Logistique. Moncef Belkhayat détaille le partenariat BLS-Varun Beverages Morocco
Varun Beverages Morocco, franchiseur et producteur des marques de PepsiCo comme Pepsi et Lay’s a conclu un accord d’une ampleur peu commune avec BLS, filiale du groupe H&S Invest Holding, présidé par Moncef Belkhayat.
Il s’agit l’un des plus grands contrats d’entreposage jamais signés dans le secteur des produits de grande consommation (FMCG) au Maroc.
Ce partenariat porte sur la mise à disposition d’un espace logistique de 31.000 m² pour une valeur de 120 MDH sur une durée ferme de neuf ans.
Contacté par Médias24, Moncef Belkhayat, PDG de BLS, nous dévoile les détails de ce partenariat.
Vers l’externalisation et l’optimisation des coûts
Varun Beverages Morocco, l’entreprise de référence dans le secteur des boissons et snacks au Maroc, souhaite se concentrer sur son cœur de métier, à savoir le développement et la croissance de ses marques, tout en confiant sa logistique à un acteur spécialisé.
« Aujourd’hui, les grandes multinationales privilégient leur cœur de métier, à savoir le brand building, c’est-à-dire la construction et le développement de leurs marques », nous explique Moncef Belkhayat.
« Toutes les activités considérées comme annexes, comme la logistique, sont confiées à des spécialistes. Partout dans le monde, ces entreprises ont fait le choix stratégique d’externaliser la logistique, qu’elles ne perçoivent pas comme une activité centrale de création de valeur. Pour les multinationales des produits de grande consommation, la véritable activité stratégique consiste à investir dans le marketing et le développement de leurs marques ».
« Au Maroc, il existe encore une culture où les entreprises préfèrent internaliser leur logistique, souhaitant garder leurs marchandises sous contrôle direct. Mais cette mentalité évolue. Cela change dans le sens où même les entreprises nationales commencent à penser à sous-traiter. Ainsi, de plus en plus de sociétés de logistique spécialisées voient le jour et sont capables de maîtriser les coûts de gestion. In fine, la décision repose sur un arbitrage entre le coût d’investissement et les coûts de gestion opérationnelle« , nous explique notre interlocuteur.
Cette externalisation de la logistique implique-t-elle une baisse des coûts ? « Elle coûtera moins cher lorsque les pouvoirs publics pourront mettre en place une politique de développement de la logistique dans ce sens », nous répond Moncef Belkhayat.
« Dans les développements urbanistiques historiques au Maroc, la logistique était un parent pauvre. C’est-à-dire que les terrains pour la logistique n’existaient pas généralement. Et s’ils devaient exister dans les plans de développement urbain, ils ne dépasseraient pas 1.000 à 2.000 m2 de superficie. Or, aujourd’hui, pour pouvoir écraser les coûts, il faut du volume ».
« Il est donc essentiel de développer des plateformes logistiques de 5 à 10 hectares d’un seul tenant. C’est la seule façon de réduire les coûts et de moderniser le secteur. Par exemple, lorsqu’on survole les périphéries de villes comme Barcelone ou Paris, on y voit d’immenses entrepôts alignés, desservis par des camions semi-remorques. Ce modèle est rendu possible grâce à une planification urbaine qui réserve de vastes espaces dédiés à la logistique, permettant ainsi d’optimiser les coûts ».
« Nous sommes en train d’y arriver au Maroc« , estime-t-il, « grâce à la politique de l’Agence marocaine pour le développement de la logistique (AMDL) qui vise à mettre à la disposition des opérateurs des terrains importants ». Il s’agit en effet de zones logistiques construites par l’Agence, à Agadir notamment et à Ouled Saleh. « Ce sont des terrains allant de trois à dix hectares, offrant aux opérateurs logistiques la possibilité d’accéder à du foncier adapté pour construire de grandes plateformes et ainsi réduire significativement les coûts. »
Quatre plateformes pour Varun Beverages Morocco
Selon Moncef Belkhayat, quatre plateformes logistiques seront mises à la disposition de Varun Beverages Morocco par BLS.
La première est actuellement en construction à Lakhyayta, au sud de Casablanca. « C’est un terrain acheté auprès d’un opérateur espagnol il y a neuf mois. Nous sommes en train d’y construire un entrepôt de 25.000 m2 pour Varun Beverages Morocco, en plus de 6.000 m2 sur d’autres villes, à savoir Salé, Meknès et Tanger« , souligne-t-il.
Par ailleurs, le groupe dimensionne actuellement ses capacités avec un programme d’investissement ambitieux de 2 milliards de dirhams (MMDH) sur les deux prochaines années afin de répondre à la demande croissante des multinationales et des entreprises nationales en quête de solutions logistiques modernes et compétitives.
Cet investissement se déploie, d’après notre interlocuteur, sur plusieurs sites stratégiques :
- 300 millions de dirhams (MDH) pour la plateforme de Tit Mellil (54.000 m²) inaugurée en 2024 ;
- 300 MDH pour la plateforme de Lakhyayta, en cours de construction ;
- des investissements similaires dans cinq autres villes : Fès, Marrakech, Tétouan, Kénitra et Salé (300 MDH au total) ;
- ainsi que l’acquisition d’actifs fonciers avec l’AMDL à Oulad Salah et Agadir.
Quid du financement ? Il repose sur plusieurs leviers d’après le PDG de BLS. « D’abord, une ouverture de capital a été réalisée auprès de la Société financière internationale (IFC), membre du groupe de la Banque mondiale, pour un montant d’environ 370 MDH en octobre dernier, suivie d’une deuxième augmentation de capital auprès de Capital Croissance, fonds d’investissement piloté par BMCE Capital Investissements, filiale du groupe Bank of Africa, pour un montant de 75 MDH ».
« À cela s’ajoute un emprunt obligataire de 500 MDH, levé en juillet dernier auprès de plusieurs OPCVM marocains. Le reste du financement provient de dettes d’investissement », avec la possibilité de bénéficier de subventions dans le cadre de la Charte d’investissement, ce qui permet de compléter le montage financier nécessaire pour atteindre le montant total de 2 MMDH.
Une capacité totale de 250.000 positions palettes
Notons toutefois que ce contrat n’est pas un cas isolé. BLS a déjà remporté plusieurs appels d’offres en 2024, parmi lesquels Procter & Gamble (11.000 positions palettes), Lesieur (12.000 postions palettes), LG (15.000 positions palettes), Transmed (10.000 positions palettes), McDonald’s (2.000 positions palettes), ou encore des acteurs du secteur pharmaceutique (4.500 positions palettes pour plusieurs clients).
Le groupe gère aujourd’hui un total de 250.000 positions palettes à travers le Royaume. En plus de ses clients externes, il prend également en charge la logistique d’un grand client interne, Dislog, ainsi que celle de certains locataires tels que la Compagnie chérifienne de chocolat et La Voie Express (60.000 positions palettes).
Tout ceci fait que le groupe couvre à présent la logistique des produits de grande consommation, principalement les produits secs, mais aussi les produits pharmaceutiques, et s’étend désormais à la logistique de la température contrôlée, avec un marché de 2.000 positions palettes qu’il vient de remporter.
Moncef Belkhayat souhaite accroître encore la capacité du groupe. Mais pour l’instant, les deux priorités de BLS sont, d’une part, de finaliser l’acquisition de La Voie Express et son intégration complète dans les systèmes d’information, les ressources humaines et les opérations ; et, d’autre part, de poursuivre le développement d’opérateurs logistiques intégrés de bout en bout.
Cela inclut notamment le renforcement du transport et du transit freigh forwarding, avec la société Marbar Logistics, qui constitue un levier stratégique important pour le groupe.
« Marbar Logistics enregistre aujourd’hui des croissances annuelles de 30% depuis qu’on l’a acquise. C’est donc un levier de croissance important pour le groupe. Mais, ce qui est encore plus important, c’est le développement de notre pôle transport avec les acquisitions de Comptoir Service notamment, et prochainement de Transload, dont le dossier a été transmis au Conseil de la concurrence, ce qui nous permettra de consolider un pôle transport qui fait partie des cinq plus grands nationaux. »
« Il s’agit d’une stratégie globale et holistique couvrant l’ensemble du stockage. Cela inclut la sous-traitance et la location, mais aussi le transport de marchandises, le freight forwarding et le transit. Grâce à cette approche, le groupe se positionne aujourd’hui comme l’opérateur national leader de la logistique end-to-end, allant du freight forwarding au transport et à l’entreposage ».
BLS veut devenir le premier opérateur logistique coté
Moncef Belkhayat souligne par ailleurs que, dans le contexte de transformation digitale et de réorganisation du marché de la distribution, de nouvelles dynamiques logistiques voient le jour.
À mesure que la vente en ligne se développe et que la livraison devient un critère central pour le consommateur, le modèle traditionnel des magasins pourrait évoluer vers une logistique urbaine plus flexible. « Cela passera par la création de grands opérateurs logistiques comme BLS ou Amazon, si ce dernier arrive au Maroc, capables de massifier les flux en périphérie des villes, tout en implantant des warehouses, de petits entrepôts de proximité dans les quartiers, pour assurer une livraison rapide, parfois en moins de 20 minutes. »
Dans ce sens, « je prévois la mise en place d’une politique nationale visant à externaliser les marchés de gros des centres-villes vers la périphérie. Cette démarche permettrait, par exemple, à Derb Omar de transférer ses activités de stockage en dehors de Casablanca, tout en conservant ses bureaux commerciaux en centre-ville ». L’ensemble de la logistique de stockage serait ainsi déplacé dans le cadre de cette politique de massification, optimisant à la fois les coûts et l’efficacité opérationnelle.
Il ne faut pas non plus négliger l’importance croissante des standards de qualité, estime-t-il, en particulier pour les produits alimentaires, où l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) joue un rôle clé dans la mise à niveau des exigences. Dans ce contexte, « les entrepôts de Derb Omar ne répondent plus aux attentes des multinationales. Ces dernières privilégient désormais des opérateurs logistiques structurés, organisés et respectant des standards élevés de qualité et de sécurité, tout en proposant des solutions respectueuses de l’environnement, conformes aux exigences internationales. »
Pour conclure, Moncef Belkhayat rappelle que l’actionnariat de BLS est composé à 60% de H&S Invest Holding, tandis que les 40% restants sont détenus par STOA, IFC (Banque mondiale) et BMCE Capital. « L’objectif du groupe est de poursuivre son développement afin de devenir le premier opérateur logistique national à entrer en bourse ».

