Les services secrets algériens soupçonnés d’avoir orchestré un projet d’assassinat en France

Dans une affaire mêlant enlèvement, réseau criminel et ingérence étrangère, quatre suspects ont été mis en garde à vue le 8 avril, rapporte le journal français Le Parisien.

Amir Boukhors, plus connu sous le pseudonyme « Amir DZ « , est un influenceur franco-algérien suivi par plus de 1,1 million d’abonnés. Ses vidéos critiques envers le régime algérien lui ont valu neuf mandats d’arrêt émis par Alger. Exilé en France, il reste une cible prioritaire pour les autorités algériennes.

Le 29 avril 2024, en rentrant chez lui dans le Val-de-Marne, Amir DZ est intercepté par une voiture banalisée. Quatre hommes arborant des brassards « Police » le menottent et le forcent à monter dans le véhicule. Emmené dans une zone industrielle, puis séquestré dans un conteneur aménagé, on lui administre de force un médicament sédatif.

À son réveil, étourdi, il est interrogé par deux femmes voilées. « Ils étaient bien habillés, ne ressemblaient pas à des criminels », confiera-t-il plus tard au Parisien à propos de ses ravisseurs. L’un de ses ravisseurs s’exprime en arabe avec un accent algérien marqué. Sans motif apparent, il est finalement abandonné dans une forêt vingt-quatre heures plus tard.

D’abord traitée comme une simple séquestration, l’enquête est finalement transférée à la section antiterroriste de la DGSI. Les investigations laissent penser qu’Amir DZ était la cible d’une opération bien plus sinistre : soit un assassinat sur le sol français, soit un transfert forcé vers l’Algérie pour y subir sa condamnation à mort.

Selon des sources proches du dossier, le projet aurait échoué en raison de dysfonctionnements internes chez les ravisseurs –problèmes logistiques et manque de moyens financiers. Une maladresse qui a sans doute sauvé la vie au blogueur.

Les enquêteurs de la brigade criminelle et de la DGSI ont localisé le lieu où Amir DZ avait été séquestré, ce qui leur a permis d’identifier les membres présumés du commando. Ces derniers ont été interpellés et placés en garde à vue ce mardi 8 avril.

Les investigations ont mis en lumière le rôle central d’un membre du consulat d’Algérie en France, qui agissait sous couverture diplomatique. Selon des sources proches de l’enquête, cet individu serait en réalité un officier des services de renseignement algériens (DRS ou DCSA), bénéficiant ainsi d’une protection juridique rendant complexe toute poursuite immédiate.

Plus grave encore, les enquêteurs ont découvert que ce commanditaire avait recruté un fonctionnaire du ministère français de l’Économie et des finances. Ce dernier, via une relation avec une employée de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), aurait transmis des données sensibles sur des exilés algériens, dont des informations concernant Amir DZ.

Le fonctionnaire a été mis en examen pour « intelligence avec une puissance étrangère » et « livraison d’information à une puissance étrangère » dans le cadre d’une enquête distincte.

Tebboune et la France : un revirement tactique face à l’isolement diplomatique ?

Dans une interview accordée à des journalistes algériens le dimanche 23 mars, le président Abdelmadjid Tebboune a adopté un ton conciliant vis-à-vis de la France, affirmant que tous les problèmes entre les deux pays doivent être réglés directement avec Emmanuel Macron ou son ministre des Affaires étrangères.

Une posture qui contraste avec la rhétorique habituelle des autorités algériennes vis-à-vis de Paris, et qui intervient dans un contexte diplomatique délicat pour Alger.

Cette interview survient après une série de tensions entre l’Algérie et la France, marquées notamment par le rappel de l’ambassadeur algérien à Paris, ou encore le positionnement de Paris sur la question du Sahara marocain. L’Algérie voit également d’un mauvais œil le rapprochement de Paris avec Rabat, notamment après que plusieurs puissances occidentales, dont les États-Unis et l’Espagne, ont officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara. Alger a adopté d’emblée une attitude d’escalade et de provocation.

La sortie du président algérien intervient aussi après une série de déclarations et de mesures françaises en réponse au refus d’Alger d’accueillir ses ressortissants expulsés de France.

Un ton inhabituellement doux envers la France

Pour Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur et expert en relations internationales, cette tentative d’apaisement est loin d’être anodine et intervient dans un contexte défavorable à l’Algérie.

« Cette interview du président se tient après les démarches effectuées par l’Algérie auprès de Washington pour leur offrir les minerais de leur sous-sol et des opportunités de coopération qu’Alger n’avait jamais soumises auparavant aux Américains. L’arrivée des républicains a poussé la diplomatie algérienne à revoir sa copie pour ne pas se marginaliser davantage, surtout après la chute de leur seul soutien dans le monde arabe : Bachar Al Assad de Syrie », explique-t-il.

Ahmed Faouzi souligne qu’il est inhabituel de voir dans le discours officiel algérien cette « douceur soudaine ». Dans son interview, Tebboune parle d’un « moment d’incompréhension » avec Paris, et reconnaît Macron comme son « unique point de repère » dans les relations bilatérales.

Une déclaration qui, selon l’ancien ambassadeur, vise notamment à exclure de l’équation le ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, souvent en première ligne sur les questions migratoires et sécuritaires.

Mais, en filigrane, le président Tebboune semble en vouloir à Paris concernant le rapprochement franco-marocain. S’il affirme que « jusqu’à présent » l’amitié entre Paris et Rabat « ne dérange pas du tout » Alger, pour Ahmed Faouzi, l’ajout de cette précision laisse entendre le contraire.

L’Algérie a fait de son opposition à la souveraineté marocaine sur le Sahara un cheval de bataille diplomatique, quitte à sacrifier d’autres aspects de ses relations internationales.

Éviter l’isolement international

« Dans cette dispute historique et complexe entre Alger et Paris, plusieurs dossiers restent sensibles : les expulsions de délinquants algériens sous OQTF [Obligation de quitter le territoire français, ndrl], l’affaire de l’écrivain Boualem Sansal, la mémoire de la guerre d’Algérie, et bien sûr, la question du Sahara marocain », souligne notre interlocuteur.

« Alger ne veut toujours pas admettre que la question du Sahara marocain lui a causé plus de torts et de préjudices aux yeux du monde et persiste encore à vouloir tout sacrifier, pourvu que des pays comme la France s’alignent sur sa position dans ce dossier », poursuit-il.

« Mais ouvrir trop de fronts en même temps risque de fragiliser encore plus Alger sur la scène internationale. Dans un contexte de repositionnement diplomatique, Tebboune cherche, via cette interview, à tempérer la situation », conclut-il.

« Chergui 2025 » : où Alger découvre l’existence d’exercices militaires maroco-français

Alger a formellement exprimé, le jeudi 6 mars, son « mécontentement » à l’égard de Paris concernant « Chergui 2025″, un exercice militaire conjoint prévu en septembre 2025 entre le Maroc et la France dans la région d’Errachidia. Cette édition est loin d’être la première.

Dans un communiqué publié par le ministère algérien des Affaires étrangères, ces exercices sont curieusement qualifiés d’ »acte de provocation » susceptible d’exacerber les tensions déjà vives entre l’Algérie et la France. Le secrétaire général du ministère, Lounès Magramane, a convoqué l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, afin de lui signaler la « gravité » de ce projet.

“Un tel exercice ne manquera pas d’alimenter la crise qui caractérise actuellement les relations algéro-françaises et de porter les tensions entre les deux pays à un seuil supérieur de gravité”, poursuit Alger dans son communiqué. Le régime du pays voisin exige « des clarifications » de la part de l’ambassadeur de France et attend une réaction officielle de Paris.

Ce communiqué intervient alors que l’Algérie, de son côté, opère des manœuvres à munitions réelles près de la frontière marocaine, comme en 2021 dans le secteur de Tindouf ou en 2023 près de Béchar, parfois même avec la participation de forces russes.

Chergui 2022: une précédente édition réussie

« Chergui », dont le nom fait référence au vent chaud et sec qui souffle sur l’Afrique du Nord, est un exercice interarmées mené dans le cadre des missions de défense de l’intégrité territoriale. Il vise à consolider les capacités de planification et le développement de l’interopérabilité technique et opérationnelle entre les Forces armées royales et l’armée française.

Jusqu’en 2021, l’exercice s’appelait “Tafilalet”. Neuf éditions ont eu lieu jusqu’en 2009, au rythme d’une tous les deux ans, avant de reprendre en 2019, 2021 puis 2022 sous le nom “Chergui”. 2023 fut consacré à Orion.

La 12e édition de l’exercice, ‘Chergui 2022’, menée du 1er au 25 mars par les Forces armées royales et l’armée française, avait connu la participation de huit unités françaises, de 2.500 soldats, dont près de 200 militaires français.

Côté français, le 5ᵉ régiment d’hélicoptères de combat (5e RHC) fut l’unité-pilote avec six aéronefs déployés : un Tigre, trois Caïman et deux Gazelle. Il a été renforcé par le 2ᵉ régiment d’infanterie de marine (2ᵉ RIMa) et par le régiment d’infanterie chars de marine (RICM). Côté marocain, deux Gazelle, un Chinook et deux Puma sont venus compléter le dispositif. La finalité pour les forces au sol comme dans les airs : partager les compétences et renforcer la connaissance mutuelle pour agir conjointement.

« Les manœuvres aéroterrestres menées conjointement avec le Maroc ont été une occasion pour nos soldats de s’entraîner en milieu désertique au combat durci », avait expliqué Clémence, soldat de première classe de l’Armée de terre française.

« Elles ont porté sur des posées et des débarquements en condition poussière ou par nuit noire, c’est-à-dire en visibilité quasi nulle », a-t-elle poursuivi.

« Cet entraînement de trois semaines a permis à nos deux armées de consolider leur capacité de planification conjointe et de développer leur interopérabilité », indiquait la 4ᵉ BAC dans un post sur X.

Une relation militaire constante, malgré des périodes de froid

Selon notre consultant militaire Abdelhamid Harifi, malgré la crise diplomatique ayant marqué ces dernières années les relations entre le Maroc et la France, la coopération militaire entre les deux pays « n’a pas été interrompue ». Il souligne que « les exercices militaires conjoints ont été maintenus, à l’image du Chébec« , bien que certains aspects de la relation militaire aient connu des ajustements.

« Seule l’acquisition de matériel a été légèrement impactée, les équipements militaires français ne constituant plus le premier choix du Maroc », explique-t-il. Toutefois, les engagements antérieurs ont été respectés, comme en témoignent « la livraison des Caesar et des missiles Mica« .

Malgré les tensions diplomatiques, « la commission militaire mixte a continué de se réunir régulièrement afin de définir les activités à organiser lors des différents exercices conjoints », précise Abdelhamid Harifi. De plus, les « visites officielles, les partages d’expertise et les échanges entre établissements de formation ont également été maintenus ».

Depuis la dernière visite du président Emmanuel Macron, le Maroc a renoué son intérêt pour les équipements militaires français, en particulier dans les domaines des hélicoptères, des systèmes d’artillerie et des blindés, « bien que ces derniers ne soient pas automatiquement privilégiés ».

Abdelhamid Harifi estime qu' »aujourd’hui, un intérêt mutuel se dessine entre les deux pays pour aller plus loin dans la coopération militaire, tout en respectant les choix souverains de chacun ». Une évolution qui pourrait marquer une nouvelle phase dans le partenariat stratégique entre Rabat et Paris.

Document

Un document non authentifié officiellement, fuité sur une plateforme, apporte des détails sur la planification et le contenu de ces exercices. Il s’agit d’un compte rendu synthétique d’une réunion conjointe de préparation. On y apprend la date « approximative » (22 septembre 2025), ainsi que la participation d’unités terrestres, aériennes et de modules de soutien. L’objectif est la « coordination interarmées ».

Un reportage de France 2 révèle les méthodes peu orthodoxes du régime algérien pour récupérer ses opposants

L’enquête de « L’Œil du 20 heures », diffusée le lundi 3 mars, révèle que le pouvoir algérien ne se contente pas des réseaux sociaux pour neutraliser ses opposants.

Des manœuvres directes sont également menées sur le sol français selon cette enquête. Ghilas Aïnouche, caricaturiste algérien de 36 ans, réfugié en France, en sait quelque chose. Condamné par contumace à dix ans de prison pour « atteinte à la personne du président de la République algérien », il fait face à des menaces régulières de la part des partisans du régime. « Ce sont toujours les mêmes termes. Nous sommes des harkis, des traîtres, des collabos, à la solde de la France. Ils disent qu’on est payés pour insulter l’Algérie et le peuple algérien », témoigne-t-il.

Ghilas Aïnouche affirme être régulièrement contacté par les autorités algériennes, qui lui proposent un marché : l’abandon de sa peine de prison en échange d’un ralliement au régime. « On a déjà essayé de m’approcher pour faire sauter les dix ans de prison. J’ai refusé ».

Des promesses de retour au pays

D’autres opposants algériens ont tenté de comprendre ce qui se cachait derrière ces propositions. Trois membres du MAK (Mouvement autonomiste kabyle), classé organisation terroriste par Alger pour « atteinte à l’unité nationale », ont accepté de rencontrer un homme se présentant comme un représentant de l’État algérien. Ce dernier, un certain Mourad A., affirme travailler au « ministère de l’Intérieur algérien », un « ministère puissant » selon ses propres termes.

Lors d’un échange téléphonique enregistré, Mourad A. propose à l’un des opposants : « Si tu veux rentrer, on peut t’aider. Ta condamnation sera effacée ». Interrogé sur les raisons de cette offre, il répond : « L’Algérie n’abandonne jamais ses enfants ».

Le recours à l’intimidation dans les consulats

Pour ceux qui acceptent, la suite se déroule dans les consulats algériens en France. Un enregistrement audio, révélé par « L’Œil du 20 heures », dévoile les méthodes employées pour retourner les voix dissidentes. Un opposant est convoqué au bureau de la sécurité, un département officieux du consulat rattaché aux services de renseignement algériens. « Cher monsieur, mettez-vous à l’aise« , lui dit-on. « Ne soyez pas stressé ! »

Mais l’échange se transforme rapidement en interrogatoire : « Qui traîne avec vous ? Quand avez-vous rejoint le mouvement ? En tant que militant, vous étiez en charge de quoi ? Qui a l’ascendant ? Qui sont tes amis les plus proches ? Est-ce que tu sens qu’ils sont récupérables ? S’il te plaît, continue ».

Les interlocuteurs sortent fréquemment de la pièce et reviennent avec des documents. L’opposant réalise qu’il est déjà surveillé, et que ses hôtes connaissent tous les détails de sa vie et de celle de ses proches. « Tous ces noms, on les a, on connaît tout le monde. Ce qui nous intéresse, c’est que tu t’engages à combattre ces gens ».

Une lettre de renonciation et d’allégeance

L’ultimatum est clair : « Je vais te donner le papier, tu vas le signer ». Une lettre de renonciation et d’allégeance est présentée à l’opposant. Le texte stipule qu’il s’engage « à cesser toute activité subversive ou hostile, susceptible de porter atteinte aux intérêts de mon pays, l’Algérie, à dévoiler tous les noms et plans de mon mouvement, à collaborer avec les services de renseignements algériens ». La lettre se termine par : « Je certifie n’avoir subi aucune sorte de pression ».

Si l’opposant signe, on lui promet de rentrer au pays sans être inquiété. Contacté, le consulat algérien n’a pas répondu aux sollicitations de l’équipe de journalistes. Cependant, Mourad A., l’homme qui approche les opposants, confirme : « L’Algérie a initié une procédure pour tout Algérien égaré qui veut rentrer dans son pays. Un Algérien qui se considère algérien, il est aux côtés de son pays et il doit défendre l’Algérie face à la France ».

Les autorités françaises au courant

Les autorités françaises, quant à elles, sont conscientes de ces manœuvres. « Alger déploie des moyens substantiels pour récupérer ses opposants. Les procédés, on les connaît. On fait savoir qu’on sait, mais ce n’est pas toujours suffisant », confie une source proche des services de renseignement.

Le magazine Le Point consacre son dernier numéro aux réseaux du régime algérien en France

Le dossier débute par un éditorial de Franz-Olivie Giesbert, dont le titre est explicite: Non, la France et l’Europe ne sont pas de paillassons.

Ensuite, un constat : malgré une intégration croissante de la diaspora algérienne en France, le régime d’Alger continue de la percevoir comme un prolongement de ses intérêts stratégiques. Avec des consulats omniprésents et des institutions religieuses sous influence, Alger maintient une emprise étroite sur ses ressortissants, parfois au détriment de leurs libertés individuelles.

La publication détaille l’escalade des tensions entre les deux pays, exacerbée par des conflits mémoriels et politiques. La reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara a ajouté une couche de complexité, renforçant les accusations de trahison portées par Alger contre la France. Ce contexte tendu est également nourri par un discours anti-français croissant dans les cercles du pouvoir algérien.

Un aspect central du dossier est l’apparition de figures médiatiques et politiques mobilisées pour défendre les intérêts d’Alger à l’étranger. Ces « influenceurs« , souvent anonymes, sont accusés de propager un discours de propagande et d’intimidation envers les opposants. L’affaire Boualem Sansal, écrivain algérien détenu pour ses prises de position critiques, illustre le climat répressif instauré par le régime.

Le mouvement de contestation du Hirak, qui a marqué une génération d’Algériens, est également abordé. Le régime algérien, face à ces aspirations démocratiques, a choisi de renforcer son contrôle, notamment via des accusations portées contre des acteurs étrangers et des réseaux sociaux. Cependant, le Hirak demeure une source d’espoir pour une société civile en quête de changement.

Le dossier du magazine s’attarde enfin sur le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), que le régime algérien accuse de déstabilisation et de collusion avec des forces étrangères, notamment en France.

Retailleau : « L’Algérie veut humilier la France. La France ne peut pas supporter cette situation »

Les autorités algériennes ont refusé, le jeudi 9 janvier, l’entrée sur leur territoire de l’influenceur algérien Boualem N., expulsé par Paris vers son pays d’origine après des incitations à la violence envers un opposant du régime.

L’influenceur algérien avait été interpellé à Montpellier (Hérault), où il réside, le dimanche 5 janvier en fin de journée. Il lui a été reproché d’avoir publié du contenu appelant à des actes violents. Une vidéo de cet influenceur postée sur le réseau social TikTok avait fait l’objet, la veille, d’un signalement auprès de la justice par le maire de Montpellier et le préfet de l’Hérault. « Tuez-le, laissez-le souffrir », y lançait notamment cet homme surnommé « Doualemn », évoquant un manifestant algérien anti-régime.

« J’ai pris un arrêté d’expulsion et les autorités algériennes n’ont pas voulu le laisser débarquer sur le sol algérien, en contradiction totale avec les règles », a déploré ce vendredi 10 janvier le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, au lendemain du renvoi sur le sol français de l’influenceur algérien.

« L’Algérie veut humilier la France. La France ne peut pas supporter cette situation. En gardant notre sang-froid et notre détermination à défendre nos intérêts, nous devons évaluer tous les moyens qui sont à notre disposition vis-à-vis de l’Algérie qui est en train de franchir un cap », martèle-t-il.

L’Algérie renie ses enfants loyaux

Dans le cadre des relations diplomatiques, et plus spécifiquement consulaires, il est impératif pour un État de porter assistance à ses citoyens où qu’ils se trouvent et quelles que soient les circonstances. Cette responsabilité constitue une obligation fondamentale que les États se doivent de respecter, non seulement envers leurs propres ressortissants, mais également dans leurs relations avec d’autres nations.

Contacté par Médias24, Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur et chercheur en relations internationales, a affirmé qu' »un État est obligé non seulement de porter aide et secours, mais aussi de mener toutes les actions pour rapatrier ses citoyens en cas de troubles politiques graves ou de guerres civiles ».

Et d’ajouter : « Le renvoi d’un citoyen algérien représentant une menace pour la sécurité interne, dans un jeu de ping-pong diplomatique entre la France et l’Algérie, est une situation sans précédent dans les relations entre États. Alger devrait soit assumer la responsabilité de protéger ses citoyens, soit exiger leur libération si elle estime que leur condamnation est arbitraire ».

La diplomatie des influenceurs

Après les récents développements, il devient clair que le régime algérien commence à instrumentaliser sa communauté présente dans l’Hexagone comme un levier contre la France, car la dernière vague de haine véhiculée par « les influenceurs algériens » ne semble pas viser seulement les opposants algériens, mais la stabilité de la France elle-même.

Ahmed Faouzi critique vivement la posture adoptée par les dirigeants algériens envers Paris. Selon lui, « les responsables algériens aiment installer un rapport de force avec la France. C’est là où ils peuvent justifier aux yeux de leurs citoyens qu’ils tiennent tête à l’ancien colonisateur ». Pour le chercheur en relations internationales, cette posture conflictuelle n’est pas seulement une stratégie politique, mais également une tentative de perpétuer l’héritage de la guerre d’indépendance.

Tout rapport conflictuel avec Paris est pour eux une continuation de la guerre de libération, qui est rappelée à chaque grand événement », explique-t-il. Cette rhétorique, ancrée dans l’histoire coloniale, sert de levier pour maintenir un certain contrôle sur l’opinion publique algérienne.

Cependant, l’ancien diplomate souligne une dimension préoccupante de cette stratégie. « Le drame est que les militaires algériens gèrent la diplomatie comme un bataillon qu’on envoie à une défaite annoncée », affirme-t-il. Cette approche belliciste de la diplomatie, qui semble avoir embarqué dernièrement des influenceurs de la diaspora, entraîne des conséquences négatives tant au niveau bilatéral qu’à l’intérieur du pays.

Ahmed Faouzi ne manque pas de pointer les répercussions directes de cette politique sur la communauté algérienne vivant en France. « Par cette démarche irréfléchie, Alger ne rend pas service à ses citoyens vivant en France; elle leur rend tout simplement la vie encore plus difficile », déplore-t-il.

« En effet, les tensions entretenues avec Paris se traduisent souvent par des mesures administratives et politiques qui compliquent davantage le quotidien de cette diaspora ».

« La France devrait être consciente que ses relations avec l’Algérie sont davantage du ressort de la psychanalyse que de la diplomatie », conclut-il, non sans ironie.

Confusion en Algérie sur l’imposition de sanctions commerciales à la France

« La cellule de communication du Premier ministre tient à apporter un démenti catégorique à ces informations erronées et totalement infondées », indique un communiqué publié par l’agence de presse officielle APS et relayé par Le Monde.

Le communiqué cite nommément l’ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt, comme étant à l’origine de telles « allégations mensongères ».

Le président français a solennellement réitéré sa position dans un discours prononcé au Parlement lors de sa visite d’Etat au Maroc.

https://medias24.com/2024/11/07/lalgerie-gele-ses-relations-commerciales-avec-la-france-et-retablit-celles-avec-lespagne/