Amont textile : des Turcs prêts à s’implanter au Maroc, visite ministérielle en janvier 2026

Dans un contexte difficile où la demande textile européenne se contracte et où la pression concurrentielle fait perdre des parts de marché aux principaux producteurs, le textile marocain se retrouve confronté à des défis majeurs.

Les récentes perspectives de fin d’année tablent sur un niveau d’exportations proche ou égal à celui atteint en 2024.

Cette situation se reflète dans la baisse enregistrée au niveau des exportations du secteur, qui atteignent 37,7 MMDH à fin octobre 2025, en recul de 3,9% en glissement annuel.

Les causes sont bien identifiées. Les nouveaux droits de douane américains visant les exportations asiatiques ont poussé les producteurs de pays très compétitifs, notamment la Chine, l’Inde et le Bangladesh, à rediriger massivement leurs flux vers l’Europe, principal débouché du Maroc.

Dans ce sens, interrogé par Médias24, Anas El Ansari, président de l’AMITH, souligne que le secteur fait face à une concurrence féroce sur le marché européen. Selon lui, le meilleur scénario pour la fin d’année serait de stabiliser les exportations au même niveau qu’en 2024. « Nous pourrions terminer l’année avec un niveau d’exportations équivalent à celui de l’an dernier. C’est le scénario le plus réaliste au vu de la conjoncture, même si la compétitivité actuelle rend la situation très difficile », explique-t-il.

Anas El Ansari insiste sur le fait que la stagnation n’est pas une victoire, mais qu’elle témoigne néanmoins d’une capacité de résistance dans un environnement international défavorable.

Par ailleurs, selon lui, le Maroc résiste mieux que plusieurs concurrents méditerranéens sur le marché européen. « Contrairement à ce que l’on observe en Égypte ou en Turquie, deux acteurs majeurs du textile régional, le Maroc résiste de manière remarquable, en limitant la baisse des exportations et en parvenant, sur certains segments, à stabiliser ses volumes malgré la concurrence asiatique« .

Une visite officielle turque prévue en janvier 2026

Selon El Ansari, plusieurs industriels turcs envisagent désormais de s’implanter dans le Royaume pour préserver leur compétitivité. « Après notre récente visite en Turquie avec le secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, et au terme des discussions menées sur place, il s’est avéré que plusieurs industriels textiles souhaitent installer leurs activités au Maroc, notamment dans l’amont textile. La forte inflation en Turquie constitue la principale raison derrière ces choix », précise-t-il.

Par ailleurs, le président de l’AMITH affirme qu’une visite officielle du ministre turc de l’Industrie est prévue début 2026. Selon lui, cette démarche s’inscrit dans la continuité des échanges bilatéraux récents et traduit l’intérêt croissant des industriels turcs pour le marché marocain.

« Une visite du ministre turc de l’Industrie au Maroc est programmée pour janvier 2026. L’objectif est d’examiner les possibilités d’investissements turcs dans le Royaume, notamment dans le secteur textile », conclut-il.

Textile. Un projet de co-traitance destiné au marché américain est désormais en maturation

Le salon du textile « Maroc in Mode 2025 » a été, selon ses organisateurs, exceptionnel. L’événement a réuni des visiteurs et des investisseurs venus de plus de 22 pays et a donné lieu à un avant-projet de co-traitance.

Un projet de co-traitance qui prend forme

Contacté par Médias24, Anas El Ansari, président de l’AMITH, indique qu’un projet potentiel de co-traitance permettant au Maroc de livrer des produits finis aux États-Unis est en voie de concrétisation. « Un projet de co-traitance est en voie de concrétisation, avec des partenaires européens et américains », promet-il.

Le salon s’est tenu dans une conjoncture elle aussi exceptionnelle. Le monde est en pleine guerre commerciale entre les États-Unis et les principaux producteurs mondiaux de textile, à savoir la Chine, l’Inde, le Bangladesh, etc.

La présence des Américains, notamment d’une délégation officielle équivalente à l’AMITH, montrait clairement que leur venue allait bien au-delà d’une visite protocolaire et relevait d’une véritable démarche de prospection.

Selon notre source, le schéma envisagé repose sur une montée en gamme progressive. Le Maroc, en partenariat de co-traitance avec l’Europe, livrerait des produits finis au marché américain tout en réalisant localement la majeure partie de la valeur ajoutée.

« Le schéma du projet prévoit que le Maroc produirait et livrerait des articles finis au marché américain sachant qu’une partie des tissus serait importée d’Europe, la valeur ajoutée principale serait réalisée localement, puis le produit final serait exporté vers les États-Unis », explique El Ansari.

Selon lui, le salon a pu, pour la première fois, réunir autour de la même table des investisseurs chinois, américains et européens.

« Le salon franchit un cap. Il devient réellement international. Pour la première fois, nous avons pu réunir autour de la même table des investisseurs venus d’Asie, d’Europe et des États-Unis », souligne Anas El Ansari.

Un contexte mondial qui ouvre une fenêtre d’opportunités

Les importateurs américains cherchent activement des fournisseurs hors Asie, dans la continuité de la doctrine tarifaire défendue par l’administration Trump.

Il s’agit d’un intérêt mutuel avec un pays comme le Maroc qui, en raison indirecte des droits de douane élevés imposés par les États-Unis aux pays asiatiques, voit ses parts de marché se contracter dans son principal débouché, l’Europe. Sous la pression tarifaire américaine, les exportateurs asiatiques redirigent en effet une partie de leurs flux vers le marché européen, accentuant la concurrence et réduisant l’espace commercial disponible pour le Maroc.

Toutefois, il convient de rappeler que le secteur n’a pas les moyens, à court terme, d’intégrer l’ensemble de la chaîne textile.

Mais un tel accord, s’il venait à se concrétiser, serait un vrai tournant pour le secteur. Il permettrait au textile marocain de créer davantage de valeur ajoutée, de générer des emplois et de développer une production de produits finis plutôt que de rester cantonné à la sous-traitance.

« Maroc in Mode 2025 » : le Maroc sur le radar des donneurs d’ordre américains

Le salon international du textile « Maroc in Mode (MIM) 2025 » ouvrira ses portes du 5 au 7  novembre, avec l’ambition d’exposer le savoir-faire marocain et de mobiliser l’écosystème national autour d’un secteur en pleine mutation mondiale.

Un nouvel élan international pour le textile marocain

Cette édition se tient à un moment où les chaînes de valeur du textile se redessinent sous l’effet des tensions commerciales, des relocalisations industrielles et de l’exigence croissante de durabilité. Le Maroc a, plus que jamais, l’occasion de consolider son positionnement comme plateforme industrielle compétitive, agile et crédible.

Contacté par Médias24, Anas El Ansari, directeur de l’AMITH, souligne que cette édition du salon Maroc in Mode accueillera une délégation officielle américaine du secteur textile.

« L’événement verra pour la première fois la participation de l’équivalent américain de l’AMITH, qui regroupe des entreprises industrielles et des investisseurs de la filière, à travers une délégation officielle venue explorer le marché marocain, évaluer son écosystème productif et, potentiellement, initier de nouvelles relations commerciales ».
Le nombre d’exposants internationaux est passé de 30 à 159 en un anSelon El Ansari, cette édition se distingue par un intérêt international spectaculaire. L’année passée, seuls 30 exposants étrangers avaient fait le déplacement. Cette année, ils seront 159, issus de 22 nationalités.

« Cette progression, loin de se résumer à un simple succès marketing, témoigne d’un repositionnement du Maroc sur le radar des donneurs d’ordre internationaux. Cet intérêt s’inscrit dans la recomposition accélérée du commerce mondial du textile, sous l’effet conjugué des tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Asie, de la redéfinition des règles commerciales et des stratégies de relocalisation engagées par les grands acheteurs nord-américains », explique-t-il.

Une opportunité réelle à saisir

Une telle présence d’opérateurs internationaux, en particulier américains, constitue une opportunité majeure pour le textile marocain de gagner en visibilité.

« Ce salon, qui mettra le textile marocain sous les projecteurs, représente une opportunité à transformer en partenariats concrets, notamment avec le marché américain », souligne Anas El Ansari.

Le contexte international donne toute sa cohérence à cette dynamique. La Chine est de plus en plus perçue comme un fournisseur à risque stratégique, en raison des tensions géopolitiques et de la multiplication des droits de douane punitifs imposés par Washington. Le Bangladesh et l’Inde, longtemps considérés comme des alternatives naturelles, font désormais face à un durcissement tarifaire, avec des droits fixés à 50% pour l’Inde.

Cette flambée tarifaire bouleverse les calculs économiques des importateurs. Dans ce paysage contraint, le Maroc bénéficie d’un avantage relatif majeur en accédant au marché américain avec un tarif préférentiel d’environ 10%. Cet écart tarifaire, lorsqu’il est exploité intelligemment, constitue un véritable levier de compétitivité.

« Cette arrivée des représentants américains n’est pas un hasard. Elle reflète une prise de conscience sur la valeur ajoutée marocaine, mais aussi une attente. Si nous voulons convertir cette visibilité en contrats durables, il faudra démontrer que le Maroc n’est pas seulement compétitif, mais fiable, réactif et technologiquement aligné sur les nouveaux standards du marché », précise notre interlocuteur.

Cependant, croire que l’avantage tarifaire suffit constitue une erreur stratégique. Les investisseurs américains ne se déplacent pas pour des raisons fiscales uniquement. Ils scrutent la qualité des infrastructures logistiques, la profondeur des capacités industrielles, la flexibilité des chaînes de production et la conformité aux normes ESG.

L’écosystème textile du pays a historiquement été davantage tourné vers l’Europe, notamment grâce à la proximité géographique, aux flux logistiques fluides et aux accords commerciaux établis. Diversifier vers les États-Unis exige un saut qualitatif (délais d’acheminement, exigences de conformité, volumes potentiels plus élevés, etc.).

Le Maroc dispose d’une véritable fenêtre de tir. Le risque serait de s’endormir sur un avantage tarifaire conjoncturel, sans construire une compétitivité structurelle.

Selon l’Amith, les exportations textiles devraient clôturer 2025 en hausse de 8% à 10%

Selon les données les plus récentes de l’Office des Changes, arrêtées à fin août 2025, les exportations du secteur textile ont enregistré une baisse généralisée. Le volume global s’est établi à 30,4 MMDH contre 31,8 MMDH à la même période de l’année précédente, soit un recul de 4,2%.

En comparant les huit premiers mois de 2025 à la même période des quatre dernières années, on observe un fait inédit. C’est la première fois que les trois segments du secteur, confection, bonneterie et chaussures, enregistrent simultanément une baisse de leurs ventes à l’étranger.

L’analyse laisse apparaître un essoufflement des performances du secteur. Après une forte progression en 2023, où les exportations ont atteint 32,0 MMDH contre 29,4 MMDH en 2022, la dynamique s’est progressivement affaiblie.

En 2024, les exportations se sont légèrement repliées à 31,8 MMDH avant de reculer plus nettement en 2025 pour s’établir à 30,5 MMDH.

Les explications de l’AMITH

Contacté par Médias24, Anas El Ansari, directeur de l’AMITH, indique qu’il s’agit d’une baisse normale, qu’il convient de replacer dans son contexte mondial.

« Ce qui se passe est tout à fait normal. Les États-Unis ont relevé les droits de douane sur les produits textiles asiatiques, qui varient aujourd’hui entre 30% et 80%. En réaction, les grands exportateurs d’Asie se sont tournés vers les marchés européens. Cela a créé une pression considérable sur la demande européenne, qui est restée globalement stable, tandis que l’offre, elle, a explosé », explique-t-il.

Selon El Ansari, cette reconfiguration a directement affecté les exportateurs marocains, qui se retrouvent confrontés à une concurrence plus dense sur leurs marchés traditionnels.

« D’abord, il faut signaler que 90% de nos exportations textiles sont destinées à l’Europe. La concurrence féroce à laquelle nous faisons face a légèrement réduit la part de marché du Maroc, mais il faut reconnaître que nos résultats traduisent une résilience remarquable. Quand des pays asiatiques redirigent massivement leurs exportations vers l’Europe et que le Maroc ne perd que 3% à 4%, c’est une preuve de solidité du secteur », souligne-t-il.Nous terminerons l’année 2025 avec une progression des exportations textiles estimée entre 8% et 10%

Le président de l’AMITH se montre malgré tout optimiste pour le reste de l’année. Selon lui, toutes les unités du secteur tournent à plein emploi, et le bilan annuel 2025 des exportations devrait se clôturer dans le vert.

« À partir de septembre, tout l’écosystème du textile tourne à plein régime. C’est la première fois depuis longtemps que nous atteignons 100% d’utilisation des capacités de production. D’habitude, nous tournons autour de 80%. Aujourd’hui, certains opérateurs peinent même à recruter, faute de main-d’œuvre disponible », précise-t-il.

« Nous pensons terminer l’année avec une hausse de 8% à 10% des exportations, ce qui serait exceptionnel dans le contexte actuel. Nous constatons que la demande pour les produits marocains s’intensifie depuis le mois de septembre ».

Anas El Ansari note aussi un regain d’intérêt international pour le Maroc comme plateforme industrielle. « Plusieurs sociétés étrangères manifestent leur volonté de s’installer au Maroc pour produire et contourner les droits de douane américains. C’est un signe que le pays gagne en attractivité industrielle ».

Cependant, il convient de noter qu’un tel contournement ferait du Maroc une base arrière pour ces pays, ce qui pourrait créer des tensions ou inciter l’administration américaine à relever les droits de douane sur les produits marocains.

Anas El Ansari reste toutefois confiant. « Cela pourrait soulever quelques sensibilités vis-à-vis des États-Unis, mais les relations entre les deux pays sont solides et pragmatiques. Le Maroc saura gérer cette situation avec intelligence et en tirer profit sur le plan industriel », conclut-il.

Morocco Fashion Style & Tex : « Des invitations turques pour un salon censé exposer des produits Made in Morocco » (Anas El Ansari)

Alors que le salon « Morocco Fashion Style & Tex« , prévu du 28 au 31 mai à Casablanca, a déjà démarré, l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) renouvelle son alerte aux autorités compétentes.

Contacté par Médias24, le président de l’AMITH, Anas El Ansari, affirme qu’il s’agit d’une opération qui menace l’industrie marocaine.

« Le salon est largement dominé par des exposants turcs et égyptiens, traduisant une appropriation opportuniste du label Made in Morocco. Cette dérive compromet les efforts engagés pour valoriser le textile marocain et soutenir sa montée en gamme ».Comment créer de l’emploi si notre marché est envahi par des produits qu’on pourrait fabriquer ici mêmePour Anas El Ansari, il est incohérent de parler de création d’emplois tout en important massivement des produits que le Maroc est parfaitement capable de fabriquer localement. Miser sur l’emploi, c’est avant tout miser sur la production nationale.

« Une écrasante majorité des produits exposés sont d’origine étrangère, mais présentés sous le label Made in Morocco. Une telle pratique est préoccupante : elle va à l’encontre de la stratégie nationale visant à encourager l’investissement privé et à promouvoir la création d’emplois locaux. J’ai informé le ministre de l’Industrie et du commerce, le secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, le directeur général de l’AMDIE et le président de la CGEM », indique-t-il.

Quand l’ambassade de Turquie envoie les invitations

À l’approche du salon, censé promouvoir le Made in Morocco, il s’avère, selon notre source, que les seules invitations envoyées proviennent de l’ambassade de Turquie au Maroc.

« J’ai reçu par mail une invitation officielle de l’ambassade de Turquie m’invitant à prendre part au salon. C’est tout simplement aberrant. Comment est-il possible qu’un ambassadeur étranger fasse la promotion des produits de son pays au Maroc, sous le label Made in Morocco, et en appelle à la participation au salon ? J’ai même peur qu’il donne le coup d’envoi de l’ouverture officielle. La situation devient sérieusement préoccupante », souligne Anas El Ansari.Les entreprises marocaines présentes ne sont que des écrans servant à légitimer un salon étrangerEn réponse aux critiques de l’AMITH, les organisateurs du salon ont transmis une liste d’entreprises marocaines censées exposer leurs produits. Mais pour Anas El Ansari, il ne s’agit que d’entreprises écrans, mises en avant pour légitimer un événement dominé par des intérêts étrangers.

« Ce sont des entreprises mises en avant pour faire croire que les produits exposés sont marocains. En réalité, ce sont des articles égyptiens et turcs, importés dans le cadre des accords de libre-échange, mais présentés sous le drapeau marocain. Les entreprises marocaines présentes ne sont que des façades : elles n’emploient personne, ne produisent rien et ne dépassent même pas le niveau de micro-entreprises. J’ai la liste », précise-t-il.

« Si des entreprises marocaines doivent participer à ce genre de salon, alors leurs produits doivent réellement être fabriqués au Maroc. Cela suppose une production locale, des investissements sur le territoire et des emplois créés pour les Marocains. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui », ajoute notre interlocuteur.

Selon notre source, le secteur textile au Maroc a créé près de 40.000 emplois entre fin 2021 et fin 2024. Un chiffre qui montre clairement la bonne dynamique du secteur. Mais cette dynamique est aujourd’hui menacée par des pratiques comme celles observées dans le salon « Morocco Fashion Style & Tex ».

« Quand j’ai rejoint l’AMITH, les chiffres de la CNSS montraient qu’à fin 2021, le secteur textile comptait environ 199.000 emplois. Fin 2024, on est montés à 238.000. C’est le résultat d’un véritable effort collectif et d’un engagement pour créer de l’emploi. Mais organiser un salon comme celui-là, avec des produits étrangers mis en avant sous le label marocain, ça casse complètement l’élan. Ça nuit au secteur et à tout le travail fait ces dernières années », conclut El Ansari.

Par ailleurs, Médias24 a également contacté la seconde partie, en l’occurrence Hassan Berkani, président de la Chambre de Commerce, d’industrie et de services de Casablanca-Settat. Au moment de la publication de cet article, aucune réponse ne nous était parvenue de sa part.

Anass El Ansari candidat à sa propre succession à la tête de l’AMITH

Le Comité de suivi des élections (CSE) a annoncé avoir reçu une seule candidature dans le cadre de l’appel lancé le 23 avril 2025 : celle du binôme composé d’Anass El Ansari, dirigeant de CRC Production, et de Aladdine El Bahraoui, de la société Marcotex, pour le poste de vice-président général.

Réuni le 15 mai au siège national de l’AMITH à Casablanca, le CSE a validé la conformité du dossier avec les règles fixées par le règlement intérieur. Le duo est donc officiellement en lice pour le vote qui se tiendra lors de l’assemblée générale ordinaire élective prévue le 29 mai 2025 à 15 h au siège de l’AMITH à Tanger.

Président de l’AMITH depuis mai 2022, Anass El Ansari est ainsi en voie de rempiler à la tête d’une fédération qui regroupe un large réseau d’acteurs du textile et de l’habillement au Maroc.

Salon « Morocco Fashion Style & Tex » : l’AMITH alerte contre une opération qui menace l’industrie marocaine

Dans une lettre adressée depuis la mi-avril au président de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Casablanca-Settat (CCISCS), l’AMITH avait déjà tiré la sonnette d’alarme, demandant la suspension du soutien institutionnel apporté à ce salon. Mais à deux semaines de son ouverture, aucune réponse officielle ne semble avoir été apportée, poussant l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) à renouveler ses alertes et à appeler les autorités compétentes à intervenir de manière urgente.

La lettre adressée par le président de l’AMITH, Anass El Ansari, au président de la CCISCS, évoque sans détour les risques d’un tel événement : instrumentalisation de la marque Made in Morocco, manque de transparence sur l’origine réelle des produits et affaiblissement potentiel de la filière textile marocaine. L’AMITH demande ainsi la suspension immédiate de tout soutien opérationnel ou institutionnel à ce salon tant que ses objectifs ne sont pas clarifiés et que des garanties strictes sur l’étiquetage, la traçabilité et la conformité réglementaire ne sont pas fournies. Une copie de ce courrier a également été transmise au ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour.

Un salon sous drapeau étranger : confusion autour du Made in Morocco

Selon le président de l’AMITH, l’événement, bien qu’intitulé « Morocco Fashion Style & Tex », est organisé par des opérateurs étrangers, notamment turcs et égyptiens, avec une majorité d’exposants issus de ces deux pays.

« Si le salon est présenté comme une vitrine professionnelle du secteur textile, les acteurs marocains dénoncent l’usage trompeur de l’image du Maroc, notamment à travers l’emploi du label Made in Morocco dans la communication de l’événement. Pour les industriels marocains, cette confusion s’apparente à une véritable usurpation de l’identité industrielle nationale, portant atteinte à la crédibilité des producteurs locaux et à l’ensemble des efforts menés depuis plusieurs années pour structurer et promouvoir un tissu productif compétitif à forte valeur ajoutée locale. Sachant que la vraie vitrine de l’industrie textile marocaine est le salon MIM organisé par l’AMITH sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi », explique Anass El Ansari.

Dans le même élan, une pétition signée par un collectif de professionnels du textile marocain a été adressée au président de l’AMITH. Les signataires y expriment une « inquiétude profonde » et une « opposition ferme à l’organisation du salon dans sa forme actuelle. Selon eux, au-delà de la confusion volontairement entretenue autour de l’origine des produits, l’événement favorise clairement l’importation de produits textiles finis, souvent à très bas prix, parfois issus de pratiques commerciales déloyales telles que le dumping ou le non-respect des normes sociales et environnementales.

Les industriels soulignent que ce type de salons met directement en danger des milliers d’emplois locaux, dans un contexte économique mondial déjà difficile, et constitue une entrave flagrante aux efforts de souveraineté industrielle menés par le Royaume.

Le malaise est d’autant plus grand que le salon est organisé avec le soutien implicite de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Casablanca, à travers son président Hassan Berkani.

Selon Anass El Ansari, ce dernier a donné son appui à la tenue de deux éditions annuelles de foires commerciales favorisant la présence de produits étrangers sur le marché marocain.

« Il nous a été donné de constater que Monsieur Hassan Berkani, Président de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Casablanca, apporte son soutien à l’organisation de deux éditions annuelles de foires commerciales à Casablanca, visant à promouvoir exclusivement des produits en provenance d’Égypte et de Turquie. Cette démarche, si elle se poursuit sans encadrement, risque de créer une situation de concurrence déloyale, en facilitant l’inondation du marché local par des produits importés, souvent à bas coût, ce qui pourrait gravement fragiliser nos industriels et aller à l’encontre des orientations stratégiques de l’État en matière de souveraineté industrielle et de valorisation des productions locales », indique-t-il.Aucun pays ne tolérerait qu’un tel événement se tienne sur son propre territoireLa colère des professionnels s’exprime aussi à travers des comparaisons directes avec les pratiques d’autres pays. « Aucun pays sérieux – qu’il s’agisse de la Turquie, de l’Égypte, de la Chine ou de l’Inde – n’autoriserait sur son territoire un événement international servant uniquement à promouvoir l’importation au détriment de sa propre industrie. Pourquoi cela devrait-il être toléré au Maroc ? », lit-on dans la pétition.

Un souffle d’optimisme dans le textile marocain, mais gare au mirage des chiffres !

Le textile marocain démarre 2025 sur une note positive. En janvier, les exportations du secteur, cuir inclus, ont progressé de 5%, générant un surplus de 180 millions de dirhams par rapport à la même période en 2024. À lui seul, le segment des vêtements confectionnés, pilier de l’industrie, affiche une envolée de 7,9%. De quoi entrevoir une reprise du secteur ? Pas si vite, préviennent les experts.

Interrogé par Médias24, Abderrahmane Atfi, industriel et ex-président régional de l’Association marocaine des industries du textile (AMITH) pour Casablanca, tempère l’enthousiasme : « Un seul mois ne suffit pas à parler de reprise. Il faut au moins attendre la tendance du premier trimestre. Beaucoup d’usines ont connu un démarrage tardif, ce qui a simplement décalé des expéditions prévues fin 2024 vers janvier et février ».

Un rebond conjoncturel ou un véritable frémissement de la demande ? L’industrie textile marocaine est suspendue aux chiffres des mois à venir pour trancher.

Une stagnation persistante en 2024

Malgré cette embellie en début d’année, les tendances de long terme montrent des fragilités. En 2024, les exportations du textile et cuir ont enregistré un recul de 0,5%, prolongeant une dynamique de stagnation observée ces dernières années. Ce repli est principalement attribuable à la diminution des exportations de chaussures.

« La contraction est liée au recul des exportations de chaussures. On devrait plutôt analyser le comportement des exportations des textiles-habillement, et c’est plutôt une stagnation. La persistance de l’inflation, et donc du recul du pouvoir d’achat des consommateurs, explique en partie l’atonie du marché. La persistance des guerres s’ajoute aux incertitudes », souligne Abderrahmane Atfi.

Par ailleurs, l’architecture actuelle des exportations textiles marocaines repose en grande partie sur des relations établies avec un nombre limité d’acteurs et de marchés. En particulier, la prédominance du groupe Inditex structure fortement l’écosystème du secteur.

Un seul mois ne suffit pas à parler de reprise. Il faut au moins attendre la tendance du premier trimestre

« La dynamique de l’écosystème avec le groupe Inditex explique largement la domination des articles confectionnés sur les volumes exportés. Les statistiques confirment plutôt une concentration encore plus forte de nos exportations sur l’Espagne », précise notre interlocuteur.

Ce positionnement, bien qu’il assure une certaine résilience à court terme, expose néanmoins le secteur à une dépendance accrue et limite sa capacité à créer davantage de valeur ajoutée.

Le textile marocain pris en étau entre l’Asie et la Turquie

Face aux géants asiatiques et turcs, le textile marocain joue sur un échiquier dominé par des acteurs intégrés, ultra-compétitifs et solidement implantés sur le marché européen.

« Avec 94% de parts de marché en Europe, ces acteurs exercent une véritable mainmise. Le Maroc, avec à peine 3,2%, peine à se frayer un chemin. Ce n’est pas une question de qualité, mais de puissance industrielle. Les concurrents asiatiques et turcs disposent d’un arsenal redoutable : approvisionnement direct en matières premières, textile en amont hyperdéveloppé, offre diversifiée en habillement et innovation technologique avancée. Ils s’appuient aussi sur un gigantesque marché intérieur immense, globalement de près de 3 milliards d’habitants, qui leur assure une flexibilité sans égale », explique Abderrahmane Atfi, industriel et ex-président régional de l’AMITH à Casablanca.

Le Maroc, avec à peine 3,2%, peine à se frayer un chemin. Ce n’est pas une question de qualité, mais de puissance industrielle

Pourtant, le Maroc ne manque pas d’atouts. Sa proximité avec l’Europe lui confère une agilité logistique précieuse dans l’univers de la fast fashion, où la réactivité est reine. Son savoir-faire, fruit de décennies d’expertise textile, reste un atout indéniable. Mais dans une bataille où l’adaptabilité et l’innovation dictent les règles, ces avantages ne suffisent plus.

« Nous avons longtemps capitalisé sur notre positionnement unique dans la chaîne d’approvisionnement européenne. Mais aujourd’hui, il ne suffit plus d’être bien placé sur la carte ou d’avoir une main-d’œuvre qualifiée. Il faut investir massivement dans l’amont textile, renforcer nos capacités industrielles et intégrer les technologies les plus avancées. Cela passe aussi par un effort majeur dans la formation aux nouveaux métiers du textile : innovation, mode, design, ingénierie textile… Si nous voulons jouer dans la cour des grands, nous devons muscler notre jeu », préconise Abderrahmane Atfi.

Au-delà de la simple rivalité commerciale, les règles du jeu elles-mêmes évoluent. L’Europe, en durcissant ses exigences en matière de traçabilité et de normes environnementales, redéfinit l’accès au marché. Mais ce qui ressemble à une contrainte pourrait se transformer en opportunité pour le Maroc, qui a déjà amorcé des démarches en faveur du textile durable.

D’ici 2030, nous ambitionnons de créer 100.000 nouveaux emplois. À nous de transformer cette ambition en réalité

Autre piste stratégique : briser la dépendance au marché européen en explorant de nouveaux débouchés, notamment en Afrique et sur d’autres marchés émergents.

« Nous avons les cartes en main. Nos centres de formation – CTTH, ESITH, Casa Académie – sont des piliers sur lesquels nous devons nous appuyer pour saisir ces opportunités. Mais cela exige un engagement plus fort des pouvoirs publics. Un accompagnement stratégique et des investissements ciblés seront déterminants pour assurer l’avenir du textile marocain, un secteur clé pour l’emploi. D’ici 2030, nous ambitionnons de créer 100.000 nouveaux emplois. À nous de transformer cette ambition en réalité », conclut Abderrahmane Atfi.

Textile et exportations : sursaut fragile en janvier face à une stagnation de fond

En janvier 2025, les exportations du secteur textile ont progressé de 5%, soit un gain de 180 MDH. Cette performance repose principalement sur la hausse des exportations de vêtements confectionnés, qui enregistrent une croissance de 7,9%. Toutefois, cette embellie ne s’étend pas à l’ensemble de la filière, certains segments restant en difficulté, notamment la bonneterie, qui connaît un recul de 4%.

Certes, une observation sur un seul mois ne suffit pas à tirer des conclusions solides. L’analyse des données de l’Office des Changes pour l’année 2024 révèle que le secteur du textile et du cuir marocain a montré des signes de stagnation. L’année s’est clôturée avec des exportations s’élevant à 45,9 MMDH, enregistrant une légère baisse de 0,5% par rapport à 2023.

Une stagnation de fond accentuée par une conjoncture mondiale défavorable

Sur une perspective plus large, les exportations du secteur textile entre 2010 et 2024 n’ont progressé que de 36,9%, un chiffre modeste en comparaison avec d’autres industries. Sur la même période, les exportations ont bondi de 249% dans l’automobile, 243% dans l’aéronautique, et 156% dans l’électronique et l’électricité.

Selon un expert reconnu du secteur textile, la baisse de 0,5% des exportations en 2024 peut sembler minime, mais elle s’inscrit dans une stagnation de fond que le secteur connaît depuis deux décennies.

« Malgré des initiatives ponctuelles, le secteur textile marocain n’a pas connu de transformation structurelle significative en deux décennies. La raison principale : son incapacité à proposer des produits finis et donc à répondre aux attentes des donneurs d’ordre internationaux. Cette faiblesse limite la diversification des clients et rend l’industrie trop dépendante d’un petit nombre d’acteurs », explique-t-il.

« Le ralentissement en 2024 s’inscrit dans une dynamique mondiale où l’ensemble du secteur traverse une période difficile. La demande en textile s’est contractée et la concurrence est devenue plus rude. Il ne s’agit donc pas d’un phénomène propre au Maroc, mais d’un contexte global qui affecte l’ensemble des acteurs », ajoute notre interlocuteur.

Cependant, notre source souligne que le Maroc dispose d’avantages compétitifs qui pourraient renforcer sa compétitivité face à ses concurrents.

« Malgré ces difficultés, le Maroc dispose de deux atouts compétitifs majeurs qui pourraient lui permettre de mieux tirer son épingle du jeu. D’abord, sa proximité géographique avec l’Europe constitue un avantage stratégique, réduisant considérablement les délais de livraison. Ensuite, sa rapidité et son efficacité dans l’exécution répondent aux exigences des grandes marques, qui cherchent à raccourcir leurs chaînes d’approvisionnement », indique notre source.

Un secteur dominé par la confection et fortement dépendant d’Inditex

Le modèle actuel du textile marocain repose en grande partie sur la confection. Ce positionnement, bien qu’il soit un vecteur important d’emplois, limite la capacité du secteur à capturer davantage de valeur ajoutée.Les grandes enseignes internationales tendent de plus en plus à privilégier des fournisseurs capables de livrer des produits finis« L’industrie textile marocaine repose à plus de 90% sur un modèle de sous-traitance, ce qui signifie que les entreprises locales exécutent des commandes pour des donneurs d’ordre internationaux sans maîtriser la conception, le marketing, le design ou le développement produit. Certes, cette activité est créatrice d’emplois, mais elle ne permet pas de capter la valeur ajoutée maximale. Ce positionnement limite considérablement l’accès du secteur marocain au marché mondial du textile, où les acheteurs recherchent principalement des produits finis prêts à la vente et non des capacités de production isolées », explique notre interlocuteur.

« Par ailleurs, le Maroc collabore étroitement avec Inditex, l’un des rares groupes mondiaux à avoir développé des plateformes externes servant d’interface entre le donneur d’ordre et les sous-traitants. Ces plateformes prennent en charge quatre fonctions clés que les distributeurs ne souhaitent plus gérer en interne : Le marketing (adaptation aux tendances et aux marchés), le sourcing (gestion des matières premières), la mise au point technique (industrialisation et contrôle qualité) et le design (création des modèles). Aujourd’hui, les entreprises marocaines ne maîtrisent pas ces compétences, ce qui les empêche de se positionner comme de véritables fournisseurs de produits finis et de conquérir de nouveaux marchés », poursuit-il.

Structurer des plateformes marocaines : une priorité stratégique

Alors que l’idée de remonter toute la chaîne de valeur textile revient régulièrement dans les débats, la véritable priorité ne réside pas tant dans l’intégration complète du secteur, mais plutôt dans la mise en place de plateformes locales structurées.

« Plutôt que de vouloir remonter toute la chaîne textile, la priorité pour le Maroc doit être la création de plateformes locales capables d’assurer l’interface entre les sous-traitants marocains et les donneurs d’ordre internationaux. Ces plateformes joueraient le rôle que remplissent aujourd’hui celles d’Inditex et permettraient aux industriels marocains de monter en compétence sur le développement produit, le design et la mise au point technique, le sourcing optimisé et l’exportation vers de nouveaux clients internationaux. Si une intégration en amont doit être envisagée, elle ne devrait concerner que le “FIT”, c’est-à-dire le finissage, l’impression et la teinture. Ces procédés permettent de transformer des tissus écrus standardisés (disponibles sur le marché mondial) en textiles prêts à être confectionnés, sans nécessiter des investissements démesurés dans toute la chaîne de production », conclut-il.

Inditex bouleverse la sous-traitance textile au Maroc avec son recours accru au fret aérien

Inditex, propriétaire de Zara et d’autres marques de fast fashion, a fortement augmenté son recours au fret aérien pour acheminer les articles des usines asiatiques vers son centre logistique en Espagne, afin d’éviter les retards de livraison.

Des données inédites communiquées à Reuters sur les expéditions d’Inditex depuis l’Inde et le Bangladesh, deux de ses principaux fournisseurs, montrent ce changement. Inditex a expédié 3.865 cargaisons par avion depuis l’Inde au cours des 12 mois précédant la fin août 2024, soit une augmentation de 37% par rapport à l’année précédente, selon une analyse de Reuters des registres de Import Genius.

Sur ce nombre, 3.352 ont été expédiées depuis le 1er janvier 2024, après une multiplication des attaques contre les porte-conteneurs en mer Rouge. La part du fret aérien dans les expéditions d’Inditex depuis l’Inde est passée de 44% en 2023 à 70% au cours des huit premiers mois de 2024, selon une analyse des données douanières de l’ONG suisse Public Eye. Pour le Bangladesh, cette part est passée de 26% à 31%, selon les données de l’ONG.

En réponse aux questions de Reuters sur les données de fret aérien, Inditex a déclaré utiliser le fret maritime pour la « grande majorité » des produits en provenance d’Asie, mais dans des circonstances exceptionnelles comme la crise de la mer Rouge, il peut recourir à d’autres modes de transport.

Nouvelle stratégie de développement ?

« En analysant le recours intensif au fret aérien, nous constatons qu’Inditex ne s’est fourni qu’auprès des pays asiatiques où les prix sont les moins chers. Avec les résultats trimestriels d’Inditex qui explosent, la corrélation est évidente. C’est un système qui s’installe« , explique à Médias24 un consultant international dans l’industrie du textile.

Ce changement de mode de transport s’explique par le développement, par Inditex, d’un nouveau système de traçabilité de ses vêtements évitant les stocks dormants. Il s’agit du système RFID ou radio-identification.

« Le groupe a développé un système RFID pour mieux maîtriser ses stocks, en assurant la traçabilité de ses vêtements depuis la production jusqu’à la vente. Inditex déclenche la production en temps réel grâce au système RFID, évitant les stocks dormants et optimisant son approvisionnement. Cela explique les records de profits d’Inditex. Avant, le groupe planifiait ses productions sur l’année, générant moins de bénéfices ».

« Mais avec le développement de ce nouveau système, Inditex a besoin d‘une livraison plus rapide pour satisfaire ses besoins de production en temps réel, ce qui n’est pas possible avec le transbordement. C’est pourquoi le géant espagnol a commencé à augmenter son recours au fret aérien pour acheminer les articles des usines asiatiques où les chaînes de production sont intégrées, » ajoute-t-il.

Discontinuité des commandes de sous-traitance au Maroc

Effet boule de neige ? Les commandes de sous-traitance d’Inditex au Maroc, représentant 55% du volume national des commandes habillement à l’export, avancent épisodiquement.

« Cette nouvelle stratégie de développement a provoqué la discontinuité des commandes de sous-traitance chez les principaux sous-traitants d’Inditex, le Maroc et le Portugal. Les usines marocaines de sous-traitance travaillent désormais à un rythme sporadique. Le pic des commandes d’Inditex se concentre sur une partie de l’année pour les commandes basiques. Mais, pour le reste de l’année, les usines se retrouvent sans commandes. Les grandes structures de niveau 1 en payent les pots cassés, eu égard aux charges à payer. Les confectionneurs indépendants de niveau 2, sollicités par les grandes structures pour gérer le pic des commandes, ne sont pas autant impactés puisque la plupart travaillent à la tâche », souligne notre interlocuteur.

L’impact est surtout ressenti à Tanger où sont installés 44% des fournisseurs marocains d’Inditex. L’activité des usines textiles tangéroises, leaders de la confection, est en effet dédiée à la sous-traitance pour le compte d’Inditex, poursuit ce dernier.

« Inditex exploite la docilité des opérateurs marocains »

Pour notre source, Inditex, qui demeure le plus grand donneur d’ordres du secteur de la confection textile au Maroc, tire parti de la faiblesse de l’intégration du textile marocain. « Il y a donc une forte pression sur le Maroc qui dépend d’Inditex. En travaillant presque exclusivement avec lui, nous avons choisi de nous orienter vers la production du basique, c’est-à-dire la fast fashion qui nous tire vers le bas« .

« Le Maroc s’est fait piéger par Inditex qui exploite la docilité des sous-traitants marocains. La discontinuité des commandes a provoqué une baisse de prix inquiétante, que les sous-traitants marocains acceptent pour maintenir leur main-d’œuvre, leur seul capital. Les sous-traitants sont payés à la minute, autour de 50 centimes. Par exemple, pour un t-shirt qui nécessite une durée de confection de 8 minutes, seulement 4 dirhams seront perçus par le sous-traitant. En plus, démotivés, de nombreux profils spécialisés quittent la confection d’articles complexes comme le manteau, depuis la discontinuité des commandes », fait savoir le consultant international dans l’industrie du textile.

La faiblesse de l’intégration du secteur est à blâmer

Comment le textile marocain en est-il arrivé là ?

« Le secteur textile national des années 1990 était intégré. Nous développions alors teintures, filatures et autres composants de l’amont, permettant de produire des produits finis destinés à la France et l’Allemagne. Mais tout changera en 2005, avec la fin de l’accord multifibres européen imposant des quotas d’importation sur les textile en provenance des pays asiatiques. Le Maroc, leader avec une offre créative et innovante, a été remplacé par des pays d’Asie, comme la Chine, le Vietnam et le Bangladesh, proposant des prix plus compétitifs », nous explique notre source.

« Le textile marocain a survécu grâce au réassort. Le rachat des produits finis en Asie par les donneurs d’ordres européens nécessitait plus de temps. Ces derniers se sont rabattus sur le Maroc, vu sa proximité géographique, pour éviter que les rayons soient vides. En 2006, l’accord de libre-échange entre la Turquie et le Maroc modifiera la dynamique marocaine de l’exportation. Les confectionneurs marocains se tourneront vers l’offre turque de tissus, au détriment de l’offre marocaine. L’intégration du secteur s’affaiblit progressivement. Le Maroc, sans s’en rendre compte, a fait la publicité du textile turc. Les donneurs d’ordres se sont tournés vers la Turquie qui a commencé à concurrencer le Maroc. »

« La faille du textile national, combinée à la hausse du salaire minimum de la main-d’œuvre de la confection en Espagne, a été exploitée par Inditex qui a proposé au Maroc de faire de la sous-traitance via ses douze plateformes logistiques d’ex-confectionneurs locaux, en contrepartie d’un paiement à la minute. N’ayant pas d’autres choix, les grands opérateurs au Maroc se sont presque tous convertis à la sous-traitance ».

L’issue de secours ? Miser sur le premium et le luxe

« Le Maroc doit développer une offre intégrée et compétitive, pas uniquement pour Inditex. En Asie, les usines ont un amont immense et amorti, ce qui leur permet d’être sollicitées par de grandes marques pour de grosses commandes. Avec l’économie d’échelle, elles réduisent leurs prix et restent compétitives », indique le consultant.

« Il faut s’inspirer du modèle portugais, lui aussi sous-traitant classique d’Inditex. Les Portugais ont réagi tôt en dupliquant le système de plateformes de sourcing et en venant chercher de la confection à bas prix au Maroc. Depuis huit ans, le Portugal a développé le premium et le luxe. Les opérateurs portugais ont adapté certaines de leurs chaînes de production aux exigences du premium, produisant en quantités plus réduites, mais avec des marges bénéficiaires plus élevées, » explique ce dernier.

« Le Maroc doit faire de même. Nous avons un savoir-faire artisanal ancestral à capitaliser. Il faudra l’appuyer par la formation. Des projets comme celui de LVMH à Marrakech constituent un premier pas. Maintenant, pour développer ce segment, la culture du premium doit être portée par les opérateurs marocains eux-mêmes », conclut notre interlocuteur.

Fermetures en série d’entreprises textiles au Portugal : une opportunité pour le Maroc?

La délocalisation d’industries à faible valeur ajoutée et à forte intensité de main-d’œuvre, un phénomène qui affectait déjà le Portugal, a durement frappé le secteur textile de ce pays et contraint à la fermeture plusieurs entreprises textiles.

Récemment, à Lousada, trois usines de confection ont baissé le rideau, rapporte la presse locale. La conseillère Maria do Céu Rocha a admis que le secteur de l’habillement, prédominant dans cette municipalité portugaise, connaît des difficultés depuis l’année dernière, indiquant qu’elle connaît d’autres entreprises qui se trouvent dans une situation difficile.

Face à ce constat, des entreprises espagnoles, notamment celles installées en Galicie, se détournent aujourd’hui vers de nouveaux fournisseurs dont le Maroc, positionné comme une option attractive.

Des transfuges prospectent déjà le Maroc

« Des industriels confirment ces fermetures au Portugal. Elles concernent principalement les petites entreprises liées à certains systèmes de production qui connaissent une évolution », nous confirme l’ex-président régional de l’AMITH pour Casablanca, Abderrahmane Atfi.

Une opportunité intéressante pour le Maroc puisque l’écosystème lié à Inditex implique à la fois des fournisseurs portugais et des fournisseurs marocains, explique-t-il. « Les capacités sont là. Il y a déjà eu quelques transfuges qui sont venus au Maroc. Il y a eu également la signature de quelques contrats et accords de coopération et de collaboration dans ce contexte ».

Cette opportunité bénéficiera surtout aux sous-traitants marocains, estime un acteur important du secteur.

« Il est important d’identifier le maillon concerné par les fermetures. Il existe deux maillons textiles au Portugal. D’abord, les grandes plateformes d’aval fournisseuses directes d’Inditex. Spécialisés dans le design, le marketing et la mise au point technique, ces gros agrégateurs d’aval vendent le produit fini à Inditex. Mais ce ne sont pas ces opérateurs qui sont en difficulté », explique-t-il à Médias24.

« C’est plutôt le deuxième maillon, celui des sous-traitants, qui court le risque de se trouver en situation difficile. Cela étant, la fermeture d’entreprises portugaises sous-traitantes peut être une opportunité pour le Maroc qui est également, en majorité, sous-traitant d’Inditex ».

Un avantage à court terme…

Néanmoins, il ne s’agit là que d’une opportunité à court terme, nuance notre interlocuteur.

« Certes, ce contexte doit pousser les sous-traitants marocains à se positionner davantage et à améliorer leur productivité. Mais il faut penser sur le long terme. Le Maroc doit prioriser le long termisme qui ne peut se faire sans le développement de grandes plateformes d’aval. Des savoir-faire et des compétences qui sont assez rares dans les usines marocaines ».

« Or, le Maroc ne dispose quasiment pas de fournisseurs directs d’Inditex. Nous manquons de ce type de plateformes tout simplement en l’absence de centres techniques d’excellence pour accompagner un ensemble de compétences, notamment des designers et des marketeurs de très haut niveau ainsi que des profils technico-créatifs », conclut-il.

Loi anti-fast fashion en France : quel impact pour le Maroc ?

L’Assemblée nationale en France a adopté jeudi 14 mars, à l’unanimité, une proposition de loi visant à freiner la fast fashion. Approuvée en première lecture, elle doit désormais être examinée par le Sénat. Dans son article premier, ce texte vise à renforcer l’information et la sensibilisation du consommateur sur l’impact environnemental de la mode éphémère, ainsi que sur les possibilités de réemploi et de réparation des vêtements et accessoires.

Le deuxième article, lui, vise à renforcer la filière de responsabilité élargie du producteur (REP) des textiles d’habillement, linges de maison et chaussures, tandis que le troisième vise à interdire la publicité pour les entreprises et les produits relevant de la mode éphémère.

Une loi d’inspiration protectionniste

Des acteurs et experts textile sondés par Médias24 considèrent qu’il s’agit d’une loi d’inspiration protectionniste.

« Ce texte, qualifié par ses auteurs de loi anti-fast fashion, a trois objets : le renforcement de l’information et la sensibilisation des consommateurs sur l’impact environnemental de la mode éphémère ; l’application d’une pénalité jusqu’à 10 euros par vêtement de mode éphémère ; l’interdiction de la publicité et la promotion de collections de vêtements à renouvellement très rapide », explique à Médias24 Jean-François Limantour, expert textile européen et président du Cercle euro-méditerranéen des dirigeants textile-habillement.

« En réalité, il s’agit d’une loi d’inspiration protectionniste qui vise à limiter la vente, sur le marché français, de vêtements à bas prix au moyen de taxes et de nouvelles tracasseries administratives pour les acteurs de la filière, en particulier les grandes plateformes de commercialisation d’habillement en ligne comme le chinois Shein », ajoute-t-il.

Un constat que partage Karim Tazi, patron de l’enseigne de prêt-à-porter Marwa et ancien président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) : « La France connaît une concurrence déloyale liée en particulier à deux acteurs, Shein et Temu. La France a constaté, en l’espace de quelques années, la disparition de la quasi-totalité de ses enseignes mass market. L’initiative a justement été lancée en réponse à la fermeture de plusieurs enseignes en France comme Camaïeu, Naf-Naf ou Pimkie, et d’autres qui continuent à baisser leurs rideaux ou qui passent d’une main à une autre en attendant de fermer. A travers ce texte, la France cherche à protéger ses enseignes. »

Le Maroc peut-il être impacté par cette loi ?

Nos interlocuteurs sont deux à affirmer que la pénalisation de la fast fashion en France pourrait avoir un impact sur l’industrie textile marocaine, mais qu’il faudra attendre les textes d’application car cet impact dépendra du périmètre de la loi.

« Nous avons tout intérêt au Maroc, en tant que grand exportateur vers l’Europe, à ce que des lois comme celle-ci passent car elles ciblent des enseignes et des acteurs qui n’achètent rien au Maroc et exercent une concurrence déloyale, même aux produits industriels marocains », souligne Karim Tazi.

« De mon point de vue, il est plutôt question d’une mesure favorable pour le Maroc. Maintenant, il faut attendre son application et voir si elle va véritablement cibler les acteurs chinois, et si elle va même impacter des acteurs européens qui sont bénéfiques pour le Maroc, à l’instar de Zara. A priori, si les choses sont bien faites, ce sera pour le Maroc une opportunité supplémentaire. Et cette opportunité ne se présente pas seulement pour le Maroc, mais aussi pour l’ensemble de la zone Euromed. Car l’opportunité, elle est pour celui qui va la saisir », ajoute Karim Tazi.

« Actuellement, les députés européens travaillent sur une autre loi anti-fast fashion, à travers le prisme des déchets textile. C’est une loi qui a à peu près le même objectif, mais qui va être configurée différemment. Je pense que les grands acteurs européens sauront se défendre au sein même des institutions européennes. Les intérêts du Maroc sont liés à ces acteurs. La réussite de notre export est corrélée à leur bon fonctionnement« , conclut le patron de l’enseigne Marwa.

Une question que le Maroc doit suivre avec la plus grande vigilance…

« Le Maroc peut-il être impacté par cette loi ? Théoriquement oui, car il est l’un des plus importants fournisseurs de la France en fast fashion. Mais ici, la fast fashion est une vertu : cela signifie agilité, réactivité, flexibilité, qualité des produits, strict respect des normes sociales et environnementales. Le Maroc pourrait être doublement impacté : indirectement si, comme c’est prévisible, les grands distributeurs espagnols, qui sont très présents en France comme Zara et sont de très gros clients de l’industrie marocaine de l’habillement, sont visés par la loi. Directement si les grandes chaînes françaises comme Decathlon ou Kiabi sont également touchées par cette loi. Tant que le ou les décrets d’application ne sont pas pris, c’est le flou ! Mais le risque d’impact significatif est loin d’être nul », commente pour sa part Jean-François Limantour.

« Pour l’industrie marocaine, cette question est donc à suivre avec la plus grande vigilance car elle pourrait être injustement et absurdement frappée alors que la vie des affaires et la concurrence internationale sont déjà tellement difficiles pour elle ! », estime notre interlocuteur. Pour lui, cette nouvelle proposition de loi est donc « très critiquable » sur tous les plans.

« Economiquement, il est faux d’affirmer que les Français achètent trop de vêtements et encore plus absurde de dire qu’ils les jettent à la poubelle à peine après avoir été mis. Bien au contraire, le budget vestimentaire des ménages se réduit comme peau de chagrin d’année en année. En 2000, les Français consacraient 3,4% de leur budget aux dépenses vestimentaires. En 2023, on est tombé à 1,8 % ! Quant à penser, comme les auteurs de la loi, qu’en freinant les importations on va favoriser la réindustrialisation française d’habillement, c’est une pure vue de l’esprit ! »

« Socialement, pour des millions de Français, les 2,3 millions de chômeurs, ceux qui vivent de petits boulots ou qui ont de maigres retraites, la fin du mois c’est le 20 du mois ! Penser que ces personnes qui ont du mal à payer leur loyer et même à acheter de la nourriture achèteraient par pur plaisir des vêtements et non par nécessité est une idée obscène. Nos députés connaissent-ils la vraie vie ? Je me le demande. Alors taxer les vêtements à bas prix n’est-il- pas une absurdité ? »

« Juridiquement : la loi est très floue. Elle ne précise pas ce qu’est la fast fashion et a fortiori l’hyper fast-fashion. Quelles seront les entreprises concernées : les seules plateformes chinoises comme Shein et Temu ? Les enseignes européennes telles que l’irlandais Primark, les espagnols Zara et Mango, le suédois H&M, les français Decathlon, Kiabi, E. Leclerc, etc., et les importations directes en France de vêtements venant de pays comme le Bangladesh, le Myanmar, le Sri Lanka ou le Cambodge ?

« Et les produits à bas prix importés par nos partenaires européens et réexportés vers la France ? Va-t-on les taxer au mépris de la règle juridique fondamentale de libre-circulation intra-européenne ? Et nos partenaires méditerranéens ? Le texte de loi est totalement muet sur cet ensemble de questions, de même que sur le niveau des seuils à partir desquels on taxera les vêtements. Tout cela est renvoyé à un futur décret d’application », conclut Jean-François Limantour.

L’export marocain du textile vers la France en chiffres 

La France figure depuis très longtemps dans la liste des principaux clients du secteur marocain textile et cuir. Après s’être classé premier client du Maroc depuis 2002, l’Hexagone s’est incliné en 2022 face à l’Espagne, occupant la deuxième place du classement en s’appropriant une part de 17% des exportations marocaines de ce secteur.

Selon la base de données du commerce extérieur marocain de l’Office des changes, la valeur des exportations marocaines du textile vers la France, si l’on considère les chiffres relatifs aux vêtements et accessoires du vêtement en bonneterie et aux autres articles confectionnés et friperie, se sont chiffrés à 1,75 MMDH en 2023 (chiffres arrêtés en septembre 2023).

Ces exportations, tout comme celles destinées au reste du marché européen, ont néanmoins baissé par rapport à 2022. « La chute des exportations marocaines de 2023 n’a rien de très préoccupant, car le Maroc conserve solidement son huitième rang de fournisseur d’habillement de l’Europe avec une part de 3,1% », nuançait dans un article précédent Jean-François Limantour.