Transfèrement d’Escobar, voitures entreposées au WAC et faux témoignages : les explications de Saïd Naciri

Après avoir longuement examiné les accusations d’escroquerie présumée liées aux biens de Hadj Ben Brahim, alias le Malien, la cour s’est penchée sur d’autres volets du dossier impliquant Saïd Naciri. Une étape attendue, qui a permis de lever le voile sur plusieurs éléments ayant suscité un vif intérêt auprès de l’opinion publique marocaine durant la phase d’instruction.

Bien que cette dernière soit couverte par le secret, de nombreuses rumeurs et fuites ont circulé à l’époque. Certaines évoquaient des véhicules importés de Chine appartenant au Malien entreposés dans le parking du complexe Benjelloun du Wydad Athletic Club. Pour rappel, des véhicules similaires avaient été saisis lors d’une opération de lutte contre le trafic de drogue, entraînant l’arrestation de Hadj Ben Brahim, propriétaire de l’entreprise importatrice.

D’autres faisaient état d’employés du club licenciés par Saïd Naciri après avoir témoigné contre lui. Durant la même période, des extraits de procès-verbaux de la police judiciaire contenant des retranscriptions d’échanges téléphoniques entre Saïd Naciri et Hadj Ben Brahim, alors incarcéré, avaient également circulé sur les réseaux sociaux.

Face à la cour, ce vendredi 16 mai, Saïd Naciri a présenté sa version des faits : les circonstances dans lesquelles ces voitures se sont retrouvées dans les locaux du club, les raisons qui ont poussé certains anciens employés à témoigner contre lui, et s’il les a effectivement licenciés en représailles. Autant de questions auxquelles il a apporté son éclairage lors de cette audience très attendue.

Aide financière ou escroquerie ?

10h08. Le président Ali Torchi ouvre l’audience par la lecture d’une retranscription d’écoute téléphonique entre Saïd Naciri et Hadj Ben Brahim. Le but étant de permettre à Saïd Naciri d’expliquer ses propos.

La conversation porte, dans un premier temps, sur une somme de 20.000 dirhams que Hadj Ben Brahim a demandée à Saïd Naciri pour la remettre à une femme. Ce dernier explique devant la cour que son interlocuteur, alors en détention, lui aurait fait part de ses difficultés financières.

Selon Saïd Naciri, une femme prénommée Fadwa s’était présentée à lui, affirmant être l’épouse de Hadj Ben Brahim. “Je lui ai demandé comment cela se faisait, car la seule femme que je connaissais de lui était son ex-épouse”, raconte-t-il. “Elle m’a expliqué qu’elle vivait au Mali, qu’ils avaient un enfant ensemble atteint d’un handicap, et qu’il avait besoin de soins. C’est pour cela qu’elle m’a demandé une aide financière”.

Le président Torchi poursuit la lecture du document et aborde un passage plus sensible de l’échange, dans lequel il est question d’un “transfèrement”. Interpellant directement Saïd Naciri, le magistrat lui demande : “De quel transfèrement s’agit-il ?”

Saïd Naciri affirme que Hadj Ben Brahim souhaitait être transféré au Mali. “Je lui ai dit, à lui comme à sa femme, de déposer une demande, en espérant que l’issue leur soit favorable, si Dieu le veut. À ce moment-là, j’étais député”, précise-t-il. Il assure avoir cru sincèrement qu’il s’agissait de l’épouse du Malien, avant d’apprendre par la suite qu’il s’agissait en réalité de sa compagne. “Je n’avais aucun problème avec lui, donc j’étais prêt à l’aider, à condition qu’il retire ses vêtements et ses affaires entreposés chez moi. C’est justement la preuve qu’il n’avait ni appartement ni aucun bien. Il n’avait nulle part où les mettre”.

Le président Torchi s’attarde ensuite sur deux phrases extraites de leur échange téléphonique : “On travaille dessus” et “d’ici six mois”. Il demande à l’accusé de préciser leur signification.

“Oui, je lui ai dit que la demande était faite, mais qu’il n’y avait rien d’officiel. Je n’ai pas parlé d’un délai de six mois, j’ai dit ‘le mois 6’, c’est-à-dire le mois de juin”, se défend Saïd Naciri. Il insiste également sur le fait qu’il n’a versé aucune somme d’argent dans ce cadre. “J’ai bien précisé, dans la suite de la conversation, que je n’avais payé personne. Je lui ai juste demandé de faire venir cette dame pour qu’elle récupère ses affaires. Mais lui, il voulait m’escroquer”.

Le président Torchi poursuit la lecture de la retranscription de la conversation téléphonique entre Saïd Naciri et Hadj Ben Brahim, soulignant un passage où ce dernier demande : “Quand ?”, et où Naciri répond : “Ça y est, ne me demande plus cela au téléphone. Tout se passera bien, si Dieu le veut”. Le magistrat l’interpelle : “Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?”

“Oui, je lui ai dit que tout se passera bien, si Dieu le veut”, confirme Saïd Naciri. Il insiste sur cette formule pour souligner qu’il ne s’engageait à rien d’illégal.

10h34. Le président Torchi aborde deux interceptions téléphoniques entre Saïd Naciri et Fadwa, datées du 14 juillet et du 18 août 2021. Ces appels ont été analysés par la police judiciaire, qui les a présentés à Fadwa pour commentaire. Celle-ci a déclaré : “Je voulais prendre les 20.000 dirhams restants des 100.000 DH. Mais il [Saïd Naciri, ndlr] faisait traîner les choses”. Selon cette interprétation, Fadwa récupérait l’argent au nom de Hadj Ben Brahim, tandis que Saïd Naciri aurait volontairement ralenti la remise des fonds.

Réagissant vivement, Saïd Naciri réfute ces affirmations : “C’est faux ! Vous verrez dans les prochaines conversations téléphoniques que j’ai raison. Toute cette histoire va durer jusqu’en 2022”.

Le président Torchi enchaîne alors par une autre conversation, datant du 20 janvier 2022, dans laquelle Saïd Naciri dit à Fadwa, au sujet du transfèrement : “Ils vont le régler”. Le magistrat lui demande à qui il fait référence en disant “ils”.

Naciri précise : “Il faut voir la conversation en entier. À ce moment-là, on parlait du frère de Fadwa, Rachid, pas de Hadj Ben Brahim. Ce qu’elle a déclaré à la police judiciaire ne correspond pas au contenu réel de l’échange. Elle prétend que je lui ai dit être en contact avec le ministre de la Justice, mais si vous consultez l’enregistrement, vous ne trouverez rien de tel”.

L’appartement imaginaire

Le président Torchi change de sujet et interroge Saïd Naciri au sujet d’un appartement situé à Rabat.

“Ma société, AKAP, a acquis un terrain de 8.000 ou 9.000 mètres carrés pour y construire un immeuble R+5 comptant plus de 190 appartements. Cela n’a strictement rien à voir avec Hadj Ben Brahim. Je vais même vous révéler quelque chose. Une fois, je leur ai dit [à la police judiciaire, ndlr] que je possédais un appartement à Tanger. Sachez que lui, Hadj Ben Brahim, a affirmé qu’il était à lui. Je leur ai ensuite avoué que je plaisantais et que c’était faux”. Par cette anecdote, Saïd Naciri cherche à démontrer que le Malien cherche à le compromettre en usant d’accusations mensongères, allant jusqu’à se revendiquer propriétaire de biens inexistants.

Le président Torchi lui demande tout de même : “Est-ce que Hadj Ben Brahim a acheté l’appartement à Rabat ?”

– “L’appartement et même tout le complexe n’ont été livrés qu’en 2015”, indique Saïd Naciri. Il souligne qu’à cette date, Hadj Ben Brahim était incarcéré en Mauritanie.

Le président enchaîne ensuite avec les déclarations d’une certaine Houria B., femme de ménage ayant travaillé pour différentes personnes. Elle affirme avoir été employée par l’agent libanais de Hadj Ben Brahim, puis directement par le Malien lui-même, dans une villa située boulevard Mekka à Casablanca. Il s’agit de la fameuse villa du quartier Californie.

D’après Houria B., Saïd Naciri faisait partie des visiteurs réguliers de cette villa, tout comme Abdenbi Bioui et d’autres individus.

“Après le mariage de mon employeur, Hadj Ben Brahim avec Latifa Raafat, une soirée a été organisée avec la famille de cette dernière dans la villa en question. À un moment, elle est allée dans la cuisine et a remarqué des verres rangés dans les étagères. Elle m’a demandé à quoi ils servaient, et je lui ai expliqué qu’ils étaient utilisés par Hadj Ben Brahim et ses invités pour consommer de l’alcool. Une dispute a alors éclaté entre eux, et depuis ce jour-là, j’ai quitté la villa définitivement”, explique Houria B. à la police judiciaire. Cet extrait de PV est lu par le président Torchi.

Saïd Naciri commente ces propos : “Elle confirme qu’elle assistait aux fameuses soirées de débauche. Elle affirme y avoir été avant le mariage avec Latifa Raafat, tandis que cette dernière soutient que ces soirées ont eu lieu après leur divorce. L’une d’elles ment”.

Les voitures du Malien dans le parking du WAC

11h00. Le président Torchi aborde un autre pan du dossier : le recel de véhicules entreposées dans le complexe sportif Benjelloun, siège du Wydad. “Expliquez-nous votre rapport avec ces voitures”, demande le magistrat à Saïd Naciri.

Ce dernier répond qu’environ cinq ou six parmi une soixantaine de voitures du même type avaient été vendues à un certain Mohamed M., ami de Saïd Naciri. Il réfute les avoir achetées auprès du Malien. Pour étayer ses propos, il cite Taoufik Z., alors directeur de la société ayant importé les voitures. “Il a détaillé leur destination dans ses déclarations. À aucun moment il ne cite mon nom”, affirme Saïd Naciri. Il ajoute avoir présenté des témoins pour confirmer ses dires et assure que leurs témoignages ont été écartés.

Le président relaye alors les propos de Hadj Ben Brahim : “Il dit que c’est à vous qu’il a remis les voitures”.

“Tout ceci est faux ! J’ai expliqué comment ces véhicules sont arrivés au complexe : c’est Mohamed M. qui les a achetés, et comme il ne disposait d’aucun lieu pour les entreposer, il les a mis dans le parking du Wydad”, rétorque Saïd Naciri.

Il assure avoir une déclaration sur l’honneur du directeur de la sécurité du club, confirmant la présence de Mohamed M. le jour de l’arrivée des voitures au club du WAC. Il précise également que ce dernier est décédé depuis.

Le président Torchi poursuit avec la lecture d’un procès-verbal établi à partir des déclarations de Mustapha M., fils de Mohamed M. Celui-ci affirme que son père était associé à Saïd Naciri et qu’ils avaient pour projet d’ouvrir un showroom automobile sur le boulevard de la Résistance. Il ajoute que son père avait remis un chèque à Hadj Ben Brahim et qu’un accord avait été conclu pour garer les voitures au complexe Benjelloun.

Saïd Naciri conteste formellement : “Ce n’était pas mon associé. Si ça l’avait été, je ne l’aurais pas caché. La preuve, j’ai reconnu avoir acheté des appartements à Hadj Ben Brahim. J’ai d’ailleurs une déclaration sur l’honneur de Mustapha M. qui confirme exactement ma version des faits”.

Le président Torchi recadre Saïd Naciri : “La cour vous demande de réagir aux propos, pas de lire des procès-verbaux”.

Il poursuit ensuite avec la lecture du procès-verbal d’un certain Abdelilah A., beau-frère de Saïd Naciri, marié à sa sœur. Dans ses déclarations à la police judiciaire au sujet desdits véhicules, Abdelilah A. affirme : “Cela fait sept ans que je suis directeur au Wydad”.

Réagissant, Saïd Naciri exprime son indignation : “C’est triste qu’ils en soient arrivés à utiliser mon propre beau-frère. Ils l’ont menacé en lui mettant la pression avec une histoire de chèque. J’ai une déclaration sur l’honneur où il affirme n’avoir jamais été directeur au WAC”.

Il poursuit : “Le WAC emploie plus de 200 personnes, et pourtant ils n’ont cité que d’anciens employés avec qui j’étais en conflit. Abdelilah A., en 2024, était un simple salarié. Donc selon eux, il serait passé de directeur à gardien ? Il n’a jamais eu la moindre responsabilité au sein du club”.

Saïd Naciri mentionne également un autre témoin à charge, Driss S., qui, selon l’accusé, a reconnu avoir menti. “Il a avoué à sa famille avoir fait un faux témoignage. J’ai une déclaration sur l’honneur de son frère, dans laquelle il affirme que ce témoignage a été dicté par Fatima A. et Abdelwahed Chawki”.

Ces révélations provoquent une vive réaction dans la salle, manifestement choquée.

Président Torchi : “Ce Driss S. était-il employé au Wydad ?”

Saïd Naciri : “En 2015, je l’ai engagé pour conduire la voiture de John Toshack [ancien entraîneur au WAC, ndlr]”.

Le président poursuit : “Il a déclaré reconnaître votre villa à Californie, d’où il affirme avoir récupéré les six véhicules qu’il a ensuite déposés au complexe Benjelloun”.

Saïd Naciri rétorque : “Comment peut-il prétendre avoir sorti six voitures d’un garage qui ne peut en contenir que deux ?”

Le président Torchi l’interroge alors sur les caractéristiques de la propriété : “Quelle est la superficie de la villa ?”

-“Environ 1.200 mètres carrés”, indique Saïd Naciri.

-“Et la superficie construite ?”

-“Pas moins de 500 mètres carrés”.

-“Donc il reste plus de 500 mètres carrés pour accueillir les voitures, non ?”

-“Mais comment ? Elles vont monter sur le jardin ?”, ironise Saïd Naciri avant de proposer “une constatation sur les lieux”.

« Je l’ai virée en 2019 »

11h55. Au sujet des témoignages en sa faveur qui ont, selon lui, été écartés, Saïd Naciri révèle avoir porté plainte.

“J’ai présenté trois plaintes au parquet pendant l’enquête, via mon avocat de l’époque, Me Omar Tayeb”, déclare Saïd Naciri. “Malgré cela, ils n’ont pas voulu entendre certains témoins, notamment le responsable de la sécurité”. Il précise que les plaintes ont été déposées les 23 octobre, 8 novembre et 28 novembre 2023.

Concernant les témoins à charge, Saïd Naciri affirme avoir licenciée sa secrétaire de l’époque Fatima A. en 2019, pour faute grave. “Elle prétend avoir été renvoyée en 2023, après avoir témoigné contre moi, mais c’est faux”, insiste-t-il.

Il affirme pouvoir s’appuyer sur plusieurs personnes pour confirmer ses dires, parmi lesquelles Mohamed G., directeur des affaires juridiques du club, son beau-frère Abdelilah A., ainsi que Sakina S. et Najib D., qui sont venus remplacer Fatima A. Au total, il cite quinze noms, tous employés du Wydad, prêts, selon lui, à attester de sa version.

Observant l’attitude de l’accusé, le président Torchi lui fait remarquer : “Vous avez des conseillers à votre gauche et à votre droite”, en référence aux personnes qui l’entourent et lui soufflent, de temps à autre, des recommandations. Ces interventions semblent avoir pour but de ralentir le rythme de l’accusé qui s’emporte par moments, et dont le débit de parole est en décalage avec la cadence du greffier qui prend note… à la main.

“Je ne les écoute même pas, Monsieur le Président. Je suis concentré avec la cour”, répond Saïd Naciri, tentant de rassurer le tribunal sur sa pleine implication dans l’audience.

Une voiture… encore !

Le président Torchi revient sur le sujet du beau-frère de Saïd Naciri, Abdelilah A. Il tente de comprendre son rôle, s’il n’est pas employé du WAC comme le prétend l’accusé.

“Il est marié à ma sœur. J’ai toujours voulu qu’il la laisse tranquille, car il l’embêtait. Pour l’éloigner, je lui ai donné une voiture, une Hyundai, et je lui demandais parfois de petits services de coursier. Cela n’avait aucun rapport avec le Wydad. D’ailleurs, un vrai directeur de club serait connu de tout le monde au Maroc ; il se déplace avec l’équipe, il a des fonctions bien précises. Moi, j’ai deux ‘chauffeurs’ que je paie de ma propre poche, pas avec l’argent du WAC”, explique-t-il.

L’un de ces chauffeurs est Abdelhak A. Le président Torchi cite ses propos devant la police judiciaire où il a déclaré : “Saïd Naciri m’a demandé d’aller en urgence au WAC pour prendre la Hyundai de chez Abdelilah A. et de la parquer loin, et d’attendre ses directives. Sans savoir pourquoi, je l’ai parquée devant chez moi à la Villette”.

Saïd Naciri s’explique : “C’est l’une des voitures que j’ai achetées chez Hadj Ben Brahim, mais qui n’a jamais été transmise à mon nom. Ce jour-là, la police m’a appelée et m’a demandé la voiture, objet de l’enquête. Je leur ai dit qu’elle était disponible. Mais pour l’avoir sous la main afin de la soumettre à la police, je devais la récupérer de chez Abdelilah A. J’ai demandé à Abdelhak A. de la récupérer et de la mettre en lieu sûr. Elle était d’ailleurs en plein boulevard, devant un commissariat. Si je voulais la cacher, je ne l’aurais pas mise devant un commissariat”.

12h29. Le président Torchi déclare passer à l’analyse des faits concernants un autre chef d’accusation. Mais avant d’annoncer lequel, Saïd Naciri demande à ajouter des précisions au sujet de son ancienne secrétaire, Fatima A.

Il donne de nouvelles preuves : “Nous avions contacté, par mail, la FRMF pour les avertir de son départ, et j’ai moi-même écrit à la FIFA pour leur annoncer qu’elle n’était plus avec nous, car c’est elle qui gérait la boîte e-mail. Nous avons respecté la procédure de licenciement. D’ailleurs, voici les PV d’audition signés par elle en date de septembre 2019. Pourtant, lorsqu’elle a été entendue le 2 octobre 2023 par la police judiciaire, elle a déclaré que je l’avais virée parce qu’elle avait témoigné contre moi”.

Au sujet de ces déclarations à la PJ, le président Torchi lit un passage dans lequel Fatima A. indique avoir été contactée par Saïd Naciri, par téléphone, à la suite de son témoignage. Selon elle, l’ancien président du Wydad lui a parlé de manière sévère, lui reprochant son témoignage et la menaçant de porter plainte contre elle. Elle affirme qu’elle arrivait à entendre une tierce personne à côté de Saïd Naciri, lui dictant ses propos. Elle indique avoir appris, par la suite, à travers Abdelhak A., que cette tierce personne était “l’avocat du club, Me El Mehdi Ezzouate”.

“À l’époque, j’étais mis sur écoute. Je veux qu’on me donne le détail de ce prétendu échange. Elle dit que je l’ai virée, elle et Abdelhak, ainsi que Abdelilah, mais aucun d’eux ne travaillait au WAC à ce moment-là. Pis, les deux hommes n’y avaient jamais travaillé”, commente Saïd Naciri.

Et d’ajouter : “Abdelhak m’a été présenté par des wydadis pour qu’il m’aide. Il venait chez moi et restait sur place. Je le chargeais de faire quelques courses, comme chercher du pain, etc.”

“Il a déclaré dans un premier PV qu’il n’a jamais travaillé au WAC, mais ce PV a disparu. Il ne reste que celui où il dit le contraire, en reprenant les mêmes propos que Fatima A., affirmant lui aussi que je l’ai appelé le lendemain de son témoignage pour le virer du Wydad. Mais comment aurais-je su qu’il avait témoigné contre moi ? Je ne travaille pas à la BNPJ”, ironise Saïd Naciri.

“Concernant Me Ezzouate, il est au barreau de Casablanca. Il peut venir s’expliquer s’il m’a dicté quoi que ce soit. Ces gens n’ont ni attestation de travail ni virement du WAC. Pour décoder tout cela, ils doivent venir devant la cour”, demande à nouveau l’accusé, qui ne cesse de réclamer des confrontations avec les témoins.

12h45. “Contentons-nous de cela pour le moment”. Le président Torchi lève l’audience. Elle reprendra le vendredi 23 mai.

Saïd Naciri à la barre : “Les documents de Benbrahim sont faux »

Au procès « Escobar du Sahara« , des audiences captivent davantage l’attention. Ce vendredi 18 avril, changement de décor dans la salle 8 de la Cour d’appel de Casablanca (chambre criminelle). Les bancs, jusque-là clairsemés sans être vides, affichent cette fois complet. En cause : une affluence notable venue assister à l’audition – ou l’interrogatoire, c’est selon – de Saïd Naciri. L’ex-président du Wydad partage, avec Abdenbi Biouil, le statut d’accusé principal dans cette vaste affaire de trafic international de drogue. Mais il en est de loin la première attraction médiatique.

10 h 16. L’audience se lève, guidée par la sonnerie annonçant l’entrée du président Ali Torchi, flanqué de ses deux assesseurs. « Le tribunal décide de poursuivre l’audition de Saïd Naciri », tonne le président depuis l’estrade. Naciri s’avance à la barre, escorté par une armée d’avocats.

S’ensuit un échange de trois heures, focalisé – à ce stade – sur un seul volet : la mystérieuse villa que le baron de la drogue El Hadj Benbrahim revendique comme étant sienne. Car c’est d’une plainte de ce ressortissant malien que toute l’enquête a été engagée. L’intéressé y accuse Naciri de l’avoir tout simplement spolié de ce bien immobilier.

Nichée dans le très huppé quartier de Californie, à Casablanca, la demeure de 2.000 m² a changé plusieurs fois de mains, à chaque fois dans des circonstances troubles. Et dans l’ombre de ces transactions, un nom revient avec insistance : celui de Saïd Naciri, cité à des degrés divers selon les protagonistes.

Le premier épisode remonte à 2013. Le bien est alors cédé par Abdenbi Bioui à son beau-frère – et coaccusé – Belkacem Mir. La transaction est officialisée devant notaire pour un montant de 16,5 millions de dirhams. Mais un détail interpelle : l’acte de vente présente Abdendbi Bioui comme mandataire de Samia Moussa, son ex-épouse et véritable propriétaire. Or l’enquête révélera qu’il a falsifié sa signature pour produire une procuration frauduleuse. Samia Moussa dépose plainte pour spoliation, avant de la retirer sous pression. Bioui aurait alors mobilisé ses réseaux pour faire arrêter deux proches de son ex-conjointe, accentuant ainsi l’intimidation.

Entendue par la BNPJ, Samia Moussa rapporte une conversation avec une avocate bien connue de Casablanca, qui lui aurait confié que le montage orchestré par Bioui avait été instigué par Saïd Naciri. Ce dernier réagit vivement :

« Comment une avocate peut-elle se permettre de telles déclarations sans fondement ? Je crois que ces allégations ont été le seul moyen de m’impliquer dans cette affaire. Je demande à la Cour de la convoquer pour une confrontation ».

Il nie toute implication : « Je n’ai aucun lien avec le contrat entre Bioui, son ex-femme et Belkacem Mir. Je n’étais pas là le jour de la vente et je n’en ai jamais été informé ».

Il reconnaît toutefois avoir eu vent de la plainte de Samia Moussa, déposée auprès d’une instance interne du PAM (Majorité), parti politique auquel il appartenait, tout comme Bioui.

« Ce que je sais, c’est qu’une plainte a été adressée au parti. Mais je ne suis pas assez proche de Bioui pour intervenir dans ses affaires familiales. Après 2015, il a quitté le Parlement et nos relations se sont estompées ».

Toujours en 2013, nouveau rebondissement : Bioui revend la villa à El Hadj Benbrahim. La transaction, cette fois sous seing privé, se fait pour la somme rondelette de 33 millions de dirhams, réglée en espèces par le « Malien ». Selon Benbrahim, l’opération aurait été réalisée en présence – ou du moins avec la connaissance – de Naciri. Ce que ce dernier dément formellement.

À partir de là, les versions divergent. Benbrahim affirme avoir pris possession de la villa et y avoir résidé en tant que propriétaire. Il l’aurait occupée avec son ex-épouse, la chanteuse Latifa Raafat, jusqu’à leur séparation vers 2014. Par la suite, une concubine d’El Hadj s’y serait installée, selon ses dires, et y serait restée jusqu’en 2019. D’autres éléments soutiennent toutefois que le bien lui aurait simplement été prêté par Belkacem Mir, qui en revendique également la propriété.

Nous voilà en 2017. Saïd Naciri signe un contrat de réservation avec Belkacem Mir pour acquérir la fameuse villa. Il explique avoir agi, au départ, pour le compte d’Ahmed Ahmed, alors président de la CAF, à la recherche d’un bien au Maroc. Finalement, c’est Naciri lui-même qui s’y intéresse et conclut la vente pour 16,5 millions de dirhams – le même montant que celui déboursé par Mir quatre ans plus tôt.

Les circonstances de cette transaction intriguent la Cour. « Mir ne vous a-t-il pas informé des antécédents litigieux du bien ? », demande le président.

« Le litige remonte à 2013. J’ai acheté en 2017. Mon notaire m’a présenté une attestation de propriété au nom de Belkacem Mir », répond Naciri. Il ajoute qu’à l’époque du conflit entre Bioui et son ex-femme, il était en déplacement avec l’équipe nationale de football.

Entre Mir et Naciri, la vente s’effectue en deux temps : une promesse de vente en 2017, puis une cession effective en 2019. Le contrat de réservation est signé au siège du Wydad, à Casablanca. Naciri règle 6,5 millions de dirhams en espèces, le reste par cinq chèques de 2 millions chacun. Il n’achète pas en son nom, mais via une société civile immobilière : Prado, créée spécialement pour l’opération. « Cette structure n’est pas soumise à l’impôt », justifie-t-il à la barre.

Deux éléments attirent l’attention des juges. D’abord, les cinq chèques ne sont pas émis par Prado, mais par une autre société : Akap. Naciri affirme en être le gérant, mais l’enquête de la BNPJ signale qu’il aurait quitté la société en 2007. « Je suis toujours le seul dirigeant. Je gère encore le compte. Vérifiez auprès d’Attijariwafa Bank », se défend-il.

Une version que conteste formellement l’actionnaire principal de la société. Devant les enquêteurs, il avait affirmé que Naciri avait présenté sa démission en 2007, après un conflit interne. Il précise même que Naciri n’a jamais été qu’un simple salarié, sollicité à l’époque pour aider à l’acquisition d’un terrain nu de 9 000 m² à Rabat. Acheté à 600 dirhams le mètre carré, le terrain voit sa valeur grimper à 15 000 dirhams le m². Une plus-value qui aurait permis à Naciri d’empocher une commission substantielle avant de quitter la société.

« Qu’il me montre cette démission. Il n’y en a pas. Je vous assure que je suis toujours le gérant », insiste Naciri. Il réagit aux propos de son ex-associé, qui l’accuse d’avoir conservé le carnet de chèques « par inadvertance ou par mauvaise foi ».

« Que peut-on attendre d’un homme convoqué par la BNPJ ? Il se défend. Et s’il est acculé, on risque de lui dire qu’il a participé à un acte criminel », conclut l’accusé.

La cession effective de la villa intervient en 2019, lorsque Naciri verse la quasi-totalité du prix. Mais dès les mois suivant la signature de la promesse de vente, il prend possession des lieux, y installant le siège de Prado. « Belkacem Mir m’en a donné l’autorisation orale, devant notaire », avance-t-il. Une version que Mir relativise devant la BNPJ, affirmant « ne pas se souvenir de sa présence chez le notaire, ni du projet de domiciliation de la société ».

Devant la Cour, le débat se resserre sur un point sensible : la période d’occupation réelle de la villa et les conditions dans lesquelles Said Naciri en a pris possession.

El Hadj Benbrahim affirme avoir habité le bien dès 2013, d’abord avec son ex-épouse, la chanteuse Latifa Raafat, jusqu’à leur séparation vers 2014, puis via sa concubine, qui l’aurait occupé jusqu’en 2019. Un détail de poids s’impose dans la chronologie : à partir de 2015, Benbrahim est arrêté en Mauritanie, où il passera quatre années en détention. Libéré en 2019, il regagne le Maroc avant d’être de nouveau interpellé par la police. Il purge depuis une peine de dix ans de prison pour une affaire connexe de trafic de drogue.

La question se dessine en creux, sans encore être frontalement posée par la Cour : Saïd Naciri a-t-il profité de cette détention pour prendre la main sur la villa ? Une hypothèse lourde, dont les juges semblent vouloir remonter le fil point par point, avant de l’aborder de manière frontale.

Pour l’heure, Naciri affirme avoir commencé à occuper les lieux quelques semaines après la signature du contrat de réservation, soit courant 2018. « J’y ai lancé des travaux. J’ai fait appel à des entreprises et je peux en fournir toutes les factures », avance-t-il à la barre, face au président Ali Torchi. Il balaie les pièces produites par Benbrahim : « Les documents qu’il fournit sont faux, et j’assume ce que je dis. Je demanderai à mes avocats d’introduire une inscription de faux ».

À la demande du président, une facture d’eau et d’électricité transmise par Benbrahim est projetée sur les écrans. Le document laisse apparaître deux dates, dont 2015, bien lisible, et 2017, moins claire. Dans la salle, des murmures s’élèvent, réagissant à la confusion apparente.

Saïd Naciri saisit l’occasion pour dégainer une pièce censée clore le débat : une attestation de la Société régionale multiservices, ex-Lydec. Ce document atteste que la société Prado n’a souscrit un abonnement à l’eau et à l’électricité qu’en novembre 2017, et qu’entre novembre 2014 et cette date, aucun contrat n’existait à cette adresse.

Said Naciri réclamait du temps pour, selon ses mots, « sortir ce dossier de la fiction à la réalité ». Il est servi. Son audition se poursuivra dans une semaine. La Cour abordera alors le cœur du dossier : le trafic international de drogue.

« Benbrahim était un ami, jusqu’à ce qu’il rentre dans ces affaires qui ne me concernent aucunement », a lancé ce vendredi Naciri. Les prochaines questions viseront à creuser la nature exacte de ces liens, que la BNPJ soupçonne d’aller au-delà d’une simple amitié.

Rendez-vous le 25 avril 2025.

« Escobar du Sahara » : la branche algérienne du réseau

L’affaire dite de « l’Escobar du Sahara » est un dossier maroco-algérien. Alors que l’on parlait jusque-là du réseau de trafic international de drogue dirigé par l’ex-parlementaire Abdenbi Bioui, le procès met en lumière des ramifications et d’importantes complicités chez le voisin de l’Est.

Ces éléments sont incarnés par un certain Abdelkader l’Algérien, dirigeant présumé d’une cellule criminelle opérant depuis l’Algérie et qui servait de relais à la branche marocaine pour exporter le cannabis vers d’autres pays, dont l’Égypte.

Le nom de Abdelkader l’Algérien est revenu avec insistance lors de l’audience tenue ce vendredi 21 février à la chambre criminelle de Casablanca. L’implication de cet individu a été évoquée à travers le cas de Jamal M., l’un de ses compatriotes jugés parmi la vingtaine d’accusés arrêtés dans cette affaire.

« Je n’ai aucun rapport avec le trafic de drogue. Ma relation avec Abdelkader est purement amicale », déclare l’accusé. Le juge Ali Torchi a eu beau relancer Jamal M. sur la nature de ses liens avec le trafiquant algérien, il ne recevra aucune réponse de l’accusé, longuement interrogé dans la salle 8 de la cour d’appel.

Pourtant, l’intéressé peut difficilement plaider l’absence d’éléments à charge. Interceptés par la BNPJ, des dizaines d’appels téléphoniques révèlent une relation qui va au-delà des rapports amicaux. Des échanges, certains datant de quelques jours avant le début des arrestations en octobre 2023, suggèrent une relation de subordination envers Abdelkader l’Algérien, son employeur.

Jamal M., trentenaire à l’allure chétive, est présenté comme le correspondant de Abdelkader au Maroc. L’enquête fait remonter son recrutement à 2021, une période qui coïncide avec son entrée dans le Royaume. Il obtiendra la même année la nationalité marocaine.

Suivant les consignes de son patron, il s’établira à Casablanca, précisément dans le quartier du Maârif, où il louera un appartement pour une mensualité de 7.000 DH.

Depuis le Maroc, Jamal M. participera à plusieurs opérations d’exportation de cannabis cultivé à Ketama, au nord du pays. La nature de son rôle n’a pas été explicitée lors de l’interrogatoire à l’audience. On comprendra néanmoins qu’il faisait office de coordonnateur entre la branche marocaine et son employeur en Algérie. On lui prêtera également plusieurs rencontres avec Abdelkader l’Algérien à Tlemcen.

Une coopération fructueuse ? Des éléments semblent l’indiquer. En moins de deux ans, l’intéressé s’est constitué un patrimoine immobilier de plusieurs millions de dirhams, dont un appartement de 1,7 MDH à Mohammédia. Au garage, une Porsche Cayenne (valeur estimée à près de 1 MDH) et une Audi Q3…

« J’achète et vends des voitures. C’est ma seule activité », répond Jamal M., interpellé sur de nombreux transferts d’argent au Maroc et en dehors du Royaume. Des sommes liées selon lui à son business de voitures d’occasion.

Qu’en est-il de ses trois appartements ? « Je les ai achetés après la vente d’un local commercial en Algérie, légué par mon père en 2018 », se défend Jamal M., interrogé par le juge sur la célérité avec laquelle il s’est constitué un patrimoine au Maroc.

La vente du local en question aurait rapporté près de 3 MDH à l’accusé. Une somme qu’il aurait, selon ses dires, fait entrer en plusieurs tranches au Maroc via l’aéroport. Le tout sous les radars des autorités marocaines.

« Avez-vous déclaré ces montants à l’Office des changes ? », l’interroge le juge Ali Torchi. « Non, puisque l’argent est entré sous forme de petits montants introduits par des membres de la famille », répond Jamal M.

Les interrogatoires se poursuivront le vendredi 28 février.

Affaire « Escobar du Sahara » : des complicités aux frontières maroco-algériennes

Aujourd’hui public, le procès de l’affaire dite « Escobar du Sahara » révèle peu à peu ses secrets. Certaines informations sont sensibles. Elles concernent l’étendue des complicités, allant jusqu’à des membres des forces armées, dans le réseau de trafic de drogue qu’Abdenbi Bioui est accusé d’avoir dirigé pendant près de deux décennies.

Le réseau présumé de l’ex-parlementaire et ancien président du conseil régional de l’Oriental (PAM) est suspecté d’avoir acheminé plus de 200 tonnes de cannabis du Maroc vers l’Algérie, à travers la frontière orientale.

Les opérations étaient toujours en cours en octobre 2023, quelques jours avant le début des arrestations. C’est ce que révèlent les écoutes des appels interceptés par la BNPJ, impliquant des individus parmi la vingtaine d’accusés jugés devant la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca.

Mais comment de telles quantités ont-elles pu être transportées sur une aussi longue période sans éveiller les soupçons des autorités ? Le mode opératoire du réseau se dévoile au fur et à mesure des interrogatoires des accusés. Un exercice entamé il y a plus d’un mois et qui s’est poursuivi lors de l’audience du vendredi 14 février à la chambre criminelle de Casablanca.

Les « têtes du réseau » n’ont pas encore été entendues, mais les auditions des « petites mains » offrent un aperçu d’un dispositif bien rodé, soutenu directement par des militaires à la frontière maroco-algérienne.

« Je ne suis qu’un petit agriculteur. Je n’ai rien à voir avec cette histoire. Vous vous trompez de personne. Les Benaouda sont nombreux dans mon douar et dans ma région ! », répond l’un des accusés. La BNPJ a-t-elle arrêté un homonyme ? Interrogé par le juge Ali Torchi, A. B. axe sa défense sur cet argument. Il est accusé d’avoir « facilité la sortie illégale de Marocains du territoire national », de « corruption » et de participation au trafic de drogue.

L’intéressé aurait intégré le trafic sur les conseils d’un certain Abderrazak, soldat à la retraite. Ce dernier lui aurait communiqué les numéros d’anciens collègues à la frontière pour coordonner les opérations.

L’implication de A.B. ressort des appels interceptés par la BNPJ. À travers ses conversations, il est fait mention des points 88 et 90, identifiés comme des zones privilégiées par le réseau. Avant chaque opération, le militaire chargé de la surveillance était contacté pour détourner la caméra et faciliter le transit du cannabis.

La drogue transportée était souvent répartie en dix tranches, puis transférée, généralement la nuit, en plusieurs étapes et via différents points. À la frontière, « le responsable de la caméra » recevait 36.000 DH pour chaque ballot. Les autres complices, souvent de petits agriculteurs, percevaient environ 10.000 DH pour chaque opération.

« Je ne suis qu’un porteur, et non un trafiquant ». Interrogé par le juge Ali Torchi, S.H. est accusé d’avoir pris part physiquement à plusieurs opérations. Ses appels téléphoniques montrent comment il organisait les itinéraires « les plus sûrs » avec d’autres membres du réseau.

Un autre accusé, A.H. semble avoir dirigé une partie des opérations. Il s’agit du frère de S.H. Ce dernier a été interrogé lors d’une audience précédente.

Il opérait sous la direction de B. M. Présenté comme l’un des chefs du réseau, ce parlementaire du PAM est le gendre d’Abdenbi Bioui. Les deux n’ont pas encore été entendus par la chambre criminelle.

Les interrogatoires se poursuivront le vendredi 21 février.

Affaire Bioui-Naciri : les aveux accablants d’un faux témoin repenti

« J’ai fait un faux témoignage à la demande de Abdenbi Bioui. J’ai commis une erreur et je regrette ». Ces propos émanent de Benkasou B., accusé dans l’affaire dite de « l’Escobar du Sahara« . Interrogé ce vendredi 3 janvier par la chambre criminelle, l’intéressé a reconnu avoir témoigné dans un ancien dossier en faveur de l’ex-président de la région de l’Oriental.

Dans ce procès, Abdenbi Bioui est présenté comme le chef d’un important réseau de trafic international de drogue. Mais les accusations à son encontre s’étendent également à des faits de spoliation immobilière, de trafic d’influence et de subornation de témoins.

Figure influente à Oujda, l’homme politique et homme d’affaires est suspecté d’avoir usé de ses relations pour provoquer l’arrestation de plusieurs individus dans des conditions douteuses.

Contexte : en 2013, Abdenbi Bioui était visé par une plainte déposée par son ex-épouse, S. M., qui l’accusait de lui avoir extorqué deux biens immobiliers à Oujda et Casablanca. Pour inciter son ancienne compagne à retirer sa plainte, Bioui aurait mis en place un stratagème impliquant l’arrestation de son beau-frère qu’il aurait faussement impliqué dans une bagarre violente.

L’enquête a révélé que certains témoins avaient été manipulés pour accuser le beau-frère de Bioui d’avoir été l’agresseur, sur la base de témoignages fabriqués. Ce dernier, incarcéré sur la foi de ces faux témoignages, n’a été libéré que lorsque l’ex-épouse de Bioui a retiré sa plainte.

« J’ai témoigné sans avoir assisté aux faits. J’ai commis une erreur. Je n’en ai pas mesuré les conséquences », a déclaré Benkasou B., l’un des deux faux témoins entendus ce vendredi par le juge Ali Torchi. Devant la police, il avait affirmé que le beau-frère de Bioui avait agressé un certain Issam, également mobilisé par Bioui. Des faits auxquels Benkasou B. n’avait pas assisté.

« Je connais Abdenbi Bioui à travers sa relation avec mon père décédé. Ils étaient amis et faisaient des affaires ensemble. C’est à ce titre qu’il m’a demandé de témoigner », a ajouté l’accusé. Il a précisé n’avoir « obtenu ni promesse ni contrepartie » en échange de son témoignage.

« Vous savez que le faux témoignage est puni ici-bas et dans l’au-delà… », l’a réprimandé le juge Ali Torchi. « Oui, j’ai commis une erreur », a insisté Benkasou B.

Poursuivi en état d’arrestation, il est jugé pour « faux témoignage dans une affaire délictuelle ».

Au moment où nous rédigions ces lignes, le juge avait interrogé cinq accusés dans ce volet de l’affaire, où Bioui est également accusé d’avoir impliqué des membres des forces de l’ordre. L’un d’eux, un gendarme, a été interrogé pour des faits liés à « un acte arbitraire attentatoire à la liberté, ordonné dans un intérêt privé ». Un autre épisode sur fond de vengeance entre Bioui et son ancienne épouse.

Affaire Naciri-Bioui : le procès de la décennie

Accusés de piloter un vaste réseau de trafic de stupéfiants, Abdenbi Bioui et Said Naciri comparaîtront ce jeudi 23 mai devant la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca. Les deux hommes politiques devront répondre, aux côtés d’une dizaine d’individus, d’une longue liste de griefs incluant l’exportation illégale de drogue, le faux et usage de faux, le trafic d’influence, l’escroquerie…

C’est la première audience d’un procès appelé à marquer la décennie. L’affaire a été amorcée par une enquête de la BNPJ, partie elle-même des confidences d’un certain El Hadj Ahmed Benbrahim, connu médiatiquement sous le nom du « Malien » ou « Escobar du Sahara ».

Incarcéré au Maroc après sa condamnation à dix ans de réclusion, ce baron de la drogue a révélé, depuis sa cellule, ses différentes complicités sur place, conduisant à l’arrestation en décembre 2023 de Bioui et Naciri. Ces deux députés PAM, également businessmen, sont ainsi présentés respectivement comme le dirigeant et le logisticien d’une nébuleuse qui, entre 2006 et 2023, a exporté pour plus de 200 tonnes de cannabis.

La fixation de la première audience est en elle-même un événement. L’enquête préliminaire avait été suivie d’une instruction judiciaire clôturée en mars 2024. Cette étape devait précéder le renvoi de l’affaire devant les juges. Ce renvoi a finalement été retardé à la suite d’un recours de l’administration douanière, partie civile au procès qui contestait une partie de l’ordonnance du juge d’instruction.

Confidentielles en théorie, l’enquête préliminaire et l’instruction judiciaire ont été abondamment documentées par la presse. L’opinion publique maîtrise aujourd’hui les grands contours du dossier. Pour autant, l’affaire n’a pas livré tous ces secrets. Dans un procès pénal, la phase de jugement réserve généralement son lot de révélations. C’est même une constante dans les affaires médiatiques, où la barre des accusés se transforme souvent en tribune.

Les affaires médiatiques constituent presque une routine pour l’expérimenté Ali Torchi, président de la formation chargée du procès Bioui-Naciri. Discret en dehors des juridictions, il est l’un des magistrats marocains les plus référencés sur les moteurs de recherche. Du procès de dissipation des fonds de la CNSS au « Hirak », en passant par Omar Radi et les cas plus récents du Dr Tazi ou de Babour Sghir, le nom Torchi ressort dans certains des plus importants dossiers de notre époque.

À partir de jeudi, le président et ses assesseurs s’attaquent à un dossier aux dimensions inédites, et ce, à plus d’un titre. Le premier concerne l’identité des principaux protagonistes. Avant cette affaire, Abdenbi Bioui était surtout connu en tant que président de la région de l’Oriental et fondateur de Bioui Travaux, un des opérateurs les plus en vue du marché national des BTP. Son coaccusé, Said Naciri, est un parlementaire (PAM) qui, avant son arrestation, dirigeait le Wydad Athletic Club, mythique écurie casablancaise de football.

Désormais, les deux élus (PAM) sont suspectés d’être liés à un réseau tentaculaire dont l’activité s’étend jusqu’en Egypte, voire jusqu’en Amérique latine, selon la BNPJ. Une entreprise qui a brassé des centaines de millions de dirhams pour le seul argent tracé dans les comptes bancaires. Car, parmi les chefs d’accusation, les accusés sont soupçonnés d’avoir exporté et importé clandestinement, et massivement, de la devise vers et en provenance de l’étranger.

Si leur culpabilité est retenue par le tribunal, comment ont-ils pu esquiver les radars des autorités pendant près de deux décennies ? Et pourquoi leur arrestation intervient-elle aujourd’hui et pas plus tôt ? La première question trouve un début de réponse dans les chefs d’accusation relevés par le juge d’instruction, a fortiori le trafic d’influence (des représentants des autorités faisant partie des accusés). La deuxième, plus subtile, renvoie au contexte actuel marqué par la multiplication des arrestations visant des responsables publics. L’affaire Bioui-Naciri en constitue un échantillon, probablement le plus spectaculaire.

Affaire du « Malien » : ce que risquent Bioui et Naciri

La question semble prématurée, les intéressés étant présumés innocents jusqu’à preuve du contraire par une décision judiciaire définitive. Pour autant, les chefs d’accusation relevés par le juge d’instruction permettent d’esquisser une réponse théorique et ce, sur la base d’un recoupement avec les textes en vigueur.

Rappel important : les deux accusés sont visés par une multitude d’accusations, mais en droit pénal marocain, les peines ne sont pas cumulables. » En cas de concours de plusieurs crimes ou délit déférés simultanément à la même juridiction, il est prononcé une seule peine privative de liberté dont la durée ne peut dépasser le maximum de celle édictée par la loi pour la répression de l’infraction la plus grave  » (article 120 du code pénal).

Abdenbi Bioui :

– De dix à vingt ans de réclusion pour faux en écriture publique par la fabrication de conventions et usage de faux (articles 354 et 356 du code pénal).

– De cinq à dix ans de réclusion pour extorsion par contrainte de deux écrits opérant une décharge et une disposition (article 537 du code pénal).

– De dix à vingt ans de réclusion pour complicité dans la falsification d’un registre public (articles 129 et 352 du code pénal).

– De dix ans à vingt ans de réclusion pour complicité de faux en écriture publique (articles 129 et 353 du code pénal).

– Dégradation civique et réclusion de cinq à dix ans pour complicité dans un acte arbitraire attentatoire à la liberté individuelle pour la satisfaction de passions personnelles (articles 225 et 436 du code pénal).

– De deux à cinq ans ou cinq à dix ans, selon les montants en jeu, pour corruption (articles 248 et 251 du code pénal).

– Dix à 15 ans de réclusion pour facilitation de l’entrée et de la sortie des nationaux de manière clandestine du territoire marocain, de manière habituelle et dans le cadre d’une association et entente (article 52 de la loi relative à l’entrée et au séjour des étrangers au Royaume du Maroc, à l’émigration et l’immigration irrégulières).

– Cinq à dix ans de réclusion pour participation à une entente en vue de la détention, le transport, l’exportation et la commercialisation de stupéfiants (articles 2 et 5 de la loi relative à la répression de la toxicomanie et la prévention des toxicomanes).

– Un à cinq ans d’emprisonnement pour recel de choses obtenues à l’aide d’un délit (article 571 du code pénal).

– Jusqu’à dix ans de réclusion pour participation à un faux témoignage en matière délictuelle en donnant des promesses (article 370 du code pénal).

– Amende (de 2.000 à 12.000 DH) pour usage de véhicules sans immatriculation (article 161 du code de la route).

– Un an à trois ans d’emprisonnement et une amende égale à deux fois la valeur des marchandises de fraude pour tentative d’exportation de stupéfiants sans déclaration ni autorisation et complicité (article 279 ter du code des Douanes).

– Un à cinq d’emprisonnement pour usage de faux en écritures privées (article 359 du code pénal).

– Un mois à cinq ans d’emprisonnement et amende au moins égale à cinq fois la valeur des devises objets de l’infraction, pour participation à des paiements directs par devise de marchandises et services à l’intérieur du territoire national, paiements sans autorisation de l’Office des changes par des étrangers en vue de l’achat de biens immobiliers au Maroc, et ce, par des moyens autres que la cession de monnaies étrangères à Bank Al-Maghrib.

Saïd Naciri :

– De dix à vingt ans de réclusion pour faux en écriture publique par la fabrication de conventions et usage de faux (articles 354 et 356 du code pénal).

– Un à cinq ans d’emprisonnement pour escroquerie et tentative d’escroquerie (article 540 du code pénal).

– Cinq à dix ans de réclusion pour trafic d’influence par une personne investie d’un mandat électif (article 250 du code pénal).

– Un à trois ans d’emprisonnement pour détermination d’autrui à faire des déclarations et attestations mensongères par l’usage de menaces et de pressions (article 373 du code pénal).

– Un à cinq ans d’emprisonnement pour recel de choses obtenues à l’aide d’un délit (article 571 du code pénal).

– Un à cinq ans pour falsification de chèques.

– Un an à trois ans d’emprisonnement et une amende égale à deux fois la valeur des marchandises de fraude pour tentative d’exportation de stupéfiants sans déclaration ni autorisation et complicité (article 279 ter du code des Douanes).

– Cinq à dix ans de réclusion pour participation à une entente en vue de la détention, le transport, l’exportation et la commercialisation de stupéfiants (articles 2 et 5 de la loi relative à la répression de la toxicomanie et la prévention des toxicomanes).

– Un mois à cinq ans d’emprisonnement et amende au moins égale à cinq fois la valeur des devises objets de l’infraction pour importation de devises étrangères sans autorisation (article 17 du dahir relatif à la répression des infractions à la réglementation des changes).

De “baron de Nouadhibou” à “Escobar du Sahara”, la vie de Ben Brahim en Mauritanie

Hadj Ahmed Ben Brahim ou “Escobar du Sahara” est certes celui qui a fait tomber deux hommes d’affaires et politiques marocains, Abdenbi Bioui et Saïd Naciri, mais c’est aussi le “Malien” qui avait été innocenté en Mauritanie, après quatre ans de détention.

Avant d’être condamné à dix ans de réclusion au Maroc, celui qui était connu à l’époque sous le nom du “baron de Nouadhibou” a passé quatre ans derrière les barreaux, période durant laquelle il avait été libéré après sept mois, avant d’être de nouveau arrêté. Voici le récit de sa vie en Mauritanie, selon des sources locales.

Une première arrestation

Né à Kidal au Mali, cet homme aux multiples surnoms et contacts hauts placés a été arrêté le 6 mars 2015 par une équipe de la gendarmerie mauritanienne. Pris en flagrant délit, après une opération de “filature complexe” et une “course-poursuite de sa voiture ainsi qu’une autre, dans la région de Douira, près de la frontière marocaine”.

La presse mauritanienne a indiqué qu’au moment de son arrestation, Ben Brahim était accompagné de deux individus. L’un d’eux, Nabil Difi, est un Marocain qui travaille dans la société de Ben Brahim, tandis que le second, Ahmed Bellouh, est un ancien membre du polisario, ayant des antécédents judiciaires puisqu’il avait déjà été condamné pour détention de trois kilogrammes de cocaïne.

À l’époque, Hadj Ahmed Ben Brahim se présentait comme un homme d’affaires malien venu prospecter en Mauritanie. Lors de sa deuxième visite, il avait prévu d’étudier le marché mauritanien pour ouvrir une filiale d’une société chinoise qui opère dans la vente d’automobiles. Au Maroc, plusieurs années plus tard, il avait également donné la même explication pour justifier sa présence dans le pays ainsi que différentes activités .

Selon ses déclarations aux enquêteurs mauritaniens, c’est dans ce cadre qu’il avait rencontré deux hommes, “Haddi” et “Ali”, à travers un intermédiaire malien dénommé “Belaayoun”. Cette rencontre avait eu lieu dans le désert, à 125 km de la route principale de la ville de Nouadhibou, à laquelle il doit l’un de ses surnoms.

Poursuivie par la gendarmerie, la deuxième voiture dans laquelle se trouvaient “Haddi” et “Ali”, déjà connus dans le domaine du trafic de drogue dans la région, avait disparu « dans la zone du désert contrôlée par le polisario », sans préciser si cette zone se trouve en Mauritanie ou en Algérie.

Les enquêteurs avaient relevé que Ben Brahim n’avait, à aucun moment, prospecté dans le cadre des affaires qu’il prétendait vouloir entreprendre dans le pays. Selon la presse locale, l’homme n’avait effectué aucune mesure dans ce sens, ni présenté aucune demande, et ne s’était pas davantage renseigné sur les démarches à suivre.

Lors de son arrestation avec ses deux acolytes, la gendarmerie avait saisi une voiture Prado noire, huit téléphones dont un de type ‘Thuraya’ (téléphone satellite), un ‘Galaxy Note 3’, quatre ’Nokia’, un ’LG’ et un ’Sony’.

Figuraient également des puces téléphoniques (d’opérateurs mauritaniens et marocains), des cartes de recharge et des sommes d’argent en dizaines de milliers de dirhams marocains, du cash en euros, en ouguiya, ainsi qu’une bouteille d’alcool. D’autres sources médiatiques indiquent qu’une montre en diamants avait également été saisie au moment de son arrestation, qu’il n’a pas pu récupérer lors de sa libération.

Libération surprise

Les trois hommes avaient été placés en détention à la prison civile de Nouadhibou, à Dakhlet, pendant une durée de sept mois, avant d’être libérés pour “manque de raisons pour les poursuivre”. Cette décision soudaine avait été actée dans des “conditions d’extrême urgence”, au point que leur document de sortie avait été rédigé à la main. Une autorisation de libération manuscrite, car pas de temps pour l’imprimer.

Des sources médiatiques ont alors indiqué que les trois hommes avaient été défendus par plusieurs avocats. À leur tête, un parlementaire à l’époque : Mohamed Ould Babana. Cette défense avait reçu, selon ces mêmes sources, 80 millions d’ouguiyas en guise d’honoraires (plus de 20 millions de DH).

Toujours selon la presse mauritanienne, cette libération surprise avait été décidée sous la pression de la présidence mauritanienne, à travers le conseiller du président, Ahmida Ben Abah, ajoutant que leur caution avait été payée par le cousin du président de la Mauritanie.

Il convient de noter que le président du pays à l’époque n’était autre que Mohamed Ould Abdel Aziz, l’un des rares ex-chefs d’États en Afrique condamnés pour enrichissement illicite dans l’exercice du pouvoir. L’ancien président avait également été reconnu coupable de blanchiment d’argent. Pour rappel, sa condamnation à cinq ans de prison date de décembre dernier. L’homme a été jugé aux côtés de dix autres personnalités, dont deux anciens premiers ministres.

Fausse joie : aussitôt libéré, aussitôt arrêté

Libéré sans procès, le « baron de Nouadhibou » est le seul de la bande à avoir été de nouveau arrêté, indique une source médiatique locale. Cette fois, il a été conduit à Nouakchott par la police mauritanienne qui l’a placé dans un logement à la commune de Tevragh Zeïna. Et ce, sans le présenter à une autorité judiciaire, même si la période légale pour le faire a expiré.

Les médias mauritaniens indiquent que plusieurs juridictions ont traité ce dossier qui portait, au vu des conditions d’arrestation et des objets saisis, sur des accusations de “trafic de drogue”, “constitution d’une bande qui en transporte” et “corruption”.

Or, le 30 janvier 2017, la cour d’appel de Nouadhibou s’était déclarée incompétente en raison de l’accusation de “corruption”. La presse locale indique que la juridiction mauritanienne avait estimé que la compétence pour statuer sur cette affaire revenait au tribunal anti-corruption, spécialisé dans les crimes liés à la corruption et récemment créé.

Pourtant, c’est bien la cour d’appel de Nouadhibou qui tranche à nouveau le 7 mars 2019 et innocente Hadj Ahmed Ben Brahim “en l’absence de raison de le poursuivre”. Libéré, il se rend illico à Dakar où il reste quinze jours. Il prend alors l’avion pour Casablanca où il va être cueilli par la police à son arrivée, en 2019, puis condamné à dix ans de réclusion la même année.

https://medias24.com/2023/12/31/recit-ce-que-lon-sait-de-laffaire-de-trafic-international-de-drogue-ou-bioui-et-naciri-sont-mis-en-cause/

 

Affaire Hadj Benbrahim-Bioui-Naciri : le juge d’instruction poursuit ses auditions

Après avoir entamé le 25 janvier les interrogatoires approfondis, le juge d’instruction chargé de l’affaire de trafic international de drogue poursuit ses auditions.

Mercredi 14 février, il a reçu Saïd Naciri pour la troisième fois. Selon nos sources, ce dernier n’a pas été prolixe, s’est déclaré très fatigué et a invoqué une lourde pathologie pour laquelle il est suivi par des médecins entre la France et le Maroc. La prochaine audition est fixée au 21 février.

Selon des sources judiciaires sûres et présentes sur place, le juge avait auditionné, le mercredi 24 janvier, Hadj Ahmed Benbrahim. Ce dernier, condamné en 2019 pour trafic de drogue, est toujours en détention dans une prison marocaine (El Jadida, puis Oukacha à Casablanca).

Benbrahim a été auditionné en tant que partie civile. Il est en effet plaignant contre Bioui et Naciri pour des questions financières et avec des accusations de spoliation immobilière.

Bioui, Naciri, Latifa Raafat (ex-femme de Benbrahim) et Samia Moussa (ex-femme de Bioui) avaient été convoqués par le juge le jeudi 25 janvier. Ils se sont présentés mais il n’y a pas eu d’audition, ni de Bioui ni de Naciri, encore moins de confrontation avec Benbrahim, pour une raison de procédure.

Le 7 février, le juge a pour la première fois interrogé d’une manière détaillée Saïd Naciri.

NDLR : Les personnes nommées dans cet article, et qui font l’objet d’une instruction judiciaire, sont présumées innocentes tant qu’un jugement définitif n’a pas été prononcé à leur encontre.