Airbus affiche ses ambitions au Maroc

Airbus souhaite renforcer sa présence au Maroc dont le secteur aérien présente « plein d’opportunités », a indiqué le mardi 17 juin le vice-président exécutif international du groupe, Wouter Van Wersch, cité par la MAP.

« Nous avons une présence de longue date au Maroc. Le Royaume est un partenaire très proche d’Airbus », a déclaré Wouter Van Wersch à la presse, à l’issue d’une réunion avec les membres de la délégation d’officiels représentant le Maroc à la 55e édition du Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget, qui se tient en banlieue parisienne (16-22 juin).

Qualifiant d’ »excellentes » les discussions avec les membres de la délégation marocaine, le responsable d’Airbus a relevé une volonté commune des deux parties de voir se renforcer davantage la présence du groupe et sa collaboration avec le Maroc où le constructeur européen compte près 2.000 employés depuis la récente acquisition de l’usine de Casablanca de Spirit AeroSystems.

Reçue au sein du stand Airbus au Salon du Bourget, la délégation marocaine était composée notamment du ministre du Transport et de la logistique, Abdessamad Kayouh, du ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, du ministre délégué chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, Karim Zidane, et du directeur général de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), Ali Seddiki.

Ryad Mezzour a rappelé, dans une déclaration similaire, les accords stratégiques liant le Maroc à Airbus, un des leaders mondiaux de l’aéronautique. « Nous travaillons ensemble sur les perspectives d’avenir de la plateforme marocaine« .

« Airbus vient d’acheter l’usine Spirit qui fait des fuselages d’avions, notamment de l’A220 au niveau de Nouaceur », a-t-il précisé, relevant que les deux parties œuvrent pour réaliser l’ambition de mettre en place « un assemblage final d’avions au Maroc ».

Cité par le journal français Le Point, Ryad Mezzour a confirmé qu’une commande d’avions par Royal Air Maroc est bien en cours d’étude, notamment pour des Airbus A220, un moyen-courrier qui correspond au réseau européen de la RAM.

De son côté, Karim Zidane a souligné que la rencontre avec les responsables d’Airbus intervient à point nommé alors que le Maroc se prépare à organiser de grands événements.

En effet, la compagnie nationale Royal Air Maroc (RAM) est en train de renforcer sa flotte d’avions de 50 à 200 appareils à l’horizon 2037. Le ministre délégué chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques a souligné que, pour « ce grand marché » qui suscite d’ores et déjà l’intérêt des leaders mondiaux de l’aéronautique, le gouvernement marocain insiste sur « un partenariat gagnant-gagnant ».

« Airbus est consciente de cet enjeu. Nous souhaitons qu’une partie de l’investissement du groupe dans l’aérien soit au Maroc pour le transfert de l’expertise et du savoir-faire », a-t-il ajouté, se félicitant de la disposition d’Airbus à investir davantage au Maroc.

Abondant dans le même sens, Abdessamad Kayouh a évoqué une réunion « très fructueuse » avec les responsables d’Airbus, notamment dans la perspective du renforcement de la flotte de la RAM. Le ministre du Transport et de la logistique a mis l’accent sur l’importance des nouvelles technologies pour « répondre aux besoins, surtout avec le nouveau hub de Casablanca qui sera un vrai hub international et de l’Afrique ».

Pour sa part, le directeur général de l’AMDIE a mis en avant les atouts du Maroc qui, « grâce à ses forces vives, son capital humain de qualité, ses infrastructures de classe mondiale et une stratégie industrielle qui se déploie sur l’ensemble des secteurs, est à même de sécuriser le groupe européen et de l’accompagner dans sa forte montée de production ».

24 Dreamliner, 50 Boeing 737 et une vingtaine d’Airbus A220

Médias24 avait préalablement révélé que Royal Air Maroc était sur le point de conclure une importante commande d’avions auprès de Boeing, accompagnée d’un accord avec Airbus, dans le cadre de son ambitieux plan d’expansion.

Citant des sources proches du dossier, l’agence Bloomberg avait détaillé la répartition de la commande : environ 24 Boeing 787 Dreamliner pour les liaisons long-courrier, jusqu’à 50 Boeing 737 pour le réseau court-courrier, ainsi qu’une vingtaine d’Airbus A220 destinés aux dessertes régionales.

Selon les mêmes sources citées par Bloomberg, une annonce officielle concernant la commande Airbus « pourrait intervenir à l’occasion du Salon du Bourget », actuellement en cours.

Quant à la finalisation de l’accord avec Boeing, « elle pourrait dépendre d’une rencontre ultérieure entre le Roi Mohammed VI et le président américain Donald Trump », toujours selon Bloomberg.

Dans le cadre de l’appel d’offres international lancé en avril 2024, la compagnie nationale prévoit d’acquérir entre 188 et 200 appareils à l’horizon 2037. Au moins trois constructeurs devraient être retenus parmi les quatre actuellement en lice : Boeing, Airbus, Embraer et ATR.

Cette stratégie de diversification vise à réduire la dépendance historique vis-à-vis de Boeing, à accélérer les délais de livraison et à créer des synergies opérationnelles sur le long terme.

Bien qu’Airbus ne fasse plus partie de la flotte actuelle de RAM, des modèles comme l’A320 et l’A350 sont désormais sérieusement envisagés pour les segments moyen-courrier et long-courrier. Selon nos sources, les négociations avec l’avionneur européen sont jugées « avancées ».

Un contrat phare avec Boeing

Le Salon du Bourget 2025 a démarré le 16 juin et se poursuit jusqu’au 22 juin. Si l’annonce officielle prédite par les sources de Bloomberg se fait attendre, le Maroc a déjà marqué des points avec un contrat d’envergure, estime Le Point. Un accord de partenariat a en effet été signé en marge du Salon entre Boeing et Casablanca Aéronautique, filiale du groupe français Figeac Aero, pour la production de pièces de structure usinées destinées au programme 737 MAX.

Cet engagement s’inscrit dans la continuité du protocole d’accord signé en 2016 entre le constructeur aéronautique américain et les autorités marocaines et marque sa volonté de renforcer la base industrielle marocaine et d’ancrer durablement ses chaînes d’approvisionnement dans le Royaume.

« 150 entreprises aéronautiques ont au moins une usine au Maroc », rappelle Ryad Mezzour, cité par le journal français, « ce qui génère 26.000 emplois à temps plein principalement autour de Casablanca, de Tanger, de Rabat et de Fès. Le chiffre d’affaires annuel est de 2,5 milliards d’euros réalisés dans la production de fuselages, d’éléments de structure, d’aménagements intérieurs, de câblages, etc. ».

« Nous allons élargir notre offre à l’aménagement de cabines et à la fabrication de trains d’atterrissage, et pensons pouvoir proposer d’ici à dix ans une ligne d’assemblage finale d’avions commerciaux« , indique le ministre, qui prévoit un doublement du chiffre d’affaires du secteur d’ici à 2030.

Airbus reprend le site de Spirit AeroSystems à Casablanca

L’opération inclut également d’autres sites aux États-Unis (Kinston et Wichita), en France (Saint-Nazaire), en Irlande du Nord (Belfast) et en Écosse (Prestwick). L’objectif pour Airbus est de renforcer la stabilité de sa chaîne d’approvisionnement sur ses programmes commerciaux, indique un communiqué d’Airbus.

La transaction, dont la clôture est prévue au troisième trimestre 2025, prévoit un paiement net de 439 millions de dollars en faveur d’Airbus, avec des ajustements possibles. Airbus a aussi accordé à Spirit AeroSystems une ligne de crédit sans intérêt de 200 millions de dollars pour soutenir la transition.

Le site de Casablanca est le seul en Afrique concerné par cette opération. Situé au sein de la zone industrielle Midparc à Nouaceur, à proximité de l’aéroport Mohammed V, le site casablancais est spécialisé dans la fabrication de composants pour les programmes A220 et A321, deux modèles commerciaux en forte demande sur le marché mondial.

Les défis et avancées du secteur aéronautique marocain mis en avant à l’Aerospace Meetings Casablanca

Mardi 3 octobre a marqué le lancement de la 7e édition de l’Aerospace Meetings Casablanca, un rendez-vous pour les professionnels des industries aéronautiques et spatiales nationales et internationales, qui durera jusqu’au jeudi 5 octobre.

Cet événement est organisé par l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) en collaboration avec le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS) et Advanced Business Event (ABE), rassemblant les leaders et professionnels des industries aéronautiques et spatiales nationales et internationales.

Cette 7e édition a connu la participation de plus de 650 personnes dont 250 entreprises représentant 20 pays. Une délégation d’industriels comprenant Airbus, Boeing, Pratt & Whitney Canada, Collins Aerospace et bien d’autres ont pris part à cette édition.

Plusieurs thématiques ont été abordées, notamment la « Montée en puissance de l’excellence opérationnelle au Maroc », « le Capital humain de qualité, facteur clé de l’industrie 4.0 » et « Cybersécurité : l’engagement du Maroc dans la digitalisation », qui ont suscité des discussions et des réflexions sur les perspectives de développement du secteur aéronautique au Maroc.

« L’industrie aéronautique marocaine fait preuve d’une constante innovation. Le soutien au secteur industriel et logistique de pointe, le positionnement géographique du Maroc et sa stabilité, et l’investissement dans la formation et la qualification de la main-d’œuvre constituent les bases de la compétitivité de l’industrie aéronautique marocaine », a indiqué Saïd Benhajjou, le président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), à l’ouverture de cette édition placée sous le thème « Morocco : Take your business to new heights ».

Plus de 142 entreprises opèrent dans les industries aéronautiques et spatiales au Maroc. Le secteur emploie 20.000 personnes et génère un chiffre d’affaires à l’export de deux milliards de dollars. Il présente un taux d’intégration de 40% et une croissance moyenne de 20% par an, soit 4 fois plus que la moyenne mondiale et 5 fois la croissance du PIB.

 Empreinte carbone et financements, les défis du secteur

Le président du GIMAS a toutefois précisé que les défis du secteur sont nombreux: la mise en place de mécanismes de financement plus performants, le renforcement des outils électronique et mécanique, l’optimisation des coûts de production et la réduction de l’empreinte carbone.

De son côté, le délégué général du du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), Frédéric Parisot, a déclaré que le premier défi actuel de l’aéronautique en Europe est la main-d’œuvre, estimant que le secteur nécessite plus de compétences et une main-d’œuvre qualifiée pour pouvoir faire face aux challenges émergents, dont la cybersécurité, la généralisation des réglementations RSE, la livraison à temps et les problèmes environnementaux, en particulier le réchauffement climatique et la décarbonation, qui s’inscrivent dans la trajectoire zéro émission nette d’ici à 2050.

« Des avancées significatives »

Pour sa part, le directeur général de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations, Ali Seddiki, a noté que le secteur aéronautique a traversé dernièrement des phases difficiles. Les défis sont de plus en plus nombreux pour les petites et moyennes entreprises et les fournisseurs marocains de technologie aéronautique, d’où l’importance de cette rencontre qui met en avant la résilience du secteur et les capacités du Maroc en matière de mise en place de solutions innovantes.

Le secteur, a-t-il poursuivi, a connu des avancées significatives en matière de commerce et de chaîne de valeur aéronautique. Les efforts sont de plus en plus fédérés en faveur du renforcement de la compétitivité de l’industrie marocaine, a-t-il encore souligné.

« Le Maroc, un acteur incontournable du secteur au niveau africain »

De son côté, la directrice des Industries aéronautiques, ferroviaires, navales et des énergies renouvelables au ministère de l’Industrie et du commerce, Afaf Saidi, s’est félicitée du développement que connaît la flotte aéronautique et de la modernisation des bases aériennes marocaines.

Le Maroc est devenu un acteur incontournable du secteur au niveau africain, a-t-elle noté, en particulier grâce à la production de composants destinés à l’aéronautique, la création de nouvelles entreprises, l’innovation, le renforcement de la coopération internationale dans le domaine et l’attachement à la durabilité et au respect des normes environnementales.