Maraîchage, légumineuses, fourrages… Le point sur les cultures de printemps à Casablanca-Settat

L’activité agricole dans la région Casablanca-Settat ne s’estompe pas avec l’arrivée de l’été. Car les cultures d’hiver et d’automne font place aux productions printanières, dont le maïs grain, les fourrages, essentiels pour nourrir le cheptel, et les légumineuses alimentaires. Sans oublier les cultures maraîchères à l’importance socio-économique indéniable. 

Les précipitations enregistrées pendant les mois de mars et avril ont été utiles pour le semis de ces grandes cultures de printemps. Alors que la saison des pluies est à conjuguer au passé, les eaux souterraines prennent le relais pour en assurer le cycle de production qui peut s’étendre jusqu’à la fin juillet pour certaines d’entre elles. 

Surtout que les zones de production agricole de la région n’ont quasiment plus de dotation agricole à partir des barrages relevant du bassin hydraulique d’Oum Er-Rbia. Et en particulier l’édifice d’Al Massira. 

Medias24

La deuxième plus grande retenue d’eau du pays par sa capacité de stockage (2,6 milliards de mètres cubes) a vu ses réserves drastiquement chuter ces dernières années sous l’effet combiné de la pénurie d’eau et de la surexploitation. Au point que ce vendredi 13 juin, son taux de remplissage n’atteint pas les 5% (4,9%), l’équivalent de 129,8 millions de mètres cubes. 

A la lumière de ces éléments, la hausse de 33% du cumul pluviométrique (256 mm) dans la région Casablanca-Settat par rapport à la campagne précédente (192 mm) a eu un effet bénéfique sur les semis des cultures de printemps, mais aussi en termes de recharge des nappes phréatiques. 

« La province d’El Jadida se distingue par un cumul pluviométrique de 357 mm, supérieur à celui enregistré dans les autres provinces de la région », ajoute la Direction régionale de l’agriculture Casablanca-Settat. Une bonne nouvelle puisque la province accueille une majorité des 8.425 hectares de betteraves sucrières plantées dans la région.

Certes, il s’agit d’une culture irriguée, mais selon la DRA Casablanca-Settat, « les précipitations ont permis d’économiser au moins deux tours d’irrigation, atténuant ainsi la pression sur les nappes phréatiques ».

Les résultats de l’opération d’arrachage, qui a été lancée le 31 mai, n’ont pas encore été annoncés.

Les cultures printanières tirent aussi avantage de ces précipitations. Sur les 187.000 hectares que couvrent ces cultures à l’échelle nationale, comme indiqué le mardi 10 juin par le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, Ahmed El Bouari, 35.673 hectares ont été emblavés dans la région Casablanca-Settat. Ils se répartissent comme suit : 

– 26.764 ha de maïs grain ; 

– 5.521 ha de cultures fourragères de printemps (luzerne, maïs fourrager, sorgho) ; 

– 3.051 de légumineuses alimentaires (pois chiches et haricots secs). 

Enfin, la superficie du maraîchage de printemps s’élève à 7.783 hectares, dont les pommes de terre (1.637 ha), les tomates (1.074 ha) et les oignons (496 ha). Pour conclure, les précipitations des mois de mars et avril sont tombées à point nommé dans le cas de l’arboriculture, car elles ont coïncidé avec des phases physiologiques sensibles, notamment la période de plantation et la sortie de dormance des oliviers. 

« Ces conditions laissent entrevoir une amélioration du rendement oléicole par rapport à la campagne précédente, fortement impactée par la sécheresse », conclut la DRA Casablanca-Settat. 

https://medias24.com/2024/11/09/zoom-sur-la-campagne-agricole-dans-la-region-casablanca-settat/

Des carpes herbivores pour les barrages Moulay Youssef et Hassan 1er

L’Agence du bassin hydraulique de l’Oum Er-Rbia (ABHOER) vient de confier cette mission à la société Pisciculture Smir basée à Tanger pour près d’un million de dirhams.

La carpe herbivore, de son nom scientifique Ctenopharyngodon idella, est également dénommée carpe de roseau, ou carpe d’Amour, car originaire de ce fleuve qui se trouve en Asie.

Capable d’absorber l’équivalent de son poids ou davantage, ce poisson est utilisé dans la lutte contre la végétation envahissante dans les lacs, les barrages et les cours d’eau.

Les bassins d’irrigation, un atout pour l’agriculture à l’épreuve de l’évaporation (infographies)

L’évaporation des eaux s’est intensifiée au cours des dernières décennies sous l’effet de l’augmentation des températures moyennes. Ce ne sont pas uniquement les barrages qui en pâtissent. Les bassins ou bassines d’irrigation, où sont stockées des ressources autrefois protégées dans les nappes phréatiques avant leur extraction, subissent également des pertes significatives dues à ce phénomène naturel.

Si l’évaporation des eaux des barrages est estimée à environ 140 millions de mètres cubes par an, ce chiffre semble dérisoire face à l’ampleur des pertes enregistrées dans les bassins d’irrigation. Ces derniers, majoritairement situés dans des zones plus exposées aux températures élevées et à un important déficit pluviométrique, subissent des niveaux d’évaporation bien plus conséquents.

Selon une récente étude, présentée par Mokhtar Bzioui, expert international en gestion des ressources en eau, lors de la 2e édition des Assises nationales de la régionalisation avancée, environ 950 millions de mètres cubes d’eau s’évaporent chaque année à partir des bassins d’irrigation, dont la majorité sont situés dans la région de Béni Mellal-Khénifra.

Réalisée en collaboration entre l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) et le Massachusetts Institute of Technology (MIT), cette étude met en lumière l’ampleur des pertes hydriques dues à l’évaporation et souligne la nécessité d’adopter des solutions innovantes pour préserver les ressources en eau, particulièrement dans les zones fortement impactées.

 

Capture d’écran extraite du live de la 2ᵉ édition des Assises nationales de la régionalisation avancée.

Plus de 200.000 bassins d’irrigation recensés dans le pays

Il existe deux principaux systèmes pour stocker l’eau en vue de la réutiliser pour irriguer les terres agricoles. Le premier consiste à recueillir l’eau de pluie ruisselant des collines. Dans ce cas, il s’agit d’une retenue collinaire. Le deuxième est appelé retenue de substitution ou bassin.

C’est un réservoir qui est creusé dans le sol puis tapissé d’une bâche en plastique et entouré de digues. L’eau est pompée soit dans les rivières, soit directement dans la nappe phréatique superficielle qui se remplit pendant l’hiver lorsqu’il pleut. Ces réservoirs sont de tailles diverses et peuvent stocker des centaines de mètres cubes d’eau.

Pour un bassin d’irrigation d’un volume de 1.500 m3, « il faut débourser pas moins de 30.000 DH », nous explique un agriculteur. « Il faut d’abord creuser le sol (2.500 DH), puis installer la bâche en plastique (2.500 DH). Mais ce sont l’acquisition du moteur et de la pompe qui représentent les dépenses les plus importantes », précise-t-il.

 

Bassin d’irrigation sous l’effet du soleil

Selon l’étude précitée, 227.042 bassins d’irrigation sont recensés dans le pays, dont plus de la moitié dans la région de Béni Mellal-Khénifra :

– Béni Mellal-Khénifra : 107.245 ; 

– Tanger-Tétouan-Al Hoceima : 55.279 ; 

– Marrakech-Safi : 34.820 ; 

– Rabat-Salé-Kénitra : 7.342 ; 

– Souss-Massa : 7.041 ; 

– Fès-Meknès : 5.701 ;

– Casablanca-Settat : 3.884 ; 

– L’Oriental : 2.464 ; 

– Laâyoune-Sakia El Hamra : 1.219 ; 

– Dakhla-Oued Ed-Dahab : 896 ; 

– Guelmim-Oued Noun : 852 ; 

– Drâa-Tafilalet : 299.

Une méthode qui ne fait pas l’unanimité

« Le recours aux réservoirs de stockage d’eau, qu’ils soient collectifs au niveau des périmètres d’irrigation ou individuels dans les exploitations agricoles, est généralement dicté par de nombreuses considérations”, assure à Médias24 la direction de l’Irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole, relevant du ministère de l’Agriculture.

“Ces réservoirs sont indispensables pour créer des réserves tampon afin de garantir l’adéquation entre l’offre et la demande en eau, pour assurer la décantation des eaux chargées et pour réduire les risques d’approvisionnement en cas de pannes”, explique la même source.

Sauf qu’en période de sécheresse, ces bassins sont alimentés à longueur de journée par les eaux des nappes phréatiques qui ne se renouvellent plus assez pour maintenir un certain équilibre entre l’offre et la demande. D’après les agriculteurs que nous avons sondés, il s’avère que si les bassins sont toujours pleins, c’est parce que les cultures irriguées, à l’instar des maraîchers, nécessitent des rondes d’irrigation, surtout lorsqu’ils sont irrigués grâce au système de goutte-à-goutte.

L’irrigation d’une superficie cultivée ne se fait pas en même temps, mais par ronde. “Nous devons donc puiser dans ces bassins tout au long de la journée pour irriguer l’ensemble de la parcelle”, nous explique l’un d’entre eux.

Or, un bassin, qui n’est pas protégé du soleil et toujours plein, favorise l’évaporation. D’où le fait que cette méthode est loin de faire l’unanimité. « Cette pratique est, en principe, illégale puisqu’elle prive les autres de leur droit à l’eau. De plus, elle aggrave la perte et le gaspillage de cette ressource précieuse à cause de l’évaporation », déplore Mohammed Said Karrouk, climatologue et professeur universitaire.

En effet, d’après l’étude susmentionnée, le volume total perdu en raison de l’évaporation est de l’ordre d’environ 950 millions de m3 (Mm3), soit l’équivalent d’un grand barrage, comme celui d’Ahmed El Hansali :

– Béni Mellal-Khénifra : 608,3 Mm3 ;

– Tanger-Tétouan-Al Hoceima : 88,2 Mm3 ;

– Marrakech-Safi : 144,3 Mm3 ;

– Rabat-Salé-Kénitra : 15,9 Mm3 ;

– Souss-Massa : 21,9 Mm3 ;

– Fès-Meknès : 27,04 Mm3 ;

– Casablanca-Settat : 7,5 Mm3 ;

– L’Oriental : 6,08 Mm3 ;

– Laâyoune-Sakia El Hamra : 11,05 Mm3 ;

– Dakhla-Oued Ed-Dahab : 8,1 Mm3 ;

– Guelmim-Oued Noun : 7,7 Mm3 ;

– Drâa-Tafilalet : 2,6 Mm3.

 

 

Le bassin d’Oum Er-Rabia, exemple des dérives liées aux bassins d’irrigation

Dans les faits, ce n’est pas une surprise que la région de Béni Mellal-Khénifra soit la plus touchée par cette problématique. Plusieurs facteurs y contribuent. Au-delà de la hausse des températures moyennes, il s’agit de la région qui compte le plus de bassins d’irrigation au Maroc car le déficit pluviométrique y est important et le bassin d’Oum Er-Rabia, dont elle relève, n’a jamais connu une sécheresse aussi intense.

Pour preuve, parmi les dix bassins hydrauliques du Royaume, l’Oum Er-Rabia est le seul à avoir enregistré un déficit au cours de l’année hydrologique écoulée. “En 2023-2024, le volume des ressources en eau dans les barrages a enregistré un minimum de 704 millions de m³, contre une moyenne normale de 2,89 milliards de m³”, précise le ministère de l’Équipement et de l’Eau.

 

 

« Le déficit des apports hydriques au niveau des barrages du bassin a enregistré ces dernières années respectivement 38%, 54%, 55%, 77%, 67%, et 74%, par rapport à la moyenne annuelle normale, ce qui a eu un impact négatif sur le taux de remplissage des barrages”, ajoute la même source.

 

 

C’est justement l’absence de dotation agricole à partir des barrages du bassin d’Oum Er-Rabia, notamment les édifices d’Ahmed El Hansali et de Bin El Ouidane, qui pousse les agriculteurs à pomper l’eau des nappes phréatiques, afin d’irriguer des arbres fruitiers (agrumes, grenadiers, oliviers…) et d’autres cultures qui nécessitent un apport en eau important, à l’image de la betterave sucrière ou encore des cultures céréalières.

« Cette pratique explique pourquoi le bassin d’Oum Er-Rabia est asséché, malgré qu’il soit le 2ᵉ plus grand bassin en ressources en eau au Maroc”, regrette le Professeur Mohammed Said Karrouk. « Le volume des eaux souterraines dans le bassin atteint annuellement 528 millions de mètres cubes et souffre d’une surexploitation. Un déficit de 134 millions de mètres cubes par an est enregistré au niveau des nappes phréatiques en l’absence d’équilibre entre le volume d’extraction et l’eau exploitable”, corrobore le ministère de l’Équipement et de l’Eau.

Ainsi, le déficit pluviométrique encourage l’extraction de l’eau à partir des aquifères. Ce qui augmente l’évaporation des ressources de la nappe qui sont stockées dans les bassins d’irrigation, en plein air. Un cercle vicieux dont les solutions pour en sortir ne sont pas légion.

Une couche d’huile en surface

Au niveau des barrages, des solutions pour réduire l’évaporation des eaux ont été mises en place, notamment à travers l’installation de panneaux solaires flottants pour réduire l’évaporation et produire de l’énergie solaire. Cela dit, « Les panneaux solaires n’empêchent pas l’évaporation. Il est possible qu’ils l’augmentent en raison de la chaleur supplémentaire qu’ils génèrent », prévient Mohammed Said Karrouk.

S’agissant des bassins d’irrigation, l’une des solutions proposées est de créer des bassins souterrains pour éviter d’exposer l’eau aux rayons du soleil. Mais pour notre interlocuteur, « au lieu de les stocker dans des bassins souterrains, il serait préférable de les laisser là où elles étaient, dans les nappes phréatiques avant leur pompage ».

« Une méthode qui pourrait être efficace pour les bassins est l’application d’une couche d’huile en surface, mais cette solution n’est pas applicable aux barrages », assure-t-il. Concrètement, l’huile forme une barrière qui empêche les molécules d’eau de s’évaporer directement dans l’air, ce qui pourrait aider à conserver l’eau dans les bassins.

En outre, il est impératif de contrôler l’utilisation de l’eau, notamment dans le secteur agricole. « Nous devons espérer que l’eau revienne du ciel, afin de reconstituer les nappes phréatiques et de remplir les barrages. Mais la surveillance et le contrôle de l’utilisation de l’eau sont essentiels, afin d’éviter de nous retrouver dans la même situation à l’avenir”, espère M. Karrouk.

Toutefois, cela ne sera possible que si la loi permet de telles actions. « Aujourd’hui, l’utilisation de l’eau à des fins agricoles échappe à toute régulation législative. La loi initiale 10/95 intégrait l’agriculture, mais les articles relatifs à son application n’ont jamais été mis en œuvre. Quant à la loi 36/15, elle ignore tout simplement l’agriculture », conclut-il.

Sécheresse. Le bassin d’Oum Er-Rabia est le plus impacté, voici pourquoi

Il n’y a pas si longtemps, le bassin hydraulique de l’Oum Er-Rabia (BHOER) était considéré comme l’un des principaux châteaux d’eau du Maroc. Cependant, la sécheresse persistante et l’activité humaine ont inexorablement contribué à l’épuisement de ses ressources. Parmi les dix bassins hydrauliques du Royaume, l’Oum Er-Rabia est le seul à avoir enregistré un déficit au cours de l’année écoulée.

L’équilibre déjà fragile entre la demande et l’offre hydriques s’est progressivement effondré, entraînant des coupures d’eau fréquentes dans les villes et localités alimentées par ce bassin. L’agriculture en fait également les frais. En attestent les récentes campagnes oléicoles, largement en deçà des espérances.

Dans l’attente de conditions climatiques plus clémentes, le ministère de l’Équipement et de l’eau a mis en place un plan d’action axé sur une gestion optimisée des ressources existantes. Une nécessité pour faire face à l’important recul du niveau des eaux du bassin de l’Oum Er-Rabia, qui ne dispose actuellement que d’environ 240 millions de mètres cubes, contre 4,45 milliards de mètres cubes en 2010. 

De fait, deux des trois plus grands barrages du pays, Bin El Ouidane et Al Massira, cumulent à peine 120 millions de mètres cubes sur une capacité de stockage de 3,8 milliards de mètres cubes.

L’Ighil M’Goun et l’Oum Er-Rabia

Situé au centre-ouest du Royaume, le bassin hydraulique de l’Oum Er-Rabia s’étend sur 35.000 km². À l’est, il est délimité par les montagnes du Moyen et du Haut-Atlas. A 4.071 mètres d’altitude, l’Ighil M’Goun en est le point culminant. Plus haut sommet du Maroc, après le Toubkal (4.167 m) et l’Ouanoukrim (4.089 m), l’Ighil M’Goun est la principale source d’approvisionnement en eau pour les zones en aval.

Il influence l’hydrologie et l’écologie de l’ensemble du bassin, dont le réseau hydrographique est dominé par le fleuve Oum Er-Rabia, long de 550 km. Il prend sa source dans le Moyen-Atlas avant de se déverser dans l’océan Atlantique. Le bassin est également alimenté par de nombreux affluents, tels que les rivières Tassaout, El Abid, Lakhdar et Melloul.

Mais aussi les Asifs Ouamana, Srou, Chbouka, Ouirine, Gzef, El Touim et Faragh. Des cours d’eau qui traversent quinze structures hydriques, dont Bin El Ouidane, Ahmed El Hansali et Al Massira. Des barrages essentiels à la production de l’énergie hydroélectrique, à l’approvisionnement en eau potable et surtout à l’irrigation des terres agricoles.

Construit dans les années 1950, le barrage Bin El Ouidane était un symbole de la politique du Maroc pour lutter contre la sécheresse. Au même titre que celui d’Al Massira. Aujourd’hui, les ambitions de développement économique à travers le tourisme et l’agriculture ont été mises en suspens pour assurer l’approvisionnement en eau potable. Et pour cause, les réserves de ces retenues artificielles d’eau ont grandement décliné. 

Évolution du taux de remplissage du barrage de Bin El Ouidane au cours des six dernières années.

 

Évolution du taux de remplissage du barrage Al Massira au cours des six dernières années

Inefficacité hydrique et pression anthropique

Les raisons derrière la baisse de l’offre hydrique dans le bassin de l’Oum Er-Rabia sont multiples. Aux taux d’évaporation élevés, compris entre 1.600 et 1.800 mm par an, s’ajoutent « des rendements des réseaux de distribution qui ne dépassent pas 70 % dans la plupart des centres urbains et des pertes d’eau au niveau des réseaux d’irrigation supérieures à 40%”, selon le ministère de l’Equipement et de l’eau.

Plus important encore, après les sécheresses de 2005, 2010 et 2022, “l’année hydrologique 2022-2023 a enregistré un déficit de précipitations de 38% par rapport à la moyenne annuelle, ce qui a eu un impact négatif sur les apports en eau des barrages, avec un déficit de 69 %”, précise la même source. 

Evolution de la sécheresse (en rouge) dans le bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia

2002 2022

 

En outre, une récente étude atteste que le stress hydrique s’intensifie depuis 20 ans dans ce bassin à mesure que les superficies irriguées et les zones urbaines s’étendent, « en particulier dans les parties ouest et sud du bassin, où l‘intensité de la croissance urbaine semble s’accélérer avec le temps. Des augmentations substantielles des zones construites étant observées entre 2010 et 2022 par rapport à la décennie précédente », soulignent ses auteurs.  

D’un côté, l’utilisation accrue de l’irrigation et des cultures à haute valeur ajoutée mais qui nécessitent d’importantes quantités d’eau, contribue au stress hydrique au sein du bassin. Tout en épuisant et polluant les nappes phréatiques à raison de 50.000 tonnes de nitrates par an. De l’autre, l’urbanisation a aggravé la pénurie d’eau en réduisant la recharge des aquifères et en augmentant le ruissellement de surface par manque de végétation.

En conséquence, les coupures d’eau potable sont fréquentes dans des villes comme Béni Mellal. Le secteur agricole est également fortement impacté, puisque la dotation à partir des barrages dans la région de Béni Mellal-Khénifra n’a pas dépassé les 60 millions de mètres cubes lors de la campagne agricole précédente.

De fait, seulement 205.000 hectares ont été irrigués sur les 721.000 ha inscrits au programme d’assolement par la Direction régionale de l’agriculture de Béni Mellal-Khénifra. Les rendements des cultures, notamment arboricoles, ont pareillement été affectés. L’impact est tel que le prix de l’huile d’olive dépasse désormais les 110 DH le litre pour la deuxième année de suite. 

Planification urbaine et développement de l’offre

Idéalement, le retour des années pluvieuses ferait le plus grand bien au bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia. Mais pour l’heure, plusieurs mesures ont été prises pour surmonter la crise hydrique qui y sévit. Les ressources du bassin OER “seront renforcées avec un volume supplémentaire compris entre 400 et 500 millions de mètres cubes par an en provenance du bassin du Sebou”, assure le ministère de l’Equipement et de l’eau. 

Le plan d’action du ministère vise aussi à améliorer la capacité de stockage de l’eau d’environ 2 milliards de mètres cubes au niveau des principaux affluents de l’Oued Oum Er-Rabia. Au programme également, une réduction de 10 % du taux d’envasement des barrages d’ici 2050. 

En matière de gestion de la demande en eau, il s’agira de réduire les besoins agricoles à travers l’irrigation au goutte-à-goutte, l’amélioration de l’efficacité des réseaux de transport et de distribution d’eau potable pour atteindre au moins 80 % de rendement. Pour ce qui est de la préservation des ressources en eau, le ministère s’est principalement donné pour mission de réduire de 50 % le déficit des eaux souterraines d’ici 2030 pour atteindre l’équilibre d’ici 2050.   

Enfin, en termes de planification urbaine, les auteurs de l’étude susmentionné préconisent “l’intégration des infrastructures vertes pour atténuer les effets de la réduction de l’infiltration et de l’augmentation du ruissellement, renforçant ainsi la résilience urbaine face à la sécheresse”.

Béni Mellal-Khénifra. Voici la dotation agricole fixée à partir des barrages

« La dotation agricole annuelle à partir des barrages est estimée à 56 millions de mètres cubes« , indique à Médias24 la Direction régionale de l’Agriculture (DRA) de Béni Mellal-Khénifra. Dans le détail, cette dotation se répartit ainsi : 

– barrage Bin El Ouidane : 40 millions de mètres cubes

– barrage Ahmed El Hansali : 16 millions de mètres cubes.

Cette situation n’est pas idéale au moment où le coup d’envoi de la nouvelle campagne agricole a été donné. Mais difficile de faire autrement. Et pour cause, à la date du 12 décembre 2023, le taux de remplissage des barrages relevant du bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia est de 4,79%, l’équivalent de 237,39 millions de mètres cubes, sur une capacité de retenue de 4,9 milliards de mètres cubes. Et cette réserve est théorique puisqu’elle inclut la vase.

Le barrage de Bin El Ouidane ne contient pas plus de 58 millions de mètres cubes (4,7%) sur une capacité de stockage de 1,2 milliard de mètres cubes. De son côté, la retenue d’eau artificielle Ahmed Al Hansali dispose d’à peine 43 Mm3 sur une capacité de stockage de 669 Mm3.

Les ressources hydriques qui se raréfient font peser une menace constante sur les rendements agricoles dans la région de Béni Mellal-Khénifra, où la superficie agricole utile est de 960.000 ha, dont 205.000 ha irrigués. Preuve en est des performances mitigées des filières oléicoles et agrumicoles de la région.

https://medias24.com/2023/12/03/barrage-bin-el-ouidane-ou-linexorable-agonie-dun-monument/