Le 1er Sommet YES Africa, un manifeste pour l’inclusion des jeunes et des NEET

Lors de la première édition du Sommet YES Africa, des représentants de gouvernements, d’organisations de la société civile, d’institutions internationales et d’experts en développement ont uni leurs voix pour définir une « vision nouvelle de l’autonomisation des jeunes en Afrique ».

Les travaux ont abouti à l’adoption du Manifeste de Marrakech pour la libération du potentiel des jeunes africains, un document de référence intégrant des recommandations concrètes en faveur de l’inclusion des jeunes, notamment ceux classés NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), dans les politiques publiques des pays africains, indique un communiqué de la fondation Jadara.

Le sommet a mis l’accent sur la reconnaissance des compétences non formelles, la généralisation de l’orientation et du mentorat via des plateformes numériques, ainsi que sur la diversification des mécanismes de financement, incluant le crowdfunding et l’implication du secteur privé.

Plusieurs accords ont été signés à cette occasion, visant à créer une infrastructure de formation dédiée aux ONG africaines, à travers une plateforme d’apprentissage, des ateliers spécialisés et des programmes de mentorat terrain.

Pour Hamid Belafdil, président de la Fondation Jadara, « ce sommet ne devait pas se limiter à des recommandations, mais poser les bases d’un mécanisme opérationnel et mesurable pour doter la jeunesse africaine de leviers concrets, au-delà des slogans ».

De son côté, Oumaïma Mhijir, directrice générale de la Fondation, a souligné que « ces propositions sont le fruit d’un ancrage réel dans les territoires, portées par des jeunes qui vivent les défis quotidiens et aspirent à les transformer ».

Des personnalités telles que Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, et Mamouni Dialla, président de l’Union panafricaine de la jeunesse, ont salué le rôle du Maroc dans cette dynamique et appelé à renforcer la volonté politique pour faire de la jeunesse un moteur de la transformation africaine.

Rabat accueille la 9ᵉ conférence annuelle sur la paix et la sécurité en Afrique, les 19 et 20 juin

Organisée par le Policy Center for the New South, cette rencontre réunira des experts, des diplomates, des responsables militaires et des décideurs pour débattre des principales dynamiques sécuritaires et géopolitiques qui façonnent le continent, indique vendredi un communiqué des organisateurs.

L’APSACO 2025 vise aussi à engager des discussions sur les moyens de renforcer la résilience stratégique de l’Afrique, de consolider ses institutions de gouvernance et de sécurité, et de se repositionner dans un ordre mondial en mutation.

Cette édition abordera plusieurs sujets se rapportant notamment à la fragmentation des blocs régionaux africains et l’émergence de réalignements politiques, à l’évolution des conflits critiques au Soudan, en Libye et dans la région des Grands Lacs, ainsi qu’au positionnement du continent dans un contexte de concurrence renouvelée entre grandes puissances et à l’adaptation de l’architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) aux menaces nouvelles et complexes.

Parmi les intervenants attendus figurent Kainga Patricia Wellington, vice-ministre des Affaires étrangères du Malawi, Adamu Garba Laka, général de division et coordinateur du centre nigérian de lutte contre le terrorisme, Hélio Sanches, ancien secrétaire général du gouvernement du Cap-Vert, Jérôme Mellon, représentant des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, ainsi que Stephen Klingebiel, expert de l’Institut allemand IDOS.

Par ailleurs, le Policy Center for the New South publiera, le 18 juin, la 8e édition de son rapport annuel sur la géopolitique de l’Afrique, une référence incontournable pour mieux comprendre les dynamiques stratégiques du continent.

Ce rapport, qui propose une Afrique racontée par des Africains, une Afrique observée dans sa complexité, ses défis et ses ambitions, est structuré en quatre parties : « Dynamique électorale », « Guerres et conflits », « L’Afrique et le monde » et « L’Afrique atlantique ».

Tarik Senhaji : « La confiance est la monnaie de nos marchés »

L’Afrique offre les plus hauts retours sur investissement au monde, mais continue de capter à peine 4% des flux d’IDE à l’échelle mondiale. Malgré une population jeune et un potentiel économique reconnu, les capitaux peinent à atteindre les capitales africaines. Le rapport 2025 de la Fondation Mo Ibrahim pointe trois principaux obstacles : un déficit de confiance, une perception excessive du risque et des capacités d’absorption inégales selon les pays.

Dans le même temps, la part de l’Afrique dans l’aide publique au développement a reculé de 11 points, alors que les besoins d’adaptation climatique dépassent aujourd’hui 1.600 milliards de dollars. Le rapport appelle à un changement de paradigme, basé sur une mobilisation accrue du capital privé et une meilleure mise en valeur des fondamentaux économiques du continent.

Les leviers pour mobiliser l’épargne africaine au service du développement du continent

Les marchés de capitaux devraient être le fondement du financement du développement. Lors des discussions du week-end, Tarik Senhaji, directeur général de la Bourse de Casablanca, a souligné qu’un constat clair s’est dégagé de ce forum : « Nous n’avons pas besoin de plus d’aide. Nous devons nous prendre en charge nous-mêmes. Les Africains doivent écrire leurs propres chèques. Et pour cela, nous devons avoir des marchés de capitaux souverains ».

« Le secteur financier est un grand vecteur de gouvernance. Il ne sert pas seulement à financer. Il apporte une bien meilleure responsabilité, une bien meilleure transparence dans l’économie ».

Au Maroc, les banques ont connu une transformation majeure au cours des trente dernières années. Inspirées par la vision royale, elles sont aujourd’hui présentes dans 34 pays et ont soutenu le développement des infrastructures, des PME et l’inclusion financière. Mais pour accélérer davantage, les marchés boursiers sont nécessaires.

« Nos marchés ne servent pas uniquement à financer les entreprises. Ils donnent un prix à l’avenir. Ils valorisent et encouragent la bonne gouvernance et une vision managériale claire ». Une bourse bien organisée est « le seul outil financier qui vous donne aujourd’hui la valeur de votre entreprise demain ».

Ce qui freine encore les entreprises, c’est souvent la confiance. « La confiance est la monnaie de nos marchés. Si vous ne prenez pas le temps de faire naître cette confiance, cela reste lent. Mais une fois qu’elle s’accumule, elle rapporte d’énormes bénéfices pour tous : investisseurs, entreprises et pays ».

En 2021, la Bourse de Casablanca a lancé une vaste consultation locale. « Nous n’avons pas entendu que de bonnes choses. En réalité, nous avons surtout entendu des choses négatives ». Un haut responsable lui a dit : « Votre Bourse est une grande locomotive, mais elle n’a pas de rails ». Le produit était bon techniquement, mais les acteurs ne s’y reconnaissaient pas. Le vrai changement était culturel, pas technique.

« Nous avons changé notre manière d’aborder et de dialoguer avec nos parties prenantes. Nous avons changé notre manière de communiquer avec le monde. Et nous avons aussi beaucoup plus engagé le grand public ».

Les résultats ont été au rendez-vous. « Au cours des deux dernières années, nous avons obtenu les meilleurs résultats des quinze dernières années. L’activité des investisseurs individuels a été multipliée par quatre. Les investisseurs locaux représentent désormais 90% du marché. Et le trading en ligne pèse 75% de notre activité ».

La Bourse a aussi renforcé ses liens avec le capital-investissement. « Si un investisseur a déjà mis un ticket chez vous, il est cinq fois plus probable qu’il en mette un second, plutôt que d’en chercher un nouveau ».

Les IPO restent encore peu nombreuses, mais les signaux sont encourageants. « L’année dernière a été un record en termes de financement, grâce aux nombreuses augmentations de capital. Et nous pensons que le changement arrive. Les IPO viendront« .

« Mais est-ce qu’il n’y a pas aussi un enjeu culturel à traiter ? Beaucoup d’entreprises africaines sont encore des entreprises familiales, qui doivent évoluer dans leur mode de gouvernance. Elles doivent intégrer des administrateurs indépendants, mieux former leurs équipes et libérer leur plein potentiel », souligne Abdelmalek Alaoui, fondateur et PDG de Guepard Group.

« On voit des entreprises qui stagnent à une taille de 40 ou 50 millions de dollars, alors qu’elles pourraient atteindre un chiffre d’affaires de 500 ou 600 millions. Quelles sont, selon vous, les grandes transformations à opérer dans le capitalisme africain pour passer de ces PME familiales à des entreprises bien gérées, tournées vers l’avenir ? », interroge-t-il.

« Je vais répondre à votre question avec une déclaration provocatrice. On a vu toute la journée ce slogan : “L’Afrique que nous voulons”. Mais ne devrait-on pas y ajouter une deuxième ligne : “Les Africains que nous voulons être” ? Parce que c’est bien plus important quand on fait des affaires », insiste Tarik Senhaji.

« Mais plus important encore, je pense que nous ne consacrons pas assez de temps, de ressources ni d’attention à la conception de systèmes de gestion des ressources humaines pour les pays africains », explique Tarik Senhaji.

« On passe trop de temps à courir après le capital. Si on consacrait autant d’énergie à faire en sorte que les projets atteignent un bon niveau, où les investisseurs financiers peuvent vraiment les examiner, cela aurait beaucoup plus d’impact ».

« Je veux saluer l’initiative récente du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, parce que ce n’est pas seulement un fonds souverain. C’est une nouvelle génération. Un fonds souverain de développement. Un fonds souverain pour développer des projets. C’est une initiative enthousiasmante à suivre », conclut-il.

Un risque africain souvent jugé à l’identique, mais un coût domestique encore trop élevé

Marie Diron, directrice générale en charge du risque souverain chez Moody’s Ratings, a répondu à une question aussi directe qu’essentielle : qu’est-ce qui manque encore dans le tableau macroéconomique de l’Afrique ? Le continent est-il mal prisé par les investisseurs, ou présente-t-il un risque réel ?

Elle rappelle que les notations qu’elle supervise constituent avant tout une opinion sur la capacité d’un État à rembourser sa dette, et qu’elles sont utilisées par les investisseurs parmi d’autres sources d’analyse.

Face aux critiques sur la perception du risque en Afrique, elle explique que son équipe a récemment étudié les données disponibles. Sur les 140 pays notés par Moody’s, 50 défauts souverains ont été enregistrés sur les quarante dernières années, dont une dizaine en Afrique, ce qui montre selon elle que les notations reflètent correctement l’ordre de risque.

« Une note B implique une probabilité de défaut six fois inférieure à celle d’une note CAA, et environ six fois supérieure à celle d’une note BA », précise-t-elle.

« Un souverain noté B2 en Afrique présente une probabilité de défaut identique à celle d’un souverain noté B2 ailleurs dans le monde ».

Concernant le coût du capital, Marie Diron affirme que les écarts de taux (spreads) sur la dette externe ne sont pas systématiquement plus élevés pour les pays africains.

« Le Maroc, noté BA1, emprunte à des conditions meilleures que la Roumanie ou le Brésil, pourtant notés pareil. La Côte d’Ivoire, notée BA2, a des spreads comparables à ceux de la Géorgie ».

En revanche, le coût de la dette domestique reste très élevé. « Il atteint environ 12% en Afrique, contre 8% en Amérique latine et 5% en Asie. C’est un enjeu majeur, notamment pour financer des projets d’infrastructure à long terme ».

« Il est important de s’attaquer aux facteurs structurels qui pèsent sur les taux domestiques, en lien avec les constats du rapport de la Fondation Mo Ibrahim », conclut-elle.

Structurer à grande échelle et mobiliser les investisseurs africains

Alain Ebobissé, directeur général d’Africa50, estime que l’Afrique dispose aujourd’hui de références solides sur lesquelles s’appuyer pour attirer des investisseurs institutionnels à grande échelle. « Ce que nous démontrons chez Africa50, c’est qu’on peut investir rapidement dans des infrastructures privées et en PPP en Afrique, générer des rendements et avoir de l’impact ».

« Nous avons réussi à mobiliser des capitaux capables d’écrire des chèques de 20 à 50 millions de dollars. Mais, pour attirer ceux qui ne parlent qu’à partir de 500 millions, il faut structurer différemment ».

Depuis sa création il y a huit ans avec l’appui de la BAD et de 33 pays africains, Africa50 a investi dans 28 projets répartis sur 29 pays. « Le portefeuille est de qualité, mais maintenant, c’est une question d’échelle. Et l’échelle demande de la prévisibilité. Il faut montrer ce qu’on a fait, pas seulement ce qu’on aspire à faire ».

Il évoque plusieurs secteurs porteurs comme le gaz et les réseaux de transmission, où des plateformes d’actifs peuvent être créées. Il insiste aussi sur le rôle essentiel des investisseurs africains eux-mêmes : « Nous avons réuni 20 investisseurs institutionnels africains pour soutenir notre Infrastructure Acceleration Fund. C’est inédit ».

Et de conclure : « Vous ne pouvez pas aller sur les marchés internationaux sans avoir d’abord des investisseurs africains avec vous. Pour changer la perception, les Africains doivent investir en Afrique ».

Mo Ibrahim : “Compter sur l’aide ? C’est même un peu stupide”

Ce monde n’a plus rien de familier. Les normes internationales s’effondrent, les règles d’hier semblent balayées. « Même ceux censés donner l’exemple se permettent aujourd’hui de mentir sans retenue », déplore Mo Ibrahim lors de l’Ibrahim Governance Weekend 2025 à Marrakech. Le nationalisme s’impose comme un nouveau langage commun, « qu’il prenne la forme d’un ‘America first’ ou d’un ‘moi d’abord’ ailleurs ».

Face à ce basculement global, l’Afrique glisse vers l’angle mort. Les conflits se multiplient. « Le Soudan, mon pays, est aujourd’hui totalement détruit. Douze millions de personnes déplacées, deux millions de réfugiés, des infrastructures anéanties… Et pourtant, silence total. Aucun écho, ou presque ».

Dans un contexte où l’aide internationale se contracte, l’alerte est claire : « Compter sur la générosité des autres ? Ce n’est ni fiable, ni sérieux. C’est même, soyons honnêtes, un peu stupide ». La dépendance n’est plus une option. L’Afrique doit se tourner vers elle-même.

Les ressources sont là. Le continent est riche. « Mais notre population reste pauvre parce que la gestion est mauvaise. Mauvaise dans nos pays, mauvaise dans nos ressources, mauvaise dans la façon dont nous nous traitons les uns les autres ». Une vérité brute, posée sans détour.

Le déséquilibre est aussi financier. Chaque année, entre 80 et 100 milliards de dollars quittent illégalement l’Afrique. « C’est plus que tout ce qu’on nous donne en aide au développement ou en humanitaire. Ce sont nos ressources. Et on les laisse filer ». Pour lui, mettre fin à ces fuites, c’est une condition minimale. « Il faut lutter contre la corruption, assainir nos flux, investir chez nous ».

Le raisonnement est implacable : « Si nous n’avons pas confiance dans nos pays, pourquoi quelqu’un d’autre en aurait ? Si nous n’investissons pas nous-mêmes dans nos économies, qui le fera à notre place ? ». Rien ne viendra de l’extérieur si l’intérieur reste fragile.

Même incohérence sur la question de la souveraineté. « On aime parler d’Union africaine. Mais on ne la finance même pas. Ce n’est pas acceptable ».

Au-delà des finances, c’est la gouvernance qui est en jeu. « Trop de dirigeants veulent chanter ou réciter des poèmes à leur peuple. Ce qu’on attend d’eux, ce sont des chiffres. Quand on est président, on est comme un directeur : on rend des comptes à un board. On doit savoir ce qui monte, ce qui baisse, et pourquoi ».

C’est dans cette optique que la fondation Mo Ibrahim produit l’Indice de gouvernance africaine. »Il faut des données, pas des slogans. C’est la seule façon d’avancer. On ne peut pas gouverner à l’aveugle ».

L’aide publique au développement : la fin d’une époque

Le Maroc fait partie des pays africains touchés par la vague de désengagement des bailleurs internationaux. En mars 2025, les États-Unis ont acté la suppression totale des aides bilatérales via l’USAID, soit 32 millions de dollars pour le seul royaume.

C’est l’un des signaux les plus visibles d’un tournant global. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni… tous réduisent leur aide, pendant que l’Afrique perd 11 points de part dans l’APD mondiale en une décennie. Elle passe de 37,6% en 2013 à 26,7% en 2023.

Derrière les chiffres, un basculement : l’aide n’est plus une priorité stratégique pour les grandes puissances. Même les institutions multilatérales (FMI, Banque mondiale, BEI) restent à la traîne sur leurs propres réformes. Et l’Afrique, avec 6,5% des droits de vote au FMI pour 19% de la population mondiale, continue de peser peu.

Le climat dévore le développement, sans compenser

Malgré les engagements internationaux, l’Afrique reçoit moins de 3% des financements climat mondiaux. En 2021/2022, elle n’a capté que 36,1 milliards de dollars sur 1.300, dont seulement 13 milliards pour l’adaptation. Pourtant, les besoins estimés à partir des NDC dépassent 1.600 milliards et sont largement sous-estimés.

Pire encore, une part importante de ces financements dits « climat » vient en réalité rediriger les fonds de l’aide au développement, au lieu de les compléter. Pour beaucoup d’États africains, c’est une double peine : moins d’aide traditionnelle, et un financement climat qui ne couvre ni les pertes ni les urgences.

Des objectifs déconnectés des moyens

Les besoins explosent, les moyens stagnent. Le Maroc, par exemple, affiche un taux d’exécution intermédiaire de l’Agenda 2063 entre 40% et 69% selon les thèmes. Au niveau continental, seuls 13 pays dépassent 50% de mise en œuvre.

D’ici 2100, l’Afrique devra créer 20 millions d’emplois chaque année pour absorber sa population active. Pourtant, seuls 6% des ODD sont aujourd’hui sur la bonne trajectoire, et le financement annuel à mobiliser pour les « moonshots » de l’Agenda 2063 est estimé à 330 milliards USD.

Le Maroc consacre 3,5 milliards $ par an au service de la dette extérieure, un poids lourd pour les finances publiques. Sur le continent, la dette extérieure publique a presque doublé en 10 ans pour atteindre 690 milliards $. Elle absorbe 13,6% des dépenses publiques en moyenne, soit deux fois plus que la santé.

Les fuites de capitaux aggravent la situation. 90 milliards $ s’envolent chaque année par des flux financiers illicites, davantage que toute l’aide reçue. L’essentiel est lié à la manipulation des prix d’exportation, notamment dans les secteurs extractifs.

Une fiscalité encore trop faible

Le Maroc fait partie des rares pays africains à dépasser 20% de ratio impôts/PIB, avec un effort notable sur la fiscalité foncière (1,5% du PIB). Mais la moyenne africaine reste à 16%, loin des standards OCDE (34%).

Plus de la moitié des Africains vivent dans des pays où les recettes fiscales ne franchissent pas le seuil de 15%, jugé minimum pour le développement. Les exonérations fiscales coûteraient à elles seules 55 milliards $ par an.

Des ressources dormantes : caisses de retraite, diaspora, fonds souverains

Peu mobilisés, ces gisements de financement pourraient pourtant être stratégiques. L’Afrique dispose de 130 milliards $ en fonds souverains et de 220 milliards $ en caisses de retraite. Les transferts de la diaspora représentent 90 milliards $ par an, soit plus de 10% du PIB dans plusieurs pays. Mais ces ressources restent peu canalisées vers l’investissement productif.

Vers une souveraineté financière ? Les leviers africains

Le Maroc, membre actif de la ZLECAf, s’inscrit dans les dynamiques continentales en faveur d’une intégration plus profonde. La création d’institutions comme l’African Investment Bank ou l’African Monetary Fund est en projet. L’objectif : sortir d’une logique de dépendance pour aller vers une architecture financière africaine.

Le rapport plaide pour que 75% à 90% des financements de l’Agenda 2063 proviennent de ressources internes, grâce à la mobilisation fiscale, aux réserves des banques centrales, aux marchés des capitaux locaux et aux réformes institutionnelles. Une réorientation massive, plus nécessaire que jamais.

Le Roi Mohammed VI décline quatre lignes directrices pour un développement inclusif et durable de l’Afrique

Dans un message adressé aux participants à l’édition 2025 du Forum « Ibrahim Governance Weekend », qui a ouvert ses travaux dimanche à Marrakech, le Souverain a mis en exergue quatre lignes directrices pour un développement inclusif et durable de l’Afrique, à savoir :

– le changement de paradigme dans le financement du développement ;

– l’instauration d’un environnement institutionnel, économique et social propice au développement ;

– le renforcement et la dynamisation des échanges intra-africains ;

– la pleine valorisation des ressources naturelles que recèle le continent.

Pour ce qui est du changement de paradigme dans le financement du développement, le Roi a souligné que le continent africain est appelé à une plus grande mobilisation de ses ressources domestiques et à la mise en chantier de réformes structurelles pour renforcer le cadre macroéconomique.

Le message royal a été lu par le conseiller du Roi, André Azoulay.
Le message royal a été lu par le conseiller du Roi, André Azoulay.

« Il doit également mettre au point des mécanismes innovants de financement du développement et bénéficier efficacement des transferts de la diaspora africaine« , a poursuivi le Souverain dans ce message dont lecture a été donnée par le conseiller du Roi, André Azoulay, notant que l’Afrique ne peut pas compter uniquement sur l’Aide publique au développement ou les financements externes qui sont, par définition, générateurs de dettes.

Concernant l’instauration d’un environnement institutionnel, économique et social propice au développement, le Roi a mis l’accent sur l’importance d’encourager l’investissement, l’entreprenariat et la création d’emplois, en accélérant les réformes ayant trait notamment à la bonne gouvernance, à l’amélioration du climat des affaires, au renforcement de la transparence, à la protection des investisseurs, à la lutte contre la corruption et à la moralisation du système de la justice.

Renforcement et dynamisation des échanges intra-africains

S’agissant du renforcement et de la dynamisation des échanges intra-africains, le Souverain a rappelé que l’intégration économique du continent n’était plus une option, « mais une nécessité impérieuse dans un monde globalisé où la part de l’Afrique dans le commerce mondial ne dépasse pas les 3%. De même, les échanges intra-africains représentent 16% du volume total du commerce dans le continent, contre 60% en Europe et 50% en Asie ».

Le lancement de la Zone de libre-échange continentale africaine constitue, selon le Roi, une réelle opportunité pour stimuler le commerce entre les pays africains et en faire un catalyseur de croissance et de développement durable pour le Continent, promouvoir l’industrialisation et renforcer la flexibilité des économies africaines et leur attractivité pour l’investissement.

Quant à la valorisation des ressources naturelles que recèle le continent, le Souverain a estimé que l’Afrique, avec 40% des réserves mondiales de matières premières et 30% des minéraux critiques ainsi qu’un potentiel considérable en ressources minières, énergétiques, hydriques, agricoles et biologiques, ne peut plus se contenter d’exporter ses matières premières.

L’Afrique doit tirer pleinement parti de ses énormes richesses, créer de la valeur ajoutée, générer des revenus destinés à financer son développement, a insisté le Roi, faisant observer que cet objectif ne pourra être atteint que par l’investissement dans la transformation et la valorisation locale de ses richesses naturelles, la création de chaînes de valeur régionales qui favorisera ainsi l’industrialisation, la création d’emplois et la consolidation de l’intégration régionale et sous-régionale.

 

Soulignant que le financement du développement en Afrique est un enjeu majeur qui requiert des solutions innovantes, solidaires et adaptées aux réalités du continent, le Souverain a, dans ce sens, appelé à la mutualisation des efforts « aux niveaux national, régional et mondial pour combler le déficit du financement du développement et concourir, en conséquence, à l’émergence de l’Afrique que nous appelons de nos vœux ».

Néanmoins, aujourd’hui plus que jamais, à l’approche de l’échéance 2030 du Programme de développement durable, la question du financement du développement de l’Afrique doit être inscrite au cœur de l’agenda international, a estimé le Roi.

Et de noter que la réduction des taux d’intérêt élevés imposés aux pays africains sur les marchés financiers internationaux, l’accès aux financements concessionnels à des prêts à faible taux d’intérêt, le renforcement des capacités des institutions financières régionales pour soutenir les économies africaines, l’amélioration de la représentation de l’Afrique, dans toute sa diversité, au sein du système financier international, la réduction des taxes sur les transferts de fonds de la diaspora africaine, sont autant de revendications légitimes auxquelles il convient d’apporter des réponses.

Rappelant la tenue, à la fin du mois de juin à Séville, de la 4ᵉ Conférence internationale sur le financement du développement, le Roi a exprimé son intime conviction que le financement du développement en Afrique nécessite une action collective combinant coopération régionale et internationale.

« Le débat fondamental sur la réforme de l’architecture financière internationale devrait adopter une approche multilatérale, impliquant totalement les pays africains qui sont trop souvent marginalisés dans le processus d’élaboration des règles du système monétaire et financier mondial », a fait remarquer le Souverain, relevant que cette refonte indispensable doit assurer, plus particulièrement, le renforcement de la représentation légitime de l’Afrique au sein des instances internationales, permettant ainsi une véritable appropriation par les acteurs africains des enjeux posés et de leurs solutions.

(Avec MAP)

Latifa Akharbach plaide pour une régulation médiatique au service de la souveraineté informationnelle en Afrique

« La régulation des médias doit désormais s’inscrire dans une vision stratégique de la souveraineté informationnelle à l’ère numérique », a déclaré Latifa Akharbach, présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), lors du Forum international de la presse organisé à Conakry du 19 au 21 mai 2025.

Invitée aux côtés des présidents des instances de régulation des médias du Sénégal, de Côte d’Ivoire et du Mali, Latifa Akharbach a souligné que le continent africain, riche d’une histoire, d’une culture et d’un potentiel humain exceptionnels, ne peut rester à l’écart des avancées permises par la transformation numérique des médias.

« À l’ère de l’espace public médiatique globalisé, nous ne pouvons, en tant que continent, rester à l’écart des progrès formidables qu’offre la transformation numérique des médias en termes de liberté d’expression et d’accès à l’information et au savoir. Nous ne saurions non plus nous résoudre à être de simples consommateurs de contenus conçus ailleurs et poussés vers nous par des algorithmes biaisés et orientés exclusivement vers les intérêts commerciaux d’acteurs numériques hégémoniques« .

Selon la présidente de la HACA, l’enjeu est désormais clair. Il s’agit de « défendre notre souveraineté informationnelle, de protéger nos identités culturelles et de garantir le succès de nos projets nationaux de développement et de consolidation démocratique ».

Dans cette perspective, elle a appelé au renforcement des compétences, des moyens et du statut institutionnel des régulateurs africains, tout en plaidant pour le développement de disciplines comme la sociologie des usages numériques et l’anthropologie de la communication.

« Pour ne pas être dépassé par les évolutions rapides des écosystèmes médiatiques, le régulateur n’est pas uniquement tenu de monter en compétences techniques. Il doit adopter en permanence une posture analytique pour comprendre, par exemple, les nouvelles logiques de la communication de masse et les dynamiques d’influence dans l’espace numérique« , a-t-elle ajouté.

Latifa Akharbach a également réaffirmé l’engagement du Maroc et de la HACA en faveur d’une régulation africaine souveraine, concertée et adaptée aux réalités du continent. « Cette position s’exprime entre autres à travers la promotion effective d’une coopération Sud-Sud proactive dans le domaine du développement numérique du continent ».

La présidente de la HACA est également intervenue lors du panel consacré au monitoring des médias en période électorale. Elle y a présenté l’approche marocaine en matière de suivi du pluralisme dans les médias audiovisuels, en s’appuyant sur les dispositifs mis en œuvre par la HACA lors des dernières campagnes électorales tenues au Maroc.

L’Anapec porte la voix du Maroc au Congrès mondial des services publics de l’emploi à Abidjan

Dirigée par Imane Belmaati, l’Anapec s’inscrit dans une dynamique de renforcement des partenariats africains, portée par deux mandats successifs à la présidence de l’Association mondiale des services publics d’emploi (AMSEP), indique un communiqué de l’Agence nationale.

Lors de son allocution d’ouverture, Imane Belmaati a souligné l’importance de cette confiance accordée au Maroc. « Ces deux mandats illustrent non seulement la reconnaissance de nos pairs, mais aussi le rôle moteur du Maroc en matière d’innovation et de coopération internationale pour promouvoir des politiques actives d’emploi ».

Sous la houlette d’Imane Belmaati, l’Anapec a multiplié les initiatives pour renforcer la coopération Sud-Sud autour d’un espace africain des services publics d’emploi (SPE). À Abidjan, des réunions bilatérales intensives ont été tenues avec les directeurs généraux des SPE de plusieurs pays africains, notamment : le Mali, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Djibouti, la Mauritanie, la Guinée, le Niger, le Sénégal, le Togo, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Sénégal. Objectif : structurer une coopération renforcée à travers un espace de dialogue, de partage de bonnes pratiques et de renforcement des compétences des services publics d’emploi au niveau continental.

Citée dans le communiqué, Imane Belmaati a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective face aux transformations technologiques, démographiques et géopolitiques qui redessinent les marchés du travail. « L’Afrique, riche de sa jeunesse, doit être actrice des transitions globales et les orienter selon ses propres priorités », a-t-elle déclaré. Elle a appelé également à un investissement massif dans la formation, la requalification des compétences et la modernisation des SPE pour répondre aux défis de l’emploi.

En fédérant les efforts des institutions africaines, l’Anapec aspire à jouer un rôle central pour l’inclusion économique et le développement durable à l’échelle du continent. Le congrès d’Abidjan restera ainsi une étape marquante dans la consolidation de cette vision, où le Maroc, à travers l’Anapec, continue de jouer un rôle de pionnier pour une Afrique plus résiliente et inclusive.

À Bordeaux, Jean-Marie Heydt met en lumière le rôle stratégique du Sahara marocain dans la coopération afro-européenne

Une conférence a été organisée, le 2 mai à Bordeaux, autour de l’ouvrage « Le Sahara marocain : Terre de lumière et d’avenir » de l’universitaire franco-suisse Jean-Marie Heydt.

Tenue à l’initiative du consulat général du Royaume à Bordeaux en partenariat avec l’Institut culturel africain, cette conférence a été l’occasion de débattre du Sahara marocain et des enjeux économiques et stratégiques pour l’Afrique et l’Europe. Le débat s’est déroulé en présence d’un parterre de chercheurs, d’acteurs politiques régionaux, de diplomates africains, d’entrepreneurs et de plusieurs membres de la communauté marocaine établie à Bordeaux et sa région.

Lors de cette conférence, le professeur Heydt a invité l’auditoire à explorer la réalité sur le terrain à laquelle son ouvrage fait largement référence. Il a notamment cité la dynamique qui marque la vie quotidienne et l’enracinement du Sahara dans son identité marocaine et sa vocation résolument africaine.

Le conférencier a mis en exergue l’essor économique des provinces du Sud, ainsi que le rôle central qu’elles jouent pour « la mise en œuvre d’un projet africain planétaire et civilisationnel ».

Il a souligné qu’à l’égard de l’Afrique subsaharienne, la volonté royale entend favoriser des partenariats novateurs dans un esprit constructif où, travailler ensemble et échanger équitablement, s’inscrit dans une logique de coopération sud-sud mutuellement avantageuse. Les grands projets structurants, comme celui de Dakhla Atlantique, illustrent parfaitement cet esprit, a-t-il expliqué.

Pour M. Heydt, il s’agit d’une projection géostratégique qui vise à dynamiser cette idée de hub commercial et industriel entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Cette ambition, a-t-il ajouté, repose sur une redynamisation des liens culturels, religieux et économiques avec l’Afrique de l’Ouest, accompagnée d’une expansion significative des entreprises marocaines dans les secteurs bancaires, des énergies vertes et des infrastructures.

La conférence a aussi été l’occasion de débattre dans ce contexte des enjeux économiques majeurs pour les pays enclavés du sahel et ceux de l’Ouest africain pour lesquels la vision éclairée du Roi Mohammed VI propose une co-construction et un partenariat stratégique mutuellement bénéfique.

C’est ainsi qu’Abdou Khadre Sall, entrepreneur et acteur politique sénégalais a souligné l’importance pour la Nouvelle Aquitaine, en tant que collectivité publique mais aussi pour les investisseurs de s’engager pour des projets de développement régionaux avec le Maroc et les autres pays d’Afrique.

Dans sa communication intitulée « Le Sahara marocain, un hub régional pour l’économie africaine à la lumière de la coopération maroco-sénégalaise« , le conférencier a salué la diplomatie agissante du Royaume à l’égard de son continent, notamment la coopération exemplaire entre le Maroc et le Sénégal, ainsi que l’Initiative Atlantique lancée par Sa Majesté le Roi.

M. Sall a affirmé que « si l’avenir de l’Afrique est panafricain, il n’en demeure pas moins que l’avenir de l’Europe se dessine aussi par un partenariat de réciprocité avec l’Afrique », notant que le fait d’investir dans les provinces du sud du Royaume, c’est ouvrir des investissements aux pays du Sahel et partant booster les projets africains.

Ahmed Kathir, directeur du Pôle impulsion économique au CRI de Dakhla-Oued Eddahab a pour sa part mis en avant les atouts économiques de la région et les opportunités d’investissement qu’elle offre.

« La montée en puissance de Dakhla comme hub multidimensionnel offre une opportunité unique aux investisseurs nationaux et internationaux, en phase avec les ambitions royales et les attentes des partenaires africains et européens », a-t-il affirmé dans une intervention depuis Dakhla par visio-conférence sous le thème : « Région Dakhla Oued Eddahab: l’incarnation de la Vision Royale au service du partenariat euro-africain ».

Il a relevé que « la région est en train de construire son propre modèle de développement fort, inclusif, panafricain, mais surtout un model axé sur une coopération durable afro-européenne ».

M. Kathir a mis l’accent à cet effet sur les énergies vertes dont les projets sont accompagnés par le CRI et qui permettront notamment à l’Europe de réaliser ses objectifs en matière de décarbonation et de transition énergétique (hydrogène vert, ammoniac vert et acier vert) qui verront le jours dans la région de Dakhla-Oued-Eddahab et dont le gouvernement avait donné l’aval récemment dans le cadre de l’offre hydrogène vert du Royaume.

Pour sa part, Alain Dupouy, président du club Objectif Afrique Avenir (O2A) et ancien élu en charge des relations avec l’Afrique, a souligné la forte capacité des régions et des villes de lancer et de développer facilement des synergies de collaboration décentralisées.

Dans son intervention sur le thème : « La coopération décentralisée: un instrument de codéveloppement durable », il a affirmé que « si les Etats ont besoin de plus de temps pour s’engager, les régions et les villes ont montré qu’elles ont la capacité de développer des coopérations décentralisées, au-delà des relations internationales inter-étatiques».

A cet égard, il a invité les grandes régions françaises et les provinces du sud « à poursuivre en intensifiant et en accompagnant cet élan mené par Sa Majesté le Roi », dans cette coopération avec les pays africains y compris ceux du Sahel pour faciliter des relations de partenariat triangulaire Maroc-France-Afrique, dans une logique d’intérêts mutuels notamment dans les domaines culturel, touristique, universitaire et économique.

Des perspectives pour de nouveaux partenariats et des actions concrètes entre Bordeaux, la région de la Nouvelle Aquitaine et le Maroc ont aussi été évoquées, dans la mesure où la dynamique que connaissent aujourd’hui les provinces du Sud, leur essor économique, les opportunités d’investissement et le potentiel que recèle la région, la coopération décentralisée est à mettre à profit pour créer des passerelles d’échange en faveur de partenariats multiformes et mutuellement profitables, a affirmé pour sa part la consule générale du Maroc à Bordeaux, Nouzha Sahel.

Elle a rappelé que l’Initiative Atlantique, portée par la vision éclairée du Roi Mohammed VI, vise à connecter le Royaume, l’Afrique de l’ouest et le Sahel à l’océan atlantique à travers le Sahara marocain comme porte d’entrée, permettant ainsi de consolider son statut de hub régional énergétique et économique.

Et d’ajouter que « le Sahara marocain n’est pas seulement une région du sud du Royaume, il est aujourd’hui un véritable carrefour stratégique en pleine transformation, où se croisent les ambitions de développement durable, de coopération sud-sud et d’intégration régionale dans un esprit de solidarité, de co-développement et de respect mutuel, fidèle à l’ambition royale d’une Afrique maîtresse de son destin ».

(Avec MAP)

Chakib Achour (GITEX) : « Le Maroc peut devenir un hub technologique au service de tout le continent »

À Marrakech, le compte à rebours est lancé. Du 14 au 16 avril 2025, la 3e édition de GITEX Africa s’annonce comme un rendez-vous stratégique pour l’écosystème numérique continental.

Plus de 140 pays, 1.400 exposants et 400 investisseurs sont attendus dans la ville ocre, qui deviendra durant trois jours l’épicentre technologique de l’Afrique. Cette 3e édition se veut un catalyseur d’innovation, de souveraineté numérique et de connexions humaines à l’échelle du continent. Au cœur de cette édition : l’intelligence artificielle (IA).

Agriculture, santé, éducation, services publics… les cas d’usage se multiplient, et l’ambition est claire : faire de l’Afrique un producteur de solutions, et non un simple marché. Au-delà des technologies, GITEX Africa 2025 veut aussi repositionner les grands enjeux de connectivité, de souveraineté numérique et de mobilisation des talents de la diaspora.

Le représentant officiel de l’événement au Maroc, Chakib Achour, répond aux questions de Médias24 sur ce rendez-vous de la tech et des start-up, et les nouveautés qu’il propose.

Médias24 : L’intelligence artificielle est le thème de cette 3e édition. Comment peut-elle participer à l’essor du Maroc et du continent africain ?

Chakib Achour : L’intelligence artificielle, aujourd’hui, ce n’est plus un luxe ou un terrain de recherche réservé aux grandes puissances. C’est un levier immédiat pour résoudre des défis locaux, optimiser nos ressources et créer de nouveaux modèles de développement. En Afrique, où les besoins sont énormes et les structures souvent sous pression, l’IA peut accélérer des changements profonds, dans l’agriculture, la santé, l’éducation ou encore les services publics.

Pour le Maroc, c’est une opportunité historique. Nous avons les talents, les infrastructures, et une ambition politique affirmée à travers la stratégie Maroc Digital 2030. L’IA peut faire du Maroc un hub technologique au service de tout le continent. GITEX Africa 2025 va d’ailleurs offrir une scène centrale à cette thématique, avec des panels, des démonstrations, des cas d’usage concrets d’IA appliquée au développement. C’est une manière d’ancrer cette technologie dans la réalité africaine et de montrer que, oui, l’Afrique peut produire et exporter des solutions en intelligence artificielle.

– Quelles surprises nous réserve la 3e édition de GITEX Morocco Africa ?

– Cette édition 2025 s’annonce comme un moment charnière. D’abord, parce que nous franchissons un seuil en termes de participation internationale. Pour la première fois, nous accueillerons 140 pays, avec un espace inédit baptisé « Pavilion Countries ». Ce sera une vitrine mondiale de l’innovation, une sorte de carte vivante des écosystèmes numériques planétaires.

Ensuite, il y aura des thématiques totalement nouvelles. L’agrégation de secteurs comme l’AgriTech, la SportTech ou encore la Green Energy nous permet d’élargir le champ de la tech africaine. C’est aussi la première fois qu’un sommet sur la souveraineté numérique africaine, couplé à un dialogue sur la régulation des crypto-actifs, sera organisé avec des régulateurs, dont Bank Al-Maghrib.

Et puis, bien sûr, il y a l’intensité du matchmaking cette année. Plus de 400 investisseurs internationaux seront présents, avec une plateforme entièrement repensée pour faciliter les deals, les levées de fonds et les partenariats stratégiques. GITEX Africa 2025, c’est un concentré de technologie, d’ambition et de connexions humaines.

– Quelles ambitions pour l’édition 2025 de GITEX ? Quels sont les objectifs que vous souhaitez atteindre ?

– Notre ambition, elle est claire : faire de cette édition un accélérateur de souveraineté technologique pour l’Afrique. Concrètement, nous voulons connecter les meilleurs talents aux meilleurs investisseurs, offrir aux institutions publiques des solutions adaptées à leurs enjeux, et donner à voir une Afrique en capacité de produire ses propres innovations.

Sur le plan quantitatif, nous visons à dépasser les 50.000 visiteurs, à maintenir une représentation de plus de 1.400 exposants, et à renforcer le rôle de GITEX comme un catalyseur de croissance, avec des centaines de deals signés ou enclenchés. Mais l’objectif le plus important, c’est l’impact. Si une start-up sénégalaise repart avec son premier tour de table, si une entreprise marocaine décroche un contrat continental, ou si un jeune développeur ivoirien trouve son mentor ici à Marrakech, alors l’ambition aura été atteinte.

– Pouvez-vous nous en dire plus sur Africa Future Connectivity ?

– Le coeur battant de cette édition, c’est Africa Future Connectivity. Ce sommet va réunir les décideurs de la connectivité en Afrique – opérateurs télécoms, ministres, régulateurs, géants du cloud, acteurs des data centers – pour une discussion stratégique sur l’avenir des infrastructures numériques.

Pourquoi c’est crucial ? Parce que sans connectivité, il n’y a ni IA, ni e-santé, ni éducation à distance, ni souveraineté numérique. Nous avons besoin d’un socle commun solide. Ce sommet abordera des sujets concrets : comment déployer et étendre la 5G ? Comment sécuriser les réseaux africains ? Comment mutualiser les investissements pour les câbles sous-marins ?

L’Afrique a besoin d’un cadre de gouvernance clair et d’une vision collective sur ces enjeux. GITEX Africa devient ainsi un espace de dialogue politique, économique et technologique, avec un objectif simple : que l’Afrique se parle à elle-même, et construise ses propres routes digitales.

– Cette édition est plus focalisée sur la diaspora. Qu’est-ce que le Diaspora Studio ? Pourquoi est-ce essentiel pour GITEX ?

– Le Diaspora Studio, c’est l’une des grandes innovations de cette édition. Il s’agit d’un espace dédié aux talents africains installés à l’international, qui souhaitent contribuer à l’essor technologique du continent. La diaspora, c’est une richesse exceptionnelle : des ingénieurs, des investisseurs, des chercheurs, des entrepreneurs qui ont acquis une expertise mondiale et qui veulent désormais revenir, transmettre, investir.

Ce studio va leur offrir une scène, mais aussi un programme d’accompagnement, des outils pour investir dans des start-up locales, pour lancer un projet en Afrique, ou simplement pour établir des passerelles entre les deux rives.

C’est aussi un signal fort. GITEX Africa ne regarde pas uniquement l’Afrique continentale. Il s’adresse à l’Afrique globale, celle qui vit à Paris, à Toronto, à Dubaï, mais qui garde une racine, une vision, un désir d’agir. Le futur numérique africain ne se construira pas sans sa diaspora, et nous voulons qu’elle se sente ici chez elle.

Le Maroc élu à la présidence de la 57e session de la CEA et de la Conférence des ministres africains des finances

Cette élection témoigne de la confiance des États membres dans le leadership du Maroc et dans son engagement en faveur d’une gouvernance économique africaine dynamique et inclusive.

Cette 57e session est organisé autour du thème « Faire progresser la mise en œuvre de l’Accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine : proposition d’actions stratégiques transformatrices ». Elle englobe également les questions de la numérisation, de la technologie, de la sécurité alimentaire et de la transformation énergétique.

La session a débuté par la réunion du Comité d’experts du 12 au 14 mars, qui sera suivie de manifestations parallèles les 15 et 16 mars.

Le segment ministériel se tiendra les 17 et 18 du même mois.

Le Maroc accueille le premier bureau régional de la Conférence de La Haye de droit international privé en Afrique

Le Conseil des affaires générales et de la politique de la Conférence de La Haye de droit international privé a approuvé à l’unanimité, jeudi 6 mars, la proposition marocaine d’accueillir le bureau régional dédié au continent africain, le premier bureau de ce type en Afrique.

Afin d’assurer le succès de ce projet d’envergure, le ministère de la Justice a mené une coordination étroite avec le ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, ainsi qu’avec l’ambassade du Maroc aux Pays-Bas, pour réunir l’ensemble des conditions juridiques, organisationnelles et politiques nécessaires à l’installation de ce bureau, indique le ministère de la Justice dans un communiqué. Cela inclut notamment l’élaboration du projet d’accord de siège, l’accélération du processus de ratification des conventions de La Haye pertinentes et la mobilisation du soutien des États membres de la Conférence.

La session d’approbation a été marquée par des discussions approfondies, au cours desquelles la délégation marocaine a présenté un exposé détaillé mettant en lumière l’importance et la portée stratégique de cette initiative pour le renforcement de la coopération judiciaire entre les pays africains. La proposition marocaine a reçu un soutien massif, avec l’adhésion de 33 États exprimant leur appui total à ce projet ambitieux, visant à favoriser une plus grande implication des nations africaines dans les mécanismes du droit international privé.

Ce nouveau bureau régional constituera une plateforme essentielle pour la promotion de la coopération juridique et judiciaire en Afrique, relève le communiqué, ajoutant qu’il assurera un accompagnement et un encadrement adaptés à la mise en œuvre des conventions internationales issues de la Conférence de La Haye, contribuant ainsi à renforcer la sécurité juridique transfrontalière et à faciliter l’harmonisation des systèmes judiciaires à l’échelle du continent.

RAM renouvelle son partenariat avec le Festival du cinéma et de la télévision de Ouagadougou

L’édition 2025 du FESPACO mettra en lumière 235 films sélectionnés parmi 1 351 soumissions, issus de 48 pays. Depuis sa création en 1969, ce festival est devenu le plus grand rendez-vous culturel du continent, rassemblant des milliers de professionnels et de passionnés du 7e art, indique un communiqué de RAM.

Ce partenariat, initié en 2014, contribue à la visibilité internationale du FESPACO et à la promotion des secteurs du cinéma et de la télévision africains, poursuit le communiqué.

« Nous sommes très honorés par le renouvellement de ce partenariat, qui participe sans aucun doute à l’essor du cinéma africain et à la promotion de la culture du continent. Cet engagement s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération Sud-Sud, conformément aux hautes instructions du Roi Mohammed VI. Il répond également à notre plan de développement visant à accroître le trafic aérien et les connexions entre l’Afrique et le reste du monde », a déclaré Hamid Addou, président-directeur général de Royal Air Maroc, cité dans le communiqué.