Filière des voitures fantômes : la BNPJ remonte un réseau d’une ampleur inédite

La police marocaine remonte le fil d’un réseau criminel d’une ampleur inhabituelle, mêlant exfiltration de voitures neuves, exploitation de personnes vulnérables, falsifications en cascade et fraudes aux sociétés de crédit. Le dossier est piloté depuis des mois par la section de criminalité économique et financière de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), avec des arrestations en août 2025 et des investigations en cours.

Les éléments examinés par nos soins suggèrent un système aux allures d’organisation transfrontalière parfaitement structurée, actif depuis plusieurs années entre le Maroc, l’Europe et l’Afrique du Nord. Et qui, surtout, laisse entrevoir l’existence de complicités au sein d’agences bancaires, de services de légalisation et de circuits comptables.

Les premiers suspects interpellés, dont deux frères considérés comme des maillons centraux, se trouvent aujourd’hui sous instruction judiciaire à la chambre criminelle de Casablanca.

En parallèle, les investigations se déploient pour identifier l’ensemble des ramifications du réseau et des acteurs impliqués.

Des voitures neuves financées à crédit, exfiltrées presque aussitôt

Au cœur du dispositif apparaissent des véhicules neufs obtenus via des crédits automobiles contractés auprès de sociétés spécialisées telles que Wafasalaf, Eqdom, Sofac et Vivalis…

Ces prêts, accordés pour l’acquisition de modèles récents, n’ont jamais vocation à être remboursés et permettent aux voitures d’être immédiatement détournées puis dirigées vers des circuits parallèles.

Les notes d’enquête mentionnent déjà une série de modèles concernés, Peugeot 308, Hyundai Tucson, BMW, Cobra, Renault Express, Ford Transit, Alfa Romeo ; toutes des voitures acquises à crédit au nom de sociétés-écrans créées ou reprises pour l’occasion.

Une fois sous contrôle du réseau, les véhicules sont convoyés vers l’Europe à travers Tanger Med ou Bab Sebta, déposés à Alicante ou Marseille, démontés ou revendus entiers parfois à un tiers de leur valeur réelle. Ils réapparaissent ensuite en Afrique du Nord, notamment en Algérie, où ils sont écoulés avec des cartes grises « prêtes à l’usage », bien qu’il s’agisse de véhicules neufs à peine sortis des concessions.

Des victimes ciblées, fragilisées, instrumentalisées

Les premiers éléments de la procédure dressent un tableau d’une dureté saisissante, avec l’usage explicite du terme « traite des êtres humains ».

Les victimes, souvent des femmes en situation de fragilité, sont identifiées, approchées, isolées, utilisées comme prête-noms. On leur fait créer des sociétés, reprendre des entreprises dormantes, signer des documents pré-remplis et suivre des parcours administratifs dont elles ne comprennent ni la logique ni les enjeux.

À chaque étape, quelqu’un les attend, les oriente, les encadre ; un déroulé que les enquêteurs décrivent comme « trop fluide pour être accidentel », un « mode opératoire répétitif » construit pour obtenir en un temps record des véhicules destinés à quitter le territoire, un engrenage dont la finalité apparaît clairement : déposer des demandes de crédits automobiles qui ne seront jamais remboursés, puis livrer les voitures au réseau.

Les procès-verbaux font état d’intermédiaires masculins qui gagnent la confiance des victimes, se présentent comme des sauveurs, des facilitateurs, voire des protecteurs, avant de se révéler comme des recruteurs opérant pour le compte d’une structure beaucoup plus vaste.

Un écosystème de complicités organisé autour de points névralgiques

Les notes d’enquête révèlent l’existence de relais internes, des maillons essentiels permettant au réseau de fonctionner avec une aisance troublante. Il s’agit d’un directeur d’agence bancaire facilitant les ouvertures de comptes et les mouvements financiers, d’agents de légalisation saisissant systématiquement les mêmes signatures, d’un comptable décrit comme une « pièce essentielle » dans la fabrication des sociétés-écrans, d’intervenants liés aux services de récupération de véhicules impayés à même de retarder des saisies, ainsi que de contacts présents aux frontières pour fluidifier les passages.

Les enquêteurs parlent d’une mécanique trop bien huilée pour relever du hasard, d’une organisation capable de coordonner en temps réel plusieurs opérations, de la création des sociétés au montage des dossiers jusqu’à l’exfiltration rapide des voitures.

Une enquête encore en expansion

Plusieurs personnes citées dans les procès-verbaux sont frappées d’interdiction de quitter le territoire, parmi elles des comptables, des transporteurs, des propriétaires de stations-service, des individus liés au stockage, à la circulation ou à la revente des véhicules.

Les trois téléphones saisis chez les deux frères arrêtés sont en cours d’analyse par la brigade spécialisée en traces numériques. Des échanges préliminaires évoquent déjà des menaces, des pressions, des injonctions aux victimes afin d’orienter ou de rétracter des déclarations.

D’autres volets s’ouvrent en parallèle : la collecte des enregistrements de passage aux frontières, la vérification des fausses autorisations de sortie, l’identification des sociétés-écrans réellement actives, la confirmation du rôle du comptable et des agents de légalisation, la liste complète des véhicules exfiltrés et leur destination finale.

Les enquêteurs notent que « l’intégralité du réseau n’a pas encore été identifiée », et que les ramifications pourraient s’étendre au-delà des premiers cercles visibles.

Médias24 reviendra avec un récit détaillé de l’affaire…

Trafic de fentanyl. Interpellation à Tanger de deux Polonais recherchés par les États-Unis

Les deux mis en cause, âgés de 33 et 43 ans, ont fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités judiciaires des États-Unis, indique-t-on de source sécuritaire.

Les deux suspects ont été arrêtés à Tanger, relève la même source, ajoutant que l’opération de pointage dans la base de données des personnes recherchées à l’échelle internationale a révélé qu’ils ont fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités judiciaires des États-Unis pour leur implication présumée dans des opérations internationales de trafic de fentanyl synthétique.

Les mis en cause ont été placés en garde à vue dans le cadre de la procédure d’extradition, tandis que les autorités américaines ont été avisées de cette interpellation, dans l’attente de l’envoi du dossier d’extradition.

Cette interpellation s’inscrit dans le cadre de la coopération sécuritaire internationale, ainsi que des efforts déployés par les services de sûreté marocains en matière de poursuite des personnes recherchées au niveau international pour des crimes transfrontaliers.

Une affaire de kidnapping avec demande de rançon mène à la découverte de 3 tonnes de cannabis

Une nouvelle grosse prise de drogue au Moyen-Atlas survenue dans le sillage d’une enquête sur une affaire de kidnapping avec demande de rançon.

Selon la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), tout avait commencé quand cette bande criminelle, dont les membres sont âgés entre 34 et 68 ans et dont deux femmes, a réussi à attirer dans ses filets une victime qui a été kidnappée avant de demander une rançon à sa famille.

Une enquête a été déclenchée juste après que la famille a remis le montant de la rançon aux ravisseurs, dont un individu avec des antécédents en matière de kidnapping, de séquestration et de trafic de drogues.

Les investigations ont mené à l’arrestation des membres de cette bande à Meknès, à El Hajeb et dans les localités d’Aïn Jri et de Boufekrane.

Selon la DGSN, les perquisitions ont permis la saisie de six voitures utilisées dans des activités criminelles, d’une grande partie du montant de la rançon, des documents personnels de la victime ainsi que des photos d’elle lors de sa séquestration.

Les mêmes perquisitions ont enfin mené à la découverte, dans le domicile de l’un des six prévenus, d’une quantité de drogue de près de trois tonnes.

Les prévenus ont été mis en détention préventive pour les besoins de l’enquête qui se déroule sous la supervision du parquet compétent.

Détournement de fonds au barreau de Casablanca : nouvelles révélations

C’est une affaire grave qui secoue le barreau de Casablanca. Un avocat est soupçonné d’avoir détourné des fonds de clients sur le compte bancaire du Conseil de l’ordre.

Médias24 a obtenu de nouveaux détails sur cette affaire qui fait actuellement l’objet d’une enquête interne. L’avocat en question est membre du Conseil de l’ordre et cumule également une fonction politique en tant que vice-président d’un conseil d’arrondissement à Casablanca.

Les faits ont été révélés à la suite d’un contrôle effectué en décembre 2024 sur le compte CARPA du barreau, ouvert auprès de la BMCI. Ce compte regroupe les sommes collectées par les avocats au nom de leurs clients.

Des éléments préliminaires indiquent que l’avocat a encaissé deux chèques d’un montant de 634.000 DH chacun. Les deux retraits ont eu lieu à un mois d’intervalle, entre juin et juillet 2024.

Selon les informations obtenues par le barreau, il semble que l’avocat ait d’abord déposé une déclaration de perte concernant le premier chèque, puis, après avoir effectué une opposition sur ce chèque pour le transmettre à la banque, il a pris en charge personnellement le dépôt du formulaire auprès de l’établissement bancaire. Après un ou deux jours, il a récupéré un second chèque qu’il a retiré personnellement.

L’avocat a ensuite été contacté par un représentant du barreau pour restituer la somme doublée. Il a émis un chèque, mais lorsque les services du barreau ont tenté de l’encaisser, ils ont découvert que le compte en question n’était pas provisionné.

Ces faits ont été portés à la connaissance du Conseil de l’ordre début janvier 2025 et ils font actuellement l’objet d’une enquête menée par deux anciens bâtonniers de Casablanca.

Affaire à suivre…

Affaire Harroch : le point sur la procédure

Objet d’une information judiciaire, Jonathan Harroch attend sa prochaine audience pour un « interrogatoire approfondi ». Le dossier du dirigeant de City Club est actuellement entre les mains du juge d’instruction près la chambre criminelle de Casablanca, qui cherche à élucider des « soupçons de trafic d’êtres humains ».

L’homme d’affaires a été confronté aux déclarations des plaignants lorsqu’il a été interrogé une première fois le 13 novembre.

Le mis en cause entame sa sixième semaine de détention à la prison locale de Oukacha, où il est incarcéré préventivement à la demande du juge d’instruction. Depuis début novembre, ce dernier auditionne tour à tour des plaignants déjà entendus par la Brigade nationale de la Police judiciaire (BNPJ) dans le cadre de l’enquête préliminaire.

Une des parties civiles devait être entendue ce mercredi 20 novembre, mais l’audience a été reportée en raison de l’absence du juge chargé de l’information. Une nouvelle date sera prochainement communiquée aux parties.

La présence de parties civiles signifie que certains plaignants souhaitent réclamer des indemnités en lien avec les griefs qui, à ce stade, n’ont pas été confirmés. Ce volet n’a pas de lien avec les litiges sociaux opposant le groupe de Jonathan Harroch à des salariés.

Bien que le nombre exact de plaignants n’ait pas été précisé, nos sources judiciaires indiquent qu’il s’agit de plusieurs individus appartenant aux « deux sexes ».

Ces mêmes sources confirment que l’instruction vise à élucider des accusations de « traite d’êtres humains et des faits associés à cette infraction », tout en précisant qu’à ce jour, Jonathan Harroch « est présumé innocent » et que la procédure « est couverte par le secret de l’instruction ».

Les déboires judiciaires du dirigeant de City Club vont de pair avec les difficultés de son entreprise, visée par des actions judiciaires initiées par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). L’organisme public a procédé à de multiples saisies sur les fonds de commerce des salles de sport affiliées à ce réseau qui se déploie dans plusieurs villes du Royaume. Ce volet parallèle, mais distinct de l’instruction judiciaire, est entre les mains des juridictions commerciales.

Enquête judiciaire et maintien en garde à vue de Fouad Abdelmoumni

Le parquet ne le nomme pas, mais il s’agit de Fouad Abdelmoumni, d’après nos vérifications. Il est soupçonné d’avoir commis des actes criminels punis par la loi, notamment le signalement d’un crime notoirement fictif dont il sait l’inexistence et la diffusion de nombreuses fausses informations. Le parquet fait allusion aux accusations d’espionnage contre le Maroc, allégations sans aucun fondement, en l’occurrence la présumée «affaire Pegasus».

En application des instructions du parquet, l’intéressé a été interpellé en vue de son audition, et compte tenu des besoins de l’enquête, le parquet a ordonné son maintien en garde à vue conformément aux dispositions légales en vigueur, selon la même source.
Le parquet se charge ainsi de gérer l’ensemble des procédures de l’enquête menée par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) dans le cadre de cette affaire, et veillera à prendre les mesures légales nécessaires, à la lumière des résultats de l’enquête, une fois achevée.

(Avec MAP)

Terrorisme : la BNPJ arrête un élément radicalisé dans la province de Midelt

Dans un communiqué, le pôle de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), indique que le prévenu, âgé de 19 ans et originaire de Ksar Amalou à Errich (province de Midelt), a manifesté sa volonté de mettre en œuvre des plans terroristes visant à porter gravement atteinte à la sécurité des personnes et à l’ordre public.

Le mis en cause a été placé en garde à vue à la disposition de l’enquête judiciaire menée par la BNPJ, sous la supervision du parquet en charge des affaires terroristes, en vue d’élucider toutes les activités extrémistes qui lui sont reprochées, et de préciser ses éventuelles connexions avec les différentes organisations terroristes.

(Avec MAP)

Mohamed Sajid entendu par la BNPJ (médias)

Dans cet article, Médias24 regroupe toutes les informations publiées par plusieurs médias au sujet de l’affaire de Mohamed Sajid. Selon différents journaux, l’ancien maire de la ville de Casablanca a été entendu par la BNPJ le 31 juillet, à la suite de soupçons de mauvaise gestion des affaires de Casablanca, notamment des abattoirs, lorsqu’il était président du conseil de la ville entre 2003 et 2015.

Selon les différents médias, il a été convoqué par la police il y a deux semaines, et s’est présenté ce mercredi pour fournir des explications aux points soulevés. L’enquête a été ouverte sur la base des conclusions d’un rapport de la Cour des comptes publié en 2013, et concerne également, selon les mêmes sources, d’autres anciens élus de la ville et des chefs d’entreprises. Elle s’inscrit dans le cadre d’une enquête élargie, portant sur les dysfonctionnements présumés dans la gestion des affaires de la métropole.

« Une enquête ouverte dix ans après la publication du rapport de la Cour des comptes »

L’information a également été relayée par Mohamed El Ghalloussi, président de l’Association marocaine de protection des deniers publics, sur sa page Facebook officielle.

« La Brigade nationale de la police judiciaire, sur instruction du procureur général du Roi près la cour d’appel de Casablanca, a ouvert une enquête judiciaire sur des dysfonctionnements juridiques et de gestion au sein de la commune de Casablanca, sur la base du rapport de la Cour des comptes publié en 2013 », lit-on sur la publication de Mohamed El Ghalloussi.

« Dans ce contexte, l’ancien maire de la ville, Mohamed Sajid, qui a occupé ce poste entre 2003 et 2015, a été entendu par la BNPJ », a-t-il ajouté, notant que « Sajid n’est plus maire de Casablanca depuis 2015 et que le rapport de la Cour des comptes date de 2013. L’enquête a donc été ouverte dix ans après sa publication ».

« L’ouverture d’enquêtes judiciaires pour soupçons de corruption et de gaspillage public fait partie de nos revendications fondamentales au sein de l’Association, car nous croyons au rôle du système judiciaire dans la lutte contre la corruption notamment », a-t-il poursuivi.

Les dysfonctionnements relevés par le rapport de la Cour des comptes de 2013

En effet, le rapport mentionné par les différents médias de la place (p. 55 à p. 69) a pointé plusieurs points sombres dans la gestion des abattoirs de Casablanca, qui avaient été réalisés en 2000. Leur gestion avait été déléguée à la société GVM en 2002, puis à la société Unluer en mai 2008, après le désistement du premier délégataire.

En ce qui concerne l’établissement du nouveau contrat de gestion déléguée avec Unluer, le rapport avait critiqué l’absence de certains documents et dispositions essentiels à la bonne application du contrat de gestion déléguée, ainsi que des dispositions contradictoires par rapport à la réglementation nationale, l’imprécision des dispositions relatives à la réalisation des investissements, de la réparation et de l’entretien, la non-réalisation des études nécessaires à l’établissement du programme d’investissement et l’absence des modalités de gestion du budget d’investissement.

Sur le volet relatif à la gestion de ces abattoirs, la Cour des comptes avait pointé le non-respect des normes d’abattage, l’insuffisance des conditions de stabulation, le non-respect des normes de sacrifice, de saignée et de dépouillement, ce qui peut porter atteinte à la qualité de la viande.

Notons qu’outre la présidence du conseil de la ville de Casablanca, Sajid a occupé différents postes importants par le passé. En avril 2015, il avait été élu secrétaire général de l’UC, avant que Mohamed Joudar ne lui succède en 2022. Entre 2017 et 2019, il avait été nommé ministre du Tourisme dans le gouvernement d’El Otmani.

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Mohamed Dkhissi : Tout savoir sur le fonctionnement de la BNPJ et d’Interpol Maroc

Chaleureux, le préfet de Police Mohamed Dkhissi a accueilli deux journalistes de notre rédaction pour revenir sur le travail de ses équipes qui n’arrêtent pas de faire la Une de la presse marocaine et des journaux étrangers. L’entretien s’est déroulé au siège historique de la DGSN à Rabat.

Humble et loin de vouloir s’adjuger les succès de ses services, le Directeur Central de la Police Judiciaire, chef d’Interpol et du Bureau de Liaison Arabe à Rabat, estime que sans la collaboration des différents départements sécuritaires du Royaume, le Maroc n’occuperait pas la place privilégiée qui est la sienne au sein de la sphère mondiale des instances de sécurité.

« Depuis 2015, la DGSN a subi une transformation de fond en comble »

Médias24 : Comment peut-on expliquer la transformation récente de la DGSN qui a désormais un nouveau visage, communique, organise des portes ouvertes, a un bilan d’efficacité et une image nouvelle très positive auprès de l’opinion ?

Mohamed Dkhissi : Tout d’abord, l’accession au Trône en 1999 de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a engendré une nouvelle vision stratégique dans tous les domaines, y compris celui de la sécurité qui a connu des transformations majeures.

Depuis la nomination du Directeur Général de la Sûreté Nationale (DGSN) et de la Surveillance du Territoire (DGST) en 2015 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, il y a eu un indéniable changement radical dans les structures sécuritaires.

A ce titre, la DGSN n’a pas lésiné sur les moyens pour renforcer les capacités opérationnelles et logistiques de ses services centraux et déconcentrés, que ce soit en infrastructures ou en moyens humains et  matériels.

Les réalisations ont été à la hauteur des ambitions  de modernisation affichées : bâtiments de police offrant les meilleurs conditions d’accueil aux citoyens ; projets structurants colossaux en matière de systèmes d’information, de télécommunications et d’identification; dotations en moyens matériels importants, etc.

De même, la DGSN s’est attachée à renforcer ses capacités de manière à doter les services enquêteurs des procédés les plus avancés en matière de preuve technique et scientifique afin de renforcer les enquêtes pénales.

C’est le cas du Laboratoire national de la police scientifique et technique adossé à l’Institut des Sciences Forensiques de la Sûreté Nationale, qui pour la première fois de l’histoire de l’administration publique marocaine a obtenu, pour la sixième année consécutive, le certificat international de qualité ISO17025.

Concernant les enquêtes de la police judiciaire (PJ) qui nécessitent justement le concours de la police scientifique et technique, l’accent est désormais mis sur les technologies de dernière génération, comme celles présentées aux Portes Ouvertes de la DGSN en 2024 qui portaient sur l’ADN que l’on peut retrouver sur des armes ou des explosifs.

Pour répondre à votre question, il est évident qu’il y a un changement radical avec la mise en place d’une stratégie précise à court, moyen et long termes qui a obtenu des résultats très importants.

En effet, la DGSN a mis en place, au titre de la période 2022-2026, une stratégie de lutte contre la criminalité sous toutes ses formes, axée sur 21 objectifs stratégiques et basée sur une approche intégrée et multidisciplinaire.

Une stratégie qui implique toutes les composantes de la sûreté nationale en vue de répondre de façon coordonnée et efficace aux défis et mieux prévenir et réprimer toutes les typologies de la criminalité.

Elle s’appuie également, sur une série de mesures d’accompagnement et de principes directeurs, axée sur l’adoption d’une approche anticipative, visant l’éradication en amont des phénomènes de la criminalité et de délinquance, le rehaussement de la qualité des enquêtes de police judiciaire.

Tout cela a été rendu possible grâce au renforcement des moyens d’appui technique et scientifique aux enquêtes, mais aussi du potentiel humain, matériel et logistique de la police judiciaire et à la mise en place de programmes de renforcement de capacités adaptés aux objectifs visés.

De 96% actuellement, nous comptons atteindre un taux de résolution criminelle de 98% d’ici 2026

Pour vous donner un exemple concret, dans le cadre de la lutte contre la criminalité, nous avons atteint un taux de résolution cette année de 96% et notre objectif d’ici 2026 est de parvenir à un taux de 98%.

C’est une preuve du succès des services de sécurité car quand on parle d’un taux de résolution de 96%, cela concerne aussi des cas de citoyens dont les plaintes avaient été classées.

Les délais de traitement des dossiers ne dépassent plus trois mois

De plus, grâce au renforcement de la coordination avec les parquets compétents et sur la base des discussions que nous avons eues avec la Présidence du Ministère Public, les délais de traitement judiciaire se sont beaucoup raccourcis.

Ainsi, actuellement, les derniers dossiers que nous avons traités n’ont pas dépassé trois mois.

Nous avons également renforcé la formation dans le domaine des droits de l’Homme et des libertés qui sont une constante des discours royaux, de la constitution et des conventions internationales pertinentes ratifiées par le Royaume.

Le nouveau concept de l’autorité se concentre en effet sur la garantie des droits et des libertés collectives et individuelles et la redéfinition de manière radicale de l’action des services de sécurité, en mettant le service du citoyen au cœur de ses objectifs.

En tant qu’agence d’application de la loi, nous appliquons la Constitution, des conventions Internationales pertinente, de la législation et réglementation en vigueur, les Directives de Sa Majesté le Roi, que Dieu le Glorifie et les dispositions de la les orientations  du Directeur Général de la Sûreté Nationale pour assurer les missions régaliennes de la DGSN visant le maintien de l’ordre et la protection des citoyens et de leurs biens.

Les bons résultats engendrés sont le fruit de la coordination étroite entre la DGSN et la DGST, basée sur la prévention des risques sécuritaires avec un travail proactif de collecte de renseignements qui nous permet d’être dans l’anticipation et pas dans la réaction.

La collaboration permanente avec la DGST a renforcé notre efficacité

– La collaboration avec les éléments de la DGST est permanente ?

– Absolument, la coordination entre les deux directions de la sûreté nationale et de la surveillance du territoire se fait 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Cette collaboration se fait au niveau horizontal, vertical, local et régional, car en réalité son objectif est de coordonner les informations stratégiques, tactiques et opérationnelles.

Cela a renforcé l’efficacité de nos services, car dans le passé, l’administration de la Direction Générale de la Sûreté Nationale devait écrire à celle de la surveillance du territoire, attendre une réponse, et vice versa.

Aujourd’hui, il y a une communication directe entre les responsables. Dès que cela est nécessaire, nous nous réunissons tous les jours s’il le faut et il n’y a aucune différence entre nous.

Chacun fait son travail dans un esprit de respect mutuel des institutions et ses services spécialisés.

Le but étant de privilégier l’intérêt supérieur du pays et les résultats qui doivent être atteints.

« La BNPJ compte 5 offices à compétence territoriale »

– Combien de personnes compte la police judiciaire ?

– (Sourire) nous avons largement ce qu’il faut.

Au niveau central, la Direction de la Police Judiciaire est chargée du suivi, du contrôle et de l’encadrement des actions des différents services déconcentrés de la police judiciaire dans le domaine de la répression et la lutte contre la criminalité, ainsi que la coordination des efforts nationaux et internationaux pour faire face à la criminalité transnationale.

Sur le plan opérationnel, la Brigade nationale de la Police Judiciaire, qui a une compétence nationale, se compose de 5 offices nationaux chargés de lutte le terrorisme, la criminalité économique et financière, la migration irrégulière, le trafic illicite de stupéfiants, et le renseignement criminel.

Au niveau déconcentré, les services de police judiciaire sont implantés, au niveau de chaque préfecture de police, sûreté régionale, sûreté provinciale, District et Commissariat de circonscription.

– Sur le modèle français du fameux 36 quai des Orfèvres qui rassemblait au même endroit les brigades criminelle, financière, des stupéfiants, du proxénétisme, de répression du banditisme …

– Absolument pas, les structures de police judiciaire sont adaptées aux besoins et au contexte national.

En effet tous les services déconcentrés de police judiciaire, que  je viens de citer, sont dotés de brigades spécialisées telles que les brigades criminelles, les brigades antigangs, les brigades de renseignement criminel et d’appui technique aux enquêtes, les brigades de cybercriminalité, les brigades économiques et financières, les brigades des mineurs, les brigades de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, les brigades de lutte contre la migration irrégulière, les brigades des mœurs, etc.

Les offices nationaux qui relèvent de la BNPJ, dont dotés d’experts qui traitent des dossiers majeurs et complexes.

Même s’ils ont leur siège dans une ville comme Casablanca, ils ont une compétence nationale et peuvent exercer à Saïdia, Figuig, Zagora, Smara … et sur tout le territoire du Royaume du Maroc.

Les différentes procédures pour résoudre une affaire criminelle

– Comment démarre une affaire ?

– Le traitement des affaires se déroule, selon les cas, dans le strict respect des dispositions du code de procédure pénale marocain.

Dans le cadre des enquêtes préliminaires, déclenchées par les parquets compétents, les OPJ appliquent les instructions du ministère public.

S’agissant du flagrant délit, c’est l’OPJ qui déclenche l’affaire partant de ses missions de constatation des infractions, d’en recueillir les preuves et d’arrêter les auteurs, sous la supervision du parquet compétent dans tout le processus.

En ce qui concerne l’instruction préparatoire (ordonnée par les juges d’instruction), les OPJ  n’interviennent que pour exécuter les commissions rogatoires.

Pour les autres cas, lorsque nos services disposent d’informations précises, ils démarrent une enquête en informant par écrit le parquet qui est compétent territorialement et qualitativement.

En effet, toute action que nous entreprenons doit être effectuée avec la supervision du ministère public, même dans le cas où elle est initiée par nos services ou par le biais d’un dépôt de plainte.

En tant qu’officiers de police judiciaire, nous ne pouvons mener aucune enquête ou perquisition à moins d’avoir un ordre du procureur ou du substitut du procureur compétent.

– Et dans le cas où une personne vous révèle des faits illégaux ?

– Nous prenons nos précautions car s’il y a tentative de diffamation ou de dénonciation calomnieuse, une plainte est déposée contre lui.

Mais si les faits sont avérés, nous préservons l’identité de la personne qui nous a informés.

S’il ne veut pas révéler son nom, il en a le droit car la loi prévoit de protéger son anonymat.

« L’infiltration criminelle est une technique utile mais pas nécessaire »

– Est-ce que la loi permettant à vos services d’infiltrer un réseau criminel a été adoptée ?

– Le parlement n’a pas encore adopté la loi mais cela sera probablement bientôt le cas.

– Cela devrait faciliter votre travail ?

– Ce n’est pas essentiel et nécessaire car nous avons en effet d’autres moyens tout aussi efficaces grâce à la compétence de nos officiers et agents mais aussi grâce à l’importance de nos moyens techniques.

Sachant que plusieurs cellules terroristes et des gangs ont été démantelés sans aucune infiltration, il existe de nombreuses façons de travailler et d’arriver à nos objectifs en termes d’arrestations.

– Les Marocains sont vos précieux alliés car ils collaborent beaucoup plus que dans d’autres pays ?

– C’est vrai et cela s’explique par le fait que nos concitoyens respectent et aiment leurs institutions.

Je me dois de préciser que cette particularité n’existe dans aucun autre pays.

Cela s’explique certainement par notre religion, nos traditions et la morale qu’on nous a inculquée dès notre enfance.

Lorsqu’un Marocain note quelque chose qui nuit à son pays, il ne reste pas silencieux car malgré notre tolérance, on ne touche pas à la patrie et aux institutions qui sont aussi sacrées que la religion.

Notre stratégie de lutte contre la trafic de stupéfiants explique la multiplication des saisies actuelles

– Comment expliquer la multiplication des saisies de drogues depuis le début de 2024 ?

– Le Maroc a adopté, depuis plusieurs années, une stratégie globale et pluridimensionnelle de lutte contre le trafic illicite de drogues et des substances psychotropes, articulée autour de trois axes fondamentaux, à savoir; la réduction de l’offre, la réduction de la demande et  le renforcement de la coopération internationale.

Depuis plusieurs années, l’usage et le trafic illicites des substances psychotropes  constituent l’une des menaces les plus pernicieuses auxquelles sont confrontés les services de la Sûreté nationale.

En effet, à partir du moment où ces substances qui ont des incidences sur le système nerveux central, sont disponibles et écoulées sur les marchés illicites, puis consommées fréquemment et de manière anarchique, un problème d’une grande ampleur se pose pour atteindre, même, une tournure particulièrement alarmante, en prenant notamment l’allure d’un fléau qui engendre des répercussions complexes et très néfastes sur les plans sanitaire, social et sécuritaire.

Les efforts déployés par les services de police durant la période allant du 01er janvier 2015 au 01.06.2024, dans le cadre de la prévention et la lutte contre le trafic illicite des comprimés psychotropes, ont été couronnés par des saisies records de 11.637.104 unités de comprimés psychotropes, dont des millions de comprimés de captagon

Ce genre d’opérations sont menées quotidiennement au niveau des différents commandements relevant de la Sûreté National.

La BNPJ n’intervient que sur les grosses affaires avec des réseaux qui ont des ramifications internationales et qui nécessitent une coopération internationale.

Cette collaboration peut être bilatérale, multilatérale ou par l’intermédiaire de l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol) dont je dirige le bureau central national marocain.

« Les drogues comme le captagon et le fentanyl qui terrorisent les services occidentaux n’ont pas atteint le Maroc »

– Vous avez parlé de saisie d’amphétamine nommée captagon, une drogue qui dope les combattants de Daesh, c’est une première au Maroc ?

– En effet, cette opération qui était une grande première a permis de saisir plus de 2 millions de comprimés de cette drogue.

– Le captagon était destiné au marché marocain ?

-Non, il ne faisait que transiter.

– Pour quel pays ?

– Un pays du Sahel.

– Qu’en est-il de la drogue fentanyl qui fait des ravages aux USA et qui terrorise les pays européens au regard de ses effets 100 fois plus destructeurs que l’héroïne ?

– Nous avons saisi tous les types de drogues mais heureusement pas de fentanyl.

L’héroïne est rare au Maroc mais nos saisies portent surtout sur l’ecstasy et les psychotropes qui viennent d’autres pays.

– Les psychotropes viennent de notre voisin de l’est ?

– Certains viennent d’Europe et d’autres en effet du côté oriental.

– Dans la ville frontalière algérienne de Maghnia, il y a une usine de médicaments dont des psychotropes qui seraient exportés illégalement vers le Maroc ?

– Je préfère ne pas répondre, vous m’avez demandé quels types de drogues et je vous ai répondu.

Ainsi, nous avons saisi de grandes quantités de cocaïne au Maroc que les narcos sud-américains veulent utiliser comme un point de transit.

Quant aux comprimés hallucinogènes, nous avons également saisi des quantités très importantes qui proviennent de pays européens bien connus qu’il n’est pas nécessaire de mentionner.

– Certains pensent que la BNPJ est le FBI marocain ?

– Nous sommes avant toute chose une institution nationale qui est dotée d’experts de très haut niveau qui coopèrent chaque jour avec leurs homologues internationaux.

Dans le cadre de cette coopération, nos fonctionnaires sont  reconnus pour leur compétence, leur professionnalisme et leur honnêteté.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Maroc et la Direction Générale de la Sûreté Nationale ont une réputation mondiale car leurs informations sont toujours exactes et sa coopération de haute qualité.

– Combien d’équipes régionales compte la BNPJ ?

– Nous avons 04 Brigades Régionales de Police Judiciaire, spécialisées dans la criminalité économiques et financières, implantés au niveau de Casablanca, Rabat, Fès et Marrakech

– D’autres vont être créées ?

– Bien sûr. Mais pour cela, il faudra d’abord former des gens sur place puis construire des tribunaux financiers pour pouvoir par exemple juger les détournements de fonds publics, les affaires de contrebande…

 

« La féminisation croissante de la BNPJ s’explique par leurs grandes compétences qui n’ont rien à envier à celles des hommes »

– Comment la BNPJ qui est une brigade d’élite recrute ses officiers ?

– Par un concours ouvert à tous et qui dépend des niveaux de recrutement souhaité à savoir pour le grade de gardien de paix, d’inspecteur de police, d’officier de police, de commissaire de police ou de commissaire de police principal.

C’est la Direction générale de la sûreté nationale qui est chargée du recrutement.

– Le recrutement se fait en fonction du profil du candidat ?

– En effet, nous faisons en sorte de prendre les meilleurs candidats avant de les former en fonction du secteur retenu.

Ceux qui rejoindront le renseignement criminel suivront une formation spécialisée en matière de renseignement criminel.

Idem pour ceux qui seront affectés aux crimes financiers et ceux qui s’engageront dans la lutte contre le terrorisme.

– Les femmes représentent combien de votre effectif ?

– A la Direction de la Police Judiciaire (PJ) , nous avons de nombreuses femmes à la tête de départements importants comme celle qui dirige le Laboratoire national de la police scientifique et technique.

– Vous comptez augmenter leur nombre ?

– La réponse est bien évidemment positive car en matière de sécurité, le travail des femmes n’est pas destiné à meubler ou à donner une image de parité ou de quotas.

Ces femmes méritent leur travail grâce à leurs compétences et à rien d’autre.

– Aussi bien sur le terrain que dans l’administration ?

-Bien évidemment. Nous avons des femmes expertes en droits de l’Homme, des spécialistes de l’ADN, de la lutte contre la grande criminalité, de la cybercriminalité…qui sont sollicitées à l’étranger pour donner des conférences et séminaires aux niveaux africain, régional et international.

« La lutte contre la cybercriminalité est une menace croissante qui mobilise nos services 7 jours sur 7 »

– Comment évolue votre travail, y-a-t-il des changements au niveau des méthodes du crime organisé ?

– Avec le développement des technologies de la communication et notamment d’internet, la cybercriminalité est en plein développement.

C’est la raison pour laquelle nous avons 35 équipes régionales pour lutter contre ce phénomène croissant de la cybercriminalité

Nous avons d’ailleurs créé un département spécial au niveau central, qui est encore une fois dirigé par une femme avec un suivi permanent 24 heures sur 24.

– Un exemple de cybercriminalité qui se développe au Maroc ?

– Actuellement, le plus courant concerne les tentatives d’extorsion par le chantage pour des fins de diffamation.

– Qu’en est-il des tentatives de phishing (hameçonnage) pour détourner le contenu d’un compte bancaire ?

– Elles sont très peu nombreuses car toutes les opérations que nous avons traitées ont abouti à l’interpellation des personnes impliquées comme il y a quelques temps à Fès.

– Vos équipes de lutte contre la cybercriminalité travaillent comment ?

– Les brigades de cybercriminalité font de la veille 24h/24 et 7/7.

« Jeux olympiques à Paris ou mondial de 2030 au Maroc, nos équipes sont prêtes »

– Est-ce que la BNPJ a des officiers de liaison détachés à l’étranger ?

– Au niveau international, il existe une coopération qui peut être bilatérale grâce à un lien constant de communication qui passe par les canaux de coopération officiel, dont les officiers de liaison.

Pour ce qui est de la coopération multilatérale, elle passe par des organisations internationales comme l’Organisation internationale de police criminelle « Interpol » via le Bureau Central National à Rabat.

Idem pour le Conseil des ministres arabes de l’Intérieur qui dispose des Bureaux de Liaison Arabes.

La BNPJ fait un excellent travail au niveau national mais ses enquêteurs n’ont aucune relation avec les officiers de liaison sauf en cas de ramifications des crimes qui se situent au niveau international.

A ce titre, les OPJ traitent ces affaires dans le stricte cadre des dispositions pertinentes du code de procédure pénale et des conventions internationales pertinentes (commissions rogatoires, livraisons surveillées, etc.)

– Les policiers marocains vont-ils aider les français aux J.O. ?

– C’est exact. Dans le cadre de l’accord de coopération sécuritaire qui nous lie avec les autorités françaises, nous allons procéder à un échange d’informations et d’expertises pour prévenir les éventuelles menaces durant les J.O.

Ainsi, en mars dernier, la BNPJ et le bureau central d’Interpol à Rabat ont interpelé à Casablanca avec le concours de leurs collègues français, le chef du clan mafieux Yoda (Félix Bingui) et un de ses lieutenants.

La BNPJ a d’ailleurs reçu une lettre de félicitations du ministre français de l’Intérieur.

La PJ a aussi arrêté 3 membres d’un gang criminel d’origine algérienne et malgré la rupture des relations diplomatiques, nous avons remis à l’Algérie 14 de leurs ressortissants à la frontière.

Ces personnes étaient sous le coup de mandats d’arrêt internationaux émis par Interpol.

– Qu’est-ce qui a été convenu en termes de collaboration sécuritaire sur le terrain avec la France ?

– Je ne suis pas habilité à répondre à cette question.

– Et pour le Mondial de football qui sera coorganisé par le Maroc en 2030 ?

– Tout ce que je peux vous dire est que ce n’est pas la première fois qu’un événement majeur soit organisé dans notre pays qui a une grande expérience de toutes les grandes manifestations comme par exemple le Championnat du monde des clubs de la FIFA qui avait eu lieu en 2014 et 2023.

D’ici 2030, toutes les mesures de sécurité seront mises en place avant, pendant et après car notre institution sécuritaire possède l’expérience requise en termes de gestion des foules pour organiser cette grand-messe du football.

« L’efficacité de notre bureau d’Interpol est reconnue à l’échelle mondiale »

– Passons à vos fonctions de DG d’Interpol Maroc, est-il encore possible de rentrer au Maroc avec des faux papiers ?

– C’est de plus en plus difficile car même ceux qui présentent un vrai faux passeport sont démasqués.

– Pourquoi les appareils de reconnaissance biométrique dont sont équipés tous les aéroports marocains ne sont pas systématiquement utilisés ?

– (Sourire) vous ne remarquez peut-être pas l’œil de la caméra qui permet de vérifier l’identité de chaque voyageur mais elle vous voit et s’il y a un problème, l’agent sera immédiatement avisé.

– Les arrestations d’Interpol se font aux frontières ou sur le territoire national ?

– De 2016 à aujourd’hui, nous avons interpellé 370 cas recherchés avec une notice rouge d’Interpol.

Certains ont été arrêtés au niveau de la frontière et les autres après leur entrée au Maroc.

– Pourquoi après leur entrée ?

– Parce que les autorités étrangères ne connaissaient pas encore la nouvelle identité du fugitif au moment où il est entré.

Ce n’est qu’après avoir actualisé leurs informations sur son état-civil et envoyé une notice rouge que nos systèmes nous ont signalé que cet individu est entré au Maroc et qu’il doit être arrêté.

– Quel est le profil-type des criminels recherchés par Interpol ?

– Tous sont impliqués dans des affaires criminelles ou délictuelles majeures.

– Des mafieux ?

– Parfois comme les deux ressortissants français arrêtés en mars dernier. L’un deux était le chef d’un réseau criminel opérant à Marseille dans le trafic international de stupéfiants.

– Quid des Marocains réfugiés dans d’autres pays qui sont recherchés par le Maroc ?

– De 2016 à aujourd’hui, 445 auteurs de crimes ou de délits majeurs dans leur pays qui s’étaient échappés à l’étranger ont été extradés grâce aux accords d’extraditions.

– Et ceux qui commettent des crimes à l’étranger et viennent se cacher au Maroc ?

– Si cette personne est marocaine et sous le coup d’une notice rouge, elle sera jugée au Maroc, conformément à la législation en vigueur et au principe de la double incrimination, car notre pays n’extrade pas ses ressortissants.

– L’assemblée générale d’Interpol se tiendra bientôt au Maroc…

– En 2023, nous avons soumis notre candidature pour l’accueillir et il a été convenu à l’unanimité que la conférence se tiendrait entre septembre et décembre 2025 dans la ville de Marrakech.

– Sur les 196 pays que compte Interpol, quelle place occupe notre pays ?

– Pour connaître le niveau qualitatif du bureau d’Interpol Maroc au niveau international, je vais vous donner un exemple édifiant qui montre la qualité de ses services.

De 2016 à aujourd’hui, nous avons participé à 24 grandes opérations stratégiques au Maroc avec la participation des autres membres.

Interpol Maroc a aussi organisé 30 conférences internationales et régionales ainsi que le troisième congrès sur la sécurité et les menaces chimiques qui s’est tenu à Marrakech sans compter celui de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient) qui a accueilli plusieurs pays tiers comme Djibouti ou les Comores.

Que ce soit en termes d’échange d’informations, d’expériences, d’organisation de conférences, ou alors de participation active à des opérations stratégiques comme celle nommée « Neptune » dans le port de Gênes qui avait permis de mettre hors de nuire des grands mafieux italiens.

Tout cela pour dire que le bureau d’Interpol du Maroc est un vrai modèle au niveau international et que sa position est au sommet de la pyramide de cette organisation internationale de police criminelle.

« Le Maroc a tous les atouts pour présider Interpol »

– Est-ce que le Maroc pourrait présider un jour Interpol ?

– Je peux vous dire que rien n’est hors portée, en effet, le Maroc dispose de tous les atouts nécessaires pour réussir.

– A l’occasion de l’Assemblée générale d’Interpol en 2025, qui aura lieu à Marrakech, le Maroc aura certainement des aspirations, des objectifs, au-delà de service la communauté internationale de la sécurité. A quel poste va-t-il postuler?

– Le Maroc postulera pour le poste de la vice-présidence africaine d’Interpol, lors de la prochaine session de l’Assemblée générale d’Interpol qui se tiendra en 2024 à Glasgow en Ecosse.

S’agissant des aspirations et des objectifs fixés à l’occasion de l’Assemblée générale d’Interpol prévue à Marrakech en 2025, permettez de vous dire qu’il serait prématuré de s’exprimer sur ce sujet à ce stade.

La BNPJ se saisit de l’affaire de la vidéo de « blind dating » à forte polémique

La BNPJ a réagi après la publication d’une vidéo intitulée Blind Dating by Outfit, montrant une jeune femme en train de choisir son partenaire idéal dans un scénario de rencontre à l’aveugle. Reprenant le concept de l’émission américaine populaire Blind Dating, l’épisode a suscité la controverse au Maroc pour sa prétendue « promotion de valeurs douteuses ».

Selon des sources sécuritaires, la police surveille de près la circulation de la vidéo. Une enquête judiciaire en cours vise à vérifier si la vidéo contient des éléments qui constituent des délits punissables par la loi.

L’adaptation marocaine de ce format de blind dating a provoqué un tollé au sein de la population, nombreux étant ceux à appeler à une intervention rapide des autorités. Des citoyens « inquiets » ont réclamé la suppression de la vidéo sur YouTube et réclament des actions fermes contre les responsables de sa production et de sa diffusion.

Diffusée sur YouTube en milieu de semaine dernière, l’émission met en scène une jeune femme vêtue d’une jupe courte entamant une série de discussions avec plusieurs prétendants. Ces derniers sont initialement dissimulés derrière un paravent, ne révélant que leurs chaussures au début de l’épisode. Puis le paravent se lève lentement au fil de l’émission, dévoilant progressivement les détails vestimentaires de chaque candidat. Cette mise en scène créative permet à la jeune femme d’éliminer progressivement les participants, jusqu’à choisir celui avec qui elle envisage de sortir. Son choix est guidé par ces premières impressions visuelles et les conversations qu’elle a avec chacun d’eux.

La vidéo, qui dure 39 minutes, a rapidement capté l’attention du public, enregistrant plus de 1,7 million de vues en moins de cinq jours.

Face à l’indignation du public, la protagoniste de la vidéo a tenté de se justifier sur son compte TikTok, où elle explique qu’elle « n’a pas grandi au sein de la société marocaine, mais aux Pays-Bas, où le port de jupes très courtes est considéré comme normal ». Elle s’est excusée pour le contenu de la vidéo et a demandé à ce que l’on passe outre l’incident.

Alors qu’une proportion significative des Marocains discutaient de la tenue courte de la jeune femme, le débat s’est également intensifié autour de son choix de partenaire de vie, basé sur ses chaussures, et l’utilisation de son chien comme condition essentielle pour gagner son affection, un autre détail de la vidéo qui a mobilisé les défenseurs des droits des hommes et des femmes, considérant cela comme une atteinte manifeste à la dignité des deux sexes et une menace claire pour le système familial marocain.

Un des plus grands narcotrafiquants marseillais arrêté au Maroc

Les éléments du service d’investigations et d’interventions relevant de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) ont interpellé, vendredi 08 mars soir, un ressortissant français âgé de 34 ans, faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités françaises pour des affaires liées à la constitution de réseaux criminels s’activant dans le trafic international de drogues, indique un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).

Dans un tweet, le ministre français de l’intérieur, Gérald Darmanin, révèle que la personne arrêtée n’est autre que l’un des plus grands narcotrafiquants marseillais.

« Bravo aux policiers qui poursuivent sans relâche le combat contre le trafic de drogue. Un grand coup est porté aujourd’hui au narcobanditisme grâce à notre coopération avec les autorités marocaines que je remercie », avance le ministre français.

Le journal Le Parisien précise qu’il s’agit de Félix Bingui, le patron présumé du redoutable clan marseillais Yoda.

Selon la DGSN, le mis en cause a été appréhendé à Casablanca dans le cadre d’une opération sécuritaire bien ficelée, visant à repérer et localiser tous les endroits où le prévenu pouvait trouver refuge dans plusieurs villes marocaines.

Le suspect a été placé en garde à vue avant d’être présenté samedi matin devant le parquet compétent à Casablanca, dans le cadre de la procédure d’extradition, précise-t-on de même source.

Cette interpellation vient couronner les relations de coopération sécuritaire et d’échange de renseignements entre les services de la DGSN et la Police nationale française conformément aux mécanismes de coopération internationale dans le domaine sécuritaire, précise la DGSN.

21 interpellations dans le démantèlement d’un réseau de falsification de titres immobiliers

Les suspects ont été interpellés pour leurs liens présumés avec un réseau criminel s’activant dans la falsification de documents officiels et coutumiers, en vue de s’approprier des biens immobiliers privés et publics, ainsi que dans l’usurpation d’une fonction réglementée par la loi, afin d’escroquer des personnes souhaitant émigrer à l’étranger.

Selon une source sécuritaire, les suspects ont été interpellés dans des opérations simultanées menées dans les villes de Béni Mellal, Ouarzazate, Azrou, Tinghir, Aïn Taoujtat et Imouzzer, après que les investigations ont révélé des soupçons sur leur implication, en connivence et de manière délibérée, dans la falsification de titres de propriété adoulaires, et sollicitant l’aide de faux témoins, en vue de s’approprier des biens immobiliers relevant du domaine public ou appartenant à des particuliers, notamment des étrangers.

Les investigations sur le terrain ont également montré que certains détenus ont escroqué des personnes souhaitant émigrer à l’étranger, en leur subtilisant différentes sommes d’argent en échange de promesses fictives de délivrance de visas et de contrats de travail à l’étranger, a ajouté la même source.

Les perquisitions effectuées dans le cadre de cette affaire ont permis la saisie de faux titres de propriété, des contrats de travail et des visas, ainsi que des supports électroniques de stockage et du matériel informatique utilisés dans la falsification. Il s’agit aussi de récépissés de transferts d’argent suspectés provenir des revenus de ces actes criminels, a-t-on expliqué de même source.

Les mis en cause ont été placés en garde à vue à la disposition de l’enquête, menée sous la supervision du parquet compétent, en vue d’identifier les ramifications éventuelles de cette entreprise criminelle, de dévoiler tous les actes criminels imputés aux individus interpellés et d’arrêter les autres personnes impliquées ou ayant des liens avec ce réseau criminel, conclut-on.