Cannabis. Production, autorisations, bénéficiaires…, le bilan des activités de l’ANRAC en 2024

Le conseil d’administration de l’ANRAC s’est tenu ce jeudi 26 décembre, à Rabat. L’occasion de dresser le bilan de ses activités en 2024 et d’élaborer des pistes de travail pour l’année 2025.

Place donc au bilan de cette année 2024.

L’ANRAC a examiné et traité, au cours de cette année, 4.158 demandes d’autorisation, et en a délivré 3.371 dont les bénéficiaires sont les suivants :

– 3.056 autorisations au profit de 2.907 agriculteurs pour l’activité de culture et de production de cannabis contre 430 autorisations délivrées en 2023 ;

– 315 autorisations au profit de 158 opérateurs.

Elles se répartissent comme suit :

Les 158 opérateurs concernés comprennent :

Pour ce qui est du travail de certification, l’ANRAC a certifié 7,6 millions de semences importées de cannabis sur la base de 30 autorisations d’importation octroyées par l’ONSSA à 21 importateurs. Elle a aussi autorisé l’utilisation de 1. 717 quintaux de semences Beldia, sur la base des 112 autorisations d’utilisation de ces semences octroyées par l’ONSSA à 112 coopératives.

En 2024, 2.169 hectares ont été plantés en cannabis licite par 2.647 agriculteurs regroupés au sein de 189 coopératives. Voici la répartition de ces plantations :

Quant à la production en cannabis licite en 2024, elle s’élève à 4.082,4 tonnes, avec un rendement moyen de 20 q/ha. Cette production est répartie comme suit :

Au conseil d’administration de l’ANRAC, il a été souligné que les opérations de suivi et de contrôle réalisées par cette institution durant l’exercice 2024 ont montré que toutes les activités relatives au cannabis, entreprises par les agriculteurs et les opérateurs, sont conformes aux dispositions réglementaires.

Pour ce qui est de l’année 2025, l’ANRAC s’est engagée à redoubler ses efforts pour consolider les actions entreprises et promouvoir les initiatives requises pour structurer le développement de la filière du cannabis dans un cadre légal qui assure aux agriculteurs un exercice sécurisé et valorisé de leur activité, et qui garantit aux opérateurs de cette filière des conditions optimales d’accessibilité aux marchés internationaux. La finalité est de contribuer au développement socio-économique des zones concernées par la réglementation, à savoir les trois provinces de Chefchaouen, Taounate et Al Hoceïma.

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Rappelons que cette année 2024 a connu un grand fait marquant : la grâce royale accordée le 19 août à 4.831 personnes en relation avec la culture illicite du cannabis. Ce geste royal a été bénéfique aux concernés et à leurs familles. Il leur a permis de se consacrer de nouveau à leur gagne-pain quotidien, mais dans la légalité et sans craindre de se retrouver pourchassés ou derrière les barreaux.

L’autre point saillant dans le bilan de l’ANRAC est l’augmentation substantielle des cultures licites autorisées par cet organisme étatique. La légalisation du cannabis pour des usages licites a d’abord bénéficié aux agriculteurs, à leurs familles et aux coopératives qui ont été créées. Et quand l’activité licite progresse, cela signifie que l’activité illégale recule. 

L’ANRAC bientôt dotée d’un système d’information intégré

Selon les documents relatifs à cet appel d’offres, la prestation objet du marché vise à mettre en place un système d’information intégré destiné à couvrir plusieurs domaines fonctionnels essentiels de l’ANRAC. Parmi ces domaines figurent la gestion des achats et des appels d’offres, la gestion du stock de fournitures, des immobilisations et du parc automobile, ainsi que la gestion de la comptabilité sous ses différentes formes : générale, budgétaire, analytique et de trésorerie.

La solution cible répond à des objectifs spécifiques. Elle doit simplifier la gestion des processus financiers et comptables, tout en fluidifiant les flux de données entre les différents acteurs et les circuits validés. Par ailleurs, elle permettra une meilleure maîtrise des délais et une optimisation du traitement des tâches couvertes, tout en garantissant un suivi précis des données pour appuyer la prise de décision éclairée.

Le délai d’exécution pour la mise en œuvre de ce système est fixé à 300 jours calendaires.

Par ailleurs, et pour répondre à ses besoins croissants en équipements informatiques, l’agence vient de confier la mission d’acquisition de matériel informatique à la société Next Generation Services, pour un montant d’environ 1,2 million de DH. Le délai d’exécution est établi à 3 mois

Cannabis : la récolte de la « Beldia » a dépassé les 40% des superficies cultivées

« La récolte de la « Beldia’ a démarré », apprend-on de source autorisée. « Puisque les semis se sont étalés de février à avril 2024, les récoltes se poursuivent encore ».

« L’on peut toutefois dire qu’elle a dépassé les 40%« , assure notre interlocuteur. Les équipes de l’Agence sont sur place, dans les trois provinces autorisées, pour suivre le processus.

Les chiffres de la récolte de cette année seront connus en dernière étape de la chaîne de production. « La « Beldia » est récoltée en tiges encore vertes, puis transportée aux unités de séchage. L’évaluation de la récolte se fait à la dernière étape du processus, au moment de l’opération de vente par la coopérative à l’opérateur auquel elle est liée par contrat depuis le début de la culture ».

« C’est à ce moment-là que l’ANRAC intervient pour s’assurer que la quantité produite correspond à celle prévue initialement, et détruire le reste s’il y a un surplus ».

Rappelons-le, c’est la première année que la « Beldia » a été autorisée par l’ANRAC depuis la légalisation du cannabis au Maroc. A fin février dernier, 732 hectares avaient été plantés par 875 agriculteurs, ce qui représentait 80% de la superficie autorisée et 70% des agriculteurs concernés.

Plus en détails, les 732 hectares sont distribués comme suit selon nos sources :

Il s’agit donc d’une superficie moyenne de moins d’un hectare pour chaque agriculteur.

> Lire aussi : 

https://medias24.com/2024/04/08/cannabis-autorisee-la-culture-de-la-beldia-demarre-dans-le-haut-rif-central/

A Chefchaouen, les préparatifs pour la deuxième campagne de cannabis se poursuivent

L’ANRAC a tenu ces lundi 6 et mardi 7 mai à Chefchaouen des rencontres de suivi de la seconde campagne de cannabis avec différents opérateurs du secteur, notamment les agriculteurs, les coopératives et les opérateurs.

Cette rencontre intervient après une première, tenue les jeudi 2 et vendredi 3 mai derniers avec les acteurs du secteur dans la province de Taounate, et avant une autre prévue ce mercredi 8 et jeudi 9 mai à Al Hoceima.

Médias24 a pu assister à la rencontre tenue avec les agriculteurs, coopératives et opérateurs du secteur du cannabis ce mardi dans la province de Chefchaouen, aux alentours de Bab Berred, durant laquelle ces derniers ont fait part de leurs craintes par rapport aux bonnes pratiques de production.

L’une des principales craintes partagées par l’un des opérateurs est relative à l’autorisation de la Beldia cette année. « Normalement, les cultures de graines importées et celles de Beldia doivent être séparées de 3 km de part et d’autre, le THC de la Beldia pouvant impacter les graines de cannabis importées qui ne contiennent que du CBD. »

L’ANRAC a ainsi précisé qu’ »à ce jour, nous ne disposons pas de référentiel par rapport à cette problématique, puisque c’est la première année où la culture de la Beldia est autorisée. Toutefois, des experts précédemment reçus par l’Agence ont démontré que la Beldia n’impacte pas l’autre variété importée, qui ne contient que du CBC ».

« Des analyses ont également été réalisées sur des cultures à Chefchaouen notamment, qui ont démontré que les graines importées n’ont pas été impactées par le THC élevé de la Beldia. »

D’autres agriculteurs, qui se lancent pour la première année dans la culture légale du cannabis, ont pour leur part demandé des éclaircissements sur le circuit de la production, en passant par le séchage, jusqu’à la vente, et les contrôles nécessaires tout au long de ce processus.

Les graines de cannabis importées de l’étranger ne contiennent que du CBD.

La campagne de cette année devrait démarrer fin mai. Les terrains sont donc en cours de préparation, et les dernières graines importées continuent d’arriver.

Selon l’ANRAC, il serait préférable que les dernières importations arrivent au plus tard vers le 27 mai, pour garantir le bon déroulement de la campagne, tant pour les agriculteurs que pour les coopératives.

En ce qui concerne la Beldia, la campagne a démarré en début d’année. L’ANRAC a toutefois insisté sur la nécessité d’accélérer la construction d’usine pour sa transformation.

Cannabis : la culture de la « Beldia » démarre dans le Haut Rif central, après avoir été autorisée

La culture de la Beldia, produit historique du Maroc aussi connu sous l’appellation « Kif », a été autorisée par l’ANRAC. C’est en quelque sorte un cannabis de terroir. La production de cette campagne, prévue d’être récoltée en août prochain, sera la première autorisée légalement par cette Agence de régulation. C’est donc un grand pas en avant dans le secteur pour le Maroc, après des années de militantisme pour la légalisation du cannabis, et en particulier de la Beldia.

Il s’agit d’une expérience pilote, comme cela a été le cas pour les autres semences de cannabis importées l’an passé. L’autorisation de la Beldia figurait parmi les objectifs et priorités de l’ANRAC pour l’année 2024, qui avait promis d’accorder à cette variété locale de cannabis une attention particulière.

Après de nombreuses réunions et visites effectuées dans les trois provinces de Chefchaouen, Al Hoceima et Taounate par les opérateurs de l’Agence pour expliquer aux agriculteurs la nouvelle démarche réglementaire à suivre pour sa culture, les choses se concrétisent.

« Les graines seront semées en ce mois d’avril »

Médias24 s’est entretenu avec Abdellatif Adebibe, militant depuis une trentaine d’années pour la légalisation du cannabis au Maroc, et particulièrement de la Beldia. Egalement à la tête de plusieurs associations dont l’Association du Rif central il dispose à présent d’une coopérative Adrar Nouh, et d’une coopérative de transformation « Sedros Sativa ».

« La culture de la Beldia a été autorisée cette année par l’ANRAC. Cette autorisation est délivrée après le dépôt d’un dossier constitué de plusieurs documents, notamment du plan topographique de la parcelle, ainsi qu’un plan de situation, qui est par la suite examiné par une commission de ladite Agence », nous explique notre interlocuteur.

« Il y a deux types de demandes, une demande d’autorisation pour la Beldia, communément appelée ‘Kif’, et une demande d’autorisation pour les autres semences homologuées », qui ont été cultivées l’an passé. « L’agriculteur doit, de son côté, respecter un cahier des charges qui fixe notamment les bonnes pratiques agricoles, telles que le respect des normes d’hygiène et autres ».

« Notre terrain, avec un groupe de petits agriculteurs locaux, s’étale sur une superficie de 30 hectares. Il se trouve à Issaguen, dans les quatre versants de la montagne de Tidirhine, dans le Haut Rif central. Pour démarrer la culture de cette variété locale, j’ai créé une coopérative agricole nommée ‘Adebibe Al Filahia’, et signé des contrats avec le groupe d’agriculteurs qui y adhèrent, pour leur acheter leur production », comme le stipulent les lois en vigueur.

« Nous allons bientôt démarrer la campagne de cette année », poursuit-il. « Après les précipitations récentes, nous attendons que le sol sèche un peu, pour pouvoir labourer et semer les graines », explique Abdellatif Adebibe. « Généralement, la campagne de la Beldia démarre vers mars-avril pour s’achever en août« .

En termes de production, les agriculteurs ne peuvent pas encore se prononcer, d’autant qu’elle dépend de plusieurs facteurs, notamment la superficie des terrains, les bonnes pratiques agricoles, l’utilisation des engrais naturels et la disponibilité en eau. « Lorsque toutes ces conditions sont réunies, on récolte en grande quantité une plante de bonne qualité », souligne Abdellatif Adebibe, notant que « l’entretien de la plante est également très important ».

Une graine bio, disponible localement et résistante à la sécheresse et aux parasites

La culture de la Beldia présente de nombreux avantages par rapport aux autres semences importées de l’étranger et semées dans les trois provinces de Chefchaoune, Taounate et Al Hoceima, selon Abdellatif Adebibe. « Elle est facile à réaliser. Et contrairement aux autres semences importées, les graines sont locales. On ne les achète pas », ce qui représente un coût en moins pour les agriculteurs.

Autre grand avantage évoqué par notre source : « C’est une plante qui résiste aux changements climatiques. D’ailleurs, elle est là depuis des siècles. Elle s’adapte aux conditions climatiques et à son milieu, et résiste à la sécheresse. C’est donc une solution écologique pour conserver la nappe phréatique ». Par ailleurs, « elle n’a pas non plus besoin de traitement ni de pesticides, puisqu’elle résiste également aux parasites ».

« C’est aussi une graine naturelle », ajoute notre interlocuteur. « Son THC et son CBD sont naturels et non manipulés par les laboratoires. C’est donc un vrai médicament naturel, qui doit être exploité correctement. C’est un patrimoine naturel qu’il faut valoriser ».

Pour connaître ses principes actifs et les possibles usages de cette variété locale de cannabis, une étude a été réalisée par l’Institut national de recherche agronomique (INRA). Cette plante a donc été caractérisée.

« Toute la plante peut ainsi être utilisée, de la racine à la fleur », nous explique notre source. « On peut extraire les principes actifs de la racine, des tiges, des graines et de la résine. Et après sa transformation, on pourra l’utiliser dans plusieurs domaines, notamment dans la fabrication de tissus, à partir de la fibre, dans la construction, à partir des tiges, ou encore dans le secteur médical ».

Un avantage concurrentiel énorme

Contrairement aux autres plantes importées, « la Beldia offre » selon Abdellatif Adebibe « un énorme avantage compétitif pour le Royaume, du fait qu’elle n’existe que dans le Haut Rif central, une zone connue mondialement sous le nom de ‘Ketama’ ».

« Si on veut la cultiver dans un autre endroit, même à l’intérieur du Maroc, ses molécules physiques et chimiques changent et ne sont plus les mêmes », ce qui dégrade sa qualité. « Une Beldia de bonne qualité se développe dans les hauteurs, et spécialement dans la montagne de Tidirhine », poursuit-il.

« Sur les autres semences, les pays étrangers ont déjà de l’expérience. Avec la Beldia, on sera les seuls sur le marché mondial, puisqu’elle ne pousse nulle part ailleurs. Aucun pays ne pourra donc nous concurrencer ».

« Notre récolte sera transformée sur site »

Avec d’autres agriculteurs qui l’accompagnent, Abdellatif Adebibe a créé une coopérative de transformation de leur récolte dans le but de contrôler les produits, mais aussi de créer des emplois dans cette zone reculée.

« Les agriculteurs qui adhèrent à ma coopérative ne disposent pas des moyens suffisants pour acheter les équipements nécessaires pour cultiver les autres semences importées. Une fois que nous récolterons nos plantes, nous les transformerons sur site en respectant les bonnes pratiques de transformation, d’abord pour contrôler notre culture et être proches de notre plante, mais aussi pour générer des emplois et des revenus et pour développer la zone ».

À présent, « l’Etat doit me donner un terrain pour construire mon unité, qui devra être prête d’ici septembre prochain. Beaucoup de jeunes diplômés en sciences ainsi que des femmes de la région y seront embauchés. Il s’agit donc également d’une solution socio-économique pour la région ».

« L’Etat doit toutefois nous accompagner pour devenir leaders à l’international », conclut-il, en appelant à l’amélioration des infrastructures d’Al Hoceima, mais aussi à la multiplication des vols vers d’autres villes marocaines, notamment Marrakech, pour améliorer le volet touristique de la ville.