Abattage suspendu, marchés fermés : ce que prévoient quelques communes pour Aïd al-Adha

Plusieurs communes ont annoncé des mesures exceptionnelles encadrant l’abattage des animaux et la vente de bétail, dont la commune d’Agadir, qui vient d’annoncer une série de mesures temporaires liées à l’activité d’abattage en amont de Aïd al-Adha. Des dispositions qui visent à « encadrer les pratiques sanitaires et logistiques en cette période sensible ».

À travers un communiqué officiel publié le lundi 2 juin, la commune d’Agadir a informé la population que l’abattage d’ovins et de caprins sera interdit du 2 au 5 juin au soir. Durant cette période, seuls les bovins pourront être légalement abattus.

En parallèle, les abattoirs municipaux d’Agadir seront fermés à titre exceptionnel « les vendredi 6 et samedi 7 juin 2025″, soit la veille et le jour de la fête de Aïd al-Adha ». L’activité reprendra normalement le dimanche 8 juin.

« La commune exhorte l’ensemble des citoyens à se conformer à ces mesures, en espérant leur collaboration pour ce qui est de l’intérêt général », conclut le communiqué.

Sidi Bouathmane : fermeture de l’espace de vente de bétail au marché hebdomadaire à partir du 2 juin

La commune de Sidi Bouathmane, à 40 km de Marrakech, a pour sa part annoncé la fermeture de l’espace de vente de bétail (rahba) au sein de son souk hebdomadaire, connu sous le nom de souk lathnine Sidi Bouathmane, et ce, le lundi 2 juin.

Cette décision intervient « en conformité avec les hautes directives royales invitant les citoyens à ne pas accomplir le rite du sacrifice de l’Aïd cette année », précise l’arrêté.

L’exécution de cet arrêté est confiée aux autorités locales, à la Gendarmerie royale ainsi qu’au représentant de la société Aswak Marrakech SARL, gestionnaire du marché hebdomadaire de Sidi Bouathmane, chacun dans son domaine de compétence.

Kasba Tadla : interdiction d’accès du bétail au marché hebdomadaire et fermeture de l’abattoir communal

La commune de Kasba Tadla, dans la région de Béni Mellal-Khénifra a, elle aussi, annoncé des mesures restrictives concernant l’accès au bétail et le fonctionnement de son abattoir en prévision de la période de l’Aïd.

Selon l’avis signé par le président du conseil communal, Ouafi El Kebir, l’entrée du bétail à l’espace de vente dédié au marché hebdomadaire de la ville de Kasba Tadla sera totalement interdite à compter du lundi 2 juin.

De plus, l’abattoir communal de la ville sera fermé à partir du jeudi 5 juin jusqu’au mercredi 11 juin inclus.

Ces décisions s’inscrivent, selon l’avis, dans le sillage de l’appel lancé par le Roi Mohammed VI, exhortant les citoyennes et citoyens à ne pas accomplir le rite du sacrifice de l’Aïd cette année. Cet appel visait à préserver et à reconstituer le cheptel national, fortement affecté par la sécheresse persistante.

En réponse, le gouvernement a annoncé un vaste programme de soutien à la reconstitution de ce cheptel qui prévoit notamment le rééchelonnement des dettes des éleveurs, ainsi qu‘une subvention directe à l’alimentation du bétail.

Baisse des prix des moutons sur fond de rumeurs d’annulation du rituel du sacrifice de Aïd al-Adha

À l’approche de Aïd al-Adha, une rumeur sur une éventuelle annulation du rituel du sacrifice, en raison de la flambée des prix liée aux années consécutives de sécheresse, s’amplifie. En l’absence d’information officielle sur le sujet, cette rumeur impacte déjà les prix du cheptel.

La question a même été soulevée au Parlement par un député, sans toutefois recevoir de réponse de la part d’Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture.

La détente des prix nous a été confirmée par l’Association nationale des ovins et des caprins (ANOC).

Une baisse de 800 à 1.000 DH/tête

« Une détente des prix des têtes de cheptel est effectivement constatée depuis quinze jours dans les marchés de bétail, selon la remontée d’informations par les éleveurs adhérant à l’ANOC du Moyen Atlas, de l’Oriental et des grands bassins de production des cheptels ovin et caprin. La baisse est de l’ordre de 800 à 1.000 DH/tête« , explique à Médias24 Saïd Chatibi, directeur général de l’ANOC.

Les rumeurs d’une éventuelle annulation du rituel du sacrifice inquiètent en effet les éleveurs, précise-t-il. « Pour éviter et minimiser les pertes potentielles, ils se sont donc résolus à la vente à des prix bas. Mais la détente des prix peut être également expliquée par la faible demande de viande ovine, généralement en hiver. Les Marocains préfèrent en effet la viande bovine pendant la saison hivernale. La viande ovine, elle, étant plutôt consommée à partir du mois de mai, période idoine pour les cérémonies et les festins ».

Répercussion sur les prix de la viande dans les prochains jours

La baisse observée va-t-elle durer ? « C’est difficile à prédire, car le marché est très fluctuant. Mais nous estimons que les prix actuels se stabiliseront peut-être jusqu’à l’approche de Aïd al-Adha« , nous répond Saïd Chatibi.

Les récentes pluies et chutes de neige, synonymes de disponibilité des pâturages, pourraient même accentuer davantage la baisse des prix constatée, selon notre interlocuteur. « La baisse des prix de l’alimentation du bétail induit automatiquement la détente des prix, laquelle détente tirera à la baisse les prix de vente de la viande au détail« , précise ce dernier.

« Certes, cette baisse n’a toujours pas été ressentie dans les boucheries. Mais il faut se rappeler qu’il existe systématiquement un décalage entre les prix dans les marchés de bétail et les prix de vente au détail. En principe, la détente des prix des têtes de cheptel devrait se répercuter dans les jours à venir sur le marché de la viande », conclut-il.

Le recensement du cheptel est terminé, les chiffres bientôt dévoilés

Cette opération a concerné toutes les communes, préfectures, provinces et douars du Royaume, avec pour objectif de déterminer le nombre de têtes dans le Royaume, notamment celles qui seront dédiées à l’abattage pour Aïd al-Adha.

Les chiffres définitifs devraient être annoncés durant le mois en cours, selon notre source. Ils aideront ainsi le ministère de l’Agriculture dans la prise de décision, notamment à l’approche du mois de Ramadan.

Cette opération pourra éventuellement donner lieu à de nouvelles mesures pour équilibrer le secteur des viandes rouges.

Rappelons que le cheptel national est en déclin depuis quelques années, en raison de la succession des années de sécheresse, de la crise du Covid et de l’inflation qu’a connue le Royaume.

Ce manque de visibilité rend parfois difficile la prise de décision et, de ce fait, certaines mesures n’atteignent pas les objectifs escomptés.

Cette opération a été chapeautée par l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC) et a connu la participation de toutes les Directions provinciales de l’agriculture ainsi que de l’Office national du conseil agricole (ONCA) et de plusieurs autres organismes concernés.

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Importation de viandes rouges prêtes à la consommation : le cahier des charges publié

Pour faire face à la crise actuelle dans le secteur, le gouvernement a décidé en octobre dernier d‘autoriser les importations, pour une durée limitée, de viandes rouges fraîches prêtes à la consommation.

Pour encadrer cette opération, un cahier des charges a été récemment publié par le ministère de l’Agriculture. Un document qui fixe notamment les normes techniques à respecter et les procédures d’importation.

Race, sexe, identification et abattage

Ce texte explique que « dans le cadre de la conjoncture actuelle qui se caractérise par une sécheresse sévère ayant un impact direct sur le cheptel national, le Maroc a décidé d’ouvrir l’importation des viandes bovines, ovines, caprines et camelines, ainsi que les abats, pour assurer l’approvisionnement du marché national en viandes rouges et stabiliser leurs prix« .

Ces viandes et abats doivent, selon les dispositions dudit document, provenir de pays ouverts à l’importation, conformément à la réglementation en vigueur, et doivent répondre aux normes techniques suivantes :

– être issus de bovins, camelins, ovins, et caprins mixtes (lait et viande) ou de croisements entre les races à viande entre elles et entre les races à viande et les races mixtes ;

– mâles et femelles ;

– être issus d’animaux identifiés conformément à la réglementation en vigueur du pays d’origine ;

– provenir d’animaux ayant été abattus dans un abattoir agréé et selon le rituel islamique halal ;

– être présentés en carcasse entière, en demi-carcasse, en quart de carcasse, ou encore en unité de vente pour les viandes rouges. Les abats incluent le foie, le cœur, les rognons, la langue, le ris, la rate, la tête, les pieds, les tripes et la queue ;

– viandes et abats frais, réfrigérés ou congelés ;

– provenir d’abattoirs et/ou d’unités de découpe agréés sur le plan sanitaire au niveau du pays d’origine.

Quid des importateurs éligibles ?

Selon ledit cahier des charges, les importateurs éligibles sont les suivants :

– les abattoirs de viandes rouges agréés par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) ;

– les unités de découpe de viandes rouges agréées par l’ONSSA et équipées en entrepôts ou sous-traitant l’activité d’entreposage avec un entrepôt agréé par l’ONSSA ;

– les chevillards (disposant d’un ICE) exerçant dans les abattoirs agréés par l’ONSSA ;

– les personnes morales disposant d’un entrepôt agréé par l’ONSSA ou sous-traitant l’activité d’entreposage avec un entrepôt agréé ou abattoir agréé.

Ces derniers sont tenus de déposer leurs dossiers d’importation auprès de la Direction de développement des filières de production (DDFP) du ministère de l’Agriculture.

Les différentes procédures d’importation

Pour la première opération d’importation, les professionnels désirant importer les viandes et abats doivent déposer auprès de la DDFP une demande d’importation de viandes rouges, dont le dossier se constitue des pièces suivantes :

– une demande d’importation ;

– un engagement d’importation ;

– une copie du statut de la société ou du registre de commerce ou de l’ICE ;

– une copie de l’agrément de l’abattoir/unité frigorifique/entrepôt ;

– une attestation d’entreposage délivrée par le responsable de l’entrepôt sous-traitant l’activité d’entreposage ;

– une fiche technique relative à la capacité de stockage et la logistique d’entreposage, de transport frigorifique et de distribution des viandes rouges fraiches et congelées.

Après examen du dossier de la demande, la DDFP délivre une attestation d’éligibilité d’importation, qui fixe la quantité de viande à importer par acteur.

Pour la seconde demande d’importation, le dossier d’importation compte les pièces suivantes :

– une demande d’importation ;

– un engagement de l’importateur ;

– une copie des documents de l’opération d’importation précédente ;

– une copie du registre de suivi des viandes importées.

Les importateurs sont par ailleurs tenus de disposer d’un registre de traçabilité des viandes importées. En cas de non-respect par l’importateur des dispositions de ce cahier des charges, les approbations d’importation ne seront pas renouvelées. Le gouvernement, lui, appliquera en plus le plein tarif douanier à l’importation.

Notons que, selon nos informations, les viandes importées ont commencé à arriver au Maroc depuis le 11 novembre 2024. Cette opération « restera en vigueur aussi longtemps que possible, le temps de reconstituer le cheptel et à revenir à des niveaux d’approvisionnement normaux par la production nationale », d’après nos sources.

Démarrage imminent du recensement du cheptel national

Si en mai dernier le précédent ministre de l’Agriculture, Mohammed Sadiki, avait estimé que le cheptel national des ovins comptait 20,3 millions de têtes, enregistrant une baisse de 2% par rapport à 2023, il n’existe à ce jour pas de statistiques exactes et actualisées qui renseignent sur l’état du cheptel caprin et bovin, ainsi que sur le cheptel laitier. Mais une chose est sûre : il est en déclin en raison de la succession des années de sécheresse, de la crise du Covid, et de l’inflation qu’a connue le Royaume.

Ce manque de visibilité rend parfois difficile la prise de décision et, de ce fait, certaines mesures n’atteignent pas les objectifs escomptés. Pour pallier cette problématique, le ministère de tutelle procèdera, dans une dizaine jours, au recensement du cheptel au niveau national, apprend Médias24 de sources bien informées.

Démarrage imminent de l’opération de recensement

« C’est la première opération qui se fera au niveau national. Elle concernera toutes les communes, préfectures, provinces et douars du Royaume », indiquent nos sources.

« Il s’agit d’un recensement déclaratif qui commence d’ici une semaine à dix jours, et pour lequel des centaines de personnes ont été recrutées et formées ».

Cette opération sera chapeautée, selon nos informations, par l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC). Elle connaîtra également la participation de toutes les Directions provinciales de l’agriculture relevant du ministère de l’Agriculture, ainsi que de l’Office national du conseil agricole (ONCA) et de plusieurs autres organismes concernés.

Les résultats prévus pour janvier 2025

Cette opération devrait durer un mois et demi, voire deux mois au plus. « D’ici la mi ou fin janvier 2025, le ministère de l’Agriculture devrait avoir le compte du nombre de têtes d’ovins, de caprins et de bovins dans le Royaume ».

La convention relative à cette opération a été signée la semaine dernière entre l’ANOC et le ministère de l’Agriculture notamment.

« Cela fait plus d’un mois que cette opération est en préparation. C’est toute une organisation pour garantir notamment l’adhésion des éleveurs ».

« Les recenseurs doivent par ailleurs pouvoir être identifiés. Et pour ce faire, ils devront disposer de matériel avec le logo de l’opération : casquettes, cartables, chemises… D’un autre côté, avec les superviseurs, les recenseurs devront également être formés », ajoutent nos interlocuteurs.

« C’est une opération d’envergure, qui connaîtra la participation de plus de 1.000 personnes, le but étant d’avoir les résultats le plus vite possible ».

Un recensement pour aider à la prise de décision

Nos sources espèrent par ailleurs que les éleveurs vont adhérer à cette opération, pour éviter d’avoir un résultat aléatoire. « D’après une récente visite, nous avons remarqué que le nombre de têtes est très élevé, notamment à Bouarfa, dans le Moyen Atlas et les régions qui ont été concernées par les précipitations ces dernières semaines ».

« Nous disposons donc du cheptel que nous devons identifier et compter. Les éleveurs doivent toutefois adhérer, ce qui ne sera pas évident dans certaines zones, de peur de perdre les aides reçues par l’Etat dans le cadre du programme d’aides sociales directes lancé vers fin 2023 ».

« L’Intérieur devra intervenir dans ce sens pour aider les recenseurs à avoir des chiffres exacts, ce qui aidera le gouvernement à prendre les décisions adéquates, notamment à l’approche de Aïd al-Adha, pour savoir s’il doit continuer à importer pour permettre au cheptel national de se reconstituer, ou si les opérations d’importation devraient s’arrêter et quand… »

« Ce recensement est donc crucial. Il donnera peut-être lieu à de nouvelles mesures pour équilibrer le secteur des viandes rouges », concluent nos sources.

Importation des viandes rouges et de l’huile d’olive : voici les quotas fixés par le gouvernement

Comme nous l’écrivions dans un précédent article, le gouvernement a décidé d’exonérer de la TVA les importations de viandes rouges et d’huile d’olive pour pallier la faible production nationale en ces denrées et pour en stabiliser les prix.

Toute une édition du Bulletin officiel, datée du 19 octobre, est consacrée aux quotas d’importation pour ce qui reste de l’année 2024. Il s’agit de :

Pour l’année 2025, ces quotas se déclinent comme suit, selon les dispositions du PLF 2025 (page 13) :

Bétails vivants :

Veaux et velles pour la reproduction : 20.000 têtes pour chaque catégorie.

Viandes rouges fraîches ou congelées (toutes les catégories) : 40.000 tonnes.

Huile d’olive vierge et extra-vierge : 20.000 tonnes.

Rappelons que les importations des viandes rouges seront strictement encadrées par un contrôle sanitaire dont sera chargé l’Office national de la sécurité sanitaire des aliments (ONSSA) comme nous l’expliquions dans notre article dédié au sujet. Les viandes rouges doivent être ‘halal’ et provenir de l’un des pays dont la liste a été arrêtée par les pouvoirs publics :

Pour les viandes ovines et caprines : tous les pays de l’Union européenne, Andorre, Albanie, Argentine, Australie, Canada, Chili, Etats-Unis d’Amérique, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande, Russie, Serbie, Singapour, Suisse, Uruguay.

Pour les viandes bovines : tous les pays sus-cités, en plus du Brésil, du Paraguay et de l’Ukraine.

Aïd al-Adha 2024. Prix élevés des cheptels, des professionnels se justifient

Abdelali, vendeur d’ovins au détail et en gros aux abattoirs de Hay El Mohammadi, a démenti, au micro de Médias24, les rumeurs qui courent sur un éventuel accord entre vendeurs sur les prix : « Chaque vendeur fixe le prix qu’il souhaite. » Pour établir le prix de vente, Abdelali dit s’être basé sur « le prix d’achat initial » et avoir ajouté « les charges, c’est-à-dire le transport, le fourrage, la rémunération des travailleurs, la location du lieu de vente et sa marge bénéficiaire ».

Interrogé sur les différences entre ovins importés et locaux, Abdelali répond : « Je n’ai pas de moutons importés dans mon cheptel car leur qualité est discutable. Bien que les prix des moutons locaux soient plus élevés, leur qualité reste nettement meilleure. »

Il poursuit en expliquant les préférences des clients : « Certaines personnes se sont rendu dans les supermarchés et y ont trouvé des ovins importés à 83, 84 ou 85 DH le kilo, mais sont tout de même revenus pour nous les acheter à 90 DH le kilo parce que les races sardi et bergui sont meilleures. Nous apprécions la qualité ici. »

Quant aux perspectives d’avenir, il précise : « Pour les jours à venir, les prix dépendront de l’offre existante. De façon générale, l’offre de cette année est inférieure à celle des années précédentes. Si l’offre était plus abondante, nous aurions vendu à 50 ou 55 DH le kilo. »

Face aux prix inabordables, de nombreux marocains envisagent de ne pas accomplir le sacrifice cette année. « La vérité, c’est que les citoyens achètent les moutons. La preuve, le cheptel dont on dispose encore ne nous suffira que jusqu’au jeudi 13 juin. Nous n’aurons donc plus rien à vendre pendant les trois jours qui précèderont la date de l’Aïd », dit Abdelali, comme pour souligner l’insuffisance de l’offre selon lui.

« Cette hausse des prix des moutons ne concerne pas seulement le Maroc ; la plupart des pays musulmans sont également touchés, c’est dû à l’inflation », conclut Abdelali.

Selon le ministère, l’offre est largement supérieure à la demande. Mohamed Sadiki avait annoncé en mai dernier que « la demande pour Aïd al-Adha est estimée à environ 6 millions de têtes, dont 5,4 millions d’ovins (81% de moutons et 19% de brebis) et 600.000 caprins », pour une offre générale de 7,8 millions de têtes comprenant 6,8 millions d’ovins et 1 million de caprins, soit une différence de plus de 1,8 million de têtes. Qui croire ?

Taoufik Issam, éleveur présent dans la souk de Médiouna, estime quant à lui que l’offre de cette année est suffisante mais le pouvoir d’achat des citoyens limité : « Les gens n’arrivent pas à dépasser le plafond de 5.000 ou 5.500 DH. »

Les prix élevés des moutons sont attribués aux charges d’élevage supportées tout au long de l’année pour garantir une qualité supérieure. « Les ovins marocains sont de qualité supérieure par rapport à ceux importés. Il faut savoir que ceux importés ont généralement moins de six mois, ce qui les rend inaptes pour le sacrifice si l’on se fie à la Sounna. Quant à leur viande, le goût des ovins marocains est bien meilleur. »

L’éleveur nous explique également sa stratégie de gestion des stocks : « Si je n’arrive pas à vendre tous les jeunes ovins avant l’Aïd, je n’aurai pas de problème pour les garder l’année prochaine. En revanche, pour ceux qui sont de grande taille, je serai obligé de les vendre aux boucheries. »

Ses plus grands bénéfices sont réalisés pendant l’Aïd, dit-il, mais les marges d’autrefois ne sont plus d’actualité. « Notre marge personnelle est de 300 à 500 dirhams par tête », affirme-t-il.

Face aux défis économiques et à la hausse des prix, la préparation de l’Aïd al-Adha reste marquée par des préoccupations sur l’offre et la qualité des  moutons. Entre les avis divergents des professionnels et les réalités du marché, les citoyens doivent naviguer entre traditions et contraintes financières.

Aïd al-Adha : 5,8 millions de têtes d’ovins et de caprins identifiées

De passage à la Chambre des conseillers le mardi 4 juin, le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts a évoqué les préparatifs de Aïd Al-Adha.

Mohammed Sadiki a fait état d’une baisse de 2% du cheptel ovin par rapport à l’année précédente, avec 20,3 millions de têtes, et d’une baisse de 4% pour le cheptel caprin. Il a précisé que 214.000 unités d’élevage et d’engraissement d’ovins et de caprins destinés au sacrifice de Aïd al-Adha avaient été enregistrées.

Mohammed Sadiki a également relevé qu’une évaluation « précise », réalisée par le ministère en coordination avec les professionnels, prévoit une offre totale de 7,8 millions de têtes, dont 6,8 millions d’ovins et un million de caprins, pour une demande estimée à environ 6 millions de têtes, dont 5,4 millions d’ovins et 600.000 caprins.

« L’offre dépasse largement la demande », a rassuré le ministre.

 

En ce qui concerne les mesures liées à la santé du cheptel, le ministre a confirmé la mise en œuvre des opérations de surveillance et de suivi sanitaire, ainsi que des mesures de protection contre les maladies infectieuses, affirmant que l’état de santé du cheptel national est bon.

S’agissant de la surveillance des aliments et des médicaments vétérinaires, il a déclaré qu’à la date du 31 mai dernier, 1.486 opérations ont été effectuées, ayant abouti à la rédaction de 6 procès-verbaux transmis au Parquet. Parmi eux, 4 procès-verbaux pour la vente illégale de médicaments vétérinaires à Jerada, Khemisset, Marrakech et Kasba Tadla, ainsi que deux procès-verbaux pour la saisie de 51 tonnes d’aliments pour animaux non conformes aux spécifications à Béni Mellal et Taroudant, a précisé le ministre, ajoutant que le contrôle se poursuit jusqu’au jour de l’Aïd.

Sur le plan logistique, M. Sadiki a souligné la mise en place et l’aménagement, en coordination avec le ministère de l’Intérieur, les autorités locales et les collectivités territoriales, de 34 marchés temporaires pour la vente de bétail à l’échelle nationale, dans le but de renforcer les infrastructures existantes.

Il a conclu en affirmant que l’Aïd Al-Adha est un « événement annuel important pour notre pays et pour les éleveurs, ainsi qu’une occasion qui génère plus de 14 milliards de DH pour le monde rural ».

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Séisme. Reconstituer le capital de production animale, pas une mince affaire

Le séisme, qui a fait trembler plusieurs douars du Haut Atlas, a eu des conséquences désastreuses sur le bâti, mais aussi sur le capital de production agricole des zones touchées. Le ministère de l’Agriculture s’est donné pour mission prioritaire de reconstituer le cheptel, pierre angulaire de l’économie de ces régions. 

« Des listes des éleveurs des communes les plus sinistrées sont en cours d’élaboration, avec le concours des autorités locales et des services de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) », assure à Médias24 une source autorisée. 

Pour chaque éleveur, il s’agit donc de déterminer le nombre de têtes par espèce perdue et le nombre de têtes vivantes. « L’objectif est de commencer d’urgence la distribution d’orge et d’aliments composés à ceux qui ont encore du bétail et prévoir l’achat de bêtes à ceux qui en ont perdu », poursuit la même source. 

La problématique principale réside dans le ciblage des éleveurs et des zones les plus touchées, car lors des premières enquêtes de terrain, des pertes au niveau du cheptel ont été constatées dans plusieurs zones autour de l’épicentre du séisme.

« Il se trouvaient dans des zribates (étables, ndlr). Il s’agit notamment d’ovins, de bovins, de caprins et même de camélidés dans la région de Ouarzazate et Taroudant. Les ruches ont également été touchées », nous a décrit lors d’une récente interview, Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture. 

« Ce qui est important actuellement, c’est la reconstitution du capital de production pour la relance des filières. C’est certainement l’action la plus urgente à réaliser, car il va falloir permettre aux éleveurs de reprendre leur activité économique », a-t-il ajouté. 

En attendant la fin du recensement, l’Etat fournira l’alimentation de bétail pendant 5 à 6 mois. « Il faut absolument appuyer la production animale à travers la fourniture d’aliments. Ce ne sont pas des aliments subventionnés. Mais pour les sinistrés, l’Etat leur en fournira pendant 5 à 6 mois, le temps qu’il pleuve et qu’ils aient des parcours pour leur cheptel », a précisé le ministre.

Vague de chaleur. Quel impact sur les filières végétales et animales ?

Le réchauffement climatique se traduit notamment par des vagues de chaleur inattendues, impactant certaines cultures alors que la campagne agricole 2023-2024 est dans tous les esprits. Ces derniers jours, plusieurs périmètres agricoles sont confrontés à de fortes chaleurs.

D’après la Direction générale de la météorologie (DGM), des températures allant de 38°C à 42°C ont été enregistrées du jeudi 28 septembre au dimanche 1er octobre dans plusieurs villes du Royaume, dont Kénitra, Béni Mellal, Settat et Marrakech. 

Et ce n’est pas près de s’arrêter, puisque toujours selon la même source, une nouvelle vague de chaleur est attendue avec des températures allant jusqu’à 43°C dans les provinces de Taroudant, Inezgane-Ait Melloul, Agadir-Ida-Ou-Tanane. Ce phénomène, qui sera observé jusqu’au mercredi 4 octobre, intervient au moment du lancement des cultures automnales et des récoltes de certaines productions arboricoles. 

La température aussi importante que la pluviométrie 

Au-delà de la pluviométrie dont la moyenne atteint 9,2 mm au niveau national depuis la mi-septembre, « les températures jouent un rôle tout aussi important », avait souligné Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture, dans un entretien accordé à Médias24. « Nous espérons donc que le temps se rafraîchira légèrement pour lancer la campagne car il fait encore un peu chaud », a-t-il ajouté. 

A l’instar de la pluviométrie, la baisse des températures est une condition sine qua non pour faire le plein des superficies des cultures d’automne estimées entre 5,3 et 5,5 millions d’hectares, dont pratiquement 4,5 millions de céréales. Cependant, les effets de la chaleur ne sont pas irrémédiables. 

« Dans le cas des céréales, il reste encore du temps pour rattraper la saison », confirme à Médias24, la direction provinciale de l’Agriculture (DPA) à Sefrou, relevant de la région de Fès-Meknès où la production céréalière est historiquement présente. 

Alors que leur cueillette est quasiment achevée, les pommes et les prunes n’ont pas subi les récents coups de chaleur. « Même chose pour les oliviers », assure la même source.

Plus au sud, les producteurs d’agrumes, et en particulier de clémentines, sont en revanche préoccupés par la hausse des températures, notamment à l’approche de la cueillette. 

Des fruits sensibles en période de déverdissage

La récolte des variétés précoces d’agrumes est prévue début octobre. « Mais elle sera quelque peu repoussée pour des raisons logistiques, car les exportateurs affrètent des bateaux en commun. Donc ils doivent envoyer leurs marchandises en même temps. La récolte commencera au-delà du 10 octobre », nous précise un ingénieur agronome et producteur d’agrumes dans le Souss.  

« Si la chaleur se poursuit pendant la période de la cueillette des agrumes, notamment la clémentine destinée à l’export, il risque d’y avoir un impact, car les fruits sont très sensibles, surtout en période de déverdissage (la modification de la coloration externe des agrumes, ndlr)« , ajoute-t-il.

« Avant la cueillette, il peut y avoir des coups de soleil sur le fruit », reprend notre interlocuteur. « Après la cueillette, il y a un risque de déshydratation du fruit qui peut rester dans des caisses au niveau des fermes, avant de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres séparant les vergers des stations de conditionnement ».  

Et pour cause, pendant le trajet, les chaleurs élevées pourraient avoir des conséquences, comme « des noircissements avec un assèchement de la peau du fruit qui pourraient causer un problème lors du déverdissage », explique notre interlocuteur. 

En sus, les conditions actuelles freinent la croissance, et donc les calibres des agrumes. « Ce fut le cas aussi lors de la canicule estivale. La baisse des températures lors du mois de septembre a permis une reprise de la croissance, qui est freinée une nouvelle fois par la hausse des températures au moment où les fruits atteignent la maturité », déplore notre source.  

Les fruits présentant des écarts au triage sont écoulés « à bas prix sur le marché national, selon le degré d’anomalie sur les fruits. La baisse du prix peut atteindre jusqu’à 60% », souligne notre ingénieur agronome, qui ne se dit toutefois pas surpris par les conditions climatiques actuelles. 

« Nous avons l’habitude d’une semaine de chaleur début octobre. Elle perturbe la cueillette, surtout quand il y a une production importante d’agrumes dont la récolte doit débuter assez tôt afin de pouvoir écouler la marchandise. »

Pour s’adapter, plusieurs mesures sont prises. Pour commencer, « les ouvriers agricoles commencent très tôt la cueillette, dès l’aube pour s’arrêter vers 9 h ou 10 h du matin. Par la suite, on protège la marchandise dans les camions avec des couvertures trempées d’eau pour préserver le fruit du choc thermique », nous explique notre interlocuteur. 

Des producteurs de tomates aux fortunes diverses

S’agissant des cultures maraîchères automnales pour la campagne 2023-2024, le ministère de l’Agriculture table sur une superficie prévisionnelle de 100.000 ha de légumes et légumineuses.

« Pour le moment, les cultures ne souffrent pas autant que lors des journées de chergui du mois d’août dernier. La situation est maîtrisable et les agriculteurs s’accrochent malgré tout », assure la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation des fruits et légumes (FIFEL). 

Les produits maraîchers, dont la tomate ronde sous serre et segmentée, occupent 7.200 ha dans la plaine de Chtouka. Les producteurs de cette culture à l’importance socio-économique indéniable ont d’ores et déjà été éprouvés par la canicule estivale. Et même si le danger est moindre avec les chaleurs actuelles, certaines producteurs ont joué de malchance par inadvertance. 

« D’habitude, les producteurs ajustent leur apport en eau aux cultures selon la hausse des températures. Mais les dernières chaleurs les ont pris de court, malgré les bulletins météo. Plusieurs exploitants n’y ont pas prêté attention et ils ont donc eu des pertes au niveau des serres », nous explique l’association des producteurs de Chtouka. 

Cela dit, pour les producteurs qui ont semé précocement les plantules de tomates tout en prenant soin de les entretenir assidûment, « la hausse des températures a bien sûr un effet sur l’apport en irrigation, mais c’est également un avantage pour les producteurs qui sont déjà en production, parce que la température agit sur l’accélération du processus de mûrissement des fruits », indique Rachid Bouharroud, chercheur et expert en entomologie et lutte intégrée des cultures. 

La croissance du cheptel possiblement perturbée

Avec un chiffre d’affaires estimé à environ 35 milliards de DH par an et des opportunités d’emploi estimées à 95 millions de jours de travail par an, dire que l’élevage est l’un des moteurs de la croissance économique du Maroc relève de l’euphémisme. Sauf que le secteur n’est pas épargné par les conditions climatiques rudes qui sévissent dans le pays. 

Le cheptel, qui comprend plus de 31 millions de têtes, dont 21,6 millions d’ovins et 6,1 millions de caprins, subit-il les fortes chaleurs actuelles ? « Le cheptel peut effectivement être impacté, mais légèrement. Généralement les races locales sont très peu affectées contrairement aux races importées », affirme Abdelghani Tikert, ingénieur agronome et cadre technique au sein de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC). 

De même, le cheptel élevé en extensif est plus adapté aux variations du climat que celui élevé en intensif. Mais dans un cas comme dans l’autre, le cheptel s’adapte à son environnement et développe continuellement une capacité de résistance aux conditions climatiques.

« Par exemple, s’il fait trop froid, la laine des bêtes pousse rapidement. Les activités hormonales sont plus actives pour augmenter leur immunité. Donc lors du passage de l’été à l’automne, il y a des interactions biologiques au sein du cheptel », précise Abdelghani Tikert.

Or, cette année, il y a eu une semaine où il a fait froid. Les bêtes ont commencé leur processus d’adaptation, puis d’un coup, il y a eu cette vague de chaleur. Une situation qui peut occasionner quelques perturbations au niveau de la croissance et du gain moyen quotidien (GMQ) en matière de poids. « En cas de perturbation, le gain est à son minimum. En plus, l’énergie de l’animal est absorbée par les mécanismes d’adaptation plutôt que ceux de production », indique notre interlocuteur.  

En vue de pallier ces problématiques, les éleveurs doivent également s’adapter et aider l’animal. Comment ? D’abord « en augmentant ses rations. Il est également préférable de lui donner des aliments concentrés à base de protéines pour couvrir ses besoins. Il faut également éviter la déshydratation en lui fournissant de l’eau s’il est élevé en intensif. Dans le cas du cheptel en extensif, il faut veiller à ce que les bêtes ne s’éloignent pas des points d’eau fréquents », conclut notre interlocuteur.  Sans oublier d’ajouter des ombrières pour réduire les températures et les préserver des coups de chaud.  

Enfin, pour ce qui est des abeilles, elles sont elles aussi fortement affectées par les fortes chaleurs. La température extérieure affecte le régime des abeilles et a d’importantes répercussions sur leur milieu. Dans la ruche, la température du couvain, qui comprend l’ensemble des nymphes, des larves et des œufs, doit de préférence se situer en moyenne à 34°C. Au-delà de ce seuil, c’est toute la ruche qui est en danger d’extinction.

Pour s’en prémunir, l’un des mécanismes de défense des apidés réside dans la ventilation. « Quand il fait trop chaud, les abeilles cherchent de l’eau et battent des ailes pour rafraîchir la ruche », indique Mohamed Merzouk, secrétaire général de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’apiculture (FIMAP), qui fait également partie des 36.000 apiculteurs recensés par le ministère de l’Agriculture.

Des battements extrêmement énergivores et qui n’offrent aucune garantie de succès. Si la température est trop élevée, la cire de la ruche va fondre et boucher le trou d’envol des abeilles. C’est malheureusement ce qui se passe actuellement.

Un peu d’ombre, une source d’eau et des transhumances. Ce sont là les principales méthodes adoptées par les apiculteurs afin d’atténuer l’effet des fortes températures sur leur cheptel d’abeilles. « Au-delà de la nécessité de nettoyer tout autour des ruchers pour éviter les brindilles et autres végétations hautement inflammables, il faut mettre à leur disposition, à proximité de la ruche, une source d’eau », recommande Abderrahmane Bakhamssa, spécialiste des abeilles.

« Les abeilles pourront s’y abreuver et y récupérer de l’eau pour ventiler la ruche. Une ventilation qui doit être également favorisée par un plus grand espacement entre les ruches », reprend-il. « Il faut également penser à apporter de l’ombre aux abeilles pour au moins diminuer la température de quelques degrés. »

30.000 ha perdus chaque année : comment préserver les terres de parcours ?

Vitales pour l’élevage pastoral, les terres de parcours se dégradent, notamment à cause de la désertification, qui est à l’origine de la perte moyenne de 30.000 ha de végétation par an, selon l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Pour y remédier, des actions de gestion sont indispensables, dont la plantation d’arbustes et la formation des éleveurs. 

Mais l’efficacité de ces actions dépend de la mise en place d’un suivi spatio-temporel des ressources pastorales. Grâce à ce suivi dit de « télédétection satellitaire », les actions de gestion et de réhabilitation des terres de parcours dégradées sont mieux ciblées.  

Il n’en faudra pas moins, car l’élevage pastoral est un mode de vie complexe qui repose sur le maintien d’un équilibre fragile, entre les pâturages, le cheptel et la population locale dans les zones semi-arides et arides. Ces zones, qui représentent plus de 90% de la superficie du Royaume, sont caractérisées par la rareté des ressources et des conditions climatiques extrêmes, limitant l’utilisation des terres pour d’autres activités ou pour l’adoption d’un mode de vie différent. 

A l’image de la zone saharienne, la zone présaharienne et la zone de l’arganier, la végétation des terres de parcours et de pâturages naturels du Royaume n’est pas abondante. Elle prend la forme de steppes, arbustes et autres prairies utilisées essentiellement pour la production animale. Des terres qui jouent un rôle fondamental à plusieurs égards.

Une banque de gènes in situ

D’un point de vue environnemental, les terres de parcours protègent le reste des terres de la désertification par leur couverture végétale. Elles participent également à lutter contre l’effet de serre consécutif à la séquestration du dioxyde de carbone. 

Lignes de partages pour de grands fleuves, les parcours naturels se caractérisent par une végétation d’une grande diversité. Une véritable banque de gènes in situ, composée de plus de 4.000 espèces et sous-espèces dont des plantes médicinales et des germoplasmes pour les plantes cultivées. 

Sur le plan agronomique, les terres de parcours constituent la ressource d’alimentation principale pour le bétail dans les systèmes d’élevage extensif. Économiquement, ces terres fournissent des produits et services essentiels, à l’image du bois de feu destiné aux populations locales, et constituent des zones de prédilection pour l’éco-tourisme. 

Forte pression des activités anthropiques 

Bien que les pâturages naturels remplissent des fonctions environnementale et socio-économique déterminantes, ils se dégradent et se réduisent d’année en année, notamment à cause de la sécheresse récurrente, de la désertification, du surpâturage, de la mise en culture à grande échelle et du défrichement.

De surcroît, le mode de fonctionnement des sociétés pastorales a mué en raison des changements climatiques et des évolutions socio-économiques qui en découlent. D’où l’abandon progressif des règles traditionnelles d’usage des parcours. 

Autrefois, les systèmes d’élevage extensifs étaient basés sur l’exploitation collective et la mobilité des troupeaux. Plus intensifs de nos jours, ils sont marqués par la sédentarisation et l’individualisation de l’utilisation des terres de parcours.

Autant de transformations qui ont accéléré le processus de fragmentation et de dégradation de cet écosystème. Préoccupante, cette situation est aussi liée à un manque de compétences des éleveurs, qui souffrent d’une absence de sensibilisation. 

Un rendement faible et limité 

Dans la région de Guelmim Oued Noun, l’élevage représente l’activité principale de la population locale et la source majeure de revenus des éleveurs, encouragés par l’étendue des parcours et les conditions naturelles qui ont conféré à la région une vocation davantage pastorale qu’agricole.   

Les 4,2 millions dhectares de parcours naturels que compte la région profitent à 212.706 têtes d’ovin, 240.380 têtes de caprin et 32.760 têtes de camelin, pour une production totale de viande rouge de la filière ovine et caprine de l’ordre de 3.957 T et 885 T de viande rouge issue de la filière cameline.

« Un rendement faible et très limité« , estime Jaouad Zemamou, ingénieur pastoral et auteur d’une étude sur l’intégration de l’adaptation aux changements climatiques dans l’approche de développement de l’élevage pastoral, dans la région de Guelmim Oued Noun. 

« Il est nécessaire de définir les principes et les règles régissant la gestion de ces espaces pour une meilleure exploitation rationnelle et durable des ressources, et de renforcer la capacité d’adaptation de ce secteur aux changements climatiques », plaide-t-il. 

Plantation d’arbustes, scarification, mise en repos…

Outre la mise en œuvre de la loi pastorale (N° 113-13) sur la transhumance pastorale et l’aménagement et la gestion des espaces pastoraux et sylvopastoraux, depuis 2016, plusieurs programmes de réhabilitation ont été mis en place par le ministère de l’Agriculture. De multiples méthodes sont utilisées dans ce cadre. En voici quelques-unes :

– la plantation d’arbustes ; 

– la mise en repos ;

– le re-semis ;

– la collecte des eaux pluviales ;

– la scarification des sols pour casser la croûte et permettre le semis ;

– la collecte des semences pastorales et leur multiplication ;

– la gestion du pâturage.

A Guelmim-Oued Noun, le Programme transrégional pour le développement des parcours et la régulation des flux transhumants, d’un coût de 400 MDH, a permis : 

– la plantation d’atriplex sur 4.800 ha ;

– la création de périmètres de mise en défense des espaces pastoraux sur 126.000 ha ;

– la construction de 180 km de pistes ; 

– l’acquisition de 11 camions-citernes ;

– la mise en place de 1.625 points d’eau mobile ;

– la création de 200 points d’eau fixes.

Pour ce qui concerne la plantation d’atriplex, des arbustes résistant aux embruns et à la sécheresse, seulement 29% de l’objectif initial (qui était de 17.000 ha) ont été réalisés, principalement en raison de la difficulté de mobiliser du foncier, surtout dans les provinces de Guelmim et de Sidi Ifni. 

« Les terrains collectifs sont rares dans ces deux provinces« , explique Jaouad Zemamou. « Le statut dominant est le Melk », reprend-il. « La mobilisation de ces terres est donc ardue, à cause de la réticence des populations qui s’opposent à l’amélioration pastorale, craignant de perdre leurs terrains de manière définitive. »

La sensibilisation des populations est donc lune des clés de voûte de lamélioration des terres de parcours, au même titre que celle des éleveurs sur les techniques de gestion des parcours. Sans oublier l’élaboration d’un plan d’adaptation aux changements climatiques pour une bonne gestion des pâturages.

« Il est nécessaire d’intégrer les changements climatiques en tant que dimension importante dans les stratégies sectorielles et dans toute politique d’amélioration pastorale », assure notre interlocuteur. Il annonce l’intention du ministère de l’Agriculture de mettre en place des incitations et aides financières « pour toute action visant l’amélioration pastorale« . 

Google Earth Engine et télédétection 

Aussi pertinentes soient-elles, ces solutions reposent sur « l’état des données actuelles et fragmentées des terres de parcours qui ne tiennent pas compte des changements à long terme », regrette Hamid Mahyou, chercheur à l’INRA et auteur d’un ouvrage scientifique sur les nouvelles approches de surveillance des terres de parcours.  

L’idéal serait donc de pallier cette insuffisance d’informations précises au sujet de la dynamique des espaces pastoraux pour anticiper les changements. En ce sens, « la surveillance des terres de parcours est fondamentale pour fournir aux décideurs un outil opérationnel adapté au suivi spatio-temporel des ressources pastorales », indique le chercheur.  

Cette surveillance est axée sur l’usage de la géométrie pour le suivi des terres de parcours. Plus communément appelée « télédétection« , elle assure un suivi des terres de parcours, du climat et des changements climatiques des écosystèmes pastoraux. 

Il est également question d’évaluer l’occupation des sols des écosystèmes pastoraux et de prédire la sécheresse, en s’appuyant sur des indices climatiques et de végétation. Ces données sont récoltées grâce à un système de veille qui se base sur le système national de suivi de la campagne agricole et de prédiction agro météorologique des récoltes céréalières, CGMS-Maroc, et Google Earth Engine.

« A ce titre, une étude pour chaque région du Royaume est d’ores et déjà élaborée, afin de délimiter les espaces pastoraux et la qualité de l’offre fourragère », conclut Jaouad Zemamou.