AA2023. L’essentiel de la 5e journée des Assemblées annuelles

La 5e journée sur le site de Bab Ighli a démarré par la plénière des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, à laquelle ont bien évidemment pris part, respectivement, la directrice générale du FMI et le président de la Banque mondiale.

Dans le cadre de sa couverture en continu des assemblées annuelles, Médias24 s’est entretenu avec de hauts responsables marocains. Il s’agit de Mbarka Bouaida, présidente de la région Guelmim-Oued Noun (à partir de 1:36:00) ; Habiba Laklalech, directrice générale de l’Office national des aéroports (à partir de 2:09:44) ; Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football (à partir de 2:42:42.) ; et Karim El Aynaoui, président exécutif du Policy Center for the New South (à partir de 6:36:15).

Des mesures à prendre “sans regret”

Lors de la séance plénière des AA2023, Kristalina Georgieva a annoncé les mesures « à prendre sans regret » face à la situation mondiale actuelle, soulignant qu’il est essentiel de réduire l’écart de revenu entre l’Afrique et les pays les plus avancés et de générer une croissance créatrice d’emplois.

Ajay Banga, président de la Banque mondiale, a quant à lui évoqué les quatre domaines de focus choisis par son institution pour faire face à l’urgence climatique, dévoilant son ambition de lever 4 milliards de dollars pour le Crisis Response Window Plus.

“Les investissements post-séisme n’auront aucun impact sur le PLF 2024”

Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget et président de la FRMF, a accordé une interview exclusive à Médias24, dans laquelle il évoque la position privilégiée du Maroc à l’international à la suite des AA2023, et le financement du plan d’investissement de 120 MMDH sur cinq ans après le séisme d’Al Haouz.

Le ministre est revenu sur le positionnement renforcé du Maroc à l’international, et sur la forte visibilité dont bénéficie le pays après les récentes annonces d’organisation de la CAN, de la Coupe du Monde ainsi que des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale.
Il a également rappelé les trois sources de financement qui permettront de déployer les 120 MMDH sur cinq ans, annoncés dans le cadre du programme royal.

Trafic aérien : un record historique attendu d’ici fin 2023

Médias24 a aussi reçu sur son plateau, à Bab Ighli, Habiba Laklalech, directrice générale de l’ONDA.

Lors de notre entretien, Habiba Laklalech a abordé la vision stratégique de l’ONDA, le modèle de gestion des aéroports, les projets d’extension et de construction de nouvelles infrastructures aéroportuaires.

“L’ONDA se porte très bien maintenant avec la reprise du trafic, après les deux années de Covid (…). À fin septembre, le niveau de trafic aérien a dépassé celui d’avant-Covid et on s’attend à ce que, d’ici la fin de l’année, on enregistre un véritable record historique.”

Région Guelmim-Oued Noun : un accord de financement dans le pipe avec la BERD (130 MDH)

Médias24 s’est également entretenu avec la présidente de l’Association des régions du Maroc et du conseil régional de Guelmim Oued-Noun. Mbarka Bouaida a apporté un éclairage sur plusieurs aspects en lien avec la région qu’elle préside, notamment les projets susceptibles d’être financés grâce au partenariats public-privé (PPP) et le développement du secteur des énergies renouvelables.

“Il est utile de préciser que la région Guelmim-Oued Noun s’est ouverte aux institutions financières internationales afin de financer des projets, mais aussi pour bénéficier de l’assistance technique de celles-ci, ainsi que du partage de savoir-faire avec d’autres régions du monde.”

Mbarka Bouaida précise que “la région a signé avec la SFI un accord de financement de 40 millions de dollars pour la réalisation de projets de mise à niveau urbaine et portuaire. Nous avons également dans le pipe la signature d’un accord de financement de 130 MDH avec la BERD, pour la réalisation de projets d’assainissement et d’approvisionnement en eau potable.” 

Médias24 s’est entretenu avec Karim El Aynaoui, président exécutif du PCNS. À la question de savoir comment les hauts organismes financiers globaux gèrent le fait d’être “bousculés” par ce “nouveau Sud”, Karim El Aynaoui a expliqué que, si cela “se ressent” davantage aujourd’hui, il s’agit “des caisses de résonance des rapports et des tensions géopolitiques globales qui existent depuis les années 1990 (…) Ces conséquences ont mis trente ans à vraiment se faire sentir dans l’ordre international, avec la montée en puissance de la Chine”.

Débat sur l’économie mondiale

En deuxième partie de journée, un débat sur l’économie mondiale s’est tenu avec la participation de Gita Gopitah, première directrice générale adjointe du FMI, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE) et Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

“Aujourd’hui, nous assistons à une croissance mondiale faible du fait de l’inflation. Cette croissance à moyen terme risque également d’être faible, autour de 3%”, a indiqué Gita Gopitah, qui n’a pas manqué de rappeler le niveau record des dettes de plusieurs pays et le fardeau des services de la dette pour les finances publiques de ceux-ci.

Christine Lagarde, qui a rappelé l’objectif et le mandat de la BCE consistant à ramener le taux d’inflation à 2%, a souligné la nécessité d’investir dans l’économie numérique et l’économie verte, afin d’insuffler un nouveau souffle à la croissance mondiale, pénalisée également par les fragmentations géo-économiques et les velléités protectionnistes.

“Nous avons recensé près de 3.000 mesures de restriction au commerce en 2022”, a révélé Gita Gopitah. Toujours sur le registre des obstacles à l’essor du commerce international, Ngozi Okonjo-Iweala a déclaré en substance : “Pour certains, nous assistons à la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement, mais les problèmes découlent aussi de la sur-concentration des chaînes d’approvisionnement dans certaines zones géographiques. D’où la nécessité de remédier à cela.”

Par ailleurs, il convient de mentionner que le continent africain s’est invité dans les discussions du panel consacré à l’économie mondiale. “L’Afrique ne représente que 3% du commerce mondial. Sachant que ce chiffre a baissé durant le Covid-19”, a indiqué la patronne de l’OMC. Elle reste tout de même optimiste pour le continent qui, selon elle, doit tirer profit de sa jeunesse, augmenter la valeur ajoutée des produits échangés et lever les barrières au commerce.

À Marrakech, l’analyse du FMI pour lutter contre l’inflation

Ce 10 octobre, aux AA2023 de la Banque mondiale et du FMI, la thématique de l’inflation a été abordée par Lev Ratnovski, économiste au département européen du FMI.

Ce dernier a listé les différentes leçons à tirer des situations inflationnistes dans le monde. Il est revenu sur les risques très importants d’une inflation durable, provenant notamment des célébrations prématurées. En somme, il s’agit d’Etats qui allègent leur politique restrictive trop tôt aux premiers signes de recul de l’inflation.

Lev Ratnovski a insisté sur l’importance d’avoir une politique monétaire appropriée pour faire face au choc inflationniste et de garder un œil sur les bénéfices d’une telle politique à moyen terme. Citations.

« Pour lutter efficacement contre l’inflation, les données montrent qu’il faut adopter des politiques macroéconomiques restrictives et les faire durer dans le temps. Cela provient principalement de la politique monétaire. »

« La lutte contre l’inflation est difficile à court terme mais s’avère payante à moyen terme. Pour cela, de bonnes politiques macroéconomiques sont essentielles. Les données à travers le temps montrent que deux ans après un choc inflationniste, les pays qui ont combattu efficacement l’inflation affichent des niveaux de croissance inférieurs à ceux qui n’ont pas réussi à combattre efficacement l’inflation. Cependant, cinq ans après le choc, la tendance s’inverse. »

« Les pays qui ont résolu avec succès les problèmes d’inflation ont des croissances de salaire nominal plus faibles que les pays qui ont des difficultés persistantes avec l’inflation. »

« Les décideurs politiques devraient garder un œil sur cet objectif, car la lutte contre l’inflation est difficile à long terme, mais elle s’avère finalement payante à moyen terme sous la forme d’une baisse du chômage et d’une croissance plus forte. »

« Pour un Etat, en général, l’objectif est que l’inflation revienne à son niveau d’avant le choc. Ce que nous observons aujourd’hui est un ralentissement de l’inflation, mais il serait trop risqué d’assouplir les politiques. »

« La lutte contre l’inflation est un marathon. Il est important de maintenir des politiques strictes au fil du temps. Gardez un œil sur le moyen terme. »

À consulter absolument, notre couverture spéciale sur les assemblées annuelles FMI-BM.

La Banque mondiale émet deux obligations de développement durable acquises par Bank Al-Maghrib

Les émissions d’obligations de développement durable de 100 millions d’euros à 3 ans et 100 millions d’euros à 5 ans soutiendront le financement des activités de développement durable de la Banque mondiale, indique-t-on de même source.

Les obligations arrivent à échéance le 6 octobre 2026 et le 6 octobre 2028.

« Cette opération constitue une opportunité pour le Maroc, en tant que premier hôte des Assemblées annuelles sur le continent africain depuis 50 ans, pour sensibiliser à l’urgence d’intégrer l’action climatique dans la région et dans l’ensemble du continent. La Banque mondiale intègre l’action climatique dans ses efforts de financement du développement, notamment des systèmes alimentaires résilients, des énergies propres et renouvelables et la sécurité environnementale et hydrique dans l’ensemble du portefeuille mondial, y compris dans les pays africains. La Banque mondiale finance également des projets visant à aider de manière proactive les pays à gérer les chocs climatiques tout en mettant en œuvre les mesures d’adaptation nécessaires de toute urgence », indique  le communiqué.

La Banque mondiale précise par ailleurs qu’elle « adopte une approche globale pour intégrer le changement climatique dans ses opérations dans plus de 75 pays, avec plus de 90% des nouveaux projets intégrant des composantes climatiques. Par exemple, en Afrique du Nord, où le changement climatique aggrave la pénurie d’eau, la Banque mondiale accélère ses investissements pour accroître la résilience de l’approvisionnement en eau potable et de l’irrigation, ce qui sert de modèle à d’autres pays aux ressources limitées en eau. En Afrique subsaharienne, la Banque mondiale répond au changement climatique en aidant ses pays membres à accroître la résilience de leurs systèmes agroalimentaires grâce à une approche de chaîne de valeur. Et sur tout le continent, la Banque mondiale avance sur un chemin durable vers un accès universel à l’électricité grâce à des investissements dans les énergies renouvelables ».

Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale : dernière ligne droite pour les travaux de finition du site de Bab Ighli

Le principal message à retenir de la 4e réunion du Comité national de pilotage, présidée par Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, ce jeudi 7 septembre à Rabat, est le suivant : les grands travaux d’aménagement du site de Bab Ighli, qui s’étale sur 45 hectares (dont 23 hectares dédiés au campus), avancent selon le planning initial.

Il ne reste que les travaux de finition, de test et de préparation du site des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale qui se dérouleront du 9 au 15 octobre à Marrakech.

Voici les grands travaux d’aménagement réalisés dans la phase 1

Entre le 6 janvier et le 3 septembre 2023, les grands travaux ont consisté en :

– l’achèvement des travaux de terrassement et des réseaux divers et la réalisation des tests de raccordement (eau potable, assainissement, eaux usées traitées pour arrosage) ;

– la finalisation de l’installation des structures temporaires (chapiteaux) ;

– l’achèvement de la construction des bâtiments en bois (bureaux et espaces de services) et de la canopée ;

– l’achèvement de la construction du pavillon Maroc (900 m²) ;

– l’installation des infrastructures techniques (énergie, climatisation, informatique) et la réalisation des premiers tests techniques (datacenters, liaisons avec les opérateurs, groupes électrogènes, éclairage, climatisation, etc.) ;

– l’achèvement de l’aménagement des deux cliniques sur site ;

– la finition et l’opérationnalisation de la cuisine staff sur site ;

– la livraison sur le site du mobilier et du matériel audiovisuel.

Les travaux de plantations entamés depuis juillet selon le planning initial doivent s’achever en septembre.

L’entame de la dernière ligne droite

La phase 2 ayant trait aux travaux de finition, de tests et de préparation doit se dérouler du 4 au 24 septembre. La finalisation doit porter, entre autres, sur les travaux d’aménagement intérieur des chapiteaux, des bâtiments et du pavillon du Maroc.

Les équipes concernées doivent également s’atteler à terminer les travaux de plantations, l’installation du branding des chapiteaux et la réalisation des tests des installations techniques, informatiques et audiovisuelles avec l’équipe avancée, dont huit personnes sont arrivées au Maroc le 4 septembre.

Neuf antennes supplémentaires pour renforcer la couverture 4G

Pour le succès de l’organisation de cet évènement international, les organisateurs ont impliqué l’Agence nationale de la réglementation des télécommunications (ANRT) qui, avec les opérateurs télécoms, s’est mobilisée pour le renforcement de la couverture télécom au niveau des différentes zones concernées par les assemblées annuelles.

L’installation de neuf antennes supplémentaires permettra de renforcer la couverture 4G du site. Concrètement, le campus de Bab Ighli sera doté d’une couverture indoor. Dans le même ordre d’idées, il y a lieu de mentionner la mise à la disposition de 15.000 cartes SIM 4G au profit des participants (5.000 par opérateur).

Au final, le plan de formation des 450 étudiants volontaires est en cours de réalisation pour la mise à disposition des officiers de liaison. Par ailleurs, Royal Air Maroc travaille à l’optimisation des liaisons aériennes depuis les grandes villes du monde vers Marrakech. A titre illustratif, la liaison Washington-Casablanca connaîtra une augmentation de 113% à l’aller et de 96% au retour.

Sur le plan culturel, un dîner sera offert par le Maroc, dans l’enceinte du Palais Al Badii, aux délégations officielles. Près de 4.000 invités sont attendus à cet évènement, qui servira de vitrine pour la richesse de la gastronomie nationale.

Assemblées annuelles FMI/BM : dernière réunion du comité national de pilotage

Cette réunion a été consacrée à l’examen des dernières dispositions devant finaliser les préparatifs du Maroc à tous les niveaux pour accueillir cet événement d’envergure internationale, annonce un communiqué publié à cette occasion.

Lors de la réunion, des exposés ont été présentés aux membres du comité sur les dispositions prises sur les plans organisationnel et logistique garantissant l’accueil des participants dans les conditions optimales, ainsi que sur la participation du Maroc au programme scientifique de cette manifestation.

Selon nos informations, la construction du site a été finalisée dans les délais, les équipes s’attellent actuellement sur les travaux de finition. Médias24 reviendra en détail sur ce volet dans un prochain article.

Les assemblées générales annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, prévues à Marrakech du 9 au 15 octobre prochain, devraient accueillir 14.000 participants de haut niveau, dont des ministres de l’Economie et des finances et des Gouverneurs de banques centrales des 189 pays membres.

Le chef du gouvernement a rappelé au cours de cette réunion que le Maroc a su s’imposer en tant que destination privilégiée pour abriter des manifestations mondiales requérant une grande qualité d’organisation, et ce grâce au processus de développement exceptionnel que notre pays a connu au cours des deux dernières décennies sous la conduite du Roi Mohammed VI, ajoute la même source.

Cet évènement offre l’opportunité, pour le Royaume, d’exposer sa vision sur de nombreuses questions en relation avec les défis actuels et futurs et de se faire l’écho auprès de la communauté internationale de la voix du continent africain et de ses préoccupations.

Document. Abdellatif Jouahri relate un pan crucial de l’histoire récente du Maroc avec le FMI

Les années 80, notamment 1981-1986 ont été des années dures. D’une part, il y avait la guerre imposée au Maroc par l’Algérie et la Libye, et son coût quotidien. D’autre part, l’état des finances publiques qui a imposé un programme d’ajustement structurel avec des mesures ayant parfois un coût social très élevé. L’économie marocaine, encore plus dépendante de la pluviométrie qu’aujourd’hui, avait également subi 5 années consécutives de sécheresse, pour la première fois de son histoire. Sur le plan politique, l’édifice constitutionnel que l’on connaît aujourd’hui n’était parachevé.

Abdellatif Jouahri était à l’époque ministre de l’Economie et des Finances, responsabilité extrêmement délicate et complexe, où il devait veiller sur le budget de l’Etat tout en négociant avec les bailleurs de fonds internationaux. Les réformes économiques et financières se sont imposées.

Ce 31 août 2023, le FMI a mis en ligne sur son portail, le podcast d’une interview de Jouahri, actuellement wali de Bank Al-Maghrib. L’interview n’est pas datée, mais on comprend qu’elle est très récente, car elle a été accordée au portail du FMI en prévision des Assemblées annuelles Banque Mondiale FMI qui auront lieu en octobre prochain à Marrakech.

L’échange a eu lieu avec Taline Koranchelian, directrice adjointe du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI.  Il a porté notamment sur la carrière de l’ancien argentier du Royaume. Mais pas seulement. Le programme d’ajustement structurel (PAS), les relations entre le FMI et le Maroc ainsi que le contexte géopolitique, ont été abordés au cours de l’entretien.

Un début marqué par le PAS

« Je suis arrivé au ministère de l’Economie et des finances début novembre 1981 à la suite d’événements douloureux et de manifestations dans les principales villes du Maroc. Et ce, à cause de la décision prise consistant à relever les prix des denrées de première nécessité », a confié le Wali de BAM lors de l’entretien. 

Le souvenir des premiers jours que Abdellatif Jouahri a passés au ministère de l’Economie et des finances est étroitement lié au PAS, lequel avait été mis en place par l’institution de Bretton Woods afin d’aider le Maroc à sortir de ses grandes difficultés économiques durant les années 1980. Une période précédée, entre autres, par le choc pétrolier de 1979 (hausse des prix du pétrole) et marquée également par la flambée des taux d’intérêt. 

Les difficultés que traversait le Maroc à l’époque peuvent être mieux appréhendées grâce aux « pépites » racontées par Jouahri au cours de l’entretien avec la directrice adjointe du Département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI

« En février 1983, j’étais dans mon bureau avec le vice-gouverneur de la Banque centrale lorsque le directeur du Département étranger de BAM, en charge de la gestion des réserves de changes du Royaume, est venu m’annoncer que le Maroc n’avait plus de devises », explique celui qui avait alors la confiance du roi Hassan II, à une période charnière de l’histoire économique et sociale du pays. Il avait donc demandé un rendez-vous urgent au roi.

L’argentier du Royaume a été désigné par le Souverain pour mettre en place, sur le plan opérationnel, des mécanismes censés permettre au Maroc de remonter la pente raide. 

C’est à ce titre que Jouahri avait proposé au roi Hassan II l’édification d’une commission dédiée à l’élaboration d’une loi de finances rectificative, guidée par l’orthodoxie budgétaire, et la revue à la baisse des postes budgétivores.

A propos du PAS, Jouahri salue « la flexibilité et l’intelligence relatives » dont le FMI a fait preuve

Au sujet de l’implémentation du PAS, Jouahri assure à son interlocutrice : « Pour le déroulement du PAS, je dirai que le FMI a fait preuve de flexibilité et d’intelligence relatives. A l’époque, les règles appliquées aux pays soumis au  PAS étaient très contraignantes ». Et d’ajouter en substance : « Le Maroc était confronté au double plafond. L’un relatif aux dépenses de l’Etat et l’autre se rapportant aux crédits bancaires. Même si les critères établis par le fonds n’étaient pas remplis à 100% par le Maroc (mais plutôt entre 95 et 97%), le FMI et son Conseil d’administration faisaient preuve de flexibilité et de compréhension dès lors qu’ils souscrivaient à l’argumentaire du pays. »

Le numéro 1 de BAM, qui connaît très bien le FMI pour avoir pratiqué l’institution de Bretton Woods depuis plus de 40 ans, n’a pas manqué de souligner l’évolution de l’approche du FMI à l’égard des pays-membres. « Contrairement aux années 80, durant lesquelles le FMI avait un menu, aujourd’hui, l’approche et les solutions proposées se fondent davantage sur les spécificités de chaque pays », a t-il assuré à son interlocutrice.

Toujours sur l’évolution du FMI, l’ancien argentier du Royaume évoque, entre autres, le changement de regard sur certains sujets jadis tabous, notamment la corruption. Le fonds accorde aussi davantage d’importance à la transparence − adoption d’un Code auquel le Maroc a souscrit − et au ciblage des aides. 

Autre nouveauté de taille selon Jouahri : le FMI et la BM ont porté la voix des pays moins développés auprès du G20 pour l’accès aux vaccins de la Covid-19. Les deux entités ont aussi observé la même attitude concernant la dette des pays pauvres.

En clair, de l’avis du Wali de BAM, cette évolution est de nature à réconcilier le FMI avec les populations pour qui le fonds est un représentant des Etats développés cherchant à imposer ses diktats. 

Les dividendes de l’indépendance de la Banque centrale

Interpellé sur la recette de l’accroissement de la résilience du Maroc grâce aux réformes structurelles opérées depuis le début des années 2000, Abdellatif Jouahri, à la tête de la Banque centrale depuis près de vingt ans, a évoqué en premier lieu l’indépendance de BAM, consacrée par la loi.

En résumé, selon le patron de la Banque centrale, cette indépendance vis-à-vis du gouvernement et des partis politiques a permis à l’institut d’émission de jouer un rôle crucial pour la préservation des équilibres macroéconomiques grâce à la sensibilisation et à la pédagogie. 

« Les équilibres macroéconomiques font partie de la souveraineté nationale. Les efforts pédagogiques et de sensibilisation auprès du gouvernement ainsi que le dialogue permanent entre BAM et l’exécutif, ont permis au Maroc d’être reconnu par le FMI, comme en témoigne l’octroi de la ligne de précaution et de liquidité et récemment la ligne de crédit modulable », assure en substance le Wali de BAM. Il estime que la stabilité et les équilibres macroéconomiques constituent les prérequis du succès des autres réformes structurelles.   

La domination du politique donne des sueurs froides à Jouahri

« Ce qui m’inquiète, c’est la domination du politique. On assiste à une fragmentation géopolitique énorme », a confié le numéro 1 de BAM à son interlocutrice qui, dans une question, a mentionné la fragmentation géoéconomique que connaît le monde actuel. 

La difficulté de ramener la paix entre la  Russie et l’Ukraine, les tensions entre l’Occident et le monde non-occidental sont autant de situations qui poussent Jouahri à s’interroger : « Où va t-on ? »

Dans le même ordre d’idées, il soulève d’autres questions : allons-nous revenir à la situation de guerre froide ? Y aura-t-il une guerre des civilisations ? 

En d’autres termes, pour Jouahri, la situation géopolitique porteuse de dissensions crée beaucoup d’incertitudes. Une donne particulièrement néfaste pour l’économie et le développement économique et financier.

Face aux multiples mutations, au constat de l’échec de la globalisation pour certaines populations et au délitement des élites politiques aussi bien des pays développés que moins développés, le gouverneur de BAM suggère que les banques centrales deviennent des centres de vérité.

« Les organisations internationales doivent mener une réflexion autour de leurs nouvelles missions et priorités », recommande t-il, tout en insistant sur la nécessité de réfléchir collectivement sur ce qu’il faut apporter à la jeunesse dans un contexte de destruction et de création de nouveaux emplois. 

À Marrakech, les hôtels reçoivent des commissions de contrôle en prévision des AG du FMI et de la BM

« Munis de la liste des hôtels retenus par le FMI et la Banque mondiale pour héberger leurs délégués qui viendront du monde entier, les membres des commissions de la délégation du Tourisme ont entamé ce mardi leur travail pour contrôler s’ils respectent bien les normes internationales, entre autres en termes de sécurité et d’hygiène… », nous révèle le patron des hôteliers du Maroc. Lahcen Zelmat estime que ces contrôles préalables, qui permettront de constater et de corriger certains dysfonctionnements, sont nécessaires pour éviter des désagréments au client le jour venu.

Tout en approuvant cette démarche ministérielle qu’il juge appropriée au regard de l’importance de cet événement qui réunira tout le gotha financier de la planète, le président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) considère qu’elle est dans l’intérêt des établissements concernés, à la fois pour la réussite des Assemblées générales du FMI et de la BM et pour l’image du secteur touristique du Maroc .

 

La préparation des réunions du FMI et de la Banque mondiale à Marrakech montre l’urgence d’un Palais des congrès

« Après la COP22 qui a donné au Maroc une incroyable visibilité mondiale, la tenue des assemblées générales du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, qui va drainer à Marrakech, entre le 9 et le 15 octobre, un minimum de 14.000 participants venus du monde entier, sera l’événement le plus important de cette dernière décennie », se réjouit un grand opérateur de la ville. Ce dernier s’attend à un taux d’occupation hôtelier exceptionnel après la saison estivale qui affiche toujours complet.

« Les travaux ont déjà démarré »

Au regard des retombées ultérieures de cette grand-messe annuelle des financiers de la planète, de nombreux intervenants publics sont impliqués dans son organisation, à l’instar des ministères des Finances et des Affaires étrangères, de la wilaya de la ville, du Conseil régional du tourisme (CRT) de Marrakech-Safi, de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) et de l’Office national marocain du tourisme (ONMT).

Plus d’un an après la fin de la crise sanitaire qui avait mis à genoux l’industrie du tourisme, cet événement est très attendu, d’autant que les réservations hôtelières laissent entrevoir une basse saison exceptionnelle pour l’ensemble des établissements classés de la ville ocre.

Au terme des travaux − en cours − de viabilisation du site (égouts, sanitaires, parking, espaces de restauration…), d’une superficie de plusieurs hectares, où s’était déroulée la COP22 en 2016, des pylônes seront installés pour supporter les chapiteaux avec une capacité d’au moins 16.000 personnes.

Un espace supplémentaire devrait être aménagé sur le terrain qui fait face au palace La Mamounia, afin d’y loger certaines personnalités du FMI et de la Banque mondiale.

Un palais des congrès d’au moins 10.000 places… avant 2026

Un extraordinaire coup de publicité pour le Maroc, qui incitera un grand nombre de participants aux assemblées générales à revenir en famille et à en parler à leur entourage.

Si la ville dispose déjà de trois centres des congrès − 2.000 places pour le plus grand −, elle n’est pas en mesure de recevoir autant de participants. Cet événement ne manquera donc pas d’accélérer la construction d’un palais des congrès capable d’accueillir entre 10.000 et 40.000 personnes.

En effet, selon une source ministérielle, la feuille de route du tourisme a fait de ce projet une véritable priorité grâce à un partenariat entre la région, la commune, le ministère du Commerce et la SMIT.

« Le palais des congrès de Marrakech n’en est plus au stade de projet ; nous sommes d’ores et déjà parvenus à la phase de financement et d’exécution », nous révèle l’un des quatre partenaires engagés dans sa planification. Selon notre interlocuteur, le futur palais des congrès pourra accueillir plus de 11.000 personnes assises, et le parc des expositions mitoyen pourra recevoir 30.000 à 40.000 personnes, soit bien plus que le nombre de participants prévus aux assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale.

Si l’on ne connaît pas encore sa localisation et sa superficie, cet espace international de conférences sera certainement l’un des plus grands d’Afrique, devant le palais des congrès d’Addis-Abeba en Ethiopie, révèle notre source.

D’un coût estimé à 1 milliard de dirhams, il sera totalement opérationnel et inauguré avant 2026.

« Des projets programmés depuis plus de 25 ans qui n’ont toujours pas vu le jour »

Se réjouissant de la perspective de cet événement qui renforcera la visibilité du Maroc dans le segment MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions), une source du secteur privé avance qu’avec des infrastructures permettant d’accueillir autant de monde que les assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale, le secteur serait capable d’en recevoir au moins un par mois.

Le potentiel est considérable, mais problème : ces projets structurants tardent à voir le jour alors qu’ils étaient inscrits comme prioritaires dans les programmes de la Vision 2010 et de la Vision 2020.

Cela devrait inciter les autorités à accélérer la concrétisation de ces projets, qui affichent un retard inexplicable lorsque l’on sait que cette question s’est posée après la tenue de la COP22 à Marrakech en 2016, mais aussi celle de la COP7 dans la même ville en 1996, et au lendemain de l’Assemblée générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui avait eu lieu en 1994 dans la ville ocre.

Idem pour le projet du futur palais des congrès de Casablanca, inscrit en 2006 dans le programme de développement de la ville. Un engagement national resté au stade des études.

« Le Maroc ne capte que 1% de la demande d’événements MICE »

Si les grandes villes comme Marrakech et Casablanca disposaient d’un palais des congrès d’une capacité de 10.000 places assises et d’un parc mitoyen d’exposition pouvant accueillir 20.000 à 40.000 personnes, le Maroc serait en mesure de capter une demande bien plus importante.

En l’absence d’infrastructures, les donneurs d’ordres internationaux ne font pas appel au Maroc, qui ne figure pas sur la liste des pays capables d’offrir ce type de prestations.

Le pays se contente d’accueillir 1% de la demande mondiale, comme des événements politiques ou publics de moindre importance à l’occasion desquels les autorités mettent en place des structures éphémères, alors qu’avec sa capacité hôtelière de grande qualité, le Royaume n’aurait aucun mal à capter des manifestations d’envergure.

« Les structures éphémères coûtent plus cher et ne séduisent pas les donneurs d’ordres internationaux »

De plus, la construction d’espaces polyvalents permettrait d’éviter de louer au coup par coup des terrains avant d’y monter des chapiteaux pour abriter des événements d’envergure, qui finissent par coûter beaucoup plus cher qu’une infrastructure permanente.

Entre la recherche de financement et l’achèvement des travaux, il faudra au moins cinq années pour qu’il devienne opérationnel ; il y a donc urgence car les grands congrès sont déjà réservés jusqu’à 2030.

En effet, les acteurs de ce segment d’affaires organisent des années à l’avance des événements comparables à la tenue des assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale. Ils ne feront donc pas appel au Maroc avant que l’infrastructure ne devienne vraiment opérationnelle, avec une promotion convaincante.

Le Maroc ne pourra pas exister sur la scène internationale du tourisme d’affaires avec des structures éphémères, de surcroît en plastique et donc pas vraiment écologiques, conclut notre interlocuteur.