Hydrocarbures : voici les nouveaux entrants dans un marché très convoité
Le nombre des sociétés de distribution des produits pétroliers liquides (PPL) est passé de 19 à 35 à fin septembre 2024, après l’octroi de 16 nouvelles autorisations à de nouveaux opérateurs dans le secteur par le ministère de la Transition énergétique. Ce dernier a également donné son accord de principe pour accréditer huit autres opérateurs.
Cette mesure intervient notamment à la suite d’un rapport du Conseil de la concurrence qui date de 2022, qui avait pointé la concentration élevée du marché du carburant au Maroc.
Ce rapport avait souligné que malgré l’existence de 29 opérateurs sur le marché (en 2022), trois sociétés détenaient à elles seules 54% des parts du marché. Il s’agit d’Afriquia SMDC, Vivo Energy Maroc et TotalEnergie Marketing Maroc.
Ledit rapport avait également déploré le fait que les six premières sociétés du marché réalisent près de 70% des ventes.
Pour faire face à cette problématique, et pour permettre à de nouveaux entrants d’intégrer le marché, le ministère de la Transition énergétique a facilité les conditions d’octroi des autorisations pour la distribution des PPL, ce qui a permis d’allonger, depuis 2022, la liste des distributeurs à 35 sociétés.

Le marché porté par huit grandes sociétés
Contacté par Médias24, Mostafa Labrak, expert en énergie et directeur général de Energysium Consulting, nous dévoile la liste de ces 35 sociétés. Selon nos constats, elle est portée par les huit principales sociétés suivantes :
– Afriquia SMDC (Société marocaine de distribution de carburants), dont la part de marché en volume s’élevait à fin 2021 à 22,8%, contre un chiffre d’affaires de 28,128 milliards de DH, d’après ledit rapport du Conseil de la concurrence. Il s’agit d’une filiale emblématique d’Akwa group Holding, avec une participation de 38%. Rappelons-le, le groupe Akwa agit dans divers secteurs stratégiques comme les carburants, les médias, et l’immobilier. Afriquia SMDC compte plus de 500 stations-service, réparties sur tout le Royaume, couvrant les milieux urbain et rural.
– Vivo energy, qui distribue et commercialise les carburants et lubrifiants de la marque Shell. Cette société détenait, en 2021, une part de marché de 15,3%, avec un chiffre d’affaires de 14,716 MMDH, selon le même rapport. Elle compte environ 420 stations-service au niveau de tout le Royaume.
– Totalenergies Marketing Maroc : présente au Maroc depuis plus de 90 ans, la société est un acteur majeur sur l’ensemble du marché des produits pétroliers. Elle compte plus de 360 stations-service, couvrant plusieurs grandes villes. En 2021, sa part de marché s’élevait à 15,10%, avec un CA de 14,662 MMDH.
– Ola Energy, anciennement OiLibya, est une filiale du groupe Libya Oil Holdings Limited. En 2021, sa part de marché s’élevait à 6,9%, pour un CA de 5,7 MMDH. La société détient également une participation dans la Société marocaine MJ Energy, dont elle a acquis, en 2021, 25% du capital social et des droits de vote. A la suite de cette opération, Ola Energy détient 50% du capital et des droits de vote de MJ Energy.
– Petrom, qui est la filiale la plus importante du Groupe Holsatek, géré par la famille Bouaida. Cette société, qui compte plus de 250 stations-service, opère également dans le sud du Royaume via sa filiale Petrom Sahara, où elle propose aussi un service de livraison de carburant à toutes les entreprises, notamment dans le secteur industriel. En 2021, son CA s’élevait à 8,4 MMDH, avec une part de marché de 11,3%.
– Petromins Oils Maroc : avec une part de marché de 5,2% en 2021, cette société est présente dans les plus grandes villes du Maroc, avec une concentration dans les régions de Beni Mellal et Marrakech.
– Winxo et Ziz, dont le chiffre d’affaires en 2021 s’élevait respectivement à 4,7 MMDH et à 6,2 MMDH, selon le Conseil de la concurrence.
Le reste de la liste est constitué des sociétés suivantes, qui selon nos informations, opèrent pour la majorité dans le milieu rural et qui ne sont de ce fait pas très visibles à l’intérieur des grandes villes : Green Oil (qui compte environ 140 stations-services), Inov Petrole, AM Petroservice, C.P.H.M. (Compagnie pétrolière hispano marocaine), Petro HM, Petro Star (fondée en 2012 à Agadir), BGI Petroleum (présente dans le secteur de la distribution de carburant sous la marque Yoom), S.D.C.C (Société de distribution des carburants et combustibles), BB Energy, Petrofib, Localub, Top Petrol, Cepsa (qui opère au Maroc par le biais de sa joint-venture Atlas Nord Hydrocarbures – ANH avec son partenaire Derhem Holding Group), Salama, Alamia Oil, SOMAP, United, Petrofan, Petrole Sahara, Moove, Petro Big, Apollo, So Petrol, Petrosud, Samir Oil, PNA (Petrole Nord Afrique) et Atlas Sahara.
« Le marché est petit pour supporter autant de sociétés »
Si ces sociétés ont pour but d’élargir l’offre en hydrocarbures au Maroc, arriveront-elles à trouver leur place dans le marché national qui est très compétitif ? Seront-elles rentables ? Et qu’en est-il du marché lui-même ? Est-il capable de supporter autant d’opérateurs ?
« La loi en vigueur permet à toute personne morale de créer une société de distribution si elle est capable d’installer dans un premier temps des stations opérationnelles avec un stockage minimal de 2.000 m3, qu’elles soient louées ou en propre, et d’atteindre durant les deux à trois années qui suivent un réseau d’une trentaine de stations, pour avoir l’autorisation définitive d’exercer », nous explique M. Labrak.

« Ce nombre de stations n’a pas encore été respecté par certaines des sociétés nouvellement créées, qui cherchent toujours à atteindre les 30 stations prévues par la loi », nous répond l’expert.
« Cela s’explique par la difficulté d’obtenir des terrains au niveau des villes. Ces sociétés auront du mal à en trouver, puisque l’investissement revient très cher. C’est pour cette raison qu’elles sont, pour la plupart, présentes dans des zones éloignées des grandes villes, ou dans les zones rurales, qui sont moins chères. ».
« Si celles-ci desserviront des zones qui avaient difficilement accès au carburant, les volumes espérés seront très faibles », souligne notre source, « sans oublier le matériel et l’achat de produits qui reviendront également très chers, le secteur étant assez capitalistique ».
« Ces sociétés ne seront pas compétitives au niveau des prix proposés », ajoute-t-il, « puisque la majorité ne peuvent pas importer directement. Elles s’approvisionnent auprès des grandes sociétés existantes au Maroc depuis des années. Il est toutefois à noter que ce genre de projets demande des retours sur investissement sur le long terme, 5 voire 10 ans. On verra d’ici là si elles seront capables de s’en sortir avec l’instabilité du marché, et à être rentables. Avec les voitures électriques et le gaz naturel, le marché risque d’être bousculé, notamment pour ce qui est des clients B to B« .
« L’avenir nous le dira, et tout dépendra de leurs structures et de leurs charges. Mais il est sûr que la compétition sera rude à long terme, vu les marges très limitées qu’elles peuvent appliquer ».
Et Mostafa Labrak de conclure : « pour ce qui est du marché, il me semble petit pour supporter davantage de sociétés de distribution ».