Au Bourget, le Maroc a scellé des accords stratégiques dans l’aéronautique

À l’occasion du Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourget, une délégation ministérielle marocaine a supervisé la signature de plusieurs accords stratégiques visant à attirer des investissements de pointe et à solidifier l’écosystème industriel du Royaume.

Dans une publication sur Facebook, le ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, a souligné que les initiatives qui ont été prises lors du Salon jusqu’à présent « tiennent à consacrer la place du Maroc en tant qu’acteur majeur de l’industrie aéronautique mondiale ».

La délégation, qui comprenait également Abdessamad Kayyouh, ministre du Transport et de la logistique, et Karim Zidane, ministre délégué chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, a conclu une série d’accords couvrant des domaines clés de l’industrie.

Parmi les annonces majeures, le Maroc a signé un mémorandum d’entente avec la société indienne Genser Aerospace pour le développement et la production sur le sol marocain d’un avion d’affaires polyvalent.

Parallèlement, une convention a été signée avec la société LPF (Latécoère-Précision-Façonnage) pour l’agrandissement de son unité industrielle dans la province de Nouaceur. Cette expansion sera dédiée à la production de composants critiques pour les moteurs d’avion.

Par ailleurs, des pourparlers approfondis ont été menés avec le groupe Airbus afin de renforcer le partenariat stratégique et d’étendre la présence industrielle du constructeur européen dans le Royaume.

Ryad Mezzour a dans ce sens déclaré à la presse : « Airbus constitue, directement ou indirectement, un pilier majeur de notre industrie aéronautique, représentant près de 60% du secteur. L’avionneur s’approvisionne en un volume important de composants fabriqués au Maroc, ce qui cimente notre partenariat stratégique, porté par le ministère de l’Industrie et l’ensemble du gouvernement marocain. Nos récents échanges avec Airbus ont été des discussions de fond, centrées sur les perspectives de développement de cette filière clé pour le Maroc ».

De plus, un partenariat stratégique a été annoncé entre Boeing et le Centre Africain d’Excellence en Fabrication (African Center of Excellence in Manufacturing), une entité de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Cette collaboration vise à « ancrer l’innovation industrielle et à développer les compétences nationales pour répondre aux besoins futurs du secteur ».

Cette série d’accords vient renforcer une dynamique déjà bien engagée. En effet, dès l’ouverture du salon, Figeac Aéro avait donné le ton en annonçant la signature d’un nouveau partenariat avec le géant américain Boeing. Ce contrat concerne la fabrication, par le site marocain de Casablanca Aéronautique, d’un ensemble de pièces usinées en aluminium destinées au Boeing 737 MAX.

Le Salon Le Bourget se poursuivra jusqu’au dimanche 22 juin.

RAM : les premières livraisons de la méga-commande attendues en 2028

Déclenchée en septembre 2024, la grève des 33.000 machinistes de Boeing va occasionner des retards importants de livraison pour les compagnies aériennes ayant passé des commandes au constructeur américain, estime une source autorisée en charge du carnet de commandes de Royal Air Maroc (RAM). Cette dernière nous livre des informations sur les échéances des prochaines livraisons.

La livraison des 9 Boeing 737 Max 8 commandés en 2023 sera décalée

Les difficultés de l’avionneur Boeing auront pour effet de décaler l’agenda de livraison à la compagnie nationale pour cette année 2025.

« Afin de renforcer nos vols moyen-courriers vers l’Afrique et l’Europe, la commande de 2023 des 9 appareils de type 737 Max 8 sera bien honorée courant 2025, mais leur livraison prévue en mars dernier commencera véritablement à la fin de ce mois de mai », révèle notre source.

Elle précise que deux unités seront livrées dans les semaines à venir, et le reste au cours du prochain semestre.

L’annonce de l’adjudication de l’appel d’offres est imminente

En parallèle à cette commande, RAM est engagée dans un processus d’appel d’offres international visant à quadrupler sa flotte à l’horizon 2037. Ces retards auront-ils un impact sur cet objectif ?

Se voulant rassurant, notre interlocuteur estime que la fin des tensions, qui ont duré deux mois entre la direction de Boeing et ses employés, permettra d’accélérer le rythme des livraisons des neuf appareils 737 Max 8 et d’autres commandes éventuelles si l’avionneur américain est retenu dans le cadre de l’appel d’offres.

Après avoir confirmé que l’adjudication de l’appel d’offres international lancé en avril 2024 était en cours de finalisation, notre source assure que ses résultats seront bientôt annoncés. Une annonce imminente en juin-juillet n’est pas exclue.

RAM recevra les premiers appareils à partir de 2028

Concernant les premières livraisons de la commande de 188 avions, notre interlocuteur indique qu’elles n’auront pas lieu en 2026.

« Les carnets de commandes des constructeurs sollicités par RAM (Boeing, Airbus, Embraer et ATR) sont surchargés après la très forte reprise mondiale du trafic aérien ; il faudra attendre au moins 2028, voire 2029, avant de recevoir les premiers appareils qui seront sélectionnés à l’issue de l’adjudication finale de l’appel d’offres lancé en avril 2024″, prédit notre source, en ajoutant que le rythme ultérieur de livraison sera accéléré pour respecter l’échéance de 2037.

Et de préciser qu’une moyenne de livraison, a minima, de 20 avions par an sera nécessaire pour satisfaire la commande des 188 aéronefs, qui permettra de quadrupler la flotte de Royal Air Maroc.

À la dernière question portant sur le résultat réalisé lors de l’exercice comptable à cheval entre novembre 2023 et octobre 2024, notre interlocuteur nous confirme qu’il a été positif, et que l’activité commerciale de l’année 2024-2025 ouvre des perspectives bénéficiaires tout aussi prometteuses qui contribueront au financement des prochains achats.

Airbus reprend le site de Spirit AeroSystems à Casablanca

L’opération inclut également d’autres sites aux États-Unis (Kinston et Wichita), en France (Saint-Nazaire), en Irlande du Nord (Belfast) et en Écosse (Prestwick). L’objectif pour Airbus est de renforcer la stabilité de sa chaîne d’approvisionnement sur ses programmes commerciaux, indique un communiqué d’Airbus.

La transaction, dont la clôture est prévue au troisième trimestre 2025, prévoit un paiement net de 439 millions de dollars en faveur d’Airbus, avec des ajustements possibles. Airbus a aussi accordé à Spirit AeroSystems une ligne de crédit sans intérêt de 200 millions de dollars pour soutenir la transition.

Le site de Casablanca est le seul en Afrique concerné par cette opération. Situé au sein de la zone industrielle Midparc à Nouaceur, à proximité de l’aéroport Mohammed V, le site casablancais est spécialisé dans la fabrication de composants pour les programmes A220 et A321, deux modèles commerciaux en forte demande sur le marché mondial.

Appel d’offres de RAM : 15 milliards de dollars pour 188 avions et 60 moteurs de rechange

« Afin de renouveler une partie de son parc actuel et de porter sa flotte à 200 avions d’ici 2037, Royal Air Maroc prévoit d’effectuer le plus gros investissement financier de toute son histoire », nous déclare une source ministérielle avant de détailler la ventilation des acquisitions programmées et leur coût.

« 188 nouveaux avions dont 38 pour renouveler une partie du parc actuel »

Et de préciser que le groupe RAM a choisi d’anticiper le vieillissement de plus des deux tiers de son parc actuel composé de 55 avions qui devraient être frappés d’obsolescence d’ici 2037.

Pour cela, RAM a inclus le renouvellement de 38 aéronefs qui s’ajouteront à l’acquisition de 150 appareils, prévue dans le cadre de son plan visant à quadrupler sa flotte.

« L’appel d’offres concerne donc au total 188 avions dont les deux tiers seront des monocouloirs, et le tiers restant des gros porteurs long-courriers », précise notre source en ajoutant que RAM poursuit ses négociations avec les constructeurs Boeing, Airbus, Embraer et enfin ATR.

« 125 court et moyen-courriers et 63 long-courriers »

En d’autres termes, la commande portera sur 125 aéronefs court et moyen-courriers pour les vols intérieurs, vers l’Afrique et l’Europe. À ceux-ci s’ajouteront 63 long-courriers pour desservir des destinations lointaines comme l’Amérique du Nord et du Sud ainsi que l’Asie. Ils seront progressivement livrés au rythme de 15 unités par an.

À la question de savoir si la compagnie avait l’intention d’acquérir aussi des avions cargo pour développer le créneau du fret de marchandises peu exploité, notre interlocuteur estime qu’il faudra attendre la fin des négociations, mais que cette option est sur la table, car la compagnie ne dispose que d’un seul avion affecté à cette activité.

« Une soixantaine de moteurs de rechange seront commandés »

Dans le cadre de l’appel d’offres, la compagnie a également prévu d’acheter un nombre conséquent de moteurs de rechange pour accompagner l’augmentation du nombre d’avions de sa flotte.

Bien que RAM n’ait pas encore officiellement annoncé le nom des trois principaux motoristes aéronautiques sollicités, les partenariats déjà existants laissent penser que ceux qui seront impliqués dans ce projet seront CFM International (Safran/GE) Aerospace, Rolls-Royce et Pratt & Whitney.

En les mettant en concurrence, la compagnie pourra, selon nos sources, obtenir des conditions financières plus avantageuses, réduire les risques opérationnels – car diversifier les moteurs permet de minimiser les impacts en cas de problème technique affectant un modèle précis –, mais aussi renforcer les partenariats industriels en bénéficiant d’un transfert de technologies.

Sachant que la commande devrait inclure une gamme variée d’avions dont la majorité seront des bimoteurs, notre source estime qu’au moins 15% des 400 moteurs équipant les 200 appareils devront faire l’objet d’une commande de moteurs de rechange pour assurer la disponibilité de la flotte en période de maintenance, soit une soixantaine d’unités.

« 15 milliards de dollars d’investissements »

Afin de financer tous ces achats, un expert aérien affirme que RAM investira environ 15 milliards de dollars. Cette somme servira à acquérir les 188 avions et les 60 moteurs de rechange nécessaires pour l’entretien des aéronefs, en particulier durant les périodes de révision générale qui ont lieu tous les sept ans.

Si cette enveloppe pourra être revue à la baisse en fonction des offres des constructeurs et des motoristes, l’expert explique que l’expansion de la flotte sera financée par l’augmentation de la participation de l’État dans son capital, prévue par l’accord signé avec le gouvernement en 2023, par des contrats de crédit-bail permettant de devenir propriétaire à la fin du contrat et, enfin, par un partenariat avec des sociétés de leasing qui n’imposent pas de mobiliser des capitaux importants.

Tout en souhaitant préserver la confidentialité des négociations qui avancent bien et en affirmant qu’aucune date officielle n’est prévue, à ce jour, pour l’adjudication de l’appel d’offres, notre source ministérielle conclut que l’examen actuel des propositions des avionneurs et des motoristes devrait être finalisé dans les prochains mois. Les premières livraisons devraient par conséquent avoir lieu au début de 2026.

Les négociations pour l’acquisition de 200 avions par RAM avancent bien

Ce que l’on retient des indiscrétions qui nous sont parvenues, c’est que  :

– Royal Air Maroc va diversifier sa flotte en faisant appel à au moins trois fournisseurs. Les négociations se déroulent avec quatre constructeurs différents.

– Des discussions se poursuivent également avec trois motoristes.

– La compensation industrielle au Maroc fait partie des critères de décision.

– La formation des pilotes, en particulier pour les nouveaux constructeurs, est également une question essentielle. La formation est également une question plus transversale : en plus des pilotes, elle concerne le MRO (Maintenance, Repair & Overhaul), où les centres de maintenance ainsi que leurs personnels doivent obtenir des certifications très exigeantes aussi bien de la part des autorités de navigation internationales que des constructeurs et fournisseurs de pièces.

Selon l’une de nos sources, le Maroc est intéressé par les avions Airbus pour les vols moyen et long-courriers. Le contenu de la commande n’est pas encore connu avec précision, mais des modèles comme les A320 et les A350 sont probables.

S’il n’y a pas à ce niveau beaucoup d’informations disponibles, notamment sur la répartition de la commande en termes de marque et de modèle d’avion, une de nos sources nous affirme que les négociations sont en cours avec l’avionneur européen Airbus et qu’elles avancent bien.

Dans le cadre de sa nouvelle commande qui vise à renforcer sa flotte à hauteur de 200 avions à l’horizon 2037, RAM pourrait aussi renforcer sa flotte de B787 Dreamliners pour ses destinations long-courriers. Il en va de même avec les Embraer qui auront surtout vocation à renforcer les destinations court-courriers.

Diversifier les fournisseurs

Selon une troisième source, le choix de s’ouvrir sur d’autres fournisseurs que Boeing, qui constitue aujourd’hui la majorité écrasante de la flotte de RAM, notamment pour les moyen-courriers, se justifie aussi bien par la volonté d’accélérer les délais de livraison que par les synergies que cela devrait créer pour une flotte aussi étoffée.

Toutefois, souligne notre source, plusieurs défis, tant en matière de maintenance que de formation, devront être envisagés. En effet, les techniciens de RAM ainsi que le personnel navigant sont habitués à travailler sur des appareils Boeing.

Des investissements devront ainsi être envisagés pour élargir la base de maintenance de la RAM (ATI) qui est déjà spécialisée dans la maintenance quotidienne de la famille des B737 de la compagnie, et de celle des A320 détenus par Air France. Une autre filiale de Safran, en partenariat avec RAM, réalise la maintenance des moteurs CFM56-5B et CFM56-7B qui sont parmi les modèles les plus fréquents dans l’aviation mondiale.

Un autre modèle, les moteurs LEAP fruits du partenariat Safran-GE, devraient aussi être opérés par l’entreprise basée à Nouaceur à partir de 2026. Ce moteur équipe la majorité des familles d’avions monocouloirs de nouvelle génération, Airbus A320neo et Boeing 737 MAX.

D’autres investissements devront concerner les formations des pilotes et du personnel navigant.

Il est à rappeler que RAM ne détient plus d’appareils Airbus dans sa flotte depuis plusieurs années, notamment à cause des surcoûts liés à la maintenance et du manque de synergies. RAM avait acquis au début des années 2000 plusieurs Airbus A320 qu’elle avait fini par céder. La compagnie a aussi procédé à la location d’aéronefs de la même famille pour faire face aux périodes de pic estival.

La partie compensation a fait l’objet de négociations approfondies avec les quatre constructeurs consultés. RAM était cette fois-ci en position plus influente que lors des précédents épisodes, en raison de la taille de sa commande.

Embraer développe sa chaîne d’approvisionnement au Maroc

Le constructeur brésilien, spécialisé dans les avions de petite ou moyenne taille, annonce ce jeudi 24 avril 2025 sa décision de « renforcer sa chaîne d’approvisionnement au Maroc ».

Dans un communiqué, on apprend qu’une « délégation de haut niveau d’Embraer a conclu une visite officielle au Maroc afin d’évaluer la chaîne d’approvisionnement aéronautique du pays. Cette initiative fait suite à un récent protocole d’accord signé entre le gouvernement marocain et Embraer pour explorer d’éventuels projets communs ».

« Embraer voit d’importantes opportunités de collaboration commerciale et industrielle, le Brésil et le Royaume du Maroc partageant un engagement fort en faveur du renforcement de la coopération et des investissements. Ces opportunités couvrent l’aviation commerciale, la défense et la mobilité aérienne urbaine ».

« Le Maroc possède une industrie aéronautique en plein essor, et nous avons identifié des fournisseurs clés susceptibles d’intégrer notre chaîne d’approvisionnement mondiale », a déclaré Roberto Chaves, vice-président exécutif des achats et de la chaîne d’approvisionnement mondiaux chez Embraer. « Nous sommes convaincus qu’il existe des opportunités de bénéfices mutuels, à court et à long terme, grâce à l’innovation et à la croissance économique des deux pays ».

Le communiqué ajoute qu’Embraer « a choisi le Maroc comme partenaire régional clé pour la mise en place d’un programme de chaîne d’approvisionnement robuste. L’industrie aéronautique marocaine a démontré de solides compétences dans des domaines tels que les aérostructures, l’usinage, la tôlerie et les composites », rappelle le constructeur.

La coopération pourrait également inclure des programmes de formation, des capacités MRO et des domaines supplémentaires de collaboration potentielle, tels que la recherche et la technologie, annonce Embraer.

Ce communiqué confirme que le constructeur brésilien s’achemine vers un ou plusieurs accords avec RAM et d’autres entités marocaines.

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Les taxes de Trump, une niche d’opportunités pour l’industrie aéronautique nationale ?

Ce sont des réponses enthousiastes que nous avons reçues des différentes sources consultées sur l’impact des nouveaux droits de douanes américains sur l’industrie aéronautique du Maroc. Tout d’abord, ce qu’il faut savoir, c’est que l’industrie aéronautique est un des secteurs les plus mondialisés, avec des composants fabriqués partout dans le monde, y compris au royaume. Ainsi, aussi bien Boeing qu’Airbus sont touchés par les décisions tarifaires de l’administration américaine.

Un différentiel de taux en faveur du Maroc

Le Maroc a pu, depuis plus de 20 ans, développer la première base d’industrie aéronautique en Afrique et une des plus compétitives au monde. Que ce soit dans le câblage, l’assemblage de pièces, les matériaux composites des aéronefs, ou encore quelques pièces de réacteurs, les plateformes de Nouaceur ou encore de Tanger fournissent les principaux avionneurs mondiaux.

« Il est vrai que nous travaillons essentiellement avec l’écosystème Airbus, mais 20% de nos exportations sont destinées à Boeing« , affirme une source informée ayant requis l’anonymat. Et d’ajouter que « le Maroc est un des pays qui ont été les moins touchés par les nouvelles taxes américaines, à seulement 10%, contre 20% par exemple pour l’Europe, et beaucoup plus pour des pays asiatiques. Ce qui pose le pays comme une base particulièrement compétitive pour les développements futurs ».

Et malgré la pause de 3 mois sur les taxes décrétées par les USA, l’industrie aéronautique européenne a été dès le 9 avril dernier taxée de 10%.

Deuxième chose à savoir, c’est que les capacités industrielles mondiales dans le secteur de la construction aéronautique sont saturées pour les 5 à 10 ans à venir. C’est-à-dire que les carnets de commandes des industriels sont pleins à ces horizons.

Notre source continue en affirmant que les nouveaux développements de capacités industrielles entraîneront une attention accrue sur la base marocaine, qui sera comparée à celle de concurrents tels que l’Europe de l’Est, l’Inde ou la Turquie, ces derniers étant plus sévèrement touchés par les barrières américaines.

Un vent d’enthousiasme qui est partagé par les industriels. Selon une de nos sources dans le secteur, « au niveau de l’écosystème, il n’y a pas eu d’alerte particulière sur les risques que peut susciter la décision américaine. Au contraire, les projets de développement continuent, et la décision est plutôt perçue positivement« .

« L’écosystème marocain a subi plusieurs chocs depuis la crise des subprimes, le Covid ou même l’ancienne décision d’imposer des droits de douane durant la première administration Trump en 2019. Mais malgré cela, nous réalisons une croissance annuelle à deux chiffres depuis près de 10 ans et les ouvertures de sites ne font que s’accélérer avec de nouveaux industriels qui s’installent », ajoute notre interlocuteur.

Toutefois, prévient notre source dans l’industrie, « ceci ne doit pas empêcher le Maroc d’avoir une réflexion stratégique pour profiter des différentiels de taxes, mais aussi de renforcer sa politique d’offset industriel, puisqu’on a aujourd’hui en jeu une commande de près de 200 avions à acheter par RAM ».

La commande de RAM, un atout supplémentaire

Selon une de nos sources, les contrats pour cette commande sont quasiment finalisés. Et il y a bien de la compensation industrielle qui est prévue. Pour elle, la décision de l’administration Trump de surtaxer l’industrie ne va pas directement impacter cette commande. Bien au contraire. Le refus de la Chine de réceptionner une cinquantaine d’avions B737 Max commandés auprès de l’avionneur américain en réponse aux taxes de 145% imposées à l’Empire du Milieu peut être intéressant pour le Maroc. Ce type d’appareils est déjà dans la flotte de RAM.

D’autres compagnies telles que l’américain Delta Airlines ou Ryanair ont annoncé leur refus de payer les taxes de Trump ou annoncé leur décision de retarder les livraisons de nouveaux Boeing.

« Les capacités mondiales de production sont saturées. Et la commande de RAM peut bénéficier d’avions construits qui n’ont pas été livrés à leur destinataire initial, que ce soit par acquisition directe ou bien à travers la location temporaire en attendant la livraison finale », explique notre source. Et d’ajouter : « Cela dit, rien n’indique que la commande va être entièrement confiée à Boeing ».

En effet, selon nos sources, RAM pourrait opter pour une commande auprès de différents fournisseurs et refaire entrer les Airbus dans sa flotte. Un choix qui pourrait s’avérer judicieux pour accélérer la livraison pour l’échéance 2037. Selon les estimations de RAM, sa flotte devra à cette échéance passer de 60 à 200 avions. Mais avec les tensions sur les chaînes de production aéronautiques, les livraisons peuvent accuser des retards.

Toutefois, selon l’expert en aviation et aéronautique Zouhair El Oufir, « on estime que la taille critique de la flotte qui permet d’avoir des synergies malgré les différences de constructeurs est de 100 appareils. Avec 200, on peut en effet se permettre d’avoir des flottes diversifiées » et d’ajouter : « quel que soit le fournisseur, cette commande est une grande opportunité pour renforcer l’offset industriel au niveau marocain ».

Ainsi, selon nos différentes sources, les tarifs américains couplés à la commande de RAM sont des atouts pour développer et accélérer la base industrielle locale. Encore faut-il jouer le temps et les synergies pour cela.

Le Maroc produit déjà une partie du fuselage de l’Airbus A220 dans les usines de Spirits Aerosystems (ex-usine Bombardier). Une usine qui passera sous le giron d’Airbus à la faveur d’un accord global avec l’entreprise canadienne. La sigature du deal est imminente selon une source sûre.

Certaines de nos sources affirment ainsi qu’avec la commande de RAM, les négociations peuvent amener à de nouveaux développements. D’autant plus que le motoriste Pratt & Whitney, qui équipe les A220, a commencé son installation à Nouaceur l’année dernière.

Il en va de même du motoriste Safran, dont les moteurs équipent aussi bien des Boeing que des Airbus et qui détient une base industrielle importante à Casablanca. « Il y a une fenêtre d’opportunités importante qui est ouverte, il s’agit aujourd’hui de la transformer. D’autant plus que Boeing a déjà un engagement de génération d’activité de l’industrie aéronautique marocaine devant atteindre à terme 1 milliard de dollars par an en achats directs ou indirects à l’horizon 2028. « Un programme qui accuse encore des retards », affirme ainsi une de nos sources.

Flotte de RAM : 20 nouveaux avions seront livrés d’ici fin 2026 (source autorisée)

« Après la récente livraison de 2 Boeing Dreamliner 787-8, la flotte de RAM, actuellement composée de 53 avions, passera l’année prochaine à 73 aéronefs moyen et long-courriers », nous révèle une source autorisée en précisant que le rythme annuel de livraison sera d’une quinzaine d’unités à partir de 2027.

10 avions livrés chaque année en 2025 et 2026…

Tout en affirmant que l’échéance de 2037 pour quadrupler la flotte est toujours d’actualité, notre source tient à rappeler que des consultations avaient été menées auprès du constructeur américain Boeing en 2023, juste avant le lancement de l’appel d’offres pour acquérir une vingtaine de moyen-courriers.

« Grâce aux négociations entreprises à l’avance, RAM recevra 10 Boeing 737-Max 9 avant la fin de l’année, et 10 autres en cours de finalisation qui seront livrés au terme de 2026, ce qui fera passer sa flotte de 53 à 73 aéronefs », explique notre interlocuteur en ajoutant que cette démarche a été rendue nécessaire pour anticiper la lenteur des délais de livraison qui peuvent atteindre deux à trois ans.

Sachant que ce constructeur est confronté à une importante demande mondiale d’aéronefs après la très forte reprise du trafic aérien, mais aussi à d’importantes difficultés internes de restructuration qui l’empêchent de contenter tous ses clients, il semble probable que la compagnie nationale a dû négocier des options de livraison plus rapides ou alors bénéficier de désistements de commandes d’autres transporteurs.

… puis une quinzaine d’avions par an  

Et d’ajouter que l’appel d’offres adressé en avril 2024 aux constructeurs Boeing, Airbus, Embraer et ATR devrait bientôt aboutir, après la sélection des propositions financières et des modalités de livraison.

À la question de savoir si la flotte de RAM devrait atteindre 107 avions d’ici 2030, comme annoncé récemment par le directeur général de l’ONDA, notre interlocuteur estime que ce chiffre n’est pas définitif. Il faudra attendre les résultats de l’adjudication de l’appel d’offres pour connaître le nombre d’aéronefs dont disposera la compagnie publique à cet horizon.

Quels que soient les résultats de l’appel d’offres, notre interlocuteur avance qu’à partir de 2027, le rythme annuel de livraison devrait s’amplifier, avec une quinzaine d’avions livrables chaque année jusqu’à 2037.

Boeing ou Airbus, RAM n’a pas encore tranché

Malgré notre insistance pour savoir si le constructeur européen Airbus avait des chances de renforcer la flotte de RAM, notre interlocuteur a préféré temporiser en nous invitant à attendre les résultats de l’adjudication qui seront révélés au public dans les prochains mois.

Si notre source n’exclut pas l’éventualité d’une recomposition à partir de 2027 du parc aérien de RAM, qui sera partagé entre les aéronefs des deux plus grands constructeurs internationaux, il faut préciser que ce choix imposera de former un personnel adapté pour piloter ou entretenir les moyen-courriers de type A320 et A321 ou les long-courriers A350 qui diffèrent des appareils de Boeing.

RAM : voici les délais de livraison des avions qui vont renforcer la flotte

Malgré les difficultés traversées par le fournisseur américain Boeing, qui pourraient profiter au constructeur européen Airbus, les livraisons de 11 avions, prévues d’ici 2025, auront lieu dans les délais impartis, nous confirme une source engagée dans les négociations avec le constructeur américain.

2 Dreamliner livrés dans les prochaines semaines

« Le premier Boeing 787 sera livré dans une quinzaine de jours, tandis que le deuxième suivra à la fin du mois de décembre », révèle notre interlocuteur en rappelant que ces avions, qui ont été commandés avant la signature du contrat-programme de juillet 2023, permettront à la compagnie nationale de disposer de 11 long-courriers pour multiplier les lignes nécessitant de gros-porteurs.

Le premier Boeing 787 sera livré dans une quinzaine de jours, tandis que le deuxième suivra à la fin du mois de décembre

Et de rappeler que ces livraisons imminentes seront nécessaires pour inaugurer la ligne Casablanca-Toronto, mais aussi rouvrir les vols vers Sao Paulo et Pékin qui avaient opérés brièvement avant d’être suspendus durant la crise sanitaire.

10 Boeing 737 Max renforceront la flotte en 2025

Tout en affirmant qu’il faudra attendre la confirmation du calendrier de livraison par le constructeur américain, notre interlocuteur estime que 9 autres aéronefs 737 Max 8 devraient rejoindre la flotte avant fin 2025 pour renforcer les vols moyen-courriers de RAM vers l’Afrique et l’Europe.

« Ces avions comparables à ceux que la compagnie possède déjà, et pour lesquels les négociations ont abouti avant le lancement de l’appel d’offres international lancé en 2023, vont nous permettre de gérer la transition en attendant que l’appel d’offres soit enfin attribué entre Boeing, Airbus et Embraer et ATR ». Notre source précise que les 150 avions requis pour quadrupler la flotte à l’horizon 2037 nécessiteront un délai de 4 à 5 ans avant les premières livraisons à RAM.

Le rythme de livraison dépendra de la date d’attribution de l’appel d’offres

À la question de savoir si la compagnie disposait d’un agenda ou d’une visibilité sur les livraisons des 150 avions prévus par le contrat-programme signé en juillet 2023, notre interlocuteur explique qu’il faudra attendre la sélection finale des offres des différents constructeurs ayant participé à l’appel d’offres international.

Sachant qu’il a été lancé depuis neuf mois et que ces processus d’attribution prennent en moyenne deux ans, il faudra attendre 2025 avant d’être fixé sur les marques et les produits retenus par la compagnie nationale et, in fine, sur le rythme de livraison, conclut notre source en laissant entendre que la moyenne devrait s’établir à 10 avions/an pour respecter le délai qui court jusqu’à 2037.

Visite de Macron au Maroc : ce qu’en dit la presse française

« Macron en visite d’Etat à Rabat pour sceller la réconciliation franco-marocaine », titre le journal économique Les Échos au bas de sa une, avec renvoi à l’article intégral en page 9. Des révélations ? Aucune, mais la publication donne la parole à Hamza Meddeb, qu’elle présente en tant que chercheur au Carnegie Middle East Center et spécialiste de l’Afrique du Nord.

« Pour la France, ce sera l’opportunité de sceller cette nouvelle phase “rose” de la relation bilatérale en signant des accords, alors que le Maroc s’est lancé dans des chantiers colossaux et que l’économie française est à la peine », déclare Hamza Meddeb.

« Macron au Maroc, trois jours pour renouer », titre Libération en une également, mais avec ce titre plus parlant pour un dossier central de deux pages : « Emmanuel Macron chez Mohammed VI : le retour en grâce ».

Des révélations ? Pas grand chose non plus et Libération reprend les affirmations de son confrère La Tribune qui évoque des contrats dans le secteur de l’aérien et de la défense : une éventuelle coopération entre Royal Air Maroc et Airbus et de possibles achats d’hélicoptères Caracal par les FAR.

« Le voyage de réconciliation au Maroc », affirme Le Parisien. « Vente d’équipements militaires pour Naval Group, Airbus Helicopters (12 à 18 Caracal pour quelque 400 millions d’euros), extension de la ligne ferroviaire à grande vitesse Kénitra-Marrakech et, surtout, grands projets d’infrastructures énergétiques au Sahara occidental intéressant le groupe Engie », ajoute le quotidien.

« Emmanuel Macron au Maroc : l’heure de la réconciliation », titre Le Figaro qui publie un article signé par son correspondant marocain, Omar Kabbadj. « Alors que le Maroc s’apprête à distribuer plusieurs contrats représentant des milliards d’euros pour l’extension de la ligne ferroviaire à grande vitesse Kénitra-Marrakech, l’Office national des chemins de fer du Maroc (ONCF) veut acquérir 18 rames de train pour 421,4 millions d’euros. Alstom cherche à se positionner… Mais fera face à la concurrence du chinois CRRC Zhuzhou Locomotive, des sud-coréens de Hyundai Rotem et des deux entreprises espagnoles CAF et Talgo », croit savoir le journal français.

Notons que Le Monde, autre journal de référence en France, ne consacre pas une seule ligne à cette visite dans son édition (papier) de dimanche-lundi. La publication se focalise plutôt sur des sujets internes comme la santé. Cependant, il y revient, dans son édition électronique en titrant Visite de Macron au Maroc : des retrouvailles qui irritent l’Algérie.

Crise de Boeing. Un impact léger pour le Maroc, selon les professionnels de l’aéronautique

« C’est un sujet épineux ». C’est la première réponse que nous avons reçue concernant l’impact de la crise que traverse le géant américain Boeing sur l’écosystème aéronautique national de la part d’un représentant du GIMAS (Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales).

Fournisseurs de rang 1, les premiers concernés

Notre source précise que, pour le moment, l’impact est faible et touche essentiellement les fournisseurs de rang 1 qui sont directement en contact avec leur client Boeing.

Un son de cloche similaire nous a été confié par un industriel aéronautique, basé à Casablanca. « Ce sont surtout les clients de rang 1 qui vont être directement concernés. Pour ce qui est de de l’écosystème, il est essentiellement composé de producteurs de rangs 2 et 3. Il est à 90% constitué de filiales d’entreprises européennes et non américaines ».

« Seules une demi-douzaine d’entreprises installées au Maroc sur les 142 entreprises constituant l’écosystème national seront directement touchées ».

Le marché marocain est exposé sur Boeing à hauteur de 20% à 25%, affirme de son côté une source au sein du GIMAS. « La diversification de nos partenariats industriels fait que nous ne sommes pas très dépendants du marché américain, contrairement à d’autres plateformes comme le Mexique qui va être le plus durement touché ».

D’après la même source, les entreprises de rang 1 présentes au Maroc ont déjà réparti l’impact sur leurs différentes plateformes américaines et asiatiques, ce qui fait que l’impact sera allégé pour le Maroc.

« Nous pensons que cette crise va passer rapidement et sans grands dégâts, comme celle du Covid, après laquelle la reprise a été très forte, au point où nos carnets de commande se sont remplis très rapidement. Aujourd’hui, nous somme en full capacity et il nous arrive de refuser de nouvelles commandes ».

Le retard de l’installation de l’écosystème Boeing nous épargne relativement

Selon une source industrielle, « le retard de l’installation de l’écosystème Boeing annoncé sous le mandat de Moulay Hafid Elalamy fait qu’aujourd’hui nous sommes plutôt orientés vers Toulouse que vers Seattle ». En effet, après une annonce en 2016, un MoU a été signé entre l’entreprise et le gouvernement marocain pour installer un écosystème de fournisseurs de l’avionneur américain au Maroc, notamment à Tanger. Ce MoU vise à créer 8.700 emplois et un milliard d’euros d’impact économique d’ici 2028. Jusqu’à aujourd’hui, cet accord-cadre n’a été que très faiblement concrétisé par des installations concrètes.

La crise touchant l’avionneur américain Boeing depuis septembre dernier ne risque pas d’arranger les choses. Comme conséquence directe, elle a déjà abouti au licenciement de 10% des salariés du constructeur, une correction du cours boursier en plus d’un programme de gestion de sa dette.

Cette crise sans précédent a eu l’effet d’un tremblement de terre sur toute l’industrie. Ainsi, dès la mi-septembre, le groupe a annoncé le gel des commandes auprès des fournisseurs sur les programmes 737, 767 et 777. Seul le programme 787 a été épargné. Un manque à gagner énorme pour les équipementiers, notamment européens, qui travaillent aussi bien avec Airbus qu’avec Boeing.

Selon la presse hexagonale, le marché américain est le premier à l’export de l’industrie aérospatiale française. Le leader aéronautique français Safran (installée avec pas moins de 7 filiales au Maroc) serait le plus durement touché par ces restrictions. L’entreprise réalise un chiffre d’affaires quasiment égal entre les constructeurs européen et américain qu’elle fournit aussi en motorisation notamment de la série 737.

D’autres entreprises européennes seraient dans la même situation, ce qui fait que l’impact pour elles pourrait être important en cas d’arrêt même momentané du géant américain. Une situation extrême qui finira par toucher l’industrie marocaine.

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150 avions de RAM. En difficulté, Boeing perd-il du terrain face à Airbus ?

Les résultats de l’appel d’offres lancé en avril dernier par RAM sont attendus pour la fin de l’année. La compagnie nationale doit choisir son ou ses fournisseur(s) pour les 150 appareils qu’elle compte ajouter à sa flotte pour atteindre les 200 nécessaires à son plan de développement. 

Les objectifs portés pour 2037 sont ambitieux et visent à permettre à la compagnie nationale de changer de dimension, notamment au regard des importantes échéances qui arrivent, à leur tête la Coupe du monde et les ambitions pour le secteur touristique. Aussi, l’enjeu est de taille pour le Royaume.

Les regards se tournent désormais vers la compagnie nationale et le choix qu’elle fera. Dans ce contexte, le buzz autour d’une éventuelle commande auprès d’Airbus s’intensifie, d’autant que les relations Maroc-France sont au beau fixe et qu’une visite du président Emmanuel Macron est en préparation pour fin octobre.

Est-ce suffisant pour conclure que le marché ira à Airbus ? Certainement pas ! Néanmoins, les difficultés traversées par l’avionneur américain, elles, justifieraient largement que le Maroc regarde avec plus d’attention ce que pourrait apporter le constructeur français.

Outre la commande des 150 avions, RAM a déjà passé commande d’une dizaine d’appareils auprès de Boeing, dont deux sont attendus par la compagnie nationale avec impatience.

Ces deux avions permettront d’opérer deux nouvelles lignes que RAM entend lancer fin 2024 et début 2025. Des lignes déjà commercialisées, comme nous l’avait précisé une source sûre.

À ce jour, Boeing n’a toujours pas fixé de date précise de livraison, selon nos sources. Ce qui est fort embêtant pour RAM qui doit certainement chercher des solutions pour pallier ce problème, car une livraison en novembre ou en décembre serait trop tardive par rapport aux deux échéances de lancement de nouvelles lignes (Sao Paulo et Pékin). 

Au-delà du problème opérationnel que le retard de livraison pose à RAM, c’est la fiabilité de Boeing qui est aujourd’hui en question. Le constructeur américain est-il en capacité d’honorer ses engagements ? Le Maroc peut-il risquer l’avenir de son plan de développement aérien en misant tout sur ce partenaire historique ?

En l’état actuel des choses, cela semble difficile. Car Boeing traverse une zone de fortes turbulences. Les retards de livraison ne concernent pas seulement le Maroc, mais aussi d’autres partenaires.

Vendredi 11 octobre, l’opérateur américain a fait une sortie médiatique qui ne rassure pas sur le court terme. Il annonce le report supplémentaire des livraisons de son nouveau gros porteur 777X et l’arrêt de la production du 767 cargo en 2027. D’après un communiqué accompagnant le message de son directeur général, Robert Kelly Ortberg, la première livraison du 777-9 devrait intervenir en 2026 (au lieu de 2025) et celle du 777-8 en 2028. Ils devaient initialement entrer en service en 2020. 

Il annonce également la suppression de milliers d’emplois, environ 10% de l’effectif total estimé à 170.000 employés.

Entre les grèves, les retards dans les programmes de développement, les problèmes de qualité, etc. Boeing peut-il être un partenaire fiable ?

Selon nos sources, les difficultés que traverse Boeing et son incapacité à fixer une date de livraison pour des échéances proches ont fait mauvaise impression auprès des décideurs marocains.  

Aussi, le contexte ouvre particulièrement la porte à Airbus…

Industrie militaire : le Maroc se donne les moyens de ses ambitions

Bien qu’elle en soit à ses prémices, l’industrie militaire au Maroc est en plein essor. Depuis l’adoption par la Chambre des représentants d’un projet de loi relatif aux matériels et équipements de défense et de sécurité, ainsi qu’aux armes et aux munitions, la voie est ouverte à des investissements dans l’industrie militaire au sein du Royaume. 

Les Forces armées royales (FAR) et le constructeur aéronautique et aérospatial américain Boeing, ont en effet récemment instauré les bases d’une coopération industrielle avancée, via la signature d’un accord de compensation industrielle.

Cet accord porte notamment sur « le renforcement de l’autonomie des Forces Royales Air en matière de météorologie, de fabrication et de réparation en composite de différentes pièces de rechange et superstructures, selon les standards aéronautiques les plus avancés », précise l’Administration de la défense nationale dans un communiqué.

Autrement dit, le Maroc bénéficiera d’un transfert technologique primordial en vue de devenir à moyen terme, pas seulement un sous-traitant, mais aussi une puissance de l’industrie militaire, à l’image de la Turquie. 

Des services de maintenance d’avions militaires

Symbole de cette ambition, la signature de plusieurs accords, mais aussi l’implantation au Maroc d’entreprises d’envergure internationale, spécialisées dans la production d’armement et de fourniture de services militaires. Round Up : 

SABCA (Société anonyme belge de constructions aéronautiques) et Sabena Aerospace ont signé, lundi 26 novembre 2018, un mémorandum d’accord en vue de créer un acteur régional indépendant en maintenance, réparation, révision et mise à niveau (MRO & U) des avions militaires. 

Concrètement, SABCA, à travers sa filiale SABCA Maroc, partenaire de Sabena Aerospace, va proposer dans le Royaume des services de maintenance d’avions militaires. La première plateforme identifiée est le C-130, le célèbre avion de transport militaire construit par Lockheed. 

L’avion est bien connu de Sabena Aerospace, l’une des premières entreprises au monde certifiée par Lockheed en 1976 à fournir des services de maintenance sur le C-130. Cet avion équipe les Forces Royales Air.

Dans une seconde phase, les partenaires souhaitent élargir leur offre à d’autres plateformes maîtrisées par SABCA telles que F-16, Alphajet, Mirage F1 ou Agusta A-109. SABCA et Sabena Aerospace ont l’intention de faire du Maroc un acteur régional majeur de la maintenance militaire. 

Le mercredi 23 novembre 2022 a eu lieu l’inauguration officielle de la nouvelle usine Sabca Maroc. D’une superficie de 16.000 m², cette usine a nécessité un investissement de plus de 180 millions de dirhams marocains (17 millions d’euros). 

– La fabrication de drones militaires est l’un des objectifs poursuivis par le Royaume. En atteste le rapport sur le projet sectoriel du ministère délégué auprès du chef du gouvernement chargé de l’Administration de la défense, au titre de l’année 2023. 

Le document consacre un axe au soutien et à l’encouragement de l’investissement dans l’industrie militaire nationale. Objectif : porter plus haut les qualifications stratégiques du Royaume en matière d’industrie militaire. D’après le rapport, des activités industrielles de défense ont d’ores et déjà démarré. Il s’agit notamment de :

– la fabrication de drones équipés de matériel d’observation, de surveillance et d’armement ;

– la maintenance des avions militaires ;

– le développement de la fabrication des armes et des munitions.

Par ailleurs, une base industrielle et technologique de défense est mise en place. Elle se décline par un portefeuille de grands groupes industriels, actifs dans l’écosystème aéronautique et qui comptent des divisions dédiées à la défense : 

Boeing (n°3 mondial de l’armement) ; 

Airbus (11e mondial) ;  

Thales (14e mondial) ; 

Safran (25e mondial) ;

China North Industries Corporation ;

Renault Truck

Scania Maroc.

Toutefois, excepté Boeing, aucune de ces firmes n’a fait une annonce dans le sens d’un transfert technologique. Un pan « essentiel pour gagner dans un premier temps, en autonomie dans la prise en charge totale du matériel en dotation, car en cas de conflit avec le fabricant, le matériel dont les pièces de rechange sont indisponibles devient inutile », affirme à Médias24, l’expert militaire Abdelhamid Harifi.

« Dans un second temps, il s’agira, dans le cadre d’une vision à long terme, de développer en parallèle une véritable industrie de montage puis de fabrication de matériels et outils militaires, ainsi qu’un noyau de recherche et de développement afin de customiser l’outil en dotation et de produire un armement marocain », poursuit notre interlocuteur. « C’est le chemin que semble prendre le Maroc, à l’image de la Turquie et de la Malaisie« , conclut-il.