« Daret » : quand la tontine marocaine entre dans l’ère du digital
Transformer une tradition ancestrale en outil numérique d’épargne collective, c’est le pari de Nabil Chakir, jeune ingénieur marocain installé en France, fondateur de l’application Daret.
Inspirée du concept bien connu des tontines, cette plateforme permet de gérer facilement et en toute transparence les « darets », ces cercles d’épargne communautaire profondément ancrés dans la culture marocaine.
Une tradition, devenue technologie
« Daret, c’est la digitalisation d’un concept ancestral », explique Nabil Chakir. Depuis des générations, la tontine a permis à des millions de personnes de s’entraider financièrement et de réaliser leurs projets, souvent en marge du système bancaire.
L’application vise à moderniser cette pratique en la rendant plus simple, plus sûre et plus accessible. « Nous voulons offrir une solution inclusive, pensée pour toutes celles et ceux à qui la banque dit non, car Daret dit oui », souligne son concepteur.
La vision à long terme dépasse la simple gestion de groupes d’épargne. L’objectif est de bâtir un pont entre la finance informelle et les services financiers modernes, afin de permettre à chacun d’accéder à des outils équitables et transparents.
Comment ça marche
Disponible sur App Store et Play Store, Daret permet à tout utilisateur muni d’un smartphone de créer ou de rejoindre un cercle d’épargne à partir de trois personnes.
Chaque membre verse un montant fixe selon une fréquence choisie (quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle) puis, à chaque tour, une personne reçoit la cagnotte.
Le processus se répète jusqu’à ce que chacun ait reçu sa part, exactement comme dans une daret traditionnelle, mais avec un suivi automatisé et transparent.
Dans sa version actuelle, Daret propose déjà des fonctionnalités de gestion et de rappel, mais son fondateur vise plus loin : « Notre finalité, c’est Daret en autopilote, une daret totalement automatisée, avec rappels et notifications à chaque tour ».
Une idée née du quotidien
L’idée est née d’une expérience personnelle. « J’ai découvert que ma femme faisait des tontines avec ses amies. En la voyant gérer manuellement les paiements et relances, je me suis dit qu’il manquait une solution simple et moderne pour digitaliser tout cela ».
Fort de son expérience dans le secteur bancaire, Nabil Chakir a alors conçu Daret comme une réponse concrète à un besoin réel, mêlant technologie, inclusion et ancrage culturel.
Si Daret trouve naturellement sa place dans le contexte marocain, son fondateur vise bien au-delà. « La tontine existe sous différentes formes dans presque tous les continents, Afrique, Asie, Amérique latine, diaspora européenne… C’est un système universel, pratiqué par près de 2 milliards de personnes dans le monde ».
Dès son lancement, l’application a été rendue disponible dans plus de 170 pays, avec déjà plus de 1.000 téléchargements au cours du premier mois.
Une approche humaine et gratuite
Contrairement à d’autres plateformes inspirées du même principe, comme Money Fellows (fintech égyptienne) ou 9or3a, Daret mise sur une approche communautaire plutôt que financière.
Le service est entièrement gratuit, sans commissions ni coûts cachés, et l’expérience utilisateur a été pensée pour tous les profils, jeunes, seniors et membres de la diaspora.
« L’application égyptienne est une plateforme de microcrédit. Daret, elle, met l’humain au cœur du produit. C’est une app de solidarité, pas d’endettement », précise Nabil Chakir.
Des retours positifs et intergénérationnels
Les premiers utilisateurs saluent la simplicité et la clarté de l’interface. « Enfin une app qui parle notre langue et comprend notre réalité », témoigne une utilisatrice.
La plateforme attire également des groupes intergénérationnels, réunissant parents et enfants autour d’un objectif commun d’épargne. Pour le fondateur, cette adoption naturelle repose sur la transparence et la confiance, valeurs essentielles à la réussite du modèle.
Disponible sur Android et iOS, Daret a été conçue pour fonctionner sur des appareils légers et accessibles. L’équipe prévoit aussi des versions plus légères et utilisables hors ligne, afin d’accompagner la montée en connectivité dans les zones rurales. « Notre ambition, c’est que chaque personne, qu’elle ait ou non un compte bancaire, puisse demain épargner, planifier et accéder à des services financiers de base via Daret ».


