Cannabis licite : l’ANRAC dresse le bilan 2025, les superficies cultivées ont doublé par rapport à 2024

Le chantier de la légalisation du cannabis se poursuit d’une année à l’autre. Les efforts pour encadrer et promouvoir la filière légale au Maroc s’intensifient.

Médias24 effectue un suivi permanent depuis le premier jour de cette réforme et vous livre les chiffres de 2025. On constate ainsi que la superficie semée en cannabis licite a plus que doublé par rapport à celle de 2024.

Plus de 4.000 autorisations délivrées en 2025

En 2025, l’ANRAC a délivré 4.003 autorisations contre 3.371 autorisations en 2024. Il s’agit, dans le détail, de :

3.903 autorisations d’exercice de l’activité de culture de cannabis, lesquelles ont été délivrées aux agriculteurs ;

100 autorisations d’exercice d’autres activités ayant été délivrées à 63 opérateurs (transformation, commercialisation, exportation, importation de semences, transport, exportation de semences, ou encore création et exploitation de pépinières).

L’Agence a par ailleurs certifié 6,2 millions de semences de variétés importées de cannabis sur la base de 37 autorisations d’importation octroyées par l’ONSSA à 23 importateurs.

Ce chiffre est en baisse par rapport à 2024, où il se situait à environ 7,6 millions de semences certifiées, sur la base de 30 autorisations d’importation octroyées par l’ONSSA à 21 importateurs.

Près de 4.000 q de semences Beldia autorisés en 2025

L’ANRAC a également autorisé, en 2025, l’utilisation de 3.966 quintaux de semences locales « Beldia » sur la base de 264 autorisations octroyées par l’ONSSA à 264 coopératives.

En 2024, 1.717 q de semences Beldia ont été autorisés sur la base de 112 autorisations octroyées par l’ONSSA à 112 coopératives.

Quant à la production licite, la superficie semée en cannabis licite a été multipliée par plus de deux en 2025, par rapport à celle de 2024.

Une superficie de 4.751 ha de cannabis a ainsi été semée en 2025 par 5.493 agriculteurs regroupés en 366 coopératives contre 2.169 ha semés en 2024 par 2.647 agriculteurs regroupés en 185 coopératives.

Les 4.751 ha semés en 2025 se répartissent comme suit :

4.138 ha de la variété locale Beldia ;

613 ha de la variété importée.

111 autorisations retirées en 2025

L’ANRAC a également réalisé 5.430 opérations de contrôle de conformité aux dispositions réglementaires réparties comme suit :

2.801 opérations de contrôle de l’activité de culture de cannabis licite ;

300 opérations de contrôle de l’activité d’importation des semences ;

642 opérations de contrôle de l’activité de commercialisation ;

59 opérations de contrôle de l’activité d’exportation ;

71 opérations de contrôle de l’activité de transformation ;

1.557 opérations de contrôle de l’activité de transport.

Ces contrôles ont conduit au retrait de 111 autorisations auprès des opérateurs qui n’ont pas respecté les dispositions règlementaires.

Le Maroc, exportateur de cannabis

L’Agence a également exporté, en 2025, de la résine de cannabis vers plusieurs pays étrangers, notamment en :

– France ;

– Suisse ;

– République tchèque ;

– Luxembourg ;

– Portugal ;

– Australie ;

– Afrique du Sud.

Cannabis médicinal : l’UM6P et l’ANRAC s’allient pour développer la recherche appliquée

L’UM6P et l’Agence nationale de régulation des activités du cannabis (ANRAC) ont signé, le 17 juin, un accord-cadre à Benguérir pour promouvoir la recherche appliquée sur le cannabis médicinal, précise-t-on dans un communiqué.

La collaboration couvre la caractérisation des composés actifs, l’étude de leur potentiel thérapeutique et le respect des normes réglementaires, ajoute-t-on.

Un volet formation pour les professionnels de santé et un partenariat avec l’African Genome Center ont été lancés pour séquencer et protéger la variété autochtone Beldia, conclut le communiqué.

Rappelons que la culture de cannabis a entamé en avril dernier sa troisième année au Maroc, sous la supervision de l’ANRAC, après sa légalisation en 2022 et deux années concluantes.

La culture de la Beldia, cannabis de terroir marocain aussi connu sous l’appellation « Kif » a, quant à elle, été autorisée par l’ANRAC puis lancée en avril 2024.

Cannabis médicinal : la Beldya marocaine exportée vers la Suisse, l’Afrique du Sud et l’Australie

Au-delà de la culture du cannabis légal au Maroc, une dynamique nouvelle est en marche. Celle de l’exportation de la variété Beldya, exclusivement à usage médicinal.

Ce processus est encadré par l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC). Mais, au lieu d’une approche par pays, c’est sur l’industrie pharmaceutique que le Maroc a concentré ses efforts.

La variété Beldya, cultivée au Maroc, a été exportée vers des laboratoires pharmaceutiques implantés en Suisse, en Afrique du Sud et en Australie, qui disposent souvent de filiales dans d’autres pays. Cela permet à une cargaison livrée en Suisse, par exemple, d’alimenter ensuite les marchés allemand, portugais ou autres.

Plusieurs expéditions de la Beldya déjà réalisées

« Ce n’est pas une logique géographique, mais plutôt industrielle« , nous explique-t-on. Cette avancée est le fruit d’un travail considérable pour faire connaître le produit marocain dans le monde entier, ainsi que sa qualité et la rigueur qui entoure sa production.

Pour stimuler la demande, l’ANRAC mène une stratégie active de promotion. Des rencontres de prise de contact avec de potentiels clients sont régulièrement organisées par l’Agence au profit d’opérateurs marocains dans plusieurs pays étrangers.

Selon nos informations, après Berlin, la prochaine rencontre est prévue à Zurich. « L’objectif étant de mettre en relation les opérateurs marocains encadrés avec des industriels étrangers intéressés par l’importation de la variété locale », à des fins médicinales, nous expliquent nos sources.

À ce jour, les résultats commencent à se faire sentir. Plusieurs expéditions ont été réalisées. Des industriels du secteur pharmaceutique installés en Suisse et en Afrique du Sud ont déjà importé des quantités significatives de la Beldya.

La dernière opération d’exportation a été réalisée vers l’Australie. Il s’agit d’une première opération qui a porté sur des échantillons destinés notamment à des analyses comparatives entre les normes marocaines et australiennes. Une commande plus importante est déjà prévue.

Des conditions d’exportation strictes

Il faut noter que l’exportation de la variété Beldya du cannabis légal marocain ne peut s’effectuer que dans un cadre médical. Les conditions sont strictes. Il s’agit de plantes dont le taux de THC est supérieur à 1%, que seule une industrie pharmaceutique peut commander.

Celle-ci doit impérativement présenter un certificat d’importation délivré par les autorités compétentes de son pays, attestant de l’usage médical du produit et de sa conformité réglementaire.

Une fois le dossier transmis à l’ANRAC, ce dernier le soumet au ministère de la Santé et de la Protection sociale. Après la validation par ce dernier, une autorisation d’exportation est accordée à l’opérateur concerné.

Les commandes sont donc strictement encadrées. Elles ne sont renouvelées que sur la base de nouvelles autorisations des deux côtés. « Chaque cargaison est liée à une demande formelle du pays importateur, via une industrie pharmaceutique dûment certifiée », précisent nos sources.

Côté marocain, l’encadrement des coopératives et des opérateurs nationaux figure parmi les priorités de l’ANRAC. Ces derniers sont accompagnés sur la qualité de leur production, sa commercialisation, ainsi que sur le respect des normes en vigueur. « L’objectif est qu’ils puissent retourner sur ces marchés à nouveau, après de premières commandes », concluent nos sources.

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L’ANRAC renforce sa gouvernance avec un dispositif de contrôle interne et de gestion des risques

L’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) s’apprête à structurer davantage ses processus internes en lançant un chantier de mise en place d’un dispositif intégré de contrôle interne et de gestion des risques.

Ce projet vise à renforcer la gouvernance de l’Agence, à optimiser ses procédures opérationnelles et à garantir une traçabilité plus rigoureuse de ses interventions, tant au niveau central qu’au niveau provincial, dans un contexte de montée en puissance du secteur réglementé.

L’objectif est de doter l’ANRAC d’un système complet couvrant l’ensemble de ses entités, incluant aussi bien les directions centrales que les représentations provinciales, dans une logique de maîtrise des risques, de transparence administrative et d’efficacité de gestion. Le dispositif visé concerne non seulement les activités internes, mais aussi les opérations menées au bénéfice des opérateurs agréés dans le cadre de la filière du cannabis licite.

Le projet se déploiera en cinq étapes clés :

  1. Un cadrage initial incluant un diagnostic de l’existant et des ateliers de sensibilisation du personnel.
  2. Une mise à jour de la cartographie des processus métier de l’agence.
  3. La conception d’une cartographie des risques, accompagnée d’un plan d’action pour leur maîtrise.
  4. L’élaboration d’un manuel de contrôle interne, la définition d’un plan d’audit et la mise en place des outils associés.
  5. Des ateliers de sensibilisation destinés à ancrer les nouvelles pratiques au sein des équipes.

L’ensemble de cette démarche s’inscrit dans le processus de consolidation institutionnelle de l’ANRAC, au moment où la filière du cannabis licite continue sa structuration progressive. La durée prévue pour la réalisation de ce chantier est de 130 jours.

Cannabis. Production, autorisations, bénéficiaires…, le bilan des activités de l’ANRAC en 2024

Le conseil d’administration de l’ANRAC s’est tenu ce jeudi 26 décembre, à Rabat. L’occasion de dresser le bilan de ses activités en 2024 et d’élaborer des pistes de travail pour l’année 2025.

Place donc au bilan de cette année 2024.

L’ANRAC a examiné et traité, au cours de cette année, 4.158 demandes d’autorisation, et en a délivré 3.371 dont les bénéficiaires sont les suivants :

– 3.056 autorisations au profit de 2.907 agriculteurs pour l’activité de culture et de production de cannabis contre 430 autorisations délivrées en 2023 ;

– 315 autorisations au profit de 158 opérateurs.

Elles se répartissent comme suit :

Les 158 opérateurs concernés comprennent :

Pour ce qui est du travail de certification, l’ANRAC a certifié 7,6 millions de semences importées de cannabis sur la base de 30 autorisations d’importation octroyées par l’ONSSA à 21 importateurs. Elle a aussi autorisé l’utilisation de 1. 717 quintaux de semences Beldia, sur la base des 112 autorisations d’utilisation de ces semences octroyées par l’ONSSA à 112 coopératives.

En 2024, 2.169 hectares ont été plantés en cannabis licite par 2.647 agriculteurs regroupés au sein de 189 coopératives. Voici la répartition de ces plantations :

Quant à la production en cannabis licite en 2024, elle s’élève à 4.082,4 tonnes, avec un rendement moyen de 20 q/ha. Cette production est répartie comme suit :

Au conseil d’administration de l’ANRAC, il a été souligné que les opérations de suivi et de contrôle réalisées par cette institution durant l’exercice 2024 ont montré que toutes les activités relatives au cannabis, entreprises par les agriculteurs et les opérateurs, sont conformes aux dispositions réglementaires.

Pour ce qui est de l’année 2025, l’ANRAC s’est engagée à redoubler ses efforts pour consolider les actions entreprises et promouvoir les initiatives requises pour structurer le développement de la filière du cannabis dans un cadre légal qui assure aux agriculteurs un exercice sécurisé et valorisé de leur activité, et qui garantit aux opérateurs de cette filière des conditions optimales d’accessibilité aux marchés internationaux. La finalité est de contribuer au développement socio-économique des zones concernées par la réglementation, à savoir les trois provinces de Chefchaouen, Taounate et Al Hoceïma.

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Rappelons que cette année 2024 a connu un grand fait marquant : la grâce royale accordée le 19 août à 4.831 personnes en relation avec la culture illicite du cannabis. Ce geste royal a été bénéfique aux concernés et à leurs familles. Il leur a permis de se consacrer de nouveau à leur gagne-pain quotidien, mais dans la légalité et sans craindre de se retrouver pourchassés ou derrière les barreaux.

L’autre point saillant dans le bilan de l’ANRAC est l’augmentation substantielle des cultures licites autorisées par cet organisme étatique. La légalisation du cannabis pour des usages licites a d’abord bénéficié aux agriculteurs, à leurs familles et aux coopératives qui ont été créées. Et quand l’activité licite progresse, cela signifie que l’activité illégale recule. 

Pharma 5 dévoilera bientôt le 1er médicament marocain à base de cannabis

Ce médicament sera produit par Pharma 5. Actuellement, toute la chaîne est prête et maîtrisée, de la récolte jusqu’à la production finale du médicament. Le groupe attend à présent la fixation du prix ainsi que la validation du nom final de ce médicament par la Direction du médicament et de la pharmacie (DMP), relevant du ministère de la Santé.

Le premier générique au monde de l’Epidyolex

L’épilepsie touche environ 400.000 personnes au Maroc. Si 70% de ces patients sont sensibles aux médicaments de la forme courante de cette maladie, les 30% restants sont atteints d’une épilepsie rebelle, échappant au traitement. Il s’agit d’environ 100.000 marocains.

Cette forme grave, qui touche principalement les enfants et les personnes âgées, provoque jusqu’à 40 crises d’épilepsie par jour. L’alternative pour ces patients est la neurochirurgie. Celle-ci n’est toutefois pas courante au Maroc, et coûte très cher. Elle peut également entraîner de graves effets secondaires comme la perte de l’odorat, de l’ouïe ou encore de la parole.

Pour pallier cette situation, Pharma 5 a développé le premier médicament 100% marocain, à base de cannabis (CBD), dédié principalement à traiter l’épilepsie rebelle. Il s’agit également, selon nos sources, du premier générique au monde du médicament le plus vendu traitant l’épilepsie, à savoir l’Epidyolex. 

Ce médicament princeps a été enregistré en Europe et aux Etats-Unis à partir de 2018. Aux Etats-Unis, il a bénéficié d’une procédure exceptionnelle, rapide, et il a été accompagné par les autorités américaines, parce qu’il s’adressait à des malades n’ayant pas d’alternatives thérapeutiques. Il a été enregistré dans les deux pays de façon très rapide par un laboratoire britannique, qui le propose à des prix très élevés, aux alentours de 1.500 euros (soit environ 18.000 DH).

Le Maroc n’était toutefois pas sur le radar de ce laboratoire. C’est le cas également de plusieurs autres pays à revenus faibles et intermédiaires. Il n’y a donc pas été déposé pour être enregistré.

Une cible de 100.000 marocains à atteindre progressivement

Pharma 5 a donc développé la copie conforme de ce médicament princeps, avec les exigences de qualité aux normes les plus strictes au monde, parce que le groupe vise non seulement le marché marocain, mais aussi l’export dans tous les pays qui voudront enregistrer ce médicament.

Le groupe a réussi à le développer grâce à son expertise dans l’industrie pharmaceutique, mais aussi, parce que ce médicament n’était pas breveté au Maroc. Cela démontre ainsi la capacité des acteurs privés à se mobiliser pour générer des opportunités quand la loi le permet.

Il s’agit donc d’une première, qui remet le Maroc à égalité sur la ligne de départ avec d’autres pays dans ce secteur, qui avaient, eux, légalisé la plante depuis de nombreuses années.

Le groupe cible les 100.000 marocains qui échappent actuellement au traitement courant, mais de manière progressive. Il lui faudra d’abord s’assurer de la volonté des patients de consommer ce produit. Pour ce faire, une campagne de sensibilisation et d’éducation pour dé-diaboliser le cannabis est ainsi prévue pour accompagner le lancement de ce médicament.

La mise en marché prévue durant le premier semestre de 2025

Ce médicament, qui a été fabriqué dans le cadre d’un partenariat public-privé avec la DMP et l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), a été développé en un temps record.

Les études et recherches ont duré près de 3 ans, c’est-à-dire depuis la légalisation du cannabis au Maroc pour des usages licites.

Son développement (R&D) a nécessité près d’une année. Pharma 5 a obtenu l’Autorisation de mise sur le marché (AMM) par la DMP en septembre 2024, soit 9 mois après le développement de ce médicament.

Pharma 5 attend à présent la validation du nom final de ce médicament par la DMP, ainsi que la fixation du prix de vente, qui sera moins élevé de 50% par rapport au médicament disponible en Europe et aux USA.

Le prix de ce médicament marocain sera fixé par la DMP en prenant en considération plusieurs critères, notamment l’évaluation scientifique de ce produit et de son efficacité. Cette opération nécessite environ 3 mois depuis l’obtention de l’AMM.

Sa mise sur le marché est prévue durant le premier semestre de 2025. Si la capacité de production n’a, à ce stade, pas encore été définie, le groupe s’engage à fournir les capacités nécessaires, évitant toute rupture sur le marché.

L’étape qui suivra est la procédure de remboursement. Dès que son prix sera fixé, Pharma 5  déposera un dossier pour demander son remboursement par les caisses de sécurité sociale.

Quid de l’usage ?

Ce médicament pourrait être utilisé par les enfants à partir de 2 ans, étant les plus touchés par cette forme grave de l’épilepsie aux côtés des personnes âgées. Il sera toutefois soumis à une prescription médicale, principalement des médecins neurologues. Il est présenté sous forme de solution buvable en flacon (sirop), disposant de 10 g d’isolat de CBD pharmaceutique, avec deux pipettes.

Si ce médicament est dans un premier temps dédié au traitement de l’épilepsie, le groupe ambitionne de mener de nouvelles recherches et essais afin de couvrir les autres maladies possibles.

Sur le volet relatif à l’agriculture, ce médicament a été développé à partir de graines importées du cannabis, la Beldya étant à peine à sa première récolte cette année. Ces graines sont cultivées par trois coopératives à Chefchaouen, constituées d’au moins une cinquantaine d’agriculteurs. Le groupe envisage également de faire des recherches et essais sur la Beldya, pour connaitre ses potentiels dans le secteur pharmaceutique.

Enfin, il s’agit d’un investissement de 250 millions de DH, dont le tiers a déjà été engagé. Le volet recherche et développement représente 25 à 30% de cet investissement. Sur ce volet, le groupe a bénéficié d’une subvention dans le cadre du programme Tatwir.

Ce produit sera, à terme, exporté vers tous les pays où il n’est pas breveté. Notons toutefois que le brevet de ce médicament prendra fin en 2027, ce qui ouvrira de nouvelles portes au groupe.

L’ANRAC bientôt dotée d’un système d’information intégré

Selon les documents relatifs à cet appel d’offres, la prestation objet du marché vise à mettre en place un système d’information intégré destiné à couvrir plusieurs domaines fonctionnels essentiels de l’ANRAC. Parmi ces domaines figurent la gestion des achats et des appels d’offres, la gestion du stock de fournitures, des immobilisations et du parc automobile, ainsi que la gestion de la comptabilité sous ses différentes formes : générale, budgétaire, analytique et de trésorerie.

La solution cible répond à des objectifs spécifiques. Elle doit simplifier la gestion des processus financiers et comptables, tout en fluidifiant les flux de données entre les différents acteurs et les circuits validés. Par ailleurs, elle permettra une meilleure maîtrise des délais et une optimisation du traitement des tâches couvertes, tout en garantissant un suivi précis des données pour appuyer la prise de décision éclairée.

Le délai d’exécution pour la mise en œuvre de ce système est fixé à 300 jours calendaires.

Par ailleurs, et pour répondre à ses besoins croissants en équipements informatiques, l’agence vient de confier la mission d’acquisition de matériel informatique à la société Next Generation Services, pour un montant d’environ 1,2 million de DH. Le délai d’exécution est établi à 3 mois

L’ANRAC prépare des guides de bonnes pratiques liées à la filière du cannabis

L’ANRAC a lancé un appel d’offres pour des prestations d’assistance technique pour l’élaboration des guides de bonnes pratiques.

L’objectif est d’élaborer trois guides de bonnes pratiques dans l’objectif de « vulgariser et harmoniser les pratiques liées à la filière du cannabis », peut-on lire sur les documents relatifs à ce marché. « Cet outil consistera en des manuels pratiques comprenant les exigences et normes édictées pour chacune des activités prévues par la loi n° 13-21, les indicateurs quantitatifs et qualitatifs permettant d’apprécier leur respect ainsi que les modalités de leur contrôle ».

Dans le détail, il s’agit de l’élaboration de :

– un guide de bonnes pratiques de distribution et de transport du cannabis ;

– un guide de bonnes pratiques de consommation du cannabis ;

– un guide de bonnes pratiques de multiplication des semences et de plants de cannabis.

Le chanvre textile, une filière à forte rentabilité grandement attendue par les industriels

Avec la mise en place en 2021 de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), l’espoir a surgi parmi les professionnels du textile quant à la création d’une filière entièrement marocaine, de l’amont jusqu’à l’aval, pour le chanvre textile.

Très profitable, cette matière première a tout pour séduire : écologique, antimicrobienne et ultra-résistante. Extraite d’une variété de plante de l’espèce Cannabis Sativa presque dépourvue de la molécule psychotrope THC, elle présente en outre un fort potentiel de rentabilité.

Pour savoir où en est la mise en place de cette filière stratégique, Médias24 a contacté trois grands industriels, fervents connaisseurs du dossier. S’il est vrai que le chanvre textile peut-être une solution à la faiblesse de l’amont textile national, cette fibre végétale a néanmoins encore du chemin à parcourir pour trouver sa juste place dans la chaine de valeur marocaine du textile, s’accordent nos trois interlocuteurs.

D’abord, des problèmes liés à la réglementation 

Deux des trois opérateurs sondés affirment que la mise en place de cette filière attend la promulgation de la réglementation des activités relatives au chanvre industriel.

« Aux dernières nouvelles, les autorisations accordées par l’ANRAC dans le nord ne concernent pour le moment que le chanvre à usage médical. L’usage thérapeutique de cette plante diffère de son exploitation dans le secteur du textile. Le chanvre à usage médical est cultivé pour sa fleur tandis que le chanvre textile est exploité pour sa tige qui est plus grande par rapport à celle du chanvre médical. La tige du chanvre textile permet en effet d’avoir des fibres textiles longues », explique notre premier industriel.

Il ajoute : « Je pense que la réglementation du chanvre progresse petit à petit. Le chanvre à usage médical est une première étape. C’est déjà une bonne chose. Maintenant, nous espérons que les autorisations soient élargies aux chanvre industriel ».

Pour sa part, un deuxième opérateur souligne qu’il est difficile de cultiver le chanvre industriel là où les autorisations sont accordées actuellement, notamment dans le Nord, compte tenu de contraintes de rentabilité financière et de faisabilité technique.

Il explique : « Le chanvre industriel, et par extension, le chanvre industriel à usage textile, est un marché que nous aurions pu prétendre au Maroc. Maintenant, sur le terrain, la tâche est compliquée. Selon l’ANRAC, la culture du chanvre industriel ne peut pas se faire dans la zone historique par contrainte de rentabilité. Cette fibre textile reste moins rentable que le cannabidiol (CBD) ou le tétrahydrocannabinol (THC) et ne pourrait offrir un revenu supérieur à 20.000 ou 30.000 DH par hectare aux agriculteurs chamalis. Avec la culture du cannabis CBD ou THC, ces derniers peuvent en effet atteindre 100.000 DH ».

« Il est également difficile, d’un point de vue agronomique, de cultiver le chanvre industriel dans le Nord car les terrains sont vallonnés et que la plupart des surfaces sont petites (4.000 m2 à 5.000 m2). Or, le chanvre industriel a besoin d’être cultivé sur de grandes surfaces, notamment sur des superficies qui s’étalent sur plusieurs hectares. Pour toutes ces raisons, le chanvre industriel n’est donc pas fait pour être cultivé dans le Nord », précise-t-il.

Les régions alternatives comme solution?

La plantation du chanvre industriel dans d’autres régions du Maroc peut être néanmoins envisagée comme solution. Des tests réussis sur le terrain, il y en a déjà eu.

En 2010, l’entrepreneur marocain, Omar Sefraoui, PDG de Chanvrières industrielles du Maroc (CIM), avait réalisé des essais dans quatre régions du Maroc, sous le contrôle des services de la Gendarmerie royale. Les résultats avaient démontré des rendements exceptionnels dans la région d’Afourar, où il a obtenu une récolte de 24 tonnes/ha en 67 jours, soit trois plus en quantité, en deux fois moins de temps comparé à la France où les chiffres sont de 8 tonnes/ha en 120 jours. L’explication réside dans les conditions climatiques qu’offre cette région et son ensoleillement idéal.

L’opérateur sondé par Médias24 estime que le Nord reste, pour le moment, prioritaire. Il affirme : « On comprend que, pour l’ANRAC, le Nord reste prioritaire. Dans cette région, le Maroc n’est pas uniquement en train d’investir dans une filière, mais il est aussi et surtout en train de s’occuper de toute la problématique sociétale du Nord ».

Le manque d’investissement dans la R&D, l’autre dysfonctionnement 

Un troisième opérateur sollicité par Médias24 estime quant à lui que le Maroc est loin d’être qualifié aujourd’hui pour mettre en place une filière pour le chanvre textile, en raison du manque d’investissement dans la R&D.

« Pour mettre en place une filière pour le chanvre textile, il faut que celle-ci soit accompagnée d’un écosystème complet, c’est-à-dire des compétences et des centres de recherche. Il est aussi question de transformer le chanvre en une matière appréciée par les consommateurs. Pour ce faire, il faut un travail d’amont sur les compétences, l’innovation, la maîtrise technologique, la maîtrise des produits et la création… sujets sur lesquels nous sommes faibles, comme le Maroc n’est pas très fort en amont », déplore ce dernier.

Il conclut : « L’amont textile marocain est catastrophique. Et pour cause, il ne répond pas aux standards de la qualité. Le peu des matières premières produites localement est malheureusement d’une très mauvaise qualité. Nous sommes ainsi contraint d’importer pour être dans les standards internationaux et même nationaux. Plus de 90% des habits exportés par le Maroc sont faits à partir de matières premières importées« .

Le chanvre textile, une solution à la dépendance du Maroc des matières premières importées ?

Si les industriels du textile placent autant d’espoir dans cette fibre exceptionnelle, c’est parce qu’elle peut également servir à limiter notre dépendance des matières premières importées.

« Ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a déjà des industriels marocains qui utilisent le chanvre à usage textile importé depuis l’Union européenne et l’Asie. Il est surtout exploité dans les industries des habits et des textiles techniques dans le bâtiment. Même si le recours à cette matière première demeure inférieur par rapport à l’utilisation du coton, le chanvre textile devient de plus en plus prisé. Aujourd’hui, certains industriels marocains de l’habillement proposent même des collections à base de mélange coton-chanvre », rebondit le premier industriel.

« Les industriels savent désormais que le chanvre est une option idéale pour, d’abord, s’inscrire dans tout ce qui est circularité et durabilité, du fait qu’il s’agit d’une plante naturelle, recyclable et conforme aux normes. Avoir une filière 100% marocaine du chanvre textile permettra, au-delà d’apporter une plus-value en matière de normes écologiques, de créer toute la chaîne de valeur localement. A partir de cette plante, on pourra en effet faire naître des filatures, des tissages et tout un amont qui n’existe pas aujourd’hui au Maroc », explique-t-il.

Notre deuxième opérateur converge dans le même sens : « Dans les années à venir, si le Maroc continue à importer ses matières premières depuis la Chine et autres pays lointains, nous risquons de ne plus pouvoir exporter en Europe. Produire une matière première localement nous permettrait de rester sur les marchés européens qui sont exigeants en termes de bilan carbone et nous permettrait ainsi d’être plus compétitifs ».

Le but du chanvre industriel étant de rester vert, c’est-à-dire de rester dans un bilan carbone intéressant, faute de quoi le chanvre produit ne sera pas vendu.

Un fort potentiel à l’export

Le chanvre textile c’est également un fort potentiel à l’export. « Aujourd’hui, le volume mondial de transactions liées au chanvre industriel est entre 4 et 5 milliards de dollars et d’après les prévisions cela atteindra les 40 milliards de dollars. C’est dommage que le Maroc ne puisse pas profiter de cette industrie en pleine croissance », déplore une de nos sources.

Le Maroc pourrait d’ici une dizaine d’années construire toute une industrie autour du chanvre avec un chiffre d’affaires à l’export de 10 à 15 milliards de dirhams, estimait dans un précédent article Omar Sefraoui. Le secteur textile national à lui seul peut absorber toute la production locale, tandis que le secteur de la construction peut utiliser le reste de la tige, expliquait-t-il.

Aujourd’hui, cette culture est parfaitement légale en Europe. Les Etats-Unis visent même 100.000 hectares à l’horizon 2030. C’est donc une compétition mondiale qui s’annonce, et le Maroc a tout le potentiel d’intégrer le top 5, assurait l’entrepreneur marocain.

Des drones pour le contrôle aérien des parcelles de cannabis autorisées à Taounate

« L’ANRAC a eu recours à de nouvelles technologies en matière de contrôle des parcelles autorisées par l’Agence au profit des agriculteurs dans un but de culture du cannabis, » a expliqué le directeur provincial de l’ANRAC à Taounate, Ihssane Sidki.

Selon lui, cette démarche s’inscrit dans le cadre des « efforts continus de l’agence pour moderniser ses méthodes de supervision et d’accompagnement des agriculteurs engagés dans cette filière émergente ». Il a ajouté que cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’accompagnement des agriculteurs, des coopératives et des investisseurs impliqués dans la chaîne de valeur du cannabis.

M. Sidki a particulièrement mis l’accent sur l’utilisation de drones pour le contrôle des parcelles situées dans des zones difficiles d’accès, notamment les terrains accidentés et montagneux, précisant que cette approche de contrôle s’inscrit dans une logique d’accompagnement pour éviter la non conformité et la sanction. « On n’est pas dans une logique de sanction, mais plutôt d’accompagnement et de conseil, » a-t-il assuré.

Le directeur provincial a affirmé que cette orientation reflète la reconnaissance par l’ANRAC du caractère récent de la filière licite du cannabis et de la nécessité d’un soutien continu aux acteurs impliqués.

L’utilisation de drones pour le contrôle des parcelles représente une avancée significative dans les méthodes de supervision de l’ANRAC, s’est-il réjoui, expliquant que ces appareils permettent de réaliser des prises de vue aériennes des parcelles, facilitant ainsi la vérification de la conformité des cultures avec les autorisations délivrées.

L’agence peut ainsi s’assurer que les agriculteurs respectent les limites des superficies autorisées et que les parcelles sont effectivement exploitées comme prévu.

M. Sidki a également rappelé le cadre réglementaire qui régit ces activités, notamment la loi 13-21 qui définit les conditions d’octroi des autorisations aux agriculteurs pour des superficies déterminées et délimitées.

Le contrôle effectué par l’ANRAC vise à garantir que les agriculteurs cultivent uniquement les parcelles autorisées, sans dépassement de la superficie allouée. L’importance de ce contrôle rigoureux s’explique, selon lui, par la nature intégrée de la filière du cannabis licite.

Il a noté que les agriculteurs adhérents à des coopératives, doivent livrer leur production à des investisseurs agréés et qui sont informés à l’avance des superficies cultivées et des quantités moyennes de production attendues.

Tout dépassement de ces quantités est strictement encadré par la loi, qui stipule que tout surplus doit être détruit, a-t-il rappelé.

La province de Taounate, qui compte un très grand nombre de cultivateurs de cannabis au Maroc, représente un défi particulier pour l’ANRAC en termes de gestion et d’accompagnement, a fait remarquer le responsable, assurant que l’agence dispose des moyens nécessaires, tant humains que matériels, pour faire face à cette tâche.

Il a notamment souligné que le nombre d’agriculteurs adhérant au programme devrait doubler l’année prochaine, en partie grâce à la Grâce royale qui encourage la transition vers le cadre réglementaire et licite.

Cette initiative de l’ANRAC s’inscrit dans un contexte plus large de régulation et de développement de la filière du cannabis au Maroc. Le Royaume cherche à tirer parti du potentiel économique de cette culture tout en assurant un cadre légal strict et un contrôle rigoureux, a-t-il conclu.

(Avec MAP)

La nouvelle vie des cultivateurs de cannabis à Ketama après la grâce royale

« C’est comme si on renaissait de nouveau ». C’est l’expression qui revient sur toutes les langues ici à Issaguen, dans le Haut Rif, la région historique de la culture du kif, à la suite de la grâce royale du 19 août qui a concerné un total de 4.831 personnes condamnées, poursuivies ou recherchées dans des affaires liées à la culture du cannabis.

Le fait qu’elle émane de la plus haute autorité du Royaume signifie pour eux une garantie que l’Etat est sérieux dans ses promesses quant à la légalisation de la culture du cannabis pour les usages licites, nous confie un groupe d’agriculteurs appartenant à la coopérative « Adebibe Al Filahia ». Une page a été définitivement tournée et la confiance s’est installée. C’est une nouvelle ère qui commence, et on le sent dans leur discours et dans leur attitude.

Ces agriculteurs locaux, qui se sont regroupés au sein de coopératives de culture et de production de cannabis pour des usages médicaux, industriels et cosmétiques, ont été autorisés par l’ANRAC à cultiver la Beldya, plus communément appelée kif. Ils expriment fortement leur attachement à cette espèce de terroir qui fait la renommée de cette région de Ketama.

Agriculteurs de la coopérative Adebibe Al Filahia, recevant leur carte d’autorisation d’un agent local de l’ANRAC. – (C) Médias24

Dans cette région, chacun d’eux a un proche (membre de la famille, voisin) détenu ou recherché par les autorités pour des affaires liées à la culture du cannabis. Eux-mêmes vivaient dans la peur et l’angoisse de se faire arrêter ou que leur nom figure dans l’une des multiples plaintes.

Ils nous décrivent donc l’immense joie, le soulagement et la gratitude avec laquelle ils ont accueilli l’annonce de la grâce royale.

La peur et l’angoisse cèdent la place à la liberté et l’espoir

Aujourd’hui, c’est une nouvelle vie qui commence, notamment pour les personnes qui ont été autorisées à cultiver la Beldya qui va être exclusivement destinée à l’usage pharmaceutique et médical. Yassine, l’une des personnes recherchées dans des affaires liées à la culture du cannabis et ayant bénéficié de la grâce royale, se remémore son passé et nous confie son espoir en l’avenir.

« C’était une magnifique surprise de la part de S.M. le Roi. Mes amis m’ont envoyé par whatsApp l’annonce de la grâce royale. J’ai été bouleversé et la joie m’a gagné avec l’espoir de figurer parmi les bénéficiaires. Deux jours après, j’apprends que mon nom figurait effectivement parmi les personnes graciées. J’ai pleuré de joie, moi, mes parents et toute la famille qui vivait mon calvaire », nous raconte-t-il.

Carte d’autorisation de culture du cannabis de l’ANRAC, facilitant les opérations de contrôle. – (C) Médias24.

« Regarde la différence entre aujourd’hui et hier ! Maintenant, je passe les barrages de la gendarmerie la tête haute, sans peur et avec dignité. J’ai intégré une coopérative de production du cannabis à usage licite et, avec l’autorisation, je peux vivre librement et confortablement », poursuit-il.

Yassine était recherché depuis plus d’un an, poursuivi pour culture illégale de cannabis dans la région de Bni Boufrah, rattachée à la province d’Al Hoceima. « Il y avait un conflit entre des personnes du douar ; l’une d’elles a déposé plainte et, lors de l’enquête, mon nom a été associé à la culture du kif même si je n’avais aucun lien avec cette affaire. C’est comme cela que j’ai fait l’objet d’un mandat de recherche pour culture de cannabis », explique-t-il.

C’est le cannabis qui nous permet d’éviter l’extrême pauvreté. Il ne faut pas croire qu’on mène une vie de riches

Si Yassine tenait tant à ne pas se faire arrêter, c’est qu’il aurait été jugé pour récidive. Il raconte qu’il avait déjà écopé de trois ans et demi de prison pour le même délit, celui de la culture du cannabis ; une sentence qu’il venait de purger un an auparavant.

« Cette année que j’ai passée en cavale était peut-être plus dure que la période que j’avais passée en prison. Il est très difficile de vivre en tant que personne recherchée, la peur d’être arrêté à n’importe quel moment ne me quittait pas. J’ai perdu le sommeil, et à chaque petit bruit que j’entendais, j’avais l’impression qu’on venait me chercher. Je vivais terrorisé, je ne pouvais ni aller au souk, ni voyager, ni m’attabler dans un café, et quand je me déplaçais, je devais toujours rester sur mes gardes, c’était une vie d’enfer », ajoute-t-il.

Agriculteurs de la coopérative Adebibe Al Filahia, recevant leur carte d’autorisation d’un agent local de l’ANRAC. – (C) Médias24

« C’est comme si on était des criminels, alors que nous n’avons fait que cultiver du cannabis. On n’a pas d’alternative, on a quitté l’école très tôt, on ne peut rien faire d’autre, c’est notre principale source de revenus. Ici, nous cultivons le cannabis de génération en génération, il nous est impossible de nous en passer pour assurer une vie avec un minimum de dignité pour nos parents et nos enfants », explique notre interlocuteur.

« On s’adonne aussi à d’autres cultures comme le blé, mais avec la cherté de la vie, ce n’est pas suffisant. C’est le cannabis qui nous permet d’éviter l’extrême pauvreté. Il ne faut pas croire qu’on vit une vie de riches. Il y a des années où la récolte n’est pas suffisante pour couvrir nos charges, et où nous finissons endettés ».

Mais tout cela est désormais de l’histoire ancienne pour Yassine. Agé de 33 ans, il aborde sa nouvelle vie avec beaucoup d’espoir. Il se prépare à se marier très prochainement et à cultiver sa terre en destinant sa récolte aux usages licites du cannabis.

De plus en plus d’agriculteurs rejoignent les rangs de la filière licite

Au-delà de l’aspect humain, cette grâce a eu l’effet d’une garantie de l’engagement de l’Etat dans ce processus de légalisation de la culture du cannabis à usage licite. Les agriculteurs qui étaient encore réticents à intégrer ce mouvement s’en trouvent rassurés.

Chez ceux que nous avons rencontrés, l’intérêt pour la filière licite est réel et palpable. Petit à petit, ils rejoignent les rangs des agriculteurs autorisés par l’ANRAC.

Cette agence étatique est présente en force sur le terrain avec ses cadres qui font un grand travail de sensibilisation et qui ont su nouer une relation de confiance et de proximité avec les agriculteurs.

Bâtiment construit avec des matériaux à base de tige de cannabis comme matière isolante. – (C) Médias24.

Quant à ceux qui sont toujours réticents, ils attendent de voir le résultat chez leurs voisins qui ont franchi le pas. Parmi les craintes exprimées figure le risque de ne pas pouvoir écouler toute la production.

Un risque qui n’a pas lieu d’être puisque, comme nous l’explique l’ANRAC, avant d’être autorisée, la coopérative à laquelle appartient l’agriculteur est tenue de présenter un contrat avec une société ou une coopérative de transformation qui permet d’écouler toute la production convenue entre les parties.

Et le fait de pouvoir sortir de la clandestinité et d’exercer leur métier légalement sans être menacés de poursuite ou d’arrestation ne les laisse pas indifférents.

Au-delà des poursuites judiciaires et des arrestations, les habitants devaient subir les plaintes calomnieuses et les contrôles fréquents. La simple indication « Ketama » sur sa carte d’identité pouvait déclencher les suspicions, comme nous l’ont confié plusieurs témoins. Avec la légalisation de la culture du cannabis, la situation est en train de se normaliser graduellement dans la région, et les agriculteurs disposant d’une autorisation disent se sentir plus à l’aise.

En effet, le code QR sur cette carte permet, en cas de contrôle, de s’assurer de la validité de l’autorisation et des informations relatives à la personne qui en est détentrice.

La légalisation ouvre des opportunités de montée en valeur

Issaguen est à plus de deux heures de route d’Al Hoceima. Nichée sur les montages du Rif central, cette région, très belle par ses paysages montagneux et forestiers, gagnerait à être mieux connectée. Malgré la route en bon état, son éloignement des grandes villes et des aéroports l’empêche de profiter de tout son potentiel touristique.

Cet enclavement pousse également les habitants à l’exode, que ce soit à l’étranger ou dans d’autres villes marocaines, selon les témoignages recueillis sur place. La seule activité qui les maintienne sur place est la culture du kif, quand elle leur permet de subvenir à leurs besoins.

Récolte de cannabis séché à l’ombre. – (C) Médias24.

Toutefois, les agriculteurs tiennent à préciser qu’il ne s’agissait pas de s’enrichir. Contrairement à certaines idées reçues, le système précédant la légalisation ne profitait pas aux agriculteurs qui ne faisaient que survivre, selon leurs dires, à l’inverse des trafiquants.

D’après les informations recueillies sur place, le revenu d’un hectare varie entre 50.000 DH et 100.000 DH lors d’une saison normale. Une somme qu’ils doivent partager avec les propriétaires des terres qu’ils cultivent. Avec la légalisation, ces revenus devraient sensiblement augmenter pour atteindre 300.000 DH en moyenne par hectare.

Abdellatif Adebibe, président de la coopérative « Adebibe Al Filahia », travaille sur le projet de création d’une unité de transformation à travers une coopérative distincte (Amgoud Sativa) qui a pour objectif de monter en valeur dans la filière, de participer à créer des emplois locaux et d’aider au développement du territoire.

Abdellatif Adebibe, président de la coopérative Adebibe Al Filahia et militant de la cause de la légalisation de la culture de la Beldya. – (C) Médias24.

Les produits à base de cannabis dès ce samedi 1er juin dans les pharmacies marocaines

Une réunion s’est tenue ce vendredi 31 mai au siège de l’Agence nationale de réglementation des activités liées au cannabis (ANRAC), en présence des représentants de l’Agence et de la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP) et des pharmaciens d’officine.

Présidée par Mohamed El Guerrouj, gouverneur et directeur général de l’ANRAC, cette rencontre avait pour principal ordre du jour la commercialisation des produits médicamenteux et non médicamenteux à base de cannabis, apprend-on auprès de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc.

À partir de ce samedi 1er juin, la commercialisation des compléments alimentaires et des produits cosmétiques à base de cannabis débutera officiellement au Maroc. À ce jour, neuf compléments alimentaires et dix produits cosmétiques ont été enregistrés par la DMP.

Dans un premier temps, ces produits seront disponibles exclusivement en pharmacie.

Selon la loi 13-21, les transformateurs et fabricants ont la possibilité d’ouvrir leurs propres points de vente, à condition de remplir les critères légaux requis et d’obtenir l’autorisation de l’ANRAC.

Les discussions lors de cette réunion ont également porté sur un rappel des réglementations des teneurs en THC [principale substance active du cannabis, ndlr] des produits.

Lorsque le THC est supérieur à 1%, le produit est destiné exclusivement à l’industrie pharmaceutique, nécessitant une transformation en médicament. En revanche, si le THC est inférieur à 1%, les possibilités de transformation s’élargissent aux produits cosmétiques, aux compléments alimentaires et aux matériaux de construction, entre autres.

Il a été précisé que les compléments alimentaires doivent obligatoirement contenir du CBD avec un THC inférieur à 0,3%, tandis que les produits cosmétiques doivent être fabriqués à partir de CBD avec un THC à 0%.