Round up. BMCI et Holmarcom : un deal potentiel qui pourrait remodeler le secteur bancaire

Holmarcom et BNP Paribas ont confirmé être entrés en discussions exclusives autour d’un éventuel rachat de la participation de 67% détenue par le groupe français dans BMCI. À ce stade, il s’agit de premiers échanges : aucun accord n’a été conclu et toute avancée resterait conditionnée aux autorisations réglementaires, notamment celles du Conseil de la concurrence.

Comme dans tout processus de ce type, plusieurs scénarios demeurent possibles. Les discussions peuvent se traduire par un accord formel, mais elles peuvent aussi rester sans suite. Pour l’instant, seule la phase de négociation est ouverte.

BNP Paribas, pour sa part, précise que « si la transaction devait se conclure courant 2026, l’impact positif sur le ratio CET1 de BNP Paribas à la date de réalisation serait d’environ +15 pbs« .

Ce ratio, qui mesure les fonds propres de haute qualité rapportés aux risques portés par la banque, est l’indicateur de référence de la solidité financière des établissements.

Autrement dit, la sortie de BMCI du périmètre consolidé allégerait légèrement les risques pondérés de BNP Paribas, ce qui améliorerait mécaniquement son capital réglementaire. Elle se traduira également par un produit non négligeable dans le bilan de la banque française. Les 15 pbs donnent également sur l’évaluation que cible la banque française.

Pour rappel, deux grandes banques françaises ont déjà quitté le Maroc : Crédit Agricole, qui a cédé sa participation dans Crédit du Maroc à Holmarcom, plus récemment Société Générale, dont les filiales SGMB et La Marocaine Vie ont été reprises par le groupe Saham.

Ces retraits successifs de grandes banques françaises vont rebattre les cartes pour les acteurs marocains. Avec l’arrivée d’actionnaires locaux aux commandes de groupes auparavant pilotés depuis Paris, la dynamique concurrentielle devrait clairement se renforcer. Des banques plus agiles, plus proches du marché, plus rapides et indépendantes dans leurs décisions vont désormais se mesurer directement aux acteurs historiques.

Le groupe Holmarcom

Le groupe Holmarcom est une holding familiale marocaine de renom, présidée par Mohamed Hassan Bensalah.

L’organisation repose sur quatre pôles d’activité : la finance, l’agro-industrie, la logistique et l’immobilier. Cette structure résume l’essentiel du périmètre du groupe, sans entrer dans le détail de chaque segment.

Dans cet ensemble, trois sociétés sont cotées à la Bourse de Casablanca : Les Eaux Minérales d’Oulmès, AtlantaSanad Assurance et Crédit du Maroc.

Holmarcom est aujourd’hui le principal actionnaire de Crédit du Maroc. Le groupe en détient une part majoritaire de façon directe, à travers Holmarcom Finance Company, qui possède 54,61% du capital.

À cela s’ajoute une participation, portée cette fois par AtlantaSanad, qui détient 11,04%. Au total, le groupe Holmarcom contrôle donc 65,6% de la banque Crédit du Maroc.

Aux côtés de Crédit du Maroc, AtlantaSanad est l’autre grande filiale financière de Holmarcom. Le groupe en détient un peu plus de 61% à travers Holmarcom Insurance Activities et Holmarcom SA. Le reste du capital est partagé entre quelques institutionnels, dont le CIH et la CDG, ainsi qu’un flottant encore présent sur le marché.

Ce lien capitalistique prend de l’importance aujourd’hui, car AtlantaSanad détient aussi une petite participation dans BMCI. Holmarcom était donc déjà présent, même marginalement, au capital de la banque avant l’ouverture des discussions exclusives avec BNP Paribas. Cette participation montre que le groupe ne découvre pas totalement la BMCI. Et cela s’inscrit dans la continuité de son ancrage dans le secteur bancaire depuis la reprise de Crédit du Maroc.

Dans le scénario où Holmarcom rachèterait la participation de BNP Paribas, ce bloc s’ajouterait aux 8,44% détenus par AtlantaSanad. L’ensemble placerait alors le groupe immédiatement au-delà du seuil de 75% du capital, ce qui lui donnerait une position forte dès l’aboutissement de l’opération.

BMCI et Crédit du Maroc sont aujourd’hui deux banques distinctes, chacune opérant sous son propre actionnariat. Si les discussions en cours entre Holmarcom et BNP Paribas aboutissent à une acquisition, la question d’un éventuel rapprochement entre les deux banques pourrait se poser. Il ne s’agit pour l’heure que d’une hypothèse et rien n’a été annoncé en ce sens. L’idée apparaît simplement parce que les deux établissements pourraient, dans ce cas, se retrouver dans le même groupe.

Les données financières de BMCI

BMCI termine les neuf premiers mois de 2025 avec une activité bien orientée. Le produit net bancaire atteint 2,95 MMDH, en légère progression par rapport à l’an dernier, et le résultat brut d’exploitation s’élève à 1,76 MMDH, traduisant un équilibre entre revenus et maîtrise des charges.

Le résultat net social ressort à 367 MDH, en nette hausse, grâce notamment à une baisse du coût du risque sur cette base. En consolidé, le résultat net se stabilise autour de 313 MDH, l’effet positif du résultat d’exploitation étant atténué par un renforcement des provisions.

Le coût du risque évolue de manière contrastée : il diminue nettement en social, à 401 MDH, mais augmente en consolidé, pour atteindre 603 MDH. Cette différence tient principalement au périmètre des filiales consolidées et à la prise en compte de portefeuilles spécifiques.

Les crédits à la clientèle s’établissent à 55,1 MMDH, un niveau en retrait par rapport à fin 2024, tandis que les dépôts restent quasiment inchangés à 48,1 MMDH. Les ratios réglementaires demeurent confortables, avec un ratio de solvabilité de 13,5% et un ratio de liquidité de 129%.

Actionnariat de BMCI à fin juin 2025

Source : AMMC

Les données financières de Crédit du Maroc

Crédit du Maroc termine le troisième trimestre 2025 sur une dynamique clairement orientée à la hausse. Les crédits ont progressé de 5,2% sur un an pour atteindre 58,1 MMDH, une évolution tirée à la fois par les entreprises et les particuliers, avec des niveaux de croissance marqués sur les crédits à l’équipement, le crédit-bail ou encore le financement de la PME.

Les ressources clientèle suivent le même mouvement. Elles s’élèvent à 58,47 MMDH, en hausse de 6,8%, portées essentiellement par la progression des dépôts à vue, qui gagnent 10,7% sur un an pour atteindre 42,1 MMDH.

Le produit net bancaire affiche une croissance de 9,8%, pour s’établir à 2,68 MMDH, soutenu par la marge d’intérêt, les commissions et la contribution en hausse des filiales spécialisées. Le résultat brut d’exploitation progresse également de 13,1%, à 1,47 MMDH, grâce à la maîtrise des charges et à l’amélioration du coefficient d’exploitation.

Le coût du risque recule nettement, à 228 MDH, soit une baisse de 21%, permettant au résultat net consolidé d’enregistrer une progression marquée de 19,9%, pour atteindre 690 MDH au 30 septembre 2025. Le ratio de solvabilité, lui, s’améliore à 13,86%, au-dessus du seuil réglementaire de 12%.

Actionnariat du CDM à fin juin 2025

Source : AMMC

Les métiers de BMCI et de Crédit du Maroc : un socle commun, mais une organisation différente

BMCI dispose de près de 249 agences au Maroc à fin 2024, tandis que Crédit du Maroc compte 268 agences. Bien que BMCI et Crédit du Maroc exercent toutes deux les métiers de banque universelle, la structuration et la mise en avant de ces activités diffèrent nettement.

Du côté de BMCI, les activités s’inscrivent dans une architecture relativement classique, articulée autour de grands pôles : la banque de détail, la banque de l’entreprise, les activités de marché et le crédit à la consommation via la business unit Personal Finance.

La banque précise ainsi que sa ligne Retail regroupe les activités destinées aux particuliers et professionnels, tandis que la ligne Corporate couvre les services aux entreprises, incluant le trade finance, le cash management, les financements structurés ou les opérations de marché. Les métiers spécialisés – intermédiation boursière, assurance, leasing, gestion d’actifs – sont logés dans des filiales comme BMCI Bourse, BMCI Assurance, BMCI Leasing, ou encore la banque offshore, mais demeurent intégrés dans une organisation qui met l’accent sur de grands ensembles fonctionnels.

Pour Crédit du Maroc, le document de référence montre une organisation beaucoup plus segmentée en filières métiers. Les activités ne sont pas regroupées dans de larges blocs, mais individualisées en unités dédiées. Ainsi, CDM Immobilier prend en charge l’ensemble du crédit habitat et le développement de l’offre destinée à la promotion immobilière, tandis que CDM Salaf porte le crédit à la consommation et travaille sur l’ajustement des règles d’octroi et l’amélioration des parcours clients.

Le leasing et le factoring sont réunis dans une filiale unique, Crédit du Maroc Leasing & Factoring, et la bancassurance est portée par CDM Assurances, qui développe notamment les produits « takaful ».

La différence la plus marquante concerne toutefois les activités de marchés. Chez BMCI, elles s’inscrivent dans un pôle de marché classique, intégré au modèle global. À l’inverse, Crédit du Maroc a structuré une banque d’investissement à part entière, regroupant la salle des marchés, l’intermédiation via CDM Capital Bourse, la gestion d’actifs portée par CDM Patrimoine et une activité de conseil en opérations de haut de bilan (M&A, ECM, DCM).

Les deux banques couvrent également la finance participative, mais là encore l’approche diverge. BMCI propose son offre participative via la marque Najmah, tandis que Crédit du Maroc l’organise au sein de la fenêtre Arreda, soutenue par un comité hebdomadaire chargé d’instruire et de valider les financements participatifs, ce qui témoigne d’un dispositif interne plus formalisé.

https://medias24.com/2025/12/11/holmarcom-en-negociation-pour-la-reprise-de-la-bmci-1593769/

BNP Paribas opère une fusion-absorption de sa filiale BDSI par la BMCI, les employés s’inquiètent

Une opération de restructuration des filiales de BNP Paribas au Maroc provoque une protestation de la part de salariés. L’opération consiste en la fusion-absorption de la filiale IT du groupe BNP, BDSI, par son autre filiale BMCI.

Filiale du groupe BNP Paribas créée en 2004, BDSI assure la gestion et l’évolution du système d’information des banques du groupe en Afrique et Outre-Mer. Elle se présente comme un « Hub IT disposant d’une offre élargie répondant aux besoins de nos banques au Maroc, Algérie, Sénégal, Côte d’Ivoire et en Outre-Mer ».

Elle assure la gestion applicative, la gestion de l’infrastructure serveur et du Réseau & Télécom, la gestion du parc informatique, en plus des activités régaliennes garantissant le maintien en condition opérationnelle du SI, tout en améliorant la maîtrise et le contrôle des risques IT.

Cette filiale qui était rattachée à la DSI Région Afrique, l’entité organisationnelle IT du Groupe BNP Paribas, sera, à en croire les employés BDSI, absorbée par BMCI, la banque marocaine de BNP Paribas.

La rédaction de Médias24 a été contacté, le 4 septembre, par le Bureau syndical BDSI, constitué pour défendre les intérêts des salariés. 

Dans un échange avec Médias24, un représentant des salariés nous explique que BDSI compte 170 salariés et « gère les systèmes d’information de la plupart des banques francophones du groupe BNP Paribas en Afrique, y compris la BMCI ».

Cependant, avec le retrait progressif de BNP Paribas du continent africain, la charge de travail de la filiale a progressivement diminué. « Nous ne gérons aujourd’hui que les systèmes d’information du groupe au Maroc, en Algérie, en France d’outre-mer, et pour la BMCI », précise-t-il.

Selon le représentant des salariés, « face à cette baisse d’activité, BNP Paribas a opté pour une fusion de BDSI avec la BMCI ». 

S’ils ne sont pas contre l’opération en elle-même, les salariés déclarent s’inquièter des modalités de son exécution. Ils constituent un bureau syndical, composé de 26 membres, affilié à la CDT afin de peser sur les négociations. Notre source, membre du bureau syndical, nous explique qu’une « pétition a été signée par une centaine de collaborateurs de BDSI où ils expriment leurs préoccupations, exacerbées par le rejet des propositions syndicales par la BMCI« .

Plusieurs points les inquiètent. D’abord le transfert des contrats de salariés de BDSI à BMCI. Pour le syndicat, « les 170 salariés de BDSI deviendront officiellement des collaborateurs de BMCI, une mesure que le syndicat estime irréfléchie car la BMCI n’a pas besoin de ce nombre de personnes pour gérer son système d’information, certains postes seront même en double », souligne-t-il.

Le syndicat réclame une transition « équitable ». « La transition doit se faire en bonne et due forme, de sorte à préserver les droits des salariés de BDSI », insiste-t-il. Pour le moment, la forme actuelle de cette fusion est jugée « pénalisante » par les salariés de BDSI, que ce soit en termes de « salaire annuel, d’avantages ou de primes ».

Médias24 a contacté le service communication de BNP Paribas et lui a posé plusieurs questions. « Nous n’avons pas de commentaire« , répond le groupe français.

Le bureau syndical espère que ses revendications seront entendues pour éviter une issue conflictuelle susceptible d’impacter les activités du groupe gérées actuellement par la BDSI.

BMCI cède son établissement de paiement DIGIFI à AB 15 Ventures

Dans son communiqué publié ce vendredi 17 février, BMCI annonce la cession de sa filiale DIGIFI à la société AB 15 Ventures.

La transaction devrait être finalisée au premier semestre 2023 et reste soumise à la réalisation des conditions suspensives habituelles pour ce type d’opérations, notamment l’obtention des autorisations réglementaires requises.

DIGIFI est établissement de paiement, dont l’agrément a été obtenu en juillet 2019, détenu à hauteur de 76% par BMCI et 24% par le groupe BNP Paribas. La filiale de la banque française dispose d’un parc important d’environ 170.000 clients, développé par un réseau de 97 agents partenaires dans tout le Maroc, avec un taux d’acquisition annuel avoisinant 13%.

La même source précise que la société AB 15 Ventures entend réorienter le business model de cet établissement de paiement, en s’appuyant sur son M-Wallet Smartflouss développé par DIGIFI. Smartflouss offre une large gamme de services dont les services cash, transferts et paiements, avec des parcours clients 100% digitaux.

CIH sur les rangs pour acquérir BMCI Asset Management

Nous l’écrivions en janvier dernier : BMCI Asset Management cherchait repreneur. Elle semble l’avoir désormais trouvé.

La société de gestion d’actifs, filiale de BNP Paribas, va finalement être cédée à CIH, sous réserve des autorisations réglementaires. Le deal est quasiment conclu, apprend Médias24 de sources informées. Il attend les visas nécessaires de la part des autorités compétentes.

Pour le moment, le montant de l’opération et les détails de son montage financier ne sont pas connus. Les services de BMCI et BMCI Assets Management sont restés injoignables.

https://medias24.com/2023/01/18/bmci-asset-management-cherche-repreneur/

Pourquoi BMCI lance des CoCo Bonds sur le marché de la dette ?

Ce n’est pas la première fois que ce genre de titres de dette est émis sur le marché marocain. Attijariwafa bank a été la première à activer ce levier de financement, en 2016 déjà. Elle a été suivie par Bank of Africa, Crédit Agricole du Maroc, CFG Bank. On compte depuis près d’une vingtaine d’émissions d’obligations subordonnées avec des clauses d’absorption de pertes et de paiement des intérêts.

Un levier de financement assez nouveau et très tendance, aussi bien au Maroc que sur les marchés internationaux, depuis que la réglementation bancaire est devenue assez sévère en matière de dotation en fonds propres.

Le principe de ces titres, qui sont assimilés à des CoCo Bonds (des obligations perpétuelles convertibles), est assez compliqué. Pour cela, ils sont réservés aux seuls investisseurs qualifiés (OPCVM, caisses de retraites, compagnies d’assurances…).

Ce sont d’abord des obligations perpétuelles. C’est-à-dire qu’elles donnent droit au seul paiement du coupon (les intérêts annuels) et leur principal n’est pas remboursable, sauf accord préalable de la Banque centrale, avec un préavis de cinq ans. Un caractère qui leur donne cette qualité de quasi-fonds propres et viennent donc en renforcement du ratio de solvabilité de la banque, notamment de ce que l’on appelle dans le jargon bancaire, les capitaux durs qui agissent sur le Tier1, ce fameux ratio que les banques centrales surveillent de très près.

Un outil de dette complexe, risqué, mais très rémunérateur

En plus de ce caractère de dette assimilable à des fonds propres, ces titres que la BMCI compte émettre entre le 13 et le 15 février pour un montant de 750 millions de dirhams, contiennent deux clauses qui les rendent très risqués et quasiment assimilables à des actions : l’absorption de pertes et l’annulation de paiement des intérêts.

Celui qui acquiert ces titres s’expose ainsi à une dépréciation de leur valeur nominale, voire au non-paiement des intérêts annuels que toute obligation classique est censée produire. Et ce dès que le ratio Tier1 – qui mesure les fonds propres réglementaires de catégorie 1 par rapport aux engagements de la banque -, devient inférieur à 6%, soit 2 points de moins que le seuil réglementaire fixé par Bank Al Maghrib pour le Tier1 (8%).

Pour un investisseur, ces obligations comportent de gros risques qui font de lui presqu’un actionnaire de la banque, solidaire dans les pertes, mais avec l’avantage d’être prioritaire par rapport aux détenteurs de titres en capital dans le remboursement de sa dette en cas de liquidation de la banque.

Pour réussir sa levée, qui vise à consolider ses fonds propres de catégorie 1, BMCI offre d’ailleurs un taux de rémunération ultra généreux : un taux d’intérêt compris entre 5,91% et 6,91% selon les tranches de souscription, avec des primes de risque allant de 250 à 270 points de base. Une rémunération introuvable actuellement sur le marché, et qui dépasse même les très juteux rendement des OPCI étatiques (les fameux financements innovants lancés par le gouvernement) qui servent entre 5,80 et 5,90% aux investisseurs institutionnels.

Ce qui rend, selon un analyste spécialisé dans le secteur bancaire, cette opération « très alléchante ».

« Aucun instrument financier n’offre autant de rendement sur le marché. La BMCI offre aux investisseurs un titre de bonne qualité avec un rendement extraordinaire. Cette opération aura un grand succès », prévoit-il.

Tous les analystes et spécialistes du marché, consultés par Médias24, s’accordent sur l’intérêt qui sera porté à cette levée. Mais certains s’interrogent sur les raisons qui poussent BMCI à recourir à ce type de Coco Bonds.

« Ce genre de levée est compréhensible dans les cas du CAM ou de la BOA, qui ont fortement besoin de renforcer leurs capitaux durs. Mais la BMCI n’a pas réellement besoin de cet instrument, c’est la banque de la place qui affiche l’un des meilleurs ratios de solvabilité. Pourquoi payer une dette aussi chère alors qu’elle pouvait lever des obligations subordonnées classiques, assimilables également à des fonds propres, sans mettre en jeu des clauses qui alourdissent sa charge d’intérêt ? », s’interroge un analyste de la place.

La BMCI a-t-elle vraiment besoin de renforcer ses capitaux durs ?

Quand on analyse de près la situation bilancielle de la BMCI, il paraît en effet que la banque n’a pas vraiment besoin de ce type de levée. Avec un ratio de solvabilité proche de 14% à la fin du premier semestre 2022 et un Tier1 de 10,5% à la même date, elle dépasse de très loin les exigences de la Banque centrale en termes de fonds propres réglementaires (12% pour le ratio de solvabilité et 8% pour le Tier1). L’intérêt de cette opération paraît donc peu clair, et la BMCI se contente, dans la notice d’information de l’opération visée par l’AMMC, de cette explication classique et commune à toutes les levées similaires réalisées depuis 2016 sur le marché de la dette :

« Par la présente émission, la Banque Marocaine pour le Commerce et l’Industrie vise à renforcer ses fonds propres réglementaires actuels et, par conséquent, renforcer son ratio de solvabilité et aussi à financer le développement de son activité. En effet, le renforcement des fonds propres de la BMCI va lui permettre de poursuivre le développement de son activité tout en répondant aux exigences réglementaires en termes de ratios prudentiels », explique la BMCI et sa banque conseil pour cette levée, RedMed.

Les analystes du marché sont assez divergents sur ce point. Pour certains, la BMCI jouit d’une mauvaise image sur la place, due aux grosses pannes de son système d’information qui ont fait fuir plusieurs clients et ont beaucoup affecté ses résultats opérationnels. Elle ne pouvait donc intéresser les investisseurs qu’en offrant des titres à un rendement très élevé.

« La BMCI a certes des ratios prudentiels très confortables, mais son image est détériorée sur la place. Les bugs répétitifs de son système d’information, la fuite des clients, l’instabilité de son top management et la mise récente en vente de sa société de gestion d’actifs sont autant d’éléments peu rassurants. La banque ne peut pas réussir dans ces conditions à faire des levées classiques ; elle devait offrir des primes de risques plus élevées que celles de ses consœurs pour pouvoir intéresser les investisseurs », suppose une de nos sources.

Un autre banquier d’affaires qui suit la valeur BMCI depuis une vingtaine d’années avance un autre avis, qu’un ancien haut cadre de la banque valide.

Pour lui, la seule raison qui peut pousser la banque à recourir à une telle levée, c’est de recréer de l’appétit sur son action, malmenée depuis plus de trois ans en Bourse. « L’argument du renforcement des fonds propres ne tient pas la route. La BMCI roule avec des capitaux propres de 7 milliards de dirhams, avec une des politiques de risque des plus prudentes de la place, qui est calée sur les normes très strictes de sa maison-mère. Elle traverse certes une mauvaise passe au niveau des résultats, mais sa situation bilancielle est extrêmement solide. Ce qui ne justifie pas une levée d’obligations perpétuelles avec les mécanismes d’absorption des pertes et d’annulation des intérêts. Elle est en tout cas très loin de descendre un jour sous les 6% pour que ces clauses soient déclenchées, surtout qu’elle jouit de l’appui de BNP, son principal actionnaire, en cas de problème », explique d’abord notre source.

Son avis sur la solidité de la BMCI est étayé par les chiffres de la banque, mais également par l’avis des agences de notation internationales. Ce mardi 6 février, Fitch Rating vient en effet d’émettre un avis très favorable sur la banque, en confirmant son AAA à long terme avec une perspective stable. Une notation qui est « au plus haut niveau sur l’échelle nationale », souligne Fitch.

Si avec toutes les difficultés que connaît le secteur bancaire marocain, notamment la montée des risques liés à la crise du Covid, le risque de taux et les poussées inflationnistes, la banque affiche un Tier1 de 10,5%, pourquoi donc émettre des titres avec des clauses de non-paiement ou de dépréciation de la valeur nominale ?

Pour notre banquier d’affaires, l’explication se trouve dans le marché actions et la valeur du titre BMCI.

Objectif : redorer le blason du titre en Bourse ?

« BMCI est un titre hyper dévalorisé sur la place casablancaise. Elle est revenue à un niveau de cours de 1998/1999. Ce qui n’est pas justifié, ni fondamentalement, ni techniquement. Et les actionnaires, aussi bien marocains qu’étrangers, ne peuvent accepter cette situation, surtout que la banque n’a pas distribué de dividendes en 2019 et a servi à peine 10 dirhams de dividendes l’année dernière. Cette levée vise d’abord à montrer à Bank Al Maghrib et à lui donner toutes les assurances que la banque est capable de distribuer plus de dividendes cette année. Ce qui va mécaniquement relever le niveau de cours de la valeur. Payer 6% d’intérêts pour rehausser la valeur de la banque est la seule justification possible et raisonnable pour expliquer cette levée », croit savoir notre source.

Le titre a perdu en effet 54% de sa valeur depuis 2018, suivant la chute vertigineuse des bénéfices de la banque, passés de plus de 600 MDH à 109 MDH à fin 2021. En trois ans, la valeur du titre a été divisée par deux, passant d’un pic de 800 dirhams en 2019 à 389 dirhams actuellement.

Pour une banque que l’on dit « en vente », selon les échos du marché, un tel niveau de valorisation n’est pas acceptable. Et la banque est prête à payer le prix d’une dette à plus de 6% pour redorer son blason en Bourse.

« Ces dernières années, on avait l’impression que la BMCI avait fait le choix de ne pas croître, de rester très prudente, de garder des parts de marchés très faibles, de ne pas être agressive commercialement, de se contenter de la niche corporate qui représente le plus gros de son portefeuille crédit. C’est un choix stratégique. La nouvelle stratégie de la banque à horizon 2024 vise à faire redémarrer la machine, et la banque en a les moyens, surtout qu’elle est en train de moderniser tout son système d’information. Quand on voit ses niveaux de fonds propres et la valeur de son actif net comparés à sa capitalisation boursière ou à ses engagements, on a l’impression que c’est une Ferrari qui roule à 60 km/h. Les derniers contacts que nous avons eus avec le management de la banque montrent que le bolide sera prêt à redémarrer à partir de 2025″, signale notre source.

Pour bien vendre la mariée à terme ? C’est la question à plusieurs milliards de dirhams et dont la réponse se trouve à Paris, dans le cercle très restreint des patrons du géant européen BNP Paribas. A suivre…