Zoom sur la campagne agricole 2023-2024 dans la région de Béni Mellal-Khénifra

En contrebas des cimes du Moyen Atlas, les plaines agricoles des cinq provinces de la région de Béni Mellal-Khénifra sont indispensables au pays en matière de production végétale et animale. Représentant environ 10% de la superficie agricole utile au niveau national, les périmètres agricoles de Béni Mellal-Khénifra connaissent un début de campagne où l’emblavement des céréales bat son plein.

Alors que les dernières récoltes oléicoles et agrumicoles sont au mieux moroses, les agriculteurs placent de grands espoirs dans la campagne agricole 2023-2024. Cependant, avec une dotation agricole en baisse à partir des barrages (56 Mm3), le déficit pluviométrique ne plaide pas pour l’optimisme.

Contactée par Médias24, la Direction régionale de l’agriculture (DRA) de Béni Mellal-Khénifra fait état d’un cumul pluviométrique inférieur à celui de l’année dernière. Les précipitations pour la saison 2023-2024 ont atteint 27 mm à fin novembre, contre 46 mm lors de la dernière campagne agricole. Un cumul en baisse de 41% par rapport à l’année dernière, dont voici la répartition provinciale : 

– Béni Mellal : 48 mm ; 

– Azilal : 28 mm ; 

– Khénifra : 26 mm ; 

– Fqih Ben Saleh : 23 mm ; 

– Khouribga : 19 mm.

Le canal qui traverse la commune d’Afourer.

 721.000 ha de superficie cultivée

Ce déficit hydrique a évidemment des répercussions sur les superficies cultivées. La superficie agricole utile de 960.000 hectares (205.000 ha irrigués) n’a pas été exploitée à son maximum par le programme d’assolement automnal relatif à la campagne 2023-2024, puisque ce dernier prévoit une superficie cultivée de 721.000 ha, dominée par les céréales. Elle se répartit comme suit :

– céréales : 600.000 ha ; 

– betterave sucrière : 13.340 ha ; 

– légumineuses : 9.100 ha ; 

– culture fourragères : 86.000 ha ; 

– multiplication des semences certifiées : 6.500 ha ; 

– cultures maraîchères : 3.800 ha.

Un champ de céréales à Afourer.

En plus des céréales, l’arboriculture est l’une des filières phares de la région, à laquelle plusieurs milliers d’hectares sont consacrés. Les grenades et surtout les agrumes ont acquis une renommée internationale, comme en témoigne la mandarine Nadorcott. Voici le programme d’assolement arboricole détaillé : 

– olivier : 102.500 ha ; 

– agrumes : 18.900 ha ; 

– pommier : 5.000 ha (58.000 t de production moyenne) ; 

– grenadier : 2.800 ha ; 

– caroubier : 12.000 ha (10.000 t de production moyenne).

Un verger d’agrumes dans la province de Béni Mellal.

Par ailleurs, les capacités de production végétale de la région englobent également des cultures à haute valeur ajoutée, comme le safran (350 ha) et le sésame, à hauteur de 850 ha, soit 90% de la superficie nationale, pour un rendement moyen de 8,2 quintaux par hectare.   

Pour clore le chapitre des capacités productives de la campagne 2023-2024, il convient de faire le point sur la production animale dans la région. Béni Mellal-Khénifra compte 100.000 vaches laitières, dont 30.000 vaches de race pure. La production moyenne de lait est d’environ 280 millions de litres (12% de la production nationale). 

Concernant la production de viande rouge, elle est de 75.000 t en moyenne (12% de la production nationale). Le cheptel est quant à lui composé de 4,2 millions de têtes : 

– bovins : 365.700 têtes ;

– ovins : 2,9 millions de têtes ; 

– caprins : 970.000 têtes. 

Les résultats de la campagne 2022-2023

Avec un cumul pluviométrique de 242 mm lors de la campagne 2022-2023, les principaux résultats enregistrés en matière de production agricole dans la région Béni Mellal-Khénifra s’établissent comme suit :

– céréales : 6,1 Mq, soit une hausse de 1,7% par rapport à 2021-2022 ;

– cultures sucrières : 222.000 t, soit une baisse de 55,6% par rapport à la précédente campagne ; 

– agrumes : 196.000 t, soit une baisse de 57,7% par rapport à 2021-2022 ; 

– oléiculture : 136.000 t, soit une baisse de 37,1% par rapport à 2021-2022 ; 

– sésame : 850 ha (90% de la superficie nationale) pour une production de 700 t (95% de la production nationale) ; 

– grenadier : 2.780 ha pour une production de 39.000 t (50% de la production nationale) ; 

– niora : 701,5 ha cultivés à Afourer, Oulad Mbarek et Fqih Ben Saleh, pour une production de 18.160 t ;

– viande rouge : 80.000 t (-5,9% par rapport à 21-22) ; 

– viande blanche : 50.000 t (-9% par rapport à 21-22) ; 

– lait : 170 millions de litres (-27,7% par rapport à 21-22) ; 

– miel : 750 t. 

Restructuration de la filière du caroubier en vue de la création de l’interprofession

Les unions provinciales et régionales, qui devraient à terme ouvrir la voix à une Association nationale des producteurs et transformateurs de caroubier, sont considérées comme une avancée majeure dans la restructuration de la filière. Elle a pour principale objectif de « renforcer la collaboration entre les différentes entités opérant dans la filière », explique à Médias24 l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF).

La structuration de la filière ne s’est pas uniquement limitée aux niveaux provincial et régional ; elle s’est également étendue à la création d’une interprofession de la filière du caroubier. « Cette étape a nécessité une réorganisation des coopératives, des producteurs privés et des industriels de caroubier », précise la même source.  

La mise en place de deux collèges distincts, l’un regroupant les producteurs (coopératives et producteurs privés) et l’autre les industriels, illustre la volonté d’avoir une représentation équilibrée des acteurs de la filière. Pour sa part, la création des fédérations régionales des producteurs de caroubier, en cours dans plusieurs régions, garantit une représentation significative et a renforcé la cohésion de la filière au niveau local. 

« Cette démarche contribue à garantir une couverture minimale de 70% des producteurs, renforçant ainsi la représentativité de l’interprofessionnelle de caroubier », avance l’Agence nationale des eaux et forêts. 

Par ailleurs, une réunion prévue le mois prochain entre les différentes parties prenantes, dont le ministère de l’Agriculture, permettra de concrétiser l’interprofession de caroubier par le ministère de tutelle, via une demande de reconnaissance officielle

« Cette reconnaissance est cruciale pour établir un cadre institutionnel solide et permettre à l’interprofessionnelle de jouer pleinement son rôle dans la coordination et le développement de la filière », souligne l’ANEF.

Un impératif dont fait mention l’arrêté conjoint du ministre de l’Agriculture, n° 2519‑21 du 15 joumada II 1443 (18 janvier 2022), publié dans le Bulletin officiel du 17 mars 2022.  Cet arrêté fixe le niveau de représentativité des organisations professionnelles requis pour la constitution de l’interprofession de la filière de caroube. Des critères qui tiennent compte du poids économique desdites organisations dans la filière et qui s’établit comme suit :

– Production : 60% au moins du volume de la production nationale des fruits du caroubier et 60% au moins du nombre de producteurs

Valorisation et/ou transformation : 60% au moins du volume de la production nationale destinée aux unités de valorisation et/ou de transformation et 60% au moins du nombre des opérateurs intervenant dans les activités de valorisation et/ou de transformation de caroube ;  

Commercialisation : 60% au moins du volume des exportations globales et 60% au moins du nombre des opérateurs intervenant dans l’activité de l’exportation de la production nationale de caroube ; 

In fine, cette structuration de la filière est à même de relever les défis liés à la valorisation, au contrôle de la qualité, à la protection des produits nationaux, à l’accès aux contrats-programmes de développement, ainsi qu’à surmonter les difficultés liées à l’organisation de la commercialisation de la caroube à l’échelle nationale et internationale, dont un manque de compétence en termes de gestion notamment. 

Voici où en est le programme de plantation du caroubier

En 2023, 2.500 ha nouveaux hectares de caroubier ont été planté dans le domaine forestier. L’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) poursuit donc son programme de plantation du caroubier avec une augmentation de 3.000 hectares sur les deux dernières années.

Cette superficie s’ajoute aux 68.000 hectares de peuplement de caroubier que compte le domaine forestier du Royaume. L’ANEF mise sur la valorisation du caroubier comme espèces forestières résistantes à la sécheresse et multifonctionnelles. 

Une orientation qui intervient en parallèle à celle du ministère de l’Agriculture, qui a pareillement pris le parti de favoriser les cultures adaptées à la nouvelle donne climatique dans le cadre de la stratégie « Génération Green 2020-2030 ».

Pour le domaine agricole, l’objectif est d’atteindre 100.000 hectares d’ici à 2030, contre 10.300 ha actuellement. Si les objectifs et les démarches se font en parallèle, elles se rejoignent sur la partie production, puisque l’ANEF joue aussi le rôle de bras armé du ministère de l’agriculture sur le segment du caroubier puisqu’elle est garante de la production et la distribution gratuite de 2 millions de caroubiers aux agriculteurs privés à l’horizon 2030. 

« La production moyenne des plants de caroubier est passée de 750.000 plants en 2010 à 1.200 000 plants en 2021« , indique à Médias24 l’Agence nationale des eaux et forêts.

Une production annuelle en recul 

Actuellement, la production annuelle des gousses de caroubes au niveau du domaine forestier est actuellement d’environ 45.000 tonnes. Elle est en baisse par rapport à l’année dernière où elle avait atteint les 60.000 tonnes. 

L’essentiel de la production est issu des régions de Béni Mellal-Khénifra (80%), Marrakech–Safi, Souss-Massa et Fès-Meknès. Une zone de production somme toute logique.  

Et pour cause, cet arbre à la longévité bicentenaire se trouve principalement dans des zones arides et se développe entre 600 et 1.000 mètres d’altitude. A l’instar des espèces méditerranéennes (arganier, thuya, chêne vert), le caroubier fait preuve d’une résistance à la rigueur du climat et à la sécheresse (200 mm de pluie).

D’une cime très étalée et qui peut atteindre 8 à 17 m de hauteur, le caroubier peut survivre à des températures oscillant entre -4°C et 40°C. Une résilience offrant une production ininterrompue de gousse de caroube, d’année en année.

Le caroubier est parmi les rares arbres qui fleurissent en automne (septembre à novembre), mais il faut attendre la maturité de ses fruits en juillet-août de l’année suivante pour récolter des gousses.

Un caroubier commence à produire des gousses à partir de 6 ans, et peut donner de 10 à 40 kg jusqu’à l’âge de 20 ans, comme il peut aller entre 100 et 250 kg à partir de 50 ans.

Une valorisation revue à la baisse 

En matière d’exploitation du caroubier, il s’agit d’un processus régi par les droits d’usage reconnus par les dispositions du dahir du 10/10/1917 relatif à la conservation et à l’exploitation des forêts, et celui du 04/03/1925. Cette exploitation s’opère via deux formules : 

– La vente par adjudications publiques de plusieurs lots de caroubier, organisée annuellement au niveau des régions, notamment dans la région de Béni Mellal-Khénifra, et à laquelle participent les exploitants forestiers agrémentés par l’ANEF, selon un cahier des charges spécifiques ;

– L’exploitation via des coopératives forestières composées des ayants droit, dans le cadre de conventions de partenariat avec l’Agence nationale des eaux et forêts. La région de Béni Mellal-Khénifra compte 9 coopératives forestières, composées de 500 adhérents.

La récolte de 2022, où le prix du caroubier a atteint des sommets (8 DH/kg), a attiré plusieurs spéculateurs par la suite. A l’époque, il y a eu une forte demande internationale qui dépassait l’offre, d’où une flambée du prix du kilo qui pouvait dépasser les 50 DH au moment de sa vente pour être valorisé. 

Cette situation avait poussé plusieurs unités de valorisation à stopper leur activité pour ne pas jouer le jeu des spéculateurs. Un pari réussi puisque la valorisation « du prix de vente du kilogramme de gousse de caroube lors de la dernière adjudication (2023) est de 1,5 DH« , assure l’ANEF. 

Un précieux patrimoine génétique à préserver

Le caroubier, arbre aux milles et unes vertus, fait face à la complexe gestion de son patrimoine génétique. Les dernières études ont permis de révéler une importante variabilité génétique entre 10 accessions [l’unité de conservation de base, ndlr] du caroubier. Les provenances de l’Oriental présentent les meilleures performances en termes de poids de graines.

« Des tentatives d’enregistrement de variétés ont été entamées par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), mais l’absence d’un cahier des charges élaboré en collaboration entre l’administration et l’interprofessionnelle complique le processus », déplore l’ANEF. 

C’est un manque à pallier au plus vite car si la caroube marocaine est reconnue et très prisée à l’échelle internationale, c’est principalement en raison de performances industrielles et d’une qualité supérieure, intrinsèquement liées aux spécifications génétiques de la plante. 

En outre, sur le terrain, les spécialistes remarquent que la méthode agricole la plus répandue pour la multiplication est le greffage et le sur-greffage, dans l’optique de la préservation du patrimoine génétique et des caractères agronomiques. 

« Cependant, il est observé que chaque pépinière ou agriculteur choisit un arbre femelle en fonction de critères parfois variables, tels que la proximité, la production, la productivité », regrette l’ANEF. Idéalement, la solution afin d’assurer une préservation cohérente du patrimoine génétique est donc la mise en place un cahier des charges.

« Ce document devrait être élaboré de manière concertée entre l’administration et l’interprofessionnelle, en vue de garantir des critères de sélection uniformes et adaptés aux besoins de la filière », insiste l’ANEF. L’urgence de reconnaître le caractère stratégique de la préservation du patrimoine génétique du caroubier n’est plus à prouver. C’est une condition sine qua non pour le développement de la filière. 

Pour y parvenir, il faudra aussi encourager la sélection dans les exploitations privées et limiter le sur-greffage pour préserver la biodiversité de la caroube marocaine dans le domaine forestier. « Cette décision stratégique vise à assurer l’avenir durable de la caroube marocaine, en harmonisant les pratiques agricoles avec les impératifs de préservation génétique et de biodiversité », conclut l’ANEF.

Gousses de caroube. Le marché joue un mauvais tour aux spéculateurs

Arbre millénaire, le caroubier est promis à un bel avenir. Pas étonnant que le ministère de l’Agriculture ait misé sur cette culture résiliente et à haute valeur ajoutée.

Au cours des deux années précédentes, le prix au kilo avait atteint des sommets, attirant davantage de spéculateurs et d’intermédiaires. Mais au vu de la récolte en léger recul cette année et de la demande en baisse, les prix des gousses de caroube ont chuté. 

Par conséquent, les spéculateurs ayant acheté les gousses issues de la production de 2022, entre 50 et 70 DH/kilo, sont aujourd’hui dans l’obligation de vendre au rabais. « Plusieurs spéculateurs ont misé sur les gousses de caroube, attirés par les marges qui ont été réalisées en 2021 et 2022″, nous explique une source professionnelle. 

À l’époque, le fruit du caroubier se vendait jusqu’à 70 DH/kilo, car la demande dépassait largement l’offre. Comme indiqué dans l’un de nos précédents articles, le prix au kilo des gousses de caroube avait flambé en raison d’une demande exceptionnelle en provenance de l’étranger, notamment de l’Union européenne.

Pensant que les prix allaient poursuivre leur tendance haussière, plusieurs spéculateurs ont donc lorgné sur le marché des fruits de caroube. « Ils risquent désormais de perdre beaucoup d’argent », estime notre interlocuteur. « Les tonnes de gousses qui ont été stockées par ces spéculateurs ne valent plus autant qu’avant ».

L’étape du concassage sera cruciale

Actuellement, sur le marché, deux récoltes sont mises en vente. Celle de 2023 affiche un prix compris entre 8 et 10 DH le kilo. « C’est le prix normal des gousses de caroubier lors de la vente par adjudication », précise Jamal Eddine Ouchkif, directeur de l’Economie forestière, du partenariat et de l’animation à l’Agence nationale des eaux et forêts. La production de 2022 est, quant à elle, proposée entre 30 et 50 DH le kilo.

« Toutes les personnes qui ont acheté les fruits de caroube à 70 DH l’année dernière n’ont d’autre choix que de les vendre au rabais cette année », déplore l’un d’entre eux, contacté par Médias24. « Mais la majorité d’entre eux misent sur une hausse des prix afin de pouvoir entrer dans leurs frais », poursuit-il, soulignant que les concasseurs vont donner le ton du marché.  

C’est en effet lors de l’étape du concassage que les prix sont véritablement fixés sur le marché. Selon des professionnels, cette étape cruciale est prévue à la mi-août. « Pour le moment, les grossistes s’efforcent de réunir un maximum de gousses de caroube en vue du concassage ».

Le début du concassage est également attendu fébrilement par les coopératives de valorisation. L’année dernière, certaines coopératives de valorisation avaient décidé de ne pas signer de contrat avec leurs clients et « de décréter une année blanche, pour ne pas faire l’affaire des spéculateurs et faire baisser les prix », nous explique Khadija Lyahmouty, présidente de Biobenzar. 

« Nous souhaitons attendre le prix fixé par le premier concasseur afin de pouvoir nous positionner en termes de valorisation. Si le prix du kilo ne dépasse pas les 12 DH, alors nous relancerons notre activité. » Or, il est peu probable que les prix montent en flèche, comme dans un passé récent.

La production de 2023 est en léger recul, puisqu’elle est prévue aux alentours de 55.000 tonnes. Et la demande est beaucoup moins importante que lors des deux années précédentes. Au final, et c’est assez rare pour être souligné, le marché des gousses de caroube et la loi de l’offre et de la demande semblent avoir joué un mauvais tour aux spéculateurs. 

https://medias24.com/2023/01/12/le-caroubier-un-arbre-resilient-qui-merite-detre-mieux-valorise/

La valorisation du caroube conditionnée par le prix de la matière première, les coopératives dans l’expectative

Le plan caroubier prévoit jusqu’à 100.000 hectares à planter dans différentes régions du Maroc. Le caroube est en effet une plante peu gourmande en eau et dont la production atteint des valeurs élevées. Mais, aujourd’hui, se pose le problème de la valorisation de la production.

En effet, le temps où le kilo de caroube atteignait 1 DH est révolu. En 2023, il a bondi pour s’établir à 70 DH. Face à cette flambée, plusieurs coopératives de valorisation du caroube ont pris la décision de suspendre leur activité. C’est le cas de la coopérative Biobenzar. 

« L’année dernière fut blanche pour notre structure. Nous sommes plusieurs coopératives à avoir décidé de ne pas acheter de gousses de caroube en 2022 afin de ne pas favoriser les desseins des spéculateurs et faire baisser les prix. Idem pour les concasseurs. D’ailleurs, nous n’avons signé aucun contrat avec nos clients en 2022″, regrette Khadija Lyahmouty, présidente de Biobenzar. 

Il y a un mois, le prix du stock de l’année dernière est redescendu à 10 DH le kilo « contre 70 DH en 2022 et 2023, soit dix fois son prix lors de deux années consécutives. Il y a bien évidemment une crise relative à l’ensemble des secteurs, mais la spéculation a eu un grand impact sur les tarifs », dénonce la même source. 

Des circonstances exceptionnelles 

Contacté par Médias24, Jamal Eddine Ouchkif, directeur de l’Economie forestière, du partenariat et de l’animation à l’Agence nationale des eaux et forêts, assure que « 10 DH le kilo, c’est le prix normal des gousses de caroubier lors de la vente par adjudication ». Et de poursuivre : « Ce qui s’est passé les deux dernières années relève de circonstances exceptionnelles. » Selon nos informations, une importante demande à l’international est derrière cette hausse vertigineuse des prix.

Quid des prix relatifs à la récolte de cette année, réalisée entre les mois de juin et juillet ? D’après Jamal Eddine Ouchkif, les résultats de la vente par adjudication devraient être disponibles à la mi-juillet, tout en soulignant que l’ANEF n’a pas vocation à juguler la hausse des prix, « qui est la conséquence de l’équilibre du marché, des intermédiaires et de la spéculation ».

Toutefois, sur les réseaux sociaux et principalement sur les groupes Facebook dédiés à la vente de caroube, les prix au kilo sont compris entre 50 et 70 DHDe leurs côtés, les coopératives sont toujours dans l’expectative. « Nous attendons de voir les prix qui seront pratiqués afin de prendre une décision pour cette année. Si les prix sont compris entre 7 et 10 DH, alors nous reprendrons notre activité », assure Khadija Lyahmouty. 

« Autrement, on aura une seconde année blanche et ce sera très grave pour notre activité. Une décision devrait être prise d’ici au mois d’août », affirme-t-elle, tout en affichant son optimisme : « Nous nous attendons à une bonne récolte. Car d’habitude, quand une année est moins bonne, la suivante est meilleure. »

Des récoltes prévisionnelles en baisse 

Cet optimisme risque de ne pas résister aux caprices du climat, surtout après deux années de sécheresse consécutives. Il est vrai qu’à l’image de l’ensemble de l’écosystème forestier marocain, le caroubier est un arbre résilient

En cas de dégradation, il arrive à se régénérer. Autrement dit, « les conditions climatiques difficiles vont affecter la production et en aucun cas l’arbre qui, lui, va résister grâce à des facteurs de résistance importants », assure Jamal Eddine Ouchkif.

« Après deux années de sécheresse successives, il est normal que la production soit en recul par rapport à l’année précédente et surtout par rapport à une année de pluviométrie normale. C’est une problématique nationale », poursuit-il, en donnant l’exemple du liège dont la récolte est passée de 80.000 tonnes à environ 20.000 tonnes en 2023

Ainsi, les 68.000 ha que compte le domaine forestier marocain devraient assurer une production inférieure à celle de l’année dernière, qui était de 60.000 tonnes, ce qui risque de ne pas favoriser une baisse importante des prix au kilo. 

La majeure production de cet arbre à la longévité bicentenaire, à la cime très étalée et qui peut atteindre 8 à 17 m de hauteur, est principalement issue de la région de Béni Mellal-Khénifra (80%), mais aussi des régions de Souss-Massa, Marrakech-Safi et Fès-Meknès. 

https://medias24.com/2023/01/12/le-caroubier-un-arbre-resilient-qui-merite-detre-mieux-valorise/

Les femmes des forêts marocaines : entre pénibilité, exploitation et lutte pour l’autonomie économique

« Heureusement que mon mari travaille. Autrement, il aurait été difficile de subvenir aux besoins de ma famille toute seule », nous explique, avec une émotion non dissimulée, une femme qui dirige une coopérative spécialisée dans la production de produits d’argan dans la région de Souss-Massa. 

À son image, elles sont nombreuses à regretter l’époque pas si lointaine où l’exploitation des fruits d’argan permettait d’acquérir une indépendance financière. De nos jours, la sécheresse est un frein majeur à l’autonomisation des femmes dans les zones forestières.

Il semble en effet hypothétique d’améliorer la condition d’une population qui dépend des forêts sur le plan pécuniaire, surtout quand les ressources de ces dernières sont en proie au caprice du climat. Et même si les conditions climatiques redevenaient par miracle favorables, l’amélioration du niveau de vie des femmes est freinée par un contexte social où l’homme est plus que jamais mis sur un piédestal. La femme travaille dans des conditions de pénibilité extrême, pendant que l’homme en cueille les lauriers. 

Des services et biens valorisés à 17 milliards de DH par an 

Le secteur forestier du Royaume couvre neuf millions d’hectares. « C’est un réceptacle essentiel de la faune et de la flore naturelle du pays », précise l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF). Sur le pourtour méditerranéen, le Maroc occupe ainsi la 2e place en termes de biodiversité et la 1re en matière d’endémisme. 

Le couvert forestier marocain est également un espace de vie pour plus de 7 millions d’usagers et 3 millions de femmes. Les biens et services de ce couvert forestier sont valorisés par l’ANEF aux alentours de 17 milliards de DH par an. Remparts contre la désertification, les forêts marocaines sont ainsi garantes d’équilibres socio-économiques, dont les fondements s’appuient cependant sur un déséquilibre qui ne date pas d’hier. 

 

Les résultats d’un diagnostic détaillé sur les enjeux du genre dans le secteur forestier, réalisé par l’ANEF dans trois régions représentatives (l’Oriental, Fès-Meknès et Souss-Massa), corroborent ce constat. Il en ressort la présence quasi permanente des femmes à tous les niveaux de gestion des produits forestiers, de la préservation à la commercialisation.

Mais si les produits forestiers sont cruciaux pour le revenu et l’autonomisation des femmes, l’accès aux capitaux, à l’information et leur participation à la prise de décision restent limités. En outre, les femmes assument des fonctions importantes et productives mais sous-estimées et peu valorisées en employabilité. « Ce sont des ouvrières très mal payées », résume Mohamed Mahdi, professeur de sociologie rurale. « La grande partie de la plus-value réalisée est réservée aux exploitants », déplore-t-il.

Dire d’une femme qu’elle est hadga est la meilleure façon de l’exploiter

On pourrait croire que le métier de la forêt et du bois est l’une des professions associées aux hommes. Pourtant, ce sont les femmes qui accomplissent ces tâches le plus souvent. L’étymologie du terme hadga en est la preuve implacable. « Dire d’une femme qu’elle est hadga est la meilleure façon de l’exploiter », souligne Mohamed Mahdi. 

« Dans le Haut Atlas où il fait très froid, la femme hadga est celle qui a des réserves de bois exposées devant chez elle. Un bois qu’elle a récolté pendant l’été, à raison de deux à trois fois par semaine, en prévision de l’hiver et de la neige », poursuit-il.  

Si les butanes de gaz dispensent aujourd’hui les femmes de la récolte du bois, la pénibilité de leurs conditions dans les zones forestières est toujours d’actualité. Certes, l’activité des femmes dans les forêts a été profondément structurée grâce au Plan Maroc vert. Cependant, cette stratégie n’a pas réussi à diminuer les disparités entre les hommes et les femmes. 

Dans le Haut Atlas central, l’exploitation des forêts est organisée sous forme de coopératives. Idem dans l’arganeraie du Souss et dans les forêts de l’alfa et de l’armoise dans l’Oriental. L’exploitation du caroubier est elle aussi conditionnée par une forme d’agrégation. Le pendant de cette forme d’exploitation collective des ressources forestières réside dans une sorte de discrimination à l’égard des femmes. 

Par exemple, les hommes sont sollicités pour faire tomber les caroubes, du fait de la pénibilité de la tâche. Cela dit, « les fruits sont ramassés par les femmes qui les mettent dans des sacs avant de les transporter sur leur dos. Mais comme le caroubier est rentable, c’est l’homme qui conserve l’argent gagné », précise Mohamed Mahdi.  

Un revenu dont une majeure partie échappe donc aux bourses des femmes, et dont la pérennité est menacée par la sécheresse et la déperdition des ressources. Cette situation complique davantage son autonomisation. Or la réalisation de cet objectif est étroitement liée à la disponibilité, en quantités suffisantes, des ressources exploitables. 

À cause de la sécheresse, la femme retrouvera de l’importance, car les hommes chercheront à compenser la perte des revenus issus de certaines activités forestières en cherchant du travail dans les villes. Mais cette prise de pouvoir n’aura pas d’impact significatif si les ressources sont épuisées. Un cercle vicieux que l’ANEF tente d’enrayer à travers plusieurs projets : 

– le projet FERMA (Femmes résilientes au Moyen Atlas), d’un montant de 80 MDH, et le projet COPFAM (Autonomisation économique des femmes), d’un montant de 61 MDH, soutenus par la coopération canadienne à travers la Société canadienne de coopération pour le développement international (SOCODEVI) ; 

– le Projet Green Jobs (Promotion des emplois verts pour les jeunes en zones rurales et de montagnes), afin de renforcer la durabilité environnementale et de contribuer au développement économique et social des zones forestières. D’un montant de 61 MDH, il est appuyé par l’Agence de coopération internationale allemande (GIZ) ;

– le Programme Ghabati Hayati (Ma forêt, ma vie). D’un montant de 1 MMDH, financé par l’Agence française pour le développement (AFD) ; 

– le projet Activités de pleine nature au service de la biodiversité du Parc national d’Ifrane, d’un montant de 20 MDH, financé par le Fonds français de l’environnement mondial ;

– le Programme « Al Ard Al Khadraa » (Terre Verte), d’un montant de 1,2 MMDH, financé par l’Union européenne. 

Près de 14 milliards de DH pour améliorer les performances de la filière arboricole

Caroubier, amandier, figuier : le ministère de l’Agriculture mise sur des cultures plus adaptées à la nouvelle donne climatique et résistantes à la sécheresse, dans le cadre de la stratégie « Génération Green 2020-2030 ». Le contrat-programme relatif à la filière arboricole décline cette orientation stratégique. 

A préciser que la filière arboricole comprend les rosacées à noyaux, les rosacées à pépins et les fruits rustiques. Pour citer des exemples, il s’agit de poirier, néflier, pommier, pêcher, nectarinier, noyer, grenadier, figuier, cognassier, amandier, cerisier, abricotier, prunier… Notons aussi que le caroubier, l’amandier et le figuier font désormais partie des priorités de la politique agricole fruitière, en raison de leur adaptation au changement climatique.

Signé le jeudi 4 mai, à l’occasion de la 15e édition du Salon international de l’agriculture à Meknès (SIAM), entre le gouvernement et la Fédération interprofessionnelle de la filière de l’arboriculture fruitière au Maroc (FéDAM), ce contrat-programme prévoit un investissement global de 13,77 MMDH, dont 7,14 MMDH financés par la FéDAM et 6,63 MMDH par l’Etat.

Une superficie additionnelle de 296.638 ha

En matière d’extension de la superficie et d’accroissement de la production, les objectifs du contrat-programme à l’horizon 2030 se déclinent comme suit : 

– extension de la superficie arboricole pour atteindre 722.049 ha contre 425.411 ha en 2020, soit une superficie additionnelle de 296.638 ha, qui comprend la superficie plantée dans le cadre de l’agriculture solidaire (124.000 ha)

– lancement de projets d’agriculture solidaire qui porteront sur le caroubier (54.000 ha), l’amandier (59.530 ha) et le figuier (10.445 ha) ; 

– renouvellement des rosacées à pépins et à noyau sur une superficie de 20.000 ha ;

– accroissement de la production arboricole pour atteindre 3,8 millions de t en 2030, contre 1,9 million de t en 2020.

Des ambitions élevées qui nécessitent l’engagement de la Fédération interprofessionnelle de la filière de l’arboriculture fruitière au Maroc et celui du gouvernement. La FéDAM prévoit notamment de sensibiliser et accompagner les producteurs arboricoles à réaliser les programmes arrêtés en matière d’extension et de renouvellement des plantations. 

En ce sens, l’utilisation de plants certifiés et variétés adaptées à la valorisation sera encouragée. Pour sa part, l’Etat identifiera les plantations à renouveler et promet le maintien de la subvention accordée à l’extension des nouvelles plantations, avec l’intégration de l’abricotier dans la liste des espèces subventionnées et l’extension de cette subvention au renouvellement des plantations arboricoles. 

L’extension des cultures arboricoles concerne également les espèces bio. La superficie espérée d’ici 2030 est estimée à 17.652 ha (2.542 ha en 2020). Dans ce cadre, la FéDAM s’engage à encourager la reconversion des vergers en arboriculture biologique, essentiellement pour l’amandier et le caroubier. 

De son côté, le gouvernement sera chargé d’accompagner ce développement à travers le maintien des incitations accordées pour la certification à la production biologique et la mise en place d’une subvention à la reconversion des cultures en mode biologique. 

50.000 ha d’irrigation localisée

Dans l’optique de consolider les acquis de la filière, la FéDAM accompagnera l’ensemble des producteurs en vue d’équiper les vergers arboricoles en irrigation localisée goutte-à-goutte pour une superficie additionnelle de 50.000 ha. 

De surcroît, la Fédération interprofessionnelles incitera à l’utilisation de l’énergie solaire pour un objectif de 20% de la superficie arboricole irriguée. Il est également question de renforcer la maintenance du réseau des générateurs anti-grêle et d’équiper les vergers arboricoles en filets anti-grêle sur une superficie additionnelle de 10.000 ha. 

Pour y parvenir, l’Etat s’engage à encourager les investissements dans l’équipement des exploitations en système d’irrigation économes d’eau, en énergie solaire et le renforcement du réseau des générateurs anti-grêle. Sans oublier le maintien de l’aide accordée à l’équipement des vergers en filet anti-grêle. 

Création de nouvelles unités de stockage frigorifique

L’amélioration des performances productives de la filière doit mécaniquement s’accompagner d’un renforcement de la valorisation des fruits arboricoles. En ce sens, des capacités de stockage frigorifique, de conditionnement et de transformation supplémentaires seront déployées pour atteindre les objectifs suivants : 

– un taux de stockage frigorifique de 50% contre 17% en 2020, à travers l’extension des unités existantes et la création de nouvelles unités ;

– un taux de conditionnement de 30% contre 10% en 2020, via l’extension des unités existantes et la création de nouvelles unités ;

– un taux de transformation de 30% contre 18% en 2020, en créant des unités de séchage, de fabrication de confiture de fruits et de surgélation des fruits.

La FéDAM estime que pour concrétiser ces aspirations, il faudra sensibiliser et accompagner les opérateurs dans la mise à niveau et l’extension des unités de valorisation, mais aussi les encourager à investir dans de nouvelles capacités de conditionnement, de stockage frigorifique et de transformation au niveau des bassins de production. 

Des sessions de formation seront organisées au profit du personnel des unités de valorisation, dont les techniciens et les ouvriers, au sujet des bonnes pratiques de conservation au froid, de conditionnement et de transformation des fruits. 

Autre mesure importante, la promotion de l’agrégation et la mise en œuvre d’accords interprofessionnels techniques (accords entre producteurs, conditionneurs et transformateurs) pour garantir l’approvisionnement des unités de valorisation. De son côté, l’Etat s’engage au maintien des taux et des plafonds des subventions accordées pour la création, l’extension et la mise à niveau des unités de valorisation des fruits arboricoles.

En outre, le contrat-programme envisage l’utilisation des énergies renouvelables au niveau des unités de valorisation à hauteur de 30%, ainsi que l’introduction de l’utilisation de la biomasse en tant qu’énergie dans cinquante unités de séchage. 

100.000 tonnes/ an de fruits exportés en 2030

La valorisation des produits arboricoles a pour principale objectif d’assurer au Maroc une place de choix dans le marché international. Ainsi, l’objectif à l’horizon 2030 est d’atteindre 100.000 tonnes exportées, dont 75.000 t en fruits frais et 25.000 t en fruits transformés.

Pour atteindre ces objectifs, la FéDAM s’engage à la réalisation d’études sur la diversification des marchés potentiels cibles pour l’exportation des produits fruitiers. Il s’agira aussi de promouvoir le label fruit marocain sur les marchés extérieurs et de sensibiliser les opérateurs sur la nécessité de diversifier les débouchés à l’exportation, notamment en Afrique et en Grande-Bretagne. 

À ce titre, le gouvernement prévoit de soutenir l’interprofession pour la réalisation des études sur la diversification des marchés cibles potentiels pour l’exportation des produits fruitiers. En sus, un comité de coordination sera mis en place auprès de Morocco Foodex, regroupant les producteurs, les exportateurs et les institutionnels de la filière arboricole. Filière qui sera concernée par l’instauration d’une nouvelle subvention à l’export pour les fruits transformés. 

Enfin, le gouvernement et la FéDAM envisagent de réaliser un programme de recherche et développement spécifique à la filière de l’arboriculture fruitière. Elaboré en partenariat avec l’Institut national de recherche agronomique (INRA), ce programme vise les objectifs suivants : 

– la conservation des ressources génétiques des espèces fruitières en vue de la caractérisation et la sélection des plus performantes ;

– l’amélioration des techniques culturales pour une gestion durable des systèmes de production arboricoles ;

– l’amélioration de la gestion phytosanitaire et la durabilité des systèmes de production arboricoles ;

– le développement de la qualité et des processus de transformation des productions fruitières.

Les nouvelles filières agricoles éco-responsables pour économiser l’eau au Maroc

Dans le cadre de la stratégie « Génération Green 2020-2030 », le ministère de l’Agriculture a opté pour des cultures adaptées à la nouvelle donne climatique et résistantes à la sécheresse, tout en limitant l’extension des superficies des filières agricoles consommatrices d’eau, dont les agrumes (entre 1.200 et 1.500 mm/an), les pastèques (entre 500 et 600 mm/an) et les avocatiers (1.200 et 1.600 mm/an). 

A ce titre, le ministère de tutelle planche sur l’augmentation des superficies de certains arbres fruitiers et d’autres cultures annuelles peu gourmandes en eau. Le département de l’Agriculture place ainsi de grands espoirs dans le caroubier, l’olivier, l’amandier, le grenadier et les figues de Barbarie. Au même titre que le quinoa, le sorgho et les légumineuses. 

Le caroubier consomme entre 250 et 500 mm/an

Pour augmenter la superficie du caroubier dans le domaine privé en vue d’atteindre 100.000 hectares d’ici 2030, l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, prévoit la production et la distribution gratuite, à l’horizon 2030, de 250.000 plants supplémentaires de caroubiers. 

Cet arbre fruitier consomme annuellement entre 250 et 500 mm d’eau. Actuellement, le Maroc compte plus de 68.000 hectares de caroubier qui relèvent du domaine forestier. Cet arbre à la longévité bicentenaire, à la cime très étalée et qui peut atteindre 8 à 17 m de hauteur, est également présent dans le domaine agricole à hauteur d’environ 11.000 ha.

Outre les zones arides, le caroubier peut aussi se développer entre 600 et 1.000 mètres d’altitude. Son aire de répartition naturelle se situe dans les régions de Souss-Massa, Marrakech-Safi et Fès-Meknès. Mais il prospère en particulier dans la région de Béni Mellal-Khénifra (80%). Dans ces zones, le caroubier peut survivre à des températures oscillant entre -4 °C et 40 °C. 

L’amandier peut produire avec 400 mm d’eau par an

La superficie globale d’amandiers au Maroc avoisine les 190.000 ha, assurant une production qui dépasse les 120.000 tonnes (chiffres de la campagne 2019-2020). Ce qui place le Maroc au 4e rang mondial des producteurs, après les Etats-Unis, l’Espagne et l’Iran, d’après la FAO. 

En termes de profil variétal, plusieurs variétés d’amandiers existent, dont celles locales appelées « Beldi’. Généralement, ces variétés fleurissent début février et nécessitent un minimum de 400 mm d’eau annuellement, pour assurer une production dans les vergers traditionnels localisés dans les zones de montagne. 

Mais dans les plantations modernes, près de 800 mm sont requis annuellement. Ces plantations se situent dans les provinces de Fès, Meknès, Béni Mellal, Azilal, Marrakech, Safi et Essaouira. La zone de Fès-Meknès totalise à elle seule le tiers de la production nationale.

Le grenadier tolère des température comprises entre -12 et 42 °C

La grenade est l’un des plus anciens fruits connus. Sa pleine saison s’étend de novembre à février. Sur les 14.100 ha du domaine agricole marocain, on distingue trois variétés principales dont le grenadier à fruits rouges, le grenadier à fruits jaunes et le Sefri. 

Le grenadier se cultive dans les régions du Maroc où la chaleur estivale est suffisante pour obtenir des fruits de qualité, notamment dans le Tadla, le Haouz, à Settat, Taounate, Nador, Chefchaouen, Azizal et Béni Mellal. 

Cet arbre est adapté au climat sub-aride et continental. Il peut tolérer des températures de -12 °C l’hiver et 42 °C l’été. Pour obtenir un bon rendement, le grenadier nécessite un apport annuel en eau, compris entre 600 et 800 mm. Un plan produit en moyenne 100 fruits par récolte, et sa rentabilité économique dépasse une décennie. 

Le figuier nécessite 600 à 700 mm d’eau par an

Le figuier est ancré dans le paysage rural marocain. On le trouve principalement dans le Rif, les plateaux et plaines atlantiques et du centre, dans le Tensift, dans la région de Moulay Driss près de Meknès, et à Béni Smir non loin de Oued Zem. Il occupe 154.000 hectares du domaine agricole national. 

S’il est résistant au froid et peut supporter des gelées de l’ordre de -5 °C, le figuier s’adapte également à des températures atteignant jusqu’à 37 °C durant la phase de croissance du fruit. Très résistant à la sécheresse, il a besoin d’un apport en eau compris entre 600 et 700 mm annuellement. 

Plusieurs variétés sont cultivées dans le pays, parmi lesquelles six à grande échelle. A savoir El Messari, Lembdar Labiad, Lembdar Lakhal, Rhouddane, El Koté et Aounq Hnam. Hormis la variété El Koté, toutes les autres variétés sont bifères et présentent donc une fructification estivale (mi-juin à juillet) et automnale (mi-août à septembre).  

L’olivier est rentable à partir de 400 mm de pluie par an 

L’olivier est l’espèce fruitière la plus cultivée dans le Royaume (1,1 million d’hectares). Les plantations d’olivier sont principalement localisées dans les régions de Béni Mellal-Khénifra, Marrakech-Safi et Fès-Meknès. 

Cet arbre ancestral fait preuve d’une grande résistance au froid, surtout en repos végétatif hivernal (-8 à -10 °C). En revanche, en période de floraison, les températures en dessous de 0 °C ont des effets négatifs sur la croissance. Celle-ci s’arrête au-delà de 38 °C. 

Avec 600 mm de pluie bien répartis, l’olivier végète et produit normalement. Entre 400 et 600 mm, la production est possible à condition que le sol ait des capacités de rétention d’eau suffisantes. A moins de 200 mm par an, l’oléiculture est économiquement non rentable. 

La filière contribue à l’emploi en milieu rural à hauteur d’environ 50 millions de journées de travail par an. La production nationale d’olives pour la campagne 2021-2022 est estimée à 1,96 million de tonnes, en hausse de 21% par rapport à la campagne précédente.

L’oléiculture permet l’équilibre de la balance commerciale en assurant une entrée en devises équivalente à 2 MM DH/an avec des exportations en moyenne de 91.300 t/an d’olives de table, 15.000 t/an d’huile d’olive et 13.700 t/an d’huile de grignons d’olive. En termes d’exportation d’olive de table et d’huile d’olive, le Maroc occupe respectivement la 3e et la 9e place au monde. 

Le sorgho, céréale d’avenir 

Considérée comme une céréale d’avenir, le sorgho est une plante herbacée cultivée pour ses graines et son fourrage. S’il ressemble un peu au maïs, son système racinaire le rend encore plus résistant à la sécheresse. Ses besoins en eau se situent entre 400 et 500 mm/an.

Il est principalement cultivé en Afrique pour nourrir le bétail (sorgho fourrager) et pour l’alimentation humaine (sorgho grain). Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la superficie cultivée dans le Royaume ne dépasse pas les 5.000 ha, pour une production d’environ 5.000 tonnes. 

Originaire d’Ethiopie et classé au 5e rang des céréales, après le maïs, le riz, le blé et l’orge, le sorgho est cultivé à petite échelle dans les provinces de Béni Mellal, Berrechid et Marrakech. 

L’orge, culture fourragère capitale 

Cultivée au Maroc depuis des siècles, l’orge joue un rôle capital en particulier pour l’alimentation animale. Bien qu’adaptée à toutes les régions agricoles du pays, cette céréale craint les pluies et les orages trop violents pendant la période de maturation, car ils peuvent causer la chute des grains ou affecter leur qualité.

Elles est cultivée dans les zones agricoles suivantes : Loukkos, Zaër, Saïs, Taza, Abda, Chaouia, Doukkala, Moulouya, Plateau des phosphates, Tadla, Chiadma, Haouz et Souss Massa. Mais aussi dans les périmètres irrigués. 

Les besoins en eau d’irrigation de l’orge dépendent de la variété, des conditions climatiques (température et pluviométrie) et du rendement objectif. Toutefois, afin d’atteindre un rendement optimum, l’orge a besoin d’une quantité d’eau comprise entre 390 et 430 mm par an. Plus de 1,4 million d’hectares d’orge sont cultivés au Maroc pour une production de 2,7 millions de tonnes. 

Le quinoa, un aliment naturel à haute valeur nutritive  

Le quinoa est une pseudo-céréale. Originaire des Andes, c’est un aliment naturel à haute valeur nutritive. Ses graines sont grillées, puis transformées en farine pour obtenir différents types de pains. Le quinoa est apprécié pour sa diversité génétique, sa faculté d’adaptation à des conditions agro-écologiques variées, et sa valeur socio-économique.

D’un diamètre de 1 à 8 centimètres et d’une hauteur de 0,5 à 3 m, le quinoa a une couleur très variable : uniformément verte, verte avec des stries violettes ou rouges, ou bien uniformément rouge. Facile à digérer, il ne contient pas de gluten.

Le quinoa a fait son apparition au Maroc dans les années 1990, plus précisément à Khénifra. La plante nécessite de 90 à 120 jours pour arriver à maturité et a besoin d’un apport en eau allant de 200 à 400 mm par an, ce qui confirme sa faculté à résister à la sécheresse. 

Le blé dur est peu sujet au stress hydrique  

La différence entre le blé tendre et le blé dur, c’est que le second a des besoins élevés en ensoleillement. Il se caractérise également par une faible résistance au froid et à l’humidité, et par des rendements moyens, inférieurs à ceux du blé tendre. 

Près d’un million d’hectares de blé dur sont cultivés dans le Nord-Ouest (Loukkos, Zaer), les plaines intérieures (Saïs, Taza), les régions arides et semi-arides (Abda, Chaouia, Doukkala, Moulouya, Plateau des phosphates, Tadla) et les régions arides (Chiadma, Haouz, Souss Massa).

Si le blé dur exige un sol sain au drainage efficace, il est peu sujet au stress hydrique, surtout en période d’accumulation des réserves dans le grain. Ses besoins en eau sont estimés entre 350 et 600 mm/an. Plusieurs variétés sont commercialisées dans le pays : Achta, Kanz, Mehdia, Amal, Rajae, Arrehane, Tigre, Aguilal. 

Le maïs nécessite peu de traitements 

Le maïs est particulièrement ancré dans les habitudes alimentaires des Marocains, notamment le maïs grillé. De la famille des graminées, cette plante est de saison chaude. Elle résiste aux températures élevées, alors que le froid perturbe sa croissance.  

Il existe deux types de variétés de maïs. Les variétés classées selon la couleur des graines (blanche, jaune ou bicolore), et celles classées selon leur patrimoine génétique. Le premier semis peut être réalisé début avril (ou fin mars) pour une récolte début juillet. Le second semis est effectué fin juillet, en vue d’une récolte fin octobre ou début novembre. 

Environ 100.000 ha de maïs sont cultivés dans le pays (Larache, Casablanca…), pour une production de près de 50.000 tonnes. C’est une culture qui nécessite peu de traitements en matière pour maîtriser les dégâts des ravageurs ou la fertilisation des sols.

Le pois chiche est extrêmement résistant à la sécheresse 

Les lentilles, le pois chiche et les fèves sont les principales légumineuses alimentaires cultivées au Maroc, sur une surface de 205.000 ha localisés dans les zones côtières où les températures sont plus clémentes. Les légumineuses alimentaires sont cultivées comme des céréales ou en association avec d’autres espèces. Il s’agit de privilégier la rotation biennale céréales-légumineuses à celle du blé-jachère. 

Le semis de lentille, pois chiche et fève sèche doit coïncider avec des températures modérées et clémentes ; soit entre novembre et décembre. S’agissant de la culture de la fève primeur, les semis sont effectués en août-septembre pour une production entre décembre et janvier. 

La récolte de la fève s’effectue entre la mi-mai et juin. Celle du pois chiche en juin et juillet. Concernant la culture de pois chiche de printemps, les semis s’effectuent entre mi-février et mi-mars. C’est ce dernier qui présente la meilleure résistance à la sécheresse. 

De fait, le pois chiche n’a besoin que d’un apport annuel en eau compris entre 110 et 240 mm, soit quasiment deux fois moins que la lentille (entre 300 et 450 mm/an) et la fève (au moins 350 mm/an). 

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Plantation de 300 ha de caroubier à Chichaoua

Sur les 500 ha de caroubier prévus dans la province de Chichaoua, « 300 ha ont été plantés au niveau de la commune d’Ichamraren », affirme le ministère de l’Agriculture dans un communiqué publié suite à une visite de terrain du ministre, Mohamed Sadiki, le lundi 20 mars.  

Cette opération est relative à un projet d’agriculture solidaire qui porte sur plusieurs composantes « dont la plantation de 500 ha de caroubier, 500 ha de cactus, 200 ha d’arbustes fourragers (Atriplex), en plus du développement de l’apiculture, via la distribution de 200 ruches d’abeilles« , ajoute la même source. 

Ce projet prévoit également la création d’une coopérative de service au profit de jeunes ruraux, la mise en place d’activités génératrices de revenus au profit des femmes rurales et l’aménagement de 7 km de séguias.

Une nouvelle station de conditionnement des agrumes

Dans cette région où les agrumes occupent une superficie de 16.350 ha et assurent une production en année normale de 320.000 T, dont environ 96.000 T sont destinés à l’export, les stations de conditionnements jouent un rôle essentiel, à l’image de celle visitée par le ministre de l’Agriculture.

Située dans la commune de Loudaya, relevant de la préfecture de Marrakech, cette station de conditionnement des agrumes, réalisée dans le cadre de la stratégie « Génération Green », a nécessité un investissement d’environ 26 millions de DH.

« Ce projet contribuera à l’amélioration et à la diversification des revenus de plus de 500 bénéficiaires et à la création d’environ 120.000 journées de travail par an », assure le ministère de l’Agriculture. Construite sur une superficie totale de 45.000 m², dont 15.000 m² couverts, cette unité dispose d’une capacité de conditionnement de 25.000 T/an et devrait atteindre, à terme, 45.000 T/an.

Plantation d’Atriplex sur 3.400 ha

S’agissant du programme global de développement des parcours au niveau de la province de Chichaoua, il se décline comme suit : 

– la plantation d’Atriplex sur 3.400 ha

– l’amélioration de la productivité sur 1.700 ha

– la création de dix points d’eau, pour un investissement global de près de 30 millions de DH, au profit de 4.000 bénéficiaires ; 

A ce titre, le ministre a lancé, dans la commune territoriale Oued El Bour, les travaux de plantation d’arbustes fourragers (Atriplex) sur une superficie de 50 ha. Dans le cadre du programme de réduction de l’impact du déficit pluviométrique, au niveau de la province de Chichaoua, 115.500 qx d’orge et 11.900 qx d’aliment composé ont été distribués au profit des éleveurs. 

Par ailleurs, neuf points d’eau pour l’abreuvement du cheptel sont en cours de réalisation, au même titre que l’aménagement de 6,8 km de séguias et l’irrigation d’appoint des 200 ha de jeunes plantations réalisées dans le cadre des projets de l’agriculture solidaire. L’enveloppe budgétaire allouée à ce programme s’élève à 51,5 MDH.

Pour ce qui est du Programme de réduction des disparités territoriales et sociales, la province de Chichaoua a bénéficié d’une enveloppe budgétaire totale de 783 millions de DH entre 2017 et 2023. Dans ce cadre, une route rurale a été construite, reliant le siège de la commune au douar Tamaroute sur un linéaire de 9,8 km et desservant sept douars, d’un coût global de 11,8 MDH. Deux autres projets de routes sont programmés au titre de 2023. 

Le premier concerne la route reliant le douar Tamaroute au douar Ouanzid sur un linéaire de 19,1 km, pour un montant global de 27 MDH. Le second relie la commune d’Irohalen et celle d’Afellaissen sur un linéaire de 7 km, pour un coût total de 6 MDH.

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Stress climatique : l’État mise sur le caroubier avec 100.000 ha d’ici 2030

Dans le cadre de l’adaptabilité du secteur forestier aux conséquences du réchauffement climatique, l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) a misé sur la valorisation des espèces forestières résistantes à la sécheresse et multifonctionnelles. Le caroubier est l’un des bénéficiaires de cette orientation qui intervient en parallèle à celle du ministère de l’Agriculture. 

Le département de l’Agriculture a en effet pris le parti de favoriser les cultures adaptées à la nouvelle donne climatique et de stopper l’expansion des surfaces des filières agricoles consommatrices d’eau (agrumes, pastèques et avocats), dans le cadre de la stratégie « Génération Green 2020-2030 ».

Un pas supplémentaire a été réalisé pour augmenter la superficie du caroubier dans le domaine privé, afin d’atteindre 100.000 hectares d’ici 2030. A ce titre, l’implication de l’ANEF sera déterminante. Outre la production et la distribution gratuite de 2 millions de caroubiers aux agriculteurs privés, lors de la dernière décennie, l’Agence nationale des eaux et forêts chapeaute un programme de développement intitulé « Forêt du Maroc 2020-2030 ». 

“L’objectif est d’augmenter la superficie du caroubier du domaine forestier de 5.100 ha par an, au même titre que la production et la distribution gratuite, à l’horizon 2030, de 250.000 caroubiers supplémentaires, destinés aux domaines privés, en vue d’une hausse annuelle de 1.250 ha”, annonce Jamal Eddine Ouchkif.

Pour Médias24, le directeur de l’Economie forestière, du partenariat et de l’animation à l’ANEF fait le point sur cette essence forestière et ses perspectives économiques.

Le Royaume compte 80.000 ha de caroubier    

Sur le terrain, il n’existe pas de forêt proprement dite de caroubier dans le Royaume. L’ANEF note que cet arbre fruitier pousse souvent en association avec d’autres essences forestières comme l’olivier, le thuya, le chêne vert ou encore l’arganier. Des espèces dont il partage les mêmes caractéristiques écologiques. 

Actuellement, le Maroc compte plus de 68.000 hectares de caroubier qui relèvent du domaine forestier, et donc de l’ANEF. Cet arbre à la longévité bicentenaire, à la cime très étalée et qui peut atteindre 8 à 17 m de hauteur, est également présent dans le domaine privé à hauteur d’environ 12.000 ha.

La « superficie récoltée » désigne la superficie totale ensemencée pour la production d’une culture particulière au cours de la même année.

Outre les zones arides, le caroubier peut aussi se développer entre 600 et 1.000 mètres d’altitude. Son aire de répartition naturelle se situe dans les régions de Souss-Massa, Marrakech-Safi et Fès-Meknès. Mais il prospère en particulier dans la région de Béni Mellal-Khénifra (80%).  

Une résilience à toute épreuve 

Dans ces zones, le caroubier peut survivre à des températures oscillant entre -4°C et 40°C. Si en Espagne, le froid extrême a eu raison à plusieurs reprises de peuplement de caroubiers, « à part quelques rares épisodes dans des micro-climats, cette essence forestière n’a jamais souffert de gelée ou de sécheresse extrême dans le Royaume ».

A l’instar des espèces méditerranéennes (arganier, thuya, chêne vert), le caroubier fait preuve d’une résistance à la rigueur du climat et à la sécheresse. « Et chaque fois qu’il use de ses mécanismes de résistance, ces derniers se développent, se renforcent et deviennent encore plus résistants aux conditions climatiques extrêmes », indique Jamal Eddine Ouchkif.  

Cette résilience offre une production ininterrompue de gousse de caroube, d’année en année. Le caroubier est parmi les rares arbres qui fleurissent en automne (septembre à novembre), mais il faut attendre la maturité de ses fruits en juillet-août de l’année suivante pour récolter des gousses.

Apprécié pour ses graines, la gousse de caroube est très recherchée par l’industrie du cosmétique et de l’agroalimentaire où elle est utilisée comme sirop, agent sucrant ou encore substitut au cacao. Des tests sont en cours en Europe pour développer de nouvelles boissons à base de caroube ou des médicaments aux propriétés bénéfiques pour la digestion, comme le pain à base de farine de caroube, qui est sans gluten. 

Une moyenne de 60.000 tonnes de gousses par an 

Après l’Italie, « le Maroc est le deuxième plus grand producteur de caroubes au monde », affirme M. Ouchkif. « La production moyenne annuelle au niveau national est estimée à 60.000 tonnes, selon les conditions climatiques », précise-t-il. Cette production est principalement exportée en Europe (Espagne, Italie). Concernant la superficie cultivée, la production est estimée par la FAO à 21.976 tonnes en 2021.

Cette production est relative aux superficies cultivées.

Le rendement du caroubier, qui commence à produire des gousses à partir de 6 ans, est conditionné par l’âge de l’arbre, la région et la fertilité des sols, ainsi que son entretien. « Un arbre peut donner de 10 à 40 kg jusqu’à l’âge de 20 ans. comme il peut aller entre 100 et 250 kg à partir de 50 ans”, nous apprend notre interlocuteur. 

Pour atteindre un tel rendement en cas de plantation, la densité idéale est de 100 à 200 arbres/ha. « Au-delà, les caroubiers peuvent souffrir de la concurrence entre les arbres par rapport aux nutriments et aux ressources en eau », prévient Jamal Eddine Ouchkif.

Bien que la valorisation financière des fruits du caroubier ait toujours été élevée, son exploitation se heurte au manque de structuration des coopératives forestières, qui empêchent d’en tirer le maximum de bénéfices. 

Deux formes d’exploitation du caroubier 

L’exploitation du caroubier est régie par les droits d’usage reconnus par les dispositions du dahir du 10/10/1917 relatif à la conservation et l’exploitation des forêts, et celui du 04/03/1925. Elle s’opère via deux formules : 

– La vente par adjudications publiques de plusieurs lots de caroubier, organisée annuellement au niveau des régions, notamment dans la région de Béni Mellal-Khénifra, et à laquelle participent les exploitants forestiers agrémentés par l’ANEF, selon un cahier des charges spécifiques.

– L’exploitation via des coopératives forestières composées des ayants droit, dans le cadre de conventions de partenariat avec l’Agence nationale des eaux et forêts. La région de Béni Mellal-Khénifra compte 9 coopératives forestières, composées de 500 adhérents.

S’agissant de la vente par adjudications publiques, après avoir acquis un ou des lots de caroubiers, l’exploitant s’offre le droit de récolter et d’exploiter les gousses de caroube. Le produit doit ensuite être transporté conformément au cadre réglementaire régissant le transport des produits forestiers, dont l’obtention d’un permis de colportage, délivré par les services forestiers.

“A une époque, la gousse de caroube coûtait 1 DH/kg. Lors de la dernière adjudication organisée en 2021, le prix variait entre 7 et 8 DH le kilo”, assure M. Ouchkif. En comparaison, le prix minimum d’un kilogramme d’olives non récoltées dans la province de Béni Mellal était de l’ordre de 6 DH/kg (2021). En 2022, le prix du caroube a flambé dans les marchés, avec des tarifs atteignant 45 DH/kg en raison d’une forte demande.

Un revenu moyen mensuel compris
entre 1.000 et 1.500 DH

Concernant les coopératives forestières, le critère qui permet à ces structures de bénéficier des droits d’exploitation repose sur le principe du droit d’usage des populations vivant en forêt, reconnu par les dispositions du dahir du 10/10/1917 relatif à la conservation et l’exploitation des forêts, ainsi que celui du 04/03/1925, à l’instar de l’arganier.

Si l’exploitant achète le caroubier et se charge de son exploitation et sa valorisation, la coopérative entreprend une démarche différente. “Dans le cadre du partenariat conclu avec l’ANEF, un pourcentage de l’ordre de 30% du prix d’achat du caroube est payé par la coopérative sous forme de services offerts à la forêt, comme le gardiennage et la surveillance en vue de combattre l’exploitation illicite, la sylviculture ou encore la plantation de caroubier en domaine forestier. Les 70% restants sont encaissés à hauteur de 80% par la commune et 20% par l’ANEF.” 

“Grâce à ces coopératives forestières, nous créons des journées de travail dans les zones les plus marginales du Maroc pour de la main-d’œuvre non qualifiée, avec un revenu moyen compris entre 1.000 et 1.500 DH par mois”, se félicite Jamal Eddine Ouchkif, sans ignorer que ces structures présentent certaines lacunes. 

D’abord, le manque de compétences en termes de gestion administrative, financière et humaine. “Les coopératives doivent être structurées comme des entreprises, ce qui n’est pas toujours le cas actuellement. Sans cela, les unités de valorisation ne peuvent pas être très efficaces”, déplore-t-il. D’où l’accompagnement de ces coopératives, prévu par l’ANEF, dans les domaines de la formation technique, la gestion administrative et les ressources financières. 

Ensuite, la nature même d’une coopérative forestière, en comparaison avec une coopérative agricole, est un obstacle. Alors que les coopératives agricoles produisent elles-mêmes leurs ressources comme dans le cas de l’apiculture, “les ressources des coopératives forestières sont la propriété de l’État. Les adhérents de la coopérative n’ont qu’un droit d’exploitation”, affirme M. Ouchkif.   

Pour une coopérative forestière, la répartition de cette richesse sur l’ensemble des ayants droit, qui se comptent par centaines, est non négociable. “Quand la valorisation du caroubier était méconnue, cela ne posait pas de problème”, souligne notre interlocuteur. Sauf que désormais, les usagers des forêts convoitent tous leurs richesses.

Par exemple, une coopérative forestière, qui contracte le droit de valorisation de 100 quintaux de caroubier, a l’obligation de répartir cette richesse entre ses adhérents. Mais dans plusieurs cas, l’ensemble des ayants droit demandent eux aussi l’adhésion à la coopérative, afin de bénéficier de cette richesse malgré sa faible importance.

Diversification de l’activité des coopératives 

La solution est donc de créer plus de journées de travail – ce qui est l’essence même d’une coopérative – en diversifiant ses activités. “A l’ANEF, nous réalisons des activités d’entretien forestier, comme la sylviculture, les plantations, le gardiennage, les clôtures. Ces activités entrent dans le champ d’action et de compétences des coopératives. L’idée est de faire des coopératives forestières des partenaires privilégiés de l’ANEF pour une gestion durable des espaces forestiers.” 

“C’est possible car la loi forestière est en cours d’être adaptée dans le cadre de la stratégie ‘Forêts du Maroc 2020-2030’, mais aussi grâce aux apports du nouveau décret sur les marchés publics. Ainsi, les coopératives forestières auront la possibilité de participer aux appels d’offres des marchés publics, dont les critères de sélection seront à leur portée”, indique M. Ouchkif. Cette solution a l’avantage d’impliquer davantage les coopératives forestières dans la gestion des forêts qu’elles exploitent. 

En revanche, les programmes d’amélioration génétique du caroubier ne sont pas d’actualité. Hormis dans les domaines privés où les propriétaires recherchent principalement des variétés aux rendements élevés, l’ANEF privilégie la sauvegarde des espèces forestières naturelles en général, et du caroubier en particulier. En évitant la pollution et l’érosion génétique.

« Une fois qu’une plante est améliorée génétiquement, on perd de ses caractéristiques et de sa capacité de résilience aux facteurs de dégradation. » Un scénario à l’extrême opposé de l’objectif de l’ANEF qui réside dans “la pérennisation de la forêt pour des générations”. 

Pour y parvenir, la préservation des spécifications génétiques des espèces naturelles est impérative. Surtout dans les sites semenciers de caroubiers, fournisseurs de graines pour la reproduction, issues des meilleurs arbres en termes de caractéristiques liées à la vigueur, à la forme, à l’adaptation et à l’état sanitaire, appelés ‘arbres plus’. Sans doute en écho aux potentialités économiques d’une espèce à l’influence sociale et économique positive. 

https://medias24.com/2022/12/31/oriental-coup-denvoi-du-premier-projet-dagregation-de-la-filiere-du-caroubier/