Affaire Naciri-Bioui : le procès « gelé » par la grève des avocats

A la Chambre criminelle de Casablanca, l’affaire de trafic international de drogue impliquant Said Naciri et Abdenbi Bioui a été renvoyée au 22 novembre 2024.

Ce nouveau renvoi a été acté à l’issue d’une courte audience tenue ce vendredi 1er novembre. Motif du report : la grève des avocats qui ont décrété le boycott total des juridictions. Cette grève, observée à partir d’aujourd’hui à l’échelle du Royaume, s’étendra sur une durée indéterminée.

L’audience de ce vendredi devait voir les avocats de la défense répliquer à l’intervention du substitut du procureur général du Roi qui s’était opposé à une partie de leurs demandes tendant à la convocation de témoins, entre autres Hadj Ahmed Ben Brahim, alias « Escobar du Sahara« .

Pour rappel, Said Naciri et Abdenbi Bioui sont poursuivis, aux côtés d’une vingtaine d’individus, dans le cadre d’une vaste affaire de trafic international de stupéfiants. Les accusés doivent répondre de griefs portant, notamment, sur l’exportation et la commercialisation de drogues, le faux en écriture publique ou encore de tentative d’escroquerie.

Tanger-Med : saisie de 209.000 comprimés d’Ecstasy en provenance de Belgique

Les cargaisons saisies ont été soigneusement dissimulées dans des boîtes de nourriture pour chats, dans une tentative de tromper les opérations de contrôle effectuées au niveau des frontières, indique une source sécuritaire.

La Service préfectoral de la police judiciaire de la ville de Tanger a soumis le conducteur de la voiture, ressortissant marocain de nationalité belge, à une enquête judiciaire sous la supervision du parquet compétent, pour élucider les tenants et aboutissants de cette affaire, ainsi que ses éventuelles ramifications avec des réseaux de trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes.

(Avec MAP)

Affaire Hadj Benbrahim-Bioui-Naciri : le juge d’instruction poursuit ses auditions

Après avoir entamé le 25 janvier les interrogatoires approfondis, le juge d’instruction chargé de l’affaire de trafic international de drogue poursuit ses auditions.

Mercredi 14 février, il a reçu Saïd Naciri pour la troisième fois. Selon nos sources, ce dernier n’a pas été prolixe, s’est déclaré très fatigué et a invoqué une lourde pathologie pour laquelle il est suivi par des médecins entre la France et le Maroc. La prochaine audition est fixée au 21 février.

Selon des sources judiciaires sûres et présentes sur place, le juge avait auditionné, le mercredi 24 janvier, Hadj Ahmed Benbrahim. Ce dernier, condamné en 2019 pour trafic de drogue, est toujours en détention dans une prison marocaine (El Jadida, puis Oukacha à Casablanca).

Benbrahim a été auditionné en tant que partie civile. Il est en effet plaignant contre Bioui et Naciri pour des questions financières et avec des accusations de spoliation immobilière.

Bioui, Naciri, Latifa Raafat (ex-femme de Benbrahim) et Samia Moussa (ex-femme de Bioui) avaient été convoqués par le juge le jeudi 25 janvier. Ils se sont présentés mais il n’y a pas eu d’audition, ni de Bioui ni de Naciri, encore moins de confrontation avec Benbrahim, pour une raison de procédure.

Le 7 février, le juge a pour la première fois interrogé d’une manière détaillée Saïd Naciri.

NDLR : Les personnes nommées dans cet article, et qui font l’objet d’une instruction judiciaire, sont présumées innocentes tant qu’un jugement définitif n’a pas été prononcé à leur encontre.

Affaire du  » Malien » : Said Naciri, le couteau suisse

Toutes les personnes citées dans cet article, suspectées et mises en cause dans l’enquête préliminaire, sont présumées innocentes.

« Chef de la logistique, « porte-parole », « facilitateur », « chargé des relations publiques »… Dans l’affaire de « L’Escobar du Sahara », Said Naciri est présenté comme l’homme à tout faire. L’enquête de la BNPJ estime qu’il a joué un rôle « central » dans le réseau présumé de trafic de drogue « dirigé » par Abdenbi Bioui, impliqué dans le même dossier.

Parmi la vingtaine d’individus mis en cause, Said Naciri est probablement celui dont les agissements ont été les plus scrutés par les enquêteurs. La BNPJ s’est penchée de près sur ses liens avec El Hadj Ahmed Benbrahim, dit le Malien, condamné pour trafic et dont les confidences ont servi de base pour le démantèlement du réseau.

Les investigations préliminaires reconnaissent à Naciri des tâches de coordination entre les membres du cartel, mais aussi entre ce dernier et d’autres bandes criminelles. Il est suspecté d’avoir facilité la circulation de la drogue sur le sol marocain, et ce, en jouant de ses relations « tentaculaires » qui s’étendent à des membres des forces de l’ordre.

La BNPJ impute à Naciri sa participation active dans les 200 tonnes de Chira exportés entre 2006 et 2013, période où le réseau connait son apogée. Les témoignages impliquent l’intéressé dans plusieurs opérations ultérieures et portant sur des dizaines de tonnes. La dernière remonte à 2021.

2013, c’est l’année où Hadj Benbrahim s’installe au Maroc et Naciri fait partie des premières personnes qu’il rencontre. De là, nait une relation où se mêlent business illégal, soirées festives, politique, mais aussi tromperies et fausses promesses.

Car quand le « Malien » décide de se confier à la BNPJ depuis sa cellule de prison (incarcéré depuis 2019 au Maroc), c’est surtout pour sanctionner ses anciens associés, accusés de l’avoir spolié  de plusieurs biens immobiliers au Maroc. Naciri est omniprésent dans ces accusations qui seront vérifiées par la BNPJ.

Entre El Hadj Benbrahim et Naciri, c’est aussi une histoire de prêts non remboursés. L’enquête évoque la somme de 2 millions d’euros accordée par le « Malien » pour aider son associé à investir dans des projets immobiliers et commerciaux.

Cet argent devait servir à « blanchir » les revenus obtenus du trafic de drogue. La transaction a eu lieu à Casablanca, dans la voiture du baron Malien et devant l’ex-compagne de ce dernier, une chanteuse marocaine entendue en tant que témoin.

Selon les investigations, le montant a été remis à Naciri dans un sac en plastique noir. Ce sac revient souvent dans les témoignages pour décrire les scènes de règlement – toujours en millions d’euros – des sommes destinées à l’exécution des opérations en lien avec le trafic de drogue.

L’analyse des différents comptes bancaires de Said Naciri a fait ressortir des dépôts dépassant les 140 MDH entre 2014-2023. L’intéressé n’a pas réussi à justifier la provenance d’une grande partie de ces sommes.

Les éléments de l’enquête abordent d’autres libéralités concédées à Naciri par le ressortissant malien. On parle de 1,5 MDH destinées à financer une « campagne électorale avant l’heure » à Zagora.

Les faits remontent à 2013. La somme a été versée contre la promesse, faite par Naciri, d’appuyer la naturalisation de son associé, qui souhaitait obtenir la nationalité marocaine. Naciri lui avait même décroché un écrit du Chef de la Zaouia Naciria (le manuscrit reconnaissait à la mère du Malien des origines marocaines), faisant croire à l’intéressé que cela facilitera la validation du dossier.
Fallacieuse, la manœuvre n’aboutira évidemment à aucun résultat, et viendra s’inscrire dans la longue liste de promesses mensongères.

Nous sommes en 2019, le Malien vient de purger une peine de 4 ans en Mauritanie. A sa sortie, il est encouragé par Naciri à rentrer au Maroc où il sera arrêté dans la foulée. Résultat : une condamnation à 10 ans de réclusion en lien avec les 40 tonnes de cannabis saisies en 2015 à El Jadida.

En Mauritanie ou au Maroc, Naciri n’a jamais rompu le contact avec le Malien. Même après l’arrestation de ce dernier, le président du Wac maintenait les échanges par téléphone. Les appels interceptés par la BNPJ renseignent particulièrement sur la nature de cette relation et les intérêts qui se jouaient au sein du réseau.

Encore des promesses et des dettes non remboursées. Cette fois-ci, Naciri promet au Malien d’activer ses accointances politiques pour décrocher une extradition vers le Malien.

Dans ces appels qui dureront jusqu’à mai 2023, il est surtout question d’un montant dû par Abdenbi Bioui à El Hadj. Soit plus de 30 millions de dirhams en lien avec une opération de trafic. Ici, Naciri apparait comme le messager de Abdenbi Bioui. Il joue surtout le médiateur entre le débiteur et son créancier, de plus en plus agacé et qui soupçonne ses associés de l’abandonner. Il menace même de révéler une histoire de 80 tonnes qui aurait jusque là échappé aux radars des autorités.

Conciliant au début, Naciri fera part de sa lassitude vis à vis de cette affaire de dette, allant même jusqu’à inciter son interlocuteur à régler son problème en tuant Abdenbi Bioui. Une suggestion rejetée par le Malien. Glaçante, cette discussion datée du 5 mai 2023 a été interceptée par la BNPJ. Parlait-il au figuré ? A la Justice d’en juger.

Affaire de trafic international de drogue: Saïd Naciri et Abdenbi Bioui feront appel de la décision d’incarcération

Jeudi 21 décembre dans l’après-midi, à l’issue d’une enquête préliminaire, la BNPJ a transmis le dossier et présenté au parquet général un groupe de 26 personnes impliquées, selon elle, dans l’affaire de trafic international de drogue dite du « Malien ».

Le procureur général près la cour d’Appel de Casablanca a dans la foulée auditionné les 26 personnes présentées. Il a par la suite ordonné la poursuite de l’enquête, par un juge d’instruction, avec incarcération de 21 personnes, dont Saïd Naciri et Abdenbi Bioui, en laissant 4 autres personnes en état de liberté provisoire avec interdiction de quitter le territoire et en libérant une cinquième.

L’instruction a commencé immédiatement et a duré toute la nuit, jusqu’au lendemain (vendredi 22 décembre) à 09 heures du matin où le juge a annoncé qu’il suivra les réquisitions du procureur général. Dans son acte de poursuite, le procureur général accuse Saïd Naciri de « falsification de documents, d’abus de pouvoir (intervenir en tant que président du conseil préfectoral de Casablanca, au profit de quelqu’un), de tentative d’escroquerie et d’incitation à donner de fausses déclarations à la police judiciaire, délivrance de chèques sans qualité pour le faire », nous explique l’un de ses avocats, Me Mehdi Ezzouate. Ce dernier insiste sur le fait que son client n’est pas accusé ni suspecté de « blanchiment ou de trafic de drogue ».

Me Ezzouate dément les accusations portées par le ministère public contre son client: « le principal accusé (dit le Malien, accusé d’être à la tête du réseau de trafic) était seulement une connaissance qui a demandé une aide humaine et personnelle à Said Naciri. En aucun cas ce dernier n’est concerné ni n’avait connaissance du fond de l’affaire ».

A noter que la procédure pénale accorde 24 heures au parquet général après la présentation des prévenus pour prendre ses décisions. Et 24 heures ensuite pour que ces derniers fassent appel s’ils le souhaitent.

Dans le cadre de l’instruction, l’audience de l’enquête détaillée a été fixée au 25 janvier 2024.

Selon nos sources, Saïd Naciri a connu le principal accusé dit le Malien, par le biais de Abdenbi Bioui qui le lui avait présenté en tant que futur investisseur pour importer des voitures de marque chinoise et installer un show room à Casablanca.