Mm3.

Édifié en 1974 pour mobiliser les eaux des bassins versants des oueds Bouregreg, Grou et Korifla, le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah possède une capacité de retenue de l’ordre de 974,8 Mm3. Son taux de remplissage est passé de 26,9% (262,7 Mm3) à 29,6% (288,9 Mm3). L’équivalent de 26,2 Mm3 supplémentaires.

Enfin, dans la région Drâa-Tafilalet, le barrage Mansour Eddahbi a également tiré profit des dernières précipitations. Les réserves de ce barrage (29,9%), d’une capacité de 445,3 Mm3, ont augmenté de 20,4 Mm3 pour s’établir à près de 290 Mm3.