Le Conseil de la concurrence sanctionne, mais sélectionne-t-il ?
2,06 milliards de DH. C’est le montant des amendes infligées par le Conseil de la concurrence depuis son dégel en 2018. Affiché sur le site du régulateur, ce chiffre correspond aux sanctions prononcées dans des affaires de pratiques anticoncurrentielles ou de manquements aux règles sur les concentrations économiques. Ces amendes sont intégralement reversées au Trésor public, qui en est le créancier légal.
En tête du palmarès figure l’amende transactionnelle record de 1,84 MMDH, conclue en 2023 avec les neuf plus grands distributeurs de carburants, à l’issue d’une enquête fleuve sur les ententes présumées dans le secteur des hydrocarbures.
Autre dossier marquant : Veolia, ancienne maison-mère de Lydec, a accepté début 2024 une transaction de 100 millions de dirhams pour avoir manqué à ses engagements de cession après l’acquisition de Suez.
Sur le plan symbolique, la toute première amende prononcée par le Conseil remonte à avril 2022 et visait Sika Maroc, sanctionnée à hauteur de 11,67 MDH pour pratiques anticoncurrentielles dans le secteur des adjuvants pour béton. C’est cette décision qui a marqué l’activation effective du pouvoir coercitif du régulateur depuis sa réactivation.

Ce bilan provisoire pourrait bientôt s’alourdir. Plusieurs affaires sensibles sont actuellement à l’instruction, dont celle visant la plateforme de livraison Glovo (accusée d’abus de position dominante), celle du marché des sardines industrielles (où des soupçons d’entente sur les prix pèsent sur plusieurs conserveries), ou encore celle des aliments composés pour volaille. Autant de contentieux à fort enjeu économique, susceptibles de déboucher à leur tour sur de lourdes sanctions.
Mais cette dynamique reste entachée d’un déficit de transparence. Le Conseil ne communique pas systématiquement sur les dossiers sanctionnés. Certaines décisions sont rendues publiques, d’autres gardées confidentielles, sans que les critères de publication ne soient clairement explicités. Cette opacité sélective brouille la portée pédagogique et dissuasive de l’action du régulateur.
Le sentiment de sélectivité ne concerne pas uniquement la communication. Il touche le traitement même des affaires. Dans l’opinion, l’impression domine que le Conseil n’applique pas toujours le même degré de sévérité à l’égard des opérateurs économiques, y compris lorsque les pratiques mises en cause sont de nature similaire.