Après la suspension de son projet au Maroc, Xlinks se relance dans un projet énergétique en mer Noire

Affaiblie par la décision du gouvernement britannique de ne pas conclure de contrat pour différence pour son projet marocain, la compagnie Xlinks évite l’iceberg en se joignant à un projet de corridor énergétique vert reliant l’Asie et l’Europe à travers quatre pays : l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Roumanie et la Hongrie.

Un mémorandum d’entente a été signé ce 8 décembre en présence du ministre azerbaïdjanais de l’Énergie, Parviz Shahbazov, et des directeurs des compagnies Xlinks et Green Energy Corridor Power. Par cet accord, Xlinks se positionne comme un développeur potentiel du projet de cette interconnexion électrique verte.

Créée à Bucarest en 2025, la compagnie Green Energy Corridor Power est une coentreprise quadripartite réunissant les opérateurs énergétiques de l’Azerbaïdjan, de la Géorgie, de la Roumanie et de la Hongrie.

Prévu pour être opérationnel en 2032, le corridor énergétique doit exporter 4 gigawatts (GW) d’énergie verte par an depuis l’Azerbaïdjan vers les trois autres pays. Il s’appuiera sur une ligne à courant continu haute tension (CCHT) et un câble sous-marin traversant la mer Noire à partir des côtes géorgiennes.

Xlinks et Green Energy Corridor Power ont évoqué un élargissement à long terme, axé sur le développement des énergies vertes vers l’Europe.

Le modèle de financement de ce projet devrait être finalisé prochainement. Selon les premières estimations, le coût des travaux s’élèverait à environ 3,5 milliards d’euros, pour une durée de réalisation de trois à quatre ans. Le principal financement proviendrait de la Commission européenne, qui prévoit d’allouer 2,3 milliards d’euros à ce projet.

Pour rappel, le projet Xlinks est suspendu faute d’avoir obtenu du gouvernement britannique le contrat pour différence nécessaire à la viabilité du projet. Dans le cadre d’une révision stratégique, la possibilité de le relocaliser hors du Royaume-Uni est encore à l’étude.

Impactée par la suspension du projet de Xlinks reliant le Maroc au Royaume-Uni, la compagnie XLCC a également décidé de suspendre son usine de câbles sous-marins dans le North Ayrshire, en Écosse. XLCC a, par conséquent, annoncé qu’elle allait entamer le même processus de révision stratégique que Xlinks.

Xlinks : un mois de juillet décisif pour le projet de liaison électrique entre le Maroc et le Royaume-Uni

L’Inspection britannique de l’urbanisme (Planning Inspectorate) a décidé de remettre en ordre l’avancement de procédure de l’ordonnance de consentement de développement (DCO), l’autorisation requise pour le projet Xlinks de liaison électrique entre le Maroc et le Royaume-Uni, en fixant un délai à ne pas dépasser pour la tenue de la réunion préliminaire.

Dans une lettre datée du 20 juin 2025, l’Inspection de l’urbanisme a précisé que, malgré la demande de Xlinks de suspendre temporairement le processus d’examen, un délai ne dépassant pas la fin du mois de juillet 2025 est prévu pour la tenue de cette réunion, qui constitue la première étape de la phase d’examen.

L’Inspection britannique a justifié sa décision en expliquant que cela représenterait une phase de préexamen de sept mois. De même, l’autorité d’examen du projet estime qu’il ne serait pas raisonnable de prolonger cette période davantage, alors que le paragraphe 5 du Planning Act 2008 stipule que la période maximale de préexamen ne peut dépasser cinq mois.

À cet effet, l’autorité d’examen a l’intention de procéder à l’examen sur cette base. En cas de refus, Xlinks pourra retirer sa demande à ce stade pour la soumettre à nouveau, une fois que les incertitudes soulevées auront été levées.

Dans une mise à jour récente, Xlinks a précédé la lettre de l’Inspection de l’urbanisme en envoyant, le 12 juin 2025, une lettre à cette agence relevant du ministère de l’Habitat britannique pour indiquer que les mêmes causes sont toujours d’actualité, empêchant Xlinks de poursuivre la procédure.

Pour Xlinks, il s’agit d’une pause stratégique, le temps d’obtenir une réponse à sa demande d’un contrat à long terme indexé sur l’inflation. qui garantirait à l’entreprise de pouvoir vendre son électricité à un prix fixe, autour de 70 livres sterling par mégawattheure (MWh). Une fois l’accord obtenu, Xlinks pense que la phase d’examen pourra être menée de manière plus rapide et constructive.

Le projet est désormais forcé vers la phase d’examen, qui dure en moyenne 9 mois, alors que l’autorité d’examen a déjà demandé des informations complémentaires concernant d’éventuelles modifications de la documentation de la demande telle que soumise par Xlinks.

Rappelons que malgré son intérêt stratégique, le projet de liaison électrique entre le Maroc et le Royaume-Uni, via quatre câbles sous-marins à haute tension d’une capacité de 1,8 GW chacun, rencontre des défis majeurs. Le processus d’obtention de l’ordonnance de consentement de développement (DCO), équivalent britannique d’une étude d’impact environnemental (EIE), compte parmi les plus complexes au monde en raison de procédures particulièrement longues.

La phase d’examen est donc la plus décisive, car, à son issue, un rapport détaillé est établi et soumis au secrétaire d’État, qui dispose alors de trois mois pour prendre une décision.

Si Xlinks accepte de programmer la réunion préliminaire et sous réserve d’obtention du feu vert du secrétaire d’État, les travaux pourraient commencer en 2026, à défaut d’une autorisation accordée, pour une durée de cinq ans, ce qui permettrait la mise en service du projet à l’horizon 2031.

Cependant, si elle refuse, en attendant la décision quant au contrat de vente d’électricité à long terme, ce projet pourrait prendre plus de temps ou même être délocalisé, comme Xlinks l’a déjà évoqué.

Les prochains jours seront décisifs pour ce projet afin de déterminer si Xlinks acceptera les exigences du gouvernement britannique ou agira différemment.

À suivre…