La BCE abaisse de nouveau ses taux

Les taux d’intérêt de la facilité de dépôt, des opérations principales de refinancement et de la facilité de prêt marginal seront ramenés respectivement à 2,50%, 2,65% et 2,90% à compter du 12 mars 2025, précise la BCE dans un communiqué.

Il s’agit de la sixième baisse depuis juin, soit le niveau où la politique monétaire européenne « devient sensiblement moins restrictive », explique la BCE.

Cette décision repose sur une évaluation actualisée des perspectives d’inflation, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire.

« Le processus de désinflation est en bonne voie », indique la BCE, précisant que ses services anticipent désormais une inflation globale moyenne de 2,3% en 2025, 1,9% en 2026 et 2% en 2027. S’agissant de l’évolution des prix hors énergie et produits alimentaires, ils projettent une hausse moyenne de 2,2% en 2025, 2% en 2026 et 1,9% en 2027. Concernant l’activité économique, la BCE a revu à la baisse ses prévisions de croissance à 0,9% pour 2025, 1,2% pour 2026 et 1,3% pour 2027.

Voici les facteurs qui laissent présager un maintien du taux directeur au prochain conseil de Bank Al-Maghrib

Le monde économique scrute la date du 25 juin à laquelle se prononcera le deuxième conseil annuel de Bank Al-Maghrib qui déterminera l’évolution du taux directeur, actuellement à 3%. Une large majorité d’investisseurs anticipent un statu quo.

À l’heure où la FED a décidé de maintenir inchangé son taux directeur jusqu’à la fin de l’année 2024, où l’inflation au Maroc revient progressivement à des niveaux historiques et où la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de l’abaisser de 25 points de base (pbs), plusieurs facteurs laissent présager un maintien du taux directeur à son niveau actuel.

La baisse des taux à l’international n’est pas unanime

Concernant l’orientation du taux directeur, la FED et la BCE donnent le ton à l’international. Récemment, les deux instances ont pris des décisions différentes. Le pivot monétaire n’est donc pas partagé à l’unanimité. Une raison pour Bank Al-Maghrib de privilégier l’attentisme et la raison.

« La Banque centrale marocaine n’est pas une institution très réactive par essence. Avant de prendre une décision de hausse ou de baisse du taux directeur, Bank Al-Maghrib est attentiste et rationnelle. Il n’y a pas de prise de décision à chaud », explique une source de la place.

Il faut aussi prendre en compte que la BCE a décidé de baisser son taux directeur car elle s’était engagée, en début d’année, à le faire en juin 2024 auprès des marchés financiers. « Il en allait de sa crédibilité de tenir sa parole. Cette baisse demeure cependant controversée du fait de l’inflation qui demeure assez volatile dans la zone euro, comme aux Etats-Unis d’ailleurs », souligne notre source.

Il convient également de noter que la BCE a temporisé ses ambitions pour de nouvelles baisses à venir. « La FED, quant à elle, a exclu d’éventuelles baisses d’ici la fin de l’année ; donc on observe, à l’international, que les décisions de baisse ne sont pas des décisions unanimes, claires, et facilement justifiées par le contexte macroéconomique inflationniste », précise notre interlocuteur.

Plusieurs facteurs sont à prendre en compte avant d’entamer le pivot monétaire

À l’échelle locale, les conditions sont globalement réunies pour un pivot monétaire, mais la prudence reste de mise. « Aujourd’hui la baisse de l’inflation au Maroc est perceptible et elle est entérinée depuis mars 2023, donc il y a une tendance déflationniste, mais il faut que cela se stabilise. Il y a de nouveaux paramètres à prendre en compte qui plus est », explique notre interlocuteur.

En effet, l’État a récemment démarré la décompensation partielle de la bouteille de gaz, dont le prix est passé de 40 dirhams à 50 dirhams. « Les impacts de cette décompensation partielle ne sont pas encore visibles sur l’inflation. Il faudrait voir sur les chiffres des mois de juin et juillet si un impact est perceptible, et s’il est important ou modéré ».

De fait, un certain attentisme serait compréhensible de la part de la Banque centrale qui doit prendre le temps d’analyser ces impacts et les évolutions des décisions des grandes banques centrales. C’est d’ailleurs le comportement qui a été observé lors du resserrement monétaire opéré en 2022. Alors que la BCE et la FED avaient augmenté leurs taux directeurs rapidement après le début de la guerre en Ukraine, Bank Al-Maghrib avait procédé à une première hausse, plusieurs mois plus tard. « On ne voit pas des réactions dans la foulée de ce qui est décidé par les grandes banques centrales, il y a un temps d’observation qui est pris. Le pivot monétaire va venir, nous en sommes convaincus, mais probablement en septembre ou décembre 2024, en fonction de l’évolution de l’inflation locale et des décisions des grandes banques centrales », explique notre source.

Au-delà de ces facteurs, il faut noter que le monde est géopolitiquement dans une phase d’incertitude et de tension. Ce climat crispé pousse davantage à la prudence.

« Il y a plusieurs facteurs à l’international qui font que l’attentisme est également de mise. Notamment les tensions politiques en Europe que les investisseurs locaux n’ont peut-être pas encore pricées », ajoute notre interlocuteur.

En effet, une certaine peur se manifeste avec des réactions de marché, notamment sur le Forex avec un dollar qui a fortement augmenté compte tenu de la baisse de l’euro à l’international. « Il y a des mouvements de change assez erratiques qui devraient pousser la Banque centrale à adopter un comportement plus attentiste. La montée des partis d’extrême droite au Parlement européen ne devrait pas être sans conséquence pour la devise européenne. C’est un autre facteur de vigilance. Depuis le début de l’année, le dirham se stabilise, certes, mais ne sommes pas à l’abri de mouvements qui pourraient induire des pressions inflationnistes au niveau local », conclut notre source.

Pour la première fois depuis 2019, la BCE abaisse ses taux directeurs

Comme prévu, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, lors de la réunion tenue le 6 juin 2024, de baisser les trois taux d’intérêt de 25 points de base. Cette baisse est la première depuis 2019.

« Sur la base d’une évaluation actualisée des perspectives d’inflation, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire, il est aujourd’hui opportun de réduire le caractère restrictif de la politique monétaire, après avoir maintenu les taux directeurs au même niveau pendant neuf mois », selon le communiqué de la BCE.

Les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement, de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt seront réduits à respectivement 4,25%, 4,50% et 3,75% à compter du 12 juin 2024.

Une décision motivée mais controversée

La situation économique de l’Union européenne, notamment dans les grandes économies, traverse une période difficile. La croissance au premier trimestre en Allemagne est de 0,2%. La France affiche la même valeur (0,2%) tandis que la croissance en Italie s’est élevée à 0,3%. Ces taux modestes ont motivé cette baisse des taux directeurs, qui doit « normalement » booster et stimuler l’activité économique en encourageant le crédit et les investissements.

Cependant, même si cette décision semble justifiée, une baisse de cette ampleur peut gêner les efforts déployés pour ramener l’inflation en dessous de 2%. Cette décision est susceptible de provoquer une inflation, laquelle reste au-dessus de la cible de 2% (2,4% en Allemagne et 2,2% en France), avec des prévisions haussières.

« Les tensions sur les prix d’origine interne restent fortes, en raison de la croissance élevée des salaires, et l’inflation devrait rester supérieure à l’objectif pendant une grande partie de l’année prochaine. Les dernières projections établies par les services de l’Eurosystème pour l’inflation globale et l’inflation sous-jacente en 2024 et 2025 ont été revues à la hausse par rapport aux projections de mars. »

Ainsi, bien que la BCE espère stimuler l’économie avec cette réduction de taux, les défis persistants liés à l’inflation et à la croissance économique modeste demeurent une préoccupation majeure pour les décideurs politiques et les économistes de la zone euro.

Taux directeur : le statu-quo est l’option la plus attendue par les investisseurs

L’inflation est en nette décrue dans le monde, sur 12 mois glissants. Au Maroc, elle est passée d’un record de 10,1% en février 2023 à 2,3% à fin janvier 2024. Des signaux encourageants à quelques jours de la première réunion du conseil de Bank Al Maghrib (BAM) qui va statuer sur le taux directeur le 19 mars prochain.

Medias24
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Après un resserrement monétaire entamé en septembre 2022 et une hausse de 150 pbs pour emmener le taux directeur à 3%, qu’anticipe le marché et quels sont les scénarios les plus probables ?

Le statu-quo est majoritairement attendu

Plusieurs sources de la place nous expliquent que dans leur majorité, les investisseurs tablent sur un nouveau statu quo de BAM la semaine prochaine. En effet, plusieurs facteurs laissent à penser que le taux directeur restera à 3%, notamment un certain degré d’incertitude qui continue de planer concernant l’inflation. « Sur le plan géopolitique, il continue à y avoir des tensions, et cela injecte de l’incertitude », explique l’un de nos interlocuteurs.

Le 12 mars, l’inflation aux Etats-Unis a marqué une très légère hausse en février par rapport à janvier 2024, passant de 3,1% à 3,2%. Une donnée qui est venue conforter la prudence avec laquelle la FED a amorcé sa détente monétaire.

« On observe bien l’expérience à l’international avec la FED qui devait en toute logique débuter son desserrement monétaire en mars 2024 et l’a elle-même reporté pour au moins mai ou juin. Je ne vois pas comment nous, qui sommes très loin par rapport à la période de baisse de l’inflation aux Etats-Unis, pourrions commencer une baisse avant eux », explique notre autre source.

La FED et la BCE font preuve de prudence et attendent que l’inflation se stabilise dans une longue durée avant d’amorcer une détente monétaire. « Ce qui semble logique, c’est que le Maroc suivra les grandes banques centrales du monde (BCE, FED) quand elles amorceront leur pivot monétaire. Il semblerait plus vraisemblable que le Maroc entame une baisse du taux directeur en septembre ou décembre de cette année », explique l’une des sources.

Il faut rajouter qu’à l’échelle marocaine, une hausse de l’inflation alimentaire sera très probablement observée au mois de mars du fait du ramadan et de la forte demande des ménages en denrées. Cependant, ce potentiel sursaut serait lissé sur l’année entière et n’est pas de nature à influencer la politique monétaire de la banque centrale, ni altérer ses prévisions d’inflation.

Une stagnation du taux déjà pricée, baisse attendue plus tard cette année

De plus, la stagnation du taux directeur depuis mars 2023 a impliqué une certaine accalmie au niveau des taux créditeurs et débiteurs. « Les conditions de financement de l’économie demeurent actuellement assez stables. Les taux obligataires sur le marché reflètent totalement les anticipations d’un statu-quo de BAM et sont dans une zone stable, voire légèrement baissière du fait de la baisse des exigences de rentabilité des investisseurs », explique notre source.

Une version corroborée par une autre source du marché qui considère que le marché a anticipé une baisse du taux directeur cette année, mais pas aussi tôt. « Le marché dans sa globalité pense qu’une baisse surviendra cette année. Cependant, il est plus probable qu’elle survienne en fin d’année. Même une baisse au mois de juin étonnerait. Les anticipations sont plutôt fixées sur la fin d’année », explique-t-il.

D’ailleurs, pour l’une de nos sources, sur le court terme, la baisse du taux directeur est pricée sur les taux obligataires. « Une baisse de 25 pbs qui pourrait se faire en septembre ou décembre est déjà prise en compte sur la partie courte des taux », conclut-il.

Malgré la baisse de l’inflation, la prudence reste de mise au prochain conseil de Bank Al-Maghrib

Après bientôt deux années sous des niveaux inflationnistes importants, dont des pics jamais observés depuis quarante ans, le monde économique dans sa globalité attend une baisse des taux et espère un retour de l’argent moins cher.

Alors que les espoirs renaissent avec le tassement progressif de l’inflation, la Banque centrale américaine (FED) a durci le ton concernant les anticipations de marché. « Un ton plus austère des banques centrales à l’international a été adopté concernant une éventuelle baisse des taux dans les prochains mois. En effet, les anticipations des investisseurs internationaux s’orientaient depuis plusieurs mois vers un pivot monétaire dès le T1-2024. Or, aujourd’hui, cela est totalement exclu par la BCE et la FED », nous explique une source du marché.

Une situation globale encore trop fragile pour une baisse des taux

Malgré la baisse progressive du niveau d’inflation au Maroc et dans le reste du monde, la situation économique globale est encore tendue, et de nombreux facteurs exogènes mettent l’économie mondiale en sursis.

« Le pic inflationniste eu Europe et aux Etats-Unis a eu lieu au T2-2023, ce qui est récent. Il y a certes une tendance baissière, mais les niveaux restent au-dessus des cibles inflationnistes des banques centrales », indique notre interlocuteur.

Il convient de rappeler que les tensions géopolitiques au Proche-Orient ont attisé la crainte d’un dérapage à grande échelle dans la région. De plus, la guerre russo-ukrainienne, elle aussi, s’enlise et ne laisse entrapercevoir aucun signe d’amélioration ni de sortie de crise. « Il faut noter que le FMI a souvent rappelé, durant les présentations faites au Maroc, que l’inflation en baisse ne doit pas faire crier victoire trop vite. Un reflux à la hausse n’est toujours pas exclu », explique notre source.

En effet, un retournement haussier de l’inflation après un cycle de resserrement monétaire n’est pas à exclure. « Il est impossible de voir les résultats d’une politique de hausse des taux à très court terme. Il faut rester vigilant. La FED et la BCE tablent sur des taux à des niveaux élevés, le temps nécessaire pour observer un niveau d’inflation de retour à un seuil normatif à moyen terme », poursuit notre interlocuteur.

Il faut, en somme, que l’inflation atteigne un palier en deçà de la cible d’inflation des banques centrales pour juger de la pertinence et de la réussite du resserrement monétaire. Le tout dans un environnement instable, où les matières énergétiques sont exposées à beaucoup de volatilité potentielle. Notamment le pétrole, avec la volonté des membres de l’OPEP+ de réduire à nouveau leur offre. Une donne qui pourrait affecter le prix du baril à la hausse.

Ces paramètres sont d’ailleurs totalement transposables au cas marocain. Il conviendra donc naturellement d’observer les autres indicateurs macroéconomiques pour établir les prévisions de politique monétaire.

Un statu quo attendu au prochain conseil de Bank Al-Maghrib

Ces tensions géopolitiques rendent la détente monétaire potentiellement risquée. De plus, le resserrement entamé il y a un peu plus d’un an doit bénéficier de temps pour proprement démontrer son effet. De fait, un statu quo est largement anticipé au prochain conseil de Bank Al-Maghrib (BAM), le 19 décembre prochain.

« BAM a décidé le statu quo sur les deux derniers conseils de politique monétaire, après une hausse de 150 pbs. La transmission aux taux débiteurs n’a pas pleinement été répercutée. De fait, il est fort probable que l’on se dirige vers un nouveau statu quo au prochain conseil de la Banque centrale », rappelle notre source. Notons qu’au T3, les taux débiteurs n’affichaient qu’une hausse de 112 pbs, contre un taux directeur en hausse de 150 pbs sur la même période.

Les banques centrales à travers le monde sont donc en phase d’observation de l’efficacité à moyen terme de leur politique restrictive. Il faut d’ailleurs noter que le marché obligataire anticipe déjà un statu quo au prochain conseil. « Le marché obligataire l’intègre, dans le sens où l’on voit d’ailleurs des baisses régulières sur les taux primaires depuis quelques semaines. La demande est solide et reflète l’appétit des investisseurs sur les BDT de toutes les maturités, et surtout le moyen long terme. Donc, les investisseurs n’intègrent pas de hausse du taux directeur dans leurs anticipations« , poursuit notre source.

En somme, BAM sera dans une politique attentiste par rapport aux perspectives d’inflation. Un regard global sur les indicateurs macroéconomiques sera de mise. La croissance économique cette année dans le Royaume sera supérieure à celle observée l’an dernier. Elle est projetée par BAM à 2,9%, après une décélération à 1,3% l’an dernier. L’inflation quant à elle est anticipée à 2,4%, en 2024, par la Banque centrale.

« Tout cela plaide pour une poursuite du statu quo de BAM. Il ne faut également pas oublier que le Maroc entre dans une phase d’investissement très importante, avec une politique budgétaire expansionniste. Il ne paraît pertinent ni de rehausser ni de baisser le taux directeur pour le moment », conclut notre source.

Zone euro : face à l’inflation, la BCE relève à nouveau ses taux

« L’inflation continue de ralentir mais devrait toujours rester trop forte pendant une trop longue période. Le Conseil des gouverneurs est déterminé à assurer le retour au plus tôt de l’inflation au niveau de son objectif de 2% à moyen terme », a indiqué l’institution monétaire dans un communiqué.

Cette hausse des taux reflète l’évaluation par le Conseil des gouverneurs des perspectives d’inflation, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire, relève la BCE. Les évolutions observées depuis la dernière réunion confortent l’anticipation selon laquelle l’inflation va encore reculer sur le restant de l’année, mais demeurera supérieure à l’objectif pendant une période prolongée.

« Si certaines mesures commencent à s’atténuer, l’inflation sous-jacente reste globalement élevée. La transmission des précédentes hausses des taux demeure vigoureuse et les conditions de financement se sont encore resserrées, freinant de plus en plus la demande, ce qui constitue un élément important pour ramener l’inflation au niveau de l’objectif », poursuit la Banque.

Dès lors, les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement, de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt seront relevés à respectivement 4,25%, 4,50% et 3,75% à compter du 2 août 2023, fait savoir la BCE.

Les futures décisions du Conseil des gouverneurs feront en sorte que les taux d’intérêt directeurs de la BCE soient fixés à des niveaux suffisamment restrictifs, aussi longtemps que nécessaire, pour assurer un retour au plus tôt de l’inflation au niveau de l’objectif de 2% à moyen terme.

Ainsi, la BCE maintiendra une approche s’appuyant sur les données pour déterminer de manière appropriée le degré et la durée de cette orientation restrictive.

Indépendance de la Banque centrale : voici ce que disent les statuts de Bank Al-Maghrib

La crise inflationniste qui a démarré en 2022 a remis au goût du jour le débat sur l’indépendance de la Banque centrale. Un débat exacerbé par la dernière décision du Conseil de Bank Al-Maghrib, qui a relevé pour la troisième fois consécutive son taux directeur de 50 points de base à 3%. Une décision qui vise à juguler la forte inflation qu’a connu le pays en 2022 (+6,9%) et celle prévue pour 2023 (+5,5%).

Pour un gouvernement qui affiche des objectifs ambitieux en termes de croissance (4% par an d’ici 2026) et d’emplois (1 million d’emplois en cinq ans), cette décision tombe comme un couperet, car elle rend tout simplement difficile l’atteinte de ces objectifs. Qui dit hausse des taux, dit réduction de la masse monétaire, renchérissement du coût du crédit, et ralentissement de la machine économique.

La décision prise le mardi 21 mars par le Conseil de Bank Al-Maghrib vient ainsi rappeler que la Banque centrale fait passer les objectifs gouvernementaux après la réalisation de ses propres missions. Une indépendance qui ne plaît pas généralement aux politiques, mais qui est nécessaire pour protéger tout pays contre des abus monétaires à des fins politiciennes.

Car c’est cela l’essence même des indépendances des banques centrales dans le monde ; un principe acté au début des années 1990 après la crise inflationniste des années 1980.

Bank Al Maghrib ne peut accepter aucune instruction du gouvernement

Bank Al Maghrib, comme toutes les grandes banques centrales du monde, a également acquis cette indépendance, dès 2006, avec la promulgation de ses nouveaux statuts. Des statuts qui ont été revus en 2019 pour renforcer cette indépendance et clarifier davantage les missions de la Banque centrale, dont l’objectif central est de maintenir la stabilité des prix.

Dans l’article 6 des nouveaux statuts de Bank Al-Maghrib, adoptés par le Parlement le 10 juin 2019, le législateur est très clair sur cette question : « L’objectif principal de la Banque est de maintenir la stabilité des prix. La Banque définit l’objectif de stabilité des prix et conduit la politique monétaire. »

Et pour atteindre cet objectif, via les instruments de politique monétaire dont elle dispose, la Banque centrale doit agir en toute indépendance, loin de toute influence politique, comme le stipule l’article 13 de ses statuts : « Dans l’exercice de ses missions, la Banque, en la personne du Wali de Bank Al-Maghrib, du directeur général et des membres de son conseil, ne peut solliciter ou accepter d’instructions du Gouvernement ou de tiers. »

« L’indépendance de Bank Al-Maghrib est consacrée à travers notamment l’interdiction de recevoir ou de solliciter des instructions de la part du Gouvernement ou de tout tiers. De plus, la loi (portant statuts de Bank Al-Maghrib) durcit le régime des incompatibilités pour éliminer toute influence et interdit expressément au Wali, au Directeur Général, au reste des membres du Conseil, ainsi qu’à tous les collaborateurs de la Banque de se retrouver dans des situations de conflits d’intérêts », peut-on lire dans la note de synthèse des statuts de la Banque centrale.

En clair, Abdellatif Jouahri, le Wali de la Banque centrale, ne peut recevoir d’instructions d’aucun membre du gouvernement, même s’il s’agit du chef de l’exécutif. Les relations entre les deux institutions ne sont pas pour autant interdites, et sont d’ailleurs définies clairement dans les statuts de la banque.

Dans l’article 6 des statuts, on apprend ainsi que « le ministre chargé des finances, agissant sous l’autorité du Chef du gouvernement, se concerte régulièrement avec le Wali de Bank Al-Maghrib en vue d’assurer la cohérence de la politique macro-prudentielle, ainsi que celle de la politique monétaire avec les autres instruments de la politique macro-économique ».

La Banque centrale est également, selon l’article 15 des statuts, le « conseiller financier du gouvernement ». « Celui-ci la consulte, notamment, sur toutes questions susceptibles d’affecter l’exercice de ses prérogatives et fonctions telles que celles-ci sont définies par la présente loi. Elle soumet au Gouvernement tous avis et toutes suggestions relatives aux mêmes questions. »

Interprétée par quelques observateurs comme une immixtion du politique dans le travail de la Banque centrale, la réunion organisée le 22 février entre Aziz Akhannouch et Abdellatif Jouahri est donc tout à fait normale. Si rien n’a filtré sur son contenu, on peut juste noter qu’elle est intervenue quelques jours avant la sortie du Trésor sur le marché international. Les deux hommes ont-ils discuté d’autre chose ? Rien ne l’interdit, du moment que les décisions du Conseil de la Banque centrale ne subissent pas l’influence de la sphère politique.

Aux origines du principe de l’indépendance de la Banque centrale

Et c’est justement pour éviter cette influence, qui s’est révélée dangereuse par le passé, que le principe de l’indépendance des banques centrales a été institué dans les années 1990.

Si les gouvernements exerçaient un contrôle direct sur la banques centrales, les dirigeants politiques pourraient être tentés de modifier les taux d’intérêt à leur avantage afin de favoriser la croissance économique à court terme ou d’utiliser la monnaie imprimée par la Banque centrale pour financer des mesures populaires ou populistes pour assurer leur réélection, ce qui serait très préjudiciable à l’économie sur le long terme.

Bank Al-Maghrib, à l’image de la Réserve fédérale des Etats-Unis (FED), la Banque centrale européenne (BCE), la Banque d’Angleterre ou celle du Japon, a été établie en tant qu’institution indépendante précisément pour garantir qu’elle agisse au mieux des intérêts des citoyens et de l’économie sur le long terme, au-delà de tout calcul politique de court terme.

Deux grands théoriciens de ce principe d’indépendance, les économistes Barro et Gordon (1983), le disent sans détours. Pour eux, « le gouvernement serait tenté de tricher en menant une politique monétaire plus expansionniste que celle qui lui permettrait de respecter la cible d’inflation annoncée au départ ».

Même raisonnement développé par Nordhaus (1975), mais aussi Alesina et Roubini (1993), qui justifient la nécessité de cette indépendance par « l’existence de cycles électoraux ». Des cycles qui justifieraient, selon les trois économistes, « de confier la politique monétaire à une banque centrale indépendante afin d’éviter la mise en œuvre de politique monétaire déstabilisante ».

Pour eux, « les gouvernements choisiraient de mener, à l’approche des élections, des politiques monétaires accommodantes afin de réduire le chômage et ainsi faciliter leur réélection. Une fois celle-ci acquise, ils se lanceraient dans une politique de rigueur afin de réorienter les anticipations d’inflation à la baisse ».

Des comportements qui ont été déjà observés après la Seconde Guerre mondiale et jusque dans les années 1970 en Europe notamment, et qui ont fait perdre aux banques centrales et à leur politique monétaire toute crédibilité.

D’où l’unanimité des cercles économiques aux début des années 1990 autour de ce principe, qui ont conclu, études empiriques à l’appui, que la politique monétaire dans les mains des gouvernements ne pouvait être conduite efficacement.

Bank Al-Maghrib, qui s’inscrit dans les meilleurs standards internationaux en la matière, ne pouvait que suivre la tendance. Et avec une figure à sa tête comme Abdellatif Jouahri, connu pour son intégrité, son sens de l’intérêt public, respecté par l’ensemble de la classe économique et politique, et qui ne rend compte qu’au Souverain, cette indépendance de Bank Al-Maghrib n’a jamais été ébranlée ou remise en cause. Et c’est tant mieux.

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Le Maroc espère récupérer son Investment grade début octobre

Le Maroc espère recouvrer son Investment grade début octobre à l’occasion de la publication des nouvelles notes de Fitch Rating et S&P Global Ratings, apprend Médias24 de source sûre. Ces deux agences de notation avaient retiré au Maroc ce grade, élément que les investisseurs internationaux utilisent pour pricer la dette du pays, en pleine pandémie de Covid-19. D’abord Fitch Rating, le 26 octobre 2020, puis S&P, le 2 avril 2021.

Les deux agences avaient justifié cette dégradation de la note du Maroc par les effets de la crise du Covid sur l’économie, avec la forte contraction qu’a connue le PIB en 2020, ainsi que la détérioration du déficit budgétaire et l’envolée de la dette publique. Elles estimaient également que le pays ne pourrait probablement pas revenir à des niveaux de déficit acceptables d’ici 2024 au vu des grandes dépenses sociales engagées lors de la crise sanitaire et de la forte contraction des recettes étatiques.

Ces appréciations étaient lancées en pleine période d’incertitude économique. Mais il semble que les faits ainsi que l’orientation économique du pays en 2021 et en cette année 2022 vont inciter ces deux agences internationales à modifier leur avis sur la signature Maroc.

Équilibres budgétaires : le Maroc fait mieux que prévu

Au département des Finances, on travaille d’arrache-pied depuis la perte de l’Investment grade sur la récupération de cette notation, qui permettra au pays d’effectuer des levées à l’international à des conditions avantageuses. La politique budgétaire menée jusque-là a permis au Maroc de limiter la casse sur tous les plans, même après le déclenchement de la nouvelle crise inflationniste née du conflit russo-ukrainien.

Les agences internationales, et même des institutions nationales, tablaient tout naturellement sur une dégradation plus forte du déficit budgétaire du Maroc. Mais le pays a réussi à maîtriser l’équilibre de ses dépenses publiques, malgré le coût politique engendré. Le déficit budgétaire de l’année 2022 sera d’ailleurs fort probablement plus faible que ce qui a été prévu dans la loi de finances, nous révèle une source officielle, malgré la montée des charges de compensation, et ce grâce à une forte amélioration des recettes fiscales de l’Etat et des dividendes perçus de certains établissements publics.

« Ces performances budgétaires, qui ne sont pas faciles à réaliser dans un contexte de crise et d’envolée des dépenses sociales, sont à même de pousser les agences de notation à changer leur regard sur l’avenir des finances publiques, l’orientation du déficit et de la dette publique. Il y a également un élément important à prendre en compte : la reprise des secteurs exportateurs touchés par la crise, comme l’industrie et le tourisme, ainsi que la forte amélioration des transferts des MRE qui permettent d’envisager un rétablissement du déficit courant plus tôt que prévu. Tout cela plaide en faveur de la récupération de l’Investment grade, car les éléments qui ont poussé les agences de notation à le retirer ne sont plus d’actualité », nous explique un expert des finances publiques et des marchés de la dette souveraine.

Le terrain sera balisé pour une levée à l’international

Une source officielle nous indique que le Maroc cible ce retour de l’Investment grade et espère le récupérer dès octobre. Ce qui validera les choix de politique budgétaire des pouvoirs publics, ainsi que la solidité de la signature Maroc qui a su résister à des chocs successifs, et encouragera le Trésor à tenter sa chance sur les marchés internationaux pour réaliser la levée d’un maximum de 4 milliards de dollars comme prévu dans la loi de finances.

« L’amélioration de la notation du Maroc permettra certes au Trésor de lever plus facilement la dette à l’international et à des conditions avantageuses par rapport aux autres pays de la région. Mais ce n’est pas le seul élément dans la prise de décision au niveau du Trésor. Les taux actuellement à l’international sont orientés vers la hausse à cause des décisions de la Réserve fédérale des Etats-Unis (la FED) et de la Banque centrale européenne, qui ont relevé fortement et continueront d’augmenter leurs taux directeurs. Même avec l’Investment grade, une sortie à l’international peut ne pas être opportune au vu de ce contexte de marché. Tout dépendra donc des conditions de marché… », nuance un expert des marchés de la dette souveraine.

La récupération de l’Investment grade ne conditionnera donc pas la sortie du Trésor sur le marché de la dette. Mais elle sera à coup sûr un bon indice pour remettre le Maroc sur les radars des investisseurs internationaux et renforcer son image de destination d’investissement stable et crédible. Ce sera toujours ça de gagné…

Trente nouvelles locomotives livrées à l’ONCF

L’ONCF se dote de nouvelles locomotives diesel. Une trentaine de machines ont été livrées par le fournisseur croate TZV Gredelj et la société américaine des chemins de fer, la NREC, selon le quotidien spécialisé The International Railway Journal.

Ces deux experts du transport ferroviaire se sont associés pour la construction des locomotives GT26CW-3W commandées par le Maroc. Ces machines ont été assemblées par la firme TZV Gredelj, après avoir été équipées d’une motorisation diesel EMD 16-645 transformée par la NREC, selon la même source.