Voici l’état d’avancement des chantiers de barrages relevant de l’Agence du bassin hydraulique de Tensift

Le conseil d’administration de l’Agence du bassin hydraulique (ABH) de Tensift pour l’année 2024, tenu le mercredi 26 février, a été marqué par la présentation de l’état d’avancement des projets hydriques engagés et la planification de nouvelles initiatives pour faire face à la rareté des ressources en eau.

Parmi les projets en cours, plusieurs barrages stratégiques connaissent une avancée significative. Le barrage Ait Ziat, situé dans la province d’Al Haouz et d’une capacité de 185 millions de mètres cubes, a vu sa durée de réalisation réduite de 17 mois.

Le barrage Boulaouane à Chichaoua, dont la capacité atteint 66 Mm3, a également bénéficié d’une accélération des travaux, réduisant les délais de 6 mois.

En parallèle, le barrage moyen Tassa Ouirgane, d’une capacité de 3 Mm3, est en cours de construction dans le cadre du programme de développement des zones touchées par le séisme d’Al Haouz.

De même, le barrage collinaire Oulad Salem à Safi est en cours d’aménagement pour soutenir l’irrigation et l’abreuvement du cheptel.

Dans le cadre de la gestion des ressources en eaux souterraines, l’Agence poursuit l’application des dispositions du contrat de la nappe phréatique d’Al Haouz-Mejjat, notamment avec l’installation de 84 compteurs intelligents pour surveiller les prélèvements d’eau, l’acquisition de camions-citernes pour renforcer l’approvisionnement et la mise en place de 34 unités mobiles de traitement des eaux saumâtres.

Par ailleurs, quatre unités de dessalement de l’eau de mer ont été mises en place à Essaouira.

En raison de la persistance du stress hydrique, le bassin du Tensift a enregistré un déficit pluviométrique de 44,1% durant l’année hydrologique 2023-2024. En conséquence, plusieurs projets structurants ont été programmés.

La station de dessalement de Safi annoncée pour mars 2026

Parmi eux, le renforcement de l’approvisionnement en eau potable du Grand Marrakech via la station de dessalement de l’eau de mer de Safi, dont la mise en service est prévue en mars 2026. La poursuite des forages d’exploration et la construction de dix petits barrages complètent ces chantiers.

En outre, de nouveaux projets sont envisagés pour optimiser l’utilisation des ressources en eau. Il s’agit notamment de la préparation de contrats de gestion des nappes phréatiques de Meskala-Kourimat et Oulad Bousbaa, ainsi que de l’expansion de l’usage des eaux usées traitées pour l’irrigation des espaces verts de Marrakech avec, à l’étude, l’extension de cette mesure à Essaouira, Chichaoua, Tamnara, Oued Eddahab et Imintanoute.

Contrat de la nappe Meski-Boudnib : lancement de la phase d’installation des compteurs

Afin d’assurer une gestion plus efficace des eaux de la nappe phréatique de l’axe Meski-Boudnib, ressource essentielle pour la filière phœnicicole irriguée dans une zone désertique, le gouvernement a instauré un contrat de gestion participative de la nappe (CGPN), le vendredi 28 octobre 2022, à Errachidia.

À ce titre, l’Agence du bassin hydraulique (ABH) de Guir-Ziz-Rheris a lancé la première phase d’un projet pilote visant « l’installation de 18 compteurs intelligents équipés de systèmes de lecture et de traitement à distance, pour un coût total de 1,1 MDH », a indiqué le ministère de l’Équipement et de l’eau.

Lors de la seconde phase du projet, 135 compteurs supplémentaires seront déployés dans les exploitations agricoles de l’axe Meski-Boudnib, pour un investissement de 8 MDH. Ces dispositifs permettront « d’améliorer la qualité des études de modélisation et des bilans hydriques réalisés par l’ABH, contribuant ainsi à la gestion durable des ressources en eau souterraine de la région », précise le ministère de tutelle.

Source : Ministère de l’Équipement et de l’eau

Le contrat de la nappe Meski-Boudnib couvre une surface de 4.670 km² et concerne les communes de Mdaghra et Oued Naâm. Son objectif principal est de ralentir l’épuisement de la nappe phréatique qui connaît un déclin constant. Entre décembre 2016 et février 2021, le niveau piézométrique de la nappe a baissé de trois mètres, soit environ un demi-mètre par an.

Estimée à 110 Mm³ en 2021, cette ressource stratégique fait l’objet d’un plan d’action financé à hauteur de 2,3 MMDH d’ici 2030, conformément à la loi 36-15 sur l’eau. Ce plan repose sur quatre axes clés :

– développement de l’offre en eau (2,1 MMDH) ;

– gestion de la demande en eau (43 MDH) ;

– renforcement des outils de contrôle des ressources (25 MDH) ;

– sensibilisation et formation (2,5 MDH).

L’installation des compteurs intelligents, alimentés par énergie solaire, vise donc à optimiser l’utilisation des ressources et à surveiller avec précision l’évolution du niveau piézométrique. Ces appareils s’appuient sur une combinaison de capteurs, de technologies de communication sans fil (GPRS/4G) et de systèmes de traitement de données :

– Les capteurs mesurent avec précision les quantités d’eau qui passent à travers les conduites.

– La lecture à distance permet d’envoyer des données grâce à la technologie sans fil (GPRS/4G) en vue de transmettre les informations sur la consommation d’eau directement vers une base de données centrale ou une plateforme en ligne.

– Le stockage et le traitement des données collectées par les capteurs repose sur un système central où elles sont stockées et traitées. Ce système peut analyser les données pour détecter des tendances, des anomalies ou des fuites, et fournir des rapports détaillés qui aident à optimiser la gestion de l’eau.

Ressources, modélisation des nappes, économie d’eau… Comment est surmonté le déficit hydrique dans le bassin du Tensift

À cause de la baisse des ressources en eau, le bassin hydraulique du Tensift, dont dépend la ville de Marrakech, affiche un déficit hydrique de l’ordre de 583 millions de m3 par an. Sachant que la consommation en eau potable de la ville ocre peut atteindre 250.000 m3 par jour, une gestion efficace et économe des ressources s’est imposée d’elle-même.  

« L’approvisionnement constant de Marrakech en eau potable est assuré sans perturbations depuis trois ans, grâce notamment à un plan d’action où l’économie des ressources est centrale« , s’est félicité Mohammed Chtioui, lors de son intervention au 3e Congrès international sur l’eau et le climat, organisé les jeudi 6 et vendredi 7 juillet 2023 à Fès.

A ce titre, le directeur de l’Agence du bassin hydraulique de Tensift (ABHT) a mis en avant une multitudes de mesures clé qui ont contribué « à gérer le stress de l’eau en s’appuyant sur plusieurs projets pilotes et sur une activité de recherche scientifique soutenue ». 

Un bilan hydrique est déficitaire à hauteur de 583 Mm3

Le bassin hydraulique de Tensift s’étend sur 26.054 km² pour une population d’environ 3 millions d’habitants, dont le tiers vit à Marrakech. Les capacités hydriques du bassin s’établissent comme suit :

– ressources superficielles : 982 Mm3/an ;

– ressources souterraines : 950 Mm3/an ;

– le capital eau par habitant est de 430 m3/an

A noter que selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :

– le stress hydrique, ou pénurie d’eau, correspond à un apport situé dans la fourchette 1.000 à 1.700 m3 par habitant et par an;

– la rareté de l’eau correspond à un apport inférieur à 1.000 m3 par habitant et par an.

Autrement dit, le bassin de Tensift est dans une situation de rareté de l’eau.

En termes de consommation, la demande s’articule autour de l’eau potable, l’irrigation et l’industrie. Le bilan hydrique est déficitaire à hauteur de 583 Mm3. Et pour cause, ces ressources sont confrontées à plusieurs écueils, « dont une baisse de 20% depuis 1940, la surexploitation des eaux souterraines (0,5 à 4,5 m/an) et l’envasement des barrages (perte de 3.2 Mm3/an) », déplore le directeur de l’ABHT. 

Et de souligner qu’en même temps, « la demande augmente de 3% par an« . De fait, une gestion efficace des ressources hydriques est nécessaire dans ce bassin qui alimente l’une des plus grandes métropoles du Royaume, Marrakech, qui est également la première destination touristique du pays. 

Transfert d’eau et dessalement

Pour pallier le déficit hydrique et répondre aux multiples demandes et besoins en eau de Marrakech, entre autres zones desservies par le bassin de Tensift, l’ABHT bénéficie d’une diversification des ressources dont le transfert de ressources en eau, notamment à partir du barrage Al Massira, situé à plus d’une centaine de kilomètres. 

Mais la baisse des ressources du deuxième plus grand réservoir artificiel du Royaume implique de trouver d’autres solutions, à l’instar du dessalement d’eau de mer.

« Prochainement, nous alimenterons Marrakech également avec de l’eau dessalée produit par l’OCP, à l’image de Safi et El Jadida« , annonce Nadia El Hilali, directrice générale de la Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Marrakech (RADEEMA). 

A cela s’ajoutent des économies en eau importantes et transversales qui atteignent, depuis 2012, 17 Mm3 par an, avec pour objectif d’en épargner dix fois plus à l’horizon 2050. En agriculture, les mesures prises pour préserver au maximum la ressource se déclinent comme suit : 

suivi de la consommation en eau dans les zones irriguées à l’aide de produits satellitaires ;

quantification des prélèvements d’eau d’irrigation à partir des nappes pour une actualisation en permanence des bilans et une modélisation hydrogéologique ;

suivi des autorisations de creusement et de prélèvement d’eau souterraine ; 

identification des parcelles qui consomment plus que le volume annuel alloué et des bassins d’irrigation ; 

suivi de l’activité agricole aux alentours des champs captant d’eau potable.

Pour ce qui est des économies en usage domestique et industrielle, elles s’articulent autour d’un plan d’action et de gouvernance fondé sur quatre piliers :

réparer : réparer immédiatement les fuites entraînant une perte d’eau ;

réduire : mettre en œuvre des actions pour réduire la consommation d’eau ;

rattraper : faire les ajustements, les mises à niveau et autres modifications nécessaires pour utiliser efficacement l’eau potable ;

remplacer : remplacer les équipements obsolètes ou inefficaces par de nouveaux modèles efficaces et économes d’eau.

 

Rationalisation de la demande 

En ce sens, « d’importants investissements ont été réalisés en termes de rationalisation de la demande et d’épuration des eaux usées afin de les réutiliser« , affirme Nadia El Hilali. Le Plan d’action de rationalisation de la demande en eau se base sur un programme de détection des fuites, de modulation de pression, d’actions de sensibilisation et d’identification de solutions par typologie de consommateurs pour la préservation de la ressource », ajoute-t-elle. 

En matière de généralisation progressive de l’utilisation des ressources non conventionnelles (eau usée traitée) pour l’irrigation des espaces verts de Marrakech, les golfs et la palmeraie, c’est une opération menée à bien depuis plus de dix ans. 

Entre 2012 et 2023, 72 Mm3 d’eaux usées épurées ont été produites. Acheminée via 87 km de conduites opérationnelles, ces eaux ont permis d’arroser les jardins publics de la ville ocre, 15 golfs et surtout la palmeraie Oulja.

Colmatage des fuites d’eau et installation de compteurs

Partant du principe que le réchauffement climatique et la pénurie d’eau sont amenées à s’aggraver dans le pays et en particulier dans le bassin hydraulique du Tensift, il s’agira de poursuivre sur cette lancée. « Il sera capital d’assurer le colmatage des fuites d’eau et d’installer des compteurs d’eau sur les puits et des horloges sur les pompes de puits », souligne M. El Hilali.

À moyen terme, des limiteurs de pression seront également installés, avec une optimisation de l’usage de l’eau traitée achetée de la RADEEMA. Outre la mise en place d’un observatoire de la consommation durable, à plus long terme, il est prévu une mise à niveau du réseau de distribution d’eau, une amélioration du traitement tertiaire d’eau usée traitée, ainsi que la création de petites entreprises locales spécialisées dans la détection de fuites. Ces structures seront accompagnées par les équipes de la RADEEMA, de l’ONEE et de l’ABHT. 

Une conversation avec le Pr Lhoussaine Bouchaou au sujet de la difficile gestion hydrique dans le Souss

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la gestion du bassin hydraulique de Souss-Massa se révèle efficace. Malgré la pénurie d’eau dont souffre la région, la priorité a été accordée à la préservation des eaux souterraines comme ressource stratégique, en pariant sur le dessalement de l’eau de mer et l’épuration des eaux usées en tant que ressources alternatives. 

Toutefois, dans cette région considérée comme un futur grand pôle économique, qui contribue grandement aux exportations marocaines de légumes et d’agrumes, la situation hydrique reste critique, notamment à cause du dérèglement du cycle hydrologique et de la surexploitation. 

« Nous sommes passés d’une moyenne de 250 mm de précipitations à moins de 50 mm en 2022″, déplore le Pr Lhoussaine Bouchaou, expert en gestion des ressources hydriques, qui officie à l’Université des sciences Ibn Zohr à Agadir. 

« Le bassin hydraulique de Souss-Massa fait face à plusieurs contraintes, dans un contexte socio-économique important. Heureusement que la chaîne de montagnes de l’Atlas permet de recharger les aquifères atlassiques de Souss-Massa, car il y a relativement plus de pluies et de neiges dans cette zone », précise-t-il. 

Pour le Pr Bouchaou, également chercheur à l’Institut international de recherche sur l’eau (IWRI), sis à Benguerir et relevant de l’UM6P, la situation hydrique dans le Souss demeure préoccupante. « Excepté le barrage Mokhtar Soussi qui observe une alimentation épisodique à partir des montagnes de l’Atlas, les barrages de la région sont quasiment tous à moins de 40% », indique-t-il. 

D’une capacité globale de 729 millions de m3 (Mm3), les barrages relevant du bassin hydraulique de Souss-Massa contiennent à peine 132,6 Mm3, selon la Direction générale de l’eau, relevant du ministère de l’Equipement et de l’eau :

– Mokhtar Soussi : 14,2 % (5,7 Mm3) ;  

– Moulay Abdellah : 21% (19 Mm3) ; 

– Dkhila : 30,2% (0,1 Mm3) ; 

– Imi El Kheng : 42% (4,2 Mm3) ; 

– Aoulouz : 49,8% (44,3 Mm3) ; 

– Mokhtar Soussi : 5,7 % (14,2 Mm3) ;  

– Youssef Ben Tachfine : 14,3% (42,7 Mm3) ; 

– Ahl Souss : 51,8 % (2,4 Mm3).

Dès lors, les nappes de la région ont fini par être impactées par la surexploitation. « La nappe de Chtouka et Souss a baissé de plus de 60 m dans certains secteurs, à raison d’un à deux mètres par an », souligne le Pr Bouchaou. Or, les eaux souterraines sont des ressources stratégiques pour le pays. On ne les aperçoit pas, mais elles n’en sont pas moins vitales. « Ces dernières années ont prouvé que lorsqu’il y a une pénurie d’eau en surface, ce sont les eaux souterraines qui prennent le relais », explique-t-il.  

Des aquifères encore déficitaires 

Dans le bassin de Souss, il y a deux aquifères principaux : 

– l’aquifère Plio-Quaternaire ; 

– l’aquifère profond du Turonien.

Quand il pleut ou qu’il neige en montagne, ces aquifères se rechargent. « Mais le plus délicat est d’assurer un équilibre entre ce qui est puisé dans les nappes et leur recharge. Actuellement, nous sommes dans un déséquilibre accentué. Et même si le pompage est suspendu, il faut quand même des années pour que le système hydrologique souterrain retrouve son état initial », prévient le Pr Lhoussaine Bouchaou.  

D’après l’ABH de Souss-Massa, à fin février 2023, le total de l’offre en ressources mobilisables est de 841 Mm3, dont les eaux de surfaces (402 Mm3), les eaux souterraines (425 Mm3) et les ressources non conventionnelles (14 Mm3). La demande totale, elle, est de 1018,6 Mm3, répartie entre les besoins agricoles (909 Mm3) et l’alimentation en eau potable (108,6 Mm3). Le déficit est donc de l’ordre de 177,6 Mm3.  

Mobilisée pour combler une partie de cet écart, « la nappe superficielle est vraiment impactée par la surexploitation. C’est également le cas de la nappe profonde ». Une situation qui ne date pas d’hier. Le basculement date des années 1980. À l’époque, le déficit hydrique résultait des phénomènes de sécheresse, mais aussi en raison des activités anthropiques qui se sont amplifiées.

« L’extension agricole avait augmenté la demande en eau, alors qu’il y avait moins de pluie. » D’ailleurs, dans les années 1960 et 1970, la nappe de Souss alimentait l’oued du même nom. « Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas », regrette le Pr Bouchaou. Et d’assurer : « En continuant à pomper l’eau dans la nappe de Chtouka, il y a un risque de biseau salé qui a pour conséquence de saliniser les sols et les eaux souterraines. La dépollution est par la suite ardue. » 

Des saumures polluantes 

Professeur Lhoussaine Bouchaou, expert en gestion des ressources hydriques, qui officie à l’Université des sciences Ibn Zohr à Agadir.

À cause de l’intrusion marine constatée notamment dans la nappe de Chtouka, l’autre menace qui guette les aquifères de la région sont les saumures. En effet, les agriculteurs utilisent de petites unités de dessalement pour dessaler l’eau de la nappe. Ce processus est polluant, car il rejette une solution salée sur place et dans des bassins non conformes. 

« Cela devient problématique si ces saumures ne sont pas rejetées dans les normes. Il faut les évacuer dans des bassins avec des membranes, sinon elles peuvent s’infiltrer et contaminer l’eau souterraine et le sol. Tout le monde doit en prendre conscience. Car quand il s’agit d’un investisseur étranger, il est là pour cinq ou dix ans au bout desquels il plie bagages sans prêter attention aux conséquences de son activité sur l’environnement. »

Par conséquent, il est capital d’imposer aux agriculteurs l’installation de bassins dans les normes pour éviter l’infiltration des saumures dans le sol. Sans oublier de renforcer les contrôles. « En utilisant par exemple des drones, il est facile de repérer des bassins de rejets de saumure qui ne sont pas dans les normes. » 

Le dessalement d’eau de mer, une approche efficace 

Vous l’aurez compris, la clé d’une gestion durable des ressources hydriques du Souss réside dans la préservation des nappes. Plusieurs solutions ont été mises en place à cet effet. Il y a la politique des barrages qui permet de stocker l’eau de surface. « Si vous avez de l’eau et que vous la laissez se vider dans les océans, c’est dommage. Il vaut mieux la stocker et la réutiliser pendant les périodes de sécheresse tout en respectant l’écologie. »

« Ce stockage permet aussi de se prémunir contre les inondations, parce que tous les oueds qui traversent la ville d’Agadir ont posé des problèmes à cause des crues, notamment en 1996, 2006, 2010 et 2014, avec des dégâts importants. » 

C’est dans un second temps que la station de dessalement d’eau de mer de Chtouka a vu le jour. « Elle soulage la nappe, notamment en contribuant à hauteur de 70% à l’alimentation en eau potable du Grand Agadir et l’irrigation d’une partie de la plaine de Chtouka. Ainsi les eaux souterraines sont uniquement réservées au stockage naturel de l’eau ou à l’agriculture. » 

L’unité de dessalement a une capacité de 400.000 m3/jours, répartie équitablement entre l’agriculture et l’eau potable. La technologie utilisée est l’osmose inversée, et sa puissance électrique est de 68 MW. L’eau dessalée est stockée dans un réservoir d’eau potable de 35.000 m3. Cette eau est acheminée via 44 km de conduite. En sus de deux stations de pompage et de reprise et autant de réservoirs de mise en charge de 10.000 m3 et 5.000 m3. 

Cette station protège le système économique de Chtouka, qui concerne tout le Maroc. Pour le moment, l’eau dessalée n’est pas problématique à court ou moyen terme, car le sel est rejeté dans l’océan, « en revanche, à long terme, il est difficile de se prononcer sur le fait qu’il y ait un petit changement au niveau de l’écosystème marin ». 

En tout cas, les rejets après le dessalement ont été pensés pour éviter une pollution concentrée grâce à des diffuseurs permettant une dispersion du sel. « D’ailleurs l’activité de pêche n’a pas cessé dans la zone de la station. Ce qui prouve que le poisson est présent, et que l’écosystème n’est pas impacté. » D’autres sources de pollution sont parfois plus nocives pour nos écosystèmes, dont les eaux usées ménagères et industrielles non traitées.   

Accentuation des inégalités 

Pour ce qui est de l’exploitation des ressources en eau des nappes profondes, ce n’est pas une solution à la portée de tout le monde. En outre, cela va renforcer le déséquilibre entre le petit et le grand agriculteur. « Si le petit agriculteur arrive à forer jusqu’à 200 m, le gros agriculteur a les moyens d’atteindre plus de 400 m. »  

« Cela représente également un inconvénient, car nous allons dénoyer et faire baisser le niveau de ces nappes profondes. Et s’il n’y a pas de recharge, ce sera rapidement problématique. En plus, si l’on crée des dépressions, on favorise l’intrusion marine dans les nappes côtières. Car à un moment donné, le niveau de l’eau marine va se trouver à un niveau supérieur à celui de l’eau de la nappe. »

A contrario, l’épuration des eaux usées a un bel avenir. C’est le cas à Tiznit, Taroudant, Ouled Teima, Biougra où l’on collecte l’eau usée au lieu de la rejeter dans la nature. « La station d’épuration des eaux usées (STEP) d’Agadir est exemplaire, car les espaces verts du Grand Agadir sont irrigués par les eaux usées. » 

Impliquer les populations locales 

Cependant, l’efficacité de l’ensemble de ces mesures se heurte à la difficulté de réduire la quantité de l’eau utilisée dans le secteur agricole. « C’est l’histoire du Plan Maroc vert, pendant lequel l’Etat a accordé des subventions afin de passer de l’irrigation gravitaire vers un système d’économie du goutte à goutte. »

Sauf que l’eau économisée a principalement servi à augmenter la superficie cultivée. « En réalité, nous avons aggravé le problème. Nous sommes passés d’un mode d’irrigation gourmand en eau à un mode plus économe à raison de 30%. Mais l’eau économisée a été utilisée pour irriguer les nouvelles superficies. »  

Justement, pour que la situation s’améliore, « il ne s’agit pas d’équilibrer entre la demande et l’offre. Il faut plutôt réguler la demande, car l’offre est limitée ou vulnérable ». La solution est de limiter les extensions agricoles. En ce sens, le gouvernement a suspendu les subventions à l’irrigation (40.000/ha), dans le cas des nouvelles superficies cultivées de pastèques, agrumes et avocats.

Mais, généralement, les investisseurs ont largement les moyens de s’en passer. Face à ce dilemme, l’idéal serait de ne plus subventionner les investisseurs étrangers, mais uniquement les agriculteurs locaux. « Si j’encourage les investisseurs locaux, ils seront plus sensibles à la préservation de leurs ressources en eau. » 

Une piste qui a porté ses fruits dans le cadre de la préservation de l’arganier. « Une gestion traditionnelle mais efficace et équilibrée, avec une approche participative et intelligente, fondée sur le partage d’un savoir-faire collectif », conclut le Pr Lhoussaine Bouchaou.  

Reportage. À 30 km de Settat, sur les berges asséchées du 2e plus grand barrage du Maroc

Malgré les dernières précipitations printanières, le barrage Al Massira est loin d’être tiré d’affaire. Les épisodes de sécheresse consécutifs affectent grandement les ressources mobilisables de la deuxième plus grande retenue d’eau artificielle du Royaume, par la taille de son bassin de retenue, après celui d’Al Wahda. La capacité du barrage, quasiment inutilisée aujourd’hui, est de 2,657 milliards de mètres cubes.

L’entrée du barrage Al Massira.

Outre les traditionnelles parties de pêche dont les berges de ce lac ont été le théâtre, plusieurs exploitations agricoles limitrophes du barrage ont été abandonnées par les agriculteurs. Une amère réalité aux fâcheuses conséquences socio-économiques.  

En ce vendredi 19 mai, à plus de 30 kilomètres de Settat, nous marchons sur une terre blanche sous l’effet des sédiments et minéraux. Une dizaine d’années auparavant, nous n’y aurions certainement pas eu accès à pied. L’immense étendue qui craquelle sous nos pas a été exposée au soleil par une sécheresse intense.

Le sol est jonché de débris, vestiges du temps où les eaux du barrage étaient assez puissantes pour charrier tout ce qui se trouvait sur leur passage. Un lointain souvenir. Car actuellement, le barrage Al Massira est à son plus bas niveau historique, depuis que les statistiques sur la situation des barrages sont relevées dans le pays. 

Ci-dessous, le barrage au temps de sa splendeur, il y a à peine quelques années.

100 millions de m³, une situation critique 

D’après la Direction générale de l’eau, relevant du ministère de l’Équipement, le taux de remplissage du barrage est de 3,7% (99,7 Mm³) contre 7,6% (200,6 Mm³) il y a un an, jour pour jour. Alors qu’il répond à une partie de la demande en eau potable de certaines villes les plus peuplées du Royaume, à l’image de Casablanca et Marrakech, faut-il s’attendre à de probables perturbations en termes d’approvisionnement ? 

Contactée, l’Agence du bassin hydraulique (ABH) d’Oum Errabiâ concède que la situation est en effet critique, sans pour autant s’étendre sur les mesures qui seront prises à court terme.

Lorsque les réserves du barrage sont passées en-dessous du seuil d’alerte des 10%, une année auparavant, la même source nous indiquait que si ce taux atteignait 3 ou 4%, sans apport au niveau de la pluviométrie et des écoulements avant le mois d’août, « nous serons peut être amenés à mettre en place des mesures d’économies d’eau, en plus de plusieurs actions de sensibilisation contre le gaspillage dans les grandes villes ». 

Justement, à l’été 2022, plusieurs villes d’habitude alimentées par le barrage Al Massira ont été concernées par des restrictions et des coupures d’eau potable. Quid de cet été ? Le 8 mars dernier, lorsque le taux de remplissage d’Al Massira avait atteint 5%, nous avions interrogé l’ABH d’Oum Errabiâ sur l’éventualité d’opérer des lâchers d’eau à partir de l’ouvrage Ahmed El Hansali vers celui d’Al Massira. 

« Pour l’instant, les ressources disponibles dans les barrages relevant de l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Errabiâ sont strictement réservées à l’approvisionnement en eau potable. Il n’y aura donc pas de lâcher d’eau », nous avait-on répondu. 

Une inaction forcée, imposée par le déficit pluviométrique mais aussi par la diminution du taux de remplissage du barrage Ahmed El Hansali. D’une capacité de stockage de 668,2 Mm3, ses réserves sont seulement de l’ordre de 46,5 Mm3 (7%)

Depuis 2015, une chute inexorable des réserves du barrage 

Le douar Oulad Si Ghanem a une vue imprenable sur le lac du barrage Al Massira. Du moins, ce qu’il en reste. En sortant de la mosquée du village après la prière du vendredi, Khalid (les prénoms ont été modifiés) a du mal à se faire au nouveau décor.  

« Même si le barrage est dans cet état depuis quelques années, je n’arrive toujours pas à m’y faire« , nous confie, ému, ce père de deux enfants. « C’est désolant de voir le lac dans cet état, sans eau. Ses berges se situaient il y a une dizaine d’années à 200 mètres de la mosquée du village. Désormais, on doit parcourir plus d’un kilomètre pour atteindre le lac. »

Il faut remonter en 2015 pour retrouver la trace d’un taux de remplissage qui dépasse les 90%. Depuis, les réserves du barrage sont en chute libre, comme le montrent les courbes ci-dessous, reconstituées par Médias24. 


Une chute inexorable qui a conduit, ces trois dernières années, à suspendre l’irrigation à partir de ce barrage, modifiant profondément le paysage agricole limitrophe. « Les agriculteurs se sont vu interdire l’irrigation à partir du barrage. Ils ont depuis perdu leurs cultures et leurs arbres fruitiers », s’agace Azzedine, agriculteur.

Posés sur une colline qui surplombe le lac, une cinquantaine d’oliviers abandonnés, qui n’ont pas encore atteint l’âge adulte, meurent à petit feu à cause du manque d’eau. En dépit du système de goutte à goutte soigneusement installé et prêt à les irriguer. Recouvert d’une épaisse couche de poussière, ce système semble ne plus avoir été actionné depuis des semaines.  

Les sillons et canaux creusés par les mouvements d’une ressource hydrique autrefois abondante, n’abritent plus que des chiens errants qui y trouvent de l’ombre à l’abri des parois et quelques flaques d’eau brunâtres pour s’hydrater.

Un canal, non loin du barrage Al Massira.

 A la lisière de cette désolante vision, quelques rares parcelles d’oliviers et de cultures fourragères survivent tant bien que mal, « grâce à l’eau pompée à partir des puits qui se tarissent d’année en année », confie Azzedine, qui éprouve toutes les peines du monde à irriguer quelques hectares d’oliviers. 

Et pour cause, l’aquifère de la région a atteint un niveau plus que préoccupant. « Les plus chanceux puisent l’eau à partir de 120 mètres de profondeur ». Certains agriculteurs ont creusé trois puits sans pour autant en trouver. « C’est le cas de mon cousin agriculteur, qui a foré un puits de 100 mètres à 35.000 DH« , s’insurge Khalid.

Chômage et immigration clandestine 

A quelques encablures du douar Oulad Si Ghanem, la forêt d’eucalyptus qui était le creuset d’un écosystème riche en faune et en flore se conjugue désormais au passé. Seuls quelques arbres résistent, attendant d’être coupés, à l’image de leurs devanciers. 

La forêt d’eucalyptus n’est plus qu’un lointain souvenir.

« Il y avait un petit canal qui acheminait l’eau vers la forêt. Mais la ressource s’est raréfiée d’année en année, pour finalement ne plus atteindre la forêt », déplore Khalid. « Ce qui a fait le plus de mal aux douars avoisinant le barrage, c’est l’arrêt des activités de pêche« , complète-t-il. 

Une activité grâce à laquelle Mohamed, la cinquantaine, gagnait assez bien sa vie. « Les touristes arrivaient par dizaines tous les jours pour pêcher le Black Bass sur les bords du lac. Les pêcheurs du douar gagnaient jusqu’à 700 DH par jour grâce à cette activité », se remémore Mohamed, nostalgique, en exhibant un album photo. 

Au vu des clichés qu’il regarde affectueusement, on a dû se frotter les yeux pour croire qu’il y avait encore quelques années (2007), la vie foisonnait sur le barrage Al Massira. Les ravages de la sécheresse ont clairement été d’une rare intensité.   

« Depuis 2010, nous sommes passés de 45 à cinq barques de pêche« , indique Mohamed. Attablés en compagnie de quelques jeunes du douar autour d’un généreux couscous, nous avons tenté d’en savoir davantage sur les alternatives et perspectives qui s’offrent à une population dont le regard transpire l’incompréhension.  

Le silence gêné qui a suivi en dit long sur la souffrance insondable endurée par cette jeunesse, impuissante face aux conditions climatiques extrêmes. « À part quelques-uns qui s’obstinent à tenter encore leur chance dans les eaux du barrages pour pêcher, la majorité ont immigré clandestinement vers l’Europe, alors que d’autres ont fui vers les villes », concède Khalid.  

« Certains sont restés et travaillent notamment dans la construction, mais la majorité n’ont aucune perspective d’avenir et vivent dans des conditions difficiles », s’inquiète-t-il, sans se plaindre. Il regrette pourtant le temps où le barrage contenait tellement d’eau « qu’il suffisait d’un vent fort pour que des vagues d’un mètre s’y forment ». Mythe ou réalité ? En l’état, difficile d’en avoir le cœur net. 

Confrontée à la pénurie d’eau, la croissance de la filière sucrière est à l’arrêt

L’augmentation des prix de vente des plantes sucrières n’a pas, dans l’immédiat, vocation à améliorer les performances du secteur mais plutôt à les stabiliser, car « les producteurs de betteraves sucrières et de cannes à sucre déplorent en particulier une pénurie d’eau », assurent les professionnels d’une activité qui fournit dix millions de journées de travail par an.  

Pour le gouvernement, la hausse des prix de vente de la betterave sucrière de 80 DH/t (550 DH/tonne) et de la canne à sucre de 70 DH/t, « favorisera l’augmentation des surfaces cultivées et une baisse des importations de sucre », assure Mustapha Baitas, ministre délégué auprès du chef du gouvernement, chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement. 

La consommation nationale est estimée à plus d’un million de tonnes par an et augmente de 1,8% annuellement, selon le ministère de l’Economie et des finances. A l’inverse, les superficies cultivées stagnent aux alentours de 60.000 hectares, après avoir atteint 70.000 hectares au mitan des années 2000.

D’après le ministère de l’Agriculture, les besoins nationaux en sucre sont satisfaits à seulement 49% par la production locale provenant de la transformation des cultures sucrières ; celle-ci avoisine les 550.000 tonnes, soit un rendement de 9 tonnes par hectare.  

« La hausse des intrants agricoles n’a pas non plus épargné les producteurs de plantes sucrières », indique à Médias24 Abdelkader Kandil, vice-président de la Fédération interprofessionnelle marocaine du sucre. Une inflation importée allant de 10% à 18%, selon les intrants (semences, engrais, produits phytosanitaires…). 

Et même si l’augmentation des prix de vente de la betterave et de la canne à sucre décidée par le gouvernement permet d’atténuer l’impact de la hausse des tarifs des intrants sur les finances des 80.000 agriculteurs que compte la filière, cette mesure pourra difficilement offrir une solution à la pénurie d’eau. 

Des périmètres irrigués sans ressources 

Selon l’Office national de conseil agricole (ONCA), les besoins en eau des plantes sucrières se situent entre 600 et 1.000 mm par an. En conséquence, la betterave et la canne à sucre sont cultivées dans des périmètres irrigués, notamment dans le Gharb, le Loukkos, Tadla, Casablanca, Moulouya et Doukkala. 

Après le Gharb (25.000 ha), le périmètre irrigué de Doukkala est celui où les plantes sucrières prospèrent le plus, en particulier la betterave (21.500 ha). Dans cette zone agricole en puissance, le périmètre irrigué est estimé à 104.600 ha. 

Avant les épisodes de sécheresse ayant frappé successivement le Maroc ces dernières années, la betterave sucrière de Doukkala était irriguée à partir des eaux du barrage d’Al Massira et via des nappes souterraines. Mais ces deux sources se sont quasiment taries récemment. 

En effet, d’après la Direction générale de l’eau, le taux de remplissage du barrage Al Massira, deuxième plus grande retenue d’eau artificielle du Royaume, est d’à peine 5,1%, ce 17 avril 2023, soit l’équivalent de 134,4 millions de m3, sur une capacité de retenue de 2,6 milliards de m3. 

Dans un précédent article, l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Errabia nous expliquait que tant que les réserves du barrage resteraient à un niveau aussi bas, elles seraient strictement réservées à l’alimentation en eau potable. 

Baisse du niveau de la nappe Sahel Doukkala

En outre, les puits – dont la profondeur est comprise entre 50 et 140 m – irriguant les champs de betterave dans la région de Doukkala se sont asséchés en raison d’une baisse importante des niveaux piézométrique de la nappe Sahel Doukkala, elle-même concernée par le phénomène d’intrusion marine. 

« Plusieurs agriculteurs ont semé des betteraves pensant avoir assez d’eau pour les irriguer mais, du jour au lendemain, leurs puits se sont asséchés », nous explique Kaddour Kassou, membre de l’Association des producteurs de betteraves à Doukkala Abda. 

« Plusieurs producteurs ont ainsi délaissé cette culture à cause de la pénurie d’eau ; car c’est le fait qu’elle soit établie dans les périmètres irrigués qui poussent les agriculteurs à produire des betteraves, mais comme ce périmètre s’est réduit, les superficies de betterave sucrière ont également diminué ». 

En 2022, « 300 agriculteurs ont délaissé la betterave au profit du pois chiche et des fèves », nous explique un acteur de la culture de ce légume racine essentiel dans la production de sucre.

« Si la pénurie d’eau se poursuit, il y a des chances que l’on perde environ 1.500 ha de betteraves, semés cette année. Elles risquent de dépérir avant la récolte par manque d’eau”, déplore  Kaddour Kassou.   

En somme, si le gouvernement a pris le parti de rendre plus attractif financièrement la production de plantes sucrières, elle n’en reste pas moins dépendante des ressources en eau et des précipitations, à l’instar de l’ensemble du secteur agricole. 

Dans le Souss, les producteurs de la tomate ronde se reconvertissent dans les fruits rouges

Les superficies de la tomate ronde produite sous serre en plein sol dans la région de Souss-Massa sont en déclin depuis quelques années par manque de rentabilité. « Le prix moyen de vente d’un kilo de tomates au niveau du marché local (marché de gros d’Inezgane, ndlr) est de 1,68 DH, alors que son coût de revient avoisine les 4,50 DH/kilo », indiquent les professionnels du secteur. En d’autres termes, sans export, la tomate ronde est une culture déficitaire.

Dans la plaine de Chtouka Ait Baha, l’une des principales zones agricoles du pays, les producteurs de la tomate ronde laissent place dans leurs serres à la production de fruits rouges. « En effet, plusieurs agriculteurs ont délaissé les tomates rondes au profit des myrtilles et des framboises. La situation actuelle le prouve, puisque la superficie de fruits rouges augmente de plus en plus dans la région », corrobore Abdelaziz Maanouni, président de l’Association Chtouka des producteurs agricoles. 

Chassé-croisé entre les superficies de tomates rondes et de fruits rouges

« C’est une tendance qui ne date pas d’hier et qui est constante ces dernières années, parce que la tomate ronde n’est plus aussi rentable qu’avant« , assure Abdelaziz Maanouni. Dans la plaine de Chtouka, la superficie cultivée de tomates rondes sous serre a baissé d’environ 25%, pour passer de près de 9.000 ha en 2019, à 6.750 ha actuellement. Soit un recul de l’ordre de 2.250 ha. 

« Plus de la moitié de cette superficie perdue pour la tomate (1.100 ha) a été reconvertie dans la production de fruits rouges, tandis que les propriétaires des superficies restantes ont tout simplement décidé d’abandonner leurs cultures à cause du manque d’eau », déplore Abdelaziz Maanouni.

« Il y a quatre ans, les fruits rouges ont commencé à offrir une meilleure rentabilité que la tomate ronde, donc certains producteurs se sont reconvertis dans cette filière », se souvient Amine Bennani, président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges (AMPFR). 

Sur les 13.000 ha de fruits rouges que compte le Royaume, environ 3.000 ha sont cultivés dans la région de Souss-Massa, principalement dans la plaine de Chtouka. Une superficie qui ne cesse d’augmenter depuis 2019. Alors que les superficies de tomates baissent au même moment. 

Des infrastructures qui facilitent la transition

Au-delà de la rentabilité, « la transition est facile sur le plan des infrastructures car, que ce soit la tomate ronde ou les fruits rouges, ce sont des cultures sous serre (abri canarien) d’une grande surface et très étanche pour se prémunir des insectes », explique Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome. 

La réutilisation des abris canariens de tomates rondes dans la culture de fruits rouges, en particulier les framboises, permet une économie de l’ordre de 120.000 DH. C’est l’estimation du montant nécessaire pour acquérir une serre, d’après l’Association marocaine des producteurs et producteurs exportateurs de fruits et de légumes (Apefel). 

Toutefois, si le travail et l’aménagement du sol ainsi que la fertigation sont quasiment identiques dans la production de tomates rondes et de framboises, « il existe des différences en matière de conduite technique qui nécessitent des agents et des ouvriers expérimentés. Contrairement aux fruits rouges, la tomate est une culture de grande surface avec palissage canarien », précise Abdelmoumen Guennouni. 

Quant aux fruits rouges, ils « imposent un investissement supplémentaire pour acquérir des chambres froides car, à l’inverse des tomates rondes, les framboises ne peuvent être conservées à température ambiante, sinon la qualité du fruit risque de se dégrader ».

L’autre écueil sur le chemin de la reconversion des agriculteurs de tomates rondes réside dans le traitement des maladies. « La production des tomates est effectuée dans les mêmes serres pendant des années, donc il y a un problème d’insectes et de maladies qui reviennent d’une année à l’autre », explique Abdelmoumen Guennouni.  

Une irrigation problématique, intrusion marine dans les terres

Le dernier élément à prendre en considération, et qui pourrait stopper net cette tendance, concerne l’irrigation. Les besoins en eau diffèrent entre les deux cultures. Les fruits rouges ont un seuil de tolérance à la salinité assez bas. Or, la plaine de Chtouka est irriguée à partir de deux sources dont les ressources hydriques présentent un taux de salinité trop élevé pour les fruits rouges, à savoir la nappe de Chtouka et la station de dessalement d’eau de mer.  

« La surexploitation des ressources en eau souterraine a entraîné une baisse importante du niveau piézométrique de la nappe de Chtouka, favorisant une intrusion marine de l’ordre de 2,5 km à l’intérieur des terres », nous explique l’Agence du bassin hydraulique de Souss-Massa. 

Le projet de dessalement d’eau de mer pour l’irrigation de la plaine de Chtouka a précisément pour objectif de préserver cette nappe, en irriguant près de 15.000 ha dans le périmètre agricole de la zone, au prix élevé de 5,70 DH/m3. 

Or, la teneur en certains éléments de l’eau dessalée n’est pas appropriée pour les fruits rouges, sensibles au chlorure. « L’eau de mer a une salinité totale qui varie de 33 à 39 g/l. Le chlore, à lui seul, représente jusqu’à 19 g/l », rappelle Fouad Amraoui, chercheur et professeur en hydrologie à l’Université Hassan II de Casablanca. 

Et de poursuivre : « Le dessalement peut ramener la salinité de l’eau à moins de 1 g/l pour qu’elle puisse servir à l’usage domestique. Le chlore représente donc 40% à 50%, soit 400 à 500 mg/l. Pour certaines cultures sensibles comme les fruits rouges, l’utilisation de l’eau dessalée peut être un frein à moyen terme en matière de rendement agricole et de salinisation des sols. »

Une chose est sûre, « les agriculteurs sont toujours à la recherche de rentabilité. D’ailleurs en 2023, la tendance commence quelque peu à s’inverser dans le Souss, la culture de la framboise faisant désormais face à plusieurs défis », conclut Amine Bennani.

Le taux de remplissage des barrages atteint 34,4%

Ce mercredi 8 mars 2023, le taux moyen de remplissage des barrages est de 34,4%. Selon la Direction générale de l’eau, les réserves globales du Royaume se situent à 5,55 milliards de mètres cubes (MMm3). Il y a un an jour pour jour, les réserves enregistrées atteignaient 5,27 MMm3 (32,7%). Soit exactement le même taux de remplissage que nous avions constaté le lundi 20 février 2023, lors de notre précédent point sur la situation des barrages.

En une quinzaine de jours, le taux de remplissage des barrages du Royaume a augmenté de 1,7 point de pourcentage, l’équivalent de 270 millions de mètres cubes. Les hausses les plus significatives ont été enregistrées au niveau des barrages Bin El Ouidane, Sidi Mohammed Ben Abdellah et Mansour Eddahbi. Quant aux réserves d’Al Massira, d’Al Wahda et du barrage Idriss Ier, elles ont légèrement augmenté, à l’inverse de celles d’Ahmed El Hansali.

Le barrage d’Al Massira principale desserte en eau potable de plusieurs villes

Les réserves du barrage Bin El Ouidane (14,1%), d’une capacité de 1,2 MMm3, ont augmenté de 24,8 Mm3 pour s’établir à un peu plus de 172 Mm3. Alimenté par deux cours d’eau, oued Ahansal et oued El Abid, Bin El Ouidane a bénéficié du ruissellement des eaux de la fonte des neiges qui ont recouvert les cimes du Haut Atlas central, notamment dans les localités de Zaouiat Ahansal et Aït Bouguemez.

« Ce ruissellement est également appelé ‘temps de concentration’. C’est la durée nécessaire à la goutte de pluie ou au flocon de neige le plus éloigné pour qu’il atteigne un barrage. Dans le cas de celui de Bin El Ouidane, il est de quelques heures seulement », explique à Médias24 une source de l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Errabia, dont relève également le barrage d’Al Massira.

Deuxième plus grand barrage du pays par la taille de son bassin de retenue (2,6 MMm3), Al Massira a vu ses réserves passer de 132,4 Mm3 (5%) à 156,8 Mm3 (5,9%) depuis le 20 février 2023. Une hausse peu significative, de l’ordre de 24,4 Mm3. En effet, « le barrage Al Massira est un grand barrage en termes de capacité de stockage ; il est donc plus difficile à remplir que d’autres », indique une source de l’ABH Oum Errabia.

« Pour que son taux de remplissage augmente significativement, il faut des apports importants. Or les dernières pluies n’ont généré qu’un faible apport de 3 à 4 Mm3 par jour. D’autre part, ses réserves subissent une forte pression, car il dessert en eau potable Marrakech, Safi, Casablanca, Settat et Berrechid. »

A la question de savoir si des lâchers d’eau sont prévus à partir du barrage Ahmed El Hansali vers celui d’Al Massira, notre interlocuteur précise que « pour l’instant, les ressources disponibles dans les barrages relevant de l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Errabia sont strictement réservées à l’approvisionnement en eau potable. Il n’y aura donc pas de lâcher d’eau ».

Une mesure appuyée par la diminution du taux de remplissage du barrage Ahmed El Hansali. D’une capacité de stockage de 668,2 Mm3, ses réserves sont passées de 76,5 Mm3 (11,4%) à 63,6 Mm3 (9,5%), soit une diminution de l’ordre de 12,9 Mm3.

Légère augmentation des réserves d’Al Wahda et Idriss Ier

Outre le barrage Bin El Ouidane, plusieurs grandes retenues d’eau du Royaume ont profité des récentes conditions météorologiques favorables. A commencer par le barrage Idriss Ier. D’une capacité de stockage de 1,1 MMm3, l’édifice a vu ses réserves (27,4%) augmenter de 15,4 Mm3.

Le barrage Al Wahda, plus grande retenue d’eau artificielle du Royaume (3,5 MMm3), est lui aussi concerné par cette hausse. Entre le 20 février (2 MMm3) et le 8 mars (2,1 MMm3), ses réserves ont augmenté de 100 Mm3.

Édifié en 1974 pour mobiliser les eaux des bassins versants des oueds Bouregreg, Grou et Korifla, le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah possède une capacité de retenue de l’ordre de 974,8 Mm3. Son taux de remplissage est passé de 26,9% (262,7 Mm3) à 29,6% (288,9 Mm3). L’équivalent de 26,2 Mm3 supplémentaires.

Enfin, dans la région Drâa-Tafilalet, le barrage Mansour Eddahbi a également tiré profit des dernières précipitations. Les réserves de ce barrage (29,9%), d’une capacité de 445,3 Mm3, ont augmenté de 20,4 Mm3 pour s’établir à près de 290 Mm3.

 

Reportage. À Berrechid, des agriculteurs acculés par la hausse des prix à la production

Préoccupés, les agriculteurs de Oulad Zidane ne sont pas pour autant surpris par la hausse des prix de certains légumes. Dans cette commune rurale située à quinze kilomètres de Berrechid, les champs de pommes de terre, céréales, carottes, oignons et autres se succèdent à perte de vue, délimités par des cactus ravagés par la cochenille. 

« En 2022, les exploitants vendaient leurs pommes de terre entre 3 et 4 DH le kilo. Mais il y a trois ans, elles ne dépassaient pas 1,50 ou 2 DH le kilo », affirme El Houssine Jaâfari, producteur de pommes de terre et d’oignons depuis vingt ans. 

La vertigineuse augmentation des produits alimentaires est la conséquence de multiples facteurs, dont les conditions météorologiques, une offre moins importante que la demande, mais aussi la hausse des tarifs des intrants agricoles, en plus des intermédiaires qui viennent en bout de chaine aggraver la situation. 

Flambée des prix des intrants agricoles 

En ce mardi 14 février, le soleil est dissimulé par des nuages transportés par un vent fort, annonciateur d’intempéries. En apercevant notre caméra, Khalid surgit du local technique de la pompe à eau, devant lequel une vingtaine de butanes de gaz s’entassent les unes sur les autres. 

Cela fait quatre ans que Khalid, la trentaine, cultive des pommes de terre et des oignons. A l’instar de ses collègues, il estime que si les prix de certains légumes ont atteint des sommets, ce n’est pas le fruit du hasard. « C’est le résultat d’une accumulation de facteurs, dont la sécheresse que nous avons subie ces trois dernières années. »

« Raison pour laquelle la production de pommes de terre dans la région de Berrechid, considérée comme le grenier de Casablanca et ses environs, a été en deçà des attentes », avance-t-il, au moment où il est rejoint par Mohammed Rbaiti. 

Après plus d’une décennie à produire des pommes de terres, ce père de deux enfants n’a pas souvenir de pareille flambée des prix. Selon lui, « la hausse du litre de gasoil et celle des intrants agricoles sont les principales coupables ».  

« Par le passé, le prix des intrants agricoles était abordable pour les agriculteurs, contrairement à ces deux dernières années », corrobore Abderrahmane Arourou. 

Pénurie de semences

Aux odeurs de fumier se mêlent les chants du coq et les murmures lointains des travailleurs et travailleuses agricoles. Alignés, une dizaine d’entre eux avancent méthodiquement de quinze centimètres le long des quatorze hectares cultivés par Abderrahmane Arourou. Soit la distance qui doit séparer deux semences de pommes de terre. 

« Une tonne de pommes de terre à semer, importées des Pays-Bas ou d’Écosse, coûte actuellement jusqu’à 14.000 DH », indique notre interlocuteur. « Il y a quelques années, le prix des semences était de 6 DH le kilo, il est désormais compris entre 11 et 15 DH le kilo. Et certains agriculteurs n’ont même pas réussi à s’approvisionner », déplore Mohammed Rbaiti. 

Agriculteur de père en fils, Farid Rachid a un regard noir en constatant qu’une partie de sa cargaison de semences importées, étalée à même le sol, « a pourri pendant le voyage en bateau ».

Mais ce qui l’inquiète le plus, c’est la hausse du prix des engrais, en l’occurrence le NPK importé, fertilisant composé d’azote, phosphore et potassium. 

« Cette année, le NPK est encore plus cher que l’an dernier, avec un supplément de 50 DH par quintal (415 DH/quintal). Nous sommes pourtant obligés de l’acheter, car il est essentiel au bon rendement des cultures », s’agace-t-il. 

Même son de cloche du côté de Said Naji, croisé sur une moto chargée de deux sacs (50 kg) d’engrais NPK. « Je viens de m’approvisionner à hauteur de 390 DH le sac de 50 kg, alors que c’est une marque de mauvaise qualité. Il y a quelques années, le même produit ne dépassait pas les 225 DH », précise-t-il. 

De son côté, Mohammed Rbaiti explique qu’en dépit de l’accalmie des cours des engrais azotés sur les marchés internationaux, les agriculteurs marocains payent très cher un intrant agricole indispensable. Du moins, quand ils le trouvent.

« L’ammonitrate 33,5%, essentiel dans la bonne tenue et le rendement des cultures, est passé de 300 à 800 DH le quintal en 2022. Cette année, son prix commence à légèrement baisser mais, à 600 DH, il reste inabordable pour beaucoup d’agriculteurs », souligne Khalid. 

Ajoutez-y l’urée 46%, qui est passée depuis la crise sanitaire de « 400 à 1.300 DH le quintal, surtout en cette période de semis où la demande est importante », déplore El Houssine Jaaâfari. Comme les pièces d’un puzzle, il faut que l’ensemble des intrants agricoles soient réunis pour la bonne tenue d’une culture, avec l’espoir d’un rendement de qualité. Les produits phytosanitaires en font également partie. 

Des produits phytosanitaires inabordables 

Tels des pantins désarticulés, les cactus en lisière des parcelles agricoles se sont quasiment effondrés sur eux-mêmes, comme dévitalisés par la cochenille. D’aucun argueront que ces cactus font au moins office d’épouvantail, « mais il fut un temps où nous les soignions. Ce n’est plus possible de nos jours », regrette Mohammed Rbaiti.

« Les produits phytosanitaires coûtent tellement cher que l’on réussit à peine à s’en procurer pour nos cultures », précise-t-il. « J’avais pour habitude d’acheter 25 kilos de produits phytosanitaires à 900 DH. En 2022, ils coûtaient presque le double », s’insurge Khalid. « En plus d’être exorbitants, ces tarifs varient de région en région ou de ville en ville », déplore Mohammed Rbaiti. 

« Il serait temps d’inscrire les prix sur les étiquettes une bonne fois pour toutes, car nous sommes obligés d’acheter ces produits quel qu’en soit le prix, au risque de perdre nos cultures », ajoute-t-il. Il en est de même pour le poly, plus connu sous le sigle PVC. 

Si certains agriculteurs possèdent un puits dans leur parcelle, tout le monde n’a pas cette chance. La majorité des exploitants de la région louent des puits éloignés de deux, trois, voire quatre kilomètres de leurs terres. Une distance comblée grâce à des milliers de mètres de tubes PVC qui déversent l’eau acheminée dans des bassins de 1.800 m3.  

« Ces deux dernières années, le mètre de PVC est passé de 23 DH à 45 ou 50 DH. Il est indispensable, car il me permet d’acheminer l’eau depuis le puits que je loue et qui se trouve à 2 km de la terre que je cultive », souligne Farid Rachid, en rappelant que le PVC n’est qu’une infime partie du coût de l’irrigation. 

« Depuis 2021, la location d’un puits atteint 80.000 à 90.000 DH, et la terre se loue en moyenne à 10.000 DH par hectare », indique Khalid, qui impute la hausse du prix de location des puits à la difficulté d’obtenir des autorisations de forage. 

Tarissement des ressources de la nappe de Berrechid 

A l’origine de la nouvelle réglementation, la surexploitation des eaux souterraines de la nappe phréatique de Berrechid, qui pourraient se tarir dans quelques décennies. En effet, l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia (ABHBC) a récemment mesuré son niveau piézométrique entre 100 m et 120 m par rapport au sol. 

« C’est la nappe la plus stratégique », assurait à Médias24 dans un précédent article, Mohammed Boutayeb, chef de division de la gestion durable des ressources en eau à l’ABHBC, dont dépend la nappe phréatique de Berrechid.

« Les études techniques et les modèles mathématiques réalisés pour évaluer la tendance d’évolution de la nappe montrent qu’elle est très exploitée. Dans dix ans, on risque d’en perdre une grande partie », précise-t-il.

Pour atténuer cette problématique, « nous avons défini avec les usagers de l’eau, regroupés en associations, un quota de prélèvement de l’ordre de 5.000 m³/ha, variable selon l’évolution de la nappe. Des pénalités sont prévues en cas de dépassement », explique M. Boutayeb. 

De fait, les autorisations de forage sont devenues plus ardues à obtenir. « J’ai cultivé six hectares de pommes de terre. Afin de les irriguer, j’ai un puits, mais dont une partie s’est récemment effondrée. Pour sauver ce qui peut encore l’être, il me faut une autorisation, mais la procédure est tellement longue qu’elle en devient dissuasive », estime Mohammed Rbaiti. 

Comme beaucoup d’autres cultivateurs, « je loue un puits à 50.000 DH et j’achemine l’eau jusqu’à ma parcelle pour environ 50.000 DH. Ce qui fait que l’irrigation me coûte 100.000 DH », fulmine El Houssine Jaâfari, près de son champ d’oignons dont la croissance a pris du retard à cause du gel et de la baisse des températures. 

Moins de superficies cultivées 

D’une même voix, les agriculteurs de Ouled Zidane rencontrés se disent acculés par la hausse des prix des intrants agricoles. Naturellement, ils en répercutent une partie sur le prix de vente. « Produire une tonne de pommes de terre me coûtait il y a quelques années 20.000 DH. Donc on vendait le kilo entre 1,50 et 2,50 DH. En 2022, la production d’une tonne de pommes de terre coûtait 35.000 DH, soit quasiment le double”, témoigne Rachid Guennouni,  producteur de pommes de terre de père en fils. 

En conséquence, nombreux sont les exploitants à avoir réduit la superficie cultivée en 2022, mais aussi en 2023. Ils estiment que c’est l’unique solution pour s’aligner sur la hausse des prix des intrants agricoles. « Je m’attends à ce que les prix augmentent encore plus, car beaucoup d’agriculteurs ont décidé de réduire la superficie qu’ils cultivent ou tout simplement de changer de métier à cause des dettes qu’ils ont accumulées et de la sécheresse chronique », prévient Abderrahmane Arourou. 

« Si je pouvais changer de métier, je le ferais », dit Mohammed Rbaiti. « Mais nous ne savons faire que cela, même si nous n’avons plus les moyens pour subvenir aux besoins de nos cultures. »

Mais cette volonté a également un prix. Au-delà de l’augmentation du prix de vente de leurs récoltes, les agriculteurs de Ouled Zidane disent ne plus pouvoir se rendre au marché de gros de fruits et légumes de Casablanca, à cause des tarifs du transport. 

Certains vendent leurs récoltes à des intermédiaires. De ce fait, la note est encore plus salée pour le consommateur final. Tandis que d’autres conservent leurs récoltes dans la dizaine d’unités de réfrigération que compte la région de Berrechid, afin de les vendre à un prix élevé lorsque la demande devient plus importante.

Lancement des campagnes d’auscultation de cinq barrages

Afin de suivre à court et long terme le comportement d’un barrage, sa fondation, ses ouvrages annexes et ses environs, et surtout de détecter rapidement tout comportement anormal de l’ouvrage, un dispositif d’auscultation est nécessaire.

Ce dispositif permet d’assurer une surveillance adéquate et de garantir la sécurité d’un barrage, à travers les instruments suivants :

– sonde piézométrique ;

– fleximètre ou pieds à coulisse pour vinchon ou Palmer digital pour vinchon ;

– télescope de mesure pour pendule ;

– postes de mesures des cellules (centrale d’acquisition manuelle) ;

– sonde inclinométrique ;

– sonde tassomètrique pour mesure de tassement ;

– conductivimètre ;

– turbidimètre.

A cet effet, deux appels d’offres ont été lancés par l’Agence du bassin hydraulique (ABH) de Sebou, dans le cadre des campagnes de mesures d’auscultation de cinq barrages : Al Wahda, Ouljet Soltane, Sehb El Merga, Ait Moulay Ahmed et Michlifen.

Ces appels d’offres sont réservés aux petites et moyennes entreprises, aux coopératives, aux unions de coopératives et aux auto-entrepreneurs.

Une fois sélectionnés, les prestataires devront participer à une visite des barrages et à une réunion de coordination et de programmation pour établir un programme prévisionnel d’intervention.

Les premières campagnes de mesures devront être menées en présence des équipes d’exploitation des barrages. Les prestataires devront déclarer, au moins trois mois avant la fin de l’année budgétaire, les appareils d’auscultation et postes de mesures obsolètes ou montrant des signes de dysfonctionnement

Un bilan des performances de ces instruments sera réalisé par le soumissionnaire et le responsable de l’auscultation afin de confirmer ou infirmer la maintenance possible et les mises à niveau des appareils ou postes à prévoir.

Par ailleurs, les prestataires auront à fournir une note méthodologique sur le déroulement des mesures d’auscultation, un rapport mensuel précisant les faits marquants et les mesures ayant subi des variations brusques ou une évolution marquante.

Un rapport sur les mesures d’auscultation après les phénomènes exceptionnels devra également être fourni, avec une comparaison des lectures avant et après le phénomène ; en plus d’un rapport annuel pour chaque barrage, récapitulant les mesures d’auscultation effectuées lors de l’année écoulée.

Comment le Maroc se prépare aux risques de crues et d’inondations

Après les feux de forêt, le Maroc doit se préparer au risque de crues et d’inondations. Ce risque est permanent en automne, saison des orages. Il est fortement amplifié dans le monde entier et au Maroc en raison des changements climatiques. Le tragique décès de deux jeunes filles de 17 ans, dans la soirée du 1er septembre 2022, emportées par la crue du Oued Tersal, dans la commune de Aït Bou Oulli, relevant de la province d’Azilal, est venu nous rappeler ce risque.

Ce drame corrobore tristement les données illustrées par la cartographie des sites à risque d’inondation prioritaires, publiée par le ministère de l’Eau et de l’environnement en 2008, où sont localisées deux zones à risque élevé de crues, dans les environs d’Azilal.

“Les zones montagneuses sont propices aux crues rapides et intenses” confirme à Médias24, Abdellah Bourak, directeur de l’Agence du bassin hydraulique (ABH) d’Oum Rabii, dont relève l’Oued Tersal.

Des orages d’été concentrés dans le temps et l’espace

Les inondations rapides correspondent à des crues « charriant des roches, pierres et de la végétation, causées par des orages d’été concentrés dans le temps et l’espace, à l’image de la crue de Oued Tersal, qui a éclaté au pied d’une montagne en l’espace de quelques minutes et dans une zone très limitée, hors de notre système de détection” explique-t-il.

Ce système de détection et de suivi en temps réel est appelé Système de prévision et d’alerte aux crues (SPAC). Il est composé de plusieurs instruments qui mesurent la pluviométrie, le niveau des cours d’eau et leur débit.

“Les instruments sont principalement installés dans les grands oueds, comme Oued Laabid, Oued Ahensal, Oued Oum Rabii et Oued Lakhdar” indique  le directeur de l’ABH d’Oum Rabii.

“Nous avons lancé la phase d’étude pour compléter notre SPAC avec des postes pluviométriques dans les zones montagneuses isolées, en collaboration avec le ministère de l’Intérieur,” ajoute  Abdellah Bourak.

L’Agence du bassin hydraulique de Tensift possède pour sa part un Système de prévision et d’alerte complet, dont la mise en place s’est imposée depuis les inondations meurtrières de 1995, qui avaient  fait plus de 230 morts dans la vallée de l’Ourika.

Lancé en 2002 et étendu en 2013, en étroite collaboration avec l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), le SPAC de la vallée d’Ourika, repose sur plusieurs éléments :

-La prévision météorologique ;

-La collecte des données hydrologiques ;

-Le traitement des données, la prévision, l’émission et la distribution des avis de crues ;

-Le déclenchement de l’alerte ;

-L’exécution de l’évacuation.

Stations de pluviométrie et de pluie-débit

Clé de voûte du SPAC, la prévision météorologique relève de l’ABH de Tensift et non de la Direction générale de la météorologie (DGM). L’Agence possède en effet un ensemble d’instruments permettant d’évaluer les risques de précipitations, notamment par satellite, cinq à six heures avant leur début.

Si le risque de précipitation est élevé, les stations de pluviométrie prennent le relais, pour évaluer la quantité d’eau tombée sous forme de précipitations en un temps et un lieu déterminés. Elles sont au nombre de quatre, disséminées dans diverses localités de la vallée de l’Ourika : Agouns, Amaddouz, Lhadjamen et l’Oukaïmden.

Les stations pluie-débit, équipées de radars, sont également des instruments essentiels dans ce processus car elles permettent “de calculer le débit de l’eau, associés à des pylônes qui envoient les données à un serveur” nous explique-t-on au sein de l’ABH de Tensift.

Amenzal, Tiourdiou, Tazzitount, Tourcht, Aghbalou et Aljamaane sont les localités qui accueillent ces stations dans la vallée de l’Ourika.

Une fois l’ensemble des éléments modélisés et calculés, des pré-alertes sont envoyées aux autorités locales. “Une quinzaine de minutes après les premières précipitations, nous savons s’il y aura une crue ou pas” indique l’ABH de Tensift.

Vitesse de réaction et campagne de sensibilisation 

En cas de crue, un fax est envoyé aux autorités locales et au Gouverneur. Et si la situation s’avère inquiétante, la décision est prise de faire retentir la sirène. Les populations qui longent le cours du Oued Ourika se préparent donc pour l’évacuation.

Les sirènes, connectées à des postes d’alarmes, bordent l’Oued Ourika. Trois d’entre elles se situent dans la localité d’Aghbalou. Iraghf en compte cinq, auxquelles s’ajoutent deux à Setti Fatma et une à Tazitount.

La survie des habitants dépend de leur vitesse de réaction. De fait, il n’y a aucune place à l’hésitation. Raison pour laquelle plusieurs campagnes de sensibilisation sont menées auprès des populations situées dans les zones à risques.

Des exercices de simulation sont régulièrement organisés, avec la participation des élèves, d’éléments de la Gendarmerie Royale et des Forces auxiliaires. L’objectif est de maîtriser la marche à suivre pour atteindre les espaces et camps d’évacuation sans perdre de temps.

“Les habitants ont à leur disposition plusieurs panneaux de signalisation pour les mener au camp d’évacuations. Ces panneaux préviennent également les automobilistes sur l’importance de garer leurs voitures en direction de Marrakech, afin d’éviter d’éventuels embouteillages susceptibles de ralentir les opérations d’évacuations,” conclut l’ABH de Tensift.

Reboisement et vigilance 

Bien que le risque d’inondation et de crues ne puisse jamais être totalement annihilé, il peut tout de même être réduit. Le reboisement et le rétablissement de la végétation sont des solutions efficaces.

Par ailleurs, l’écoulement est plus lent dans les zones naturelles de stockage de l’eau, comme les lacs et les marécages, ou des zones artificielles de stockage. Les crues y sont moindres que dans les bassins dépourvus de ces influences modificatrices.

“Mais l’élément le plus important réside dans la prise de conscience par les populations quant aux dangers des crues et inondations” insiste Abdellah Bourak. Le directeur de l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Rabii regrette “l’inconscience de certaines personnes et automobilistes qui croient pouvoir traverser un Oued en crue”.