Anass El Ansari candidat à sa propre succession à la tête de l’AMITH

Le Comité de suivi des élections (CSE) a annoncé avoir reçu une seule candidature dans le cadre de l’appel lancé le 23 avril 2025 : celle du binôme composé d’Anass El Ansari, dirigeant de CRC Production, et de Aladdine El Bahraoui, de la société Marcotex, pour le poste de vice-président général.

Réuni le 15 mai au siège national de l’AMITH à Casablanca, le CSE a validé la conformité du dossier avec les règles fixées par le règlement intérieur. Le duo est donc officiellement en lice pour le vote qui se tiendra lors de l’assemblée générale ordinaire élective prévue le 29 mai 2025 à 15 h au siège de l’AMITH à Tanger.

Président de l’AMITH depuis mai 2022, Anass El Ansari est ainsi en voie de rempiler à la tête d’une fédération qui regroupe un large réseau d’acteurs du textile et de l’habillement au Maroc.

Salon « Morocco Fashion Style & Tex » : l’AMITH alerte contre une opération qui menace l’industrie marocaine

Dans une lettre adressée depuis la mi-avril au président de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Casablanca-Settat (CCISCS), l’AMITH avait déjà tiré la sonnette d’alarme, demandant la suspension du soutien institutionnel apporté à ce salon. Mais à deux semaines de son ouverture, aucune réponse officielle ne semble avoir été apportée, poussant l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) à renouveler ses alertes et à appeler les autorités compétentes à intervenir de manière urgente.

La lettre adressée par le président de l’AMITH, Anass El Ansari, au président de la CCISCS, évoque sans détour les risques d’un tel événement : instrumentalisation de la marque Made in Morocco, manque de transparence sur l’origine réelle des produits et affaiblissement potentiel de la filière textile marocaine. L’AMITH demande ainsi la suspension immédiate de tout soutien opérationnel ou institutionnel à ce salon tant que ses objectifs ne sont pas clarifiés et que des garanties strictes sur l’étiquetage, la traçabilité et la conformité réglementaire ne sont pas fournies. Une copie de ce courrier a également été transmise au ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour.

Un salon sous drapeau étranger : confusion autour du Made in Morocco

Selon le président de l’AMITH, l’événement, bien qu’intitulé « Morocco Fashion Style & Tex », est organisé par des opérateurs étrangers, notamment turcs et égyptiens, avec une majorité d’exposants issus de ces deux pays.

« Si le salon est présenté comme une vitrine professionnelle du secteur textile, les acteurs marocains dénoncent l’usage trompeur de l’image du Maroc, notamment à travers l’emploi du label Made in Morocco dans la communication de l’événement. Pour les industriels marocains, cette confusion s’apparente à une véritable usurpation de l’identité industrielle nationale, portant atteinte à la crédibilité des producteurs locaux et à l’ensemble des efforts menés depuis plusieurs années pour structurer et promouvoir un tissu productif compétitif à forte valeur ajoutée locale. Sachant que la vraie vitrine de l’industrie textile marocaine est le salon MIM organisé par l’AMITH sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi », explique Anass El Ansari.

Dans le même élan, une pétition signée par un collectif de professionnels du textile marocain a été adressée au président de l’AMITH. Les signataires y expriment une « inquiétude profonde » et une « opposition ferme à l’organisation du salon dans sa forme actuelle. Selon eux, au-delà de la confusion volontairement entretenue autour de l’origine des produits, l’événement favorise clairement l’importation de produits textiles finis, souvent à très bas prix, parfois issus de pratiques commerciales déloyales telles que le dumping ou le non-respect des normes sociales et environnementales.

Les industriels soulignent que ce type de salons met directement en danger des milliers d’emplois locaux, dans un contexte économique mondial déjà difficile, et constitue une entrave flagrante aux efforts de souveraineté industrielle menés par le Royaume.

Le malaise est d’autant plus grand que le salon est organisé avec le soutien implicite de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Casablanca, à travers son président Hassan Berkani.

Selon Anass El Ansari, ce dernier a donné son appui à la tenue de deux éditions annuelles de foires commerciales favorisant la présence de produits étrangers sur le marché marocain.

« Il nous a été donné de constater que Monsieur Hassan Berkani, Président de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Casablanca, apporte son soutien à l’organisation de deux éditions annuelles de foires commerciales à Casablanca, visant à promouvoir exclusivement des produits en provenance d’Égypte et de Turquie. Cette démarche, si elle se poursuit sans encadrement, risque de créer une situation de concurrence déloyale, en facilitant l’inondation du marché local par des produits importés, souvent à bas coût, ce qui pourrait gravement fragiliser nos industriels et aller à l’encontre des orientations stratégiques de l’État en matière de souveraineté industrielle et de valorisation des productions locales », indique-t-il.Aucun pays ne tolérerait qu’un tel événement se tienne sur son propre territoireLa colère des professionnels s’exprime aussi à travers des comparaisons directes avec les pratiques d’autres pays. « Aucun pays sérieux – qu’il s’agisse de la Turquie, de l’Égypte, de la Chine ou de l’Inde – n’autoriserait sur son territoire un événement international servant uniquement à promouvoir l’importation au détriment de sa propre industrie. Pourquoi cela devrait-il être toléré au Maroc ? », lit-on dans la pétition.