Affaire Babour – BOA : La défense de Babour Sghir prend la parole, la fin du procès approche
Deux accusés n’avaient pas encore entendus leurs avocats plaider pour eux. C’est chose faite, ce vendredi 19 juillet. Les avocats de Babour Sghir et l’avocate de S.F., ont plaidé à leur tour. Seul Me Omar Tayeb qui s’est réservé le droit de “finir sa plaidoirie” après ses confrères, pourra s’exprimer lors de la prochaine audience, fixée au 26 juillet. Il s’agit peut-être de la dernière audience avant le prononcé du jugement.
En attendant, retour sur les principales déclarations de Me Fatima Zahra Ibrahimi, avocate de S.F., et de Me Idriss Lahlou ainsi que Me Achraf Mansour Jadaoui, qui, eux, représentent Babour Sghir.
M’fadel El Halaissi et S.F. ne s’étaient “jamais rencontrés”
10h19. C’est Me Fatima Zahra Ibrahimi qui est invitée à prendre la parole en premier. Selon elle, tout ce qui concerne son client dans cette affaire est basé sur “deux phrases” de Babour Sghir, “ajoutées” à la fin de son dépôt de plainte. Lorsque la police judiciaire lui demande s’il a “quelque chose à ajouter”, Babour Sghir répond que oui, et déclare avoir “offert une villa à S.F. qui est un employé de la banque”. Pour Me Ibrahimi, c’est une phrase “sans aucun moyen de preuve”.
C’est ainsi que l’affaire est passé d’un délit à un crime puis à la détention préventive de son client qui dure depuis deux ans et deux mois. Et ce, même si le juge d’instruction a abandonné les poursuites pour “corruption” et “falsification de document officiel”. Pourtant, selon l’avocate, c’est pour “corruption” qu’il a été placé en garde à vue et poursuivi.
Concernant l’accusation de “constitution d’une bande criminelle”, Me Ibrahimi rappelle que son client et M’fadel El Halaissi ne se connaissent même pas. “Il ne l’avait jamais rencontré avant l’instruction”, souligne-t-elle.
De plus, elle estime que la constitution de bande criminelle est une infraction qui repose sur la commission de plusieurs crimes contre les personnes et les biens. Et elle rappelle également que cette infraction nécessite un accord préalable et d’autres éléments constitutifs qui ne figurent pas dans le cas d’espèce. Pour elle, il y a une “absence des éléments matériel et moral”.
Par ailleurs, Me Ibrahimi revient sur la fonction de son client avant sa retraite. “Il travaillait aux service des ressources humaines, en raison de sa maladie. Et pendant quatre ans, il n’a pas travaillé”, indique-t-elle.
Concernant l’accusation de “corruption”, Me Ibrahimi rappelle qu’il est nécessaire que les parties répondent à des critères pour constituer les éléments de l’infraction. “Est-ce que S.F. a demandé quelque chose ? Est-ce que Babour Sghir a promis quelque chose ? Est-ce que R.F. a donné quelque chose ?”, interroge l’avocate qui rappelle que son client a “emprunté” une somme. Et qu’un conflit est né entre lui et Babour Sghir. “Il s’agit d’un lititge civil. On ne demande pas de récupérer une somme de corruption”, estime-t-elle.
De plus, elle souligne que lorsque Babour Sghir a ajouté les “deux fameuses phrases” devant la police judiciaire, “il n’a pas dit qu’il avait corrompu ou offert quelque chose à S.F., mais plutôt qu’il le lui a acheté”.
Pour toutes ces raisons, l’avocate demande à la Cour d’innocenter son client et laisse la parole à Me Achraf Mansour Jadaoui qui plaide, lui, pour Babour Sghir.
10h49. Il consacre cette première intervention aux demandes civiles.
“La banque a la responsabilité de déclaration de vigilance dans les cas de blanchiment de capitaux et de financement de terrorisme. Or elle n’est pas capable de détecter les opérations effectuées en son sein (…). R.F. a commis des actes contre Babour Sghir. Plusieurs témoins ont attesté que ce compte bancaire était géré par deux personnes et que c’est R.F. gérait les moindres détails (…). Les bons de caisse, c’est lui qui les ramenait. Et l’attestation de validité, c’est également lui”, déclare l’avocat qui estime que “l’erreur d’un médecin généraliste n’est pas la même que celle d’un médecin spécialiste”.
L’avocat réitère les demandes indiquées dans sa requête, à savoir une restitution de 160 MDH et un dédommagement de 20 MDH ; puis il laisse la parle à Me Idriss Lahlou, visiblement malade.
11h00. En raison de son état de santé fragilisé depuis au moins deux audiences, Me Idriss Lahlou démarre sa plaidoirie d’un ton affaibli.
“Nous sommes devant une affaire qui n’a aucun rapport avec les deniers publics”, affirme Me Lahlou qui présente à la Cour une décision judiciaire qui concerne la même banque et selon laquelle le but de celle-ci est “le développement du commerce extérieur du Maroc”.
“Le juge d’instruction a considéré que Babour Sghir lui a donné de l’argent ou des biens, en contrepartie les autres ont dissipé l’argent de la banque (…). Je reviens sur les plaidoiries du bâtonnier et de Me El Fakir, selon lesquels M’fadel El Halaissi ne pouvait pas accorder de prêts en dehors du comité de crédits”, souligne Me Lahlou.
Il s’arrête ensuite sur le témoignage de Fatima Zahra Ouardan durant l’audience du 29 mars dernier, selon lequel “il ne doit y avoir qu’un seul gérant de compte normalement mais quand il s’agissait d’un compte important, il fallait que R.F. le gère vu son expérience”.
“Un compte important”, car comme le souligne Me Lahlou en rappelant les propos du témoin Moulay M’hamed Bouraqqadi-Saâdani, “le compte de la société Sami Oil générait une activité de 800 MDH”.
“Une société comme celle-ci a un transfert d’argent quotidien important. Elle donne des chèques etc. qui peuvent dépasser les montants qu’elle reçoit dans la même journée. Donc en attendant l’argent qui rentre, la banque paye. C’est ainsi qu’ont lieu les dépassements. C’est momentané”, explique-t-il.
Concernant les bons de caisse, Me Lahlou interroge : “Est-ce que les bons de caisse remis étaient falsifiés ou est-ce qu’ils ont été échangés ? N’est-ce pas la banque qui a la responsabilité de vérifier les bons de caisse, surtout émanant d’une banque externe ?”.
Il rappelle que selon le témoin Bennouna, “c’est la banque qui doit vérifier et c’est le directeur régional qui a confirmé que la vérification a été faite”. De plus, “le témoin Brahim Benjelloun Touimi a affirmé que la vérification doit être faite d’une banque à l’autre”.
Selon Me Lahlou, “il ressort des témoignages qu’aucun accusé de réception n’a été présenté à R.F. en contrepartie du dépôt des bons de caisse”. L’avocat montre un document et explique: “c’est ainsi que ça doit se passer. Voici la photocopie d’un chèque. C’est ce qu’on te donne comme accusé de réception”, précise-t-il.
“Hassan Kouassi a indiqué dans son témoignage du 31 mai qu’une délégation de l’inspection (de la banque, ndlr) s’est rendue au centre d’affaires et qu’elle a vu les bons de caisse. Et lorsque nous lui avons montré les photocopies des bons de caisse, objet de cette affaire, il a dit que normalement il doit y avoir un sceau doré dessus. C’est lui qui les gardait dans le coffre et qui les a remis à l’inspection générale et aux directeurs. Est-ce que cela ne pousse pas à douter de tout ? Est-ce que les bons de caisse déposés à la banque sont restés les mêmes ?”, interroge Me Lahlou.
Et d’ajouter : “Babour Sghir a affirmé à chaque étape de cette affaire n’avoir jamais vu les bons de caisse et il a nié avoir signé plus de deux actes de prêt, même devant la police judiciaire. D’ailleurs, un représentant de la banque avait déclaré à la police judiciaire qu’il allait présenter les originaux plus tard, pour en faire une expertise”.
Concernant le protocole d’accord signé Babour Sghir et établi par Bank of Africa, l’avocat explique que son client n’a signé que sur conseils de M’fadel El Halaissi. “Pourquoi la banque a eu recours à lui pour convaincre Babour Sghir de signer le protocole d’accord ? Car c’est lui que Babour Sghir considérait comme un ami et un conseiller. Il lui a dit que c’était dans son intérêt et qu’il ne devait pas se soucier de l’argent car la banque allait l’aider”, indique Me Lahlou.
“Vous savez pourquoi Babour Sghir devait absolument signer cet accord ? C’est parce que si Bank Al-Maghrib intervenait dans cette affaire, la banque allait devoir payer bien plus !”, lance-t-il avait d’ajouter que “dans un courrier adressé à Bank Al-Maghrib par un responsable de BOA, il est indiqué que la banque a préféré signer le protocole d’accord car elle pouvait ainsi prendre plus de garanties que la somme initialement due”.
“Mais ensuite, la banque a présenté le protocole d’accord au tribunal commercial et plus personne ne répondait à Babour Sghir. Et on nous dit que c’est à lui que les bons de caisse ont été remis, à travers le notaire Hijri, mais est-ce qu’il représentait Babour Sghir ?”, interroge Me Lahlou qui précise que “par la suite, M’fadel El Halaissi est devenu l’ennemi n°1 de Babour Sghir”. Et ce, “à partir du jour où il l’a obligé à signer le protocole d’accord”.
13h02. Le président Torchi suspend l’audience. Cette fois, il donne rendez-vous aux avocats le jour-même à 15H45 pour poursuivre et terminer les plaidoiries.
Les accusations de délits
16h07. Lorsque l’audience reprend, l’on constate l’absence de Me Omar Tayeb, l’on comprendra plus tard que des raisons médicales l’ont empêché d’assister à l’audience. Il ne plaidera donc que le 26 juillet. Place à la suite de la plaidoirie de Me Lahlou, ainsi que celle de Me Jadaoui. Les deux avocats représentent Babour Sghir, le second se penchera sur les faits délictuels imputés à son client.
Pour Me Idriss Lahlou, “M’fadel El Halaissi était du côté de la banque et voulait que l’homme (Babou Sghir, ndlr), couvre ses crédits. C’était comme une trahison (pour Babour Sghir, ndlr)”.
Concernant les transactions commerciales et immobilières entre Babour Sghir et les employés de la banque, son avocat précise que si cela constitue une violation aux mœurs de la banque, “Babour Sghir ne les connaît pas”.
“Rien dans le dossier ne prouve que les opérations authentifiées par un notaire constituaient de la corruption. S’il y avait un accord entre les accusés, M’fadel El Halaissi n’aurait pas donné son accord pour que les bons de caisse soient vérifiés”, indique l’avocat qui conclut sa plaidoirie après une demi-heure, précisant qu’il dispose de “plusieurs documents et preuves”, mais que le manque de temps ainsi que sa condition médicale ne lui permettent pas d’aller plus loin. Il demande donc à ce que son client soit innocenté et laisse la parole à Me Achraf Mansour Jadaoui.
16h36. Celui-ci s’attaque aux délits pour lesquels sont client est poursuivi. Il s’arrête d’abord sur l’ordonnance de renvoi qui, selon lui, ne contient aucune preuve et se base uniquement sur le procès-verbal de la police judiciaire. “Dans ce cas, à quoi sert l’instruction ?”, interroge-t-il.
Ensuite, il explique que son client a dû “demander un ‘certificat de nécessité auprès des autorités compétentes. Lorsque les archives ont été fouillées, on a retrouvé “une copie de la CIN de Babour Sghir, un certificat d’exonération fiscale et une enquête réalisée par les autorités locales. Alors mon client a bien donné les documents nécessaires pour obtenir ce certificat de nécessité”, argumente Me Jadaoui.
L’avocat s’attaque ensuite au certificat médical selon lequel Babour Sghir était atteint du Covid-19. “La brigade nationale de la police judiciaire a douté. Elle s’est rendue à l’hôpital où elle a consulté un registre dans lequel elle a trouvé que les renseignements de sept personnes sont répétés. Il pouvait y avoir un doute si ce n’était que Babour, mais il y en a sept. Est-ce que c’est lui qui note dans ce registre ? Est-ce qu’il supervise l’hôpital ? Au lieu de chercher s’il avait vraiment le Covid, on va fouiller dans un registre !”, critique-t-il.
Concernant l’accusation de dissipation délibérée d’objets saisis, l’avocat souligne que l’huissier de justice a indiqué dans son rapport qu’il a désigné Babour Sghir et Abderrahmane Bouyaacoubi comme “gardiens juridiques” des biens saisis. “Je demande pourquoi est-ce que seul Babour Sghir est accusé de dissipation délibérée d’objets saisis alors qu’ils ont tous les deux le même statut. Cela suffit à dire que la tête de cet homme était visée”, estime l’avocat qui demande qu’il soit innocenté.
17h00. L’audience est levée. Le président Torchi fixe la date du 26 juillet pour la prochaine et peut-être dernière audience.
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