Moroccan Iron Steel : sidérurgiste en difficulté, créanciers en embuscade

Après Stroc Industrie, Delattre Levivier Maroc ou Buzzichelli, Moroccan Iron Steel s’ajoute à la liste des sidérurgistes marocains en difficulté.  En état de cessation de paiement, la société a été placée en redressement judiciaire par la cour d’appel de commerce de Casablanca. Elle attend désormais la validation d’un plan de continuation.

L’entreprise est en période d’observation depuis le 5 mai 2025, date à laquelle la cour d’appel a ouvert la procédure. Quelques mois plus tôt, en janvier, le tribunal de commerce de Casablanca avait opposé une fin de non-recevoir à la demande de redressement initiée par Moroccan Iron Steel.

Le syndic désigné, Me Abdelmajid Errais, avait quatre mois pour préparer un rapport détaillé sur la situation financière, économique et sociale de l’entreprise, et proposer des solutions de sortie. Ce délai étant écoulé sans qu’il parvienne à finaliser son rapport, il a sollicité une prolongation de délai, actuellement en cours d’examen. La décision sera rendue le 2 octobre.

Pour le sidérurgiste, l’objectif est désormais de convaincre le tribunal d’homologuer un plan de continuation. C’est-à-dire un rééchelonnement de dettes, qui peut théoriquement s’étaler sur dix ans.

En attendant cette échéance, les créanciers sont mis à l’arrêt. Le redressement gèle leurs actions individuelles : aucun fournisseur, aucune banque ne peut poursuivre l’entreprise de son propre chef. La dette se traite désormais dans le cadre d’une procédure collective, et sous le contrôle du juge-commissaire et du syndic. Les poursuites déjà lancées, qu’il s’agisse de saisies ou de ventes judiciaires, sont suspendues par l’effet du jugement.

Créanciers en embuscade

Moroccan Iron Steel est impliqué dans plusieurs litiges. Le plus lourd l’oppose à Banque centrale populaire qui ne lui réclame pas moins de 76 millions de dirhams. Ce montant a été reconnu par un arrêt rendu le 5 mai 2025 par la cour d’appel de commerce de Casablanca.

Avant ce jugement, la banque avait tenté d’exécuter sur le patrimoine de l’entreprise : son principal actif foncier, un terrain de 5,38 hectares à Douar Brahma (Mohammédia), avait été programmé pour une vente judiciaire à deux reprises en 2024. D’abord, avec une mise à prix de 137,43 MDH, ramenée ensuite à 48,99 MDH.

D’autres créanciers ont également cherché à recouvrer leurs créances sur l’outil industriel de l’entreprise. Afriquia Gaz avait obtenu plusieurs jugements en 2023 et enclenché une procédure de vente judiciaire visant les équipements stratégiques de Moroccan Iron Steel : lignes complètes de broyage de la ferraille, fours, laminoirs, tours mécaniques et numériques. La mise à prix globale avait été fixée à 8,29 MDH.

La société Grindwell Norton Ltd, filiale indienne du groupe Saint-Gobain spécialisée dans les abrasifs, s’était également jointe à cette opération.

Pression sur le dirigeant

La pression ne vise pas uniquement les actifs de la société. Elle s’étend aussi au patrimoine personnel du dirigeant, Mohamed Chahed El Filali.

En juin 2025, la Société nationale de garantie et de financement de l’entreprise, connue sous l’appellation Tamwilcom, avait programmé la vente judiciaire d’un bien immobilier lui appartenant : une villa dénommée « Rony », située à Anfa (Casablanca), d’une superficie de 1.317 m². La mise à prix avait été fixée à 26,4 MDH.

Au-delà de ces condamnations et saisies, l’état global de l’endettement de Moroccan Iron Steel reste encore à préciser. Le dispositif du redressement charge le syndic d’arrêter les créances sur la base des déclarations déposées, avant d’établir une photographie complète du passif.

Programmes de rachat d’actions : un outil encadré, peu activé et souvent marginal dans l’équation boursière

À la Bourse de Casablanca, la possibilité pour les sociétés cotées de racheter leurs propres actions existe bel et bien. La réglementation encadre de manière stricte ces opérations, en précisant leurs objectifs, leurs conditions d’exécution et leurs limites opérationnelles. Pourtant, en pratique, cet outil demeure marginal dans le comportement des émetteurs marocains.

Au cours de ce premier semestre 2025, seules deux sociétés ont activé des programmes de rachat : la Banque centrale populaire (BCP) et Maroc Telecom.

Trois programmes sont actuellement en cours, couvrant respectivement une fenêtre de 18 mois pour BCP et deux périodes successives pour Maroc Telecom.

Or, ces opérations, bien que légalement ouvertes, ne donnent lieu qu’à des volumes modérés sur le marché central. Ainsi, la BCP a procédé sur les mois d’avril et mai 2025 à des achats cumulés d’environ 530.000 titres, soit une fraction marginale de son capital social.

Maroc Telecom, de son côté, bénéficie d’une autorisation sur 1,5 million de titres par programme, sans qu’un volume significatif d’exécution ne soit encore constaté dans les derniers rapports mensuels.

Il faut comprendre que le cadre marocain n’a pas été conçu pour permettre aux sociétés d’utiliser ces rachats comme un levier de soutien actif du cours ou de gestion financière des fonds propres.

La circulaire 01-11, qui régit les modalités pratiques, limite expressément les interventions à un objectif unique de régularisation du marché. Le recours à cet outil vise exclusivement à lisser les excès de volatilité, à fluidifier la liquidité ponctuellement, sans chercher ni à accumuler des titres en vue de les annuler, ni à influencer structurellement le prix de l’action.

Avant toute intervention, l’émetteur doit obtenir un visa de l’AMMC sur une notice précisant les conditions du programme : durée maximale de 18 mois, fourchette de prix, volume maximal d’actions et société de bourse désignée pour exécuter les ordres.

Les transactions s’effectuent exclusivement sur le marché central, dans la limite de 25% des volumes quotidiens moyens, sauf dérogation. L’émetteur ne peut donner aucune instruction ; la société de bourse agit de manière totalement indépendante.

« Ce type de programme reste pertinent dans un marché comme le nôtre où la liquidité est parfois réduite. Il permet d’assurer un minimum d’échanges sur le titre, de limiter les mouvements de prix trop brutaux quand la volatilité s’emballe, et même, dans certains cas, de générer un gain comptable si des actions rachetées à bas prix sont revendues plus tard. Cela dit, le vrai intérêt reste avant tout d’apporter de la stabilité et de la fluidité aux transactions quotidiennes, sans chercher à influencer artificiellement le cours », explique un professionnel de la place.

Pourquoi les programmes de rachat restent si peu utilisés au Maroc 

« Si le dispositif existe depuis plusieurs années, il faut comprendre que sa faible utilisation tient d’abord à une question de culture de marché. Beaucoup d’émetteurs n’ont pas forcément intégré cet outil dans leur gestion courante. Certains ne connaissent même pas précisément le cadre réglementaire qui encadre ces rachats ».

Ainsi, malgré la disponibilité du mécanisme, seules quelques grandes capitalisations y recourent ponctuellement.

Mais au-delà de ce déficit de diffusion, le cadre légal lui-même constitue une forme de barrière. Depuis la circulaire 01-11, publiée en 2011, le dispositif est devenu beaucoup plus rigoureux. « Avant cette réforme, certains émetteurs utilisaient les rachats de manière opportuniste, parfois même pour influencer le cours. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Le régulateur a verrouillé le système pour éviter tout risque de manipulation de marché », explique l’analyste.

Dès lors, même pour les sociétés intéressées, la mise en œuvre opérationnelle reste contraignante. « On ne peut pas intervenir librement. L’intermédiaire boursier agit seul, avec des limites strictes sur les volumes et sur les niveaux de prix autorisés. Pour certains émetteurs, cela enlève tout simplement l’intérêt économique du dispositif », poursuit-il.

Néanmoins, le principe même de régularisation de marché pourrait trouver davantage de sens dans un environnement comme celui de la Bourse de Casablanca, où la liquidité est souvent limitée sur certains titres.

« C’est justement dans un marché étroit qu’un programme de rachat régulier et bien calibré peut jouer un rôle utile sur la liquidité. Mais il faut que les sociétés en fassent un véritable outil de pilotage et pas uniquement une formalité ponctuelle validée par l’AMMC », conclut notre interlocuteur.

L’exemple BCP : quand le rachat reste marginal face aux dynamiques de marché

Entre avril et mai 2025, la banque a acquis près de 530.000 titres dans le cadre de son programme en cours, tout en respectant les plafonds réglementaires fixés. Toutefois, l’impact de ces interventions sur le cours de l’action est resté modeste sur cette période, le titre évoluant autour de 265 DH.

Ce n’est qu’au début du mois de juin que le marché a connu un mouvement marqué, avec un passage rapide du titre au-dessus de 300 DH, porté cette fois par des volumes de marché bien supérieurs et d’autres catalyseurs externes. Ainsi, l’exemple montre que le programme de rachat, pris isolément, ne constitue pas un levier décisif sur le prix lorsque d’autres facteurs fondamentaux s’imposent dans la dynamique boursière.

La tour BCP est prête, déménagement imminent

La tour BCP, qui accueillera le nouveau siège de la banque, est quasiment prête. Sur place, on peut constater que les dernières finitions sont réalisées. On remarque aussi que les tourniquets d’accès sont opérationnels et le mobilier est installé.

Le building de 27 étages arbore déjà le logo de la banque, comme le montrent les images ci-dessous.

Selon nos informations, le déménagement des équipes est imminent, mais aucune date précise n’a été communiquée.

Située dans le quartier CFC, la tour BCP est nichée à l’angle du boulevard de l’Aéropostale et de Main Street.

« Il s’agit d’un projet urbain, moderne, intemporel, avec une architecture simple et humble. Il faut qu’il soit facilement reconnaissable, international et compréhensible par tout le monde et, surtout, véhiculant les valeurs de la BCP », nous expliquait Rachid Andaloussi, l’un des architectes du projet, en 2016.

La tour se veut tout en finesse, avec une faible épaisseur : une vingtaine de mètres pour une hauteur de 100 m. Les façades offrent un aspect différent selon l’orientation. Cet élément de distinction répond d’abord à un objectif écologique et fonctionnel, qui était dans l’esprit de la conception de départ.

À l’époque, on nous expliquait qu’au sud, par exemple, la façade porte une seconde peau, un brise-soleil sous forme de moucharabieh. « Il s’agit d’une résille scintillante, portant l’emblème de la banque, subtilement. Depuis l’espace public, cette résille laisse entrevoir le jardin suspendu du restaurant », poursuit l’architecte casablancais.

Étant donné que la tour est entièrement vitrée, une orientation nord a été privilégiée, avec une façade ouverte, mais sans être exposée à l’ensoleillement direct, et offrant une vue à 180 degrés sur Casablanca et l’Atlantique. « L’orientation a été décidée en observant le déplacement du spectre solaire pour être en harmonie avec les considérations de développement durable et d’efficience énergétique LEED version 4, donc consommer le moins d’énergie possible ».

La tour est éclairée la nuit en recourant au photovoltaïque.

Depuis des décennies, le siège central de BCP est situé au croisement des célèbres boulevards Zerktouni et Abdelmoumen.

BCP, T1-2025, Résultats financiers
BCP

Les bancaires en bourse : ce qui se cache derrière l’écart de valorisation avec le marché

Alors que le marché boursier marocain affiche un niveau de valorisation soutenu, avec un PER moyen de 20,8x en mai 2025, le secteur bancaire continue d’évoluer à un rythme distinct.

Son ratio cours/bénéfices plafonne à 13,9x selon les calculs de Serval Asset Management, creusant un écart de 6 points avec l’ensemble du marché. Ce différentiel, rarement atteint depuis dix ans, attire l’attention des analystes comme des investisseurs.

L’écart interroge d’autant plus que les banques marocaines conservent des fondamentaux solides. La croissance des bénéfices devrait dépasser les 10% en 2025 selon les prévisions de BKGR, portée par la bonne tenue du produit net bancaire, la baisse progressive du coût du risque et un environnement monétaire devenu plus favorable depuis l’assouplissement du taux directeur en mars.

Pourtant, la valorisation boursière des grandes banques reste stable, comme si le marché hésitait à reconsidérer leur profil de risque.

Faut-il y voir une prime de risque persistante, liée à une perception structurelle du secteur, ou bien une opportunité temporaire de revalorisation ? L’analyse des écarts de PER, croisée avec les dynamiques bénéficiaires, permet d’esquisser plusieurs pistes de lecture.

Des fondamentaux bancaires pourtant solides

Si l’on remonte quelques années en arrière, le PER moyen du secteur bancaire marocain évoluait autour de 17x, dans un marché porté par une croissance régulière du crédit et une perception de stabilité. Ce niveau a été perturbé par la crise sanitaire en 2020, mais les valorisations avaient partiellement rebondi à partir de 2021, à mesure que les résultats des banques se redressaient.

Depuis 2023, le mouvement s’est enrayé. Malgré une amélioration continue des résultats, les multiples de valorisation restent contenus, bien en deçà des moyennes historiques. Cette stagnation contraste avec le retour d’un environnement favorable : la politique monétaire est redevenue accommodante, avec un taux directeur abaissé à 2,25% en mars 2025, ce qui réduit le coût de refinancement pour les banques. En parallèle, la structure des dépôts demeure stable, tandis que la collecte, notamment sur les segments retail et corporate, continue de progresser.

Du côté des risques, la tendance est également rassurante. Les banques maintiennent une politique prudente de provisionnement, ce qui permet d’anticiper une légère baisse du coût du risque en 2025, selon les projections de BKGR. Cela contribue à préserver les marges nettes et à soutenir la rentabilité.

Des profils qui expliquent, en partie, la décote sectorielle

Derrière la moyenne sectorielle de 13,9x, le paysage bancaire marocain présente une forte dispersion. Ce sont surtout les grandes banques, pourtant les plus solides sur le plan des résultats, qui tirent cette moyenne vers le bas.

Le différentiel de valorisation entre les banques marocaines et le reste du marché reste marqué, mais il n’est pas figé. Il reflète avant tout des réalités contrastées. Certaines banques, comme Attijariwafa bank ou BCP, affichent des PER modérés alors que leurs fondamentaux restent solides, et leur croissance bénéficiaire attendue dépasse les 10%. D’autres, comme CFG ou BMCI, présentent des multiples plus élevés pour des raisons spécifiques, liées à leur structure de revenus ou à leur profil boursier.

Attijariwafa bank, valorisée à 13,9x, affiche l’un des PER les plus faibles du secteur. BCP suit une trajectoire proche, avec un PER de 14x. CIH Bank, de son côté, affiche un multiple de 14,9x, en ligne avec sa stratégie de développement actif et la reconnaissance progressive de son positionnement auprès des investisseurs.

Plus haut dans la fourchette, Bank of Africa (16,3x) et Crédit du Maroc (15,75x) se distinguent par des profils plus différenciés. BOA capitalise sur sa présence régionale et une trajectoire de croissance continue.

À l’autre bout du spectre, deux banques présentent des PER nettement plus élevés. BMCI, valorisée à 25,2x, se distingue par un effet mécanique lié à une base bénéficiaire encore en reprise. Sa faible liquidité boursière rend également son PER plus sensible aux variations ponctuelles.

CFG Bank, avec un PER de 30,2x, évolue dans une configuration différente : sa récente entrée en bourse et la nature de ses activités en font un profil particulier, que le marché semble valoriser selon d’autres critères.

Lors d’un échange avec la presse à l’occasion du Capital Market Day de CFG Bank, Younes Benjelloun, directeur général exécutif, a expliqué que ce multiple reflète deux éléments fondamentaux : une croissance annuelle attendue de l’ordre de 20% à l’horizon 2028-2029, au-dessus des standards bancaires, et un ROE cible supérieur à 16 %, contre une moyenne de 10% à 12% dans le secteur.

Ce niveau élevé de rentabilité est rendu possible par un modèle hybride, avec 50% de revenus issus des commissions (peu gourmands en fonds propres) et 50% de marge d’intérêt. Ainsi, le PER de CFG ne peut être comparé mécaniquement à celui des banques matures. Il reflète une équation croissance + rentabilité, que le marché semble reconnaître. Tant que ce profil se confirme, le PER pourra rester durablement au-dessus de la moyenne sectorielle, sans pour autant constituer une survalorisation injustifiée.

Vers une revalorisation du secteur bancaire ?

Pour un analyste de marché, « la moyenne sectorielle est trompeuse. Ce sont les grandes capitalisations, bien détenues, qui tirent le ratio vers le bas. Mais chaque banque raconte une histoire différente ».

« Le contexte boursier de 2025 vient aussi renforcer les arguments en faveur d’une revalorisation progressive. Le MASI bancaire a franchi la barre des 19.000 points, un seuil symbolique qui confirme une tendance haussière installée. Dans le même temps, la politique monétaire s’oriente à la détente, avec un taux directeur abaissé à 2,25% en mars et d’autres ajustements envisagés. Ce n’est pas anodin pour les banques. Un cycle de baisse des taux élargit les marges d’intérêt, relance la demande de crédit, et améliore les perspectives de résultats », explique-t-il. Dans cet environnement, les investisseurs pourraient revoir leur grille de lecture.

Enfin, au-delà du positionnement technique, les fondamentaux plaident pour une attention renouvelée au secteur bancaire. En 2024, les banques ont affiché des progressions notables de leurs produits nets bancaires, une amélioration de leurs marges et des politiques de distribution attractives. « On a un secteur rentable, bien capitalisé, qui distribue généreusement et qui bénéficie d’un environnement macro stable. Il n’est pas logique qu’il reste en décote trop longtemps ». « La revalorisation n’est pas garantie. Mais elle n’a rien d’illusoire, surtout si le marché poursuit sa dynamique haussière et que les banques continuent d’exécuter leur trajectoire », conclut-il.

BCP dégage un RNPG en hausse de 19% au T1-2025

Le groupe Banque centrale populaire (BCP) a entamé l’exercice 2025 sur une trajectoire haussière, avec une progression de 19% de son résultat net part du groupe (RNPG), qui atteint 1,3 MMDH à fin mars.

Cette performance s’inscrit dans un contexte de regain de croissance au Maroc, tirée par les secteurs non agricoles, et de consolidation monétaire dans les pays d’Afrique subsaharienne où le groupe est présent.

Le produit net bancaire (PNB) consolidé du groupe ressort en nette hausse de 14,9% à 6,95 MMDH.

Cette croissance est alimentée par l’ensemble des composantes : la marge d’intérêt, la marge sur commissions, mais aussi et surtout les activités de marché, qui continuent de bénéficier d’un environnement de taux favorable. À elles seules, les activités de marché génèrent un résultat en progression de plus de 750 MDH sur un an, à 1,95 MMDH.

La collecte de dépôts continue de progresser, avec un encours consolidé en hausse de 1,7% à 395,7 MMDH, tandis que les crédits bruts à la clientèle restent stables à 320,6 MMDH (+0,2%).

Cette évolution témoigne d’un comportement encore prudent sur le front du crédit, en dépit d’une conjoncture économique globalement plus porteuse.

Les charges générales d’exploitation sont maîtrisées, en hausse modérée de 3,3% à 2,9 MMDH.

Le coût du risque, en revanche, augmente de 19,6% pour s’établir à 1,55 MMDH. Il reflète la poursuite de la politique de provisionnement prudente engagée par le groupe dans un contexte encore incertain sur le plan macroéconomique et sectoriel.

Au total, le résultat net consolidé du groupe s’établit à 1,49 MMDH (+18,9%), confirmant la dynamique engagée en 2024. Le retour sur action, mesuré par le résultat par action, s’établit à 6,36 DH contre 5,34 DH un an auparavant.

Le groupe revendique par ailleurs un réseau de 10.510 points de distribution au service de 8,6 millions de clients. Les notations sont restées stables : BB/Stable/B chez S&P et Ba1/Stable chez Moody’s.

En 2024, les banques ont engrangé des bénéfices record, à 23 MMDH

En 2024, les principales banques du Maroc ont enregistré une progression marquée de leurs résultats financiers. Le résultat net consolidé cumulé s’est établi à 23 MMDH, en hausse de 21,3% par rapport à 2023.

Le résultat net part du groupe (RNPG), un indicateur plus représentatif de la performance pour les actionnaires, a quant à lui progressé de 19,8%, atteignant près de 19,2 MMDH.

Cette dynamique positive est observée dans la majorité du secteur, aussi bien chez les grandes banques cotées que chez les établissements de taille moyenne. Attijariwafa bank, BCP et Bank of Africa concentrent à elles seules plus de la moitié des bénéfices du secteur, tandis que CIH Bank, Crédit du Maroc, CFG Bank ou encore BMCI affichent des croissances à deux chiffres, voire supérieures à 40% dans certains cas.

La progression des résultats en 2024 ne s’est pas exprimée avec la même intensité d’une banque à l’autre. Elle révèle des trajectoires différenciées, mais que l’on peut relier à une multitude de tendances communes visibles dans les comptes consolidés.

En valeur absolue, Attijariwafa bank conserve sa position de leader, avec un RNPG de 9,5 MMDH, en hausse de 26,6%.

La BCP suit avec 4,15 MMDH (+19,2%), puis Bank of Africa avec 2,34 MMDH (+11%). Ces trois établissements concentrent, à eux seuls, près de 70% du RNPG agrégé des banques cotées (hors Société Générale et Crédit Agricole du Maroc).

D’autres établissements affichent des performances remarquables par leur croissance : CFG Bank (+49%), Crédit du Maroc (+47%) ou encore BMCI, qui a presque doublé son résultat net. CIH Bank poursuit sa montée en puissance, avec un bénéfice de 875 MDH en hausse de +23,3%.

À l’inverse, certaines contre-performances marquent une rupture. Société Générale Maroc, en recul de plus de 40%, illustre les effets d’un recentrage stratégique et d’un environnement opérationnel plus contraint.

Enfin, Crédit Agricole du Maroc, bien que hors du périmètre des banques cotées, enregistre un rebond spectaculaire après une année 2023 particulièrement faible.

Une croissance nourrie par la reprise de l’activité bancaire

L’un des premiers moteurs de la performance bancaire en 2024 a été la croissance des crédits et des dépôts, qui reflète le redémarrage de la demande dans un contexte d’assouplissement progressif de la politique monétaire.

CIH Bank a vu ses crédits croître de 11,5% à 101,2 MMDH, et ses dépôts augmenter de 13,9% à 84,5 MMDH, dont 84% sont constitués de dépôts à vue.

CFG Bank, en forte expansion, a affiché une croissance de 28% des encours de crédits et de 36% des dépôts, atteignant 18,3 MMDH.

Attijariwafa bank a, pour sa part, collecté 40 MMDH de dépôts supplémentaires, avec une croissance de 14% de l’épargne, ce qui lui a permis de consolider sa part de marché sur les ressources non rémunérées à 28%.

Ces ressources bon marché ont permis de préserver des marges confortables dans un contexte encore tendu sur les taux de refinancement. Crédit Agricole du Maroc, par exemple, a bénéficié d’une hausse de 18% de sa collecte en dépôts à vue, contre une baisse de 11% des dépôts à terme, ce qui a amélioré sa structure de financement.

Une croissance robuste du PNB sur l’ensemble du secteur

Le produit net bancaire a progressé dans quasiment toutes les banques, porté par la hausse des marges d’intérêts, des commissions et, dans plusieurs cas, des revenus de marché.

Attijariwafa bank affiche un PNB consolidé record de 34,5 MMDH, en hausse de 15,2%, alimenté par une forte progression des revenus de marché (+39,4%).

CFG Bank a vu son PNB grimper à 941 MDH, en hausse de 43 %, grâce à une hausse de 36% de la marge d’intérêt et 41 % des commissions. Crédit du Maroc a enregistré une croissance de 12,9% de son PNB à 3,3 MMDH, avec des hausses sur toutes ses lignes métiers, notamment un bond de 41,7% des résultats de marché.

BMCI, de son côté, a affiché un PNB en hausse de 10,2% à 3,79 MMDH. Chez CIH Bank, le PNB a progressé de 6,1% à 4,74 MMDH, tiré par la marge nette d’intérêt (+6,8%) et les commissions (+17,9%).

Même Bank of Africa, dans un contexte international complexe, a enregistré une progression de 7% de son PNB à 15,8 MMDH.

Une discipline sur les charges qui renforce l’effet de levier

Cette progression des revenus s’est accompagnée, dans la majorité des banques, d’une bonne maîtrise des charges d’exploitation, voire d’une amélioration de la productivité.

Attijariwafa bank a ainsi dégagé un résultat brut d’exploitation en hausse de 24,2%, à 22 MMDH, avec un coefficient d’exploitation de 36,1%, amélioré de 5 points.

CFG Bank a vu son RBE bondir de 74% à 388 MDH, malgré un programme d’investissement soutenu. Crédit du Maroc a stabilisé ses charges (+0,4%), ce qui a permis une hausse de 27,9% de son RBE à 1,7 MMDH et une nette amélioration de son coefficient d’exploitation à 48,6%.

BMCI a également amélioré sa rentabilité opérationnelle, avec un RBE en hausse de 24,1% à 1,55 MMDH, grâce à la maîtrise des frais de gestion (2,24 MMDH) et à une baisse du coefficient d’exploitation à 59,1%. CIH Bank a maintenu une bonne efficacité, soutenue par sa digitalisation et la montée en charge de ses services à valeur ajoutée.

Un coût du risque maîtrisé dans la majorité des cas

Le coût du risque a été contenu, voire réduit, dans plusieurs établissements, ce qui a amplifié l’effet de levier sur les résultats.

CIH Bank a réduit son coût du risque de 16,3%, à 1,07 MMDH, avec un taux de coût du risque en baisse de 1,15% à 0,85%. Crédit du Maroc a également allégé ses dotations à 398 MDH (–10,5%), avec une amélioration des créances douteuses et une couverture portée à 88,8%.

Crédit Agricole du Maroc a réduit son coût du risque à 1,26 MMDH, contre plus de 2 MMDH en 2023, contribuant au redressement de ses résultats.

CFG Bank a maintenu un coût du risque bas, à 41 MDH seulement (0,3% des encours), grâce à la qualité de son portefeuille. En revanche, BMCI a vu son coût du risque augmenter de 27,9%, à 810 MDH, dans une logique de renforcement prudentiel. BCP a, pour sa part, maintenu un niveau élevé à 6,2 MMDH, en lien avec une couverture large des expositions sensibles.

La diversification géographique comme relais de croissance

Chez les groupes à dimension panafricaine, la contribution des filiales internationales reste un facteur différenciant. Bank of Africa a dégagé un RNPG en hausse de 10%, à 2,2 MMDH, et un résultat net consolidé de 3,3 MMDH (+15%), grâce à ses implantations en Afrique de l’Ouest et à sa politique d’innovation.

Attijariwafa bank tire également près de 30% de son PNB de ses filiales africaines, consolidant ainsi la résilience de son modèle face aux cycles domestiques.

Des contre-performances isolées, aux causes spécifiques

Dans un environnement aussi largement positif, certaines contre-performances s’expliquent par des facteurs spécifiques, souvent non récurrents. C’est le cas de Société Générale Maroc, dont le résultat net a reculé de plus de 40% en 2024. Pourtant, les revenus étaient en hausse et les indicateurs opérationnels bien orientés. La baisse s’explique par deux éléments exceptionnels : une importante provision liée à un programme de départs volontaires, et un redressement fiscal significatif.

Sans ces charges ponctuelles, la rentabilité de la banque aurait été bien plus proche de celle observée les années précédentes.

Quant à Crédit Agricole du Maroc, la spectaculaire hausse de ses résultats (+438%) repose surtout sur un effet de base, après une année 2023 marquée par une rentabilité très dégradée. En 2024, l’amélioration est néanmoins réelle, avec un PNB en forte progression (+28%) et une collecte dynamique, traduisant un retour graduel à l’équilibre.

Un contexte économique et monétaire porteur

Au-delà des dynamiques propres à chaque banque, les résultats 2024 ont été soutenus par un environnement économique et monétaire globalement favorable.

Une reprise économique modérée a permis de stabiliser la demande de financement, avec une croissance du PIB réel de 2,9%, selon la Banque mondiale. Bien que l’agriculture ait pesé sur l’activité globale, le PIB non agricole est resté dynamique, soutenant les secteurs clients des banques.

L’inflation a fortement ralenti, passant de 6,1% en 2023 à près de 1% en 2024, ce qui a desserré l’étau sur le pouvoir d’achat des ménages et réduit la pression sur les coûts d’exploitation des banques.

Bank Al-Maghrib a assoupli sa politique monétaire en fin d’année, en réduisant son taux directeur à 2,5%, amorçant ainsi une nouvelle phase de soutien à l’activité. Cette baisse, bien qu’intervenue tardivement, a commencé à se transmettre aux conditions de crédit.

Enfin, le secteur a profité de l’effet d’une amnistie fiscale exceptionnelle, qui a permis de rapatrier et de régulariser plus de 127 milliards de dirhams d’avoirs. Cette opération a dopé la collecte de dépôts, renforçant les ressources disponibles pour financer l’économie.

La BCP enregistre une hausse de 20,2% de son résultat net en 2024

Le produit net bancaire (PNB) consolidé du groupe BCP a progressé de 12,3% pour atteindre 25,6 MMDH. Cette performance est tirée par une dynamique positive de la marge d’intérêts (4,3%) et de la marge sur commissions (4,1%), ainsi que par une bonne performance des activités de marché.

Le résultat net consolidé a augmenté de 20,2% pour s’établir à 5 MMDH, tandis que le résultat net part du groupe a progressé de 19,3% à 4,1 MMDH.

Par ailleurs, le groupe a continué à maîtriser ses frais généraux, qui ont augmenté de seulement 3% pour atteindre 11,6 MMDH, permettant ainsi une réduction du coefficient d’exploitation à 45,1%.

Au Maroc, l’encours de collecte des dépôts a progressé de 7,1% pour atteindre 313,4 MMDH. Cette performance est principalement due à la dynamique positive des segments des particuliers (12,5 MMDH) et des entreprises (8,4 MMDH), reflétant la confiance accrue des clients envers le groupe.

La part des ressources non rémunérées a également augmenté, atteignant 77,9%.

Les crédits à l’économie se sont stabilisés à 235 MMDH, avec une contraction des crédits de trésorerie compensée par une amélioration des crédits à l’équipement. Le PNB de la Banque au Maroc a augmenté de 20,5% pour atteindre 16,3 MMDH, soutenu par une amélioration de la marge d’intérêts (8,4%) et une progression de 68,5% du résultat des activités de marché.

Les filiales du groupe BCP, tant au Maroc qu’à l’international, continuent de jouer un rôle clé dans la diversification des revenus. Les filiales internationales ont contribué à hauteur de 25% au PNB consolidé, avec une amélioration de 2,1% de leur PNB agrégé.

Les filiales métiers au Maroc ont quant à elles contribué à 23% du PNB consolidé, grâce à une progression de la marge sur commissions et des activités de marché.

Le groupe a maintenu une politique de provisionnement prudente, avec un coût du risque en hausse de 15,6% pour atteindre 6,2 MMDH. Le fonds de soutien, un mécanisme de solidarité spécifique au modèle coopératif du groupe, a été renforcé de 7%, atteignant près de 4 MMDH.

La provision pour risques généraux (PRG) s’élève à 6 MMDH, renforçant ainsi la solidité financière du groupe.

Le groupe BCP dispose d’un réseau de 10.438 points de distribution, renforçant sa proximité avec ses 8,6 millions de clients. Cette présence étendue permet au groupe de maintenir une relation de confiance avec sa clientèle, tout en continuant à développer ses services digitaux, avec 1,1 million de clients équipés en produits digitaux.

La notation du groupe reste stable, avec une note de BB/Stable/B selon Standard & Poor’s (S&P) et de Ba1/Stable selon Moody’s. Ces notations reflètent la solidité financière du groupe et sa capacité à faire face aux défis économiques.

 

Kamal Mokdad quitte la BCP

« Après 8 années jour pour jour passées à la Banque centrale populaire, en tant que directeur général en charge de la BCP et de l’International, l’heure est venue pour moi d’ouvrir un nouveau chapitre », a écrit Kamal Mokdad, DG en charge de l’International depuis mars 2017.

Après avoir passé une dizaine d’années au sein du département Banque de Mazars à Paris, Kamal Mokdad a rejoint le bureau de Casablanca début 2007 notamment pour structurer une offre d’audit et de conseil dédiée aux institutions financières. Diplômé de Sciences Po Paris et titulaire d’un Executive MBA ainsi que du diplôme français d’expertise comptable, il a, à son actif, plusieurs missions d’envergure conduites aussi bien au Maroc, en France qu’en Afrique de l’Ouest et du Centre.

 

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Trois nouveaux directeurs généraux nommés à la Banque centrale populaire

Idriss Bensmaïl rejoint la Banque centrale populaire pour être nommé à la tête de la direction générale en charge du Retail. Il prend ainsi en charge l’ensemble des activités et filiales liées au développement des segments particuliers, professionnels et entreprises.

Âgé de 46 ans, Idriss Bensmaïl justifie d’une expertise significative dans le secteur bancaire. Il a précédemment occupé des postes de haute responsabilité au sein d’institutions financières de renom, et ce, tant à l’international qu’au Maroc, indique un communiqué de la banque. Il est titulaire d’un diplôme de l’EDHEC Business School (Lille) et d’un Executive MBA de Harvard Business School.

Abdeslam Bennani est nommé directeur général en charge du Corporate & Investment Banking. Jusqu’ici directeur général adjoint en charge du pôle Banque de l’international, il justifie d’une expertise de 27 ans au sein du secteur bancaire dont 14 à la Banque centrale populaire. Son parcours se distingue par une expérience reconnue dans les domaines du financement des grandes entreprises et du développement de l’activité bancaire en Afrique subsaharienne.

Abdeslam Bennani est titulaire d’un Bachelor en Finance de l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises et d’un DESS en audit et finance.

Othmane Tajeddine est nommé directeur général en charge de la Banque de l’international. Il occupait jusqu’ici le poste de directeur général adjoint chargé des activités de Marchés de capitaux et investissement groupe. Il justifie d’un parcours de plus de 22 ans au sein de la Banque centrale populaire avec une expertise orientée vers la finance, les marchés de capitaux et l’entreprise.

Âgé de 49 ans, Othmane Tajeddine est titulaire d’un DESS en gestion financière et patrimoniale.

Marché des bons du Trésor : Attijariwafa bank en tête du classement annuel des IVT en 2024

Attijariwafa bank occupe la première place du classement annuel des intermédiaires en valeurs du Trésor (IVT) les plus actifs sur le marché des bons du Trésor en 2024. Elle est suivie de BMCE Capital en deuxième position et de BCP en troisième.

Publié par la Direction du Trésor et des finances extérieures (DTFE), ce classement repose sur plusieurs critères, notamment l’animation des marchés primaire et secondaire, la participation aux opérations de gestion active de la dette intérieure et le respect des engagements en matière de cotation électronique des bons du Trésor. La qualité du conseil et des informations transmises à la DTFE est également prise en compte.

Les banques les mieux classées jouent un rôle clé dans le bon fonctionnement du marché des bons du Trésor et le financement de l’État.

Dimagaz : AWB rejoint la longue liste des créanciers

Dimagaz s’est mis à dos tout le secteur bancaire. Après BOA, la BCP, la SGMB et le Crédit Agricole, Attijari Wafabank rejoint la longue liste d’établissements créanciers de ce distributeur de gaz butane. Les deux parties sont actuellement en procès au tribunal de commerce de Casablanca.

Contrairement aux autres banques, AWB ne vise pas Dimagaz en sa qualité de débiteur direct, mais en tant que caution d’un crédit de 96 MDH souscrit par NORDSUD Gaz, un opérateur du même secteur.

Le prêt avait été cofinancé en 2009 par AWB et la SGMB. La société a traîné des impayés. AWB, qui a supporté 23 MDH du prêt, a déjà récupéré 17 MDH auprès d’autres cautions, mais souhaite recouvrer le reste auprès de Dimagaz et NORDSUD Gaz. D’où l’action déposée en avril 2024. La banque souhaite un paiement solidaire entre l’emprunteur et sa caution.

Dans ce procès, le dernier fait majeur remonte au 3 octobre 2024. Le tribunal a ordonné une expertise pour vérifier les montants invoqués par AWB. La prochaine audience se tiendra le 9 janvier.

Le montant en jeu n’est pas conséquent, mais du côté de Dimagaz, une condamnation risque d’alourdir une ardoise déjà colossale. Entre la BCP (1,1 MMDH), Bank Of Africa (370 MDH), le Crédit Agricole du Maroc (315 MDH) et Société Générale Marocaine de Banque (205 MDH), l’endettement de l’entreprise s’élève à près de 2 milliards de dirhams.

Pour l’heure, seule la BCP et la SGMB ont eu confirmation judiciaire de leurs créances. Les autres établissements attendent encore l’issue de leurs contentieux. Ce qui ne les empêche pas de diligenter des saisies sur les biens de Dimagaz et de son dirigeant Najib El Jirari, titulaire d’un patrimoine immobilier expertisé à plus de 100 MDH.

AFIS CEO Talk. Kamal Mokdad (BCP) et Amine Bouabid (BOA) partagent leurs visions pour transformer le secteur bancaire africain

Lors d’un panel intitulé « CEO Talk : Comment positionner les géants bancaires africains dans les centres financiers internationaux ? », réuni dans le cadre du sommet de l’AFIS le mardi 10 décembre, Kamal Mokdad, directeur général de la Banque Centrale Populaire (BCP), et Amine Bouabid, CEO de Bank of Africa (BOA), ont partagé leurs visions pour transformer le secteur bancaire africain. Entre ambitions stratégiques et réformes structurelles, leurs propositions traduisent une volonté de hisser les banques du continent au niveau des standards internationaux.

« 85% des échanges africains se font avec le reste du monde », a souligné Kamal Mokdad, ce qui pose un véritable défi face à la désertion des banques internationales. La BCP a répondu en mettant en place des solutions innovantes, notamment via sa filiale CIB Offshore à Tanger qui facilite les transactions en dollars et en euros pour une trentaine de banques africaines. En complément, un hub stratégique a été établi à Maurice pour renforcer les flux entre l’Asie et l’Afrique.

Selon Kamal Mokdad, « Maurice a développé un système de compensation en RMB « yuan chinois » et des conventions fiscales avantageuses qui attirent les acteurs chinois pour capturer les opportunités de commerce et d’investissement ».

Nous sommes aujourd’hui la seule banque de l’Afrique de l’Ouest, du Nord et du Centre à avoir une présence à Maurice

De son côté, Amine Bouabid a insisté sur la nécessité de « réinventer le système bancaire africain« , en relevant que le retrait des banques européennes créait une opportunité pour un modèle plus autonome. Il a appelé à mobiliser les investisseurs, les épargnes et les gouvernements pour favoriser une transformation collective.

Amine Bouabid a affirmé que l’Afrique devait « agrandir le gâteau« , autrement dit, stimuler l’économie et les opportunités de crédit tout en racontant une histoire convaincante pour attirer les investissements étrangers.

Par ailleurs, « seulement 15% des transactions africaines sont compensées à l’intérieur du continent, ce qui coûte 5 milliards de dollars par an aux entreprises africaines », a précisé Kamal Mokdad.

Ainsi, il y a une nécessité d’harmoniser la réglementation et de créer un système de compensation unique pour réduire la dépendance aux devises étrangères. « On a aujourd’hui un impératif de réduction de la dépendance justement de l’Afrique vis-à-vis de ces devises étrangères. Et donc, il faut absolument avancer sur la mise en place d’un système de règlement et de paiement en Afrique parce que nous avons 54 pays, vous le savez, et 42 monnaies« , a-t-il ajouté.

Néanmoins, pour Kamal Mokdad, il est crucial d’investir dans la conformité et l’automatisation des opérations afin de respecter les standards internationaux.

Nous devons rassembler les épargnes. Nous devons faire les choses ensemble. Nous devons réinventer ce modèle

En écho, Amine Bouabid a mis en avant l’idée de définir des indicateurs clés de performance (KPI) pour aligner les efforts des banques, des gouvernements et des banques centrales. Il a pris l’exemple de la contribution actuelle de la finance au PIB africain, qui se situe à seulement 25% à 26%, contre 120% au Royaume-Uni. « Passer à 50% dans dix ans nécessiterait une croissance annuelle des actifs de 20% à 30% », a-t-il estimé, insistant sur l’importance d’une vision collective pour atteindre cet objectif.