Business Ready 2025. Le Maroc bien noté sur les réformes mais encore en retrait sur l’efficacité réelle
Le nouveau rapport Business Ready 2025 de la Banque mondiale livre une photographie chiffrée du climat des affaires des économies mondiales, dont celle du Maroc. Il s’agit de la 2e édition de cette nouvelle génération d’indicateurs qui remplace Doing Business et qui restera en phase de déploiement jusqu’en 2026.
La lecture des scores du Maroc fait ressortir un profil contrasté. Le cadre réglementaire et les services publics y sont mieux notés que la moyenne mondiale et que la plupart des économies comparables, mais l’efficacité opérationnelle reste en retrait, y compris par rapport à certains pairs de la région MENA.
Business Ready 2025 évalue les économies selon trois grands piliers : le cadre réglementaire, les services publics au service des entreprises et l’efficacité opérationnelle, c’est-à-dire l’expérience réelle des entreprises lorsqu’elles interagissent avec l’administration, les réseaux et les institutions.
Chaque pilier agrège les résultats de dix indicateurs qui couvrent tout le cycle de vie d’une entreprise, de la création à l’insolvabilité, en passant par la fiscalité, le commerce international, l’accès aux services financiers ou la concurrence. Les scores sont exprimés sur une échelle de 0 à 100, où 100 représente la meilleure performance.
À l’échelle mondiale, les moyennes de 2025 s’établissent à 66,32 pour le cadre réglementaire, 53,97 pour les services publics et 60,03 pour l’efficacité opérationnelle.
Pour le Maroc, le score agrégé s’établit en 2025 à 63,44 points sur 100, en progression par rapport à la 1re édition, lors de laquelle le Maroc avait enregistré 62,41. Ainsi, le Maroc se classe 2e en Afrique et dans le monde arabe, respectivement derrière le Rwanda et le Bahreïn.
Ce que révèlent les scores du Maroc
Le Maroc présente un profil globalement favorable. Concernant le cadre réglementaire, le pays obtient un score de 70,06, nettement au-dessus de la moyenne mondiale. Cela signifie que, sur le papier, les lois, règlements et dispositifs formels encadrant la vie des entreprises sont relativement bien alignés sur les bonnes pratiques, qu’il s’agisse de l’enregistrement des sociétés, des règles du jeu concurrentiel, de la protection des droits de propriété ou des cadres encadrant le travail et la résolution des litiges commerciaux.
Par comparaison, la Tunisie affiche un score réglementaire de 62,56, sensiblement inférieur à celui du Maroc, tandis que la Jordanie se situe à 67,90. Dans le groupe restreint des économies MENA couvertes par Business Ready 2025, le Maroc se positionne donc dans le haut du tableau sur cet indicateur, proche de certains pays du Golfe comme Bahreïn, sans atteindre toutefois les niveaux des économies de l’OCDE les mieux notées, dont les scores dépassent souvent 75 à 80.
Le contraste est encore plus marqué concernant les services publics, qui mesure les services concrets mis à disposition des entreprises (portails en ligne, systèmes fiscaux numériques, infrastructures aux frontières, dispositifs d’information, guichets uniques, etc.). Sur cet indicateur, le Maroc obtient un score de 64,55, soit plus de 10 points au-dessus de la moyenne mondiale de 53,97.
Pour un investisseur ou un entrepreneur, cela traduit un environnement où l’administration a fait un effort réel de digitalisation et de structuration des services destinés au secteur privé. La comparaison régionale est ici particulièrement favorable. La Jordanie atteint 57,97, tandis que la Tunisie reste très loin derrière avec un score de 43,02. Autrement dit, parmi les pays de la région MENA inclus dans l’édition 2025, le Maroc fait partie des économies où les services publics en appui aux entreprises apparaissent les plus structurés selon cette métrique.
C’est sur l’efficacité opérationnelle que le diagnostic est plus nuancé. Cet indicateur mesure la façon dont les entreprises vivent ces règles et ces services au quotidien (délais de raccordement aux réseaux, simplicité effective des démarches, coûts de conformité, fluidité des paiements et des procédures, fiabilité des plateformes et des systèmes, etc.). Sur ce terrain, le Maroc obtient un score de 55,71, inférieur à la moyenne mondiale de 60,03.
Cela signifie que, malgré un cadre réglementaire solide et des services publics relativement bien développés, les entreprises marocaines continuent de se heurter à des frictions non négligeables lorsqu’il s’agit d’exécuter les procédures, d’obtenir des autorisations ou de bénéficier pleinement des dispositifs existants.
La comparaison avec les pays de niveau de revenu similaire et de la même région est instructive. Sur l’efficacité opérationnelle, le Maroc fait mieux que la Tunisie (52,46) mais reste en retrait par rapport à des économies comme la Jordanie (59,17) et, plus encore, Bahreïn, dont le score dépasse 70.
Le principal constat est que le Maroc a réussi à moderniser ses textes et à mettre en place une offre de services publics considérée comme robuste à l’échelle de la région, mais la chaîne d’exécution reste incomplète. Il persiste un efficiency gap entre la norme et la pratique.

