BAM publie un guide pratique sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme

Bank Al-Maghrib (BAM), en collaboration avec l’Autorité nationale du renseignement financier (ANRF), la Commission nationale chargée de l’application des sanctions prévues par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) et l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), a publié une première version de son guide pratique relatif à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (LBC-FT).

Ce guide, qui s’inscrit dans le cadre du renforcement des actions de sensibilisation du public aux risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, explique ce qu’est le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et présente les normes internationales en la matière ainsi que le dispositif mis en place au Maroc pour s’y conformer.

Il présente les acteurs clés du dispositif national, notamment l’Autorité nationale du renseignement financier, la Commission nationale des sanctions prévues par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et les autorités du secteur financier ainsi que leurs missions.

Le document explore en profondeur les concepts fondamentaux tels que le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, détaillant les étapes d’une opération de blanchiment et les processus impliqués dans le financement du terrorisme. Le guide souligne l’importance cruciale de lutter contre ces menaces pour préserver l’intégrité du système financier mondial et prévenir les dommages qu’elles pourraient causer à la société.

Casablanca : arrestation d’un ressortissant franco-algérien recherché par Interpol

Selon un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), le prévenu, âgé de 42 ans, aurait été impliqué dans des affaires de trafic de drogue et de blanchiment d’argent à l’échelle internationale.

Les faits criminels qui lui sont reprochés auraient été commis lors de la période 2019-2024.

Il a été placé en détention pour les besoins d’une éventuelle procédure d’extradition vers la France, alors que le Bureau national d’Interpol de Rabat a averti son homologue parisien de cette arrestation, comme le veulent les usages.   

Lutte BC/FT. Déclaration de soupçon vs secret professionnel : un débat tardif qui anime les avocats

Pour les avocats, la lutte contre le blanchiment d’argent confronte la profession à un dilemme : celui opposant l’obligation de déclaration de soupçon au secret professionnel.

La confrontation de ce devoir imposé par la loi 12.18, relative à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, à l’engagement historique de l’avocat envers son client a fait l’objet d’un débat lors du séminaire conjointement organisé par le barreau de Tanger, l’Association des barreaux du Maroc et l’Union internationale des avocats les vendredi 3 et samedi 4 mai.

À cette occasion, des robes noires ont exprimé leurs positions et leurs lectures juridiques respectives, ainsi que leurs interrogations quant à cette situation que certains qualifient de « crise », tout en regrettant le retard de ce débat car, comme l’a souligné l’ex-bâtonnier Hassan Birouaine, la loi 12.18 a vu son processus législatif enclenché en 2020 lors de la crise sanitaire.

Durant cette période, et comme l’ont déploré d’autres de ses confrères, la profession n’a pas réagi, contrairement à des représentants de la profession en Europe notamment.

La problématique qui se pose est que cette loi, jugée « plus sévère à l’égard de la profession », selon Me Tarik Zouhair, avocat au barreau de Casablanca, impose aux avocats de faire des déclarations de soupçon, sous peine de sanctions pénales et disciplinaires, comme le rappelle Me Mohamed Boukerman, du barreau de Fès.

Selon lui, cette obligation porte atteinte à l’indépendance de la profession. Un avis que partagent également d’autres avocats qui se sont exprimés à cette occasion.

Une atteinte à la profession sur les plans moral et sécuritaire

Pour Me Boukerman, « nous sommes face à une loi en vigueur. On ne peut pas appeler à sa non-application. Cela dit, nous devons, en parallèle, protéger le secret professionnel en tant qu’engagement professionnel, également imposé par les textes internationaux ».

L’idée est de « ne pas perdre la relation de confiance entre le client et l’avocat, car c’est la base de la profession », plaide-t-il.

Me Boukerman rappelle que certains pays ont « exempté l’avocat de cette obligation. C’est le cas du Canada et des États-Unis d’Amérique. Or, le Maroc a suivi l’orientation des pays de l’Union européenne qui, quasi-unanimement, obligent l’avocat à déclarer le soupçon. Même si l’on peut souligner positivement la position des associations professionnelles dans l’UE, qui se sont opposées à cette obligation ».

Dans son intervention, sous forme de plaidoirie, Me Boukerman indique que « le plus grave dans cette loi réside dans les sanctions qu’elle prévoit. Certaines sont pénales, puisque l’avocat est considéré comme complice ou facilitateur et peut être sanctionné au même degré que l’auteur principal. D’autres sont disciplinaires avec des amendes qui vont jusqu’à 1 million de DH ».

« Pis, les sanctions disciplinaires peuvent être émises sur proposition de l’autorité de tutelle, à savoir le ministère de la Justice dans notre cas. Celui-ci peut soumettre au barreau toute violation relevée et proposer les sanctions disciplinaires. C’est là que réside l’atteinte à l’indépendance de la profession« , estime l’avocat.

Selon lui, les engagements imposés par la loi ne peuvent être appliqués dans les cabinets d’avocats au Maroc, car ils nécessitent un travail administratif pour lequel il faut dédier un membre du personnel, mais aussi la mise en place d’un programme d’analyse et d’évaluation des risques, tout en ayant connaissance de la source de l’argent du client et en formant des cadres administratifs dans le bureau, etc.

L’orateur estime que ces engagements risquent de faire oublier à l’avocat sa mission initiale.

De son côté, l’ex-bâtonnier Mohamed Lahkim Bennani a également pris la parole pour réagir à ce débat évoqué de manière discontinue tout au long de ce séminaire. Pour lui, « le secret de la profession est hérité des ancêtres avocats sur une durée de 15 ou 20 siècles ». Il s’agit d’une « valeur intangible à la personne de l’avocat« .

Mais au-delà du volet moral, Me Lahkim Bennani évoque également le côté sécuritaire et les risques qu’encourent les avocats. « Il en va de notre sécurité personnelle et de celle de notre famille. Un avocat qui va divulguer les secrets de la mafia s’exposer à l’assassinat », souligne-t-il.

Flou juridique : les avocats du contentieux exemptés ?

Par ailleurs, il convient de noter qu’en intervenant dans la partie questions-réponses, à la fin de la première journée du séminaire, Me Kawtar Jalal, avocate au barreau de Casablanca, a soulevé une distinction importante en matière de déclaration de soupçon.

Tout en rappelant que l’obligation de vigilance est de facto appliquée dans les cabinets d’avocats, puisqu’il est fait partie intégrante de leur activité, elle partage sa lecture du texte en matière de déclaration de soupçon qui n’est obligatoire, selon elle, qu’en matière de conseil juridique et non pas en matière de contentieux.

Un avis que partage son confrère de Tanger, Me Hatim El Khatib. Pour lui, « l’avocat en matière de contentieux n’est pas concerné par l’obligation de déclaration de soupçon (…). Sinon, cela va poser problème, non seulement pour les avocats mais aussi pour les clients dans leur droit à un procès équitable ».

En tous cas, il souligne que le guide établi par le ministère de la Justice en matière de lutte contre le blanchiment d’argent soutient cette position. Bien qu’il ne s’agit pas d’une référence légale, ce guide ne considère pas que les avocats du contentieux sont concernés par cette obligation de déclaration de soupçon.

Cela dit, l’avocat n’écarte pas la possibilité qu’une « explication différente » voit le jour dans le futur.

GAFI : le Maroc sort de la liste grise

Un communiqué de la primature annonce la sortie du Maroc de la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI). Cette décision intervient à la suite des conclusions positives contenues dans le rapport des experts du groupe, sanctionnant la visite de terrain entreprise au Maroc du 16 au 18 janvier 2023.

« Ce rapport, en vertu duquel le Maroc est sorti de la liste grise, a salué l’engagement politique formel du Royaume pour la conformité du dispositif national de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme avec les normes internationales, ainsi que le total respect par notre pays de tous ses engagements dans les délais fixés », souligne le communiqué du chef du gouvernement.

Dans un communiqué diffusé le 24 février, le GAFI « note les progrès du Cambodge et du Maroc dans l’amélioration de leurs régimes respectifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (LBC/FT) couverts par leurs plans d’action individuels. Chaque pays a remédié à ses carences techniques pour respecter les engagements de son plan d’action sur les carences stratégiques que le GAFI a identifiées en février 2019 et 2021 respectivement ».

« Les deux pays ne sont plus soumis au processus de surveillance accrue du GAFI, mais continueront à travailler avec l’organisme régional de type GAFI (FSRB) dont ils sont membres pour renforcer davantage leurs régimes de LBC/FT », souligne l’organisme.

Le GAFI indique notamment que le Maroc a procédé aux réformes clés suivantes :

(1) améliorer la supervision basée sur les risques et prendre des mesures correctives et appliquer des sanctions efficaces, proportionnées et dissuasives en cas de non-conformité ;

(2) renforcer son cadre de sanctions financières ciblées et veiller au respect, par les institutions financières et les entreprises et professions non financières désignées, des obligations en matière de sanctions financières ciblées ;

(3) entreprendre et partager les résultats de l’évaluation des risques sur l’utilisation abusive de tous les types de personnes morales avec le secteur privé et les autorités compétentes ;

(4) accroître la diversité des déclarations de transactions suspectes ;

(5) établir des procédures de saisie et de confiscation des avoirs.

La sortie du Maroc de la liste grise impactera positivement les notations souveraines et les notations des banques locales, note la primature, tout comme elle renforcera l’image du Maroc et son positionnement lors des négociations avec les institutions financières internationales, ainsi que la confiance des investisseurs étrangers dans l’économie nationale.

Afin de consolider les acquis réalisés au cours des dernières années, le Maroc réitère son engagement fort à poursuivre le renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, conformément à l’évolution des normes internationales en la matière, et souligne que cet engagement revêt désormais un caractère stratégique et institutionnel visant la préservation du système financier national contre les dangers des crimes financiers.

 

Lutte anti-blanchiment: le projet de loi adopté en commission

La commission de justice de la Chambre des représentants a adopté, dans la nuit du 19 au 20 avril, le projet de loi 12.18, modifiant et complétant le code pénal et la loi 43.05 relative à la lutte contre le blanchiment d’argent.

La Chambre des représentants tiendra mardi une séance plénière législative, consacrée à l’examen et au vote de textes de lois finalisés, dont celui-ci.

« Ce projet de loi s’inscrit dans le cadre des efforts du Royaume visant à renforcer le dispositif juridique de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi qu’à l’adapter aux normes internationales adoptées dans ce sens par le Gafi », indique le ministère de la Justice sur sa page Facebook.