Maroc-Banque mondiale : une nouvelle feuille de route pour des projets stratégiques

Amrani et Banga ont plaidé pour accélérer le partenariat grâce à une nouvelle feuille de route conjointe visant à renforcer la coopération entre le Maroc et la Banque mondiale.

L’ambassadeur du Maroc a souligné que « la multitude des opportunités qui se présentent, conjuguée à la confiance de longue date qui nous unit, est un argument fort à mettre au crédit de notre volonté commune de construire ensemble de plus fortes et larges convergences ».

Il s’agira, selon le diplomate, « de mettre en émulation cette dynamique ascendante au travers de canaux d’interaction toujours plus ambitieux et ciblés qui assurent une fluidité permanente de nos échanges à tous les niveaux ».

Et d’ajouter qu’une telle structuration du partenariat prévue par la feuille de route conjointe « constitue un impératif induit à la fois par notre vision partagée et par l’accroissement substantiel des projets de coopération qui nous lient sur divers sujets, notamment dans des domaines hautement stratégiques et prioritaires pour le Maroc et ses partenaires internationaux tels que l’éducation, l’agriculture, la santé, l’eau et l’énergie ».

Amrani a également mis en avant le rôle crucial de la Banque mondiale dans le transfert de savoir-faire, en particulier en matière de gestion des risques, de développement inclusif et de questions climatiques. Cette vision est soutenue par Sa Majesté le Roi, qui met la dimension humaine au cœur des décisions nationales.

Lors de cette rencontre, Ajay Banga a tenu, pour sa part, à féliciter le Maroc pour l’organisation réussie des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI à Marrakech en octobre 2023. Il a salué le leadership du Roi en matière de réformes économiques et de gestion de crise, affirmant que le Maroc est un modèle de résilience.

Banga a indiqué que les priorités de la Banque mondiale pour les pays du Sud incluent l’électrification, les infrastructures, la santé, l’agrobusiness et le tourisme. Le partenariat avec le Maroc sera renforcé pour créer des emplois, renforcer le capital humain et lutter contre le changement climatique, tout en augmentant la participation des femmes sur le marché de l’emploi et en soutenant la transition numérique.

(Avec MAP)

Dominique Strauss-Kahn commente les Assemblées annuelles FMI-Banque mondiale

Au sein des deux institutions de Bretton Woods, le continent est partagé entre deux représentations. L’une concerne l’Afrique francophone et l’autre l’Afrique anglophone. Selon l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), ces deux blocs réunis ne pèsent pas suffisamment dans les instances de gouvernance du FMI et de la Banque mondiale. Si Dominique Strauss-Kahn reconnaît que cette situation doit changer, il admet toutefois que le contexte de fragmentation rend les choses plus difficiles. Éclairage.

Médias24 : Quelles sont les conclusions et les grandes idées issues des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale ?

Dominique Strauss-Kahn : L’une des principales conclusions des Assemblées annuelles, c’est que l’événement s’est tenu − ce qui n’était pas gagné d’avance. En dépit du séisme et de ses conséquences, le FMI et la Banque mondiale ont fait le choix de ne pas désigner un autre lieu pour abriter cette manifestation internationale que le Maroc a formidablement bien organisée. Cela étant dit, le monde est actuellement en proie à une fragmentation extrême de la géopolitique et de l’économie mondiales ; ce qui est conforté par la guerre en Ukraine et le récent conflit israélo-palestinien et, de façon plus générale, par la forte opposition entre les Etats-Unis et la Chine.

En dépit de ces dissensions, il subsiste tout de même une volonté de travailler en commun. La plupart des responsables publics, notamment les gouverneurs de banques centrales, les ministres des Finances et les organisations non gouvernementales (ONG) présents à Marrakech sont conscients du fait que le cadre multilatéral est idoine pour apporter des solutions aux problèmes globaux. D’où l’existence d’une sorte de paradoxe, car le multilatéralisme est plus nécessaire qu’auparavant et, dans le même temps, nous assistons à sa contestation, qui se reflète par le repli sur soi constaté au niveau international.

Dans ce contexte, le fait que tous les dirigeants publics et privés de la planète finance se soient retrouvés pendant une semaine, lors des assemblées annuelles, pour discuter constitue un important résultat.

– Selon vous, une représentation plus importante de l’Afrique dans les instances internationales est-elle suffisante ?

– On constate une plus large représentation de l’Afrique, ainsi qu’une présence plus forte du continent dans les discussions. Force est de constater que lors des Assemblées annuelles, une bonne partie des thématiques abordées ont concerné les problèmes africains, notamment ceux liés au changement climatique, à la sécurité et à la dette (le surendettement).

En termes de présence et de qualité des débats qui concernent les pays africains, c’est suffisant. En revanche, sur le plan du quota au FMI, notamment le droit de vote, l’Afrique n’est pas encore bien représentée. En clair, jusque-là, le continent est partagé entre deux représentations : l’une concerne l’Afrique francophone et l’autre l’Afrique anglophone. Ces deux blocs réunis ne pèsent pas suffisamment dans les instances de gouvernance du FMI et de la Banque mondiale. Là aussi, il subsiste une contradiction entre l’importance des problèmes qui touchent l’Afrique – et dont la communauté internationale est consciente –, et une faible représentation politique du continent dans les instances de direction des institutions internationales. Cette situation doit changer, mais le contexte de fragmentation rend les choses plus difficiles. Pour rappel, la dernière réforme des organes de direction, menée il y a près de dix ans, a été effectuée à Séoul. Cette action avait donné davantage de parts aux pays émergents et aux Etats moins avancés, et de façon plus générale au Sud.

– Faut-il s’alarmer des problématiques mondiales liées au protectionnisme, à l’insécurité alimentaire, à la démographie et à l’immigration ?

– Il faut évidemment s’alarmer des phénomènes que vous évoquez. Ils sont quelque part à l’origine de la fragmentation susmentionnée, en plus des conflits politiques devenus plus actifs qu’il y a dix ans. Le monde traverse une situation difficile, avec des problèmes majeurs dus au changement climatique, au financement de la transition énergétique et au volet sécuritaire. Par exemple, certains pays africains dépensent des sommes considérables afin d’assurer leur sécurité, mais aussi celle des autres Etats, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

D’autres grands défis sont devant nous : le retour d’une autre pandémie n’est pas à exclure. Les conséquences, ainsi que les ruptures dans les systèmes de production que l’intelligence artificielle (IA) entraînera, nécessiteront des adaptations et, par conséquent, des financements. Or, il se trouve qu’à l’heure où le besoin de financement est important, on assiste à des politiques restrictives ayant tendance à ne pas fournir aux pays les ressources dont ils ont besoin. Cette situation de divergence entre des besoins importants et des politiques restrictives m’inquiète.

– Faut-il considérer l’IA comme une opportunité ou comme une menace, surtout eu égard à l’usage qui en est fait par certains individus mal intentionnés ?

– Certes, il faut s’en inquiéter pour traiter les problématiques posées, mais il faut surtout s’en réjouir, car l’IA représente une avancée dans la connaissance et le mode de production. Les palefreniers ont disparu un jour, ce qui n’a pas empêché le monde de continuer à se développer.

Il est vrai que l’IA entraînera des changements considérables dans l’éducation, la production et la science. Il n’est donc pas anormal d’être inquiet car il faut s’adapter, mais il faut surtout s’émerveiller des potentialités nouvelles générées pour l’économie – quand on voit par le petit bout de la lorgnette –, et pour l’humanité – lorsque l’on regarde par le grand bout de la lorgnette.

En marge des assemblées de la BM et du FMI, l’UM6P lance « The Voice of Africa » 

Organisé en marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du FMI, « The Voice of Africa » vise à mettre en évidence les défis africains devant une audience nationale et internationale. « L’UM6P, en tant qu’écosystème de développement global axé sur la connaissance, l’excellence, la recherche et l’innovation, saisit cette opportunité pour porter la voix de l’Afrique sur des enjeux cruciaux pour le développement du continent, tels que la sécurité alimentaire, la durabilité et l’entreprenariat« , renseigne le communiqué de presse de l’établissement universitaire.

La même source indique que « The Voice Of Africa » comprend également des journées thématiques consacrées aux industries culturelles et créatives ainsi qu’à la diaspora africaine.

Notons que l’événement est accessible non seulement aux participants des assemblées annuelles, mais aussi au grand public, national et international.

L’événement connaîtra la participation de personnalités éminentes, notamment Rattan Lal, lauréat du prix Nobel de la paix et du Prix mondial de l’alimentation ; Jacques Attali, économiste et écrivain de renom ; Daniel Nahon, expert en pédologie ; Alpha Barry, PDG d’Atos Afrique ; Silvia Massruhà, présidente de l’entreprise Embrapa, engagée dans l’amélioration de l’agriculture et de la durabilité environnementale.

Au final, les échanges durant « The Voice of Africa » permettront d’inscrire les défis africains à l’agenda des négociations internationales. Et ce, dans le cadre des assemblées annuelles du groupe de la Banque mondiale et du FMI qui se tiennent à Marrakech du 9 au 13 octobre.

Les experts, les chercheurs et les contributeurs potentiels souhaitant prendre part  aux événements parallèles peuvent s’inscrire sur le site : https://bit.ly/UM6PVoiceOfAfrica2023.