Les investissements post-séisme n’auront aucun impact sur le PLF 2024 (Lekjaa)

En marge des AA2023 à Marrakech, Médias24 a pu interviewer le ministre du Budget, Fouzi Lekjaa, concernant différents sujets afférents aux finances de l’Etat.

Le ministre est revenu sur le positionnement renforcé du Maroc à l’international et sur la forte visibilité dont bénéficie le pays après les récentes annonces d’organisation de la CAN, de la Coupe du Monde (CDM) ainsi que des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale.

Il a également évoqué les trois sources de financement qui permettront de déployer les 120 MMDH sur cinq ans, annoncés dans le cadre du programme royal.

Médias24 : Épopée de l’équipe nationale au Mondial 2022, attribution de la CAN en 2025, de la CDM en 2030 et retours très positifs de la communauté internationale sur l’organisation des AA2023… comment interpréter tous ces signaux positifs ?

Fouzi Lekjaa : Ma foi, les bonnes nouvelles n’arrivent pas par hasard. Il y a eu une stratégie, du travail et une vision éclairée de Sa Majesté depuis plus de vingt ans. Il y a un process de développement qui positionne notre pays parmi les grandes nations qui ont eu l’occasion d’organiser ces manifestations d’envergure comme les AA2023. Une première depuis un demi-siècle, dans un contexte assez particulier, juste après la tragédie d’Al Haouz.

Nous avons pu consolider notre position de leader, et tous les événements tels que la CAN, la CAN féminine, la CDM 2030, ont été décidés à l’unanimité dans la famille footballistique africaine et de la FIFA. Concernant les AA2023, le maintien a été annoncé il y a quelques semaines, et cela est le couronnement d’un process de développement éclairé.

Le leadership mondial est présent sur place

– En marge de ces AA2023, les membres du gouvernement multiplient les rencontres avec les personnalités étrangères présentes. Pouvez-vous nous dire ce qui en ressort ? De bonnes nouvelles sont-elles attendues ?

– S’il n’y a pas de bonnes nouvelles, au moins il n’y en aura pas de mauvaises. Aujourd’hui, ces assemblées se tiennent avec 15.000 participants, représentant tous les horizons, à connotation politique, sociale et économique. Le leadership mondial est présent sur place. C’est une occasion pour nous, managers, ministres, représentants du secteur privé et de la société civile de prendre contact avec les homologues et de faire le point sur les process de coopération historique. Cela donne également la possibilité de discuter des perspectives d’avenir, qui ne pourraient être que prospères du fait des réformes entamées. La dernière en date, rappelons-le, est celle initiée par le Roi en pleine crise du Covid, sur le volet social. Tout cela donne l’occasion de débattre, d’enrichir et de construire, dans des logiques bilatérale et multilatérale, les perspectives d’un horizon meilleur et prospère.

– À la suite du séisme, un programme royal de 120 MMDH sur cinq ans sera déployé. Beaucoup se sont inquiétés de ce nouvel effort budgétaire et de son impact sur les finances de l’Etat. Comment sera-t-il financé ?

– Au-delà de l’impact financier, des ressources et de la logique budgétaire, la gestion de cette tragédie a montré l’exemplarité et la position exceptionnelle de notre pays, tout cela avec une vision royale qui a veillé personnellement sur le déroulé des différentes décisions. La réactivité de l’État et sa cohérence font de cette gestion un sujet de félicitations.

Il y aura trois sources de financement

Concernant le programme, il y a l’immédiat. À savoir une indemnisation des personnes touchées de 30.000 dirhams, à raison de 2.500 dirhams par mois, qui a commencé le 6 octobre. Naturellement, il y a également la reconstruction totale ou partielle des logements détruits par le séisme, et le fait de remettre les équipements en l’état, avec le respect des normes parasismiques et un ancrage culturel local respecté. Ce programme prendra une année pour être mis en œuvre.

Le programme à moyen terme sera achevé fin 2028 et permettra d’amener cette région à un niveau de développement nettement meilleur.

Il y aura trois sources de financement. Premièrement, le Compte d’affectation spéciale (CAS), créé par le Souverain pour faire face aux effets de ce séisme. Les Marocains ont démontré une solidarité exceptionnelle en termes de participation. Cela est une vraie source de fierté.

Deuxièmement, d’ici 2028, les programmes de développement qui seront menés par les secteurs ou les départements ministériels (éducation, infrastructures, etc.) ; une bonne partie a été programmée dans leurs budgets d’ici 2028.

Troisièmement, il s’agira de coopération financière internationale. Naturellement, vous avez pu remarquer la détermination de tous les acteurs et institutions à nous accompagner. À court terme, durant cette année, on pourra perdre un peu de la valeur (agricole et vivrière) qui est créée dans cette région, mais cette dernière reste marginale par rapport à la richesse nationale. En revanche, investir un montant aussi important sur une courte période donnerait plus d’impact positif sur la croissance nationale. Au-delà de cela, cela donnera des possibilité de prospérité à ces populations.

Déficit budgétaire 2023 : 4,5% selon nos projections

In fine, vous pouvez donc nous confirmer qu’il n’y aura pas d’impact majeur sur le projet de loi de Finances 2024 qui se profile ?

– Il n’y aura aucun impact sur le PLF24. Ce dernier va entamer son processus d’adoption dans les prochains jours. Il y a la création du CAS et la programmation des lignes budgétaires capables de supporter ces dépenses, puisque le programme à court terme sera financé par le Fonds 126. Le programme à moyen terme sera financé par les crédits et dotations budgétaires, au niveau du budget programmé d’ici 2028 dans chaque département, et la coopération financière internationale.

Le déficit budgétaire en 2023 est attendu à 4,5% du PIB, exactement celui prévu au niveau de la loi de Finances. Le PLF24 est bâti sur la base d’une logique similaire, avec un trend baissier de ce déficit qui permettra d’assurer la durabilité de nos finances.

– Est-ce qu’une sortie à l’international est attendue sur le reste de l’année ?

– Cela m’étonnerait, car aujourd’hui, il y a une forte amélioration de nos recettes touristiques en devises et des MRE. Cela nous met dans des conditions très correctes par rapport à nos réserves.

Une sortie à l’international ? Cela m’étonnerait

L’arbitrage est fait naturellement sur un raisonnement objectif. Nous sommes confortables avec la ligne du FMI, et la note souveraine qui reste stable. Mais le coût de l’emprunt, comparé à celui des ressources intérieures, est un arbitrage omniprésent au ministère. D’ici la fin de l’année, je peux vous dire que c’est une hypothèse presque écartée.

Nous espérons que 2024 démarre de façon favorable, notamment avec plus de pluie pour dépasser les difficultés autour du déficit hydrique. Les discussions et le suivi de tous les paramètres entrant dans cette équation sont suivis. Les arbitrages seront faits et, en tout état de cause, le financement de l’économie nationale sera fait dans les meilleures conditions financières et d’ouverture de notre économie dans le tissu mondial.

– Terminons sur le football. À quand les travaux concernant le tant attendu Grand Stade de Casablanca ?

– Concernant le stade, je peux vous dire que le site a été identifié, ce sera à Benslimane. Le concours des architectes a été lancé, et les résultats seront bientôt rendus publics, puis les travaux vont débuter. Il ne faut pas se précipiter. Casablanca sera dotée de l’un des meilleurs stades, non seulement au niveau continental mais mondial.

L’aide extérieure pourrait réduire l’impact budgétaire du séisme au Maroc (Fitch)

Les efforts de reconstruction à la suite du tremblement de terre qui a frappé le Maroc début septembre « entraîneront une hausse des dépenses publiques, creusant les déficits budgétaires à court terme, mais l’aide internationale est susceptible de compenser une partie des coûts de reconstruction », écrit Fitch Rating.

« Environ 30 % » des 11,7 milliards de dollars sur cinq ans annoncés par le Maroc pour la reconstruction, sont « destinéq à l’aide d’urgence, à la reconstruction et à la réparation de logements, ainsi qu’à la restauration des infrastructures touchées, notamment les établissements de santé et d’éducation. Le reste est consacré au développement social et économique de la région touchée », rappelle l’agence.

« Avant le séisme, le gouvernement avait prévu de réduire le déficit budgétaire à 4,5 % du PIB en 2023 et à 4 % en 2024, même si en juin, Fitch prévoyait des déficits légèrement plus élevés, de 4,9 % et 4,4 % respectivement, en partie pour refléter l’impact du séisme », croit savoir l’agence.

« Les coûts de la relance vont probablement faire augmenter encore les dépenses, ce qui entraînera des déficits et une dette plus importants que ce que nous avions prévu au moment de la dernière revue. Lorsque nous avons confirmé la notation du Maroc à « BB+ » avec une perspective stable en avril 2023, nous avons noté que ses notations étaient limitées en partie par une dette publique élevée et un déficit budgétaire plus important que ses pairs », rappelle la même source.

« Néanmoins, on ne sait pas exactement quelle part des coûts du plan de reconstruction le gouvernement supportera », le Fonds 126 ayant dépassé les 10 milliards de DH (selon une déclaration de Abdellatif Jouahri mardi), mais d’autres dons locaux et extérieurs restant très probables. Le Maroc et le FMI ont conclu un accord de principe pour 1,3 milliard de dollars de financement à long terme pour la résilience climatique, sans lien direct avec le séisme.

L’agence écarte également des pressions externes significatives sur les réserves de change. Non seulement les transferts des MRE et les recettes touristiques senregistrent de nouveaux records cette année, mais en plus, le Maroc dispose d’une ligne de crédit flexible sur deux ans auprès du FMI – approuvée par le conseil d’administration du FMI en avril 2023 – d’une valeur d’environ 5 milliards de dollars, sur laquelle les autorités pourraient envisager de puiser si elles le souhaitent.