Nouveaux détails sur le réseau des fausses factures démantelé à Fès 

Reporté, le dossier du réseau des fausses factures fera l’objet d’une nouvelle audience le 23 mai. C’est ce qu’a décidé le tribunal de première instance de Fès, le 9 mai dernier.

Cette affaire, qui concerne 16 individus placés en détention préventive, a été déclenchée par « un enrichissement rapide et inexpliqué qui avait été remarqué », comme l’explique à Médias24 une source proche du dossier.

Celle-ci indique que le démantèlement de ce réseau est le fruit d’une opération « très importante » qui a été marquée par la coordination entre « plusieurs services de l’État, à savoir le parquet, la DGSN, la DGST et la DGI ».

« Le benchmark international montre qu’une telle coordination est indispensable pour lutter contre l’informel. Les pays qui ont réussi sont ceux où les autorités ont toutes mis la main dans la main pour lutter contre ce fléau », estime la même source.

Concernant ladite opération, notre interlocuteur indique que « conduite de manière très professionnelle, elle concerne 16 personnes écrouées. Parmi elles, une femme qui travaillait dans une entreprise et produisait de fausses factures qu’elle vendait par la suite. Le tout, à l’insu de son employeur ».

Fausses factures : producteurs et utilisateurs concernés

« Parmi les personnes écrouées, on retrouve des comptables, des chefs d’entreprises fictives, etc. Les personnes qui produisaient les fausses factures et les revendaient sont évidemment concernées par cette affaire, pour élaboration de faux en bande organisée. Mais il faut savoir que ceux qui ont acheté ces factures et les ont utilisées dans leur comptabilité sont eux aussi impliqués pénalement, pour usage de faux », précise la même source.

Pour rappel, ces 16 individus ont été placés en détention le 28 avril dernier. Leur procès a démarré le 2 mai et est toujours en cours. Selon notre interlocuteur, « l’administration va se porter partie civile dans cette affaire ».

Officiellement, les 16 mis en cause sont poursuivis pour « falsification de documents commerciaux et leur utilisation« , ainsi que pour la « fabrication, en connaissance de cause, de déclarations comportant des faits inexacts et leur usage« .

La même source rappelle que « l’usage des fausses factures s’était banalisé à un certain moment. Désormais, un recul est constaté. Mais il est important que les utilisateurs de fausses factures sachent qu’ils encourent des sanctions pénales ».

« Cette opération a eu un retentissement positif dans tout le pays. Des opérations similaires dans d’autres villes ne sont pas exclues si l’existence de bandes organisées similaires y est détectée », conclut notre interlocuteur.

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Arnaque aux faux certificats médicaux : à Rabat, un procès contre une avocate et des médecins

À Rabat, les avocats ont les yeux rivés sur une affaire d’arnaque aux certificats médicaux impliquant l’une de leurs consœurs. Poursuivie devant le tribunal correctionnel, l’intéressée est accusée d’avoir permis à ses clients d’obtenir plus de 80 millions de dirhams d’indemnisations sur la base de documents falsifiés. L’avocate aurait sévi pendant des années en coordination avec des médecins, eux aussi poursuivis dans ce dossier. Lancée en mars, l’affaire est déjà mise en délibéré pour un jugement attendu le 19 mai 2025.

La robe noire est poursuivie en état d’arrestation pour tentative d’escroquerie, participation à la fabrication d’un certificat contenant de fausses informations et son utilisation, ainsi que courtage et démarchage de clients par un avocat.

Aux côtés de la principale mise en cause, six autres individus sont soupçonnés d’avoir participé à ce réseau de fraude. Parmi eux figurent deux médecins bien connus à Rabat, poursuivis en état de liberté pour avoir délivré des certificats médicaux comportant des faits et des informations erronés. Les autres prévenus seraient principalement impliqués dans des activités d’entremise en faveur de l’avocate.

Cette dernière est soupçonnée d’avoir obtenu, grâce à ces certificats frauduleux, un nombre important de jugements de dédommagement en faveur de ses clients. Les décisions étaient souvent dirigées contre des compagnies d’assurances, désignées en substitution de la partie condamnée. Les montants alloués étaient ensuite déposés sur un compte de dépôts au nom de l’avocate, ouvert auprès du barreau.

La gravité de l’affaire est telle que le barreau de Rabat s’est constitué partie civile, une première dans l’histoire de cette instance contre l’un de ses propres membres dans une affaire pénale. « C’est l’affaire de l’année », glisse un avocat, qui rappelle que le montant en jeu, estimé à 80 millions de dirhams, a été évalué par le barreau lui-même. Cette somme correspondrait à l’ensemble des fonds bloqués depuis plusieurs années sur le compte de l’avocate.

Nos sources s’étonnent de la différence de traitement réservé aux prévenus. Elles pointent notamment le fait que les deux médecins impliqués soient poursuivis en état de liberté, alors qu’ils apparaissent comme les figures centrales du dossier. D’après l’enquête, ces praticiens délivraient des certificats médicaux sans même examiner les victimes, ce qui constitue un élément clé de la fraude présumée.

Toujours selon nos informations, le compte bancaire de l’avocate aurait été intentionnellement bloqué par le barreau afin d’inciter les victimes à venir réclamer leurs indemnités, dans le cadre d’une stratégie de documentation des faits. Aucune plainte ne semble avoir été déposée auparavant contre la mise en cause pour non-reversement des sommes. Elle aurait, au contraire, systématiquement reversé les montants dus à ses clients, prélevant des honoraires à hauteur de 25%, conformément à l’usage.

Au sein de la profession, certaines voix jugent le traitement qui lui est réservé particulièrement sévère, tout en reconnaissant que l’ampleur du scandale a pu justifier une réponse ferme pour dissuader d’éventuelles dérives similaires.

Bank Al-Maghrib met en garde contre une présumée plateforme d’investissement usurpant son identité

« Un contenu médiatique sous forme d’article de presse publié via un lien usurpant l’identité d’un site d’information électronique informe sur une présumée plateforme d’investissement de Bank Al-Maghrib. Ce contenu médiatique utilise frauduleusement l’identité de Bank Al-Maghrib ainsi que l’image de son wali en s’appuyant vraisemblablement sur des mécanismes d’intelligence artificielle », indique BAM dans un communiqué.

L’article susmentionné met en avant de fausses promesses de gains associées à ladite plateforme d’investissement, précise la même source.

Bank Al-Maghrib tient à informer le grand public que ce contenu est faux et se réserve le droit d’engager toute action nécessaire pour préserver son image et ses droits.

 

Fonds de garantie des notaires : une indemnisation loin d’être acquise

Avant de réclamer une indemnisation auprès du Fonds de garantie des notaires, la partie lésée doit d’abord épuiser les caisses de l’officier fautif. Arnaquée par une notaire à Marrakech, une citoyenne a appris, à ses dépens, les résultats de l’application de cette règle stricte. Elle s’est vue débouter par les juges au motif qu’elle n’a pas prouvé « l’insolvabilité du notaire ».

Cet arrêt a été rendu en décembre 2024 par la Cour d’appel de Marrakech. Il illustre à lui seul les difficultés d’accès à l’indemnisation pour des victimes parfois embourbées dans des situations insolubles.

Dans ce dossier, la requérante avait saisi la justice pour récupérer les frais d’enregistrement payés lors de l’acquisition d’un appartement dans la ville ocre. La transaction a été réalisée auprès d’une notaire imposée par le promoteur, mais qui a disparu après avoir encaissé l’argent.

La cliente découvrira ensuite que la notaire en question avait quitté le territoire national pour échapper à une action pénale impliquant le détournement d’argent déposé par de nombreuses victimes. C’est la fameuse affaire de la notaire Keltouma El Abbassi, dossier très connu à Marrakech.

La demande d’indemnisation sera d’abord traitée devant le tribunal de première instance, qui donnera gain de cause à la cliente. Le fonds de garantie sera ainsi condamné à rembourser la victime en dédommagement des fautes commises par la notaire.

Détail important lors de cette première phase : la cliente avait réclamé l’indemnisation à l’assureur du Conseil national des notaires. Cette requête a été rejetée puisque l’assurance ne couvre pas « les pertes et dommages provenant d’une faute intentionnelle ou dolosive de l’assuré » (article 17 du Code des assurances). D’où la condamnation du fonds à titre principal.

Rendu en novembre 2023, ce jugement de première instance a été entièrement annulé en appel. Statuant suite à un recours du Fonds de garantie, les juges ont estimé que la victime avait engagé une procédure de manière « prématurée ».

Autrement dit, l’intéressée devait préalablement prouver l’insolvabilité de la notaire. Ce qui implique « une saisie sur ses biens ou de prouver leur insuffisance pour couvrir les montants réclamés ou leur inexistence », estime la Cour. Verdict : l’action de la victime est jugée « irrecevable ».

Cette affaire rappelle quelques règles au sujet du Fonds de garantie des notaires. Il s’agit d’un mécanisme crucial pour la protection des intérêts des clients des notaires au Maroc. Il offre une voie de recours en cas de faute professionnelle commise par un notaire, causant un préjudice financier à un client.

Néanmoins, l’intervention du fonds n’est que « subsidiaire ». Cela signifie que le client doit d’abord tenter de se faire indemniser par le notaire responsable du préjudice, puis par sa compagnie d’assurance. Le fonds n’intervient que lorsque ces recours sont inefficaces, en raison de l’insolvabilité du notaire.

Données personnelles : des « imposteurs » sévissent à nouveau, avertit la CNSS

« La Caisse nationale de sécurité sociale désavoue les imposteurs qui ont contacté plusieurs citoyens en usurpant l’identité de représentants de la CNSS, afin de leur demander leurs coordonnées bancaires », a averti la CNSS dans un communiqué publié lundi.

Afin de protéger ses assurés, ajoute la même source, « la CNSS attire leur attention au risque lié à la communication des données et informations à caractère personnel à des tiers non fiables, qui peut être une forme d’escroquerie et d’utilisation malveillante de leurs données personnelles« .

À cet effet, « la CNSS procédera à la poursuite de toute personne impliquée dans cette affaire, et prendra toutes les mesures judiciaires nécessaires à son encontre », souligne le communiqué.

La CNSS appelle tous ses assurés à vérifier la crédibilité des informations la concernant, ou relatives à sa relation avec eux, en suivant son site officiel www.cnss.ma et ses pages officielles sur les médias sociaux, conclut le texte.

(Avec MAP)

Assilah : la présidente du groupe « Al Khair » mise sous mandat de dépôt

La mise en cause, qui était placée en garde à vue par le service préfectoral de la police judiciaire (SPPJ) de Tanger, a été présentée devant le parquet général compétent pour escroquerie, à la suite de plus de 1.000 plaintes déposées contre elle et ses deux complices dans le cadre de cette affaire, précise-t-on.

Selon la même source, ses deux complices (K.E.G.) et (S.B.S.), parmi d’autres, sont placées en détention préventive à la même prison.

La prochaine audience des mises en cause est prévue le 2 octobre, indique-t-on de même source.

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La CNSS visée par une vaste campagne d’arnaque

Plusieurs personnes ont récemment reçu un appel au nom de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), leur demandant leurs coordonnées bancaires.

Un communiqué attribué à la CNSS circulant sur les réseaux sociaux, ainsi qu’un enregistrement audio d’individus inconnus prétendant représenter l’institution et le régime AMO Tadamon, ont alerté la CNSS.

En conséquence, la CNSS poursuivra en justice toute personne impliquée dans cette affaire et prendra toutes les mesures légales nécessaires à son encontre.

Afin de protéger ses assurés, « la Caisse les met en garde contre le risque de fournir des données et des informations à caractère personnel, telles que la carte nationale d’identité, les informations bancaires et le code de l’application ‘Ma CNSS’ a des tiers non fiables, qui pourraient être utilisées à des fins frauduleuses et malveillantes » , poursuit la même source.

Pour toute demande d’information, le numéro du service client de la CNSS est le 39 39.

 

Prélèvements suspects sur les comptes : les explications de CIH Bank

Ce mardi 14 novembre, plusieurs clients de CIH Bank ont remarqué des prélèvements suspects sur leurs comptes. L’alerte lancée par certains d’entre eux sur les réseaux sociaux s’est répandue comme une traînée de poudre.

« J’ai remarqué via l’application CIH Bank une transaction anormale et une certaine somme en moins. J’ai essayé de contacter le service client, en vain« , explique un client sur les réseaux sociaux.

Selon plusieurs publications Facebook épluchées par Médias24 ce mercredi, des montants variant de 300 à 43.000 DH ont été indûment prélevés (provisoirement) .

L’incident a suscité la panique chez les clients en raison d’un précédent récent qui, lui, était dû à une escroquerie d’hameçonnage via SMS, ciblant les clients de plusieurs banques.

S’agit-il d’un problème similaire ?

« Il ne s’agit pas d’opérations frauduleuses, mais d’un souci informatique », assure à Médias24 une source autorisée de CIH Bank. « Plus précisément, il s’agit d’un problème d’affichage qui a été réglé en moins de deux heures. Hier [mardi] à midi, le solde bancaire de tous les comptes concernés avait été rétabli », précise notre source.

Les clients ayant relevé ces prélèvements suspects ont confirmé ce retour à la normale. « Le problème a été rapidement réglé, et la somme prélevée m’a été restituée dans son intégralité », confirme un client sur les réseaux sociaux. 

Si cet incident est purement technique, comme le précise le management de la banque, il intervient quelques mois seulement après celui ayant résulté de l’opération de hameçonnage dont ont été victimes des clients de CIH Bank pour un montant total de 3 millions de DH à l’instare d’autres banques. C’est ce qui peut amplifier la crainte des clients. 

« Notre banque a un mécanisme de contrôle qui vise à prévenir le risque de fraude. Nous avons par ailleurs durci les mesures de sécurité », assure notre interlocuteur à CIH. « Par exemple, l’ajout de nouveaux bénéficiaires dans le cadre d’une opération de virement n’est plus automatique, mais soumis à une vérification ».

Comme Médias24 l’a constaté, CIH Bank a également créé une alerte qui peut s’afficher lors de l’ouverture de l’application, invitant les utilisateurs à ne jamais fournir de données personnelles en dehors des canaux officiels.

« Nous ne sommes pas les seuls à être la cible d’attaques », assure notre interlocuteur. « Plusieurs banques font l’objet d’attaques similaires. Nous avons une clientèle jeune, très digitale et aware (conscients). Ils sont tout le temps sur leur téléphone et vérifient régulièrement les mouvements sur leur compte bancaire. Par conséquent, au moindre problème, l’information est rapidement relayée sur internet », conclut-il.

De nouveaux détails concernant l’arnaque sur WhatsApp au Maroc

Nous l’avions dévoilé en début de semaine, pas moins de 50 personnes au Maroc ont déclaré avoir été victimes d’une arnaque sur WhatsApp, après l’alerte de l’expert en cybersécurité Amine Ghzal, via LinkedIn.

Les appels pour contacter les victimes potentielles proviennent majoritairement du Canada, des Etats-Unis, du Sri Lanka et d’Afrique centrale et subsaharienne. Les numéros marocains ne sont apparus que récemment : depuis trois semaines, selon l’expert qui suit l’affaire de près.

Celui-ci nous assure que, depuis la publication de notre premier article, il a reçu six autres victimes, dont le CEO d’une petite entreprise. L’expert nous fait également savoir que plusieurs victimes avec lesquelles il a échangé n’osent pas porter plainte, parce qu’elles ont honte, estimant que « le droit ne protège pas les imbéciles », et qu’elles ne gagnent donc rien à porter plainte.

Même approche, différents contours

Les arnaqueurs ne se limitent pas à envoyer des messages sur WhatsApp. Nous avons remarqué récemment qu’ils essayaient de joindre les numéros de téléphone qu’ils ont dans leur base de données. Une observation confirmée par notre interlocuteur.

Très peu de gens répondent au téléphone lorsqu’ils voient un numéro étranger, de peur d’être facturés d’une grosse somme d’argent par l’opérateur téléphonique marocain. Nous avions répondu à un des appels mystères pour mieux comprendre l’approche des arnaqueurs : silence radio.

Selon notre interprétation, il s’agirait d’appels automatiques pour s’assurer que le numéro marocain trouvé aléatoirement existe bel et bien, avant de passer à l’étape suivante : celle d’envoyer le message d’introduction « au job de rêve ».

Nous avons épluché tous les messages trompeurs envoyés par les arnaqueurs, dont nous détenons copie. Ces derniers se présentent comme des agents ou des responsables en ressources humaines d’agences de communication qui empruntent différents noms selon le message. Après vérification, ces entreprises n’existent pas, mais les noms s’apparentent à des sociétés réelles « Ogince Digital Marketing », « Meta Optimizers Media Group »…

Des publicités sponsorisées sur les réseaux sociaux

Plusieurs publicités sponsorisées apparaissent également sur Instagram et TikTok. Comme on peut le voir sur les captures d’écran ci-dessous : les publicités trompeuses utilisent le logo de la banque CIH et promettent des rémunérations allant jusqu’à 1.000 dirhams en moyenne par jour, en échange d’une activité qui n’est pas détaillée mais qui se limite à « 2 à 5 heures de travail par jour à distance ».

Seule condition requise :  avoir plus de 25 ans. Un détail qui n’est pas vérifié lorsqu’on accepte de faire ce travail, comme on a pu le constater, à la suite de notre échange avec le numéro mystère. L’objectif de ce groupe d’arnaqueurs est incontestablement de ratisser large et de cibler le maximum d’internautes en diversifiant leur stratégie de communication.

Qui sont ces arnaqueurs ?

Comme nous l’avions détaillé dans le précédent article, une fois que la victime mord à l’hameçon et qu’elle réalise les tâches simples qui consistent en des commentaires sur les résaux sociaux en échange d’une rémunération allant jusqu’à 30 dirhams par tâche, celle-ci est invitée à créer un compte Telegram.

À ce moment-là, les missions des victimes potentielles consistent en des virements effectués vers des comptes marocains, selon certaines plaintes déposées auprès du procureur du roi, dont Médias24 détient copie.

Les arnaqueurs vendent à la victime l’illusion d’avoir le statut d' »employé ». Puis l’arnaque passe au niveau supérieur une fois que les victimes commencent à investir de l’argent sur cette plateforme, en effectuant des virements sur un compte marocain fourni par les escrocs pour recevoir en échange 300% de la somme, nous expliquait l’expert en cybersécurité.

« Après trois virements en moyenne, la personne arnaquée est supprimée du groupe de discussion Telegram et ne peut plus récupérer la dernière somme investie, généralement assez conséquente ». Les sommes varient. Comme précisé sur cet e-mail partagé par l’expert, une victime qui veut garder l’anonymat a été arnaquée de 22.300 dirhams le 21 septembre dernier.

Un e-mail d’une victime de l’arnaque nationale sur WhatsApp

Quelques dizaines de plaintes ont été déposées. Une source autorisée nous confirme qu’une des banques marocaines mentionnées dans les plaintes a gelé les comptes bancaires qui reçoivent ces virements frauduleux, mais plusieurs zones d’ombre subsistent.

Qui sont ces arnaqueurs ? S’agit-il d’une bande organisée étrangère, marocaine ou d’une personne qui met l’intelligence artificielle à son service ? Qui sont ces personnes qui reçoivent les virements bancaires ? Sont-elles elles-mêmes victimes des arnaqueurs, comme le suggère notre expert ? Comment les arnaqueurs, s’ils sont réellement étrangers, font-ils pour sortir l’argent du Maroc ? Le service de lutte contre la cybercriminalité de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) s’est-il saisi de cette affaire, et quelles sont les sanctions encourues ?

Des points d’interrogation sur lesquels Médias24 reviendra.

Ce que l’on sait de la vague d’arnaques sur WhatsApp au Maroc

« Depuis la mi-août, une arnaque nationale sévit sur WhatsApp », alerte Amine Ghzal, expert en cybersécurité contacté par Médias24. Ce dernier a échangé avec 50 victimes présumées d’escroqueries en ligne, qui l’ont approché à la suite de l’alerte qu’il a publiée sur LinkedIn.

Cette « arnaque nationale » repose sur plusieurs étapes. L’approche et le mode opératoire sont les mêmes : « Un message est d’abord envoyé via WhatsApp à différents numéros probablement piochés via des applications comme Number Book et True Caller, proposant de visionner des vidéos YouTube, d’attribuer une note à des hôtels ou de faire des commentaires sur Google Maps, en échange d’une rémunération qui avoisine les 8 dirhams par tâche », explique Amine Ghzal.

L’indicatif du numéro de téléphone qui envoie ce genre de messages provient généralement de pays étrangers, notamment d’Afrique centrale ou du Sud, « mais ces dernières semaines, les utilisateurs de WhatsApp reçoivent de plus en plus de messages de numéros marocains », fait remarquer Amine Ghzal.

30 dirhams par commentaire en ligne

Médias24 a reçu ce type de messages d’un numéro marocain et s’est prêté à l’exercice dans deux conversations distinctes. L’interlocuteur anonyme semble être en ligne sur WhatsApp de façon ininterrompue.


Bien qu’il ait envoyé son premier message en anglais, le correspondant maîtrise également l’arabe classique, langue dans laquelle, à notre demande, nous avons poursuivi la discussion.

La personne avec laquelle nous échangeons explique qu’il s’agit principalement d’évaluer sur Facebook des lieux de voyage, des activités sportives et des marques afin d’augmenter la visibilité des produits sur internet. Elle nous propose de réaliser ce travail en échange d’une rémunération de 30 dirhams par tâche accomplie. Ensuite, si l’on réussit à accomplir toutes nos tâches journalières, un bonus de 3.000 DH nous sera envoyé, mais il faudra d’abord télécharger Telegram et créer un identifiant − étape à laquelle nous nous sommes arrêtés.

Notre interlocuteur anonyme nous explique que le versement de la rémunération s’effectue par virement bancaire instantané. Il suffit d’envoyer une capture d’écran de notre commentaire ou réaction à une publication pour recevoir incessamment ce virement, promet-il. Concernant les autres données d’identité personnelle, en dehors du nom, de l’âge et des coordonnées bancaires, aucune autre information n’est requise, et nulle vérification de la majorité légale n’est faite.

De WhatsApp à Telegram, le « niveau supérieur »

« Une fois ces simples tâches réalisées, on passe au niveau supérieur », reprend Amine Ghzal. Plus précisément, l’escroc demande à sa cible de partager ses coordonnées bancaires et de créer un compte Telegram afin de pouvoir échanger via cette plateforme. Ensuite, les arnaqueurs vendent à la victime l’illusion d’être « employée » en la mettant en contact avec un assistant, un expert et un service financier, poursuit-il. Jusque-là, la plupart des victimes sont très peu méfiantes.

L’arnaque passe au niveau supérieur une fois les victimes investies dans des discussions sur Telegram. « En effet, il s’agit d’investir de l’argent sur cette plateforme, en effectuant des virements sur un compte marocain fourni par les escrocs, et de recevoir en échange 300% de la somme », fait savoir Amine Ghzal.

« Les escrocs font tout pour mettre en confiance les utilisateurs qu’ils comptent arnaquer, surtout dans les premières étapes. Sur Telegram, les transactions des membres du groupe sont visibles ; on peut même retirer à tout moment l’argent gagné via les virements effectués. »

Copie d’un document partagé sur le groupe Telegram avec le détail des virements effectués et des gains reçus.

« Après trois virements en moyenne, la personne arnaquée est supprimée du groupe de discussion Telegram et ne peut plus récupérer la dernière somme investie, généralement assez conséquente. Bien sûr, on ne leur dira jamais qu’elles ont été arnaquées, car les escrocs restent en contact avec leurs victimes et leur donnent la possibilité de récupérer l’argent investi, mais sous plusieurs conditions, pour la plupart très onéreuses, notamment des taxes à payer ou des frais d’assistance. » De quoi démotiver les victimes.

Des poursuites judiciaires lancées

L’escroquerie en ligne via WhatsApp se mue en une machine bien huilée. Selon Amine Ghzal, environ 5.000 messages sont envoyés chaque jour par les escrocs. Les gains de ces réseaux d’escroquerie s’élèvent à 500.000 dirhams par jour. Quant aux victimes, leurs profils sont très différents. Elles ont généralement entre 27 et 40 ans et sont issues de la classe moyenne, voire aisée. La majorité sont des étudiants, d’autres des employés de supermarché, et d’autres encore des ingénieurs.

Parmi les 50 victimes qui ont contacté Amine Ghzal, vingt ont déposé une plainte auprès du procureur du Roi. Médias24 a consulté la copie d’une plainte déposée par une victime au tribunal de première instance de Kénitra, datée du 3 octobre 2023.

Cette dernière a été arnaquée de 4.880 dirhams selon les mêmes étapes décrites plus haut. On peut d’ailleurs identifier sur le document les numéros de compte sur lesquels les virements ont été effectués.

Dans sa plainte, la victime explique avoir reçu un premier message le 29 septembre dernier de la part de « Wavemaler Maroc-global Media Agency », dans lequel on lui demande de s’abonner à quelques comptes YouTube en échange de 4 dirhams par abonnement. La victime a effectivement reçu sa rémunération, puis a commencé à faire des virements de 200 dirhams pour recevoir en échange 260 dirhams, qu’elle parvenait à retirer de son compte bancaire.

Ensuite, il était question d’envoyer 500 dirhams « pour passer au niveau supérieur ». Sauf que cette fois-ci, la victime n’a pas été rémunérée sur cette transaction. On lui a demandé d’envoyer une somme supplémentaire de 4.380 dirhams pour « finaliser son passage au niveau supérieur », puis une autre à hauteur de 8.880 dirhams en guise d’ »étape finale ». La victime a finalement été radiée du groupe lorsqu’elle a refusé d’envoyer les 8.880 dirhams, lit-on dans la copie de la plainte.

Il semble que ce nouveau procédé d’arnaque use des réseaux sociaux comme levier pour appâter les victimes, avant de les inclure dans un système qui s’apparente à la pyramide de Ponzi. Il reste encore plusieurs zones d’ombre dans cette affaire, sur lesquelles Médias24 reviendra.