Examen du barreau : le face-à-face entre Ouahbi et Nasro-allah, simulé par Médias24
La polémique sur l’examen du barreau a fait couler beaucoup d’encre. Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a multiplié les sorties médiatiques pour s’expliquer. Les représentants des « victimes » de l’examen également. Mais ce qui a réellement manqué, c’est un débat franc et argumenté entre les deux parties.
Un débat qui n’a malheureusement pas eu lieu.
Médias24 a rassemblé, sous la forme d’un face-à-face, les propos du ministre de la Justice dans l’émission Avec Ramdani sur la chaîne 2M, et ceux du représentant des victimes de l’examen des avocats, Amine Nasro-allah, dans Sans langue de bois sur Med Radio.
Voici l’essentiel de leurs explications et de leur argumentaire sur plusieurs sujets : l’intervention ministérielle visant à augmenter le nombre d’admis à l’oral de l’examen du barreau ; la consultation, par le ministre, des copies d’examen ; les similitudes des noms de famille repérés sur la liste des admis à l’oral ; le débat sur la démission du ministre.
1.200 admis supplémentaires : une intervention ministérielle
Concernant les admis à l’oral, Abdellatif Ouahbi assure que 800 candidats seulement ont obtenu la moyenne exigée, fixée à 80 sur 160. Le ministre affirme avoir demandé à la commission chargée de l’organisation de l’examen de faire baisser la moyenne requise pour permettre à 1.200 candidats supplémentaires d’être reçus.
Or, selon le représentant de la coordination des victimes de l’examen du barreau, cette intervention n’est pas légitime. Amine Nasro-allah estime en effet que la décision du ministre établit de nouvelles conditions d’admission à l’oral, alors que seule une autre décision peut annuler la précédente.
« Lorsque le ministre de la Justice a mis en place d’autres conditions d’admission que nous ne connaissons toujours pas, pourquoi s’être arrêté à 2.000 ? Autant le faire pour 5.000 ou 7.000 (admis, ndlr) (…). La question qui se pose est de savoir qui sont les 1.200 admis supplémentaires ? Est-ce que ce sont les enfants d’avocats, de juges, de politiciens ? », s’interroge-t-il.
Interpellé par Redouane Ramdani sur le sujet, le ministre a déclaré « ne pas vouloir entrer dans ces détails » et se contenter de « donner les instructions » au motif qu’ »une commission existe », en l’occurrence la commission chargée de l’organisation de l’examen.
A la question de savoir comment vérifier qu’un candidat mérite bien son admission à l’examen, le ministre répond sans détour qu’il a consulté, à chaque fois que l’on lui a demandé, la copie de la personne concernée pour s’en assurer. Et Amine Nasro-allah de réagir : de quel droit le ministre consulte-t-il des copies d’examen ?
Il rappelle que le ministre ne fait pas partie de la commission organisatrice qui, elle seule, est chargée de suivre les étapes de l’examen jusqu’à la fin. « N’étant pas membre de cette commission, il n’a pas le droit de consulter les copies des candidats », insiste-t-il.
« 37 familles sur la liste des admis »
Quant aux admis à l’oral dont les noms de famille sont similaires, Abdellatif Ouahbi affirme que parmi les candidats, 25 portent le même nom, mais seuls 4 ont été admis. Ce ne sont que des similitudes de noms de famille car, plaide le ministre, « nous sommes tous des enfants de tribus ».
Or, Amine Nasro-allah affirme que sur la liste des admis, « on retrouve plus de 37 familles ». Sachant que ceux qui ont été repérés ne sont que « ceux qui portent le même nom de famille. On ne peut donc détecter les cousins maternels ou les épouses ».
Aussi, le ministre déclare que les fils d’avocats et de juges se distinguent souvent à l’oral, car ils ont été formés par leurs parents. Et de préciser que les études de droit relèvent de la théorie, alors que les questions de l’examen portent sur la pratique.
Mais le représentant de la coordination des victimes de l’examen du barreau estime qu’il ne s’agit pas d’une profession qui se transmet de père en fils, mais d’un savoir que l’on acquiert uniquement à travers les études.
Pour toutes ces raisons, la coordination réclame, entre autres, la démission du ministre. Ce dernier estime que cette « petite affaire » ne la justifie pas et entend continuer à « assumer ses responsabilités ».