Filière des voitures fantômes : la BNPJ remonte un réseau d’une ampleur inédite

La police marocaine remonte le fil d’un réseau criminel d’une ampleur inhabituelle, mêlant exfiltration de voitures neuves, exploitation de personnes vulnérables, falsifications en cascade et fraudes aux sociétés de crédit. Le dossier est piloté depuis des mois par la section de criminalité économique et financière de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), avec des arrestations en août 2025 et des investigations en cours.

Les éléments examinés par nos soins suggèrent un système aux allures d’organisation transfrontalière parfaitement structurée, actif depuis plusieurs années entre le Maroc, l’Europe et l’Afrique du Nord. Et qui, surtout, laisse entrevoir l’existence de complicités au sein d’agences bancaires, de services de légalisation et de circuits comptables.

Les premiers suspects interpellés, dont deux frères considérés comme des maillons centraux, se trouvent aujourd’hui sous instruction judiciaire à la chambre criminelle de Casablanca.

En parallèle, les investigations se déploient pour identifier l’ensemble des ramifications du réseau et des acteurs impliqués.

Des voitures neuves financées à crédit, exfiltrées presque aussitôt

Au cœur du dispositif apparaissent des véhicules neufs obtenus via des crédits automobiles contractés auprès de sociétés spécialisées telles que Wafasalaf, Eqdom, Sofac et Vivalis…

Ces prêts, accordés pour l’acquisition de modèles récents, n’ont jamais vocation à être remboursés et permettent aux voitures d’être immédiatement détournées puis dirigées vers des circuits parallèles.

Les notes d’enquête mentionnent déjà une série de modèles concernés, Peugeot 308, Hyundai Tucson, BMW, Cobra, Renault Express, Ford Transit, Alfa Romeo ; toutes des voitures acquises à crédit au nom de sociétés-écrans créées ou reprises pour l’occasion.

Une fois sous contrôle du réseau, les véhicules sont convoyés vers l’Europe à travers Tanger Med ou Bab Sebta, déposés à Alicante ou Marseille, démontés ou revendus entiers parfois à un tiers de leur valeur réelle. Ils réapparaissent ensuite en Afrique du Nord, notamment en Algérie, où ils sont écoulés avec des cartes grises « prêtes à l’usage », bien qu’il s’agisse de véhicules neufs à peine sortis des concessions.

Des victimes ciblées, fragilisées, instrumentalisées

Les premiers éléments de la procédure dressent un tableau d’une dureté saisissante, avec l’usage explicite du terme « traite des êtres humains ».

Les victimes, souvent des femmes en situation de fragilité, sont identifiées, approchées, isolées, utilisées comme prête-noms. On leur fait créer des sociétés, reprendre des entreprises dormantes, signer des documents pré-remplis et suivre des parcours administratifs dont elles ne comprennent ni la logique ni les enjeux.

À chaque étape, quelqu’un les attend, les oriente, les encadre ; un déroulé que les enquêteurs décrivent comme « trop fluide pour être accidentel », un « mode opératoire répétitif » construit pour obtenir en un temps record des véhicules destinés à quitter le territoire, un engrenage dont la finalité apparaît clairement : déposer des demandes de crédits automobiles qui ne seront jamais remboursés, puis livrer les voitures au réseau.

Les procès-verbaux font état d’intermédiaires masculins qui gagnent la confiance des victimes, se présentent comme des sauveurs, des facilitateurs, voire des protecteurs, avant de se révéler comme des recruteurs opérant pour le compte d’une structure beaucoup plus vaste.

Un écosystème de complicités organisé autour de points névralgiques

Les notes d’enquête révèlent l’existence de relais internes, des maillons essentiels permettant au réseau de fonctionner avec une aisance troublante. Il s’agit d’un directeur d’agence bancaire facilitant les ouvertures de comptes et les mouvements financiers, d’agents de légalisation saisissant systématiquement les mêmes signatures, d’un comptable décrit comme une « pièce essentielle » dans la fabrication des sociétés-écrans, d’intervenants liés aux services de récupération de véhicules impayés à même de retarder des saisies, ainsi que de contacts présents aux frontières pour fluidifier les passages.

Les enquêteurs parlent d’une mécanique trop bien huilée pour relever du hasard, d’une organisation capable de coordonner en temps réel plusieurs opérations, de la création des sociétés au montage des dossiers jusqu’à l’exfiltration rapide des voitures.

Une enquête encore en expansion

Plusieurs personnes citées dans les procès-verbaux sont frappées d’interdiction de quitter le territoire, parmi elles des comptables, des transporteurs, des propriétaires de stations-service, des individus liés au stockage, à la circulation ou à la revente des véhicules.

Les trois téléphones saisis chez les deux frères arrêtés sont en cours d’analyse par la brigade spécialisée en traces numériques. Des échanges préliminaires évoquent déjà des menaces, des pressions, des injonctions aux victimes afin d’orienter ou de rétracter des déclarations.

D’autres volets s’ouvrent en parallèle : la collecte des enregistrements de passage aux frontières, la vérification des fausses autorisations de sortie, l’identification des sociétés-écrans réellement actives, la confirmation du rôle du comptable et des agents de légalisation, la liste complète des véhicules exfiltrés et leur destination finale.

Les enquêteurs notent que « l’intégralité du réseau n’a pas encore été identifiée », et que les ramifications pourraient s’étendre au-delà des premiers cercles visibles.

Médias24 reviendra avec un récit détaillé de l’affaire…

La large victoire du Sénégal contre l’Angleterre, signe d’une transition réussie ?

Pendant que la Côte d’Ivoire, championne d’Afrique en titre, n’arrivait pas à se défaire d’une équipe du Canada moribonde (0-0), le mardi 10 juin à Toronto, le Sénégal, champion d’Afrique en 2021, réalisait une remarquable performance de l’autre côté de l’Atlantique, en venant à bout de l’Angleterre, à Nottingham (3-1).

Une victoire à l’écho retentissant, mais qui a eu du mal à se dessiner. Menés dès la 7ᵉ minute par l’incontournable Harry Kane qui envoya au fond des filets un tir mal repoussé par Édouard Mendy, les Lions de la Teranga ont réussi à revenir au score juste avant le retour au vestiaire (40’). Une réalisation signée Ismaïla Sarr.

Alors que les Anglais ont baissé de pied en seconde mi-temps, en mettant moins d’engagement et d’intensité dans leurs courses, les hommes de Pape Thiaw ont appuyé sur l’accélérateur pour estoquer leur adversaire sur une action de jeu quasi similaire au but égalisateur (65’).

Les Sénégalais ont pris à défaut une défense anglaise à l’alignement plus que douteux. Habib Diarra était à la conclusion de cet énième mouvement en profondeur des Sénégalais qui ont aggravé le score en fin de match sur un contre grâce à Cheikh Sabaly (93’).

Acquis en l’absence de Sadio Mané, le joueur phare du Sénégal, ce succès est multifactoriel. D’abord, il tient à la supériorité athlétique flagrante des Lions de la Teranga sur les Three Lions. En particulier lors du second acte, où l’entrejeu anglais est apparu émoussé et n’a pas réussi à contrôler les projections des milieux sénégalais.

Ensuite, sur le plan tactique, Iliman Ndiaye et ses coéquipiers ont parfaitement joué le coup en exploitant le manque d’automatisme et de cohésion entre les quatre défenseurs anglais. Composé de Kyle Walker, Trevor Chalobah, Levi Colwill et Myles Lewis‑Skelly, le back‑four aligné par le sélectionneur allemand Thomas Tuchel a souffert d’un manque de communication.

Le Sénégal a battu l'Angleterre (3-1)
Le Sénégal a exploité les largesses défensives et l’alignement approximatif des Anglais pour égaliser sur cette action.

Certes, les Anglais ont eu plusieurs occasions de revenir au score, mais leur défaite aurait pu être beaucoup plus cinglante sans les multiples parades de Dean Henderson. Une chose est sûre, les Sénégalais ont tenu la dragée haute à leur adversaire.

Il faut dire que plusieurs joueurs convoqués par Pape Thiaw n’ont pas été dépaysés. Certains connaissent très bien le football anglais car ils y ont évolué, tandis que d’autres n’ont même pas eu à prendre l’avion car ils étaient déjà de l’autre côté de la Manche :

– Édouard Mendy (ancien de Chelsea, Angleterre) ;

– Seny Dieng (Middlesbrough) ;

– Moussa Niakhaté (Nottingham Forest) ;

– Fodé Ballo-Touré (ancien de Fulham) ;

– Pape Matar Sarr (Tottenham) ;

– Cheikhou Kouyaté (Nottingham Forest) ;

– Idrissa Gueye (Everton) ;

– Ismaïla Sarr (Crystal Palace) ;

– Sadio Mané (ancien de Liverpool) ;

– Nicolas Jackson (Chelsea).

Un renouvellement générationnel à infusion lente

En outre, cet accomplissement valide a priori le renouvellement à infusion lente, entamé par la sélection sénégalaise après une décevante CAN 2023 conclue par une sortie prématurée dès les huitièmes face au futur champion, la Côte d’Ivoire.

« Le Sénégal est dans une phase de transition entre une génération qui a remporté le titre continental en 2021 et la jeune garde qui pousse pour faire sa place. Le succès à la prochaine CAN dépendra de la réussite de cette transition », explique à Médias24 un observateur avisé de la sélection sénégalaise.

En effet, depuis que Pape Thiaw a succédé à Aliou Cissé en décembre 2024, l’effectif n’a pas vraiment été rajeuni. Le technicien sénégalais, qui était de la formidable aventure lors de la Coupe du monde 2002, a opéré des changements par dose homéopathique. Ainsi, contre l’Angleterre, seulement cinq joueurs de l’effectif n’étaient présents ni à la CAN 2023 ni à la CAN 2021 :

– Cheikh Sabaly ; 

– Édouard Diouf ; 

– Habib Diarra ; 

– Iliman Ndiaye ; 

– Nicolas Jackson.

Cela dit, ce n’est pas parce qu’un joueur était présent à la CAN 2021 ou 2023 qu’il faisait partie des cadres ou qu’il jouait régulièrement. À l’instar de Pape Matar Sarr, présent lors de l’avant-dernière édition à seulement 19 ans, très peu utilisé, mais qui est désormais considéré comme un élément incontournable.

Idem pour Lamine Camara qui monte clairement en puissance. De fait, Pape Thiaw a pour objectif de constituer un groupe à travers un savant mélange entre des joueurs d’expérience et des jeunes pétris de qualité. Pour preuve, la moyenne d’âge du groupe a quelque peu augmenté entre la CAN 2023 (26,9) et la fenêtre internationale du mois de juin 2025 (27,8).

Suffisant pour prétendre à remporter la 35ᵉ édition du tournoi continental ? L’avenir nous le dira. En tout cas, le Sénégal semble plus avancé dans sa préparation que le tenant du titre ivoirien. Plus encore que l’Algérie, qui a sombré pendant la première heure de jeu en Suède (0-4), avant de se reprendre pour finalement s’incliner (3-4).

Futur adversaire du Maroc dans la poule A de la CAN 2025, le Mali s’est aussi incliné en République démocratique du Congo (0-1). Les Comores ont également subi un revers face au Kosovo (2-4), alors que la Zambie a fait match nul face au Botswana (3-3).

Sahara. Au Comité des 24, large soutien renouvelé au plan d’autonomie

Le Comité des 24, dont les séances plénières se déroulent toujours, a pu mesurer le soutien considérable dont bénéficie le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour mettre fin au conflit du Sahara.

Le mardi 10 juin, en plus des pays ayant renouvelé leur appui à l’intégrité territoriale du Royaume et à sa souveraineté sur son Sahara, plusieurs membres de l’ONU ont réitéré leur soutien au plan d’autonomie.

Les représentants de pays comme le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Gabon ou encore le Bénin, pour ne citer que ces pays, ont fait des interventions sans ambages en faveur du Maroc.

La même position a été exprimée individuellement par les pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Koweït, Sultanat d’Oman et Qatar). Puis, de manière collective, lors d’une intervention lue en leur nom par le représentant du Koweït.

Pour ceux qui soutiennent le plan d’autonomie, cette issue est la plus crédible, la plus juste et la plus réaliste pour résoudre un conflit qui n’a que trop duré.

Des intervenants ont rappelé la grande dynamique de développement que vivent les régions du Sahara. Une réalité qu’ont également rappelée des élus et militants de la société civile issus du Sahara, qui intervenaient comme pétitionnaires.

Le représentant de l’Algérie a essayé d’induire encore une fois la communauté internationale en erreur en tordant le cou aux réalités historiques autour de ce conflit. Majda El Moutchou, numéro deux de la mission du Maroc à l’ONU, est intervenue à trois reprises pour rectifier les propos.

La diplomate marocaine a surtout démontré devant le Comité des 24 que, malgré ses allégations mensongères, l’Algérie est bel et bien une partie au conflit.

Pour suivre le déroulement des deux dernières séances plénières, cliquez ici et ici.

https://medias24.com/2025/06/04/sahara-le-maroc-gagne-du-terrain-au-conseil-de-securite-de-lonu/

Omar Hilale : « L’Algérie souffre d’une pathologie schizophrénique incurable »

Le séminaire régional du Comité des 24 de l’ONU (C24), qui vient de clore ses travaux à Dili, au Timor oriental, a été marqué par les habituelles joutes oratoires maroco-algériennes, sous la forme de deux droits de réponse.

Fidèle à ses philippiques, provocations véhémentes et allégations fallacieuses, le chef de la délégation algérienne s’est élevé contre ce qu’il a appelé la singularisation de son pays dans le discours du Maroc, prétextant qu’il n’est pas partie prenante dans le différend du Sahara marocain.

L’ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU lui a répondu « qu’il n’a fait que rappeler des faits et actes réels assumés ouvertement par l’Algérie ». Et Omar Hilale de s’interroger : « Qui a créé le polisario? C’est bien l’Algérie. Où se trouve-t-il ? Sur le territoire algérien. Qui le finance ? C’est l’Algérie. Qui mène les campagnes diplomatiques contre le Maroc ? C’est encore l’Algérie ». C’est la raison pour laquelle l’Algérie est citée à cinq reprises dans chacune des dernières résolutions du Conseil de sécurité, a-t-il ajouté.

L’Algérie n’est pas partie, mais en même temps elle s’oppose depuis trois ans à la reprise du processus politique, bloquant ainsi le règlement politique de ce différend régional

Réagissant au pseudo statut d’observateur de l’Algérie, l’ambassadeur a constaté que « malheureusement l’Algérie souffre d’une pathologie schizophrénique incurable. Elle n’est pas partie, mais en même temps elle s’oppose depuis trois ans à la reprise du processus politique, bloquant ainsi le règlement politique de ce différend régional’’.

À son tour, Omar Hilale a reproché au diplomate algérien « d’utiliser un logiciel obsolète parce que le narratif de l’Algérie s’est arrêté à l’an 2000 et a passé sous silence les importants développements survenus durant ces vingt-cinq dernières années », s’interrogeant « pourquoi l’Algérie ne se réfère jamais aux résolutions du Conseil de sécurité depuis 2000 ? ».

« L’Algérie ne les cite jamais, parce qu’ils contredisent les fondements de sa position, en actant l’enterrement du référendum, en reconnaissant la prééminence de l’initiative marocaine d’autonomie, en responsabilisant expressément l’Algérie et en constatant le momentum international en faveur de l’initiative marocaine. Ce que l’Algérie persiste à ignorer en recourant à un discours monomatique sur la seule période du début de ce différend et non sur ses évolutions diplomatiques positives jusqu’à ce jour, a-t-il précisé.

Actuellement, Alger est la mecque de la déstabilisation. Elle est la mecque des groupes terroristes, du séparatisme et de tous ceux qui veulent prendre les armes contre leur propre pays

Réagissant à la prétention du diplomate algérien que son pays a été et demeure la mecque des mouvements de libération africains, l’ambassadeur Hilale lui a répondu que « c’était peut-être un mythe durant les années soixante. Mais actuellement, Alger est la mecque de la déstabilisation. Elle est la mecque des groupes terroristes, du séparatisme et de tous ceux qui veulent prendre les armes contre leur propre pays« , constatant que « malheureusement la politique de déstabilisation de l’Algérie au Maghreb et au Sahel a ouvert un large boulevard au terrorisme d’Al-Qaeda et de Daesh en Afrique”.

Enfin, Omar Hilale a démystifié la forfanterie du chef de la délégation algérienne au sujet du droit à l’autodétermination en l’interpellant que « pour crédibiliser son discours, l’Algérie se doit tout d’abord d’offrir ce droit à ceux qui vivent sur son propre territoire, le peuple kabyle, et dont la revendication de son droit à l’autodétermination remonte bien avant la création même de l’État algérien ».

(Avec MAP)

Conflit arabo-israélien : quand Nasser essayait de raisonner Kadhafi (et les autres)

Sur les réseaux sociaux et dans les médias arabes, des interrogations sont soulevées sur le timing de cette « fuite » de l’enregistrement d’une conversation, le 4 août 1070, entre Gamal Abdel Nasser et Mouammar Kadhafi.

La famille de Nasser a, en tous les cas, apporté un précieux éclaircissement : l’enregistrement de la conversation est authentique, et il est consultable, tout comme sa transcription, à la bibliothèque d’Alexandrie, dépositaire des archives de l’ancien président égyptien.

Mais que se sont-ils dits exactement, les deux anciens zaïms, lors de cette déjà célèbre conversation, qui a eu lieu en août 1970, quelques semaines avant le décès de Nasser ?

En résumé : Abdel Nasser répondait à Kadhafi, et à travers lui à l’Algérie, à la Syrie, à l’Irak et à plusieurs factions palestiniennes, qu’un nouveau conflit armé avec Israël était perdu d’avance, et qu’il était pour une solution pacifique. Abdel Nasser semblait en avoir assez de la rhétorique révolutionnaire de certains régimes arabes face à un grand déséquilibre des forces. Il semblait aussi plus soucieux de la sécurité de son peuple et des intérêts de son pays.

Du déséquilibre de la terreur

« Comment vont-ils nous libérer ? », demande Abdel Nasser à Kadhafi en allusion aux régimes arabes adeptes du célèbre slogan « La Palestine de la rivière à la mer ». L’ancien président égyptien soumettait à son interlocuteur une équation assez parlante : en une seule journée, Israël avait acquis des armes américaines pour 400 millions de livres égyptiennes, alors que le budget annuel de l’armée irakienne n’équivalait qu’à 70 millions de livres.

Restait alors la solution pacifique qui n’était pas non plus évidente. « Une solution pacifique est hors de portée. Cela signifie qu’il faut une position internationale sérieuse, et non pas notre propre force. Une position internationale sérieuse qui poussera l’Amérique à faire pression sur Israël », expliquait Abdel Nasser à son interlocuteur libyen.

Dans le cours de cette conversation, l’ex-président égyptien était conscient de ce qu’impliquait sa position : être accusé de trahison par une opinion arabe chauffée à blanc par les discours révolutionnaires.

« Ne pensez pas que j’ai accepté cette décision pour un intérêt personnel. Je sais que les feddayin pourraient venir me tuer », avait affirmé Abdel Nasser, qui savait aussi qu’il ne pouvait nullement compter sur un soutien arabe à son pays.

« Vous, l’Irak, la Syrie, le Yémen du Sud et l’Algérie, laissez-nous tranquilles, nous qui prônons une solution pacifique », a-t-il poursuivi tout en se disant prêt à soutenir financièrement, sans plus, un effort de guerre arabe contre Israël : 50 millions de livres égyptiennes, mais sans illusion sur la capacité de ces pays à assumer la responsabilité d’un conflit armé avec l’État hébreu.

Mais Kadhafi revient à la charge. « Si la guerre a lieu, si la guerre est inévitable, nous y travaillerons à partir de maintenant », insiste-t-il. « Quand… Quand allons-nous nous battre et où allons-nous trouver des armes? », insiste de son côté Abdel Nasser.

Combines et coups bas

« Je suis prêt à vous donner 50 millions de livres pour que vous puissiez vous battre. Que veux-tu de plus ? Laissez-nous tranquilles. Nous sommes les défaitistes », s’emporte l’ex-président égyptien qui demande à ce qu’on laisse son pays tranquille avec ses problèmes sur le front occidental et le Sinaï.

« Non, par Dieu, les Juifs sont plus intelligents que nous. Les Juifs ont planifié pendant vingt-cinq ans ans et ont pris toute la Palestine. Ils n’ont pas accepté le partage en 1947, et en 1948, ils ont pris plus que le partage, et en 1956, ils ont pris le Sinaï, l’ont annexé, et nous l’ont rendu à nouveau, et en 1967 (…), ils ont pris le reste de la Palestine, et ils disent que la prochaine génération doit compléter et prendre du Nil à l’Euphrate », argumente Abdel Nasser. « Je ne dis pas cela parce que je suis défaitiste. Je dis que si nous voulons atteindre un objectif, nous devons être réalistes et savoir comment nous allons l’atteindre ».

« Pourquoi ne vous mobilisez-vous pas ? Quelqu’un vous empêche-t-il de mobiliser vos forces militaires ? Je n’empêche personne de mobiliser ses forces militaires. J’ai empêché Boumédiène de mobiliser sa force militaire ? Depuis 1967, il parle. J’ai empêché l’Irak de mobiliser ses forces militaires ? », s’interroge encore Abdel Nasser.

Le président égyptien décédait le 28 septembre 1970, quelques semaines après cet échange houleux avec Kadhafi. Il n’assistera pas à l’autre défaite des armées arabes devant Israël, lors de la brève guerre d’octobre 1973

Un drone de trop à la frontière algéro-malienne (Analyse)

Un drone malien abattu par l’armée algérienne à la frontière a suffi à faire basculer des tensions latentes en crise ouverte. Depuis cet incident survenu dans la nuit du 31 mars au 1er avril, le Mali et ses alliés de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Burkina Faso et le Niger, ont rappelé leurs ambassadeurs à Alger. En riposte, l’Algérie en a fait de même et a fermé son espace aérien au Mali, qui a aussitôt appliqué une mesure de réciprocité.

Dans un communiqué, l’état-major général des armées maliennes a indiqué que l’aéronef, engagé dans une mission de surveillance, s’était abîmé dans la zone. De son côté, le ministère algérien de la Défense a affirmé que ses forces avaient abattu un drone malien armé après qu’il a pénétré de deux kilomètres dans l’espace aérien algérien. L’intervention aurait été menée par une unité de défense aérienne opérant dans le secteur de la 6ᵉ région militaire, a précisé le ministère dans un communiqué.

La crise diplomatique entre l’Algérie et le Mali a été aggravée par la destruction de ce drone malien, mais elle s’inscrit dans un climat de tensions persistantes entre les deux pays.

Selon l’ancien ambassadeur et expert en relations internationales, Ahmed Faouzi, si cet incident militaire a constitué l’élément déclencheur d’un enchaînement de mesures hostiles – rappels d’ambassadeurs, fermeture d’espaces aériens –, il s’agit en réalité de l’aboutissement d’un long processus de dégradation des relations bilatérales.

Un contexte déjà tendu

Contacté par Médias24, Ahmed Faouzi explique que les racines de cette crise plongent dans une réalité géographique et sécuritaire complexe. « Le Mali partage plus de mille kilomètres de frontières avec l’Algérie, une ligne à la fois perméable, difficile à surveiller et sensible depuis plusieurs décennies ».

À cette réalité s’ajoute un lourd passif historique. « Depuis les années 1990, l’Algérie a externalisé une partie de ses problèmes sécuritaires, et notamment relevant du terrorisme, vers le sud, en repoussant vers le désert des groupes extrémistes qui ont trouvé refuge dans le Nord malien. À cela se greffe la présence dans la région de membres du polisario, dont un leader notoire surnommé  » Abou Walid Sahraoui », a contribué à une forme de collusion entre différents acteurs armés ».

Depuis les années 1990, l’Algérie a externalisé une partie de ses problèmes sécuritaires, et notamment relevant du terrorisme, vers le sud

L’incident du drone vient exacerber une relation déjà tendue, marquée par de précédents épisodes de discorde. Mais cette fois, la réaction algérienne a été interprétée comme une « démonstration de force ».

Selon Ahmed Faouzi, l’Algérie, en abattant un drone malien, dont la position exacte reste à clarifier, a voulu rappeler son autorité sur une zone qu’elle considère comme stratégique. Ce geste a été perçu à Bamako comme une provocation, voire comme « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».

« Les relations s’étaient déjà tendues après que le président algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu un opposant malien », un geste considéré par les autorités de transition à Bamako comme une immixtion directe dans les affaires intérieures du pays.

Selon notre interlocuteur, « cette attitude est dénoncée par les nouvelles autorités maliennes qui cherchent à s’affranchir d’une forme de tutelle régionale. Le Mali, dans une phase qualifiée de « révolutionnaire », entend affirmer son autonomie, reprendre le contrôle de ses ressources naturelles (or, pétrole, uranium, etc.) et redéfinir sa place sur la scène régionale ».

Une réaction inattendue

Ce processus d’émancipation ne se fait pas seul. Le Mali agit désormais au sein de l’Alliance des États du Sahel, qui regroupe également le Burkina Faso et le Niger. « Les trois pays coordonnent leurs diplomaties et ont adopté une posture commune face à l’Algérie, en rappelant collectivement leurs ambassadeurs et en condamnant les actes algériens », rappelle Ahmed Faouzi.

En conflit avec l’Espagne sur la question du Sahara, brouillée avec la France, en retrait dans ses relations avec les pays du Golfe, le tout après avoir perdu son allié syrien, Alger s’isole

Selon lui, cette solidarité régionale prend l’Algérie de court, puisqu’elle ne s’attendait pas « à une réplique émanant des trois pays en même temps ». De plus, « cette solidarité complique son projet stratégique ; à savoir le tracé du gazoduc transsaharien Nigeria-Algérie qui traverse ces pays ». Un projet qu’Alger doit « ralentir », selon Ahmed Faouzi.

Dans son analyse, Ahmed Faouzi souligne qu’Alger se retrouve désormais « isolée ». « En conflit avec l’Espagne sur la question du Sahara, brouillée avec la France, en retrait dans ses relations avec les pays du Golfe, le tout après avoir perdu son allié syrien, Alger s’isole ».

« Ce repli s’incarne dans un langage diplomatique de plus en plus martial, comme en témoigne le communiqué officiel qui qualifie les autorités de transition maliennes de ‘juntes militaires’ usurpant le pouvoir », poursuit notre interlocuteur.

Selon lui, « le rappel des ambassadeurs est un geste diplomatique grave », bien au-delà d’une simple convocation pour explication. Il s’agit d’une « rupture potentiellement durable. Sachant que le retour à la normale pourrait prendre du temps ».

« On ne peut pas ajouter un malheur aux malheurs de la région »

Sur un plan plus large, cette crise révèle également les recompositions géopolitiques en cours dans le Sahel. Selon Ahmed Faouzi, « le Maroc peut être concerné par cette nouvelle crise ». D’abord parce que « le Maroc est sahélien de par sa géographie, son histoire commerciale, religieuse et humaine », mais aussi parce qu’il propose un autre modèle d’influence régionale fondé sur « l’éducation, la formation, les investissements et une diplomatie de développement ».

« Lorsqu’un pays sahélien cherche des partenariats durables, il se tourne souvent vers Rabat pour bâtir un avenir commun », souligne notre interlocuteur.

En tout cas, dans ce contexte tendu, une guerre ouverte entre le Mali et l’Algérie paraît peu probable. « Aucun des deux pays ne peut se permettre une telle escalade, dans une région déjà saturée de conflits », estime Ahmed Faouzi. Pour lui, la présence de nombreux groupes armés, le poids des défis humanitaires et les risques de débordement imposent à tous les acteurs une forme de retenue.

Lorsqu’un pays sahélien cherche des partenariats durables, il se tourne souvent vers Rabat pour bâtir un avenir commun

Comme le souligne l’expert, il faut espérer que la sagesse l’emporte, car « on ne peut pas ajouter un malheur aux malheurs de la région ».

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Entre accusations et représailles, Alger s’isole dans la région

À la suite du communiqué publié par le Mali, avec le soutien du Niger et du Burkina Faso, accusant l’Algérie de soutenir le terrorisme international en entravant les opérations maliennes contre des groupes armés, le ministère algérien des Affaires étrangères a haussé le ton.

La diplomatie algérienne a estimé que le communiqué du gouvernement malien reflétait « l’échec cuisant du projet putschiste toujours en cours, qui a plongé le Mali dans une spirale d’insécurité, d’instabilité, de destruction et de privation ».

Dans un ton de plus en plus virulent, le communiqué algérien fait référence à la « junte putschiste accaparant le pouvoir au Mali », marquant une escalade verbale sans précédent.

Par ailleurs, le ministère algérien a jugé que les accusations de liens entre l’Algérie et le terrorisme, formulées par Bamako, manquaient de sérieux.

Il a également rappelé que la destruction du drone malien par les forces de défense aérienne algériennes avait déjà fait l’objet d’un communiqué officiel publié en temps opportun par le ministère de la Défense nationale.

Alger précise que toutes les données relatives à cet incident, y compris « les images radar prouvant clairement la violation de l’espace aérien algérien, sont disponibles dans la base de données du ministère de la Défense nationale ».

L’Algérie a donc décidé de « rappeler ses ambassadeurs au Mali et au Niger pour consultations », ainsi que le report de l’envoi de son nouvel ambassadeur au Burkina Faso, après que les trois pays ont, de leur côté, rappelé leurs représentants diplomatiques.

Le ministère a également exprimé « son profond regret face à l’alignement non réfléchi du Niger et du Burkina Faso sur les arguments fallacieux avancés par le Mali ».

Dans la foulée, le régime algérien a décidé de fermer l’espace aérien aux avions maliens ainsi que la frontière avec le Mali.

Ainsi, l’Algérie se retrouve pratiquement isolée, au sud par le Niger et le Mali sans voie d’accès, à l’ouest par le Maroc après la rupture des relations diplomatiques et la fermeture de l’espace aérien.

Cette crise constitue un signe annonciateur d’une nouvelle phase dans les relations complexes entre l’Algérie et le trio sahélien dans un contexte de recompositions sécuritaires et géopolitiques rapides, susceptibles de remettre en question la présence et l’influence algériennes dans un espace régional de plus en plus méfiant à l’égard du régime militaire en place.

L’AES rappelle ses ambassadeurs en Algérie

Cette décision intervient suite à l’abattage d’un drone malien par l’Algérie alors que cet appareil survolait la frontière entre les deux pays du côté du Mali.

Dans un communiqué conjoint publié par le collège des chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (AES), ce collège exprime « sa vive condamnation suite à l’abattage d’un drone malien par l’Algérie ».

« Considérant cet acte comme une agression envers l’ensemble de l’espace confédéral, l’AES a décidé de rappeler ses ambassadeurs en poste à Alger », poursuit la même source.

Cette décision marque une escalade dans les tensions entre l’AES et l’Algérie, soulignant les préoccupations sécuritaires et territoriales partagées par les pays membres de l’alliance.

Un drone malien chute près de la frontière avec l’Algérie

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, un drone des Forces armées maliennes (FAMa) s’est écrasé près de Tinzaouatine, dans la région de Kidal (Mali). Dans un communiqué, l’état-major général des armées maliennes a indiqué que l’aéronef, engagé dans une mission de surveillance, s’était abîmé dans la zone.

De son côté, le ministère algérien de la Défense affirme que ses forces ont abattu un drone malien armé après qu’il a pénétré de deux kilomètres dans l’espace aérien algérien. L’intervention aurait été menée par une unité de défense aérienne opérant dans le secteur de la 6e région militaire, ajoute le ministère dans un communiqué.

Algérie : l’écrivain Boualem Sansal condamné à cinq ans de prison ferme

Boualem Sansal était poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, notamment « atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué, pratiques de nature à nuire à l’économie nationale et détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays ».

Lors de son procès le 20 mars, le procureur du tribunal correctionnel de Dar El Beida, près d’Alger, avait requis dix ans de prison ferme contre le romancier.

(Avec AFP)

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Enquête de France 2. Comment le MAK a piégé les renseignements algériens en France (direction du MAK)

Tempête politico-médiatique le lundi 3 mars en début de soirée, en France et ailleurs. Surtout en Algérie. L’Œil du 20 heures, rubrique d’enquête de la chaîne de service public France 2, dévoilait le visage hideux des pratiques des renseignements algériens dans leur traque des opposants au régime d’Alger sur le sol français.

Ces opposants de tous bords sont approchés par des agents algériens actifs en France, surtout via les réseaux sociaux, pour leur proposer un rendez-vous au service de sécurité du consulat général d’Algérie à Paris. Au menu, menaces, intimidations, tentations aussi et, surtout, une offre à l’apparence indiscutable : passer l’éponge sur des condamnations, par contumace, à de longues peines de prison. En contrepartie, les opposants doivent faire acte de « repentance », mais aussi d’allégeance au régime algérien et s’engager à travailler pour lui et contre ses ennemis tout désignés : la France, les opposants, le Maroc.

Pour la plupart des opposants approchés, le régime d’Alger et ses agents recourent à leur talon d’Achille : leurs familles restées en Algérie qui peuvent subir toutes les tracasseries imaginables entre arrestations arbitraires et harcèlement sans limite.

Le MAK s’en mêle

Ces agissements des renseignements algériens sur le territoire français ne sont pas nouveaux. « Depuis des années, le régime algérien a essayé d’infiltrer nos rangs par des individus venus de l’étranger et, parfois, en essayant d’embrigader nos propres militants, et l’Algérie se permettant tous les moyens imaginables », nous déclare Aksel Bellabbaci, membre de la direction du MAK.

« De notre côté, et c’est légitime, notre service de renseignement a été et est toujours en train d’essayer d’obtenir des informations sur ce qu’ourdit le régime algérien contre les Kabyles », admet notre interlocuteur.

« Pendant ces derniers mois, les tentatives d’infiltrer nos militants se sont accrues, essentiellement via les réseaux sociaux, mais la majorité nous en faisaient part et ont opposé une fin de non-recevoir aux offres des renseignements algériens », poursuit Aksel Bellabbaci.

L’occasion de rendre la monnaie de leur pièce aux renseignements algériens s’est présentée, il y a quelques semaines, quand France 2 a commencé la préparation de son enquête. « Nous avons accueilli la nouvelle avec beaucoup d’intérêt, et deux de nos militants se sont portés volontaires pour y participer », explique le jeune responsable du MAK.

« Nous avons enregistré tous leurs échanges avec un responsable du service de renseignement relevant du ministère de l’Intérieur qui leur avait demandé, par la suite, de se rendre au consulat général à Paris », explique Aksel Bellabbaci.

Sur place, les deux militants du MAK sont « traités » par le vice-consul algérien et un responsable des renseignements. « Les échanges ont duré trois heures et nos militants ont tout enregistré. Ces enregistrements ont servi de matière première à l’enquête de France 2 », affirme Aksel Bellabbaci.

Boualem Sansal, le Maroc, Israël…

Lors de cette rencontre de trois heures, affirme notre source, les agents algériens voulaient en savoir plus sur le MAK, ses dirigeants, leur action et le rôle de chacun dans la hiérarchie du mouvement kabyle.

En guise de « pauses », les agents algériens ne tarissaient pas d’invectives visant tour à tour Israël, le Maroc et son roi, la France ainsi que l’écrivain Boualem Sansal.

« Tout l’enregistrement n’a pas été exploité et nous diffuserons d’autres extraits, au moment opportun, contenant des attaques contre le Maroc et ses institutions« , nous révèle Aksel Bellabbaci.

« Pour nous, il s’agit d’une victoire sur le régime algérien. Nous avons aussi démontré le niveau amateur des renseignements algériens qui sont tombés dans le piège aussi facilement », se réjouit le responsable kabyle.

Un reportage de France 2 révèle les méthodes peu orthodoxes du régime algérien pour récupérer ses opposants

L’enquête de « L’Œil du 20 heures », diffusée le lundi 3 mars, révèle que le pouvoir algérien ne se contente pas des réseaux sociaux pour neutraliser ses opposants.

Des manœuvres directes sont également menées sur le sol français selon cette enquête. Ghilas Aïnouche, caricaturiste algérien de 36 ans, réfugié en France, en sait quelque chose. Condamné par contumace à dix ans de prison pour « atteinte à la personne du président de la République algérien », il fait face à des menaces régulières de la part des partisans du régime. « Ce sont toujours les mêmes termes. Nous sommes des harkis, des traîtres, des collabos, à la solde de la France. Ils disent qu’on est payés pour insulter l’Algérie et le peuple algérien », témoigne-t-il.

Ghilas Aïnouche affirme être régulièrement contacté par les autorités algériennes, qui lui proposent un marché : l’abandon de sa peine de prison en échange d’un ralliement au régime. « On a déjà essayé de m’approcher pour faire sauter les dix ans de prison. J’ai refusé ».

Des promesses de retour au pays

D’autres opposants algériens ont tenté de comprendre ce qui se cachait derrière ces propositions. Trois membres du MAK (Mouvement autonomiste kabyle), classé organisation terroriste par Alger pour « atteinte à l’unité nationale », ont accepté de rencontrer un homme se présentant comme un représentant de l’État algérien. Ce dernier, un certain Mourad A., affirme travailler au « ministère de l’Intérieur algérien », un « ministère puissant » selon ses propres termes.

Lors d’un échange téléphonique enregistré, Mourad A. propose à l’un des opposants : « Si tu veux rentrer, on peut t’aider. Ta condamnation sera effacée ». Interrogé sur les raisons de cette offre, il répond : « L’Algérie n’abandonne jamais ses enfants ».

Le recours à l’intimidation dans les consulats

Pour ceux qui acceptent, la suite se déroule dans les consulats algériens en France. Un enregistrement audio, révélé par « L’Œil du 20 heures », dévoile les méthodes employées pour retourner les voix dissidentes. Un opposant est convoqué au bureau de la sécurité, un département officieux du consulat rattaché aux services de renseignement algériens. « Cher monsieur, mettez-vous à l’aise« , lui dit-on. « Ne soyez pas stressé ! »

Mais l’échange se transforme rapidement en interrogatoire : « Qui traîne avec vous ? Quand avez-vous rejoint le mouvement ? En tant que militant, vous étiez en charge de quoi ? Qui a l’ascendant ? Qui sont tes amis les plus proches ? Est-ce que tu sens qu’ils sont récupérables ? S’il te plaît, continue ».

Les interlocuteurs sortent fréquemment de la pièce et reviennent avec des documents. L’opposant réalise qu’il est déjà surveillé, et que ses hôtes connaissent tous les détails de sa vie et de celle de ses proches. « Tous ces noms, on les a, on connaît tout le monde. Ce qui nous intéresse, c’est que tu t’engages à combattre ces gens ».

Une lettre de renonciation et d’allégeance

L’ultimatum est clair : « Je vais te donner le papier, tu vas le signer ». Une lettre de renonciation et d’allégeance est présentée à l’opposant. Le texte stipule qu’il s’engage « à cesser toute activité subversive ou hostile, susceptible de porter atteinte aux intérêts de mon pays, l’Algérie, à dévoiler tous les noms et plans de mon mouvement, à collaborer avec les services de renseignements algériens ». La lettre se termine par : « Je certifie n’avoir subi aucune sorte de pression ».

Si l’opposant signe, on lui promet de rentrer au pays sans être inquiété. Contacté, le consulat algérien n’a pas répondu aux sollicitations de l’équipe de journalistes. Cependant, Mourad A., l’homme qui approche les opposants, confirme : « L’Algérie a initié une procédure pour tout Algérien égaré qui veut rentrer dans son pays. Un Algérien qui se considère algérien, il est aux côtés de son pays et il doit défendre l’Algérie face à la France ».

Les autorités françaises au courant

Les autorités françaises, quant à elles, sont conscientes de ces manœuvres. « Alger déploie des moyens substantiels pour récupérer ses opposants. Les procédés, on les connaît. On fait savoir qu’on sait, mais ce n’est pas toujours suffisant », confie une source proche des services de renseignement.