Placements. Les investisseurs se positionnent sur le moyen, long terme au détriment du court terme

La lettre du mois de juin de l’Association des sociétés de gestion et fonds d’investissement marocains (ASFIM) laisse apparaître une progression de 7,3% de l’encours sous gestion des OPCVM à 600,7 MMDH durant le premier semestre 2024.

Dans un contexte de baisse du taux directeur de Bank Al-Maghrib ayant fait baisser la courbe des taux, les chiffres de l’ASFIM montrent que le marché obligataire en a été impacté.

Les investisseurs privilégient le moyen, long terme plutôt que le court terme

D’un mois sur l’autre, l’encours a reculé légèrement de près de 1,5%. Un recul principalement porté par une baisse de 19,5% de l’encours sur le contractuel et de 11,2% sur l’obligataire court terme (OCT).

En effet, suite au recul des taux, les baisses les plus sensibles se sont concentrées sur le court terme. « De fait, les investisseurs ont tendance à effectuer une réallocation vers des durations plus importantes comme l’OMLT », nous explique un gestionnaire de portefeuille de la place.

Depuis le début de l’année, la collecte nette par classe d’actif a été forte sur l’OMLT, avec près de 20 MMDH, alors que la collecte nette sur l’OCT a reculé de 5,5 MMDH.

« Ce choix des investisseurs vient du fait qu’il y a une prise de risque supplémentaire pour profiter des rendements plus importants et de la baisse des taux éventuellement en cas de recul du taux directeur dans un contexte de baisse de l’inflation », poursuit notre source.

Une sensibilité obligataire plus forte sur l’OMLT

« Les investisseurs préfèrent aller vers des fonds plus sensibles », nous explique notre source. Ce sont donc des fonds qui rémunèrent mieux les placements effectués.

La sensibilité d’une obligation, c’est la variation du prix engendrée par la hausse ou la baisse du taux d’intérêt d’un point de base. « La sensibilité maximale de l’OCT est de 1,1 alors que celle de l’OMLT est supérieure à 1,1 », poursuit notre source.

Une obligation qui affiche une sensibilité de 2 par exemple, implique que sa valeur prendra 2% lorsque le taux directeur baissera de 100 pbs. Si le taux progresse de 100 pbs, la valeur de l’obligation perdra 2%.

En somme, plus la sensibilité est forte, plus l’obligation est risquée. Cependant, la rémunération est également plus attrayante.

L’incidence de la baisse du taux directeur sur le marché obligataire et actions

Le 25 juin, les marchés ont été surpris. La baisse du taux directeur de 25 points de base, décidée par Bank Al-Maghrib, n’avait pas du tout été anticipée par les investisseurs de la place. Dans un récent sondage réalisé par Attijari Global Research (AGR), les investisseurs de référence et les institutionnels avaient plutôt prévu le statu quo à 100%.

Désormais, la question se pose de savoir quels seront les effets de cette décision inattendue sur le marché actions et obligataire. L’annonce a eu un effet positif mardi sur le marché boursier, avec un MASI en hausse de 2,17% et un MASI20 en progression de 2,42%.

Une bonne nouvelle pour les gestionnaires de portefeuille obligataire

En effet, il faut rappeler le lien inverse existant entre le taux directeur et la valeur d’un portefeuille obligataire. Quand le taux directeur diminue, la valeur des actifs obligataires augmente.

« Quelques gestionnaires de portefeuilles obligataires ont dû faire de belles plus-values. C’est une bonne nouvelle », nous confiait un professionnel du secteur bancaire contacté après l’annonce de la Banque centrale.

Une version corroborée par un gestionnaire de fonds de la place qui nous explique que, sur le plan obligataire, un effet positif sera ressenti. « L’impact direct sera une appréciation mécanique des actifs car la courbe des taux va baisser, notamment le court terme qui baissera de façon similaire au taux directeur. Le long terme baissera moins, mais la tendance est là. Tout le monde avait pricé une baisse du taux directeur, mais sans connaître le timing. Cela arrive plus tôt que prévu ».

« La performance de chaque portefeuille dépend de l’exposition en duration. À titre d’illustration, le Moroccan Bond Index (MBI) a une duration de 5,5 années. Si l’on price une baisse de 20 pbs en moyenne, cela va donner une hausse de 1,1% cette semaine, ce qui est une performance assez exceptionnelle ».

La baisse a également été bénéfique au marché actions à la séance du mardi. Mais cela va-t-il durer ? Au global et à moyen terme, notre gestionnaire pense que le marché actions devrait bénéficier de la baisse du taux directeur, et surtout du climat positif qui prévaut sur le plan économique.

Le marché actions offre de belles perspectives

Les variations du taux directeur impactent le marché actions en plus de l’obligataire. Mais quelle sera l’incidence de cette baisse ?

Notre interlocuteur rappelle que « quand il y a baisse des taux, il y a deux choses qui impactent le marché actions. C’est mécanique. La première, c’est une baisse des taux d’actualisation. Donc, au niveau fondamental, les valorisations des entreprises vont s’apprécier. C’est comme l’obligataire. Une fois que le taux d’actualisation diminue, mécaniquement, la valeur fondamentale des entreprises progresse ».

Un autre effet observable sur le long terme, qui pourrait être bénéfique au marché actions, est la baisse des coûts de financement pour les entreprises cotées. Cela pourrait améliorer les résultats et dynamiser la croissance de l’économie. « Cela viendra par la suite avec une politique monétaire qui est assouplie et qui fait que les opérateurs sont plus enclins à investir », poursuit notre source.

Rappelons que déjà en période de resserrement monétaire, l’an passé, la tendance des résultats était haussière et la bourse a fait preuve de résilience. Malgré la hausse du taux directeur de 150 pbs, les bénéfices des entreprises cotées ont progressé en 2023 de 10,5% à près de 35,3 MMDH.

Il faut également noter que le taux directeur ne fait pas tout dans les facteurs qui influencent positivement la bourse. L’intégralité du communiqué de Bank Al-Maghrib est à prendre en compte. « Il y a d’autres éléments. Notamment les bonnes perspectives de croissance économique – revues à la hausse –, la stabilité du compte courant, la stabilité des matières premières, etc. Les investisseurs perçoivent beaucoup de signaux positifs », souligne notre source.

Avec une courbe des taux qui va être amenée à baisser, cette baisse du taux directeur créera-t-elle un effet de détournement du marché obligataire vers le marché actions ? Pour notre gestionnaire, ce ne sera pas vraiment le cas. « Tout dépend de l’horizon de placement de l’investisseur. Quelqu’un d’intéressé par le court terme ne devrait pas être dans ces classes d’actifs. Le marché actions, en tenant compte de la dynamique de croissance et d’investissement, recèle beaucoup de potentiel sur les cinq prochaines années ».

En somme, la baisse de 25 pbs du taux directeur n’est pas l’élément qui va déterminer un arbitrage entre le marché obligataire et actions. « Avant la baisse, le rendement moyen du MBI était de 3,6%. Désormais, cela va baisser à 3,4% environ. Autant dire que ce n’est pas une telle variation qui va faire changer la stratégie d’un investisseur », conclut notre source.

Immorente Invest prévoit une croissance de près de 10% des loyers collectés en 2024

Depuis son entrée en bourse en 2018, Immorente Invest a pu se distinguer comme une valeur offrant l’un des dividendes les plus constants et attractifs de la place. En période d’inflation où le rendement réel des placements est affecté, elle est restée l’un des meilleurs placements de la cote.

D’après les derniers chiffres disponibles à fin septembre, les revenus du groupe progressaient de 3,6% à 52,2 MDH. Les loyers, eux, passaient de 44,4 MDH à 46,2 MDH sur 12 mois glissants.

L’année 2023 a également été marquée par plusieurs investissements, notamment dans une usine à Tanger pour un montant de près de 110 MDH, puis un autre de 130 MDH dans l’extension d’une usine dans la zone d’accélération industrielle de Kénitra. Le groupe a également diversifié son portefeuille en incluant un nouveau locataire dans le secteur de la santé, à la suite d’un investissement de 50 MDH dans l’OPCI Syhati Immo.

Contacté, le directeur général du groupe, Khalil Mengad, revient sur l’année écoulée, les perspectives qui se dressent cette année grâce aux investissements réalisés, et l’impact de la conjoncture inflationniste sur les locataires du groupe.

Nous avons porté notre intérêt depuis 2020, principalement sur les segments industrie, logistique et santé afin de rééquilibrer notre portefeuille

Médias24 : Immorente Invest a annoncé plusieurs investissements lors du dernier trimestre 2023 pour un montant de près de 300 MDH, dont 160 millions déjà réalisés. Quelle stratégie est adoptée pour identifier et choisir vos investissements ?

Khalil Mengad : La stratégie d’investissement d’Immorente Invest s’aligne parfaitement avec son business modèle, qui vise à constituer un portefeuille immobilier de premier ordre, bien situé, avec des baux et des locataires solides, assurant ainsi une distribution résiliente de rendements à nos actionnaires.

Notre stratégie d’investissement repose sur plusieurs critères clés, notamment l’emplacement premium des actifs, la qualité de leur construction et l’architecture adaptée aux besoins des locataires, ainsi que la solidité des locataires et leur secteur d’activité. Nous avons d’ailleurs porté notre intérêt, et ce depuis 2020 principalement, sur les segments industrie, logistique et santé afin de rééquilibrer notre portefeuille.

Les deux segments les plus importants demeurent les bureaux et l’industrie. L’idée est d’avoir un équilibre. Quand on est dans l’investissement immobilier, les montants sont importants ; donc quand on achète des bureaux, le poids de ces derniers dans le portefeuille se renforce fortement. C’est ce qui s’était passé à l’époque. Nous avions investi dans des bureaux, et cela avait fait monter la part à 75% du portefeuille. Là, il s’agit d’un rééquilibrage du portefeuille vers l’industrie.

Source : Immorente Invest

 

– Est-ce que ces nouveaux actifs sont loués ?

– Oui, ils sont tous loués. Immorente Invest fait partie des foncières distributives et, par conséquent, investit dans des actifs immobiliers ayant déjà des locataires. Ainsi, nous privilégions trois mécanismes d’investissement qui garantissent la présence de locataires dès l’acquisition :

  1. Acquisition d’actifs immobiliers loués : Nous ciblons des actifs déjà occupés par des locataires solides, assurant ainsi un flux de revenus immédiat pour nos investisseurs.
  2. Build-to-suit : Cette méthode consiste à construire des biens immobiliers sur mesure pour des locataires spécifiques, selon leurs besoins précis et conformément à un cahier des charges défini. Cela nous permet de répondre aux demandes spécifiques des locataires et de garantir leur engagement à long terme.
  3. Sale & Lease Back : Nous procédons à l’acquisition d’actifs immobiliers auprès d’acteurs économiques qui demeurent dans ces locaux en passant du statut de propriétaire à celui de locataire. Cette approche offre aux entreprises une alternative pour mobiliser des fonds tout en restant dans leurs installations existantes.

Ces stratégies nous ont permis d’accueillir des locataires prestigieux au sein de notre portefeuille, tels que Aptiv, FRI (master franchisé de McDonald’s), Huawei, Groupe Société Générale, BUTEC, etc. Nos nouveaux investissements accueillent des locataires de renom tels que SFC, Faurecia, deux multinationales dans le domaine de l’automobile, ainsi que le groupe Akdital, premier opérateur de santé au Maroc. Cette approche nous assure la stabilité des revenus locatifs et renforce la valeur de notre portefeuille immobilier.

– Est-ce que d’autres acquisitions sont dans le pipe en 2024 ?

– Immorente Invest travaille constamment sur de nouveaux investissements principalement dans des segments porteurs tels que l’industrie, la logistique et la santé pour accroître la taille de son parc immobilier.

Historiquement, le parc immobilier d’Immorente s’est agrandi à un rythme de près de 200 MDH toutes les deux années. Nous souhaitons doubler le montant d’investissement pour la période 2023-2024 pour dépasser un montant de 400 MDH.

En 2023, nous avons investi pour 160 MDH à travers :

En 2024, la construction d’une extension d’usine dans la zone d’accélération industrielle de l’Atlantic Free Zone à Kénitra et la poursuite de notre investissement dans la santé totaliseront près de 280 MDH.

En 2025, nous anticipons une augmentation des loyers de près de 25% par rapport à 2023

– Quelle est la prévision de chiffre d’affaires additionnel apporté par les nouveaux investissements pour l’année en cours ?

– Grâce aux investissements récents, Immorente Invest prévoit une croissance de près de 10% des loyers collectés en 2024, résultant de l’élargissement de son portefeuille immobilier. Il convient de noter que cette estimation ne tient pas compte de toutes les retombées des investissements actuellement en construction.

En 2025, une fois que les investissements en cours de construction auront atteint leur plein potentiel, nous anticipons une augmentation des loyers de près de 25% par rapport à 2023.

L’investissement et l’élargissement du portefeuille d’actifs demeurent des priorités essentielles

– Quels sont les grands chantiers qui seront au centre de vos préoccupations en 2024 ?

– Immorente Invest a pour objectif primordial la distribution d’un rendement résilient et régulier à ses actionnaires et pour ce faire, l’investissement et l’élargissement du portefeuille d’actifs demeurent des priorités essentielles.

En ce sens, la finalisation de la construction de l’usine située à Kénitra constitue l’un des chantiers majeurs pour l’année 2024, avec une livraison prévue au cours du deuxième semestre. Parallèlement, nous travaillons activement sur d’autres investissements que nous aspirons à conclure au cours de cette même année.

Outre ces efforts d’expansion, d’autres enjeux demeurent importants, notamment l’accompagnement attentif de nos locataires, la commercialisation de certains locaux, ainsi que le maintien de la qualité de nos actifs. Ces actions combinées visent à assurer la continuité à long terme de notre distribution régulière de rendements à nos actionnaires et à renforcer la résilience de l’entreprise face aux défis conjoncturels.

– La valeur est reconnue pour afficher l’un des rendements les plus solides de la cote depuis plusieurs années. Comment expliquez-vous ce résultat et le fait que le cours demeure stable au fil des ans ?

– Immorente Invest, dès sa constitution en 2011, avait pour objectif d’être une foncière distributive offrant un rendement attractif et régulier à ses actionnaires. Depuis lors, la société a établi un solide historique de rendement entre 5 DH et 6 DH par action.

Ces rendements positionnent la société parmi les meilleures valeurs de rendement en comparaison avec le marché obligataire et boursier, tout en présentant un profil de risque limité grâce à un sous-jacent immobilier professionnel premium et à des locataires de premier rang.

Le cours d’Immorente invest a évolué durant les trois dernières années entre 91 DH et 115 DH, souvent influencé par l’environnement des taux. Dans un contexte de taux bas, le rendement de Immorente Invest regagne d’intérêt et son cours augmente, a contrario dans un contexte de taux hauts, le cours subit une pression à la baisse.

Tous les investissements annoncés ont été faits avec de la dette, donc nous allons recommencer à voir l’effet du levier financier sur le rendement

– On observe cependant que le rendement distribué baisse depuis 2020, passant de 6,5 DH par action à 5 DH par action en 2024. Quelle est la raison à cela ?

– On distingue plusieurs éléments. Il y a un rendement qui progresse de façon naturelle dès que l’on investit en utilisant de la dette. C’est l’effet de levier. Il se trouve que nous avions fait une augmentation de capital en 2020 et nous n’avons pas du tout utiliser de levier financier depuis lors. Nous n’avons fait qu’investir les capitaux propres que nous avons levés.

C’est pourquoi la tendance est baissière. Mais là, nous avons investi l’ensemble des capitaux levés en 2020. Tous les investissements annoncés ont été faits avec de la dette, donc nous allons recommencer à voir l’effet du levier financier sur le rendement.

– Avec la crise engendrée par le Covid et les difficultés causées par l’inflation, vos locataires ont-ils rencontré des difficultés de paiement ? Ont-ils dû quitter les lieux pour certains ? Comment anticipez-vous les difficultés conjoncturelles de vos locataires ?

– La majeure partie de nos locataires ont fait preuve de résilience face à la crise du Covid. Nous en avons accompagné quelques-uns en proposant l’étalement des loyers. Nous n’avons pas constaté de difficultés majeures quant à la collecte des loyers, ni de départ de locataires en raison de ce contexte, sauf pour le magasin ayant eu une fermeture obligatoire durant le confinement.

De même, durant l’épisode inflationniste, nous constatons une forte résistance de nos locataires, constitués à plus de 90% par des multinationales tournées vers l’export ou de grands groupes marocains.

Nous demeurons à l’écoute de nos locataires et ne prévoyons pas de difficultés majeures chez la plupart d’entre eux. Notre approche proactive et notre engagement continu à soutenir nos locataires sont essentiels pour maintenir la stabilité de notre portefeuille immobilier et assurer des relations durables avec nos locataires.

– Pourquoi s’être ouvert au secteur de la santé, en particulier dans votre diversification de portefeuille ?

Pour nous, en tant que propriétaire foncier, nous visons la sédentarité des locataires dans ces actifs-là. Une clinique qui s’installe a tout intérêt à rester le plus longtemps possible dans cet actif. Il y a une visibilité à long terme qui correspond à ce que l’on recherche.

C’est d’ailleurs une vision également de long terme avec le segment industriel. Les baux signés avec les industriels sont longs, globalement d’une dizaine d’années, alors que les baux dans le segment ‘bureau’ sont de trois ans renouvelables.

Maroc Telecom : crainte des investisseurs et potentielle réduction de voilure des OPCVM

L’annonce de la condamnation de Maroc Telecom a refroidi le titre lors de la séance du 29 janvier. Le cours de l’opérateur historique a chuté de 9,99% à 93,61 dirhams. Le tribunal de commerce de Rabat a en effet rendu son jugement dans l’affaire opposant Maroc Telecom à Wana Corporate, propriétaire de la marque Inwi, pour pratiques anticoncurrentielles, comme l’a révélé en primeur et en détail Médias24.

Une indemnisation colossale a été décidée en faveur de Wana pour un montant de près de 6,4 MMDH. Une nouvelle qui a affolé les investisseurs et assombri la visibilité sur l’activité du groupe. Notons cependant qu’il s’agit d’un jugement dont le groupe compte faire appel. De fait, aucune sanction pécuniaire ne doit être versée par Maroc Telecom pour le moment à Wana Corporate.

Les déboires judiciaires ne sont donc pas encore terminés et une certaine inquiétude est palpable sur le marché, notamment concernant la visibilité financière du groupe.

Une somme qui laisse planer l’absence potentielle de dividendes

Déjà depuis quatre ans, le groupe Maroc Telecom a été assujetti à deux sanctions pécuniaires lourdes. D’abord en 2020, avec l’amende de 3,3 MMDH prononcée par l’ANRT pour « abus de position dominante », en lien avec le processus de dégroupage de la boucle locale. Puis, une lourde sanction en juin 2022 avec une seconde amende de 2,4 MMDH de l’ANRT pour « pratiques discriminatoires contre les concurrents ».

Auparavant, le groupe affichait un payout de 100%, mais depuis quelques années, le titre perd en attractivité du fait, notamment, qu’il affiche un rendement moindre qu’auparavant. Notons également que le groupe affiche un potentiel de croissance sur le marché local limité, avec un environnement concurrentiel de plus en plus virulent.

De fait, le montant annoncé par le tribunal de commerce de Rabat a refroidi une partie des investisseurs. Contactée, une source de la place nous explique : « 6,4 MMDH, c’est une somme énorme, nettement supérieure au résultat net annuel du groupe. Ce qui inquiète également le marché, c’est que ce cas fait jurisprudence et qu’il y a possibilité qu’un opérateur comme Orange fasse de même que Wana Corporate. » Pour rappel, le RNPG du groupe est passé de 6 MMDH en 2021 à 2,75 MMDH en 2022. Ajusté de l’amende, il se fixait à 5,82 MMDH.

« Ce qui taraude les investisseurs, c’est surtout l’impact que cette sanction aura sur la distribution de dividendes du groupe. Si confirmation il y a, cela pourrait avoir un effet non négligeable pendant un bon moment », poursuit notre interlocuteur.

Une potentielle réduction de la voilure chez les OPCVM

Le temps nous dira si la baisse du cours se matérialisera à court ou moyen terme. Pour notre interlocuteur du marché, les perspectives du titre en bourse sont globalement médiocres. « Il faut se rappeler que la première fois que l’amende a été évoquée, le cours a chuté jusqu’à 75 dirhams, pour une plainte évaluée à 6,7 MMDH. Désormais, le verdict est tombé avec des dédommagements demandés à hauteur de 6,4 MMDH environ. On peut imaginer que la valorisation, par le marché, du titre Maroc Telecom retombe à ce niveau-là », souligne-t-il.

De plus, notre source évoque le risque d’une aggravation des litiges juridiques. Factuellement, le cas peut faire jurisprudence et ouvrir la porte à d’autres acteurs du secteur. « Les perspectives sont assez sombres. Entre cette sanction, la possibilité qu’Orange emprunte le même chemin que Wana et les licences et investissements à venir sur la 5G, le bout du tunnel paraît loin », poursuit notre interlocuteur.

Et, à l’instar de ce qu’il s’est produit il y a quelques mois, le risque d’une telle nouvelle pourrait faire baisser le cours et amener la valeur en deçà des 10% du MASI. Cette descente sous le seuil des 10% n’est pas anecdotique car elle impacte directement les gérants de portefeuille. En effet, comme l’indique l’arrêté du ministre des Finances et de la privatisation n°250-05, « un OPCVM ne peut employer plus de 10% de ses actifs en valeurs mobilières d’un même émetteur. Cependant, un OPCVM peut toutefois, porter la limite de 10% à un maximum de 15% pour les titres de capital d’un même émetteur. Ce pourcentage concerne uniquement les titres de capital cotés dont la pondération dans l’indice boursier de référence, tel que calculé et publié par la Bourse des valeurs, dépasse 10% ». En somme, un OPCVM ou un fonds de gestion ne peut pas s’exposer à plus de 10% de la valeur de leur portefeuille sur des titres dont le poids dans le MASI n’est pas supérieur à 10%.

« Mécaniquement, certains investisseurs devront liquider et les acheteurs achèteront en insécurité, car c’est plus d’un an de résultat net qui pourrait être demandé en termes de dédommagement. Durant la séance du 30 janvier, le titre a légèrement rebondi en affichant +1,51%. Il est possible que le titre soit défendu par les OPCVM pour ne pas avoir de dépassement car sinon, cela déclenche un mécanisme de vente de leurs surexpositions supérieures à 10% », conclut-il.

Notons qu’à la bourse de Paris, le titre a reculé de 8,5% en deux jours, passant de 9,45 euros l’action à 8,65 euros l’action.

Salon de l’épargne : l’OPCVM, idéal pour investir l’épargne grand public

L’épargne est un sujet qui intéresse de nombreux individus en quête de donner un sens à leur argent ou de préparer leur avenir ou celui de leurs enfants. Ce vendredi 3 novembre, nos confrères de Finances News Hebdo et Boursenews organisaient le premier Salon de l’Épargne au Hyatt Regency de Casablanca.

Une occasion pour des particuliers de venir se renseigner et rencontrer des grands collecteurs d’épargne, banques et assurances pour venir y découvrir les offres disponibles afin d’effectuer des placements intéressants.

L’événement a également donné la possibilité d’assister à des conférences sur cette même thématique et de découvrir les meilleurs moyens d’investir qui s’offrent au citoyen. L’un de ces moyens d’investissement d’épargne a été abordé par Reda Hilali, directeur général de Wafa Gestion et actuel président de l’ASFIM. La thématique abordée par le gérant était « L’épargne programmée : planifier aujourd’hui pour sécuriser demain ».

De l’importance d’épargner, surtout en temps inflationniste

Le premier constat dressé par Reda Hilali est que l’épargne est faible au Maroc. Le Marocain, en plus d’épargner peu, épargne sporadiquement. Une habitude qui mine la performance de son portefeuille. En plus de cela, il a une appétence limitée pour le risque.

Or, l’épargne a son importance et le directeur de Wafa Gestion en a profité pour prodiguer quelques conseils aux particuliers qui recherchent les meilleures solutions pour financer leurs projets, qu’ils concernent l’immobilier, les études de leurs enfants ou leur retraite. Notamment par le biais de l’investissement. La question étant : comment profiter de la pertinence du marché de façon optimale ?

« Un argent non investi perd son pouvoir d’achat. Nous l’avons bien vu au cours des 18 derniers mois avec l’inflation. Forcément, l’épargne oisive perd son pouvoir d’achat, d’où l’intérêt de pouvoir investir son épargne », explique Reda Hilali.

Pour cela, un épargnant dispose de plusieurs options dont la bourse, à savoir sortir directement sur les marchés avec des produits en ligne qui permettent à tout un chacun de pouvoir investir. Cependant, cela requiert un certain niveau de connaissance, d’analyse pour pouvoir faire les bons choix. L’option la plus pratique reste l’OPCVM, l’organisme de placement collectif en valeurs mobilières. Une solution plus pratique qu’un accès direct à la bourse.

L’OPCVM, le véhicule idéal pour l’investissement de l’épargnant 

Avant l’investissement d’une partie de son épargne sur le marché, un grand nombre de questions doivent être posées. « Premièrement, quel est notre profil de risque ? A-t-on le temps d’analyser le marché ou la valeur sur laquelle on souhaite investir ? Quelle est sa politique de distribution ? Est-ce le bon moment d’investir sur le marché ? Beaucoup d’investisseurs particuliers investissent directement en Bourse, mais pour le grand public, ce n’est probablement pas la meilleure option« , souligne de DG de Wafa Gestion.

Un OPCVM permet en somme de sous-traiter l’effort de connaissance de marché nécessaire à la réalisation de l’investissement. C’est une délégation du processus à des professionnels. « Quand un épargnant investit dans un OPCVM, il fait partie d’un ensemble d’investisseurs qui a plus de pouvoir pour négocier de meilleurs frais de transactions. De plus, on confie ce portefeuille à des gens qui ont le temps, l’énergie, les équipe et l’expérience pour analyser le marché et prendre les bonnes décisions, ce que l’on n’a pas nécessairement le temps de faire en tant que particulier », poursuit-il.

L’OPCVM permet également d’avoir de fait un investissement diversifié, qui fait partie des fondamentaux de l’investissement. De plus, les OPCVM sont des véhicules liquides qui permettent au particulier de retirer son argent quand bon lui semble.

Au-delà de ça, l’industrie pèse lourd. Près de 573 MMDH sont investis à travers ces véhicules, soit 40% du PIB national, dont plus de la moitié (52%) détenus par les institutionnels. « Cela représente un gage clair de fiabilité et de professionnalisme », note Reda Hilali. Parallèlement, il faut préciser que les particuliers ne détiennent que 7% des parts d’OPCVM. Une marge de progression existe bel et bien.

Mais désormais, comment bien investir ? Faut-il tout miser d’un coup ? Y aller progressivement ? À cela, Reda Hilali donne des réponses.

L’investissement fructueux est un exercice qui implique une grande discipline

L’investissement est une chose, mais l’investissement régulier en est une autre. Pour le DG de Wafa Gestion, « à partir du moment où l’investissement est fait de façon automatique, régulière et disciplinée, vous n’avez pas grand-chose à craindre même sur des actifs volatils. Mais il faut une discipline militaire. Par exemple, investir le même montant chaque mois, une méthode appelée le Dollar Cost Averaging, qui a prouvé sur plusieurs décennies que cela paie, permet de limiter les baisses de façon importante et est adapté au plus grand nombre », explique-t-il.

Un investissement régulier sur une durée longue connaîtra des cycles de marché, à la hausse comme à la baisse. « La régularité et la discipline permettent de profiter des phases de hausse, puis quand ça baisse, cela peut représenter un bon point d’entrée. Cela permet aussi de prendre d’avantage de risque. Je pense qu’étant donné la structure des placements que l’on voit, dominée par les produits de taux, nous ne prenons pas suffisamment de risques, probablement à tort », explique Reda Hilali.

Plusieurs produits existent pour faire des investissements intéressants comme les assurances-vie en unités de comptes. Mais la discipline fait le succès. Le DG de Wafa Gestion a présenté des résultats de simulations le démontrant. « Nous avons fait des simulations classiques basées sur un investissement de 1.000 dirhams par mois pendant dix ans. Au bout de dix ans, que se passe-t-il ? Nous avons pris des simulations sur les vingt dernières années dépendant des profils avec une appétence au risque et avec une aversion au risque », explique-t-il.

Il s’avère que sur des investissements orientés exclusivement sur des produits taux, peu risqués et qui rémunèrent assez peu, le gain médian à terme se situe autour de 27,8%. Si ces investissements identiques en termes de montant et de durée sont orientés sur des produits plus à risque avec une balance 50% obligataire et 50% action, le gain médian va grimper à 32%. « En investissant de manière régulière, quelle que soit la période que l’on prend sur le marché marocain de 2004 à maintenant, quoi qu’il arrive, les gains augmentent en prenant plus de risque », conclut-il.

Faute de gestion : focus sur l’action en comblement du passif

Diriger une entreprise est une responsabilité qui recèle des risques. L’action en comblement du passif en est un exemple. Derrière cette expression barbare, une sanction qui vise les dirigeants à la gestion hasardeuse, et qui peut affecter drastiquement leur patrimoine personnel.

Le mécanisme est encadré par le Code de commerce. Il concerne précisément les entreprises en difficulté. « Lorsque la procédure de redressement ou de liquidation judiciaire concernant une société commerciale fait apparaître une insuffisance d’actif, le tribunal peut, en cas de faute de gestion ayant contribué à cette insuffisance d’actif, décider que cette dernière sera supportée, en tout ou en partie, avec ou sans solidarité, par tous ses dirigeants ou seulement certains d’entre eux. » (Article 738 du CC).

Dans la pratique, les dossiers de comblement de passif ne sont pas fréquents. Mais font progressivement leur place dans les juridictions commerciales. Les seuls chiffres disponibles remontent à 2021 : 50 affaires. Ce bilan couvre uniquement les dossiers où la sanction a été requise par un procureur. Comme évoqué dans d’autres articles, le ministère public se pose de plus en plus comme un acteur majeur des procédures de difficulté, notamment sur le volet coercitif.

L’expertise judiciaire en appui

L’initiative n’est pas l’apanage du parquet. Le syndic chargé de la procédure est très souvent à l’origine de ce type de dossiers. C’est ce qui ressort d’un échantillon de jugements consultés par Médias24. Il s’agit, pour la plupart, de décisions rendues par le tribunal de commerce d’Agadir, une juridiction très active en la matière.

Que peut-on retenir de ces jugements ? Que le tribunal s’appuie systématiquement sur une expertise judiciaire. Laquelle identifie les dirigeants concernés, détermine la période de leur mandat, énumère les fautes commises et leur impact sur l’actif de la société.

Pour une société anonyme, les membres du conseil d’administration font souvent les frais de ces procédures. Qu’en est-il du président du conseil d’administration ? Un des jugements consultés identifie ce dernier comme « dirigeant effectif » lorsqu’aucun procès-verbal d’assemblée générale ne permet de tracer sa désignation.

Les fautes épinglées renvoient, dans plusieurs dossiers, à des cas de comptabilité fictive, irrégulière, incomplète ou incorrecte. Voire à l’absence de comptabilité.

Ne pas payer les loyers est une faute de gestion

Sur certaines affaires, le dirigeant s’est vu reprocher le « non-paiement des loyers conduisant à l’éviction de l’entreprise », ce qui signifie la déperdition du fonds de commerce. « Manquer de diligence sur le recouvrement des créances » est également un grief.

L’exemple le plus récurrent est celui de « la poursuite abusive d’une exploitation déficitaire, qu’elle obéisse ou non à un intérêt personnel du dirigeant ».

Cas réel : un chef d’entreprise qui n’a sollicité le redressement judiciaire qu’en 2014, alors que sa société enchaîne les résultats déficitaires depuis 2009. La loi l’oblige à demander l’ouverture d’une procédure de difficulté dans un délai de 30 jours après la constatation de la cessation de paiement. Dans les faits, cette règle n’est que rarement respectée. Son omission est pourtant passible de déchéance commerciale.

Sur les dizaines de jugements analysés, on relève une fourchette de sanctions allant de 7 à 92 MDH.  Théoriquement, ces « sommes versées par les dirigeants » sont censées entrer « dans le patrimoine de l’entreprise ». Si celle-ci est en redressement, l’argent est affecté selon le « plan de continuation » validé par le tribunal. En cas de liquidation, les « sommes sont réparties entre tous les créanciers au marc le franc ».

L’action en comblement du passif n’aboutit pas toujours à une sanction. Car encore faut-il en formuler la demande en respectant le délai de prescription. Ce délai est de trois ans « à compter du jugement qui arrête le plan de continuation ou de cession ou, à défaut, de la date du jugement qui prononce la liquidation judiciaire ».