SREP : ce que cette norme va changer pour les banques marocaines

La supervision bancaire marocaine entre dans une nouvelle phase avec le déploiement progressif du SREP (Supervisory Review and Evaluation Process) par Bank Al-Maghrib.

Le processus est engagé depuis 2024 et se prépare à une phase décisive : entre 2024 et 2026, les évaluations restent informatives, puis à partir de 2027, les exigences supplémentaires de fonds propres issues du dispositif deviennent obligatoires.

Ce changement place le capital au cœur du pilotage bancaire. Les banques marocaines évoluent désormais dans un cadre où l’évaluation du risque, la solidité interne et la capacité à absorber les chocs influencent directement leurs marges de manœuvre financières.

Que faut-il savoir sur le SREP ? Et quelles implications ce nouveau cadre prudentiel porte-t-il pour le secteur bancaire ?

Le SREP est « le cadre à travers lequel la Banque centrale évalue une banque dans sa globalité afin d’apprécier sa solidité et la qualité de sa gestion. Il ne s’agit plus seulement de vérifier des ratios, mais d’avoir une vision complète du profil de risque de l’établissement et de sa capacité à rester stable dans le temps », explique un banquier contacté par Médias24.

Ce processus repose sur une cartographie claire des domaines examinés par les superviseurs. « Le premier axe concerne le business model de la banque : la cohérence de sa stratégie, la façon dont elle génère ses revenus et la durabilité de son positionnement sont analysées pour juger de la viabilité du modèle. Le deuxième axe porte sur les risques pesant sur les fonds propres. L’objectif est de vérifier si le niveau de capital est réellement en ligne avec les risques pris par la banque, et pas seulement conforme à un minimum réglementaire standard », ajoute-t-il.

Le troisième axe concerne les risques liés à la liquidité et au refinancement. « Le superviseur évalue la capacité de la banque à faire face à ses engagements, même en cas de tensions sur ses ressources ou sur les marchés ».

Enfin, un volet central du SREP porte sur la gouvernance et le contrôle interne. « Cela couvre le rôle des organes de direction, l’organisation de la gestion des risques, les dispositifs de conformité, mais aussi des domaines spécifiques comme la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, ainsi que la maîtrise des risques technologiques et des cyber-risques ».

Implications du SREP pour les banques marocaines

L’entrée en vigueur progressive du SREP au Maroc commence déjà à produire des effets visibles sur le secteur bancaire. Selon Fitch, « ce nouveau cadre de supervision renforce les coussins de capital des banques marocaines à mesure que la réglementation se rapproche des standards internationaux. La mise en œuvre complète est prévue pour 2027, et elle s’inscrit comme une étape majeure dans le renforcement de la capitalisation et de la gouvernance des risques ».

L’impact le plus concret concerne les exigences en fonds propres, en particulier pour les banques d’importance systémique. L’introduction de surcharges de capital pour Attijariwafa bank, Bank of Africa et BCP porte leur minimum de capital Tier 1 à 11%, contre 9% auparavant. Ce relèvement rapproche le cadre marocain des normes internationales et améliore la capacité de ces établissements à absorber des chocs.

L’introduction de surcharges de capital pour Attijariwafa bank, Bank of Africa et BCP porte leur minimum de capital Tier 1 à 11%, contre 9% auparavant

Depuis 2021, « les ratios de capital se renforcent régulièrement, soutenus à la fois par un encadrement réglementaire plus strict et par une rentabilité plus solide. Au premier semestre 2025, le résultat net agrégé des sept plus grandes banques a progressé de 20% sur un an, porté par de meilleurs revenus de marché et une baisse des charges de dépréciation ».

« Le ratio CET1 moyen consolidé atteint 10,9% à fin juin 2025, contre 10,8% fin 2024, soit un coussin de 290 points de base au-dessus du minimum réglementaire. Le ratio Tier 1 s’établit à 11,9%, également 290 points de base au-dessus du seuil requis, et les trois banques systémiques dépassent déjà le futur plancher de 11% ».

Les banques marocaines disposent par ailleurs d’un historique favorable en matière de renforcement de leurs fonds propres, que ce soit via des augmentations de capital ou par une modération des dividendes. Leur solvabilité globale est aussi soutenue par des émissions régulières de dettes Tier 1 et Tier 2 sur le marché domestique.

Le renforcement des exigences de capital peut avoir un impact sur les dividendes. Les banques peuvent conserver une part plus importante de leurs bénéfices pour renforcer leurs fonds propres. Cela réduit la marge disponible pour distribuer. « Plus le niveau de capital exigé augmente, plus la distribution peut être modérée, surtout pour les banques systémiques ».

Le renforcement des exigences de capital peut avoir un impact sur les dividendes

Au-delà du capital, le SREP impose un changement de méthode. « Les banques doivent mener des auto-évaluations complètes et corriger les faiblesses éventuelles touchant leur modèle d’activité, leurs contrôles internes, leur capital et leur liquidité.

Fitch estime que ce processus va renforcer les dispositifs internes de gouvernance et de gestion des risques, avec un effet positif sur le pilotage du capital. Le Maroc figure déjà parmi les pays africains les plus avancés dans la mise en œuvre de Bâle III, les banques publiant leurs ratios de liquidité à court terme, de financement stable et de levier.

Le cadre de supervision devient également plus dynamique et plus sensible au risque, avec des inspections sur place et des mesures ciblées. La Banque centrale a ainsi durci le traitement prudentiel des actifs saisis : leur pondération en risque passe de 100% dès la première année à 150% après deux ans, 200% après trois ans et 250% après quatre ans. Cette progression incite les banques à résoudre plus rapidement ces expositions non performantes et contribue à améliorer la qualité des bilans.

Fitch rappelle toutefois que le « renforcement du capital, à lui seul, ne suffira pas à entraîner des relèvements des notes de solidité financière des banques ». Certaines conservent des marges de capital limitées, et d’autres facteurs restent déterminants, notamment l’environnement d’exploitation et la qualité des actifs.

Historiquement, la capitalisation constituait un point de fragilité du système bancaire marocain en raison de la concentration des risques et de l’exposition à des marchés extérieurs plus vulnérables. La mise en œuvre du SREP, conjuguée à l’amélioration de la rentabilité et au développement d’un marché secondaire des créances en souffrance, pourrait cependant conduire à des niveaux de capital durablement plus élevés.

https://medias24.com/2025/10/07/les-benefices-des-banques-cotees-en-hausse-de-18-au-premier-semestre-2025/

Bourse. Les banques cotées voient leur PNB augmenter de 6,3% à fin septembre 2025

Les banques cotées poursuivent l’amélioration de leurs indicateurs financiers, portées par une dynamique commerciale robuste et une progression continue du produit net bancaire. À fin septembre 2025, le secteur bancaire a généré un PNB cumulé de 72,6 MMDH, en hausse de 6,3% par rapport à la même période de 2024 (68,3 MMDH).

Cette progression représente un gain de 4,3 MMDH, tiré principalement par BOA (+1.227 MDH), Attijariwafa bank (+1.181 MDH) et BCP (+813 MDH).

Dans le détail, toutes les banques cotées affichent une amélioration de leur PNB en 2025 :

Il faut dire que, depuis septembre 2024, Bank Al-Maghrib a abaissé son taux directeur de 2,75% à 2,25%, une décision qui vise clairement à soutenir l’économie dans un contexte d’inflation maîtrisée. Cette baisse du coût de l’argent rend le financement moins cher et facilite l’accès au crédit, ce qui contribue à relancer la demande aussi bien du côté des ménages que des entreprises.

Avec des conditions plus souples, les banques enregistrent naturellement plus de demandes de financement, ce qui dynamise leur activité. Elles profitent aussi de la détente de la courbe des taux sur le marché obligataire, un élément qui améliore la valorisation de leurs portefeuilles et renforce leurs marges.

Cet environnement plus favorable laisse penser que la tendance restera positive pour les performances et les résultats des banques cotées au cours des prochains trimestres.

RNPG en hausse

Sur le plan des résultats nets part du groupe, les banques cotées affichent une progression à fin septembre 2025. Attijariwafa bank atteint 8.276,85 MDH, en hausse de 14,9%, tandis que Bank of Africa s’établit à 3.011,4 MDH, en hausse de 12%. BCP enregistre 4.287,2 MDH, soit une évolution de 9%.

Du côté des autres établissements, BMCI affiche 326 MDH, en hausse de 4%, CIH Bank 862,3 MDH, en hausse de 31,2% et CDM 689,9 MDH, en hausse de 19,9%.

À noter que CFG Bank n’a pas encore publié son bilan détaillé, ce qui ne permet pas d’intégrer son RNPG dans cette comparaison.

Cette évolution positive des résultats intervient également dans un contexte marqué par une inflation maîtrisée à 1% au cours des neuf premiers mois de 2025.

Crédits distribués

Les banques cotées présentent des évolutions contrastées de leurs encours de crédits à fin septembre 2025. Cette reprise des crédits a contribué à soutenir les résultats du secteur bancaire sur la période. Les chiffres publiés montrent que la majorité des banques a accéléré la distribution de crédits, un signal favorable pour la dynamique du secteur.

Attijariwafa bank affiche un encours de 281 MMDH, en hausse de 3,18%. Bank of Africa atteint 227 MMDH, en légère progression de 0,14%.

Crédit du Maroc s’établit à 58 MMDH, en hausse de 5,2%. BCP enregistre 320,9 MMDH, en progression de 2%. CIH Bank porte ses encours à 96,8 MMDH, en hausse de 13,7%. CFG Bank atteint 17,4 MMDH, en hausse de 20%.

Pour sa part, BMCI affiche des crédits consolidés de 55,1 MMDH, en recul de 6,9%, une baisse expliquée par des opérations notables sur les crédits de trésorerie et d’affacturage réalisées en fin d’année 2024.

Des perspectives favorables

Les prévisions disponibles montrent une poursuite de la croissance pour les principales banques marocaines au cours des prochaines années. Attijariwafa bank verrait son RNPG dépasser 11,3 MMDH en 2026, ce qui correspond à une évolution annuelle proche de 8%. La BCP atteindrait un niveau d’environ 5 MMDH en 2026, avec une progression moyenne estimée entre 6% et 8%.

Les autres établissements présentent des trajectoires variées. BMCI enregistrerait une hausse d’environ 20% de son RNPG cumulé entre 2024 et 2026. CDM évoluerait sur un rythme régulier, autour de 6% à 7% par an. Pour CIH Bank, les projections indiquent une progression du RNPG de 12% en 2025, suivie d’une nouvelle hausse de 8,4% en 2026, portée par l’élargissement de son activité.

Dans l’ensemble, le RNPG agrégé des banques cotées atteindrait près de 18,5 MMDH en 2025, puis 20 MMDH en 2026, soit une croissance moyenne d’environ 8% par an. Une part significative des objectifs 2025 a déjà été réalisée à la fin du premier semestre, ce qui conforte la faisabilité des niveaux anticipés pour 2025 et 2026.

Sur le volet des valorisations, le secteur bancaire reste nettement en dessous de la moyenne du marché, ce qui suggère un potentiel d’appréciation encore significatif en Bourse et laisse aux investisseurs une marge de revalorisation.

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Les bénéfices des banques cotées en hausse de 18%, au premier semestre 2025

Depuis septembre 2024, Bank Al-Maghrib a abaissé son taux directeur de 50 points de base, de 2,75% à 2,25%, afin de soutenir la dynamique économique dans un contexte d’inflation maîtrisée.

Cette détente monétaire contribue à alléger les conditions de financement et à favoriser l’accès au crédit, avec pour effet attendu de stimuler l’activité nationale.

La demande de crédits bancaires s’en trouve renforcée, ce qui profite directement à l’activité des banques. Dans le même temps, le secteur a bénéficié de la détente de la courbe des taux sur le marché obligataire.

Ces évolutions devraient continuer d’influencer positivement les performances et les résultats des banques cotées.

Un RNPG en hausse

C’est ce qui se matérialise dans le résultat net part de groupe (RNPG) cumulé des sept établissements cotés, qui s’est établi à 12,5 MMDH au S1-2025, en hausse de 18,1% par rapport à la même période de 2024.

Cette progression reflète à la fois la reprise du crédit et la détente des taux obligataires, laquelle a contribué à desserrer la pression sur les marges financières.

Dans le détail, Attijariwafa bank reste le poids lourd du secteur avec un RNPG de 5,8 MMDH, en progression de près de 20%.

Derrière, la BCP affiche également une bonne dynamique (+12,8%), tandis que Bank of Africa (BOA) confirme sa montée en puissance avec un résultat net part du groupe de 2,2 MMDH, en hausse de 16%.

CIH Bank signe la meilleure performance relative, avec un bond de près de 40%. Enfin, CFG Bank continue de surprendre avec une progression spectaculaire de 65,7%.

Si l’on élargit le regard aux banques non cotées, la tendance reste tout aussi positive. Saham Bank a réalisé un RNPG de 803 MDH, en forte hausse de 35,5%, tandis que Crédit Agricole du Maroc améliore légèrement ses résultats à 111 MDH (+5%). Ensemble, ces deux acteurs totalisent 914 MDH au S1-2025, contre 699 MDH un an plus tôt.

Au global, en additionnant banques cotées et non cotées, le secteur bancaire marocain a généré 13,4 MMDH de RNPG au premier semestre 2025, soit une progression de 18,9% en un an.

Les autres indicateurs du secteur bancaire

Au-delà des résultats nets, les indicateurs sectoriels confirment la bonne santé du secteur. Le produit net bancaire des sept banques cotées s’est établi à 49,1 MMDH au premier semestre 2025, en progression de 7,4%, soutenu par la baisse des taux et la bonne tenue des marchés financiers.

Dans le détail, le résultat des opérations de marché a bondi de 14,8%, la marge d’intérêts s’est accrue de 6,6% et la marge sur commissions de 4,4%.

Le résultat d’exploitation ressort à 22,5 MMDH, en hausse de 18,6%, grâce à la combinaison d’une croissance du PNB, de la maîtrise des charges et d’un coût du risque en repli de 10,8% à 6,9 MMDH. Cette configuration favorable a permis une nette amélioration de la rentabilité, avec un RNPG cumulé de 12,5 MMDH, en hausse de 18,2% par rapport à S1-2024.

En termes de contribution à cette croissance, Attijariwafa bank se distingue, avec une progression de 973 MDH (+19,8%). Elle est suivie de BCP et de BOA, qui ont ajouté respectivement 331 MDH (+12,8%) et 309 MDH (+15,9%).

Distribution de crédits : un moteur retrouvé

La reprise des crédits a clairement soutenu les résultats du secteur bancaire au premier semestre. « Les derniers chiffres communiqués par les banques montrent que l’ensemble du secteur a renforcé son activité de distribution, ce qui constitue un élément positif pour la solidité de la place », commente une source du marché.

« Par exemple, Attijariwafa bank affiche une croissance de 5% de ses encours, CIH Bank progresse de 10%, BOA de 2%, tandis que Saham Bank enregistre une hausse de 7%. Cette dynamique généralisée confirme que la détente monétaire commence à irriguer l’économie réelle à travers le financement des entreprises et des ménages », ajoute-t-elle.

« Il faut dire que la baisse du taux directeur a commencé à produire ses effets. On observe un redressement tangible des crédits, en particulier ceux destinés à l’investissement productif, ce qui redonne du souffle à la croissance des banques ».

Des perspectives favorables en 2025 et 2026

Les prévisions confirment une trajectoire de croissance régulière pour les grandes banques marocaines. Attijariwafa bank resterait largement en tête avec un RNPG attendu à plus de 11,3 MMDH en 2026, traduisant une progression robuste (+8% par an). La BCP poursuivrait une tendance plus modérée, avec un RNPG de près de 5 MMDH en 2026, soit une croissance moyenne de 6 à 8%.

Les banques de taille intermédiaire affichent des dynamiques différenciées : BMCI est projetée en hausse de près de 20% de son RNPG cumulé entre 2024 et 2026, tandis que CDM maintient une croissance régulière d’environ 6 à 7% par an. Le CIH confirme sa réputation de banque la plus dynamique du secteur, avec un RNPG attendu en hausse de 12% en 2025, puis encore de 8,4% en 2026, grâce à l’extension rapide de son activité.

Au global, les banques cotées devraient porter le RNPG du secteur à 18,5 MMDH en 2025, puis 20,0 MMDH en 2026, soit une croissance moyenne de près de 8% par an. La plupart d’entre elles ont déjà réalisé environ 50% de leurs objectifs 2025 dès la fin du premier semestre, ce qui rend plausible l’atteinte, voire le dépassement, de ces prévisions.

À la mi-2025, la plupart des banques ont déjà réalisé près de 50% de leur RNPG estimé pour l’année, un signal de confiance quant à l’atteinte, voire le dépassement, des objectifs fixés.

Karim Zidane représente le Roi au 17ᵉ Sommet des affaires USA-Afrique

Karim Zidane conduit une importante délégation composée de dirigeants et de hauts responsables du secteur public et privé, notamment de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), de l’Office national des chemins de fer (ONCF), de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), ainsi que de Medz, de Marsa Maroc et de représentants des banques marocaines.

La participation à cet évènement, qui se tient en présence de plusieurs chefs d’État africains ainsi que de hauts responsables de gouvernements de plusieurs pays, s’inscrit en droite ligne des hautes orientations royales en faveur du renforcement des partenariats économiques du Royaume avec les pays africains et les partenaires internationaux.

Elle vise à mettre en valeur les réformes engagées par le Maroc pour renforcer son attractivité économique, sous la conduite éclairée du Roi Mohammed VI, en particulier la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement, et à promouvoir, ainsi, les opportunités qu’offre le Royaume dans des secteurs stratégiques tels que les énergies renouvelables, l’industrie automobile, l’aéronautique, l’agro-industrie et les technologies vertes.

Dans cette dynamique partenariale, le Maroc se positionne désormais comme un acteur incontournable dans les chaînes de valeur mondiales, à la faveur des relations économiques privilégiées et du partenariat structuré et durable qu’il entretient avec les États-Unis d’Amérique, consolidé par l’accord de libre-échange en vigueur depuis 2006. En effet, le Royaume figure parmi les principaux partenaires commerciaux des États-Unis en Afrique.

Organisé en présence de plus de 1.500 participants, dont des chefs d’État, des ministres, des décideurs économiques et politiques et des représentants du secteur privé, ce sommet constitue une plateforme majeure pour le dialogue économique et la construction de partenariats stratégiques durables entre les États-Unis et les pays africains.

Les bancaires en bourse : ce qui se cache derrière l’écart de valorisation avec le marché

Alors que le marché boursier marocain affiche un niveau de valorisation soutenu, avec un PER moyen de 20,8x en mai 2025, le secteur bancaire continue d’évoluer à un rythme distinct.

Son ratio cours/bénéfices plafonne à 13,9x selon les calculs de Serval Asset Management, creusant un écart de 6 points avec l’ensemble du marché. Ce différentiel, rarement atteint depuis dix ans, attire l’attention des analystes comme des investisseurs.

L’écart interroge d’autant plus que les banques marocaines conservent des fondamentaux solides. La croissance des bénéfices devrait dépasser les 10% en 2025 selon les prévisions de BKGR, portée par la bonne tenue du produit net bancaire, la baisse progressive du coût du risque et un environnement monétaire devenu plus favorable depuis l’assouplissement du taux directeur en mars.

Pourtant, la valorisation boursière des grandes banques reste stable, comme si le marché hésitait à reconsidérer leur profil de risque.

Faut-il y voir une prime de risque persistante, liée à une perception structurelle du secteur, ou bien une opportunité temporaire de revalorisation ? L’analyse des écarts de PER, croisée avec les dynamiques bénéficiaires, permet d’esquisser plusieurs pistes de lecture.

Des fondamentaux bancaires pourtant solides

Si l’on remonte quelques années en arrière, le PER moyen du secteur bancaire marocain évoluait autour de 17x, dans un marché porté par une croissance régulière du crédit et une perception de stabilité. Ce niveau a été perturbé par la crise sanitaire en 2020, mais les valorisations avaient partiellement rebondi à partir de 2021, à mesure que les résultats des banques se redressaient.

Depuis 2023, le mouvement s’est enrayé. Malgré une amélioration continue des résultats, les multiples de valorisation restent contenus, bien en deçà des moyennes historiques. Cette stagnation contraste avec le retour d’un environnement favorable : la politique monétaire est redevenue accommodante, avec un taux directeur abaissé à 2,25% en mars 2025, ce qui réduit le coût de refinancement pour les banques. En parallèle, la structure des dépôts demeure stable, tandis que la collecte, notamment sur les segments retail et corporate, continue de progresser.

Du côté des risques, la tendance est également rassurante. Les banques maintiennent une politique prudente de provisionnement, ce qui permet d’anticiper une légère baisse du coût du risque en 2025, selon les projections de BKGR. Cela contribue à préserver les marges nettes et à soutenir la rentabilité.

Des profils qui expliquent, en partie, la décote sectorielle

Derrière la moyenne sectorielle de 13,9x, le paysage bancaire marocain présente une forte dispersion. Ce sont surtout les grandes banques, pourtant les plus solides sur le plan des résultats, qui tirent cette moyenne vers le bas.

Le différentiel de valorisation entre les banques marocaines et le reste du marché reste marqué, mais il n’est pas figé. Il reflète avant tout des réalités contrastées. Certaines banques, comme Attijariwafa bank ou BCP, affichent des PER modérés alors que leurs fondamentaux restent solides, et leur croissance bénéficiaire attendue dépasse les 10%. D’autres, comme CFG ou BMCI, présentent des multiples plus élevés pour des raisons spécifiques, liées à leur structure de revenus ou à leur profil boursier.

Attijariwafa bank, valorisée à 13,9x, affiche l’un des PER les plus faibles du secteur. BCP suit une trajectoire proche, avec un PER de 14x. CIH Bank, de son côté, affiche un multiple de 14,9x, en ligne avec sa stratégie de développement actif et la reconnaissance progressive de son positionnement auprès des investisseurs.

Plus haut dans la fourchette, Bank of Africa (16,3x) et Crédit du Maroc (15,75x) se distinguent par des profils plus différenciés. BOA capitalise sur sa présence régionale et une trajectoire de croissance continue.

À l’autre bout du spectre, deux banques présentent des PER nettement plus élevés. BMCI, valorisée à 25,2x, se distingue par un effet mécanique lié à une base bénéficiaire encore en reprise. Sa faible liquidité boursière rend également son PER plus sensible aux variations ponctuelles.

CFG Bank, avec un PER de 30,2x, évolue dans une configuration différente : sa récente entrée en bourse et la nature de ses activités en font un profil particulier, que le marché semble valoriser selon d’autres critères.

Lors d’un échange avec la presse à l’occasion du Capital Market Day de CFG Bank, Younes Benjelloun, directeur général exécutif, a expliqué que ce multiple reflète deux éléments fondamentaux : une croissance annuelle attendue de l’ordre de 20% à l’horizon 2028-2029, au-dessus des standards bancaires, et un ROE cible supérieur à 16 %, contre une moyenne de 10% à 12% dans le secteur.

Ce niveau élevé de rentabilité est rendu possible par un modèle hybride, avec 50% de revenus issus des commissions (peu gourmands en fonds propres) et 50% de marge d’intérêt. Ainsi, le PER de CFG ne peut être comparé mécaniquement à celui des banques matures. Il reflète une équation croissance + rentabilité, que le marché semble reconnaître. Tant que ce profil se confirme, le PER pourra rester durablement au-dessus de la moyenne sectorielle, sans pour autant constituer une survalorisation injustifiée.

Vers une revalorisation du secteur bancaire ?

Pour un analyste de marché, « la moyenne sectorielle est trompeuse. Ce sont les grandes capitalisations, bien détenues, qui tirent le ratio vers le bas. Mais chaque banque raconte une histoire différente ».

« Le contexte boursier de 2025 vient aussi renforcer les arguments en faveur d’une revalorisation progressive. Le MASI bancaire a franchi la barre des 19.000 points, un seuil symbolique qui confirme une tendance haussière installée. Dans le même temps, la politique monétaire s’oriente à la détente, avec un taux directeur abaissé à 2,25% en mars et d’autres ajustements envisagés. Ce n’est pas anodin pour les banques. Un cycle de baisse des taux élargit les marges d’intérêt, relance la demande de crédit, et améliore les perspectives de résultats », explique-t-il. Dans cet environnement, les investisseurs pourraient revoir leur grille de lecture.

Enfin, au-delà du positionnement technique, les fondamentaux plaident pour une attention renouvelée au secteur bancaire. En 2024, les banques ont affiché des progressions notables de leurs produits nets bancaires, une amélioration de leurs marges et des politiques de distribution attractives. « On a un secteur rentable, bien capitalisé, qui distribue généreusement et qui bénéficie d’un environnement macro stable. Il n’est pas logique qu’il reste en décote trop longtemps ». « La revalorisation n’est pas garantie. Mais elle n’a rien d’illusoire, surtout si le marché poursuit sa dynamique haussière et que les banques continuent d’exécuter leur trajectoire », conclut-il.

Le réseau bancaire marocain poursuit sa contraction en 2024 (BAM)

Selon les dernières données publiées par Bank Al-Maghrib, le réseau bancaire national a enregistré la fermeture nette de 113 agences en 2024, résultat de 39 ouvertures contrebalancées par 152 fermetures.

Cette tendance à la contraction n’épargne aucun type d’établissement. Les banques conventionnelles sont passées de 5.814 agences en 2023 à 5.701 en 2024. Les banques participatives ont maintenu un réseau bancaire stable avec 152 points d’implantation, tandis que les banques offshore restent marginales en termes de présence physique.

11 des 12 régions affichent un solde d’ouvertures/fermetures négatif du réseau bancaire en 2024

La région Casablanca-Settat reste la plus densément équipée avec 1 .612 agences, bien qu’elle ait connu une baisse significative de 40 agences par rapport à l’année précédente. Elle est suivie de Rabat-Salé-Kénitra (854 agences, -16) et de Fès-Meknès (665, -12). À l’opposé, seule la région Dakhla-Oued Ed-Dahab affiche une légère progression avec une agence supplémentaire, portant son total à 32.

Ce recul pourrait s’expliquer par la transformation que connaît actuellement le secteur bancaire, notamment sous l’effet de l’essor des services en ligne, des efforts de rationalisation des coûts et de la recherche d’une meilleure efficacité opérationnelle.

Round up. Ce que change la directive 2024/1619 pour la présence bancaire marocaine en Europe

Pour Abdellatif Jouahri, la conception des nouvelles règles européennes laisse entendre que les autorités de l’Union souhaitent limiter la sortie des flux financiers. Le wali a exprimé ses vives préoccupations à ce sujet lors de la conférence de presse tenue à l’issue de la réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib, le 18 mars 2025.

« Ce qu’on peut dire, c’est qu’on n’est pas contents ; la manière dont ça a été rédigé, c’est pratiquement comme si on voulait que les flux financiers restent en Europe. », souligne-t-il

Il est à noter que la nouvelle directive redéfinit en profondeur les conditions d’exercice des succursales de pays tiers et représente, de ce fait, un véritable casse-tête pour le Maroc.

Ainsi, selon le Wali, toutes les options sont envisagées. « Nous examinons toutes les solutions, y compris les solutions technologiques et numériques, pour contourner les difficultés que l’Europe pourrait poser au fonctionnement des banques marocaines. », affirme-t-il.

Ci-après, les principales dispositions adoptées et en quoi elles peuvent heurter les intérêts des groupes bancaires marocains implantés en Europe :

→Une uniformisation du statut des succursales de pays tiers

Jusqu’ici, chaque État membre appliquait ses propres règles aux succursales de banques étrangères, entraînant une mosaïque réglementaire parfois souple. Désormais, la directive impose un cadre commun à toutes les succursales de pays tiers opérant dans l’UE. Cela signifie que les banques marocaines ne pourront plus s’appuyer sur des régimes nationaux plus cléments : elles devront respecter un socle minimal harmonisé à l’échelle de l’Union.

Ce principe est clairement posé dans le considérant (17) de la directive, qui souligne que « une fragmentation du paysage réglementaire […] crée des risques pour la stabilité financière […] qui doivent être traités par un cadre réglementaire harmonisé ».

La suppression des divergences nationales signifie la fin des stratégies d’optimisation réglementaire. Les succursales devront répondre à un référentiel plus strict et uniforme, ce qui risque d’alourdir les charges opérationnelles et de réduire leur souplesse d’implantation.

→Une classification stricte : succursales de classe 1 et classe 2

Dès l’entrée en vigueur de la directive, les succursales seront catégorisées en deux classes selon leur niveau de risque. Celles qui présentent un risque plus élevé – par exemple en raison d’un volume important d’actifs, de dépôts de détail élevés ou de l’origine dans un pays à supervision jugée insuffisante – seront rangées en classe 1. Les autres, plus petites ou non complexes, seront répertoriées en classe 2 et soumises à des exigences moindres.

Cette nouvelle typologie vise à proportionner les exigences prudentielles, mais elle pourrait reléguer les succursales marocaines les plus dynamiques dans la catégorie la plus contraignante. Ainsi, dans le considérant (19), on lit que « les succursales de pays tiers devraient donc être classées comme classe 1, lorsqu’elles sont jugées plus risquées, ou comme classe 2 dans le cas contraire ».

En raison de leur croissance et d’une supervision marocaine encore en voie de convergence avec les normes européennes, certaines succursales marocaines pourraient se retrouver catégorisées en classe 1, avec des obligations renforcées en matière de gouvernance, de fonds propres, de reporting et d’audit.

De même, la directive instaure un niveau inédit de coordination entre les autorités de supervision des États membres. Désormais, les succursales de classe 1 feront partie intégrante de collèges de superviseurs, qui coordonneront leur surveillance sur une base consolidée. Cela limite fortement la capacité d’une succursale à opérer dans un État membre sans être sous le radar des autres régulateurs européens.

Le considérant (23) explicite cette logique : « Les succursales de classe 1 devraient être incluses dans le périmètre des collèges de superviseurs afin d’assurer une supervision globale du groupe auquel elles appartiennent ».

Ainsi, les banques marocaines devront interagir avec plusieurs autorités européennes simultanément, renforcer leur transparence et professionnaliser leurs dispositifs de contrôle interne pour se conformer aux attentes multiples des régulateurs du collège.

→Le risque d’être contraint à devenir une filiale

Autre nouveauté majeure : les autorités nationales auront le pouvoir d’imposer à une succursale de se transformer en filiale agréée au sein de l’UE. Ce basculement, lourd en termes de capital, de gouvernance et de coûts réglementaires, pourra être exigé si la succursale est jugée systémique, si ses activités dépassent certains seuils, ou si le groupe bancaire dont elle dépend atteint une taille significative dans l’Union.

Ce pouvoir est énoncé explicitement dans le considérant (21) : « Les autorités compétentes devraient avoir le pouvoir d’exiger […] une demande d’autorisation en tant que filiale, notamment en cas de risque pour la stabilité financière ».

Transformer une succursale en filiale implique un changement radical de statut, des exigences de capitalisation propres, une gouvernance locale renforcée et des coûts structurels élevés, susceptibles de freiner leur stratégie d’expansion.

→Une vigilance renforcée contre les montages transfrontaliers abusifs

La directive cherche aussi à empêcher tout contournement du cadre par le biais de structures juridiques qui masqueraient la réalité du contrôle effectif exercé par une entité de pays tiers. Par exemple, une banque marocaine pourrait être tentée de créer une filiale agréée dans un État membre comme la France, dans le but d’ouvrir ensuite des succursales dans d’autres pays de l’UE en s’appuyant sur le passeport européen. Si cette structure est perçue comme un simple relais du siège au Maroc, sans autonomie opérationnelle réelle ni supervision effective dans l’Union, elle pourra être remise en cause par les autorités compétentes.

Dans le considérant (6), le texte met en garde contre de telles pratiques en déclarant qu’il convient de « prévenir le contournement des règles applicables à la prestation transfrontalière de services bancaires par les entités de pays tiers ». Cette exigence s’appuie notamment sur la modification de l’article 46 de la directive, qui renforce les conditions d’agrément et élargit les pouvoirs de retrait ou de restriction en cas de doute sur le respect du cadre prudentiel européen.

Ainsi, les stratégies fondées sur une filiale unique servant de tête de pont pour toute l’Union européenne risquent d’être remises en cause. Les groupes bancaires marocains pourraient être contraints de régionaliser leur présence, voire de créer plusieurs entités agréées distinctes selon les juridictions nationales.

→Des autorisations plus faciles à retirer

La directive donne aux superviseurs nationaux une latitude plus grande pour retirer l’agrément d’une succursale. Cette décision ne dépendra plus uniquement de procédures d’insolvabilité, mais pourra être prise pour des motifs prudentiels, dès lors que la continuité de l’activité pose un risque.

Le considérant (7) met en lumière cette évolution : « Les autorités compétentes devraient disposer du pouvoir de retirer l’agrément lorsqu’un établissement est en défaillance avérée ou prévisible, et qu’aucune autre mesure n’est susceptible d’empêcher cette défaillance dans un délai raisonnable. Ce pouvoir ne devrait toutefois pas être utilisé pour bloquer ou précipiter une procédure d’insolvabilité ».

Impact pour les banques marocaines : la sécurité juridique des implantations devient plus incertaine. Une succursale pourrait perdre son autorisation pour non-respect de standards prudentiels, même en l’absence de faillite manifeste.

Une mobilisation marocaine à plusieurs niveaux

Conscientes de l’ampleur des risques que cette nouvelle directive pourrait faire peser sur le secteur bancaire national, les autorités marocaines n’ont pas tardé à réagir.

Selon Abdellatif Jouahri, une forte mobilisation est en cours pour faire face à cet enjeu. « Il y a une task force permanente avec le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Finances, les régulateurs, les banques marocaines, qui s’est déplacée en Belgique à plusieurs reprises, qui a eu des discussions avec la direction FISMA, et où nous avons indiqué que, telles qu’elles sont rédigées et approuvées [les directives] par le Parlement européen, c’est très équivoque. Et que l’application qui va être faite par les pays eux-mêmes peut compliquer davantage les choses en ce qui concerne les résidents marocains à l’étranger. »

Les propos du gouverneur prennent tout leur sens lorsqu’on observe l’importance stratégique de l’implantation des banques marocaines en Europe. Cette présence est portée par les trois principaux groupes bancaires du Royaume : Attijariwafa bank, Bank of Africa (ex-BMCE) et Banque Centrale Populaire (BCP).

Selon le Rapport 2023 sur la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib, à fin 2023, les groupes bancaires marocains disposaient de 6 filiales et 16 succursales en Europe, réparties dans 7 pays membres de l’UE. Cette présence représente un réseau important en termes d’interfaces financières pour les Marocains résidant à l’étranger (MRE).

Il es à noter que, selon le wali de Bank Al-Maghrib, les dépôts des MRE constituent près de 20% de l’ensemble des dépôts bancaires au Maroc. « Croyez-moi, c’est un sujet que nous prenons très à cœur, parce qu’il pèse à la fois sur la balance des paiements, mais aussi sur les dépôts bancaires. Les dépôts des MRE, c’est 20% des dépôts bancaires. Donc ce n’est pas négligeable. Et ce sont des choses qui méritent d’être suivies de très très près. », conclut-il.

En 2024, les banques ont engrangé des bénéfices record, à 23 MMDH

En 2024, les principales banques du Maroc ont enregistré une progression marquée de leurs résultats financiers. Le résultat net consolidé cumulé s’est établi à 23 MMDH, en hausse de 21,3% par rapport à 2023.

Le résultat net part du groupe (RNPG), un indicateur plus représentatif de la performance pour les actionnaires, a quant à lui progressé de 19,8%, atteignant près de 19,2 MMDH.

Cette dynamique positive est observée dans la majorité du secteur, aussi bien chez les grandes banques cotées que chez les établissements de taille moyenne. Attijariwafa bank, BCP et Bank of Africa concentrent à elles seules plus de la moitié des bénéfices du secteur, tandis que CIH Bank, Crédit du Maroc, CFG Bank ou encore BMCI affichent des croissances à deux chiffres, voire supérieures à 40% dans certains cas.

La progression des résultats en 2024 ne s’est pas exprimée avec la même intensité d’une banque à l’autre. Elle révèle des trajectoires différenciées, mais que l’on peut relier à une multitude de tendances communes visibles dans les comptes consolidés.

En valeur absolue, Attijariwafa bank conserve sa position de leader, avec un RNPG de 9,5 MMDH, en hausse de 26,6%.

La BCP suit avec 4,15 MMDH (+19,2%), puis Bank of Africa avec 2,34 MMDH (+11%). Ces trois établissements concentrent, à eux seuls, près de 70% du RNPG agrégé des banques cotées (hors Société Générale et Crédit Agricole du Maroc).

D’autres établissements affichent des performances remarquables par leur croissance : CFG Bank (+49%), Crédit du Maroc (+47%) ou encore BMCI, qui a presque doublé son résultat net. CIH Bank poursuit sa montée en puissance, avec un bénéfice de 875 MDH en hausse de +23,3%.

À l’inverse, certaines contre-performances marquent une rupture. Société Générale Maroc, en recul de plus de 40%, illustre les effets d’un recentrage stratégique et d’un environnement opérationnel plus contraint.

Enfin, Crédit Agricole du Maroc, bien que hors du périmètre des banques cotées, enregistre un rebond spectaculaire après une année 2023 particulièrement faible.

Une croissance nourrie par la reprise de l’activité bancaire

L’un des premiers moteurs de la performance bancaire en 2024 a été la croissance des crédits et des dépôts, qui reflète le redémarrage de la demande dans un contexte d’assouplissement progressif de la politique monétaire.

CIH Bank a vu ses crédits croître de 11,5% à 101,2 MMDH, et ses dépôts augmenter de 13,9% à 84,5 MMDH, dont 84% sont constitués de dépôts à vue.

CFG Bank, en forte expansion, a affiché une croissance de 28% des encours de crédits et de 36% des dépôts, atteignant 18,3 MMDH.

Attijariwafa bank a, pour sa part, collecté 40 MMDH de dépôts supplémentaires, avec une croissance de 14% de l’épargne, ce qui lui a permis de consolider sa part de marché sur les ressources non rémunérées à 28%.

Ces ressources bon marché ont permis de préserver des marges confortables dans un contexte encore tendu sur les taux de refinancement. Crédit Agricole du Maroc, par exemple, a bénéficié d’une hausse de 18% de sa collecte en dépôts à vue, contre une baisse de 11% des dépôts à terme, ce qui a amélioré sa structure de financement.

Une croissance robuste du PNB sur l’ensemble du secteur

Le produit net bancaire a progressé dans quasiment toutes les banques, porté par la hausse des marges d’intérêts, des commissions et, dans plusieurs cas, des revenus de marché.

Attijariwafa bank affiche un PNB consolidé record de 34,5 MMDH, en hausse de 15,2%, alimenté par une forte progression des revenus de marché (+39,4%).

CFG Bank a vu son PNB grimper à 941 MDH, en hausse de 43 %, grâce à une hausse de 36% de la marge d’intérêt et 41 % des commissions. Crédit du Maroc a enregistré une croissance de 12,9% de son PNB à 3,3 MMDH, avec des hausses sur toutes ses lignes métiers, notamment un bond de 41,7% des résultats de marché.

BMCI, de son côté, a affiché un PNB en hausse de 10,2% à 3,79 MMDH. Chez CIH Bank, le PNB a progressé de 6,1% à 4,74 MMDH, tiré par la marge nette d’intérêt (+6,8%) et les commissions (+17,9%).

Même Bank of Africa, dans un contexte international complexe, a enregistré une progression de 7% de son PNB à 15,8 MMDH.

Une discipline sur les charges qui renforce l’effet de levier

Cette progression des revenus s’est accompagnée, dans la majorité des banques, d’une bonne maîtrise des charges d’exploitation, voire d’une amélioration de la productivité.

Attijariwafa bank a ainsi dégagé un résultat brut d’exploitation en hausse de 24,2%, à 22 MMDH, avec un coefficient d’exploitation de 36,1%, amélioré de 5 points.

CFG Bank a vu son RBE bondir de 74% à 388 MDH, malgré un programme d’investissement soutenu. Crédit du Maroc a stabilisé ses charges (+0,4%), ce qui a permis une hausse de 27,9% de son RBE à 1,7 MMDH et une nette amélioration de son coefficient d’exploitation à 48,6%.

BMCI a également amélioré sa rentabilité opérationnelle, avec un RBE en hausse de 24,1% à 1,55 MMDH, grâce à la maîtrise des frais de gestion (2,24 MMDH) et à une baisse du coefficient d’exploitation à 59,1%. CIH Bank a maintenu une bonne efficacité, soutenue par sa digitalisation et la montée en charge de ses services à valeur ajoutée.

Un coût du risque maîtrisé dans la majorité des cas

Le coût du risque a été contenu, voire réduit, dans plusieurs établissements, ce qui a amplifié l’effet de levier sur les résultats.

CIH Bank a réduit son coût du risque de 16,3%, à 1,07 MMDH, avec un taux de coût du risque en baisse de 1,15% à 0,85%. Crédit du Maroc a également allégé ses dotations à 398 MDH (–10,5%), avec une amélioration des créances douteuses et une couverture portée à 88,8%.

Crédit Agricole du Maroc a réduit son coût du risque à 1,26 MMDH, contre plus de 2 MMDH en 2023, contribuant au redressement de ses résultats.

CFG Bank a maintenu un coût du risque bas, à 41 MDH seulement (0,3% des encours), grâce à la qualité de son portefeuille. En revanche, BMCI a vu son coût du risque augmenter de 27,9%, à 810 MDH, dans une logique de renforcement prudentiel. BCP a, pour sa part, maintenu un niveau élevé à 6,2 MMDH, en lien avec une couverture large des expositions sensibles.

La diversification géographique comme relais de croissance

Chez les groupes à dimension panafricaine, la contribution des filiales internationales reste un facteur différenciant. Bank of Africa a dégagé un RNPG en hausse de 10%, à 2,2 MMDH, et un résultat net consolidé de 3,3 MMDH (+15%), grâce à ses implantations en Afrique de l’Ouest et à sa politique d’innovation.

Attijariwafa bank tire également près de 30% de son PNB de ses filiales africaines, consolidant ainsi la résilience de son modèle face aux cycles domestiques.

Des contre-performances isolées, aux causes spécifiques

Dans un environnement aussi largement positif, certaines contre-performances s’expliquent par des facteurs spécifiques, souvent non récurrents. C’est le cas de Société Générale Maroc, dont le résultat net a reculé de plus de 40% en 2024. Pourtant, les revenus étaient en hausse et les indicateurs opérationnels bien orientés. La baisse s’explique par deux éléments exceptionnels : une importante provision liée à un programme de départs volontaires, et un redressement fiscal significatif.

Sans ces charges ponctuelles, la rentabilité de la banque aurait été bien plus proche de celle observée les années précédentes.

Quant à Crédit Agricole du Maroc, la spectaculaire hausse de ses résultats (+438%) repose surtout sur un effet de base, après une année 2023 marquée par une rentabilité très dégradée. En 2024, l’amélioration est néanmoins réelle, avec un PNB en forte progression (+28%) et une collecte dynamique, traduisant un retour graduel à l’équilibre.

Un contexte économique et monétaire porteur

Au-delà des dynamiques propres à chaque banque, les résultats 2024 ont été soutenus par un environnement économique et monétaire globalement favorable.

Une reprise économique modérée a permis de stabiliser la demande de financement, avec une croissance du PIB réel de 2,9%, selon la Banque mondiale. Bien que l’agriculture ait pesé sur l’activité globale, le PIB non agricole est resté dynamique, soutenant les secteurs clients des banques.

L’inflation a fortement ralenti, passant de 6,1% en 2023 à près de 1% en 2024, ce qui a desserré l’étau sur le pouvoir d’achat des ménages et réduit la pression sur les coûts d’exploitation des banques.

Bank Al-Maghrib a assoupli sa politique monétaire en fin d’année, en réduisant son taux directeur à 2,5%, amorçant ainsi une nouvelle phase de soutien à l’activité. Cette baisse, bien qu’intervenue tardivement, a commencé à se transmettre aux conditions de crédit.

Enfin, le secteur a profité de l’effet d’une amnistie fiscale exceptionnelle, qui a permis de rapatrier et de régulariser plus de 127 milliards de dirhams d’avoirs. Cette opération a dopé la collecte de dépôts, renforçant les ressources disponibles pour financer l’économie.

Jouahri alerte : les banques marocaines en Europe sous pression réglementaire

Lors de la réunion du conseil de Bank Al-Maghrib au titre du premier trimestre 2025, Abdellatif Jouahri a révélé que la Banque centrale suit de près le changement des règles bancaires européennes concernant les succursales de banques étrangères, dont les Marocaines, et engage un dialogue avec la direction FISMA de la Commission européenne, chargée du dossier. Une réforme technique, en apparence, mais dont les implications pourraient chambouler l’activité des banques marocaines en Europe. L’objectif est de clarifier certains aspects de la directive et de défendre les intérêts des banques marocaines ainsi que ceux des MRE.

Le 30 mai 2024, le Conseil de l’Union européenne avait en effet adopté de nouvelles règles transposant les réformes de Bâle III dans la réglementation bancaire européenne.

L’objectif affiché est clair : renforcer la résilience des banques opérant dans l’UE face aux chocs économiques. Une nécessité après la crise des subprimes en 2008, qui avait ébranlé les systèmes financiers européens et dont les séquelles restent encore visibles dans certains pays, notamment la Grèce, l’Espagne, l’Italie et le Portugal.

Mais derrière ces nouvelles exigences se cache une réalité plus complexe pour les banques marocaines, qui pourraient voir leur marge de manœuvre considérablement réduite.  L’analyse de la directive sur les pouvoirs de surveillance, les sanctions, les succursales de pays tiers et les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance laisse apparaître qu’elle introduit plusieurs concepts techniques ayant un impact direct sur les banques étrangères opérant en Europe, y compris les banques marocaines.

Le plancher de fonds propres : un changement clé

L’un des points les plus sensibles de cette réforme est l’application d’un « plancher de fonds propres », qui fixe un niveau minimum de capitalisation pour les banques utilisant des modèles internes afin d’évaluer leurs risques. En clair, les banques qui évaluaient leur propre niveau de risques devront désormais maintenir un capital égal à au moins 72,5% du niveau exigé par les approches standards européennes.

→ Pourquoi est-ce un problème pour les banques marocaines ?

Ce qui ressemble à une simple modification technique cache en réalité une véritable onde de choc pour les banques marocaines. Contrairement aux grandes banques européennes, les banques marocaines opérant en Europe ont un modèle d’évaluation des risques plus adapté à leurs spécificités et à leur clientèle.

Jusqu’à présent, elles pouvaient, grâce à ces modèles internes, ajuster leurs exigences en capital en fonction de leurs propres évaluations de risque. Problème : cette flexibilité avait conduit certaines institutions (non marocaines) à sous-estimer leurs risques et à disposer de niveaux de fonds propres insuffisants, augmentant leur vulnérabilité en cas de crise financière.

Avec cette réforme, les banques ne pourront plus réduire leurs exigences en capital en dessous de 72,5% du niveau qui leur serait imposé si elles appliquaient l’approche standard définie par les régulateurs.

Conséquence immédiate : elles devront immobiliser davantage de capital, ce qui signifie moins de ressources disponibles pour financer l’économie et moins de crédits pour les particuliers et entreprises.

Cette mesure pourrait peser sur la rentabilité des succursales européennes des banques marocaines, et certaines pourraient être amenées à revoir leur stratégie en Europe.

« Cette décision était fondée sur une analyse réalisée dans le sillage de la crise financière mondiale de 2008-2009, qui a révélé que les modèles internes avaient tendance à sous-estimer les risques auxquels les établissements sont exposés, en particulier pour certains types d’expositions et de risques, et aboutissaient donc souvent à des exigences de fonds propres insuffisantes », lit-on dans la directive.

Illustration concrète :

Une banque qui, selon son modèle interne, estime devoir immobiliser 100 millions d’euros de fonds propres pour couvrir ses risques devra désormais respecter un minimum de 72,5% des exigences standards. Si l’approche standard préconise 150 millions d’euros, alors même si le modèle interne de la banque suggère un montant plus bas, elle devra conserver au moins 108,75 millions d’euros en fonds propres (72,5% des 150 millions d’euros). Ce qui, sans doute, limitera la capacité de financement de la banque.

Il est à noter que le plancher de fonds propres sera mis en œuvre progressivement avant d’atteindre le seuil final de 72,5% en 2030.

Voici le calendrier d’application détaillé tel qu’indiqué dans l’article 465 de la directive :

Pour les banques marocaines disposant de filiales ou de succursales en Europe, cette réforme représente un défi majeur. En imposant des exigences en capital plus élevées et un cadre plus rigoureux pour les établissements étrangers, l’UE pourrait rendre plus coûteuse et plus complexe leur activité sur le continent.

Ainsi, les banques marocaines, notamment Attijariwafa Bank, la Banque populaire et Bank of Africa, qui jouent un rôle essentiel pour la diaspora marocaine en Europe, devront s’adapter à ces nouvelles contraintes sous peine de réduire leur offre de services ou de réévaluer leur présence sur certains marchés.

→ Quelles implications potentielles pour les MRE ?

Si ces nouvelles exigences venaient à être appliquées sans ajustement, elles pourraient alourdir les coûts opérationnels des banques marocaines en Europe, entraînant ainsi un effet domino sur plusieurs aspects des transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger (MRE).

Lorsque les nouvelles exigences prudentielles entreront en vigueur, les banques marocaines en Europe devront mobiliser davantage de fonds propres pour maintenir leurs activités. Ce renforcement des obligations pourrait se traduire par une hausse des coûts de gestion des transactions financières.

Les banques marocaines en Europe jouent un rôle essentiel en proposant aux MRE des services bancaires adaptés à leurs besoins spécifiques, notamment des comptes en dirhams convertibles, des solutions de financement immobilier au Maroc et des facilités de crédit pour les entrepreneurs MRE.

Avec la future mise en application de la nouvelle réglementation, plusieurs risques pourraient émerger :

Autant d’éléments qui pourraient redessiner le paysage bancaire des MRE en Europe et, par ricochet, influencer les transferts financiers vers le Maroc.

→ Comment réagit le Maroc . 

Abdellatif Jouahri a souligné que la Banque centrale suit de près cette affaire. Un dialogue a été ouvert avec la direction de la Commission européenne en charge du dossier. Le but est simple : faire entendre la voix du Maroc et préserver les intérêts de ses banques et de sa diaspora.

Les nouvelles directives européennes vont gêner l’activité des banques marocaines.« Les directives européennes qui encadrent la présence des banques non européennes sur le sol de l’Union ont été adoptées par le Parlement européen et publiées au bulletin du Parlement européen en juin 2024. Ils ont demandé que leur application se fasse au niveau des pays de l’Union européenne à partir du 1er janvier 2026. Nous avons estimé que les directives vont gêner beaucoup la fonction relais effectuée par les banques marocaines auprès des résidents marocains à l’étranger », indique le wali.

Task force

Face à ce risque potentiel, Jouahri a souligné la forte mobilisation des institutions marocaines et le rôle d’une task force nationale spécialement dédiée au suivi du dossier.

« Il y a une task force permanente avec le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Finances, les régulateurs, les banques marocaines, qui s’est déplacée en Belgique à plusieurs reprises, qui a eu des discussions avec la direction FISMA, et où nous avons indiqué que, telles qu’elles sont rédigées et approuvées [les directives] par le Parlement européen, c’est très équivoque. Et que l’application qui va être faite par les pays eux-mêmes peut compliquer davantage les choses en ce qui concerne les résidents marocains à l’étranger ».

Les MRE, c’est 20% des dépôts bancaires au Maroc

Jouahri a également expliqué en quoi cette problématique était cruciale non seulement pour le secteur bancaire marocain, mais aussi pour la stabilité financière nationale, mettant en évidence le poids majeur des dépôts des Marocains résidant à l’étranger (MRE)

« Croyez-moi, c’est un sujet que nous prenons très à cœur, parce qu’il pèse à la fois sur la balance des paiements, mais aussi sur les dépôts bancaires. Les dépôts des MRE, c’est 20% des dépôts bancaires. Donc ce n’est pas négligeable. Et donc, ce sont des choses qui méritent d’être suivies de très très près ».

Face aux potentielles restrictions européennes, Abdellatif Jouahri a exprimé son inquiétude, tout en soulignant la volonté ferme du Maroc d’explorer des solutions alternatives pour maintenir les flux financiers vers le Royaume.

« Ce qu’on peut dire, c’est qu’on n’est pas contents ; la manière dont ça a été rédigé, c’est pratiquement comme si on voulait que les flux financiers restent en Europe. Et donc, par conséquent, nous examinons toutes les solutions, y compris les solutions technologiques et les solutions numériques, pour contourner les difficultés que l’Europe peut apporter à cette fonction des banques marocaines », conclut-il.

« Si les portes se ferment, nous trouverons des fenêtres », une formule qui semble résumer la stratégie du Maroc.

Norme ISO 20022. La communauté SWIFT bancaire marocaine face à l’échéance de 2025

Le secteur bancaire mondial s’apprête à adopter la norme ISO 20022, un standard international élaboré par le Comité technique TC68 des services financiers de l’ISO, qui vise à uniformiser l’échange de données entre institutions.

Déjà mise en œuvre dans de nombreux pays, cette norme repose sur un format XML permettant une transmission plus structurée et détaillée des informations de paiement.

À l’échelle internationale, la transition vers ISO 20022 s’inscrit dans un processus encadré par SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), qui prévoit une période de coexistence entre les anciens formats de messages (MT) et le nouveau standard jusqu’en novembre 2025.

Ce calendrier de migration a pour objectif de permettre aux acteurs financiers d’adapter progressivement leurs systèmes tout en assurant une continuité dans les échanges transfrontaliers. Dans ce contexte, le nouveau format, basé sur XML, offre l’avantage de permettre la transmission de données plus détaillées et mieux structurées, améliorant ainsi la transparence et l’efficacité des paiements.

Alors, qu’en est-il du Maroc ?

Au Maroc, le secteur bancaire, fortement intégré aux échanges internationaux, fait face à la nécessité de moderniser ses systèmes de paiement. À la date de rédaction de cet article, soit neuf mois avant l’échéance de novembre 2025, aucune banque marocaine n’a officiellement communiqué sur l’adoption de la norme ISO 20022.

Entre opportunités de modernisation et risques de non-conformité

L’adoption de cette norme représente une opportunité pour les banques marocaines d’améliorer leur interopérabilité avec les réseaux internationaux et de renforcer la compétitivité de leurs services. En migrant vers ce nouveau système, ces institutions pourraient offrir des services plus efficaces et réduire les coûts liés aux opérations de paiement.

Pour les entreprises marocaines, l’utilisation d’ISO 20022 constitue également une opportunité d’optimiser la gestion de leurs flux financiers et d’accroître la transparence des transactions.

Contacté par Médias24, Mouad Ichchou, Trade finance & Cash management specialist, indique que la norme ISO 20022 représente une opportunité pour les banques marocaines.

« En adoptant cette norme, les banques marocaines s’offrent l’occasion d’étoffer leurs offres de services ‘Open Banking’, par exemple l’échange des données en temps réel avec les systèmes adoptant la même norme de leur clientèle entreprise, ainsi que de servir l’ambition d’une automatisation de la prise en charge end-to-end d’une opération de virement sans intervention humaine, par exemple. Par ailleurs, ces nouveaux standards renforcent la transparence et la conformité des opérations internationales, permettant aux banques d’explorer et d’analyser davantage les métadonnées de la nouvelle structure des messages pour une opération de paiement, à titre d’exemple aussi », explique notre source.

« L’adoption de cette norme engendre des coûts, non seulement pour la migration des systèmes, mais aussi pour la formation des équipes impliquées, qu’il s’agisse de l’informatique, de l’organisation, du traitement des opérations, de la conformité, de la correspondance bancaire, de la banque transactionnelle ou encore de la monétique. Toutefois, ces coûts restent limités au regard des risques de perturbation dans le traitement des paiements à l’échelle nationale et de l’opportunité qu’offre cette transition pour s’aligner sur le langage de l’innovation et des technologies émergentes, dites Fintech », explique-t-il.

Un retard dans la mise en œuvre d’ISO 20022 comporte des risques. Et les risques liés à la non-conformité dépassent largement les coûts associés à cette transition. En cas de non-conformité, les transactions pourraient être retardées ou nécessiter des intermédiaires pour effectuer la conversion des messages, ce qui pourrait entraîner des coûts supplémentaires conséquents et des délais dans le traitement des paiements. De plus, l’isolement progressif des banques marocaines sur la scène internationale pourrait affecter la compétitivité du système financier national.

Ce que gagne la Bourse de Casablanca à se transformer en holding

La Bourse de Casablanca se restructure en holding. Cette transformation institutionnelle et organisationnelle vise à en faire un groupe boursier, avec pour ambition de couvrir toute la chaîne de valeur des transactions et de renforcer son positionnement comme hub financier régional.

Ce processus repose sur quatre étapes majeures :

Le gestionnaire de la bourse des valeurs devient une holding, avec la création de filiales spécialisées dédiées aux différentes activités, à savoir le marché comptant, le marché à terme et la chambre de compensation. Ainsi, une société gestionnaire du marché à terme, détenue à 100% par la holding, prend en charge le marché à terme. Ce marché introduit des produits dérivés comme le contrat « future » indexé sur le MASI20, qui offrent aux investisseurs des outils adaptés aux besoins de couverture et de diversification.

De plus, une chambre de compensation (CCP) est mise en place pour sécuriser les transactions. Ce mécanisme élimine les risques de contrepartie grâce à une compensation quotidienne. Son actionnariat est mixte, il est détenu à 51% par la Bourse de Casablanca et à 49% par 11 banques marocaines.

Enfin, la holding renforce également l’intégration des services post-marché en prenant une participation significative dans Maroclear qui est le dépositaire central des titres au Maroc.

Le schéma de la transformation de la Bourse de Casablanca en holding a été validé lors de la troisième réunion du Comité du marché des capitaux (CMC), tenue le 12 novembre, marquant une étape clé dans la continuité du processus de démutualisation de la Bourse engagé en 2016.

Ce projet s’inscrit dans le cadre du cahier des charges liant la Bourse de Casablanca à l’État, avec pour objectif la mise en place d’une infrastructure de marché intégrée.

Pourquoi transformer la bourse en holding ?

La restructuration de la Bourse de Casablanca en holding vise avant tout à moderniser son organisation en passant d’un modèle centralisé à une structure de holding.

Cette transformation permet à la Bourse de se doter d’une gouvernance qui gagne en transparence et en rigueur. Chaque filiale assume la responsabilité de ses activités, ce qui facilite une supervision plus ciblée par les régulateurs.

L’adoption d’un modèle conforme aux standards internationaux permet à la Bourse de Casablanca de renforcer sa compétitivité sur la scène régionale et internationale.

Ce positionnement stratégique vise à attirer à la fois des investisseurs locaux et étrangers, tout en encourageant les entreprises marocaines à se tourner davantage vers le financement via le marché des capitaux.

Actuellement, une part majoritaire des financements provient du secteur bancaire, ce qui souligne l’urgence de diversifier les sources de financement. Par ailleurs, cette transformation s’inscrit dans l’ambition de faire de la Bourse de Casablanca un hub financier de référence en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest.

Dans ce cadre, Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Economie et des finances, a précisé que « cette transformation permettra de constituer une grande institution de marché, qui répond aux besoins des investisseurs et de l’économie nationale, tout en consolidant la place de Casablanca comme hub régional« .

Pour sa part, Tarek Senhaji, directeur général de la Bourse de Casablanca, a déclaré que « cette transformation s’inscrit dans une ‘génération 2.0‘ des marchés financiers marocains, faisant écho à la réforme historique de 1993″. Alors que cette dernière avait posé les bases d’un marché des capitaux moderne, la nouvelle organisation entend répondre aux besoins actuels de flexibilité, d’innovation et d’internationalisation.

Euronext : un exemple de bourse en holding

Euronext, créée en 2000 par la fusion des bourses d’Amsterdam, Bruxelles et Paris, illustre la réussite d’un modèle de holding dans le domaine financier.

Avec sa société mère, Euronext N.V., supervisant des filiales locales, elle a réussi à intégrer des places financières comme Dublin, Lisbonne, Oslo et Milan. Cette structure permet une gouvernance centralisée tout en assurant une flexibilité locale pour répondre aux spécificités des marchés.

La diversification est au cœur de son succès. Euronext propose des produits et services variés, allant de la cotation d’entreprises à la gestion d’indices boursiers, en passant par la compensation et le règlement-livraison.

Elle offre également des produits dérivés comme les options et les contrats à terme, et des solutions technologiques avancées pour moderniser ses infrastructures. Cette large gamme attire des investisseurs locaux et internationaux, renforçant ainsi sa compétitivité.

Grâce à ce modèle, Euronext a connu une croissance rapide et est devenue le plus grand opérateur boursier en Europe continentale, avec une capitalisation des entreprises cotées dépassant 6.000 milliards d’euros.

Actionnariat et gouvernance actuels de la Bourse de Casablanca

Le capital social de la Bourse de Casablanca, qui s’élève à 387,5 MDH au 31 décembre 2023, est détenu par plusieurs acteurs clés du secteur financier marocain.

Les banques marocaines (Attijariwafa bank, Banque Populaire, BMCE, BMCI, Société Générale, Crédit Agricole du Maroc, CIH) détiennent une part importante de l’actionnariat avec 39% du capital.

Les sociétés de bourse indépendantes en détiennent 25%, suivies de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) avec 20%, des entreprises d’assurance avec 11% et, enfin, de Casablanca Finance City Authority (CFCA) avec 5%.

Le conseil d’administration de la Bourse de Casablanca est composé de 12 membres, dont deux administrateurs indépendants.

Il est chargé de définir les grandes orientations stratégiques de l’institution, et d’assurer la transparence et la conformité des décisions.

Le comité de direction de la Bourse de Casablanca, dirigé par Tarik Senhaji, est chargé de la gestion opérationnelle et de la mise en œuvre des orientations stratégiques définies par le conseil d’administration.

Il pilote les principaux départements, tels que la stratégie, les opérations de marché et la gestion des risques, assurant ainsi l’efficacité et la transparence des activités de la Bourse.

 

Transition énergétique. Voici comment Attijariwafa bank s’engage en faveur du financement vert

M24BrandStudio : Quel sera le rôle des banques pour la mobilisation des 78 milliards de dollars nécessaires pour ancrer le Maroc sur une trajectoire de résilience et bas carbone à l’horizon 2050 ?

Ghita Laqdir Benider : Effectivement, selon les dernières estimations de la Banque Mondiale inhérentes aux besoins de la transition RBC, l’enveloppe de financement annuelle ressort à près de 3 Milliards de US Dollars/an à horizon 2050.

À cet égard, il convient de mettre en lumière la participation active du secteur privé, lequel sera appelé à mobiliser des fonds pour les besoins de cette transition, notamment au profit des investissements dans la décarbonation. Par ailleurs, et dans une moindre mesure, les besoins en termes d’adaptation devraient être majoritairement couverts par des financements publics. Néanmoins, les opérateurs privés pourront également être impliqués dans cette dynamique notamment à travers les PPP (comme c’est le cas du projet de dessalement de Casablanca).

Dans ce contexte, les banques devraient jouer un rôle crucial via le financement direct des projets verts, notamment en octroyant des prêts aux entreprises publiques ou privées porteuses de ces initiatives. Ces financements peuvent prendre diverses formes, à savoir essentiellement le financement Corporate à long terme ou le « Project Finance ».

Par ailleurs, les établissements bancaires peuvent s’imposer comme des acteurs majeurs dans la structuration financière, par la conception de solutions sur mesure et adaptées aux caractéristiques de ce type de projets, à travers la mise en place de mécanismes de financement flexibles, une gestion proactive des risques, ainsi que la définition des modalités de remboursement, garantissant ainsi la viabilité financière des projets.

En outre, des Due diligences approfondies sont menées afin de couvrir les volets techniques, juridiques, assurances et E&S, et ce afin de renforcer cette viabilité. Pour rappel, en « Project Finance », la due diligence E&S est un processus structuré aidant à garantir que les projets soient à la fois respectueux de la portée durable et responsable, et ce, sur le plan environnemental et social, tout en protégeant les intérêts financiers des bailleurs de fonds.

En ce qui concerne les projets de grande envergure, les banques marocaines peuvent également participer à des consortiums de prêts syndiqués, permettant ainsi de partager les risques, d’accroître la capacité de financement par la mobilisation de ressources importantes, renforçant la solidité financière des projets.

Enfin, le rôle du régulateur s’avère tout aussi déterminant afin de permettre la mobilisation de telles enveloppes. En effet, BKAM devrait continuer à soutenir l’impulsion du Royaume vers la transition énergétique, à travers les projets d’énergie renouvelable. À ce titre, la Banque Centrale permet aux Banques, à travers des mécanismes de déconsolidation, la possibilité d’accroitre l’enveloppe de financement de contreparties sous réserve d’un certain nombre de conditions, et ce particulièrement dans le cadre de schémas type « Project Finance » sans recours aux actionnaires. Ce mécanisme permettrait de mobiliser aux côtés du système bancaire marocain, davantage d’enveloppes de financement conséquentes pour l’accompagnement de ladite transition.

Comment Attijariwafa bank accompagne les entreprises en matière de transition énergétique ?

Le Groupe Attijariwafa bank ne cesse de réitérer son engagement en faveur de la transition énergétique du Maroc, à travers le financement de plusieurs projets structurants dans le domaine des énergies renouvelables.

En effet, au cours des trois dernières décennies, le Groupe Attijariwafa bank a développé une expertise reconnue dans l’arrangement, la structuration et la syndication de projets majeurs, contribuant ainsi à la transition énergétique au Maroc ainsi que dans ses pays de présence, en collaboration avec des banques locales, internationales, et des institutions financières de développement (DFI).

Capitalisant sur la solidité de sa capacité financière, le Groupe Attijariwafa bank a structuré ces projets sur de longues maturités pouvant atteindre jusqu’à 20 ans, bénéficiant ainsi de la profondeur du marché.

À ce titre, le Groupe a participé au financement de grands parcs éoliens au Maroc développés par des acteurs nationaux et internationaux tels que : Boujdour (Nareva/Enel), Tarfaya Nareva/Engie), et Aftissat ;

Attijariwafa bank a également financé le premier projet de « Producteur Indépendant d’Electricité » (IPP) en moyenne tension sous la loi 13-09. Il s’agit d’un parc solaire photovoltaïque de 35 MW destiné à fournir de l’électricité à un distributeur privé via un contrat d’achat d’électricité (PPA).

Au même titre, le groupe a participé au financement de la plus grande station de dessalement du Maroc, située à Casablanca en consortium avec des banques locales et internationales, avec une clôture attendue avant la fin de l’année.

Attijariwafa bank, en marge de la publication de l’offre Maroc, prévoit également de soutenir la filière de l’hydrogène vert, et ce à travers le financement de plusieurs projets en phase préliminaire à ce stade.

Quel est votre bilan en la matière ?

Le bilan d’Attijariwafa bank en matière de transition énergétique est probant, ce qui démontre la volonté du groupe d’accompagner cette dynamique nationale.  Depuis 2011, la banque a engagé près de 11 milliards de MAD dans des projets vert à portée écologique, dont près de 8 milliards de MAD spécifiquement pour des projets d’énergies renouvelables.

Le Groupe Attijariwafa bank a été la première banque commerciale en Afrique à obtenir l’accréditation du Fonds Vert pour le Climat, lui permettant de soutenir des projets de développement durable à grande échelle. En effet, notre banque panafricaine a initié le chantier d’accréditation à la suite de la COP 22, tenue à Marrakech en 2016. Après un processus de due-diligence technique de plus de 4 années, le Groupe Attijariwafa bank est devenu le 7ème établissement bancaire à l’échelle mondiale à décrocher ladite accréditation du Fonds Vert pour le Climat, mis en place par l’Organisation des Nations Unies (Green Climate Fund « GCF »).

A travers cette accréditation régionale qui couvre l’ensemble de nos pays de présence, nous sommes capables d’apporter des solutions innovantes de financement, en particulier pour les projets de développement durable à fort impact socio-économique.

Quels sont les mécanismes incitatifs susceptibles d’accélérer le verdissement des engagements des banques marocaines ?

Au-delà du financement, plusieurs enjeux et leviers sont décisifs pour la réussite de la transition énergétique, à savoir :

Où est-ce que vous en êtes au niveau de la mise en œuvre de la Directive relative à la gestion des risques financiers liés au changement climatique de Bank-Al-Maghrib ?

Depuis près d’une décennie, Attijariwafa bank s’est résolument engagée dans la gestion des risques climatiques et environnementaux. En tant qu’acteur majeur du secteur bancaire marocain, la banque a pris conscience de l’importance de s’adapter à ces défis.

Si l’on se réfère à la circulaire, cette dernière intègre 2 volets majeurs, à savoir les risques liés au changement climatique d’une part puis ceux liés à l’environnement d’autre part.

S’agissant du volet des risques climatiques, Attijariwafa bank, avec l’appui de SFI, filiale de la banque mondiale a finalisé l’élaboration de sa feuille de route stratégique dédiée à la gestion de ces risques. Cette initiative vise à renforcer la résilience de la banque face aux défis climatiques et à intégrer ces considérations dans ses décisions de financement.

Concernant le deuxième volet, Attijariwafa bank a mis en place un Système de Gestion des Risques Environnementaux et Sociaux (SGES) afin de mieux intégrer les risques environnementaux et sociaux dans ses processus de financement. Ce système qui fut lancé fin 2018, a été conçu pour répondre aux exigences de durabilité tout en soutenant les besoins de ses clients. Il s’inscrit dans une démarche globale d’évaluation des risques permettant à la banque de prendre en compte les impacts Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) inhérents à ses activités de financement.