Maraîchage, légumineuses, fourrages… Le point sur les cultures de printemps à Casablanca-Settat
L’activité agricole dans la région Casablanca-Settat ne s’estompe pas avec l’arrivée de l’été. Car les cultures d’hiver et d’automne font place aux productions printanières, dont le maïs grain, les fourrages, essentiels pour nourrir le cheptel, et les légumineuses alimentaires. Sans oublier les cultures maraîchères à l’importance socio-économique indéniable.
Les précipitations enregistrées pendant les mois de mars et avril ont été utiles pour le semis de ces grandes cultures de printemps. Alors que la saison des pluies est à conjuguer au passé, les eaux souterraines prennent le relais pour en assurer le cycle de production qui peut s’étendre jusqu’à la fin juillet pour certaines d’entre elles.
Surtout que les zones de production agricole de la région n’ont quasiment plus de dotation agricole à partir des barrages relevant du bassin hydraulique d’Oum Er-Rbia. Et en particulier l’édifice d’Al Massira.
Medias24
La deuxième plus grande retenue d’eau du pays par sa capacité de stockage (2,6 milliards de mètres cubes) a vu ses réserves drastiquement chuter ces dernières années sous l’effet combiné de la pénurie d’eau et de la surexploitation. Au point que ce vendredi 13 juin, son taux de remplissage n’atteint pas les 5% (4,9%), l’équivalent de 129,8 millions de mètres cubes.
A la lumière de ces éléments, la hausse de 33% du cumul pluviométrique (256 mm) dans la région Casablanca-Settat par rapport à la campagne précédente (192 mm) a eu un effet bénéfique sur les semis des cultures de printemps, mais aussi en termes de recharge des nappes phréatiques.
« La province d’El Jadida se distingue par un cumul pluviométrique de 357 mm, supérieur à celui enregistré dans les autres provinces de la région », ajoute la Direction régionale de l’agriculture Casablanca-Settat. Une bonne nouvelle puisque la province accueille une majorité des 8.425 hectares de betteraves sucrières plantées dans la région.
Certes, il s’agit d’une culture irriguée, mais selon la DRA Casablanca-Settat, « les précipitations ont permis d’économiser au moins deux tours d’irrigation, atténuant ainsi la pression sur les nappes phréatiques ».
Les résultats de l’opération d’arrachage, qui a été lancée le 31 mai, n’ont pas encore été annoncés.
Les cultures printanières tirent aussi avantage de ces précipitations. Sur les 187.000 hectares que couvrent ces cultures à l’échelle nationale, comme indiqué le mardi 10 juin par le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, Ahmed El Bouari, 35.673 hectares ont été emblavés dans la région Casablanca-Settat. Ils se répartissent comme suit :
– 26.764 ha de maïs grain ;
– 5.521 ha de cultures fourragères de printemps (luzerne, maïs fourrager, sorgho) ;
– 3.051 de légumineuses alimentaires (pois chiches et haricots secs).
Enfin, la superficie du maraîchage de printemps s’élève à 7.783 hectares, dont les pommes de terre (1.637 ha), les tomates (1.074 ha) et les oignons (496 ha). Pour conclure, les précipitations des mois de mars et avril sont tombées à point nommé dans le cas de l’arboriculture, car elles ont coïncidé avec des phases physiologiques sensibles, notamment la période de plantation et la sortie de dormance des oliviers.
« Ces conditions laissent entrevoir une amélioration du rendement oléicole par rapport à la campagne précédente, fortement impactée par la sécheresse », conclut la DRA Casablanca-Settat.
Cheptel, agriculture solidaire et importations. Le point avec le ministère de tutelle
Pour faire face à la situation de l’offre en viandes rouges et préserver les équilibres du marché, le gouvernement a eu recours à l’importation de bétail et de viandes en 2025. Intervenant lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, ce mardi 10 juin, le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a indiqué que les importations effectuées jusqu’à présent cette année se chiffrent à :
– 90.000 vaches ;
– 238.000 ovins ;
– 1.922 tonnes de viandes rouges et d’abats.
Ce recours à l’importation s’accompagne d’un ensemble de mesures pour assurer l’approvisionnement du marché national en viandes rouges comprenant :
– la suspension prolongée de la TVA et des droits d’importation pour les reproducteurs mâles (moutons, caprins, dromadaires) ;
– l’exonération douanière pour les viandes rouges importées ;
– L’interdiction temporaire de l’abattage des femelles reproductrices (jusqu’en mai 2026) qui seront prochainement identifiées par des anneaux électroniques, afin d’assurer un suivi en temps réel et de protéger le capital animalier.
Ces mesures d’urgence s’articulent avec un plan plus vaste et structurel. Sur instruction du Roi Mohammed VI, un programme national de reconstitution du cheptel a été lancé.
Il prévoit une enveloppe de 3 milliards de dirhams mobilisés d’ici à fin 2025, et 3,2 milliards supplémentaires en 2026. Annoncé le 5 mai 2025, ce programme structurant s’articule autour de cinq axes majeurs :
– Allègement des dettes pour 50.000 éleveurs, incluant l’annulation partielle des dettes et la reprogrammation des échéances ;
– Soutien à l’alimentation animale, avec de l’orge vendu à 1,50 DH/kg (dans la limite de 7 millions de quintaux) et des aliments composés à 2 DH/kg ;
– Subventions directes de 400 DH par tête identifiée et non abattue pour préserver les femelles reproductrices ;
– Campagne sanitaire couvrant 17 millions de têtes ;
– Amélioration génétique et accompagnement technique, avec encadrement par l’Association nationale des éleveurs d’ovins et caprins (ANOC) et l’Office national de conseil agricole (ONCA).
58 projets d’agriculture solidaire dédiés à l’élevage
Ce chantier est également au cœur de l’agriculture solidaire, un modèle soutenu à 100% par l’État. Il vise à renforcer la résilience des petits éleveurs (80 % du secteur), améliorer leurs revenus et à répondre aux défis climatiques.
À ce jour, 58 projets d’agriculture solidaire dédiés à l’élevage ont été validés dans 39 provinces et 180 communes, touchant plus de 25.000 bénéficiaires, pour un investissement global de 500 millions de dirhams. Ces projets comprennent :
– l’acquisition et la distribution de 37.000 têtes : ovins, caprins, vaches laitières améliorées et camelins ;
– l’achat et la distribution d’aliments pour le bétail ;
– la création et l’équipement de 99 unités de production d’orge ;
– la création et l’équipement de 9 centres d’engraissement pour vaches laitières et ovins ;
– l’acquisition de 963 tonnes de semences pour fourrages ;
– la culture de 5.000 hectares d’arbustes fourragers ;
– l’équipement de 124 points d’eau pour le bétail ;
– la création de 10 regroupements d’éleveurs pour l’amélioration génétique ;
– L’encadrement technique des coopératives et organisations professionnelles.
À terme, ce programme devrait atteindre 200 projets solidaires. “Des appels à projets seront lancés pour soutenir la création d’exploitations d’élevage, d’unités de transformation, et pour développer les filières de logistique et d’insémination artificielle”, assure M. El Bouari.
Le ministre a également présenté un point sur l’état d’avancement de la campagne agricole 2024-2025. Celle-ci a été marquée par des conditions climatiques contrastées, notamment des précipitations précoces en octobre, un déficit entre novembre et février, suivi d’une amélioration depuis mars.
Le cumul des précipitations enregistrées jusqu’au 5 juin 2025 s’élève à 302 mm, soit une baisse de 23% par rapport à la moyenne des 30 dernières années, mais une hausse de 14% par rapport à la saison précédente. Cette amélioration a permis de porter le taux de remplissage des barrages agricoles à 37% (5,2 milliards de m³), contre 30% l’année précédente. La production céréalière prévisionnelle est estimée à 44 millions de quintaux, en hausse de 41%.
Jusqu’à présent, 21% des superficies ont été récoltées. En parallèle, 661.000 hectares ont été assurés dans le cadre des programmes agricoles, et les cultures printanières couvrent environ 187.000 hectares. Enfin, le ministre a souligné que l’amélioration du couvert végétal depuis mars aura un effet bénéfique sur les ressources fourragères, soutenant ainsi les efforts de reconstitution du cheptel national.
Remise de trophées à des producteurs marocains d’huile d’olive primés à l’international
Le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, Ahmed El Bouari, a présidé, mardi 28 mai 2025 à Rabat, une cérémonie de remise de trophées à des producteurs marocains d’huile d’olive, primés dans plusieurs concours internationaux de renom en 2025.
Les producteurs mis à l’honneur lors de cette cérémonie, médaillés aux concours internationaux d’huile d’olive en 2025, sont :
La coopérative Zoyout Essaouira, lauréate de la médaille d’or aux concours de Genève, Miami, Abou Dhabi et Istanbul.
La coopérative Nour Mejjat, distinguée par une médaille d’argent au concours international d’Istanbul.
La société Oléa Capital, couronnée d’une médaille d’or à Athènes et d’une médaille de platine à Istanbul.
Ces distinctions témoignent du savoir-faire des producteurs marocains et de leur contribution au rayonnement de l’huile d’olive marocaine à l’échelle internationale, indique un communiqué du ministère.
Cette réussite s’inscrit dans la continuité des efforts déployés à travers le Plan Maroc Vert et la stratégie Génération Green, qui ont placé la filière oléicole au cœur du développement agricole, souligne le communiqué. Grâce à un accompagnement renforcé en conseil agricole, en encadrement technique et en accès aux marchés, le secteur connaît un essor remarquable, alliant modernité, résilience et compétitivité, poursuit la même source.
À travers cette initiative, le ministère a mis en lumière les efforts exceptionnels d’hommes et de femmes qui incarnent le dynamisme du secteur agricole national et participent activement au rayonnement des produits marocains sur les marchés internationaux, conclut le communiqué.
En 2025, l’agricuture va apporter une contribution positive à la croissance économique
Selon les estimations avancées, la valeur ajoutée agricole pourrait croître de 5,1% en 2025, après un recul de 4,8% lors de la précédente campagne.
« La bonne performance des différentes filières de production, la hausse de la production céréalière et l’amélioration des pâturages devraient se traduire par un taux de croissance positif estimé à 5,1%, contre -4,8% lors de la précédente campagne agricole », indique Ahmed El Bouari, en réponse à des questions orales à la chambre des représentants, lundi 5 mai 2025.
Au-delà de cette conjoncture, cette bonne nouvelle renvoie à une problématique structurelle bien connue de l’économie marocaine: la forte volatilité de la valeur ajoutée agricole et son effet d’amplification sur la croissance globale. Depuis 1998, la contribution moyenne de l’agriculture au PIB tourne autour de 9,5% (moyenne arithmétique). Mais cette moyenne cache des variations importantes qui, année après année, exercent un effet significatif sur la croissance réelle.
En d’autres termes, l’agriculture fonctionne comme un multiplicateur ou un frein conjoncturel, selon que les campagnes soient pluvieuses ou marquées par la sécheresse.
Contribution de l’agriculture à la croissance : un impact léger, mais significatif
Ainsi, sur la base des prévisions avancées par le ministre, une question importante se pose : dans quelle mesure une reprise de la valeur ajoutée agricole en 2025 pourrait-elle contribuer à la croissance économique réelle du pays ?
Médias24 a mené une estimation à partir d’un modèle économétrique. L’exercice repose sur une régression linéaire expliquant la croissance annuelle du PIB réel par celle de deux composantes : le PIB hors agriculture d’une part, et la valeur ajoutée agricole d’autre part, en utilisant les données couvrant la période 1999 à 2024.
D’abord, il convient de souligner qu’une croissance de 5,1% de la valeur ajoutée agricole porterait celle‑ci à 109,3 MMDH en 2025, contre 104 MMDH fin 2024.
Ainsi, si elle progresse de 5,1% en 2025, sa contribution à la croissance réelle s’élèvera à près de 0,49 point de pourcentage. Autrement dit, même si le reste de l’économie stagnait, le seul rebond agricole insufflerait déjà un demi-point de croissance, illustrant à quel point les performances des campagnes céréalières et des filières rurales amplifient, à la hausse comme à la baisse, la trajectoire macroéconomique du Maroc.
Emploi : le gouvernement promet de soutenir les entreprises agricoles des jeunes en milieu rural (El Bouari)
Dans une déclaration à la presse à l’issue d’une réunion consacrée au sujet de la promotion de l’emploi, M. El Bouari a indiqué que cette rencontre, présidée par le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, en présence des départements ministériels concernés, a constitué une occasion d’examiner la problématique de la perte des postes d’emploi dans le secteur agricole et de discuter des moyens à même de remédier à cette situation.
À cet égard, le ministre a souligné que les récentes précipitations enregistrées dans le Royaume ont contribué à relancer l’activité agricole et à redynamiser le monde rural, ajoutant que cette réunion s’est penchée sur les mécanismes à mettre en place pour restaurer la confiance et renforcer l’emploi, en particulier au profit des jeunes.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du suivi de la mise en œuvre efficace de la feuille de route de l’emploi et de la mise en place des mécanismes de gouvernance et d’outils de coordination entre les différents intervenants.
À Meknès, le ministre de l’Agriculture fait le point sur les préparatifs du SIAM 2025
Le ministre a suivi des explications sur l’état d’avancement des travaux d’aménagement du site et sur les différents aspects organisationnels liés aux préparatifs du SIAM 2025, un rendez-vous annuel devenu un événement incontournable du calendrier agricole marocain.
Dans une déclaration à la presse à l’issue de la visite, Ahmed El Bouari a relevé que cette édition connaît une large participation des acteurs du secteur agricole, aussi bien au niveau national qu’international, soulignant qu’elle constitue une plateforme unique de rencontres et d’échanges commerciaux dans le domaine agricole et crée de nouvelles opportunités de coopération dans un esprit d’innovation et de partage.
M. El Bouari a également mis en avant la vocation du salon à mettre en lumière les évolutions et les défis du secteur et à encourager les pratiques durables, tout en donnant la priorité à l’agriculteur et au monde rural.
Et d’ajouter que cette édition mettra particulièrement l’accent sur la bonne gouvernance de l’eau pour la durabilité du secteur agricole, précisant que cette thématique reflète un fort engagement du ministère face aux défis climatiques, ainsi que la volonté de renforcer le rôle de l’agriculture et du monde rural dans le processus de développement du Royaume.
Chantier du SIAM 2025
Le président de l’Association du SIAM, Mohammed Fikrat a, de son côté, mis en avant les nombreuses nouveautés de cette 17e édition, précisant que l’objectif est d’offrir un bon environnement pour tous les visiteurs, aussi bien les professionnels que le grand public.
Dans ce sens, plusieurs aménagements ont été réalisés au niveau du site du salon afin de garantir des conditions optimales de visite, a-t-il poursuivi, citant notamment la « mise en place de plusieurs espaces dédiés, dont des parkings goudronnés et un nouveau parcours mieux adapté aux différents profils de visiteurs, dont les enfants, familles, étudiants et professionnels ».
Il a fait savoir aussi que des efforts ont été déployés pour assurer une bonne gestion des flux afin que l’événement se déroule dans les meilleures conditions.
La 17e édition du SIAM connaitra l’organisation de plus de 40 conférences scientifiques, la participation de 70 pays et 1 500 exposants, ainsi que plus d’un million de visiteurs attendus.
Le thème de cette édition, « Agriculture et monde rural : l’eau au cœur du développement durable », consacre le rôle central de la gouvernance de l’eau, qui sera au cœur des échanges scientifiques attendus au salon. Les débats porteront sur des solutions concrètes permettant au secteur agricole de s’adapter aux effets du changement climatique, de garantir la durabilité des ressources hydriques et de préserver un équilibre environnemental dans le milieu rural.
L’édition 2025 aura pour invitée d’honneur, la France, symbolisant une relation bilatérale solide, en particulier dans les domaines de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de la pêche maritime et des forêts.
Céréales. La région Fès-Meknès espère une récolte meilleure que prévu après les récentes pluies
L’objectif de cette visite est de s’enquérir des impacts des récentes précipitations sur la campagne agricole, notamment les cultures des céréales, des oléagineux et l’arboriculture. La visite a également été l’occasion d’échanger avec des agriculteurs et des éleveurs sur la situation de la campagne agricole, indique un communiqué du département de M. El Bouari.
Un cumul pluviométrique de 332,5 mm
Au niveau de la région Fès-Meknès, après un début de saison marqué par un déficit pluviométrique inquiétant, les dernières semaines ont enregistré des précipitations significatives qui ont amélioré l’état des cultures et ravivé l’espoir des agriculteurs et des éleveurs. À noter que le cumul pluviométrique moyen dans la région s’élève désormais à 332,5 mm.
L’effet positif des dernières pluies est manifeste sur l’état végétatif des céréales d’automne, avec 40% des surfaces jugées en bon état et 49% en état moyen. Cette amélioration laisse présager des rendements supérieurs aux prévisions initiales.
La superficie cultivée en céréales d’automne est de près de 650.000 hectares dont plus de 11.000 hectares irrigués. La culture du blé tendre représente 48% de cette superficie, suivi du blé dur avec 26% puis la culture de l’orge.
La culture des oléagineux occupe près de 1.500 hectares, dont 46% de colza et 54% de tournesol. Les récentes pluies viennent au moment opportun pour l’arboriculture fruitière, notamment pour l’olivier dont la superficie productive est de près de 360.000 hectares, soit 77% de la superficie arboricole.
Les cultures maraîchères de pomme de terre et d’oignon dans la région sont très positivement impactées par ces pluies. Il est à noter par ailleurs, que la région Fès-Meknès produit à elle seule presque la moitié de la production nationale d’oignon et 20% de la production nationale de pomme de terre.
Un bon état végétatif des parcours sylvopastoraux au bonheur des éleveurs
Les parcours sylvopastoraux et pastoraux de la région qui s’étendent sur 1,8 million d’hectares affichent une bonne amélioration du couvert végétal renforçant ainsi la disponibilité des ressources fourragères pour l’élevage extensif. Les races dominantes sont la race Timahdite et la race Beni Guil.
Ahmed El Bouari en visite dans la région de Fès-Meknès, le 21 mars 2025.
Lors de cette visite, le ministre a insisté sur l’engagement continu des services du ministère de l’Agriculture à renforcer l’accompagnement des agriculteurs, à rester à leur écoute, à renforcer les projets de modernisation des systèmes d’irrigation et à promouvoir des solutions innovantes pour une agriculture durable et résiliente.
En effet, l’adoption de technologies intelligentes face au climat apparaît aujourd’hui comme une réponse incontournable pour sécuriser la production agricole, garantir la pérennité du développement agricole et soutenir l’économie rurale.
Au SIA de Paris, une rencontre entre Ahmed El Bouari et la ministre française de l’Agriculture
En marge du Salon international de l’agriculture (SIA) de Paris, le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, Ahmed El Bouari, et la ministre française de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire, Annie Genevard, ont tenu une rencontre bilatérale le dimanche 23 février à Paris, indique un communiqué du ministère.
Les deux ministres se sont félicités de l’excellence des relations bilatérales et de la solidité de la coopération agricole. Le Maroc a été honoré d’être le premier pays « invité d’honneur » de l’histoire du SIA Paris à sa 61e édition.
Pour faire de l’année 2025 une année croisée de la coopération agricole, la France sera le pays à l’honneur lors de la prochaine édition du SIAM qui se tient du 21 au 27 avril 2025.
Les relations dans le secteur agricole entre la France et le Maroc se sont encore renforcées avec la visite d’État effectuée par le président de la République, Emmanuel Macron au Maroc en novembre 2024, marquée par la signature d’un accord-cadre dans les domaines agricole et forestier devant le Roi Mohammed VI. Cet accord constitue un cadre d’action pour atteindre les objectifs de développement durable et de sécurité et de souveraineté alimentaires.
Les deux ministres ont passé en revue les domaines prioritaires de leur relation dans le secteur agricole et agroalimentaire, notamment l’appui au système de formation et recherche marocain, la sécurité sanitaire et phytosanitaire, la consolidation des relations entre les professionnels du secteur agricole, en particulier la filière des oléagineux, la filière élevage (ovins, bovins et lait), la filière semencière et la filière fruits et légumes, ajoute le communiqué.
Dans le cadre de cette relation d’excellence, les deux ministres ont également appelé les professionnels français et marocains du secteur des légumes à renforcer leur coopération et leur dialogue sur les questions agricoles, à l’occasion du SIA, face aux défis et aux enjeux communs auxquels ils sont confrontés.
Selon le ministère, les deux ministres ont signé une convention relative à l’organisation de stages et de voyages d’études en France, dite « Opération stage 250 », pour les étudiants de l’enseignement supérieur agronomique, vétérinaire et forestier marocain et les stagiaires des Instituts de techniciens spécialisés.
Cette convention s’inscrit dans le cadre de l’arrangement administratif de coopération dans le domaine de la formation technique et professionnelle agricole et de l’enseignement supérieur agronomique, vétérinaire et forestier, signé à Paris le 1er mars 2024, qui a pour objet de favoriser le développement et la consolidation des échanges et coopérations entre les institutions d’enseignement et de formation professionnelle.
Agriculture. Une campagne céréalière « catastrophique » en perspective (Expert)
« La campagne céréalière s’annonce catastrophique« , déplore Larbi Zagdouni dans un échange avec Médias24.
Trois principaux facteurs justifient cette perspective. « D’abord, la superficie réellement ensemencée est largement inférieure à la superficie annoncée au début de la campagne », explique l’agro-économiste et ruraliste.
D’après le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, les superficies dédiées à la culture des céréales et des légumineuses, au titre de la campagne agricole 2024-2025, devraient en effet atteindre environ 5 millions hectares.
La réalité est tout autre sur le terrain. Car, selon l’expert, il existe un écart entre la superficie initialement programmée et celle effectivement productive.
La superficie ensemencée ne dépasse pas les 3 millions d’hectares
« Nous sommes loin des 5 millions d’hectares annoncés. De visu, la superficie ensemencée devrait se situer autour de 3 à 4 millions d’hectares au plus. Beaucoup d’agriculteurs ont été contraints d’abandonner leurs terres et le semis, car financièrement saignés par la succession des années de sécheresse. Le ministère est attendu néanmoins pour communiquer les données sur les emblavements effectifs », souligne l’agro-économiste.
En outre, la campagne céréalière est compromise à cause des faibles précipitations ayant marqué le début de la campagne agricole, mais aussi durant le mois de janvier, ce qui affecte négativement le cycle de ces cultures, ajoute notre interlocuteur.
Un autre facteur qui laisse présager une faible campagne céréalière est celui de l’inégale répartition spatiale des précipitations dans le pays.
« Les quelques épisodes pluvieux se sont concentrés, pour l’essentiel, dans la moitié nord du pays. Certains des grands bassins de production céréalière, malgré l’effort de semis que certains agriculteurs ont consenti, n’ont pas suffisamment bénéficié des pluies. La Chaouïa en est l’exemple emblématique. Il en est de même pour d’autres zones dont le plateau de Zaër, Doukkala, Abda et Rehamna », note notre source.
Les précipitations en mars et en avril sont décisives
La campagne céréalière peut être partiellement préservée, en cas de bonne pluviométrie en mars et en avril, rassure Larbi Zagdouni. « S’il pleut suffisamment pendant les mois de mars et d’avril, nous pourrons toutefois espérer une production de 30 à 40 millions de quintaux« , affirme-t-il.
« Mais, même avec ces précipitations, la campagne restera plutôt moyenne. Or, quelle que soit l’évolution de la pluviométrie dans les mois à venir, la récolte céréalière est déjà entamée. Nous ne pouvons pas nous attendre à une excellente campagne », conclut notre interlocuteur.
Après les dernières pluies, des périmètres agricoles s’en sortent mieux que d’autres (Images satellite)
Alors que 2024 avait été caractérisée par un déficit pluviométrique important et des températures estivales en plein hiver, l’année 2025 a connu relativement de meilleures conditions climatiques, bien que l’état de sécheresse reste installé.
L’augmentation des précipitations et le retour des températures aux moyennes saisonnières par rapport à la saison précédente ont permis de limiter les pertes en eau par évaporation, ce qui aura un impact positif sur les cultures, les réserves d’eau et ainsi sur la situation agricole en général du pays.
Lors du dernier conseil de gouvernement, le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a souligné que les précipitations restaient inférieures aux moyennes des 30 dernières années. Pour faire face à cette situation qui perdure depuis au moins 7 années consécutives, le ministère a annoncé la mise en place d’un dispositif d’aide aux agriculteurs, incluant la distribution de 1,3 million de quintaux de semences sélectionnées et de près de 200.000 tonnes d’engrais azotés à des prix subventionnés.
Afin de comparer les conditions climatiques actuelles avec celles de l’année 2024, la station de Nouaceur, située dans la région de la Chaouia, cœur de la production céréalière nationale, a relevé les données suivantes pour le mois de janvier :
Janvier 2025 : le mois a été nettement plus humide, avec 30,4 mm de précipitations cumulées et une température moyenne de 13,9°C. Bien que la majorité des jours (20 sur 31) aient connu moins de 1 mm de pluie, le nombre de jours avec des précipitations significatives (plus de 1 mm) a triplé, passant de 3 à 9. De plus, 4 jours ont enregistré plus de 5 mm de pluie.
Janvier 2024 : le mois a été sec, avec seulement 11,7 mm de précipitations cumulées et une température moyenne de 15,8°C. La plupart des jours (14 sur 31) ont connu moins de 1 mm de pluie, et seulement 3 jours ont enregistré des précipitations supérieures à 1 mm, dont un seul jour avec plus de 5 mm (8 mm).
Janvier 2018 (la dernière année pluvieuse au Maroc) : ce mois a enregistré un cumul de précipitations de 50,4 mm et une température moyenne de 11,1°C. Bien que les jours de pluie soient moindres, les jours avec des précipitations supérieures à 1 mm sont au nombre de 8, dont 2 jours avec des précipitations supérieures à 10 mm et 5 jours avec des précipitations supérieures à 5 mm.
L’examen des images satellitaires de plusieurs régions agricoles au centre du Maroc montre, en général, une tendance positive dans plusieurs zones agricoles visualisées.
Cette tendance positive s’explique principalement par les récentes précipitations qui ont touché plusieurs régions.
À partir de ces images, les constatations clés sont les suivantes :
– Des zones qui montrent une évolution positive par rapport à l’année dernière : en raison des précipitations, plusieurs zones agricoles ont bénéficié des dernières pluies, comme les régions agricoles de Khouribga et de Had Brachoua-Rommani.
– Des zones qui montrent une diminution du couvert végétal : certaines zones présentent une réduction du couvert végétal par rapport à l’année dernière. Elles ont été identifiées principalement dans la région de Khemisset, Meknassa (aux environs de Taza) et Agourai (aux environs de Meknès).
– Des zones qui ne montrent aucune évolution positive : il s’agit de certaines zones situées dans le périmètre de Doukkala, en raison de la suspension de l’irrigation. La comparaison jour par jour montre que les parcelles agricoles ont fortement diminué, comme c’est le cas de la région de Beni Hilal. Une autre zone montre des signes d’aridité. Il s’agit de la zone de Sidi Said Maâchou, située aux environs de Casablanca et à proximité de deux barrages : le barrage Sidi Said Maachou et le barrage d’Al Massira. D’autre part, la région agricole située dans la province de Youssoufia ne montre aucun signe de développement du couvert végétal, malgré une reprise cette année de l’agriculture, matérialisée par le nombre de parcelles labourées visualisées.
Dans les environs de Khouribga, les cultures sont plus développées cette année par rapport à l’année dernière.
Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024
Had Brachoua- Rommani : une dynamique agricole maintenue
Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024
Khemisset : le couvert végétal est présent, mais légèrement moins dense que l’année dernière
Comparaison entre le 09 février 2025 et le 7 février 2024
Agourai (environs de Meknès) : le couvert végétal est légèrement moins dense que l’année dernière
Comparaison entre le 06 février 2025 et le 7 février 2024
Meknassa (environs de Taza) : le couvert végétal est moins dense que l’année dernière
Comparaison entre le 06 février 2025 et le 7 février 2024
Environs de Youssoufia : une dynamique positive de labour comparée à celle de l’année dernière
Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024
Beni Hilal dans le périmètre du Doukkala : le nombre de parcelles a diminué par rapport à l’année dernière
Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024
Sidi Said Maâchou (Chaouia, Oum Er-Rabiaa : réduction importante du couvert végétal
Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024
Tlat Loulad (environs de Khouribga : importante diminution du couvert végétal
Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024
Lancement de plusieurs projets agricoles à Tétouan et à Chefchaouen
Dans la commune territoriale de Ben Karrich, située dans la province de Tétouan, le ministre a visité le projet de marché de gros et d’abattoir moderne pour s’enquérir de l’état d’avancement de la deuxième tranche des travaux de ce projet, qui est inscrit dans le cadre de la convention conclue entre le ministère de l’Agriculture et la municipalité de cette ville. Le projet bénéficie d’un budget initial de plus de 73 millions de DH.
Le coup d’envoi a également été donné aux travaux complémentaires du complexe, visant à faciliter l’accès aux installations.
Aussi, en vue d’améliorer les conditions de commercialisation du bétail, les plans architecturaux et techniques du futur marché à bestiaux ont été présentés.
Dans la province de Chefchaouen, à la commune territoriale de Talambote, la visite a porté sur l’état d’avancement du programme d’agriculture solidaire dans le cadre du plan agricole régional lié à la stratégie Génération Green.
À cet effet, le ministre a lancé les travaux de plantation de 500 hectares de caroubiers au profit de 420 bénéficiaires. Ce projet s’inscrit dans un programme plus large prévoyant la plantation de 1 500 hectares sur trois ans pour un coût Lors de cette visite, du matériel apicole et des ruches ont été distribués à des coopératives locales pour un montant total de 300.000 dirhams.
Aussi, dans le cadre des efforts de désenclavement des villages en milieu rural, le programme 2025 d’aménagement de pistes a été présenté. Il comprend 60 km de pistes au profit de sept communes rurales et 25.800 bénéficiaires, avec un budget de 63 millions de dirhams.
À cette occasion, le ministre a inauguré une unité de trituration des olives dans la commune territoriale Tanaqob, construite et équipée pour un coût global de 26,5 millions de dirhams sur une superficie de 11.713 m².
Dans la commune de Beni Derkoul, il a inauguré une autre unité de trituration des olives, construite et équipée pour un coût de 26 millions de dirhams sur une superficie de 8.421 m². Ces infrastructures permettent de valoriser la filière oléicole et d’offrir de nouvelles perspectives économiques à la région.
Sécheresse et prix du poisson : une question qui fait débat et des réponses qui surprennent
« Est-ce que même les poissons en mer souffrent de la sécheresse ? Ayez du respect pour l’intelligence des Marocains ! »
C’est par une interrogation ironique que la députée Rim Chabat, du Front des forces démocratiques (FFD), s’est adressée au ministre de l’Agriculture à propos de la hausse des prix des produits agricoles, question qui a rapidement été partagée sur les réseaux sociaux.
Le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a répondu qu’il existe un lien direct entre la sécheresse et les populations de poissons avant d’entrer dans le vif du sujet et de présenter les actions du département d’agriculture pour équilibrer le pouvoir d’achat des Marocains.
L’analyse des commentaires postés sur les réseaux sociaux révèle une dualité d’opinions. Certains estiment que la question soulevée est pertinente et qu’il n’existe aucun lien direct entre les précipitations et le poisson vivant en milieu aquatique ni, par conséquent, entre la hausse des prix des produits de la mer et la sécheresse. D’autres, plus nombreux, cherchent à savoir quelle position est la plus juste dans ce débat.
Afin d’apporter une réponse objective à cette question, nous avons survolé les travaux scientifiques en relation avec le sujet.
Les courants d’upwelling, fil conducteur de cette énigme
Théoriquement, la majeure partie de la production halieutique est principalement associée à trois processus d’enrichissement en nutriments : le mélange turbulent induit par les marées, l’apport des cours d’eau continentaux et l’upwelling côtier.
Représentation schématique du processus d’upwelling (d’après l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique NOAA).
L’upwelling est un processus océanographique alimenté par les vents, où des eaux profondes riches en nutriments remontent à la surface de l’océan, ce qui favorise la croissance du phytoplancton, une source essentielle de nourriture pour de nombreux poissons.
L’eau du fond a tendance à être plus froide en raison du manque de lumière solaire, plus riche en nutriments du fait de la décomposition de la matière organique qui se dépose, et plus acide et moins oxygénée. Lorsque cette eau remonte à la surface et est exposée au soleil, les nutriments qu’elle contient contribuent à nourrir un écosystème alimenté par une production primaire élevée.
La richesse halieutique du Maroc est en grande partie due à la présence d’un système de courant d’upwelling. Il s’agit du système de courant d’upwelling canarien qui s’étend des côtes marocaines au Nord jusqu’en Guinée au Sud, et correspond à l’une des quatre zones d’upwelling les plus riches au monde.
Carte mondiale des zones d’upwelling les plus productives.
Grâce à ce système, l’explosion de vie planctonique nourrit l’ensemble de la chaîne alimentaire marine, de la sardine au maquereau, en passant par les grands prédateurs marins. Cette abondance biologique est à l’origine de pêcheries prospères et constitue un moteur socio-économique de l’activité halieutique.
La carte de distribution de la chlorophylle A (production primaire marine, base de la chaîne alimentaire marine) en surface de l’océan. Elle met en évidence un pic de concentration au niveau du courant d’upwelling des Canaries, témoignant d’une forte productivité primaire dans cette région allant du Maroc jusqu’en Guinée (carte générée par la plateforme Oceancolour).
La relation entre le climat et les populations de poissons est certaine et multifactorielle. Au vu des changements climatiques qui ne font plus débat, les océans se réchauffent à un rythme plus rapide que les continents, en raison de l’augmentation exponentielle d’émissions de gaz à effet de serre. La fonte des glaces polaires, due en grande partie au réchauffement climatique, exacerbe ce phénomène et favorise l’acidification des océans.
Ces changements des conditions physico-chimiques de l’eau entraînent une modification des habitats, rendant ceux-ci inadaptés à la survie de nombreuses espèces de poissons. En effet, chaque espèce possède des exigences environnementales particulières qui, si elles ne sont plus remplies, l’obligent à migrer ou à disparaître localement.
Les écosystèmes marins, en lien avec le processus d’upwelling, reposent sur plusieurs mécanismes écologiques et climatiques interconnectés, jouant un rôle clé dans l’évolution de ces dynamiques. En réduisant les apports en nutriments essentiels au phytoplancton, les dérèglements climatiques fragilisent la base de la chaîne alimentaire marine, compromettant ainsi la survie des espèces marines, en particulier lors de leurs phases de reproduction.
De leur côté, les précipitations jouent un rôle très important dans le processus d’upwelling en favorisant la création d’une stratification haline. En diluant l’eau de mer, les précipitations créent une couche supérieure moins salée et moins dense que la couche inférieure. La différence de salinité entre les eaux de surface et les eaux profondes crée un gradient de densité et permet ainsi le déplacement des masses d’eau essentiel pour développer une vie abondante le long de la ceinture d’upwelling.
L’augmentation de la salinité des eaux de surface, couplée à une diminution des précipitations, influence la stratification haline. Cette influence limite les échanges verticaux des masses d’eau, atténuant ainsi les processus d’upwelling et réduisant la disponibilité en nutriments pour les écosystèmes marins. À long terme, ces modifications peuvent induire des déplacements des zones de haute productivité biologique et entraîner des bouleversements significatifs dans la disponibilité des espèces marines et leurs recrutements biologiques.
La pluie, un facteur clé pour la vie halieutique ?
Plusieurs avis concernant la problématique du stress hydrique au Maroc pensent, naïvement, que notre pays perd des milliards de mètres cubes de ses ressources hydriques qui se retrouvent annuellement dans l’océan. Or, il serait sage de reconsidérer cette idée dominante puisque les volumes d’eau versés dans les mers sont très importants pour la vie marine en transportant les éléments et nutriments, présents en quantités limitées dans les océans.
Apports des eaux douces (pluies et fleuves) pour favoriser le développement des ressources halieutiques (d’après Broadley et al., 2022)
Si l’azote est un élément essentiel à la vie, les eaux marines en sont souvent déficitaires. Les études scientifiques convergent pour montrer que les précipitations constituent une voie de transport de l’azote inorganique dissous de l’atmosphère vers les eaux de surface marines. Ainsi, après les événements pluvieux, des quantités significatives de chlorophylle et de nutriments dans les eaux de surface se développent, stimulent la croissance du phytoplancton, et c’est cette augmentation de la production primaire qui favorise, en retour, le développement des populations de poissons.
Un travail scientifique de Gillson, intitulé « Chaque goutte de pluie n’est pas perdue« , met en évidence l’impact significatif des variations saisonnières et interannuelles des débits d’eau douce sur les écosystèmes aquatiques. En modifiant les conditions physico-chimiques, ces variations influencent directement la croissance, la survie et le recrutement des poissons et des invertébrés, avec des conséquences notables sur la production halieutique.
Ainsi, les événements extrêmes tels que les inondations et les sécheresses ont les conséquences les plus marquées sur la production halieutique, en induisant des changements rapides des conditions physico-chimiques de l’eau, ce qui modifie la richesse et la diversité des espèces aquatiques.
La même étude a recensé une dizaine de travaux scientifiques portant sur l’influence des précipitations sur certaines espèces de poisson. La plupart de ces études ont mis en évidence une corrélation positive entre les précipitations et l’abondance de ces espèces, notamment les sardines, les anchois, les poulpes, les crabes et les soles. Toutefois, deux études de cas, l’une sur le Crossie blanc au Chili et l’autre sur les crevettes roses dans un environnement lagunaire brésilien, ont montré des résultats négatifs.
Une autre étude (Stewart et al.,2020) portant sur la courbine japonaise a révélé que les précipitations jouent un rôle crucial dans le cycle de vie de cette espèce. Les données recueillies entre 1984 et 2013 montrent que les années à fortes précipitations sont associées à un recrutement plus important, probablement en raison de l’amélioration des conditions de nurserie dans les estuaires. De plus, l’analyse des captures commerciales a mis en évidence un décalage temporel entre les précipitations et l’abondance du poisson, suggérant que l’augmentation significative est vraisemblablement liée aux précipitations datant de deux à trois années auparavant, mais pas aux précipitations de l’année de capture.
Dans le contexte de l’upwelling canarien, une récente étude de Sarré et al. (2024) s’est intéressée à l’impact du changement climatique sur la distribution des petits poissons pélagiques au nord et au sud de Lagouira (Cap Blanc du côté mauritanien). Selon les résultats de cette étude, les poissons semblent avoir modifié leur répartition spatiale en réponse à ces changements. Ces changements migratoires varient d’une année à l’autre, les sardines tendant à se diriger soit vers le nord, soit vers le sud, en fonction des conditions environnementales plus favorables.
Évolution des distributions de huit espèces de poissons pélagiques selon les relevés acoustiques (1995-2015) de Cap Juby au Sénégal (Sarré et al., 2024)