AA2023. Le site de Bab Ighli, « une réflexion sur les possibilités d’aménagement d’une ville temporaire » (Oualalou+Choi)

Conçus par le cabinet d’architecture Oualalou+Choi, les bâtiments du village des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) de 2023 sont « une réflexion sur les possibilités d’aménagement d’une ville temporaire », fait savoir l’agence d’architecture.

Ils seront maintenus pour d’autres événements, mais aussi pour l’aménagement des établissements d’enseignement affectés par le séisme d’Al Haouz, en application des orientations royales.

« Inscrit dans un cercle, le village s’articule autour d’une importante canopée qui maintient à l’ombre la voie de circulation principale du site (..) Cet assemblage de voûtes ombragées sert d’espace de rassemblement informel qui encourage les interactions et les échanges spontanés entre les participants », peut-on lire dans le communiqué de l’agence.

Mustapha Kamel Nabli : “Il faut un changement de gouvernance des institutions internationales”

Défis du changement climatique, financement du développement, migration et gouvernance des institutions internationales… Voici les principales thématiques sur lesquelles s’est penché Mustapha Kamel Nabli, économiste de renom, ancien gouverneur de la Banque centrale et ancien ministre des Finances en Tunisie. Il a également été économiste en chef et directeur du département économique de la zone MENA au sein de la Banque mondiale.

Voici l’essentiel de ses déclarations. L’intégralité de l’interview est à visionner ci-dessous (à partir de 5:24:45) :

“Le financement des défis du changement climatique va coûter très cher”

“Pour saisir ce qui se passe dans ce genre de réunions, il faut comprendre les problèmes qui préoccupent l’opinion publique internationale et les organisations internationales qui se réunissent ici [à Marrakech].”

“Le premier problème qui se pose est celui du financement du développement dans le sens où, en plus des financements ‘normaux’ de développement des pays pauvres, l’on ajoute les besoins pour financer les défis du changement climatique, et c’est un grand problème, parce que cela va coûter très cher.”

Le besoin additionnel pendant la prochaine période sera à peu près de 2.400 milliards de dollars par an

“Presque tous les pays du monde sont en train de vivre l’impact réel du changement climatique sur la production agricole, la sécurité alimentaire, l’eau potable, le système de fourniture d’énergie, etc. On a commencé à comprendre l’ampleur des besoins. Quand on cumule les besoins habituels et les besoins additionnels, les besoins de financement sont énormes pour les vingt, trente, voire quarante prochaines années.”

“Le besoin additionnel pendant la prochaine période sera à peu près de 2.400 milliards de dollars par an. Cela signifie que le financement du développement doit multiplier les capacités financières par trois, au moins, par rapport au niveau actuel.”

“Ce qui s’est passé pendant ces réunions, c’est que la conscience du problème est devenue acceptée, comprise. Jusqu’à maintenant, on n’avait pas pris la mesure de ce problème. On savait qu’il était là, mais son ampleur n’était pas connue. Un des points sur lesquels il y a eu progrès, c’est qu’il y a eu un consensus sur l’ampleur de ce problème. C’est un progrès à mon sens.”

“La question est de savoir comment on passe de cette compréhension des besoins à l’application ? Comment va-t-on mobiliser ces ressources ? D’où est-ce que ça va venir ? C’est là où les progrès ont été moins importants.”

Les pays pauvres “sont les moins responsables (du changement climatique, ndlr). C’est le grand paradoxe de ce problème. Les pays qui sont les plus impactés, en termes relatifs sont ceux qui ont contribué le moins au réchauffement climatique.”

“Il y a la prise de conscience (des pays riches, ndlr), mais est-elle assumée ? On n’en est pas là.”

“Ces dernières années, les pays riches ont de moins en moins contribué à financer le développement des pays les plus pauvres.”

Les institutions internationales sont-elles capables de multiplier leurs interventions par trois, au minimum ? 

“Ce qu’on ne doit pas oublier, c’est l’impact du réchauffement climatique et son effet migratoire aujourd’hui sur la migration Sud-Sud. Les gens ne réalisent pas cela. En Afrique par exemple, les flux migratoires intra-africains sont énormes. En Asie du Sud-Est et en Amérique latine également.”

“La deuxième question qui se pose est celle de savoir comment on va faire… Comment mobiliser et qui va mobiliser ? D’où va venir cet argent ? Quel est le rôle des institutions de développement et, surtout, des banques multilatérales ? Ces banques-là, est-ce qu’elles sont capables et est-ce qu’on va avoir les moyens de multiplier leurs interventions par trois au minimum ?”

“Il y a des petits progrès, mais pas de grands progrès. Il y a un consensus sur le fait que l’on doit soutenir ce processus de multiplication de la capacité de ces banques-là à financer le développement. On estime le financement annuel de ces institutions multilatérales à 120 milliards de dollars par an, qu’il faut multiplier par trois, au moins, pour arriver à 400 milliards de dollars à peu près.”

“Les pays en développement demandent une voix plus forte”

“Le troisième enjeu est la question de la gouvernance de ces institutions. Pour que ces banques-là puissent être capables de mobiliser les ressources et de les dépenser de manière plus efficace, il faut nécessairement qu’il y ait un changement très important de leur gouvernance.”

“Le changement de gouvernance veut dire : qui contrôle ces institutions ? Qui est le patron ? Pour qui travaillent-elles ? Jusqu’à maintenant, ces institutions sont dominées par l’Ouest, par les pays européens et les Américains (…). On estime que la voix des pays en développement n’est pas suffisamment prise en compte. Il y a une demande des pays en développement, en particulier les plus émergents comme la Chine, l’Inde, etc. qui demandent une voix plus forte. Les pays africains aussi, [ils demandent] une présence, une représentation et une prise en compte plus fortes.”

Une grande partie du financement doit venir du secteur privé. C’est inévitable

“Il y a un veto implicite des États-Unis sur ce qui peut être fait au Fonds monétaire international ; parce qu’on a une règle qui stipule que pour les choses très importantes, il faut une majorité de 85% des voix, or les États-Unis détiennent plus de 15%. Cette question-là est posée et n’est pas près d’être résolue. Les États-Unis ne sont pas prêts à abandonner leur position dominante, ni à abandonner la position de nommer le président de la Banque mondiale, bien que ce soit une règle informelle. De même pour les Européens qui ont le pouvoir de nommer le directeur général du FMI.”

“Ce sont les questions de gouvernance qui se posent. La représentativité, la voix, et bien sûr ce qui découle de cela, comment ça fonctionne, l’efficacité, etc. Il n’y a pas eu beaucoup de progrès là-dessus.”

“Puisqu’il faut multiplier le financement des pays les moins développés par trois, tout ceci ne peut pas venir du public, une grande partie doit venir du secteur privé. C’est inévitable. La question qui se pose est de savoir comment faire en sorte que le public, y compris les banques multilatérales, arrivent à attirer le secteur privé pour participer à ce financement-là ? C’est un grand problème, et un grand chantier sur lequel on a très peu d’idées. Mais il est crucial.”

AA2023 : ce qu’il faut retenir de la couverture quotidienne des assemblées

Clap de fin pour les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, tenues du 9 au 15 octobre, à Marrakech. La première édition en Afrique après 50 ans et la première dans le monde arabe après 20 ans, a été une réussite sur tous les plans.

Maintenue malgré le récent séisme qui a frappé la région avoisinante de la ville ocre, l’organisation marocaine a ébloui les représentants des deux institutions ainsi que tous les participants qui n’ont pas tari d’éloges à l’endroit des organisateurs.

Lire aussi : AA2023 : visite guidée des coulisses de l’organisation des Assemblées

Durant ces sept journées, Médias24 a assuré une couverture en continu à travers des lives streaming quotidiens via notre Web Tv, présente sur le site de Bab Ighli qui accueille cet événement majeur. L’occasion de recevoir d’éminentes personnalités, hauts responsables marocains et étrangers, qui ont, chacun de son côté, répondu à nos questions autour des assemblées et de diverses thématiques qui les concernent.

Avant de revenir sur les faits marquants et grandes annonces de cette semaine, voici les streams de chaque journée : Jour 1 ; Jour 2 ; Jour 3 ; Jour 4 ; Jour 5 ; Jour 6 ; Jour 7.

Durant cette semaine, de nombreux séminaires, conférences, panels et side events ont été tenus. Plusieurs rencontres et décisions ont été annoncées.

Message royal : “Le Maroc souhaite que l’Afrique puisse trouver sa place dans les instances internationales”

Le Roi Mohammed VI a reçu le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, et la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva le vendredi 13 octobre, à l’ouverture de la session parlementaire. Le jour-même, le Souverain a adressé un message aux participants des assemblées annuelles, lu au début de la plénière qui a marqué le début effectif des assemblées.

Dans ce message, dont lecture a été donnée par Omar Kabbaj, conseiller du Roi, le Souverain a assuré qu’”en tant que pays africain, le Maroc souhaite vivement que le Continent, dont la voix est désormais audible au sein du Groupe des 20 à travers l’Union Africaine, puisse trouver la place qui lui revient dans les autres instances internationales et ainsi mettre en oeuvre ses agendas économiques et sociaux”.

Durant cette séance plénière des assemblées, Ajay Banga, président de la Banque mondiale a annoncé l’ambition de l’institution de lever 4 milliards de dollars pour le Crisis Response Window Plus.

De son côté, la DG du FMI, Kristalina Georgieva, a partagé les mesures “à prendre sans regret” face à la situation mondiale actuelle et souligné qu’il est essentiel de réduire l’écart de revenu en Afrique par rapport aux pays les plus avancés. Mais aussi de générer une croissance créatrice d’emplois.

Maroc – SFI : un financement de 195 millions de dollars

En marge des assemblées, la ministre des Finances, Nadia Fettah Alaoui, a co-présidé, le 10 octobre, une cérémonie de signature de quatre accords de financement avec la Société financière internationale.

Le financement porte sur 195 millions de dollars à travers quatre projets pour soutenir la sécurité alimentaire, l’accès au financement, l’agriculture durable et la construction au Maroc et dans d’autres régions d’Afrique.

Par ailleurs, le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, la DG du FMI, Kristalina Georgieva, la ministre des Finances, Nadia Fettah et Abdellatif Jouahri, gouverneur de la banque centrale, ont publié le mercredi 11 octobre 2023 la déclaration des “Principes de Marrakech”.

Ces principes, qui sont au nombre de 4, visent la coopération mondiale et fournissent un cadre général pour aider à exploiter le pouvoir du multilatéralisme au bénéfice de tous. Il s’agit de :

Un troisième siège pour l’Afrique

La décision du FMI d’attribuer un siège supplémentaire à l’Afrique au sein de conseil d’administration constitue une avancée importante, selon la ministre des Finances, Nadia Fettah Alaoui.

“Ce siège permettra à l’Afrique d’avoir une voix permanente au sein des instances de gouvernance du FMI”, a-t-elle déclaré.

Le 14 octobre, la ministre des Finances a conjointement annoncé, avec son homologue espagnole, Nadia Calviño, la mobilisation de 11,6 millions d’euros pour la reconstruction des zones touchées par le séisme du 8 septembre.

Interviews exclusives, échanges et discussions autour des assemblées

Dans le cadre de sa couverture en continu, Médias24 a reçu sur son plateau à Bab Ighli, mais est aussi allé à la rencontre, en dehors de celui-ci, de plusieurs personnalités marocaines et étrangères, dans le cadre des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale.

Analyse de l’économie mondiale, régionale et marocaine, tourisme, industrie, investissement, ou encore gouvernance des institutions internationales et financement des défis du changement climatique … tant de thématiques ont été abordées par nos différents invités dont les entretiens sont à retrouver ci-dessous :

Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib ;

Mohcine Jazouli, ministre délégué auprès du chef du gouvernement de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques ;

Abdelhamid Addou, PDG de Royal Air Maroc ;

Younes Sekkoury, ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences ;

José Luis Escrivá, ministre espagnol de la Migration ;

Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce ;

Fathallah Oualalou, ancien ministre des Finances ;

Fatim Zahra Ammor, ministre du Tourisme et de l’artisanat ;

Hicham Serghini, directeur général de Tamwilcom ;

Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM ;

Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football ;

Habiba Laklalech, directrice générale de l’Office national des aéroports (ONDA) ;

Mbarka Bouaida, présidente de la région Guelmim-Oued Noun ;

Karim El Aynaoui, président exécutif du Policy Center for the New South ;

Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale de la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord ;

Khalid Safir, directeur général de la Caisse de dépôt et de Gestion (CDG) ;

– Mustapha Kamel Nabli, économiste, ancien gouverneur de la banque centrale et ancien ministre des Finances en Tunisie (ici, à partir de 5:24:45)

Oumayma Bourhriba, économiste au PCNS sur l’économie marocaine.

Khalid Safir : “la CDG est l’instrument de financement idéal pour le long terme”

“Toute la semaine a été riche. C’était une grande réussite pour le Royaume (…). C’est aussi un moment de réflexion commune, au niveau mondial ; un moment où nous avons mis en lumière le modèle marocain sous l’égide de Sa Majesté le Roi. Cette semaine s’est terminée en apothéose par l’audience que Sa Majesté a donnée au président de la Banque mondiale et la directrice générale du FMI, mais aussi par le message royal adressé à ces assemblées pour laisser le nom du Maroc marqué pendant les prochaines décennies notamment avec la déclaration de Marrakech ; mais aussi pour faire du Maroc un modèle à examiner, à étudier (…)”, nous déclare Khalid Safir, directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion, interviewé par Médias24 dans le cadre des Assemblées annuelles à Marrakech.

Le patron de la CDG s’est arrêté sur plusieurs thématiques qui concernent l’organisation de ces assemblées qu’il considère comme une “grande réussite” pour le Royaume, mais aussi sur le rôle de la CDG en matière de financement de projets à long terme tant à l’échelle nationale qu’au niveau international.

Le modèle marocain mis en lumière

Si le maroc est considéré comme un modèle, c’est en raison de sa “vision grâce au leadership de Sa Majesté, de sa méthode, des compétences pour réaliser les projets”, mais aussi parce qu’il s’agit d’un pays “qui s’est installé dans une trajectoire positive et qui avance progressivement, sereinement et sûrement”.

Le Maroc a démontré qu’il était capable de relever les défis et qu’il était résilient

Durant ces assemblées, “il y a eu beaucoup de discussions autour de ces questions de crises et d’urgence”. Khalid Safir confie avoir “appris” le mot “perma-crise”, selon lequel “nous sommes passés du concept de poly-crises à un stade de crises permanentes, où nous passons d’une crise à l’autre”.

“Il y a des crises géopolitiques, climatiques et sanitaires. Ça devient quelque chose de permanent. Le Royaume a développé cette résilience de pouvoir gérer ce genre de crises et d’être très réactif et très souple”, poursuit Khalid Safir.

Et d’ajouter : “Le Maroc a démontré qu’il était capable de relever les défis et qu’il était résilient. La Banque mondiale et le FMI ont maintenu ces assemblées et ils ont eu raison puisque l’organisation était formidable, très réussie”.

La CDG : instrument idéal pour les investissements à long terme

À la question de savoir comment la CDG s’organise en tant que levier de financement national et international, Khalid Safir explique qu’au niveau national, “elle est cet instrument (de financement, ndlr), de par ses missions de base c’est une institution qui collecte l’épargne privée et les fonds de retraite pour les transformer en investissement. C’est un instrument idéal pour collecter des fonds pouvant servir à des investissements à long terme”, a-t-il déclaré.

Il poursuit en précisant qu’il s’agit là de “la spécificité de la CDG, qui la différencie, par exemple, des banques qui, elles, collectent des fonds et dépôts pour des financements à court et moyen termes. La CDG, elle, se projette sur le long terme. C’est une complémentarité avec les financements bancaires”.

Nous sommes en discussion avec un certain nombre de départements ministériels pour identifier des opportunités dans le cadre de la politique gouvernementale

“Les besoins des États, en général, sont des besoins de financement sur le long terme. Parce que tous les investissements d’infrastructures constituent toujours des besoins sur le long terme. C’est donc un outil idéal. La CDG a accompagné toutes les politiques sectorielles nationales depuis sa création, à la fin des années 50, où elle a participé à la réalisation de plusieurs unités hôtelières dans les années 60. Elle a participé dans l’aménagement du territoire, dans la construction de cités résidentielles dans plusieurs villes marocaines et plus récemment elle a accompagné la stratégie industrielle en réalisant une trentaine de zones industrielles d’activités économiques”, poursuit le DG de la CDG.

“Actuellement, dans le cadre de la stratégie 2024 – 2030 de la Caisse, nous sommes en discussion avec un certain nombre de départements ministériels pour identifier des opportunités dans le cadre de la politique gouvernementale sur un certain nombre de secteurs. Que ce soit ce qui tourne autour de l’eau ou tout ce qui va accompagner la transition énergétique de notre pays, ainsi que la décarbonation de notre économie”.

“La CDG est de par sa nature un outil qui accompagne la décentralisation et le développement des territoires (…). Quand j’étais encore au ministère de l’Intérieur, au niveau de DGCT, j’étais tout le temps en contact avec la CDG et nous avions monté plusieurs opérations ensemble (…). La CDG a toujours été un outil au service aussi des territoires et elle le restera”.

Concernant le volet international, Khalid Safir précise que “la CDG a une modeste participation aujourd’hui, puisqu’elle fait partie du club des caisses de dépôt africaines. Elles sont plus jeunes que la CDG, puisqu’elles ont été créées après les années 2000.  La CDG les accompagne pour que, dans ces pays là, ces pays frères et amis, l’on puisse mettre en place cet instrument de mobilisation de financement du long terme”.

Voici l’essentiel de ses déclarations.

 

“Le nouveau sud est très bien représenté par un pays comme le Maroc“ (Karim El Aynaoui)

Dans une interview accordée à Médias24, le président exécutif du PCNS, Karim El Aynaoui, s’est arrêté sur plusieurs thématiques dont les attentes du continent, l’architecture financière internationale, ou encore sur la différence entre le sud global et le nouveau sud.

Voici l’essentiel de ses déclarations. L’intégralité de l’entretien est à visionner ci-dessous :

Financement plus élevé : principale attente du continent

À la question de savoir quelles sont les attentes du continent des institutions financières internationales, Karim El Aynaoui indique qu’elles sont “nombreuses mais assez précises”. “Au-delà des questions de voix et de représentation, qui font appel à des principes moraux”, l’idée est de connaître la représentation du “nombre d’administrateurs dont dispose l’Afrique aux conseils d’administration de ces institutions”.

”Ces conseils d’administration sont exécutifs. Ils sont très impliqués dans le management. Ils se réunissent au moins deux fois par semaine et passent les projets. C’est important. Ce ne sont pas des conseils d’administration distants du management”.

“Ce que demande l’Afrique c’est, en premier lieu, de rappeler que ces institutions sont légitimes, vues comme étant légitimes et utiles. À la fois la Banque mondiale sur le financement du développement, donc à long terme, et le Fonds monétaire international en tant que mécanisme d’assurance collective de gestion des crises”.

“Il n’y a pas de remise en question de ces institutions fondamentalement. Ce que nous défendons et ce que souhaite la plupart des pays africains sont des institutions plus fortes, plus larges, avec des capacités de financement, en particulier sur le long terme (…). Beaucoup de pays ont besoin de financement plus élevés donc il faut une banque mondiale plus musclée. Cela suppose des injections dans le capital, de faire grossir les institutions et donc que les principaux actionnaires – pays du G7 en premier, la Chine et l’Inde en particulier – augmentent leurs contributions”.

“Il en est de même pour le Fonds monétaire international : qu’il puisse financer davantage, en termes de gestion de crise, être plus actif dans la résolution des problèmes de dettes etc. ce qui suppose des éléments de dons également. Il y a, là aussi, une question de ressources”.

Interrogée sur l’apport des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale au vu du contexte géopolitique et géo-économique actuel, Karim El Aynaoui explique qu’il ne faut pas “attendre une révolution”.

“Ces réunions se tiennent, depuis des décennies, chaque année. Deux fois par an (…). Chaque année on prend le pouls de la croissance mondiale et on partage des appréciations. Il y a des rapports qui sont sortis à cette occasion notamment le World Economic Outlook du FMI qui donne les perspectives. Le message principal est un ralentissement de l’économie mondiale, une inflation qui reste assez élevée. En baisse, mais tout de même assez élevée”.

“Ces tensions géopolitiques affectent la globalisation et la mondialisation que l’on a longtemps cru comme étant heureuse avec une forme de convergence de tous les pays vers une ouverture au commerce”.

Sud global et nouveau sud : quelle différence ?

“Le sud global est un front anti-occident. Le groupement des BRICS, sous la houlette de ces grands émergents, en particulier la Russie – Chine accompagnés d’un certain nombre de pays qui viennent de rentrer dans les BRICS, propage un narratif anti-occident”.

“Le nouveau sud est très bien représenté par un pays comme le Maroc. Un pays de juste milieu qui veut coopérer avec tout le monde, avec ce sud global ou ce ‘vieux nord’ (…). Nous sommes un nouveau sud bien dans sa peau, à l’aise dans ce nouveau monde qui s’ouvre, décomplexé, avec de plus grands espaces que nous sommes en train de saisir”.

À la question de savoir comment les hauts organismes financiers globaux gèrent le fait d’être “bousculés” par ce “nouveau Sud”, Karim El Aynaoui a expliqué que, si cela “se ressent” davantage aujourd’hui, il s’agit “des caisses de résonance des rapports et des tensions géopolitiques globales qui existent depuis les années 1990 (…) Ces conséquences ont mis trente ans à vraiment se faire sentir dans l’ordre international, avec la montée en puissance de la Chine”.

“Nous avons confirmé l’importance des relations stratégiques entre l’UE et le Maroc” (Paolo Gentilioni)

Après avoir rencontré le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, le Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, à la fiscalité et à l’union douanière, Paolo Gentilioni a souligné, à travers une publication sur X (anciennement Twitter), que cette rencontre représente un “engagement pour continuer à renforcer les relations entre le Maroc et l’Europe”.

Dans une déclaration à la presse, il précise que cette rencontre a également permis de “confirmer l’importance des relations stratégiques entre l’Union européenne et le Maroc”. Selon Paolo Gentilioni, “c’est la géographie, c’est l’histoire, mais c’est aussi l’avenir qui nous disent que ces relations sont très importantes”.

Et d’ajouter : “Il s’agit de travailler ensemble pour le développement de nos économies, pour les relations entre nos cultures et pour le développement de notre agenda vert. Il y a les potentialités de la recherche et du développement des énergies renouvelables”.

Par ailleurs, Paolo Gentilioni a commenté l’organisation des assemblées annuelles par le Maroc, seulement un mois après le tremblement de terre du 8 septembre. Pour lui, il s’agit d’un “message de confiance et de coopération entre le Maroc et l’Europe qui est très important”.

“Je pense que votre pays peut être fier d’avoir organisé cet événement dans une situation pas facile mais avec grand succès sur le plan international”, a-t-il conclu.

« Le portefeuille de la Banque mondiale au Maroc est l’un des plus importants de la région MENA » (Jesko Hentschel)

Le Maroc et la Banque mondiale se sont dotés d’un Partenariat stratégique (CPF ou Country Partnership Agreement). Ce cadre, parfaitement aligné avec le Nouveau Modèle de développement (NMD) de 2021, a récemment fait l’objet d’une évaluation et d’une prolongation jusqu’en 2025.

La Banque mondiale accompagne également le Maroc face à des défis imprévus et des crises émergentes, telles que l’impact socioéconomique de la pandémie de Covid‑19 et, désormais, l’impact post-séisme. L’institution de Bretton Woods dispose d’un important portefeuille de projets en cours de mise en œuvre, dont l’un vise à mettre en place et à renforcer les institutions chargées de la gestion des catastrophes et de la résilience.

Dans cet entretien, le Directeur pays pour le Maghreb et Malte de la Banque mondiale apporte un éclairage sur une pléthore d’aspects cruciaux, liés entre autres au maintien des assemblées annuelles du FMI et de la BM − qui se tiennent à Marrakech du 9 au 15 octobre 2023 −, au soutien du Maroc sur le front de la protection sociale et pour l’augmentation du taux d’activité des femmes. Jesko Hentschel dresse également le bilan du financement de 500 millions de dollars octroyé par la Banque mondiale au Maroc en 2020 pour soutenir les politiques de développement visant à promouvoir l’inclusion numérique et financière.

Médias24 : Que représente pour la Banque mondiale la tenue des Assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods au Maroc ?

Jesko Hentschel : Avant de répondre à votre question, je souhaite tout d’abord présenter mes plus sincères condoléances au nom de la Banque mondiale au peuple marocain suite au séisme du 8 septembre dernier, et je réitère notre engagement auprès du Royaume en cette période difficile.

Les Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international de Marrakech 2023 sont maintenues, tel qu’annoncé dans le cadre d’un communiqué tripartite Banque mondiale, FMI et Maroc, datant du 18 septembre 2023. Avec nos partenaires, il était essentiel de procéder à une évaluation approfondie de la capacité d’accueillir ces assemblées à Marrakech, y compris les aspects de sécurité pour les participants mais, surtout, sans perturber les efforts d’aide et de reconstruction dans les zones sinistrées. Il nous a paru important de maintenir les Assemblées annuelles en signe de soutien de la communauté internationale au Maroc et à son peuple, qui a fait preuve d’un courage, d’une mobilisation et d’une solidarité à toute épreuve face à cette tragédie.

 Un moment majeur pour le Maroc

Il s’agit des premières Assemblées annuelles qui se tiennent sur le continent africain depuis 50 ans, après celles tenues au Kenya en 1973. Cet événement d’importance réunira des décideurs du monde entier, ainsi que de nombreux représentants de pays, de la société civile, du secteur privé et du monde académique, pour des discussions approfondies sur des questions de développement social et économique à l’échelle mondiale.

Ce sera un moment majeur pour le Maroc, qui aura l’opportunité de mettre en lumière et de présenter à la communauté internationale les réalisations et les progrès accomplis dans divers domaines de développement. Les enjeux sont considérables, car les Assemblées annuelles réunissent des milliers de personnes, qui auront l’opportunité d’en apprendre davantage sur le Maroc. Cela suscitera un intérêt général, permettant au Royaume de se positionner en tant que nation moderne et pont naturel entre l’Afrique et l’Europe, doté d’un riche patrimoine culturel et historique, autant d’atouts qui le rendent également attrayant sur le plan touristique.

Les sujets abordés lors des discussions d’octobre prochain traiteront du changement climatique, qui occupera une place centrale. D’autres questions de fond seront également débattues, notamment les répercussions de l’inflation, la réforme du système financier pour une meilleure gestion des crises, en particulier dans les pays les plus vulnérables, ainsi que l’avenir du système financier international.

Le portefeuille actif actuel de la Banque mondiale au Maroc, a connu une croissance significative ces dernières années..

– Quels sont les principaux projets actifs qui composent le portefeuille de la Banque mondiale au Maroc ainsi que le montant total d’engagement ?

– Permettez-moi de revenir un instant sur le tremblement de terre et sur l’engagement de la Banque mondiale au lendemain de cette tragédie. Le Royaume a réagi très rapidement et efficacement à cette catastrophe. Nous avons tous été émus par l’élan de solidarité affiché par de nombreuses franges de la société envers les personnes touchées par le tremblement de terre. Le plan de reconstruction et de développement annoncé le week-end dernier par les autorités définit un cadre permettant à la Banque mondiale de soutenir le Royaume dans sa réponse face à la tragédie. Nous disposons d’un important portefeuille de projets en cours de mise en œuvre, dont l’un vise à mettre en place et à renforcer les institutions chargées de la gestion des catastrophes et de la résilience. Il s’agit d’une plateforme que diverses institutions et ministères pourraient utiliser à l’avenir. Nous sommes également prêts à fournir des financements supplémentaires, ainsi qu’à mettre en place un soutien technique pour nos homologues gouvernementaux, et cela au fur et à mesure de la mise en œuvre des plans annoncés. Il est par ailleurs important de préciser que cet engagement auprès du Royaume s’appuie sur le Partenariat Stratégique (CPF ou Country Partnership Agreement) entre la Banque mondiale et le Maroc. Ce cadre, parfaitement aligné avec le Nouveau Modèle de développement (NMD) de 2021, a récemment fait l’objet d’une évaluation et d’une prolongation jusqu’en 2025.

Le portefeuille actif actuel de la Banque mondiale au Maroc, qui a connu une croissance significative ces dernières années, compte 25 projets d’une valeur d’environ 74 milliards de dirhams, soit 7,28 milliards de dollars américains. Ces projets englobent une gamme variée d’initiatives socioéconomiques visant à réduire la pauvreté et à promouvoir l’inclusion sociale. Ils ciblent également les impacts du changement climatique sur l’économie marocaine, en particulier dans le secteur agricole.

Des niveaux record de prêts

La Banque mondiale accompagne également le Maroc face à des défis imprévus et des crises émergentes, telles que l’impact socioéconomique de la pandémie de Covid‑19 et, désormais, l’impact post-séisme. Le soutien apporté au Royaume en de telles situations d’urgence, ainsi que l’appui à son programme de réformes, ont conduit à des niveaux record de prêts, totalisant près de 1,8 milliard de dollars par an entre 2020-2021 et 2022-2023.

Un pilier essentiel de la collaboration entre le Maroc et la Banque mondiale consiste à promouvoir la création d’emplois pour les femmes et les jeunes, tout en poursuivant un engagement continu dans des domaines tels que la transition climatique, la numérisation, la gouvernance, la participation citoyenne et le développement du capital humain.

Parmi les programmes les plus récents, figurent ceux axés sur la transition climatique, notamment pour résoudre les problèmes liés à la rareté de l’eau. A titre d’exemple, pour soutenir le gouvernement du Maroc dans la mise en œuvre de son Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI, 2020-2027), la Banque mondiale a récemment approuvé un programme axé sur les résultats, qui vise à économiser 25 millions de m³ d’eau potable dans les réseaux de distribution, mais aussi à mettre à disposition 52 millions de m³ d’eaux usées traitées pour réutilisation, ce qui représente 52% de l’objectif du PNAEPI, soit 100 millions d’eaux usées traitées d’ici 2030.

L’objectif du financement additionnel est de couvrir, au total, 6 millions de bénéficiaires, dont 45% de femmes et 5% de personnes en situation de handicap

– En juin 2023, la Banque mondiale a octroyé un prêt supplémentaire de 350 millions de dollars au Maroc pour soutenir la conception du programme d’allocations familiales universelles. Et ce, après le déblocage en 2020 de près de 400 millions de dollars destinés au transfert monétaire pour la lutte contre les méfaits du Covid-19. Quelles sont les raisons sous-jacentes de cette augmentation significative des fonds alloués ?

– Ce financement additionnel a pour vocation de renforcer le soutien de la Banque mondiale à la conception et à la mise en œuvre de la réforme de la protection sociale initiée par le gouvernement en réponse à la crise du Covid-19. En effet, en plus de soutenir la conception du programme d’allocations familiales, ce nouvel apport financier vise à appuyer les premières phases de la mise en œuvre de l’AMO-TADAMON, et à protéger les ménages modestes et vulnérables face aux risques sanitaires. De plus, il favorise la conception et la mise en œuvre du Système d’évaluation du handicap, un outil essentiel permettant de garantir l’inclusion des personnes en situation de handicap dans divers programmes sociaux, notamment les allocations familiales et l’AMO-TADAMON. L’objectif du financement additionnel est de couvrir, au total, six millions de bénéficiaires, dont 45% de femmes et 5% de personnes en situation de handicap.

Enfin, cette augmentation des ressources s’explique également par la nécessité d’assurer une transition en douceur entre les programmes existants et les nouvelles initiatives, tout en assurant une meilleure couverture, davantage d’inclusion et la mise en place de catégories spécifiques pour les populations les plus vulnérables.

– Dans le rapport « Climat et Développement » consacré au Maroc, qui a été publié en 2022, les experts de la Banque mondiale ont élaboré un scénario pour la décarbonation de l’économie marocaine à l’horizon 2050. Selon leurs estimations, cela nécessiterait des investissements d’une valeur de plus de 52 milliards de dollars. Selon vous, comment le Maroc pourrait-il mobiliser une somme aussi considérable au regard de la taille de son économie ?

– Le rapport sur le Climat et Développement (CCDR) lancé au Maroc en novembre 2022 propose un scénario ambitieux visant à la décarbonation de l’économie marocaine d’ici 2050. Ce scénario repose sur l’expansion des énergies renouvelables dans la production électrique et sur l’électrification des secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, notamment le transport et l’industrie.

Pour concrétiser cette trajectoire de décarbonation, l’analyse a identifié un besoin en financement significatif, estimé à environ 52,8 milliards de dollars américains en valeur actuelle d’ici à 2050. Cela représenterait un effort d’investissement équivalent à 2,4% du PIB en moyenne pendant cette période. Cela parait abordable, notamment en raison du taux d’investissement moyen de l’économie marocaine au cours des deux dernières décennies, ce dernier ayant atteint presque 30% du PIB.

Le secteur privé, maillon central

Compte tenu de la nature de ces investissements, le rapport estime que près de 85% de ce montant, soit environ 45 milliards de dollars américains, pourrait être mobilisé par le secteur privé. Cependant, pour attirer ces investissements privés, des réformes substantielles doivent être entreprises dans le secteur de l’électricité. Ces réformes incluent la séparation des activités de production, de transport et de distribution d’électricité, la création de marchés de gros et d’équilibrage, l’instauration de tarifs reflétant pleinement les coûts d’accès au réseau et de consommation, ainsi qu’une intégration accrue du marché avec l’Union européenne (UE). En outre, des politiques et des incitations visant à promouvoir la mobilité électrique (e-mobilité) et l’hydrogène vert sont nécessaires.

En retour, une économie décarbonée offrirait au Maroc l’opportunité de générer des emplois dans le secteur des énergies vertes, d’accroître sa part de marché dans les exportations industrielles vertes à l’échelle mondiale, notamment vers l’Europe, et d’attirer davantage d’investissements directs étrangers.

En outre, le secteur public pourrait considérer l’adoption de mesures fiscales pour mobiliser des recettes qui pourraient contribuer à financer l’agenda climatique. Par exemple, le CCDR propose la possibilité d’une réforme de la fiscalité environnementale, qui éliminerait progressivement les subventions dites « brunes », implicites et découlant de la sous-tarification des carburants, et qui proposerait l’adoption d’une taxe carbone. Cette dernière mesure aurait l’avantage supplémentaire de répondre au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ou CBAM, adopté récemment par l’Union européenne, tout en assurant la collecte de ces recettes au niveau national, et non pas aux frontières. Au-delà des recettes potentiellement générées par ces mesures, la fiscalité environnementale constitue un instrument effectif pour changer les comportements et ainsi, créer des incitations alignées avec les objectifs de décarbonation du Royaume.

.. L’ensemble des projets de la Banque mondiale visent soit à mieux comprendre les inégalités de genre et les contraintes auxquelles les femmes font face, soit à tâcher de réduire ces inégalités.

– L’article « Tendances et déterminants de la participation féminine au marché du travail au Maroc », publié par la Banque mondiale en 2021, mettait en lumière le fait que la participation des femmes au marché sur le travail au Maroc était parmi les plus faibles au niveau mondial. Au cours des dernières années, quelles initiatives concrètes la Banque mondiale a-t-elle pris pour encourager l’augmentation du taux d’activité des femmes au Maroc ?

– L’égalité des genres est un sujet d’importance pour le Maroc, tel que souligné par Sa Majesté le Roi Mohamed VI à l’occasion de son discours à la Nation (la Fête du Trône) en date du 30 juillet 2022. Ainsi, l’ensemble des projets soutenus par la Banque mondiale comporte une étiquette genre ou « Gender Tag », un outil conçu pour suivre systématiquement la mise en œuvre de la stratégie genre de la Banque dans ses différentes opérations, en mettant particulièrement l’accent sur l’inclusion économique des femmes et l’identification des obstacles liés à l’employabilité des femmes.

Pour ce faire, nous nous appuyons sur des analyses, des données et des preuves empiriques. Une note récemment publiée présente ces obstacles ainsi que des solutions potentielles pour accroître la participation des femmes marocaines au marché du travail. Ces travaux ont servi de base pour engager un dialogue avec le gouvernement, la société civile, le secteur privé et les partenaires au développement en vue de trouver des solutions pour inverser la tendance à la baisse du taux d’activité des femmes au cours de la dernière décennie.

Afin de mieux comprendre les dynamiques du marché du travail marocain, le rôle des femmes et les contraintes spécifiques auxquels elles font face, une étude a récemment été produite conjointement avec le Haut-Commissariat au Plan (HCP), donnant ainsi naissance à toute une série d’études autour du sujet.

Plusieurs activités spécifiques soutenues par la Banque mondiale

La Banque mondiale soutient par ailleurs des activités spécifiques dans le cadre de ses opérations au Maroc. A titre d’exemple, le lancement d’un projet visant à favoriser l’inclusion économique des jeunes dans la région de Marrakech-Safi, notamment par le biais de la formation en apprentissage et du soutien technique et financier à l’entreprenariat. Dans le cadre de ce projet, une attention particulière a été accordée aux défis spécifiques auxquels font face les jeunes femmes vivant en milieux urbain et rural. Pour surmonter ces défis, une approche de proximité a été privilégiée, impliquant notamment l’utilisation d’unités mobiles pour rendre les services plus accessibles aux jeunes femmes vivant en milieu rural, qui sont souvent confrontées à des contraintes de mobilité importantes.

Pour renforcer la représentativité féminine dans les organes d’administration et de contrôle, une loi promulguée en 2021 sur les quotas a établi des quotas obligatoires pour garantir la mixité dans les conseils d’administration des sociétés anonymes faisant appel public à l’épargne. Tel que précédemment indiqué, un objectif minimum de 30% de représentation féminine d’ici à 2024, et de 40% d’ici à 2027, est à atteindre. Cette loi, élaborée grâce à une coopération exemplaire entre le gouvernement, le Parlement et la société civile, a bénéficié du soutien d’un groupe de travail créé à l’initiative d’ONU Femmes, composé de femmes engagées dans la défense des droits des femmes, ainsi que de représentantes du Club des femmes administrateurs au Maroc. La Banque mondiale a soutenu cette initiative en l’incluant parmi les réformes clés de son appui budgétaire de 450 millions de dollars au profit du gouvernement marocain en 2021, au travers de l’opération de politique de développement de l’inclusion financière et numérique.

De manière plus générale, l’ensemble des projets de la Banque mondiale visent soit à mieux comprendre les inégalités de genre et les contraintes auxquelles les femmes font face, soit à tâcher de réduire ces inégalités. D’un point de vue analytique, la Banque mondiale a récemment produit des études identifiant les actions nécessaires pour renforcer l’inclusion économique des femmes. A l’avenir, ces analyses fondées sur des faits et des données permettront d’informer directement le portefeuille.

 

Nous avons pour objectif d’ici fin 2024 que trois millions de bénéficiaires du Programme Tayssir disposent d’une identité numérique

– Pouvez-vous nous faire part de vos observations et réalisations en ce qui concerne le financement de 500 millions de dollars octroyé par la Banque mondiale au Maroc en 2020 pour soutenir les politiques de développement visant à promouvoir l’inclusion numérique et financière ?

– Ce financement est le second des trois prêts ayant eu un impact significatif sur l’inclusion financière et numérique au Maroc. Il a principalement favorisé des réformes visant à promouvoir les paiements numériques, y compris des incitations fiscales pour encourager les commerçants à accepter les paiements mobiles. De plus, il a contribué à la mise en place de l’identité numérique et d’un registre pour les programmes de protection sociale, permettant la numérisation des transferts sociaux. Un exemple concret est la mise en place d’un pilote visant à numériser le Programme Tayssir en 2021. Nous avons pour objectif d’ici fin 2024 que trois millions de bénéficiaires du Programme Tayssir disposent d’une identité numérique, simplifiant ainsi leur accès aux aides dans les zones rurales. En ce qui concerne l’inclusion numérique, ce financement a également appuyé le lancement d’un programme gouvernemental visant à étendre la couverture des réseaux internet mobiles dans près de 2.400 localités rurales sous-desservies. Ce programme, financé par le Fonds de service universel des télécommunications, a contribué à améliorer le pourcentage des ménages ruraux ayant accès à internet, passé de 71,9% en 2020 à 77,3% en 2022 (source : ANRT). L’amélioration de l’accès à internet, particulièrement dans les zones rurales, continue d’être un prérequis nécessaire pour permettre à ces populations d’accéder équitablement aux différents services numériques, tels que les paiements et les aides sociales.

Des améliorations palpables

En plus de promouvoir l’utilisation des paiements mobiles, ce Programme a également apporté son soutien à la réforme des institutions de microfinance, les transformant en « quasi-banques », leur permettant ainsi de collecter des dépôts conformément à une nouvelle loi et aux réglementations de la Banque centrale. Ces institutions de microfinance, ainsi que les prestataires de paiements mobiles, ont joué un rôle essentiel dans la distribution des transferts monétaires du gouvernement aux travailleurs informels et aux personnes à revenus limités pendant la pandémie de Covid-19, que ce soit par le biais de paiements mobiles ou par l’intermédiaire d’agents de microfinance.

En juin 2022, cinq millions de travailleurs informels ont bénéficié de transferts monétaires en réponse à la Covid-19 (contre zéro en décembre 2019). De plus, 842.784 travailleurs du secteur formel ont reçu des transferts monétaires en réponse à la Covid-19 en juin 2022 (contre zéro en décembre 2019). Il est à noter que les paiements mobiles ont enregistré une croissance significative, passant de 202 millions de dirhams en décembre 2018 à 1,1 milliard de dirhams en décembre 2021.

Un autre aspect essentiel du programme consistait à mettre en place de nouveaux mécanismes de financement pour les ménages, les entreprises en démarrage (start-up) et les petites et moyennes entreprises innovantes. Cela a été réalisé grâce à plusieurs mesures, notamment l’introduction d’une nouvelle loi et des règlements d’application sur le financement participatif, mais aussi l’adoption d’une nouvelle loi sur le capital-investissement visant à fournir du capital-risque aux start-up, et enfin, l’instauration de nouvelles lois sur les transactions sécurisées, sur les bureaux de crédit, ainsi que la réforme du système de garantie pour faciliter l’accès au crédit pour les micro, petites et moyennes entreprises (MPME). Selon la dernière enquête Findex de la Banque mondiale, environ 44 % des Marocains avaient accès à un compte bancaire en 2021, contre 29 % en 2017, et 30 % utilisaient des paiements numériques contre 17 % en 2017.

Ce qui compte réellement, c’est de savoir si les programmes sont utiles aux populations.

– Enfin, en termes d’exécution de projets et de programmes financés ou cofinancés par la Banque mondiale, où se situe le Maroc par rapport aux autres pays du Maghreb ?

– Le portefeuille de la Banque mondiale au Maroc est l’un des plus importants de la région MENA et, dans l’ensemble, il affiche de bonnes performances. Cela peut être mesuré à l’aide d’un certain nombre d’indicateurs − par exemple, le montant des décaissements par an (le flux financier vers le Maroc), qui demeure tout à fait conforme aux prévisions. Cependant, ce qui compte réellement, c’est de savoir si les programmes sont utiles aux populations.

Par exemple, si les enfants apprennent à l’école, si les personnes vulnérables ont accès à des soins de santé de bonne qualité, en particulier si cela les empêche de tomber malades, si les nouvelles routes et les transports publics aident de manière effective les femmes à se rendre à destination plus rapidement et en toute sécurité, etc… À cet égard, notre portefeuille d’opérations actuel est parfaitement en phase avec les objectifs fixés : les 25 projets sont tous en bonne voie pour atteindre les résultats escomptés en matière de développement. Cela est dû, en grande partie, à la capacité et au professionnalisme avec lesquels nos homologues du gouvernement mettent en œuvre les programmes.

F. Z. Ammor : « Le maintien des Assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale est une opportunité en or pour rebondir »

Médias24 : Le maintien de la tenue des Assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale dans la ville ocre a dû réjouir la responsable touristique que vous êtes…

Fatim-Zahra Ammor : En tant que ministère du Tourisme, nous sommes ravis que les Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale se tiennent comme prévu à Marrakech, avec la participation de plus de 14.000 personnes.

C’est un signal fort de solidarité et surtout de confiance envers notre pays, car du 9 au 15 octobre, les regards du monde entier seront tournés vers le Maroc, ce qui représente une opportunité en or pour le tourisme, notamment dans le contexte difficile qui a suivi le séisme.

– Comment votre département a-t-il géré les effets de cette catastrophe sur les clients étrangers après l’annonce des premières victimes ?

– Dès les premières heures, la communication avec nos partenaires a été essentielle. Nous avons formé une cellule de crise avec l’ONMT et les professionnels pour adresser nos partenaires sur les principaux marchés émetteurs, avec des messages cohérents et rassurants, reflétant fidèlement la réalité du terrain.

Le contact avec les tour-opérateurs, les compagnies aériennes, les agences de voyage étrangères et les plateformes de réservation en ligne, a en effet été quotidien et notre message clair : la situation à Marrakech est entièrement maîtrisée, et la destination Maroc est sans risque pour les touristes.

– Dix jours après le séisme, comment se porte le trafic international ?

– À ce jour, il est vraiment important que tout le monde dans notre secteur adopte des messages cohérents vis-à-vis de l’international, et je voudrais remercier les professionnels qui continuent de jouer un rôle majeur dans cette démarche.

À ce propos, grâce à cet effort collectif, plusieurs de nos partenaires tour-opérateurs ont choisi de maintenir leurs programmations vers le Maroc.

D’ailleurs, tous les vols à destination du Maroc ont été maintenus, et si nous suivons de près l’évolution des réservations et des annulations, il est important de noter que jusqu’à présent, nous avons enregistré beaucoup moins d’annulations que ce à quoi on s’attendait, avec même une tendance à l’amélioration ces derniers jours.

En dernier lieu, notre ministère, avec l’ensemble de ses services internes et externes, ses organismes sous tutelle, ainsi que les professionnels, est pleinement engagé pour redynamiser les régions touchées par le séisme et rétablir rapidement la croissance que le secteur connaît depuis 2022.

Les grandes lignes du programme des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale

Les principaux organisateurs des évènements qui enrichiront les sept jours des Assemblées annuelles sont la Banque mondiale, le FMI et le Maroc, co-organisateur de cinq évènements avec les institutions de Bretton Woods.

Il ressort du programme détaillé la tenue de plusieurs manifestations organisées par différentes institutions internationales et régionales (G20,G24, CEMAC…). À cela s’ajoute l’organisation d’évènements sur invitation, de manifestations ouvertes au public, de sessions interactives ainsi que d’évènements réservés aux représentants de la presse nationale et internationale.

Lever de rideau et cérémonie d’ouverture

L’un des principaux temps forts des Assemblées annuelles se déroulera dans la matinée du lundi 9 octobre, avec le lever de rideau conjoint de la Banque mondiale et du FMI. À cela s’ajoute la cérémonie d’ouverture (sur invitation) qui donnera le coup d’envoi de l’évènement international. Une manifestation qui mettra à nouveau le Royaume sous le feu des projecteurs mondiaux. Pour les « évènements Maroc », un panel sur le thème « Maroc, terre privilégiée pour les investissements privés » est prévu lors de la journée du lundi 9 octobre.

Notons que le G24 organisera également un évènement durant la première matinée des Assemblées. Celui-ci sera suivi d’une manifestation ouverte au public, intitulée « Le FMI s’inspire de l’Afrique ».

Au menu de l’après-midi du 9 octobre, figurent plusieurs rencontres organisées par le FMI, privilégiant le dialogue entre la directrice générale du Fonds, Kristalina Georgieva, et des représentants de la société civile (accès sur invitation). Se tiendront aussi d’autres ateliers thématiques dédiés à la transmission de la politique monétaire et à l’amélioration de la gestion de la masse salariale en Guinée Bissau, en tirant parti de la Blockchain. Enfin, notons la tenue d’une rencontre ouverte au public, sur le thème « Dialogue avec les leaders de demain ».

L’économie créative de l’Afrique sera à l’honneur

Le programme du mardi 10 octobre, plus étoffé que celui du premier jour des Assemblées annuelles, démarrera avec la rencontre des ministres caribéens (accès sur invitation), suivie d’une conférence de presse relative aux perspectives de l’économie mondiale.

La matinée du mardi 10 octobre sera aussi rythmée par des rencontres thématiques organisées par le FMI, se rapportant entre autres, aux leçons tirées des chocs inflationnistes, à la résilience des entreprises et aux défis climatiques dans les Etats touchés par des conflits.

Outre le deuxième point de presse relatif au rapport sur la stabilité financière mondiale, la matinée du deuxième jour des Assemblées accueillera la rencontre des ministres du G24 et la discussion de haut niveau (ouverte au public) sur le renforcement des capacités pour l’autonomisation économique de l’Afrique dans un contexte de chocs multiples.

Au chapitre des « évènements Maroc », précisons la tenue d’une manifestation sur le thème « Faire face aux grands chocs systémiques : comment valoriser la stabilité en mouvement ».

Pour ce qui est du programme de l’après-midi du mardi 10 octobre, soulignons l’organisation de plusieurs discussions relatives à la croissance riche en emplois (comme réponse à la pauvreté), au renforcement de la coopération internationale dans une économie fragmentée et au développement des capacités sur la transformation des finances publiques grâce à la Govtech.

La manifestation qui mettra en relief l’économie créative de l’Afrique fera partie des multiples temps forts du mardi 10 octobre.  D’autres ateliers thématiques seront organisés dans l’après-midi. À titre illustratif, citons la discussion sur le renforcement des capacités en matière de statistiques sur l’environnement et le changement climatique.

Un « évènement Maroc » original

La matinée du mercredi 11 octobre démarrera avec, entre autres une conférence de presse portant sur le lancement du moniteur budgétaire. Celle-ci sera suivie de deux rencontres thématiques. La première traitera des impacts distributifs des chocs externes sur les prix alimentaires dans les pays à faible revenu. La deuxième rencontre aura pour thème : « Exploiter l’investissement institutionnel et le financement pour le développement ».

Pour ce qui est des « évènements Maroc », les organisateurs ont prévu la tenue d’une rencontre, avec une thématique originale : « Résilience, émergence, solidarité et neutralité carbone ».

L’autre sujet d’actualité qui sera abordé, le mercredi 11 octobre, dans le contexte de l’augmentation des taux d’intérêts, est celui des risques d’une nouvelle crise de la dette dans les pays à faible revenu. Il y a lieu de mentionner la tenue d’une rencontre organisée par le G20, suivie d’un séminaire ouvert au public, portant sur le climat. Précisons que deux manifestations ouvertes au public seront organisées durant l’après-midi. La première a pour thème : « L’Afrique : moteur de l’innovation ».  La deuxième manifestation traitera de la résilience du financement. Enfin, la Banque mondiale organisera un dîner réservé au Comité de développement.

Focus sur la nouvelle économie

Outre le point de presse de la directrice générale du FMI sur l’agenda politique mondial, trois forums relatifs à la nouvelle économie enrichiront la matinée du jeudi 12 octobre. L’organisation d’un séminaire par le FMI sur la stimulation de la croissance avec les ressources extérieures, est aussi prévue au cours de la matinée. Durant l’après-midi, deux séminaires sont programmés. Les débats porteront sur la relance de la croissance visant les transformations dans les marchés émergents et les économies en développement, ainsi que sur les priorités de la réforme pour limiter la dette.

Le principal évènement du vendredi 13 octobre sera la plénière des Assemblées annuelles qui se tiendra dans la matinée. L’autre temps fort de la journée sera le séminaire du FMI sur l’économie mondiale, prévu en début d’après-midi. Le diner offert par le Maroc clôturera le programme du  vendredi.

Au final, pour les journées du samedi 14 et dimanche 15 octobre, les évènements organisés ouverts au public portent respectivement sur l’inclusion financière (évènement Maroc) et le forum fiscal. L’autre « rencontre Maroc » se tiendra également le samedi matin. Elle porte sur le rôle des institutions supérieures de contrôle dans l’accomplissement de l’Agenda 2030 des Nations unies.