La stratégie de reboisement des forêts du Maroc à l’épreuve de la sécheresse

L’impact de la sécheresse n’est pas uniquement une affaire d’agriculture. Les 9 millions d’hectares qui constituent le couvert forestier du Maroc ne sont pas non plus épargnés par la pénurie d’eau et le déficit pluviométrique, surtout lorsqu’il s’agit d’assurer la croissance de nouveaux plants. C’est la raison pour laquelle des techniques de plantation adaptées et une surveillance accrue figurent parmi les mesures phares pour remédier au recul des apports pluviométriques.

La Stratégie nationale des forêts (2020-2030), portée par l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), relevant du ministère de l’Agriculture, ambitionne d’atteindre 600.000 ha de reboisement d’ici 2030. Depuis le lancement effectif de cette stratégie en 2022, 150.000 ha ont été reboisés, dont :

– 70.400 hectares d’espèces autochtones (pins, eucalyptus) ;

– 60.000 ha de régénération d’espèces autochtones (cèdre, arganier, caroubier…) ;

– 19.600 ha d’améliorations sylvopastorales.

« En 2024, 70.000 ha ont été reboisés. La même superficie est prévue pour l’année en cours », assure Abderrahim Houmy, directeur général de l’ANEF, à l’occasion d’un point presse organisé ce jeudi 23 janvier à Rabat. Le reboisement fait partie d’une feuille de route mise en place pour diminuer les effets de la surexploitation et du réchauffement climatique sur les forêts du Maroc.

Ce couvert forestier est concerné par le phénomène de dédensification à hauteur de 10.000 ha par an. Si la reconstitution du couvert forestier est d’une importance capitale, c’est principalement en raison des multiples fonctions socio-économiques et environnementales de ce domaine :

– Réceptacle de l’essentiel de la faune et de la flore naturelles (2/3 des plantes et 1/3 des espèces animales) ;

– Espace de vie pour plus de 7 millions d’usagers (bois de feu, pâturage) ;

– Rempart contre la désertification et garant des grands équilibres environnementaux.

Sans oublier qu’au niveau méditerranéen, le Maroc occupe la 2ᵉe place en matière de biodiversité et la 1ᵉ place en termes d’endémisme (espèces d’origine locale). Toutefois, la sécheresse représente un frein pour atteindre notamment un taux de réussite du reboisement de 60%. Celui-ci se situe actuellement aux environs de 50%.

Goutte-à-goutte et tourbe végétale

« Sur 85% du territoire national, les précipitations des cinq dernières années ont accusé un déficit moyen compris entre 15% et 45% par rapport aux moyennes annuelles », nous explique l’ANEF. Dès lors, la problématique de la sécheresse se pose pour les forêts, mais aussi au niveau de l’eau destinée à irriguer les plants qui sont en mal de croissance.

« Avant les derniers épisodes de sécheresse, l’irrigation des nouveaux plants n’était pas nécessaire pour garantir leur croissance. Aujourd’hui, la donne a changé et l’irrigation est devenue capitale pour le reboisement », assure à Médias24 Abderrahim Houmy.

« Auparavant, l’irrigation des nouveaux plants dépendait principalement de la pluviométrie, au point que les plantations n’étaient réalisées que dans les régions qui avaient atteint un cumul pluviométrique satisfaisant. Autrement, on devait attendre que les conditions climatiques s’améliorent », explique-t-il.

Mais ce temps semble révolu. Du moins après six années de sécheresse consécutives. Car, de nos jours, « l’arrosage des plants est devenu indispensable », assure notre interlocuteur. À ce titre, une technique d’irrigation, appelée Water Box, a été introduite afin d’assurer la croissance des plants de manière économe.

« La Water Box est utilisée depuis deux ans. C’est une technique d’irrigation économe en eau d’arrosage à travers le goutte-à-goutte. Elle est appliquée sur 1.000 ha actuellement. Et en 2025, elle le sera sur 900 ha supplémentaires ». Concrètement, la Water Box favorise la croissance des plantes dans des environnements arides ou soumis à des stress hydriques. Elle se base sur :

– La récupération et le stockage de l’eau via un dispositif en forme de réservoir placé autour du jeune plant. Elle capte l’eau de pluie et réduit son évaporation en la stockant directement autour des racines de la plante.

– Un arrosage ciblé, en libérant lentement l’eau stockée, assurant un apport constant d’humidité aux racines. Cela permet de réduire considérablement les besoins en irrigation.

– La protection des jeunes plants, car elle agit comme une barrière thermique et physique, protégeant les plants des conditions extérieures difficiles (vent, forte chaleur, animaux, etc.).

À cela s’ajoute l’utilisation de la tourbe végétale qui semble plus adaptée aux nouvelles conditions climatiques, en comparaison à la terre végétale. En termes de contrôle et de suivi des sols et des plantations, des drones sont utilisés afin de permettre une collecte précise des données. 

Par ailleurs, des mesures d’incitation auprès de la population sont instaurées afin de préserver les superficies reboisées d’autres activités, pastorales notamment. Cela passe par la compensation de mise en défens. « Pour reboiser, il faut protéger les superficies en compensant les populations sur le droit d’usage, notamment pour le pâturage”, souligne Abderrahim Houmy.

En détail, les superficies concernées par cette protection ont atteint, en 2024, 76.400 hectares. Une enveloppe budgétaire de 40 MDH a été nécessaire pour protéger 570 périmètres. Pour 2025, ce sont 86.000 ha (49 MDH) et 800 périmètres qui seront concernés par cette mesure.

Restructuration de la filière du caroubier en vue de la création de l’interprofession

Les unions provinciales et régionales, qui devraient à terme ouvrir la voix à une Association nationale des producteurs et transformateurs de caroubier, sont considérées comme une avancée majeure dans la restructuration de la filière. Elle a pour principale objectif de « renforcer la collaboration entre les différentes entités opérant dans la filière », explique à Médias24 l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF).

La structuration de la filière ne s’est pas uniquement limitée aux niveaux provincial et régional ; elle s’est également étendue à la création d’une interprofession de la filière du caroubier. « Cette étape a nécessité une réorganisation des coopératives, des producteurs privés et des industriels de caroubier », précise la même source.  

La mise en place de deux collèges distincts, l’un regroupant les producteurs (coopératives et producteurs privés) et l’autre les industriels, illustre la volonté d’avoir une représentation équilibrée des acteurs de la filière. Pour sa part, la création des fédérations régionales des producteurs de caroubier, en cours dans plusieurs régions, garantit une représentation significative et a renforcé la cohésion de la filière au niveau local. 

« Cette démarche contribue à garantir une couverture minimale de 70% des producteurs, renforçant ainsi la représentativité de l’interprofessionnelle de caroubier », avance l’Agence nationale des eaux et forêts. 

Par ailleurs, une réunion prévue le mois prochain entre les différentes parties prenantes, dont le ministère de l’Agriculture, permettra de concrétiser l’interprofession de caroubier par le ministère de tutelle, via une demande de reconnaissance officielle

« Cette reconnaissance est cruciale pour établir un cadre institutionnel solide et permettre à l’interprofessionnelle de jouer pleinement son rôle dans la coordination et le développement de la filière », souligne l’ANEF.

Un impératif dont fait mention l’arrêté conjoint du ministre de l’Agriculture, n° 2519‑21 du 15 joumada II 1443 (18 janvier 2022), publié dans le Bulletin officiel du 17 mars 2022.  Cet arrêté fixe le niveau de représentativité des organisations professionnelles requis pour la constitution de l’interprofession de la filière de caroube. Des critères qui tiennent compte du poids économique desdites organisations dans la filière et qui s’établit comme suit :

– Production : 60% au moins du volume de la production nationale des fruits du caroubier et 60% au moins du nombre de producteurs

Valorisation et/ou transformation : 60% au moins du volume de la production nationale destinée aux unités de valorisation et/ou de transformation et 60% au moins du nombre des opérateurs intervenant dans les activités de valorisation et/ou de transformation de caroube ;  

Commercialisation : 60% au moins du volume des exportations globales et 60% au moins du nombre des opérateurs intervenant dans l’activité de l’exportation de la production nationale de caroube ; 

In fine, cette structuration de la filière est à même de relever les défis liés à la valorisation, au contrôle de la qualité, à la protection des produits nationaux, à l’accès aux contrats-programmes de développement, ainsi qu’à surmonter les difficultés liées à l’organisation de la commercialisation de la caroube à l’échelle nationale et internationale, dont un manque de compétence en termes de gestion notamment. 

Voici où en est le programme de plantation du caroubier

En 2023, 2.500 ha nouveaux hectares de caroubier ont été planté dans le domaine forestier. L’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) poursuit donc son programme de plantation du caroubier avec une augmentation de 3.000 hectares sur les deux dernières années.

Cette superficie s’ajoute aux 68.000 hectares de peuplement de caroubier que compte le domaine forestier du Royaume. L’ANEF mise sur la valorisation du caroubier comme espèces forestières résistantes à la sécheresse et multifonctionnelles. 

Une orientation qui intervient en parallèle à celle du ministère de l’Agriculture, qui a pareillement pris le parti de favoriser les cultures adaptées à la nouvelle donne climatique dans le cadre de la stratégie « Génération Green 2020-2030 ».

Pour le domaine agricole, l’objectif est d’atteindre 100.000 hectares d’ici à 2030, contre 10.300 ha actuellement. Si les objectifs et les démarches se font en parallèle, elles se rejoignent sur la partie production, puisque l’ANEF joue aussi le rôle de bras armé du ministère de l’agriculture sur le segment du caroubier puisqu’elle est garante de la production et la distribution gratuite de 2 millions de caroubiers aux agriculteurs privés à l’horizon 2030. 

« La production moyenne des plants de caroubier est passée de 750.000 plants en 2010 à 1.200 000 plants en 2021« , indique à Médias24 l’Agence nationale des eaux et forêts.

Une production annuelle en recul 

Actuellement, la production annuelle des gousses de caroubes au niveau du domaine forestier est actuellement d’environ 45.000 tonnes. Elle est en baisse par rapport à l’année dernière où elle avait atteint les 60.000 tonnes. 

L’essentiel de la production est issu des régions de Béni Mellal-Khénifra (80%), Marrakech–Safi, Souss-Massa et Fès-Meknès. Une zone de production somme toute logique.  

Et pour cause, cet arbre à la longévité bicentenaire se trouve principalement dans des zones arides et se développe entre 600 et 1.000 mètres d’altitude. A l’instar des espèces méditerranéennes (arganier, thuya, chêne vert), le caroubier fait preuve d’une résistance à la rigueur du climat et à la sécheresse (200 mm de pluie).

D’une cime très étalée et qui peut atteindre 8 à 17 m de hauteur, le caroubier peut survivre à des températures oscillant entre -4°C et 40°C. Une résilience offrant une production ininterrompue de gousse de caroube, d’année en année.

Le caroubier est parmi les rares arbres qui fleurissent en automne (septembre à novembre), mais il faut attendre la maturité de ses fruits en juillet-août de l’année suivante pour récolter des gousses.

Un caroubier commence à produire des gousses à partir de 6 ans, et peut donner de 10 à 40 kg jusqu’à l’âge de 20 ans, comme il peut aller entre 100 et 250 kg à partir de 50 ans.

Une valorisation revue à la baisse 

En matière d’exploitation du caroubier, il s’agit d’un processus régi par les droits d’usage reconnus par les dispositions du dahir du 10/10/1917 relatif à la conservation et à l’exploitation des forêts, et celui du 04/03/1925. Cette exploitation s’opère via deux formules : 

– La vente par adjudications publiques de plusieurs lots de caroubier, organisée annuellement au niveau des régions, notamment dans la région de Béni Mellal-Khénifra, et à laquelle participent les exploitants forestiers agrémentés par l’ANEF, selon un cahier des charges spécifiques ;

– L’exploitation via des coopératives forestières composées des ayants droit, dans le cadre de conventions de partenariat avec l’Agence nationale des eaux et forêts. La région de Béni Mellal-Khénifra compte 9 coopératives forestières, composées de 500 adhérents.

La récolte de 2022, où le prix du caroubier a atteint des sommets (8 DH/kg), a attiré plusieurs spéculateurs par la suite. A l’époque, il y a eu une forte demande internationale qui dépassait l’offre, d’où une flambée du prix du kilo qui pouvait dépasser les 50 DH au moment de sa vente pour être valorisé. 

Cette situation avait poussé plusieurs unités de valorisation à stopper leur activité pour ne pas jouer le jeu des spéculateurs. Un pari réussi puisque la valorisation « du prix de vente du kilogramme de gousse de caroube lors de la dernière adjudication (2023) est de 1,5 DH« , assure l’ANEF. 

Un précieux patrimoine génétique à préserver

Le caroubier, arbre aux milles et unes vertus, fait face à la complexe gestion de son patrimoine génétique. Les dernières études ont permis de révéler une importante variabilité génétique entre 10 accessions [l’unité de conservation de base, ndlr] du caroubier. Les provenances de l’Oriental présentent les meilleures performances en termes de poids de graines.

« Des tentatives d’enregistrement de variétés ont été entamées par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), mais l’absence d’un cahier des charges élaboré en collaboration entre l’administration et l’interprofessionnelle complique le processus », déplore l’ANEF. 

C’est un manque à pallier au plus vite car si la caroube marocaine est reconnue et très prisée à l’échelle internationale, c’est principalement en raison de performances industrielles et d’une qualité supérieure, intrinsèquement liées aux spécifications génétiques de la plante. 

En outre, sur le terrain, les spécialistes remarquent que la méthode agricole la plus répandue pour la multiplication est le greffage et le sur-greffage, dans l’optique de la préservation du patrimoine génétique et des caractères agronomiques. 

« Cependant, il est observé que chaque pépinière ou agriculteur choisit un arbre femelle en fonction de critères parfois variables, tels que la proximité, la production, la productivité », regrette l’ANEF. Idéalement, la solution afin d’assurer une préservation cohérente du patrimoine génétique est donc la mise en place un cahier des charges.

« Ce document devrait être élaboré de manière concertée entre l’administration et l’interprofessionnelle, en vue de garantir des critères de sélection uniformes et adaptés aux besoins de la filière », insiste l’ANEF. L’urgence de reconnaître le caractère stratégique de la préservation du patrimoine génétique du caroubier n’est plus à prouver. C’est une condition sine qua non pour le développement de la filière. 

Pour y parvenir, il faudra aussi encourager la sélection dans les exploitations privées et limiter le sur-greffage pour préserver la biodiversité de la caroube marocaine dans le domaine forestier. « Cette décision stratégique vise à assurer l’avenir durable de la caroube marocaine, en harmonisant les pratiques agricoles avec les impératifs de préservation génétique et de biodiversité », conclut l’ANEF.

Lancement de la nouvelle saison de la chasse

Non loin de Rabat, au milieu des chênes lièges desséchés de la forêt de Maâmora, les chasseurs ont les yeux qui brillent au moment où des perdrix gambra sont relâchées dans le ciel, marquant le lancement symbolique de la saison de la chasse 2023-2024. 

Un lâcher de perdrix gambra. Crédits @ANEF

Un évènement placé par l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), ce mardi 26 septembre, sous le signe de la sécurité, tant les accidents de chasse sont vite arrivés, bien qu’ils ne soient pas fréquents.

« Leur nombre ne dépasse pas une dizaine par saison, avec deux ou trois qualifiés de graves. Ces chiffres sont faibles comparativement aux autres pays tel que la France », révèle à Médias24 Mohamed Saidi, chef du département chasse et cynégétique au sein de l’ANEF.

Pour comprendre la difficulté de maintenir une extrême vigilance pendant une partie de chasse, il faut se rappeler que c’est une activité de grand espace qui concerne pas moins de 4 millions d’hectares amodiés, dont près de 750.000 ha dans la région Rabat-Salé-Kénitra.

Dans cet immense territoire, on pense à tort croiser plus de gibiers que d’êtres humains. Le cadre bucolique et l’atmosphère récréative n’incitent pas toujours à la vigilance. Surtout que « les pratiques de chasse ont évolué à travers le monde et au Maroc. Les chasseurs sont de plus en plus exigeants, et leur nombre a augmenté pour atteindre 70.000″, explique à Médias24 Abderrahim Houmy, directeur général de l’ANEF.

Un atelier dédié à la sécurité

Résultat, « chaque année il y a des accidents et on n’insiste jamais assez sur cette dimension. D’ailleurs cette journée sera marquée par un atelier dédié à la sécurité », indique le directeur général de l’ANEF. Un tel évènement est d’autant plus crucial que le profil type des chasseurs a changé, « et pas forcément dans le bon sens », regrette Ahmed Moussaoui, président de la Fédération royale marocaine de la chasse. « Par le passé, les chasseurs respectaient les règles mais, ces dernières années, nous faisons face à une génération de chasseurs un peu moins regardants sur les règles. »

Les accidents de chasse se présentent sous deux formes en majorité. La plus importante à travers le monde, et pas uniquement au Maroc, est le tir sans identifier, au grand comme au petit gibier. En outre, les auto-accidents sont également un sujet de préoccupation. En somme, il s’agit principalement d’un manque d’attention et d’un excès de confiance et de précipitation

Dès lors, l’atelier mené par un agent de l’ANEF fait partie de la demi-douzaine d’ateliers organisés tout au long de cette journée de sensibilisation, qui prend tout son sens. En darija, l’agent démontre, gestes à l’appui aux chasseurs présents, les différentes attitudes à adopter et, surtout, celles qu’ils doivent proscrire. 

« Les armes les plus utilisées et autorisées sont les armes à canon lisse », affirme Mohamed Saidi. De par son intitulé, une arme à canon lisse peut paraître moins mortelle. Elle l’est, pourtant.

De toute façon, impossible qu’il en soit autrement d’une arme qui peut blesser ou venir à bout aussi bien de l’espèce la plus emblématique du gibier marocain qu’est la perdrix gambra – selon notre interlocuteur – que d’un mouflon. Un gros gibier dont 20 individus sont actuellement chassables au Maroc à travers deux sociétés, avec une méthodologie particulière.

« C’est la chasse sélective, le chasseur paie une redevance à l’Etat de l’ordre de 50.000 DH (Fonds de la chasse et de la pêche continentale), mais c’est commercialisé par la société touristique », poursuit Mohamed Saidi.

Une formation et une sensibilisation plus poussées

Qu’il s’agisse de mouflon ou de perdrix, la vigilance doit être extrême. « La sécurité de la chasse est une question liée à la sensibilisation », avance Abderrahim Houmy. « Des fois, les chasseurs ne sont pas conscients de la dangerosité de l’activité. Pourtant, il y a des examens de chasse avant que le chasseur ne prenne son fusil ; il faut un minimum de formation qui lui permette d’avoir toutes les dimensions sur le plan sécuritaire. »

Au-delà du volet réglementaire, les associations de chasse ont elles aussi un rôle important à jouer. « Le but des associations est l’encadrement des chasseurs en général, la vulgarisation des textes, des règles juridiques et des bonnes pratiques », corrobore Ahmed Moussaoui. 

À la lumière de ces éléments, les bonnes pratiques de chasse et de maniement d’armes à feu sont essentielles. La clé pour se prémunir des accidents de chasse tient en un mot : la visibilité. Aussi bien dans la zone de chasse qu’aux abords de celle-ci, il est nécessaire de se rendre visible et de prévenir les autres usagers de la nature d’une partie de chasse en cours.

Des vêtements techniques fluo conçus pour la chasse sont disponibles, et très utiles en ce sens. Donc, chasseurs, pour réduire les risques, pensez à vous munir également de :

– lunettes de sécurité ; 

– casque ou bouchons anti-bruit ; 

– gants de protection ; 

– chaussures renforcées.

Pour parer à toute éventualité, il est impératif d’emporter avec vous une trousse de secours complète, comprenant des ciseaux, des pansements, des compresses et autres lingettes désinfectantes. Autre conseil important pour les promeneurs qui s’aventurent dans des zones de chasse amodiée : portez des vêtements aux couleurs vives pour vous signaler.

https://medias24.com/2023/07/22/la-chasse-au-maroc-une-activite-en-plein-essor-mais-menacee-par-des-pratiques-illegales/

Risque « extrême » de feux de forêt dans 8 provinces

Après analyse de données relatives notamment aux types de forêt, à leurs niveaux de combustibilité et d’inflammabilité et aux paramètres topo-climatiques, l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) a repéré :

Un risque extrême (niveau rouge) dans les provinces de Tanger-Assilah, Chefchaouen, Taza, Sefrou, Ifrane, Khénifra, Oujda-Angad et Taroudant ;

Un risque élevé (niveau orange) dans les provinces de Fahs-Anjra, Tétouan, Larache, Taounate, Al Hoceima, Beni Mellal, Azilal, Tiznit, Al Haouz et Agadir-Ida Ou Tanane ;

Un risque moyen (niveau jaune) dans les provinces de Ouezzane, Berkane et Essaouira.

L’ANEF appelle à la vigilance et demande aux riverains des forêts et à tous les citoyens estivants, et visiteurs, ainsi qu’aux personnes travaillant en milieux forestiers, de prendre les précautions nécessaires pour éviter les départs de feux de forêt et d’alerter rapidement les autorités locales en cas d’observation de fumées ou de comportements suspects.

Stratégie Forêts du Maroc : voici les détails du programme de reforestation

Le Maroc ambitionne de planter 600.000 hectares d’arbres en tout genre d’ici 2030, afin d’atténuer les effets de l’activité anthropique et des aléas climatiques. Fin 2022, 72.500 ha d’espèces forestières ont reboisé les forêts du pays, alors que 52.000 ha supplémentaires sont prévus d’ici fin 2023.   

Le programme de reforestation est vital pour les habitants des zones forestières du pays. Zones qui fournissent des richesses dont le poids économique annuel est estimé à 17 milliards de dirhams. C’est également l’un des piliers de la stratégie Forêts du Maroc 2020-2030. 

 

Des espèces diversifiées

Piloté par l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), sous l’ombrelle du ministère de l’Agriculture, le programme de 600.000 ha d’arbres à planter compense l’équivalent de trente ans de déforestation, à raison d’environ 17.000 ha par an. Le couvert forestier espéré au bout de cette décennie est diversifié : pins, caroubier, chêne vert, cèdres…

Pour concrétiser cette vision, les différents plans d’aménagement forestier “instaurés en concertation avec les populations locales”, précise l’ANEF, déclinent la feuille de route annuelle suivante, en prenant en compte les 95.000 ha plantés avant 2020 : 

– 2020-2022 : 72.500 ha ; 

– 2023 : 52.000 ha ; 

– 2024 : 54.000 ha ; 

– 2025 : 55.000 ha ; 

– 2026 : 55.000 ha ; 

– 2027 : 61.000 ha ; 

– 2028 : 61.000 ha ; 

– 2029 : 67.000 ha ; 

– 2030 : 100.000 ha.

Un taux de réussite à améliorer

Entre 2020 et 2022, 72.500 ha d’arbres se sont additionnés au couvert forestier marocain, qui en compte environ 9 millions. Il a fallu 3,5 millions de journées de travail pour planter les essences suivantes : 

– Pins :  21.935 ha ; 

– Eucalyptus : 8.120 ha ; 

– Genévrier de Phénicie : 6.414 ha ; 

– Cèdres : 4.715 ha ; 

– Gommier du Maroc : 4.479 ha ; 

– Arganier : 3.635 ha ; 

– Caroubier : 1.167 ha ; 

– Pâturage : 8.980 ha ; 

– Chêne : 3.128 ha ; 

– Chêne vert : 1.851 ha ; 

– Autres espèces : 8.076 ha.

Si les images satellites (ci-dessous) illustrent, en partie seulement, la réussite de la reforestation dans les provinces de Béni Mellal et Demnat, ce processus dépendra toutefois du taux de succès, car les arbres plantés ne poussent pas tous. Le programme de reforestation table sur un taux de réussite de 80%, d’ici à 2030. Actuellement, le taux est seulement de 50%, deux ans après les opérations de reboisement. 

10.000 délits forestiers enregistrés entre 2020 et 2022

La lutte contre les délits forestiers est l’une des priorités de l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF). En l’espace de dix ans, ces infractions ont connu une importante baisse, de l’ordre de 30%, passant de 14.250 (2013-2015) à 10.000 délits (2020-2022). Lors de cette dernière période, les coupes de bois illicites (35%) et le défrichement du domaine forestier (20%) représentent 55% des infractions. Le détail de la nature des infractions commises est comme suit :  

La diminution de ces délits est consécutive à la mise en place de plusieurs mesures, dont une plus grande implication des habitants des zones à risques dans la surveillance des forêts, mais aussi en faisant appel à des sociétés de surveillances privées, sur une superficie de 160.000 hectares.

L’utilisation des nouvelles technologies dans le cadre de la surveillance, dont les drones, a également participé à la baisse des délits forestiers. Jumelées au feu de forêts, ces infractions sont responsables de la perte, en moyenne, d’environ 17.000 ha de couvert forestier par an.

D’une superficie estimée à 9 millions de hectares, le domaine forestier du Royaume est régi par le Dahir du 10 Octobre 1917 sur la conservation et lexploitation des forêts.

La chasse au Maroc, une activité en plein essor mais menacée par des pratiques illégales

Les chasseurs sont passionnément amoureux de la nature. Une passion parfois destructrice. Au-delà d’une pression accrue de l’action anthropique, affectant leur habitat et entraînant une diminution de leur population, la survie de certaines espèces est également menacée par des pratiques illégales durant la saison de la chasse. 

Autorisées en 2021, les premières chasses au mouflon dans deux sites pilotes avaient d’ailleurs suscité la colère et l’indignation des militants écologistes. Idem deux années plutôt, lorsque des touristes avaient massacré plus de 1.000 tourterelles. Le défi est donc de contenter les amoureux d’une pratique vieille comme le monde, mais aussi de protéger une faune sauvage fragile composée de 35 espèces.  

Pour Médias24, Abderrahim Houmy, directeur général de l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), revient sur les actions entreprises pour concilier chasse et préservation du gibier.  

Une activité en constant développement

Dire que le secteur de la chasse au Maroc se porte bien confine à l’euphémisme. Au cours des dernières années, les indicateurs montrent une tendance encourageante. « Le nombre d’amodiations du droit de chasse a plus que doublé en dix ans, passant de 740 à plus de 1.400, sur une superficie d’environ 4 millions d’hectares », indique Abderrahim Houmy.  

La révision des statuts de la Fédération royale marocaine de chasse a également eu un effet positif sur l’organisation des chasseurs. « La Fédération compte désormais plus de 1.500 associations de chasse regroupant environ 70.000 chasseurs. Un signe positif pour l’avenir de la chasse et la protection de la faune sauvage en général », se réjouit notre interlocuteur.  

 

De surcroît, la pratique de la chasse touristique a été marquée par une augmentation significative du nombre de sociétés agréées et de chasseurs reçus au cours de la dernière décennie. Actuellement, 92 sociétés de chasse touristique investissent ce domaine. 

La chasse dans le Royaume se décline sous différentes formes, en particulier la chasse par fusil à canon lisse. « La chasse à tir devant soi est le mode le plus couramment utilisé pour la chasse des principales espèces de petit gibier, comme la perdrix gambra », nous explique Abderrahim Houmy.  

La chasse en battue est quant à elle employée pour le tir du sanglier. « Elle est également utilisée pour la chasse de la perdrix d’élevage », précise notre interlocuteur. D’autres modes sont également pratiqués dans le Royaume, dont la chasse à l’approche ou à l’affût.

Ces deux modes sont parfois utilisés pour des opérations de régulation du sanglier ou dans le cadre de la chasse sélective du mouflon à manchettes, une espèce récemment commercialisée au Maroc. Des modes différents, mais qui possèdent tous un point commun : une réglementation garantissant une pratique responsable et respectueuse de la faune. 

Un gibier composé de plus d’une trentaine d’espèces

Cette faune sauvage, que l’on appelle plus communément gibier, est symbolisée par plus d’une trentaine d’espèces, « comprenant des espèces sédentaires telles que la perdrix gambra, le lièvre, le lapin, ainsi que des espèces migratrices, comme la caille des blés et la tourterelle », souligne le directeur général de l’ANEF.  

Mais pour chasser, une licence est indispensable. Elle est obtenue moyennant une modeste contribution financière, « couvrant divers éléments tels que les frais de documents de chasse, les cartouches, les adhésions aux associations de chasse, les frais de gardiennage des lots et les aménagements cynégétiques », souligne Abderrahim Houmy.

Les tarifs se déclinent comme suit : 

– Licence de gibier sédentaire : 150 DH pour les nationaux et les étrangers qui résident au Maroc ;

– Licence de gibier d’eau et migrateur terrestre : 150 DH pour les nationaux et les étrangers qui résident au Maroc ; 

– Licence de chasse touristique : 800 DH qui doivent être versés par tout chasseur étranger non-résident pour pouvoir chasser au Maroc.

Exclusivement utilisées pour financer des programmes liés à la gestion de la faune sauvage, ces ressources contribuent à la préservation des écosystèmes et des espèces. Cette dernière prérogative, qui dépend de l’ANEF, est déterminante dans l’avenir d’une activité dont le poids économique est estimé à un milliard de DH par saison de chasse. 

Et pour cause, des régressions ont été constatées auprès de certaines espèces chassées ces dernières années. « Par exemple, la tourterelle des bois a été affectée par des transformations agricoles ayant caractérisé plusieurs pays développés, notamment en Europe, telles que l’adoption de monocultures et l’usage de pesticides, entraînant une régression de ses populations dans son axe de migration », explique Abderrahim Houmy.  

« Des mesures préventives ont été prises pour réduire le nombre de tourterelles à chasser par journée de chasse, en plus du report de deux semaines du jour de l’ouverture de la chasse de cette espèce pour éviter au maximum les pics de reproduction. »

En attendant l’actualisation des données scientifiques liées à la taille des populations de cette espèce et à sa reproduction, le quota de prélèvement de la tourterelle a, en conséquence, été fixé à 40 unités au lieu de 50, alors que la saison de la chasse de la tourterelle ne sera ouverte qu’à partir du 1er août 2023. 

Plusieurs mécanismes de régulation

Au-delà des quotas (voir infographie), l’équilibre entre la pratique de la chasse et la préservation de la faune sauvage est aussi assuré par d’autres mécanismes de régulation, à l’instar des périodes de chasse et le renforcement de la surveillance. 

« Des programmes de conservation ont également permis d’augmenter significativement le nombre d’autres espèces qui ont bénéficié de ces programmes. C’est le cas de la gazelle de Cuvier et du mouflon à manchettes », complète Abderrahim Houmy. 

Toutefois, la surveillance peut parfois être prise à défaut et les quotas dépassés. Dans ce cas, « le cadre législatif et réglementaire de la gestion de la faune sauvage est approprié et avancé (voir ci-dessous). Nous veillons à son application stricte, grâce à la mobilisation de ses différentes structures sur le terrain », assure notre interlocuteur. 

Selon le dahir du 21 juillet 1923 (6 hija 1341) sur la police de la chasse, les infractions sont passibles d’amendes dissuasives allant de 1.600 DH à 14.000 DH, ainsi que des peines d’emprisonnement d’un à trois mois. Cela dit, ces sanctions n’ont pas répondu aux interrogations et autres critiques des militants écologistes il y a quelques années. 

En effet, en 2021, des mouflons avaient été chassés par des pratiquants étrangers dans le cadre d’une chasse touristique. Or, cette espèce est protégée. « L’autorisation des premières chasses au mouflon dans des sites pilotes en 2021 a suscité un débat constructif entre partisans et opposants de cette décision. Nous respectons les opinions des militants et prenons en compte leurs préoccupations », explique le directeur général de l’ANEF.  

« Néanmoins », reprend-il, « il est important de souligner que ces autorisations ont été accordées après une réflexion approfondie et en s’appuyant sur des considérations scientifiques pour assurer la durabilité des populations de mouflons ». 

« Jusqu’à présent, et après deux années de mise en œuvre du projet, aucun signe d’impact négatif sur l’espèce n’a été enregistré, et nous continuons à surveiller attentivement cette pratique pour éviter tout effet néfaste sur les populations de gibier », a-t-il poursuivi. 

La chasse touristique dans le collimateur des régulateurs

La chasse touristique a pareillement été au cœur d’un scandale écologique de grande ampleur, lorsque plus de 1.000 tourterelles ont été tuées lors d’une partie de chasse dans la région de Marrakech en 2019. Si à l’époque, l’ANEF n’existait pas encore, de nos jours, l’Agence « a mis en place des mesures procédurales et techniques pour contrôler l’activité des sociétés de chasse, des hébergeurs et des guides », assure Abderrahim Houmy. 

Aujourd’hui et plus que jamais, les sociétés de chasse touristique sont surveillées et soumises à la réglementation générale, ainsi qu’à des règles spécifiques à leur activité. « Les contrats d’amodiation avec l’ANEF définissent les responsabilités des organisateurs vis-à-vis de leurs clients et les exigences liées à leur réception, y compris l’accompagnement par des guides appropriés », signale notre interlocuteur.  

« Nous collaborons étroitement avec l’association des organisateurs de chasse touristique pour garantir le respect des normes éthiques et légales, et des contrôles réguliers sont effectués. Des sanctions sont appliquées en cas de non-conformité, pouvant aller jusqu’au retrait de l’agrément », conclut-il. 

La valorisation du caroube conditionnée par le prix de la matière première, les coopératives dans l’expectative

Le plan caroubier prévoit jusqu’à 100.000 hectares à planter dans différentes régions du Maroc. Le caroube est en effet une plante peu gourmande en eau et dont la production atteint des valeurs élevées. Mais, aujourd’hui, se pose le problème de la valorisation de la production.

En effet, le temps où le kilo de caroube atteignait 1 DH est révolu. En 2023, il a bondi pour s’établir à 70 DH. Face à cette flambée, plusieurs coopératives de valorisation du caroube ont pris la décision de suspendre leur activité. C’est le cas de la coopérative Biobenzar. 

« L’année dernière fut blanche pour notre structure. Nous sommes plusieurs coopératives à avoir décidé de ne pas acheter de gousses de caroube en 2022 afin de ne pas favoriser les desseins des spéculateurs et faire baisser les prix. Idem pour les concasseurs. D’ailleurs, nous n’avons signé aucun contrat avec nos clients en 2022″, regrette Khadija Lyahmouty, présidente de Biobenzar. 

Il y a un mois, le prix du stock de l’année dernière est redescendu à 10 DH le kilo « contre 70 DH en 2022 et 2023, soit dix fois son prix lors de deux années consécutives. Il y a bien évidemment une crise relative à l’ensemble des secteurs, mais la spéculation a eu un grand impact sur les tarifs », dénonce la même source. 

Des circonstances exceptionnelles 

Contacté par Médias24, Jamal Eddine Ouchkif, directeur de l’Economie forestière, du partenariat et de l’animation à l’Agence nationale des eaux et forêts, assure que « 10 DH le kilo, c’est le prix normal des gousses de caroubier lors de la vente par adjudication ». Et de poursuivre : « Ce qui s’est passé les deux dernières années relève de circonstances exceptionnelles. » Selon nos informations, une importante demande à l’international est derrière cette hausse vertigineuse des prix.

Quid des prix relatifs à la récolte de cette année, réalisée entre les mois de juin et juillet ? D’après Jamal Eddine Ouchkif, les résultats de la vente par adjudication devraient être disponibles à la mi-juillet, tout en soulignant que l’ANEF n’a pas vocation à juguler la hausse des prix, « qui est la conséquence de l’équilibre du marché, des intermédiaires et de la spéculation ».

Toutefois, sur les réseaux sociaux et principalement sur les groupes Facebook dédiés à la vente de caroube, les prix au kilo sont compris entre 50 et 70 DHDe leurs côtés, les coopératives sont toujours dans l’expectative. « Nous attendons de voir les prix qui seront pratiqués afin de prendre une décision pour cette année. Si les prix sont compris entre 7 et 10 DH, alors nous reprendrons notre activité », assure Khadija Lyahmouty. 

« Autrement, on aura une seconde année blanche et ce sera très grave pour notre activité. Une décision devrait être prise d’ici au mois d’août », affirme-t-elle, tout en affichant son optimisme : « Nous nous attendons à une bonne récolte. Car d’habitude, quand une année est moins bonne, la suivante est meilleure. »

Des récoltes prévisionnelles en baisse 

Cet optimisme risque de ne pas résister aux caprices du climat, surtout après deux années de sécheresse consécutives. Il est vrai qu’à l’image de l’ensemble de l’écosystème forestier marocain, le caroubier est un arbre résilient

En cas de dégradation, il arrive à se régénérer. Autrement dit, « les conditions climatiques difficiles vont affecter la production et en aucun cas l’arbre qui, lui, va résister grâce à des facteurs de résistance importants », assure Jamal Eddine Ouchkif.

« Après deux années de sécheresse successives, il est normal que la production soit en recul par rapport à l’année précédente et surtout par rapport à une année de pluviométrie normale. C’est une problématique nationale », poursuit-il, en donnant l’exemple du liège dont la récolte est passée de 80.000 tonnes à environ 20.000 tonnes en 2023

Ainsi, les 68.000 ha que compte le domaine forestier marocain devraient assurer une production inférieure à celle de l’année dernière, qui était de 60.000 tonnes, ce qui risque de ne pas favoriser une baisse importante des prix au kilo. 

La majeure production de cet arbre à la longévité bicentenaire, à la cime très étalée et qui peut atteindre 8 à 17 m de hauteur, est principalement issue de la région de Béni Mellal-Khénifra (80%), mais aussi des régions de Souss-Massa, Marrakech-Safi et Fès-Meknès. 

https://medias24.com/2023/01/12/le-caroubier-un-arbre-resilient-qui-merite-detre-mieux-valorise/

Les femmes des forêts marocaines : entre pénibilité, exploitation et lutte pour l’autonomie économique

« Heureusement que mon mari travaille. Autrement, il aurait été difficile de subvenir aux besoins de ma famille toute seule », nous explique, avec une émotion non dissimulée, une femme qui dirige une coopérative spécialisée dans la production de produits d’argan dans la région de Souss-Massa. 

À son image, elles sont nombreuses à regretter l’époque pas si lointaine où l’exploitation des fruits d’argan permettait d’acquérir une indépendance financière. De nos jours, la sécheresse est un frein majeur à l’autonomisation des femmes dans les zones forestières.

Il semble en effet hypothétique d’améliorer la condition d’une population qui dépend des forêts sur le plan pécuniaire, surtout quand les ressources de ces dernières sont en proie au caprice du climat. Et même si les conditions climatiques redevenaient par miracle favorables, l’amélioration du niveau de vie des femmes est freinée par un contexte social où l’homme est plus que jamais mis sur un piédestal. La femme travaille dans des conditions de pénibilité extrême, pendant que l’homme en cueille les lauriers. 

Des services et biens valorisés à 17 milliards de DH par an 

Le secteur forestier du Royaume couvre neuf millions d’hectares. « C’est un réceptacle essentiel de la faune et de la flore naturelle du pays », précise l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF). Sur le pourtour méditerranéen, le Maroc occupe ainsi la 2e place en termes de biodiversité et la 1re en matière d’endémisme. 

Le couvert forestier marocain est également un espace de vie pour plus de 7 millions d’usagers et 3 millions de femmes. Les biens et services de ce couvert forestier sont valorisés par l’ANEF aux alentours de 17 milliards de DH par an. Remparts contre la désertification, les forêts marocaines sont ainsi garantes d’équilibres socio-économiques, dont les fondements s’appuient cependant sur un déséquilibre qui ne date pas d’hier. 

 

Les résultats d’un diagnostic détaillé sur les enjeux du genre dans le secteur forestier, réalisé par l’ANEF dans trois régions représentatives (l’Oriental, Fès-Meknès et Souss-Massa), corroborent ce constat. Il en ressort la présence quasi permanente des femmes à tous les niveaux de gestion des produits forestiers, de la préservation à la commercialisation.

Mais si les produits forestiers sont cruciaux pour le revenu et l’autonomisation des femmes, l’accès aux capitaux, à l’information et leur participation à la prise de décision restent limités. En outre, les femmes assument des fonctions importantes et productives mais sous-estimées et peu valorisées en employabilité. « Ce sont des ouvrières très mal payées », résume Mohamed Mahdi, professeur de sociologie rurale. « La grande partie de la plus-value réalisée est réservée aux exploitants », déplore-t-il.

Dire d’une femme qu’elle est hadga est la meilleure façon de l’exploiter

On pourrait croire que le métier de la forêt et du bois est l’une des professions associées aux hommes. Pourtant, ce sont les femmes qui accomplissent ces tâches le plus souvent. L’étymologie du terme hadga en est la preuve implacable. « Dire d’une femme qu’elle est hadga est la meilleure façon de l’exploiter », souligne Mohamed Mahdi. 

« Dans le Haut Atlas où il fait très froid, la femme hadga est celle qui a des réserves de bois exposées devant chez elle. Un bois qu’elle a récolté pendant l’été, à raison de deux à trois fois par semaine, en prévision de l’hiver et de la neige », poursuit-il.  

Si les butanes de gaz dispensent aujourd’hui les femmes de la récolte du bois, la pénibilité de leurs conditions dans les zones forestières est toujours d’actualité. Certes, l’activité des femmes dans les forêts a été profondément structurée grâce au Plan Maroc vert. Cependant, cette stratégie n’a pas réussi à diminuer les disparités entre les hommes et les femmes. 

Dans le Haut Atlas central, l’exploitation des forêts est organisée sous forme de coopératives. Idem dans l’arganeraie du Souss et dans les forêts de l’alfa et de l’armoise dans l’Oriental. L’exploitation du caroubier est elle aussi conditionnée par une forme d’agrégation. Le pendant de cette forme d’exploitation collective des ressources forestières réside dans une sorte de discrimination à l’égard des femmes. 

Par exemple, les hommes sont sollicités pour faire tomber les caroubes, du fait de la pénibilité de la tâche. Cela dit, « les fruits sont ramassés par les femmes qui les mettent dans des sacs avant de les transporter sur leur dos. Mais comme le caroubier est rentable, c’est l’homme qui conserve l’argent gagné », précise Mohamed Mahdi.  

Un revenu dont une majeure partie échappe donc aux bourses des femmes, et dont la pérennité est menacée par la sécheresse et la déperdition des ressources. Cette situation complique davantage son autonomisation. Or la réalisation de cet objectif est étroitement liée à la disponibilité, en quantités suffisantes, des ressources exploitables. 

À cause de la sécheresse, la femme retrouvera de l’importance, car les hommes chercheront à compenser la perte des revenus issus de certaines activités forestières en cherchant du travail dans les villes. Mais cette prise de pouvoir n’aura pas d’impact significatif si les ressources sont épuisées. Un cercle vicieux que l’ANEF tente d’enrayer à travers plusieurs projets : 

– le projet FERMA (Femmes résilientes au Moyen Atlas), d’un montant de 80 MDH, et le projet COPFAM (Autonomisation économique des femmes), d’un montant de 61 MDH, soutenus par la coopération canadienne à travers la Société canadienne de coopération pour le développement international (SOCODEVI) ; 

– le Projet Green Jobs (Promotion des emplois verts pour les jeunes en zones rurales et de montagnes), afin de renforcer la durabilité environnementale et de contribuer au développement économique et social des zones forestières. D’un montant de 61 MDH, il est appuyé par l’Agence de coopération internationale allemande (GIZ) ;

– le Programme Ghabati Hayati (Ma forêt, ma vie). D’un montant de 1 MMDH, financé par l’Agence française pour le développement (AFD) ; 

– le projet Activités de pleine nature au service de la biodiversité du Parc national d’Ifrane, d’un montant de 20 MDH, financé par le Fonds français de l’environnement mondial ;

– le Programme « Al Ard Al Khadraa » (Terre Verte), d’un montant de 1,2 MMDH, financé par l’Union européenne. 

Parc national de Khénifra : les détails du plan d’aménagement et de gestion

Le Plan d’aménagement et de gestion du Parc national de Khénifra (PNK) prévoit six programmes d’action, articulés autour de plusieurs axes d’intervention : la conservation de la biodiversité, la réintroduction des espèces disparues (cerf de berbérie, mouflon à manchettes et rapaces), la réhabilitation des habitats naturels, la conservation des zones humides, l’éco développement et l’écotourisme.

Ces axes sont à la base du déploiement des six programmes d’action qui font partie du Plan d’aménagement et de gestion du Parc national de Khénifra. Des programmes qui se déclinent comme suit :

– Programme de surveillance et de contrôle ;

– Programme de conservation et de réhabilitation des habitats et des espèces ;

– Programme de préservation du patrimoine culturel ;

– Programme de cogestion et valorisation durable des ressources naturelles ;

– Programme de développement du tourisme durable ;

– Programme de formation.

Une feuille de route qui répond aux multiples problématiques et menaces qui planent sur un patrimoine national unique en son genre. Certes, c’est le plus récent des Parc nationaux recensés dans le Royaume, mais il compte une biodiversité ancestrale qui trouve notamment refuge dans 25 secteurs forestiers.

Cédraie et chênaie verte

Créé en vertu du décret n° 173-08-02, daté du 9 avril 2008, le Parc national de Khénifra occupe une superficie 84.204 ha, répartie administrativement entre les quatre provinces de Khénifra (50%), Midelt (30%), Ifrane (18%) et Boulmane (2%).

Les principaux habitats écologiques identifiés dans la zone du parc sont : la cédraie, la chênaie verte, les pelouses de montagne, les milieux humides, les milieux escarpés et les terrains agricoles. Autant d’habitats naturels abritant un ensemble d’espèces floristiques et faunistiques dont 897 espèces végétales réparties sur 92 familles, parmi lesquelles 302 espèces sont endémiques (taux d’endémisme 34%).

Sur le plan faunistique, le PNK comprend 209 oiseaux, 41 mammifères, 30 reptiles, 7 amphibiens. Une biodiversité articulée autour de 33 espèces endémiques, 50 menacées ou rares et neuf espèces inscrites à la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

En termes de réseau hydrographique, le PNK n’est pas en reste. A partir de ses montagnes prend naissance l’un des plus grands fleuves du pays, l’oued Oum Rbia. Il compte également quatre sous-bassins versants :

– Bassin de l’oued Moulouya drainé par l’oued Aguercif, l’oued Kiss, Assif Boulaâjoul ;

– Bassin de l’oued Sebou drainé par l’oued Ifrane, Areg et Guigou ;

– Bassin de l’oued Srou drainé par l’oued Chbouka, Assif Zad et Tamharrat ;

– Bassin de l’oued Oum Rbia drainé par l’oued Mène, l’oued Wiwane, l’oued Fellat, l’oued Tamarirt et l’oued Zekour.

Sans oublier que sur le plan culturel, la région se démarque par un patrimoine matériel et immatériel d’une grande valeur dont quatre types de danses folkloriques amazighes (Ahidous, Amhalal, Anchad et Tamawite). L’artisanat local s’y est développé autour de la laine naturelle très abondante, de l’argile et des essences forestières variées.

Parmi les productions artisanales issues de la région, on trouve les produits de tissage, les produits de sculpture sur bois et les produits en fer forgé. L’habillement dans la zone se distingue entre celui des hommes (djellaba, El bournous, El belgha et Errazza) et celui des femmes des tribus de Zayane (la Handira, El Haddouna, Es-sbnia et Echarbil).

Autant de particularités qui renforcent l’originalité d’un Parc national confronté à plusieurs défis, principalement de nature socio-économique, touchant 232.306 habitants, réparties sur 9.394 ménages (19 habitants au km²) selon le RGPH 2014.

Dégradation des ressources forestières et hydriques

En dépit de l’abondance des terres cultivables dans le PNK, la productivité de la terre est en dessous des potentialités offertes par le milieu naturel. « La céréaliculture combinée à la jachère prédomine et les cultures à forte valeur ajoutée, plus adaptées à la zone, sont peu développées et peu valorisées« , déplore Hassan Belahcen, directeur du Parc.

« A cause de l’élevage des moutons sur parcours, dont les retombées économiques sont minimales, les ressources fourragères naturelles sont de plus en plus dégradées et menacées de disparition« , ajoute-t-il. Une dégradation qui concerne également les ressources forestières et hydriques. Elles génèrent de la plus-value et créent de l’emploi mais déséquilibrent des écosystèmes mis sous pression par l’action des effets des changements climatiques.

Basée essentiellement sur une agriculture de subsistance, l’économie rurale au sein du PNK est fondée sur des activités mineures « incapables d’offrir aux habitants des revenus décents, des conditions de vie dignes et des emplois pour sa jeunesse », déplore le directeur du PNK.

La mise en place du Plan de gestion et d’aménagement du Parc national de Khénifra ambitionne de remédier à ces problématiques, sociales, économiques et écologiques à travers le déploiement d’un Plan d’aménagement et de gestion (PAG).

Surveillance et réhabilitation des habitats naturels

D’une durée de dix ans (2020-2030), le Plan d’aménagement et de gestion du Parc national de Khénifra entre dans le cadre de la stratégie Forêt du Maroc 2020-2030. Il a nécessité une enveloppe budgétaire de 63 millions de dirhams afin de mettre en œuvre plusieurs mesures d’aménagement et de gestion relatives à six programmes.

Le premier d’entre eux a trait à la surveillance et au contrôle. Il concerne la mise en place de structures de fonctionnement du Parc et plus particulièrement, le recrutement du personnel, la construction et l’équipement des bâtiments administratifs, l’accès et la signalisation de l’espace du Parc.

Le deuxième programme a pour mission de conserver et de réhabiliter des habitats et des espèces, à travers la conservation et l’amélioration de la qualité des peuplements floristiques et faunistiques. Ce programme met en avant les actions suivantes :

– L’atténuation de l’impact des facteurs de dégradation du milieu et des espèces, notamment à travers le contrôle des campements des pasteurs et des extensions de constructions illicites ;

– La conservation et la réhabilitation de la biodiversité faunistique via la préservation des oiseaux aquatiques, la sécurisation et la protection des populations de singes et de loutres, la réintroduction d’espèces disparues et la surveillance de la lutte contre les chiens errants et le braconnage ;

– La conservation et la réhabilitation des ressources végétales par des actions de mise en défense, de régénération du cèdre et d’amélioration pastorale ;

– La conservation des zones humides et des cours d’eau.

Du point de vue de la gestion du potentiel ornithologique, la priorité est accordée aux oiseaux des milieux humides dont Tadorna ferruginea, Podiceps nigricollis, Fulica cristata, Marmaronetta angustirostris et Aythya farina.

L’idée est de développer une base de données sur la biodiversité ornithologique des zones humides du PNK, de conserver et sécuriser les habitats fondateurs de la biodiversité ornithologique des milieux aquatiques et pour finir, d’engager des outils et moyens de communication et de sensibilisation environnementales.

Au programme également, le renforcement de la population du singe magot. En l’occurrence grâce à un allégement de la pression d’exploitation forestière au niveau des habitats sensibles à cette espèce de singe. Même chose pour la loutre et les chauves-souris, en plus de réintroduire des espèces animales disparues de la région, à l’instar du cerf de Berbérie, du mouflon à manchettes, du porc-épic et de la hyène rayée, en plus de rapaces disparus de la zone.

Rajeunissement de la cédraie

Dans le cadre de la conservation et la réhabilitation du milieu végétal du Parc national de Khénifra, l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) mise sur plusieurs actions. A commencer par des mesures pour garantir la régénération du cèdre.

« En absence de l’installation naturelle de la régénération du cèdre, le recours à la régénération assistée par apport de graine ou par plantation artificielle s’avère l’un des moyens pour le rajeunissement de la cédraie dans les massifs du PNK », précise le directeur du parc.

La réalisation annuelle de petites surfaces de 50 ha est envisagée dans plus de dix parcelles dans la forêt d’Ajdir, qui fait partie d’un couvert végétal fortement menacé par les délits de coupe de bois. D’où le renforcement du contrôle contre les délits de coupe et la régulation des besoins des populations en bois énergie.

En termes de cogestion et de valorisation des ressources du milieu, le programme y afférent a pour objectif d’appuyer le développement de la population locale dans le cadre d’un Plan d’action communautaire. Le but recherché est de valoriser d’un côté des produits forestiers ligneux, comme les gousses de caroubier, les lichens de cèdre et de chêne, les fleurs d’aubépine, le thym et le miel de fleurs de caroubier.

Et de l’autre, des produits non ligneux, à l’instar des plantes aromatiques et médicinales. Un appui aux coopératives sera indispensable dans cette optique, tout comme l’appui de la population au montage de projet de trufficulture et de rosi culture dans la région, en marge du développement de l’apiculture.

Alors que les activités principales de la population dans la région résident dans l’élevage et l’agriculture, les potentialités en ces domaines doivent être mieux valorisées, via un appui aux agriculteurs qui vise la distribution des plants fruitiers (noyers, pommiers et caroubiers).

De surcroît, le PAG s’attaque à des problématiques non moins importantes, comme la protection des ravins dans les forêts de Sidi Mguild et de Aghbalou Laarbi, l’aménagement de points d’eaux d’abreuvement du cheptel et d’irrigation (puits, sources, bassin d’accumulation) et l’appui à la réhabilitation des seguias et des poings d’eau.

Aménagement écotouristique

L’une des multiples déclinaisons du programme de développement du tourisme durable prend vie à travers le Projet d’aménagement écotouristique du lac Aguelmam Azegza. Globalement, ce programme prévoit à lui seul près de 84 MDH, dont 23 MDH sont déjà mobilisés par divers partenaires (INDH, Conseil régional et provincial, commune territoriale, ANEF…).

« Pour le reste, nous recherchons des sources de financement pour réaliser un projet qui mise sur l’intégration de l’ensemble des composantes de la chaîne de valeur de l’amont à l’aval de la filière », complète Hassan Belahcen. Ce projet repose sur un ensemble d’actions comme l’organisation et la valorisation de l’offre touristique, le développement et l’aménagement des infrastructures de base et la mise en place d’outils de communication et de promotion. En détails, ces actions concernent :

– l’Aménagement de deux sentiers pédestres (sentier vers le sommet et sentier de découverte du lac) ;

– l’installation des tables bancs ;

– des panneaux signalétiques ;

– l’aménagement d’une plateforme et aire de jeux pour enfants ;

– la construction d’un parking et de kiosques (20) commerciaux pour 40 ménages ;

– l’aménagement d’un centre d’information et des voies d’accès ;

– la protection du lac par des seuils en gabions et la végétalisation partielle de ces berges ;

– l’aménagement paysager et mobilier ;

– la construction d’un écomusée ;

– la construction de sanitaires ;

– le projet de création d’enclos pour le mouflon à manchettes.

Le programme de préservation du patrimoine culturel consiste à garantir la conservation et le développement du patrimoine culturel local. A ce titre, le PAG s’appuie sur l’inventaire et la promotion des grandes caractéristiques du patrimoine culturel de la zone.

Pour ce qui est du programme de formation, il repose sur le renforcement des capacités des gestionnaires et de tous les partenaires (publics et privés) impliqués dans la gestion du parc par des formations de base et continues, afin de garantir la durabilité de la mise en œuvre du PAG. Ces formations concernent : l’organe de gestion, les guides touristiques naturalistes, les instituteurs et éducateurs des écoles, les associations locales…

Par ailleurs, des programmes d’éducation et de sensibilisation auprès des populations locales et du public sont en cours de réalisation en vue de sensibiliser un maximum de personnes sur les programmes de conservation et de développement, sans lesquels la survie à long terme du joyaux naturel qu’est le Parc national de Khénifra serait en danger.

Comment le Maroc protège ses ongulés sauvages menacés d’extinction

Sur le déclin depuis la fin du XXe siècle, la mégafaune sahélo-saharienne, notamment les ongulés sauvages, semble destinée à disparaître. Un scénario catastrophe sur les plans écologique et socio-économique, au regard de la chaîne alimentaire qui risque d’être rompue et de la précarité des populations dont le revenu dépend des activités économiques liées à cette faune.

La désertification due aux changements climatiques et le braconnage sont coupables de la perte des populations de mégafaune sahélo-saharienne. Le Maroc n’échappe malheureusement pas à ce constat, dont est consciente l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF). 

Face à l’urgence de conserver et de restaurer cette faune en vue de préserver la biodiversité dans cette région, l’ANEF organise à Agadir, du mardi 14 mars au jeudi 16 mars, le 3e séminaire régional sur la conservation et la restauration de la mégafaune sahélo-saharienne. 

Organisé en collaboration avec le secrétariat de la Convention des Nations unies sur les espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), ce séminaire, auquel participe une vingtaine de pays dont 16 de la région du Sahara et du Sahel, a pour vocation d’adopter un plan d’action qui sera présenté lors de la COP-14, prévue du 23 au 28 octobre 2023, en Ouzbékistan.

La mégafaune sahélo-saharienne traverse des frontières politiques entre les pays « qui impactent parfois de manière dramatique leurs cycles de vie annuels et leurs chances de survie individuelles, en raison des grandes différences entre les nations en matière de politique de conservation des espèces« , regrette Abderrahim Houmy, directeur général de l’ANEF. 

Ainsi, ce plan d’actions contribuera à la conservation d’une faune, dont six espèces au Maroc. Le Royaume leur a d’ailleurs consacré plusieurs plans pour leur préservation, sous l’ombrelle de la stratégie « Forêt du Maroc 2020-2030 ».   

Mouflon et gazelle de Cuvier à l’état naturel

Parmi les huit espèces ciblées par l’action concertée relative à la convention CMS, six sont présentes dans le Royaume : l’Oryx Algazelle, l’Addax, la Gazelle Dama, la Gazelle de Cuvier, la Gazelle Dorcas et le Mouflon de Barbarie. Elles sont réparties entre des populations sauvages et d’autres en semi-captivité.

« Le Maroc dispose actuellement d’un grand effectif de Mouflons et de Gazelles de Cuvier à l’état naturel, d’une importante population de Gazelles Dama en semi-captivité et d’un stock conséquent d’Oryx en semi-captivité dans son aire de répartition », se félicite l’Agence nationale des eaux et forêts.  

Dans le détail, les populations sauvages se déclinent comme suit :

Des espèces qui n’aiment pas le froid 

« L’aire de répartition géographique de ces animaux dans le Royaume est principalement située au niveau de l’Anti-Atlas, loin des hauts plateaux, à cause du froid et de l’indisponibilité de couvert végétal », explique à Médias24 Koenraad De Smet, secrétaire du Conseil de direction de l’ONG Sahara Conservation Fund et ancien membre de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). 

En effet, d’après l’ANEF, les populations sauvages de Gazelles Dorcas sont observées au niveau de l’Oriental (Matarka, Tendrara et Chekkar), à Tata, Ouarzazate et Tafilalet, dans le nord de l’Atlas (Msabih Talaa), entre Tafilalet et Zagora (Parc national d’Irikki) et entre Assa et Tan Tan. Mais aussi dans l’Atlas Saharien (Tamlelt) et dans l’extrême Sud du pays.

Concernant le Mouflon de barbarie à l’état sauvage, il est présent de manière abondante dans les parcs nationaux du Toubkal, ceux du Haut Atlas oriental et de Dakhla (Aydar, Adrar Souttouf). Cette espèce est également observée dans le Moyen et l’Anti-Atlas, l’Atlas saharien, le haut, moyen et bas Drâa, ainsi que dans l’Oriental (Béni Snassen).

Disparu à l’état sauvage dans le pays, l’Oryx a été observé par le passé à 18 reprises entre Boujdour et Gueltat Zemmour. Depuis, des spécimens se trouvent à la frontière du Maroc avec la Mauritanie. D’autres ont été réintroduits dans trois réserves, au Parc national de Souss-Massa (Agadir), à Msissi (Tinghir) et Timokrarine (Boujdour). 

En danger critique à travers le monde, l’Addax est éteint à l’état sauvage dans le Royaume depuis les années 1950. Des spécimens de cette antilope sont actuellement regroupés dans trois enclos, en l’occurrence au Parc national de Souss-Massa, à Safya, du côté de Bir Guendouz, et à Laghchiwate, près de Smara.

La Gazelle de Cuvier vit en petits groupes de trois à huit individus composés de femelles. Les jeunes mâles sont exclus du groupe et vivent en bandes. Vulnérables au niveau national et international, les populations sauvages de Gazelles de Cuvier se trouvent dans l’Oriental (El Baten, Chekhar, Jerada), l’Anti-Atlas occidental et le versant sud du Haut Atlas central. Sans oublier le haut, moyen et bas Drâa. 

En danger critique aux quatre coins de la planète et éteinte à l’état sauvage au Maroc, la Gazelle Dama, dont la dernière population sauvage a été observée en 1993 au niveau de la zone frontalière avec l’Algérie, doit sa survie au Maroc à trois enclos.

Désertification et braconnage 

Ces espèces « ont toutes connu un déclin significatif de leur aire de répartition et de leur nombre », déplore Abderrahim Houmy. En cause, la perte d’habitat due à la désertification et aux changements climatiques, ainsi que le braconnage qui a également causé des ravages.

« La peau et les cornes des gazelles sauvages sont vendues comme souvenirs aux touristes. Leur viande est également prisée, notamment le cœur et le foie, fort appréciés à cause de vieilles croyances », s’insurge Koenraad De Smet. Car à en croire les spécialistes, un monde dépourvu de Gazelles Dorcas ou de Gazelles de Cuvier, entre autres, deviendrait méconnaissable. 

« La disparition de cette mégafaune risque de laisser un grand vide. On pense à tort que le Sahara est un endroit inhospitalier pour les animaux, mais en réalité, les régions désertiques sont le creuset d’une faune déterminante d’un point de vue écologique », explique Abdoul Razak Moussa Zabeirou, représentant de l’ONG Sahara Conservation.  

« La disparition de ces espèces pourrait avoir des effets néfastes sur la chaîne alimentaire et contribuer au déclin des populations de loups au Maroc, pour qui les gazelles sauvages sont des proies privilégiées », assure Koenraad De Smet. 

« Or s’il n’y a plus de gazelles, les loups vont manger de plus en plus de chevreaux car ils ne les rassasient que pendant deux jours, contrairement aux gazelles qui leur permettent de subvenir à leurs besoins nutritionnels beaucoup plus longtemps », poursuit-il. 

Au déséquilibre de la chaîne alimentaire s’ajoutent les conséquences socio-économiques. Bien que la préservation des habitats naturels et des écosystèmes qui soutiennent ces espèces ont des effets bénéfiques sur les communautés locales qui en dépendent, leur disparition peut également accroître la précarité de ces populations.

« Dans la réserve naturelle de l’Aïr et du Ténéré, située au nord du Niger, la disparition des Addax a eu un impact sur le plan économique, puisque la zone accueille de moins en moins de touristes, ce qui a pour effet d’appauvrir les populations locales dont l’activité touristique représentait une importante source de revenus », affirme Abdoul Razak Moussa Zabeirou. 

Le maintien des populations, objectif primordial

Pour préserver cette mégafaune, un patrimoine naturel ancestral, l’ANEF s’appuie sur un cadre législatif solide comprenant : 

– la loi 29.05 relative à la conservation de la faune et de la flore sauvage et au contrôle de leur commerce ;  

– la loi 22.07 sur les aires protégées ;  

– la loi de la chasse qui établit la liste des espèces protégées interdites à la chasse et les territoires classés des réserves permanentes.

De surcroît, plusieurs programmes ont été lancés, dont le Programme de développement de populations semi-captives au niveau de l’ensemble des réserves, le Programme de conservation des populations sauvages (lutte contre le braconnage) et le Programme de renforcement par la réalisation d’opérations de renforcement dans la nature. 

Pour les Addax, l’objectif est d’abord le maintien de trois populations captives, au niveau des enclos de Rokein, situé au Parc national Souss-Massa (PNSM), de Leghchiwate près de Smara et de Safya, avant l’établissement d’une population à l’état sauvage, dans le Sud et Sud-Est du pays. 

La stratégie de conservation de l’Oryx est axée sur le maintien des populations avec l’amélioration de la gestion de trois populations captives aux PNSM, Timokrarine et Msissi. De même que l’établissement de deux populations à l’état sauvage dans le Sud et Sud-Est du Royaume. 

En ce qui concerne le Mouflon de Barbarie, il s’agit de développer des populations semi-captives à Tafoughalt, Amassine et Imarigha. En sus du maintien de deux populations à l’état sauvage dans le Haut Atlas occidental et oriental (pôles primaires) et de la préservation de pôles secondaires dans le Jbel Bounasser, l’Atlas Saharien, l’Anti-Atlas occidental, le bas Drâa, Aydar et l’Adrar Souttouf. 

Les objectifs stratégiques dans le cas de la Gazelle Dorcas consistent à maintenir et à assurer une gestion améliorée de deux enclos avec une population d’origine sauvage (Msabih Talaa et El Kheng Aferdou), avec le dédoublement vers d’autres enclos dans des régions écologiquement similaires. 

Concernant la Gazelle de Cuvier, l’objectif est de maintenir les populations à l’état sauvage, dans l’Oriental et l’Anti-Atlas occidental, considérés comme des pôles primaires. Les pôles secondaires dans le bas Drâa, la région de Khnifiss et le Haut Atlas occidental seront également maintenus. 

L’ANEF mise également sur le maintien de trois populations captives au niveau des enclos du Parc national d’Ifrane, de Tirnest et de Tergou (Oulmès). Idem pour la Gazelle Dama, avec le maintien de trois populations captives au niveau de Rmila, de Safia et de Msissi. A cela s’ajoute l’établissement de deux populations à l’état sauvage, dans les régions d’Errachidia et de Dakhla

Réintroduction d’Addax et sensibilisation

L’ensemble de ces objectifs entrent dans le cadre du Plan d’action national de conservation des ongulés sauvages, « un outil de planification et d’orientation qui concrétise la stratégie globale déployée pour toutes ces espèces », insiste le directeur général de l’ANEF.

En atteste le premier programme de réintroduction de l’Addax dans la nature à M’hamid El Ghizlane, lancé au cœur de l’ancienne aire d’habitat de l’espèce, à partir d’une population semi-captive située dans le Parc national de Souss-Massa. « A ce jour, 76 addax ont été réintroduits dans la réserve et trois individus ont été équipés de dispositifs de suivi GPS afin de soutenir le suivi post-lâcher et d’évaluer l’utilisation de l’espace et les déplacements », précise l’ANEF.

Le taux de survie est de 70%. Cinquante-cinq individus ont survécu, « y compris trois descendants nés en 2022. Vingt autres Addax ont récemment été transférés dans la réserve et attendent d’être réintroduits, dont treize ont été équipés de colliers GPS par satellite », annonce l’ANEF. 

L’objectif de ce projet est de restaurer une population stable d’Addax à travers un ancien bastion de l’espèce, facilitant le suivi de la conservation en fournissant des informations en temps quasi réel sur la position d’une majorité d’animaux introduits dans la réserve. « Le second mécanisme de suivi est direct, via les écogardes sur le terrain qui évaluent la réussite de la réintroduction », complète l’ANEF.  

Certes, les espèces introduites s’adaptent parfaitement à leur nouveau milieu naturel, même si dans certains cas, elles ont été supplémentées partiellement en alimentation. « En une semaine, ces espèces prennent la mesure de leur environnement, en faisant la différence par exemple entre les plantes toxiques et comestibles. C’est incroyable ! », souligne Koenraad De Smet. 

« En revanche, elles sont au tout début des proies faciles pour les prédateurs comme les loups car elles n’ont pas l’habitude d’être chassées. Sauf lors de la mise bas. Le mâle guette une éventuelle menace pendant que la femelle met bas », ajoute-t-il. 

« La seconde problématique, ce sont les morsures de serpents qui s’introduisent dans les enclos. Les gazelles introduites n’y ont jamais été confrontées par le passé », conclut l’ancien expert de l’UICN, qui insiste sur l’importance de sensibiliser les populations.

En ce sens, des mesures ont été mises en place à travers des programmes d’éducation et de sensibilisation, qui visent à encourager les communautés locales à s’impliquer dans la conservation et la gestion durable de ces espèces.