Au CESE, Ahmed Reda Chami passe le flambeau à Abdelkader Amara
Dans une allocution, M. Chami a félicité son successeur pour la confiance royale, saluant par la même occasion l’engagement du Conseil pour réussir ses missions visant, entre autres, à explorer les différents choix de développement et à accompagner les politiques publiques dans les domaines économique, social et environnemental.
Il a également mis en avant la qualité des rapports produits par le Conseil, basés sur la pertinence des avis, des propositions et des études élaborés à la faveur d’une méthodologie participative axée sur l’écoute, le dialogue et le rapprochement des points de vue des différentes composantes de la société.
M. Chami a relevé que le Conseil a fait preuve d’audace dans ses positions et d’ouverture sur les différentes institutions constitutionnelles et les espaces territoriaux en vue de renforcer les pratiques de démocratie participative pour la poursuite de la dynamique de développement.
Pour sa part, M. Amara a exprimé sa fierté de la confiance royale, laquelle est à la fois un honneur et une responsabilité nécessitant de redoubler d’efforts avec détermination et dévouement en vue de permettre au Conseil de poursuivre les missions qui lui sont dévolues et d’être à la hauteur des attentes et aspirations des partenaires institutionnels, des acteurs économiques, sociaux et environnementaux ainsi que de l’ensemble des citoyens.
Fort des réalisations, de l’expertise et des bonnes pratiques qu’il a accumulées depuis sa création, le Conseil est appelé à intensifier ses efforts, en application des hautes orientations royales, en vue d’insuffler une nouvelle dynamique à ses missions et de renforcer l’interaction avec les partenaires institutionnels, en particulier le gouvernement et le parlement, a souligné M. Amara.
Cette nouvelle dynamique permettra aussi d’accompagner les orientations stratégiques aux niveaux économique, social et environnemental et de contribuer au développement durable dans ses dimensions spatiales, a-t-il soutenu.
Dans un communiqué, le Conseil indique que ces élections se sont déroulées selon les étapes suivantes : élection des représentants des cinq catégories qui composent le Conseil lors de la 167e session ordinaire de l’Assemblée générale, le 20 février 2025, et élection des présidents des sept commissions permanentes, le 26 février 2025 par les membres de ces commissions.
À l’issue de ces élections, la composition du nouveau bureau du CESE pour l’année 2025 est la suivante :
Membres du Bureau :
Ahmed Reda Chami : président
Abdelmaksoud Rachidi : représentant de la catégorie des experts,
Mustafa Khlafa : représentant de la catégorie des syndicats les plus représentatifs,
Abdellah Deguig : représentant de la catégorie des organisations et associations professionnelles,
Karima Mkika : représentante de la catégorie des organisations et associations œuvrant dans les domaines de l’économie sociale et de l’activité associative,
Othmane Gayer : représentant de la catégorie des personnalités représentant les institutions et organismes prévus à l’article 11 de la loi organique n°128-12.
Présidents des commissions permanentes :
Mouncef Ziani : président de la Commission des affaires économiques et des projets stratégiques,
Najat Simou : présidente de la Commission de l’emploi et des relations professionnelles,
Jaouad Chouaib : président de la Commission des affaires sociales et de la solidarité,
Mohamed Benkaddour : président de la Commission de l’environnement et du développement durable,
Ahmed Abaddi : président de la commission de la société du savoir et de l’information,
Lahcen Oulhaj : président de la commission d’analyse de la conjoncture économique, sociale et environnementale et
Abdessadek Saidi : président de la Commission de la régionalisation avancée et du développement rural et territorial.
Rapporteurs des commissions permanentes :
Ali Ghannam : rapporteur de la commission des affaires économiques et des projets stratégiques,
Mohammed Moustaghfir : rapporteur de la Commission de l’emploi et des relations professionnelles
Mohamed Dahmani : rapporteur de la commission des affaires sociales et de la solidarité.
Abderrahim Laabaid : rapporteur de la commission de l’environnement et du développement durable,
Latifa Benwakrim : rapporteure de la commission de la société du savoir et de l’information,
Abdelmaksoud Rachdi : rapporteur de la commission d’analyse de la conjoncture économique, sociale et environnementale
Mina Rouchati :rapporteure de la Commission de la régionalisation avancée et du développement rural et territorial.
Le CESE alerte sur l’absence d’un cadre réglementaire « efficace » pour protéger les enfants sur les plateformes numériques
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté, le 30 janvier, les conclusions de son avis intitulé « Pour un environnement numérique inclusif et protecteur des enfants« , adopté en mars 2024 à l’unanimité lors de la 156e session ordinaire du Conseil.
Lors de la présentation des conclusions de cet avis, Ahmed Réda Chami, président du Conseil, a mis en avant plusieurs chiffres significatifs illustrant l’ampleur du phénomène. Il a révélé que neuf Marocains sur dix utilisent les réseaux sociaux, et que deux enfants sur trois y ont accès. En 2024, 97% des mineurs de moins de 18 ans utilisaient ces plateformes. Selon l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), 31 millions de Marocains sont connectés à internet.
Ahmed Réda Chami a également souligné les conséquences graves d’une utilisation abusive des réseaux sociaux, notamment l’addiction, la violence, l’anxiété, la dépression et même le suicide. Il a insisté sur le fait que certains utilisateurs peuvent se perdre dans une réalité virtuelle, s’éloignant du monde réel et de ses enjeux. Ces dangers sont aggravés par l’absence d’un cadre réglementaire efficace et d’outils technologiques permettant de protéger les enfants et de réguler leur accès au numérique.
Une consultation citoyenne menée via la plateforme « Ouchariko » du CESE a révélé des perceptions contrastées parmi les familles, quant aux effets des réseaux sociaux sur les enfants. Environ 58% des participants estiment que ces plateformes ne sont pas bénéfiques pour les jeunes, tandis que 42% considèrent qu’elles pourraient avoir un impact positif à partir de l’âge de 15 ans.
Par ailleurs, 69% des sondés ont exprimé leur inquiétude face à l’utilisation des réseaux sociaux par les enfants, et une majorité s’accorde à dire que ces outils représentent un danger particulièrement élevé pour les moins de 12 ans. Enfin, 88% des participants ont insisté sur l’importance d’intégrer l’éducation numérique dans les programmes scolaires afin de mieux préparer les jeunes aux défis du numérique.
L’utilisation croissante des réseaux sociaux par les enfants représente à la fois une opportunité et un risque. Si ces outils facilitent l’apprentissage et la socialisation, ils exposent également les jeunes utilisateurs à des dangers tels que la cybercriminalité, le harcèlement en ligne et l’addiction aux écrans. Face à ces défis, le CESE souligne la nécessité d’un cadre réglementaire adapté et d’une mobilisation collective pour garantir un environnement numérique sûr et inclusif.
Afin de répondre aux défis liés à l’utilisation du numérique par les enfants, le CESE insiste sur la responsabilité collective de tous les acteurs pour leur assurer une protection effective. Parmi les recommandations émises :
La mise en place d’un observatoire national de la protection de l’enfance en ligne ;
Le développement de campagnes de sensibilisation pour les parents et les enfants ;
L’élaboration de lignes directrices claires pour les entreprises numériques afin d’assurer un design sûr et adapté aux jeunes utilisateurs ;
Un contrôle accru des contenus accessibles aux enfants et une réglementation plus stricte sur la collecte de leurs données personnelles.
Un nouvel avis du CESE sur « les formes atypiques d’emploi et les relations professionnelles »
Cette session, tenue le 28 novembre, a été marquée par la participation de Fouzi Lekjaa, ministre délégué auprès de la ministre de l’Economie et des finances, chargé du Budget, président de la Fédération Royale marocaine de Football et président du « Comité Coupe du Monde 2030 » qui a fait une présentation au sujet de « la Coupe du Monde 2030 : soft power sportif et catalyseur de développement« , indique un communiqué du Conseil.
La seconde partie de cette session a été consacrée à l’adoption du projet d’avis portant sur « les formes atypiques d’emploi et les relations professionnelles« , ajoute la même source.
Le CESE ambitionne, à travers cette auto-saisine, d’appréhender les différentes dynamiques des nouvelles formes atypiques de travail, d’en analyser les défis et enjeux et de proposer des mesures visant à préserver et valoriser le capital humain, créer de nouvelles opportunités d’emploi, augmenter la compétitivité des entreprises et promouvoir le développement durable de l’économie nationale.
Cet avis sera publié dans les semaines à venir, conclut-on.
La recette d’Ahmed Reda Chami pour plus d’industrie et de productivité
Ex-ministre de l’Industrie et président du CESE, au moment de la réalisation de cet échange, le 16 octobre dernier, Ahmed Reda Chami a partagé son point de vue avec Médias24 sur les leviers pour aller vers la souveraineté industrielle et les mesures à mettre en place pour renforcer l’industrie.
Le désormais ex-président du CESE s’est prêté au jeu des questions-réponses sur le plateau de Médias24, délocalisé à Benguerir lors de la 2e édition de la Journée nationale de l’industrie. Interview.
A noter qu’entretemps, Ahmed Reda Chami a été nommé ambassadeur du Maroc à l’UE.
Médias24. Aujourd’hui nous parlons de la nouvelle ère industrielle pour le Maroc avec comme mot-clé la souveraineté. Comment pouvons-nous l’atteindre ?
Ahmed Reda Chami: En fait, le mot souveraineté a une forte charge émotionnelle, économique et stratégique. Nous n’atteindrons pas la souveraineté industrielle du jour au lendemain. C’est un processus qui a été enclenché il y a pratiquement une vingtaine d’années et les différents gouvernements qui se sont succédés ont travaillé, chacun de leur côté, avec des plans stratégiques, industriels. Chaque gouvernement apporte sa brique, c’est un travail de longue haleine pour atteindre la souveraineté. Il faut qu’on parvienne à faire les choses les plus stratégiques pour nous, les plus vitales. Et on y arrivera.
Quand on regarde les résultats, l’industrie, c’est aujourd’hui six fois plus d’exportation qu’il y a 25 ans
Quand on regarde les résultats, l’industrie, c’est aujourd’hui six fois plus d’exportation qu’il y a 25 ans. Nous sommes devenus la plus grande base automobile en Afrique. On exporte en Europe plus de voitures que les Chinois. Dans le secteur de l’aéronautique, et de l’industrie pharmaceutique, nous commençons à exporter dans certains pays d’Afrique. Il y a encore beaucoup de choses à accomplir.
– Vous dites qu’on ne peut pas tout faire, et concernant la souveraineté, il faut aller vers des sujets vitaux pour nous. Selon vous, quels sont-ils ?
– Tout ce qui est médical, armée, défense, c’est important. L’agroalimentaire, il faut que les gens mangent, mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller vers les autres secteurs. Est-ce vital d’avoir ses propres voitures ? La réponse est peut-être non, on peut les importer. Mais c’est bien d’avoir ses propres voitures, puisque ça génère de l’emploi. C’est bien d’avoir des gens qui ont fait de grandes études pour les postes managériaux, mais c’est bien aussi d’avoir des techniciens, des techniciens spécialisés, même des gens qui ne sont pas des techniciens. L’industrie a cette capacité d’absorber ces gens-là, même ceux de faible qualification.
– Avec l’ère de l’intelligence artificielle, l’industrie 4.0 ou même 5.0, est-ce qu’on va toujours avoir cette industrie qui absorbe même la faible qualification ? Est-ce qu’il ne faut pas penser que pour le futur il faudrait faire en sorte que nous ayons un capital humain avec un minimum de qualification pour suivre ces mutations ?
– Bien sûr, si on pouvait avoir tout le monde bien formé, c’est l’idéal. Ces 20 dernières années, nous avions des problèmes d’adéquation, de formation, et d’emploi. Nous avions des gens qui étaient sortis de l’école, rappelez-vous, des NEET (personnes sans emploi ne poursuivant pas d’études et ne suivant pas de formation, ndlr). Nous avons des gens qui sont venus de la campagne, qui n’étaient pas formés. Heureusement que l’industrie a pu les absorber en partie, parce que là, on voit le taux de chômage repartir.
Maintenant, l’avenir, c’est l’industrie 4.0, c’est tout ce qui est robotique, digital. Il faut qu’on se positionne, donc il faut qu’on forme de plus en plus de personnes dans ces domaines d’avenir.
L’avenir, c’est l’industrie 4.0, c’est tout ce qui est robotique, digital
Et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut, parce que nous avons une population jeune, beaucoup peuvent être reconvertis pour aller dans des secteurs, faire du coding, ou vers certains secteurs à haute valeur ajoutée.
Nous avons augmenté en capital d’investissement. Nous avons fait de la croissance parce qu’on avait plus de personnes qui sont arrivées sur le marché de l’emploi, avec un petit peu de productivité. Pour qu’on puisse croître plus fortement, pour qu’on sorte de ces pays à revenus intermédiaires, les recettes sont connues, il faut qu’on arrive à augmenter la productivité de l’entreprise marocaine. Quand je parle de la productivité de l’employé ou du salarié, ça passe par la formation, par exemple, donc le capital humain. Quand je parle de l’entreprise, je parle d’innovation.
– La productivité a été au cœur de rapports récents qui l’ont présentée comme un levier important pour parvenir à cette transformation et pour créer plus de croissance dans le pays. Est-ce que vous partagez ce point de vue ?
– Je défends ce point bien avant ces rapports. Nous avons remarqué que l’État investit plus de 30-35% par an du PIB. Nous ne pouvons pas aller plus loin que ça. On peut améliorer la qualité de l’investissement, et donc, avoir beaucoup plus de privés qui investissent. Pour moi, il faut que le privé ne soit pas frileux. Il l’est peut-être parce qu’il y a encore trop de barrières administratives, peut-être qu’il n’a pas confiance.
Malheureusement, concernant la force de travail, nous avons un taux d’emploi qui est l’un des plus bas au monde parce que la femme ne participe pas. Et donc, qu’est-ce qu’on fait pour ramener la femme sur les lieux de travail ? Et dernier point, il faut miser sur la productivité totale des facteurs. Donc, il faut qu’on forme les gens. La formation continue est importante. La formation de dirigeants est nécessaire.
Il faut que le privé ne soit pas frileux. Il l’est peut-être parce qu’il y a encore trop de barrières administratives, peut-être qu’il n’a pas confiance
On a parlé des 20 dernières années, ce qui a été fait. Donc, on avance. Maintenant, pour abonder dans votre sens, on n’avance pas assez vite. N’est-ce-pas ? Nous sommes un pays millénaire, il y a des habitudes qui sont installées. Nous avons ce passif du passé qui est là. Il y a des gens qui ont pris beaucoup de mauvaises habitudes. Et donc, il faut secouer le cocotier. Il ne faut pas l’oublier qu’il y a beaucoup de lobbies dans ce pays qui défendent leurs intérêts. Je peux le comprendre mais il faut qu’il y ait un contre-pouvoir. Maintenant, il faut se tourner vers l’avenir.
– Si vous aviez une ou deux mesures que vous pensez indispensables, à mettre en place immédiatement, pour améliorer la productivité et aller vers cette nouvelle ère industrielle à laquelle le Maroc aspire ? Quelles seraient-elles ?
– Je pense qu’il y a une chose que je ferai : J’annulerai et je supprimerai toutes les autorisations qui ne sont pas liées à des secteurs vitaux. Je remplacerai cela par des cahiers de charges qu’on vérifie a posteriori et on laisse les gens travailler. Il faut libérer l’activité.
Deuxièmement nous avons besoin d’un choc de compétitivité. Ensuite, il y a la montée en gamme, en réalisant des choses plus complexes dans l’industrie. Le problème, c’est que les industriels ne vont pas tenter puisque pour eux c’est trop risqué. Il a son business déjà, il gagne bien sa vie, il ne va pas risquer.
Et donc, il faut ce qu’on appelle des financements pour que ce coût de la découverte soit réduit au maximum pour l’industriel.
Il faudrait qu’on fasse beaucoup plus d’efforts au niveau de la gouvernance, de la coordination entre les différents secteurs, de la convergence des stratégies.
1,5 million de jeunes ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET)
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a tenu ce mercredi 8 mai un atelier de restitution pour la présentation des conclusions de son avis : « Les jeunes NEET : quelles perspectives d’inclusion socio-économique », en présence de nombreux jeunes NEET.
NEET − Not in Education, Employment or Training − est un mot mnémotechnique décrivant une personne qui n’est ni en études, ni en emploi, ni en formation.
Medias24
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25,2% des jeunes marocains âgés de 15 à 24 ans sont considérés comme des NEET, ce qui indique que le quart de cette population n’est ni en emploi, ni en études, ni en formation, représentant ainsi un potentiel national inexploité.
Dans les zones urbaines, la proportion des jeunes NEET en 2022 s’élève à 21,8%, ce qui correspond à près de 771.000 jeunes. Cette proportion est encore plus marquée dans les zones rurales, avec 30,3% des jeunes en situation de NEET, soit environ 715.000 individus, ce qui représente presque 1,5 million de personnes au total.
En élargissant cette tranche d’âge jusqu’à 35 ans, le nombre de jeunes NEET atteint les 4,3 millions, témoignant ainsi de l’ampleur du défi à relever en matière d’inclusion socio-économique des jeunes au Maroc.
Ces données sont préoccupantes car la croissance économique au Maroc ne parvient pas à générer suffisamment d’emplois. Une réalité qui soulève des questions essentielles. En effet, l’emploi découle normalement de manière déterministe de la croissance économique. Cependant, dans le cas du Maroc, cette croissance ne parvient pas à créer des emplois au rythme requis, ce qui traduit un dysfonctionnement économique significatif.
Causes et recommandations
Les principales dynamiques et causes du phénomène des NEET englobent l’abondance scolaire, qui est à l’origine de plus de 313.000 cas, la pénurie de formation professionnelle, notamment dans les zones rurales, et d’autres problématiques socioéconomiques.
Selon les données révélées par le CESE, 60% des NEET constatent un écart entre leur formation et les exigences du marché de l’emploi. Les femmes représentent 73% des NEET, tandis que 60% d’entre eux n’ont pas de diplômes. De plus, 78% des NEET ne sont pas conscients de l’existence de programmes et d’initiatives ciblant spécifiquement cette catégorie de jeunes.
De ce fait, il est impératif de mettre en place un éventail d’initiatives et d’actions pour contrer ce phénomène. Parmi les mesures proposées au cours de l’atelier :
Encourager l’entrepreneuriat en assurant l’accompagnement des jeunes avant et après la création d’entreprises ;
Veiller au respect de la loi sur l’obligation de scolarité jusqu’à l’âge de 16 ans, conformément aux dispositions énoncées à l’article 19 de la Loi-cadre n° 51-17 régissant le système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, dans le but d’assurer l’accès universel à une éducation fondamentale pour tous les jeunes ;
Créer des écoles de deuxième chance pour permettre aux jeunes qui n’ont pas pu terminer leur scolarité pour des raisons majeures de réintégrer le système éducatif ;
Intégrer les jeunes handicapés en leur offrant un soutien adapté pour favoriser leur inclusion sociale et professionnelle ;
Dynamiser les activités culturelles et sportives, qui peuvent jouer un rôle décisif dans la réduction du nombre de NEET, en offrant aux jeunes des alternatives d’intégration et de développement personnel ;
Coordonner les différents programmes et politiques publiques pour concentrer les efforts là où ils seront les plus efficaces ;
Reconnaître l’importance du soutien psychologique en aidant les jeunes à définir leur projet de vie et en les accompagnant dans leurs choix d’orientation professionnelle et éducative ;
Encourager les partenariats entre les institutions de formation et les entreprises pour élaborer des programmes de formation intégrant des aspects pratiques et professionnels, afin d’assurer une meilleure adéquation entre formation et emploi.
Les recommandations du CESE face à la persistance du mariage d’enfants au Maroc
La pratique du mariage des enfants, touchant en très grande partie les filles, continue de sévir au Maroc en dépit des efforts déployés pour lutter contre ce phénomène social délétère, estime le CESE. Saisi par la Chambre des représentants en novembre 2023, le Conseil a récemment émis un avis sur « la problématique du mariage des mineurs et son impact sur la situation économique et sociale des filles ».
Des chiffres alarmants
Selon les statistiques officielles, depuis la promulgation du Code de la famille en 2004, le nombre de mariages d’enfants a connu une progression continue, tant en chiffres absolus qu’en pourcentage du nombre total des mariages enregistrés chaque année, rappelle le CESE. Cette tendance a culminé en 2011, avec 39.031 actes de mariages d’enfants enregistrés, soit environ 12% du total d’unions conclues durant cette année. Cela dit, une diminution progressive a été observée après cette date pour atteindre 12.940 actes de mariage en 2022.
Les données fournies par la présidence du ministère public indiquent que 57% des demandes d’autorisation sont instruites en une journée, que le recours à une assistante sociale se fait dans 12% seulement des cas, qu’un spécialiste de la santé mentale n’est sollicité que très rarement (moins de 1% des cas), et que les expertises concluent quasi systématiquement (97%) à l’aptitude de l’enfant au mariage.
Le Conseil supérieur de l’autorité judiciaire a indiqué pour sa part, qu’entre 2017 et 2021, 46% des demandes de mariage impliquant des enfants ont reçu l’aval des instances judiciaires. Ces chiffres ne tiennent toutefois pas compte des mariages non officiels, dits « mariages coutumiers par la fatiha », qui demeurent non répertoriés dans les registres officiels.
Éradiquer la pratique du mariage d’enfants
Partant de ce diagnostic, le CESE recommande d’adopter une stratégie globale qui reposerait sur 3 axes :
Axe1 : Harmoniser le cadre juridique avec la Constitution et les conventions internationales
1. Harmoniser les dispositions du Code de la famille avec la Constitution du Royaume du Maroc, la CEDAW, la Convention internationale des droits de l’enfant, ce qui sous-tend la prise en compte de « l’Intérêt supérieur de l’enfant ».
2. Interdire explicitement dans le Code de la famille toute forme de discrimination à l’égard des enfants, conformément à l’article 32 de la Constitution.
3. Abroger les articles 20,21 et 22 du Code de la famille qui permettent de déroger à la règle de la majorité matrimoniale.
4. Consacrer à « l’intérêt supérieur de l’enfant » une disposition légale dans le Code de la famille, en définissant ce principe et en précisant les modalités de son application, conformément aux orientations préconisées par le Comité des droits de l’enfant des Nations unies, afin de garantir dans sa globalité l’intégrité physique, psychologique, morale et spirituelle de l’enfant et de promouvoir sa dignité humaine.
5. Garantir le droit de l’enfant à l’inscription à l’état civil sans distinction aucune entre enfants nés d’une relation légitime et enfants nés hors mariage.
6. Inscrire explicitement dans le Code de la famille que l’analyse de l’ADN est un élément de preuve scientifique de paternité auquel le juge doit recourir pour établir la filiation paternelle de l’enfant dont le père nie qu’il en est le géniteur, afin que tous les enfants aient un égal accès à la filiation, sans discrimination aucune.
7. Renforcer la pratique conventionnelle du Maroc en matière de lutte contre le mariage forcé et le mariage des mineurs, notamment à travers la ratification de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence faite aux femmes et la violence domestique, dite convention d’Istambul, et le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo).
Axe 2 : Lutter contre les pratiques préjudiciables aux enfants à travers la mise en œuvre soutenue et intégrée de différentes politiques et actions publiques à l’échelle nationale et territoriale
8. Accélérer la mise en œuvre du 2e programme de la politique intégrée de protection de l’enfance (PIPE) qui prend en compte nécessairement les dimensions d’éducation à la parentalité et de sensibilisation des familles aux pratiques préjudiciables aux enfants.
9. Mettre en place une politique familiale intégrée qui prenne en compte nécessairement les dimensions d’éducation à la parentalité et de sensibilisation des familles aux pratiques préjudiciables aux enfants. Il convient en outre d’y inclure la création d’un « guide » ou « passeport » du mariage, qui fournira aux futurs mariés des informations complètes sur leurs droits et obligations selon le Code de la famille, en y incorporant des aspects culturels et juridiques. Ce guide devra également aborder des thématiques de santé essentielles, telles que la santé reproductive, la planification familiale, la prévention des maladies sexuellement transmissibles et les déterminants de la santé mentale associés à la vie conjugale.
10. Promouvoir une politique d’éducation devant garantir par tous les moyens de conscientisation et de sensibilisation, (programmes scolaires, prédication religieuse, médias), le respect effectif de l’obligation de scolarisation de tous les enfants, une éducation civique à la citoyenneté, une éducation sexuelle et une éducation religieuse soucieuse de transmettre les valeurs de justice, d’équité, de tolérance et de respect de l’autre.
11. Porter une politique ambitieuse d’égalité entre les hommes et les femmes.
12. Œuvrer résolument en faveur du développement et du renforcement des systèmes de protection et d’assistance sociale, notamment à travers un soutien matériel ciblé aux familles pauvres.
13. Intégrer « les mariages par contrats » au niveau des dispositions de la loi 27-14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains, en vue de l’incrimination et de la sanction de cette pratique.
14. Promouvoir le débat public et le développement de la réflexion collective sur un ensemble de questions « socio-culturelles » liées au mariage et à la santé sexuelle, à l’avortement, aux viols et abus sexuels, viol conjugal, etc., afin de vulgariser les lois, les réflexions et les valeurs qui les sous-tendent.
Axe 3 : Assurer le suivi et l’évaluation des progrès réalisés en matière d’éradication de la pratique du mariage d’enfants
15. Mettre en place un système d’information intégré qui serait alimenté par une batterie d’indicateurs en ligne avec les droits de l’enfant et les objectifs de développement durable, et de données renseignant notamment sur les éventuels cas de mariages informels d’enfants, de divorces dans les couples impliquant des mineurs, de mineures mariées abandonnées et de violences conjugales et familiales à l’égard des épouses mineures.
16. Élaborer un rapport annuel rendant compte de la situation des mariages d’enfants et de l’état d’avancement de l’action publique en la matière, à soumettre aux commissions compétentes au Parlement (commissions spécialisées) par l’autorité gouvernementale en charge de l’enfance.
Ahmed Réda Chami prononce la leçon inaugurale devant les futurs journalistes et communicants de l’ISIC
Avec sa verve, son style didactique et ses métaphores, Ahmed Reda Chami président du CESE, ne pouvait que mobiliser les étudiants de l’ISIC, l’Institut supérieur de l’information et de la communication, dirigé par Abdellatif Bensfia. Sa leçon inaugurale portait sur « les défis de la transformation digitale pour le Maroc », avec un style interactif et participatif marqué par de nombreuses digressions. La présentation que le lecteur peut retrouver à la fin de cet article, ne reflète pas toute la richesse de cette séance.
Dans cette leçon inaugurale au titre de l’année académique 2023-2024, Ahmed Réda Chami a évoqué les opportunités offertes par les services de l’outsourcing, la programmation et le développement d’applications.
Selon lui, le Maroc dispose d’énormes potentialités pour réussir ce virage numérique, citant notamment la stratégie « Maroc Digital 2025 » et le plan stratégique d’accélération de la transition numérique.
Le président du Conseil économique, social et environnemental a cependant relevé que les enjeux de la transformation digitale sont nombreux et complexes, s’agissant des business models dans le secteur du commerce, de la finance, de l’éducation ou encore de la santé. « Il est donc crucial que le Maroc prenne des mesures concrètes pour accélérer sa transformation digitale et créer un écosystème favorable à l’innovation de la société. »
Selon Chami, une transition numérique réussie constitue un véritable levier d’accélération du développement économique, d’augmentation des rendements et de renforcement de la compétitivité de l’économie, au même titre qu’elle permet de relever la qualité de la relation entre l’administration et les usagers et de réduire les disparités territoriales et sociales.
Il est donc primordial d’avoir une stratégie pour accompagner le changement digital, car outre les défis majeurs du changement climatique, de la pandémie et de la cybersécurité, le monde fait aussi face au défi de la transformation digitale.
Chami a passé en revue un ensemble de mesures phares qui devraient accompagner la réussite de ce chantier, notamment :
– la mise en place d’un cadre réglementaire complet et adapté en matière de digitalisation (télétravail et protection des données) ;
– l’amélioration de la cybersécurité et de la souveraineté numérique ;
– la promotion de l’intelligence artificielle.
Le président du CESE a souligné que la transformation digitale est un processus de mutation de la société dû au recours intensif aux nouvelles technologies numériques, à savoir le web, les smartphones, les réseaux sociaux, le commerce électronique, relevant que « la transformation » influence la manière de vivre, le travail et la consommation des citoyens.
« Les fake news se propagent six fois plus vite que les vraies informations »
Selon Chami, les informations erronées circulent six fois plus rapidement que les informations véridiques. Ces fausses nouvelles, note-t-il, ont des répercussions considérables, touchant à la vie privée des citoyens, sapant la confiance envers les institutions, perturbant la stabilité des marchés et compromettant la sécurité sociale.
Le président du CESE a indiqué que la propagation de ces fake news est principalement attribuable au manque de ressources humaines et matérielles, empêchant les médias publics de combattre efficacement ce fléau, pointant également du doigt l’absence notable de plateformes robustes de vérification des faits (fact-checking).
Face à cette situation, Chami avance plusieurs recommandations :
– garantir un accès réel au droit à l’information publique, en imposant la publication en ligne de tous les documents officiels sur le site de l’administration pertinente, dans les 24 heures après leur validation ;
– créer une plateforme publique numérique dédiée au fact-checkingdes communications officielles marocaines ;
– soutenir les initiatives qui ciblent la détection et le partage des fausses nouvelles entre les acteurs médiatiques avant leur large diffusion ;
– encourager les créateurs de contenu à prendre conscience de leur rôle essentiel et de leurs devoirs dans la bataille contre les fake news, notamment en proposant des formations continues.
L’administration publique à l’ère du numérique : des défis persistent
Évoquant la dynamique de numérisation de l’administration publique, le président du CESE a mis en lumière le retard considérable de certains secteurs clés. Le domaine culturel, par exemple, peine à digitaliser son contenu, constate-t-il. « Le secteur touristique ne dispose pas encore de plateforme nationale pour les réservations en ligne. Dans le domaine de la santé, le citoyen marocain est toujours en attente d’un véritable dossier médical numérique, et la télémédecine est en phase d’implémentation tardive. Dans l’éducation, près de 40% des étudiants ont été privés d’enseignement en ligne durant le confinement. »
Face à cette situation, Chami a insisté sur l’importance pour le Maroc de surmonter plusieurs défis et de concrétiser ses aspirations numériques. Ces enjeux englobent, selon lui, une meilleure gouvernance, notamment en levant les obstacles réglementaires, le développement d’infrastructures adaptées, comme l’accès public à internet pour les régions rurales et les citoyens les moins aisés, et le renforcement des compétences par une sensibilisation accrue et des ressources spécialisées. « L’objectif ultime étant la mise en place de projets numériques porteurs de changement. »
Chami a enfin rappelé la nécessité vitale de s’engager résolument dans la numérisation. « Une transition numérique réussie est non seulement un moteur de croissance économique et de compétitivité, mais elle renforce aussi la qualité des services publics et réduit les inégalités territoriales et sociales. Il est temps d’instaurer un environnement propice à l’innovation et à la transformation digitale. »
Ahmed Réda Chami regrette que les task forces sectorielles n’aient pas été mises en place
Intervenant en sa qualité de membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement, Ahmed Réda Chami a regretté que la proposition d’instaurer des task forces sectorielles n’ait pas été prise en compte par le gouvernement. Il s’exprimait dans le cadre de la Journée nationale de l’industrie, ce mercredi 29 mars à Casablanca.
Interrogé sur la façon de surmonter les blocages au niveau des secteurs industriels, il a rappelé quelques-unes des recommandations du rapport sur le Nouveau Modèle de développement. « Tout le monde répète depuis des années que l’on a des blocages au niveau des facteurs de production, de l’environnement des affaires, de la corruption, de la fraude, de l’informel, des coûts de transaction, des coûts de découverte… », a-t-il déclaré.
« Pour les surmonter, le Nouveau Modèle de développement a proposé une approche à quatre composantes.
« La première, c’est ce que l’on a appelé la task force sectorielle. On pensait amener quelque chose d’impactant, mais cela n’a pas été pris en compte – et ne me posez pas la question à moi, posez-la à qui de droit. L’idée, c’était de dire qu’à chaque fois qu’il y a un secteur à fort potentiel, faisons une task force sectorielle public-privé, parce que toute cette vision s’insère dans le cadre d’une alliance public-privé. Cela se fait par un mandat qui peut venir du chef du gouvernement, avec la participation du ministre concerné par le secteur, un représentant de la profession (un président de fédération notamment). La task force aura pour objectif de comprendre les blocages spécifiques à chaque secteur, et d’implémenter des solutions grâce à une série d’outils qui seront entre ses mains », a poursuivi Ahmed Réda Chami.
« Deuxièmement, les entreprises ont besoin de plus de diversification et de montée en gamme. On a pensé à mettre en place un instrument de capital-risque ; c’est d’ailleurs une mission dont peut s’occuper le nouveau Fonds Mohammed VI pour l’investissement », a-t-il ajouté.
« Nous sommes classés 99e sur 121 pays sur l’Atlas de complexité économique, un classement publié par Harvard, ce qui signifie que le Maroc ne produit pas assez de choses complexes. Sur une nomenclature de 5.000 produits, on en exporte à peu près 1.350, pendant que la Malaisie, la Thaïlande et la Turquie en exportent environ 3.000. On a donc besoin d’aller vers de nouveaux métiers. Et cela, les industriels ne peuvent pas le faire seuls ; il faut les aider à dérisquer cette approche. »
« La troisième composante concerne une politique nationale d’accompagnement de l’entreprise, quelle qu’elle soit, de la petite à la grande, et avec des écosystèmes régionaux. La dernière propose une véritable stratégie de l’innovation pour l’entreprise marocaine et l’instauration du crédit d’impôt recherche. »
Sur la question de l’informel, Ahmed Réda Chami répond sans détour : « Il faut appliquer la loi. Souvent pour des raisons de stabilité, on laisse faire les choses. En réalité, c’est un raisonnement à court terme, puisque l’on met des gens à la rue en fragilisant l’entreprise. »
Quatre catégories de secteurs
Ahmed Réda Chami est également revenu sur les secteurs pour lesquels les task forces ont été proposées, et les opportunités d’investissement qu’ils recèlent.
« On s’est dit, si l’on devait répertorier toutes les possibilités qu’offre le pays pour faire du made in Morocco, quelles seraient-elles ? On a classé ces opportunités en quatre catégories. La première concerne le capital naturel. On y trouve les mines, l’économie bleue et l’énergie. »
« On a d’ailleurs présenté le rapport du CESE sur les minerais stratégiques et critiques, qui liste 24 métaux absolument nécessaires pour l’avenir industriel du Maroc. On y indique qu’il n’y a pas assez de collaboration entre le secteur minier et le secteur industriel », a signalé Ahmed Réda Chami.
« La deuxième catégorie concerne le capital immatériel. On y trouve l’offshoring, le tourisme, l’artisanat et l’industrie artistique. Le Nigeria par exemple emploie un million de personnes dans le cinéma. »
« La troisième catégorie est celle de la valorisation de la position géostratégique. On parle de la mobilité durable, du biomédical, mais aussi du textile qui, grâce à la fast fashion, nous donne un avantage compétitif. »
« La quatrième catégorie est celle du marché intérieur. Ce sont les services, les télécoms, les services financiers, les matériaux de construction, le commerce, etc. », a conclu Ahmed Réda Chami.
Les recommandations du CESE pour valoriser le patrimoine culturel du Maroc
Malgré un remarquable patrimoine matériel constitué de nombreux sites qui le distinguent en Afrique et dans le monde arabe, et une riche composante immatérielle formée de rituels religieux, traditions culinaires, musiques, habillements, danses, savoir-faire ancestraux, le Maroc ne parvient toujours pas à en faire un véritable levier économique de développement, touristique notamment.
La nécessité et l’urgence de valoriser un héritage culturel inexploité
Les membres du Conseil économique, social et environnemental (CESE) se sont saisis en octobre dernier de cette question pour élaborer et présenter, cinq mois plus tard, un avis intitulé « Une nouvelle vision de gestion et de valorisation du patrimoine culturel ».
Invité par Médias24 à exposer ses motivations, le président du CESE, Ahmed Réda Chami, estime que la richesse non exploitée de cet héritage patrimonial séculaire justifie la nécessité et l’urgence de le valoriser. Et cela commence par une identification préalable de toutes ses composantes, matérielles et immatérielles. M. Chami nous répondait en marge de la rencontre organisée le vendredi 1er avril et consacrée à la restitution de l’avis du Conseil sur le patrimoine culturel.
Un répertoire précis du patrimoine matériel et immatériel
« Si le Maroc a fait beaucoup de progrès en termes de rayonnement culturel, avec une présence accrue au patrimoine universel de l’Unesco, et en offrant des expositions muséales qui n’ont rien à envier à celles de la planète, nous nous devions d’identifier notre patrimoine pour pallier les insuffisances d’inventaire de notre patrimoine culturel, en particulier immatériel plus difficile à lister que les monuments physiques. »
« Selon les conclusions de notre rapport, la priorité est de mettre en œuvre une stratégie nationale qui permette de répertorier tout notre patrimoine culturel, qu’il soit matériel ou immatériel, en mobilisant des moyens qui soient plus adaptés, et une gouvernance unifiée et non plus éclatée ou en silos comme jusqu’ici », recommande le président du CESE.
« Cela dit, cette stratégie d’identification nationale ne devra pas se limiter à répertorier le patrimoine existant ; elle devra aussi intégrer les créations actuelles qui formeront le patrimoine culturel de demain, dans le cadre d’une cartographie patrimoniale qui soit constamment mise à jour. »
Injecter des moyens et multiplier les partenariats
« Pour cela, il faut que les acteurs aient plus d’argent, spécialement le ministère de la Culture dont il convient d’augmenter le budget et les ressources humaines, et à qui il faut offrir des instruments académiques et technologiques pour remplir certaines missions, comme l’archivage qui demande des moyens particuliers. »
« En effet, sachant que des pans du patrimoine immatériel peuvent se perdre avec, par exemple, la disparition de certains conteurs sans descendance de la place Jamaâ El Fna, l’Etat devra prévoir de débloquer des moyens pour que d’autres puissent prendre la relève », explique Chami pour qui cela ne devrait pas représenter un coût élevé.
Selon lui, en répertoriant la musique andalouse ou la danse taskiwine, ce patrimoine immatériel sera protégé, et valorisé de fait grâce à des droits d’auteur inexistants aujourd’hui.
« Hormis un effort budgétaire, il faudra également investir dans ce secteur à travers la multiplication des partenariats entre tous les acteurs concernés. C’est pourquoi il faut valoriser l’investissement, en créant des sociétés à but non lucratif, en mettant en place des partenariats public-privé, et en subventionnant des start-up afin de numériser notre patrimoine », suggère Ahmed Réda Chami.
Nécessité de créer un poste de ‘Madame ou Monsieur Patrimoine’
« En dernier lieu, il faudra confier à une personne publique une mission de chargé du patrimoine, en nommant une personnalité reconnue pour son engagement culturel, qui mènera un plaidoyer efficace et trouvera des financements innovants pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine. »
« Cette urgence de préservation s’explique par le fait que cet héritage joue non seulement un rôle de création de valeurs et d’emplois, mais aussi de sécurité identitaire qui relie des individus à une identité marocaine et les réunit via un patrimoine musical, architectural, culinaire… », souligne le président du CESE.
Voici les recommandations telles que présentées dans l’avis du CESE :
– Consolider et dynamiser les institutions et les outils opérationnels au service du patrimoine culturel :
* en dotant le département en charge du patrimoine culturel de l’expertise et des moyens nécessaires lui permettant de cartographier, d’inventorier, de sauvegarder et de mettre en valeur le patrimoine culturel ;
* en érigeant l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) en établissement public doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière ;
* en encourageant les partenariats entre la Fondation Nationale des Musées et les collectionneurs privés dans l’optique d’améliorer l’offre des musées et de les ouvrir davantage sur la société et la recherche.
– Accorder une attention particulière au patrimoine immatériel :
* en réalisant des monographies régionales pour inventorier les richesses locales en la matière ;
* en renforçant sa codification et sa connaissance par des travaux académiques et scientifiques ;
* en soutenant les porteurs du capital immatériel pour assurer la transmission de ce patrimoine.
– Garantir un financement national pérenne et diversifier les sources de financement en ayant recours au partenariat public-privé et au tiers secteur pour la sauvegarde, la réhabilitation et la mise en valeur du patrimoine.
– Favoriser les projets de mise en valeur du patrimoine culturel matériel et immatériel dans le milieu rural (architecture, ksours, kasbahs, chants, danses, traditions, art culinaire, etc.), notamment dans les zones montagneuses et/ou défavorisées et les intégrer dans les circuits touristiques culturels.
– Encourager les entreprises à se spécialiser dans les métiers de restauration des sites et monuments historiques.
– Systématiser le recours aux technologies les plus avancées lors de la cartographie de l’inventaire et privilégier le recours aux services d’archivage digital.
– Charger une personnalité publique, jouissant d’une grande notoriété et dont la légitimité est reconnue, de :
* mener un plaidoyer efficace pour sensibiliser sur les enjeux de la valorisation de l’histoire et du patrimoine culturel national ;
* faire du lobbying auprès des parties prenantes et trouver des financements innovants pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine.
Ci-après, la présentation filmée des recommandations du CESE, en présence du ministre de la Culture :
Ahmed Réda Chami ne se présentera pas à la tête de l’USFP
Selon une source proche du président du Conseil économique social et environnemental, Ahmed Réda Chami ne sera pas candidat au poste de premier secrétaire de l’USFP, lors du 11e congrès prévu du 28 au 30 janvier.
La raison invoquée a trait à la proximité du congrès, qui aura lieu 17 jours, laps de temps trop court « pour engager un vrai débat d’idées pour l’avenir ».