Aïd al-Adha 2026 : l’ONSSA prépare dès à présent l’identification des bêtes destinées à l’abattage

L’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) vient de lancer un appel d’offres pour l’acquisition de matériel et de fournitures pour l’identification des ovins et caprins destinés à l’abattage à l’occasion de Aïd al-Adha 1447.

Les prestations consistent en :

– l’acquisition de 7 millions de boucles en plastique pour l’identification des ovins et caprins ;
– l’acquisition de 1.200 applicateurs desdites boucles.

Selon le cahier des prescriptions spéciales inclus dans l’appel d’offres, les boucles doivent être fournies et présentées d’une manière qui garantit qu’elles soient utilisées pour un animal unique, avec les spécifications suivantes :

– La boucle doit porter le numéro d’identification à affecter à chaque animal.

– Chaque boucle doit être composée d’une partie « mâle » et d’une partie « femelle ». La partie « femelle » sous forme de plaquette et la partie « mâle » sous forme de bouton.

– Le numéro d’identification doit être composé de huit chiffres et porté dans la partie femelle de chaque boucle.

– Les boucles doivent être de couleur jaune.

– Les boucles doivent être inviolables.

– Elles doivent être imprimées au laser avec le numéro visuel à huit chiffres selon la numérotation adoptée.

– L’impression du numéro visuel doit rester lisible pendant au moins 7 années.

– La matière plastique constituant les parties visibles de la boucle (après fermeture des parties mâle et femelle) doit être de couleur unie jaune.

L’applicateur doit quant à lui répondre aux spécifications suivantes :

Le délai d’exécution de l’ensemble des prestations est fixé à deux mois, pour un coût estimé de 8,5 millions de DH.

Reconstitution du cheptel. Les mesures détaillées du programme de soutien aux éleveurs

Sur instruction du Roi Mohammed VI, le gouvernement lance un vaste programme de soutien à la reconstitution du cheptel national.

Une circulaire conjointe sera émise pour préciser les rôles de chaque intervenant. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Agriculture, Ahmed Bouari, ce jeudi 22 mai à l’issue du Conseil de gouvernement.

Le programme s’articule autour de cinq axes majeurs, avec un budget global de 3 milliards de DH d’ici fin 2025.

3,2 MMDH sont prévus en 2026 au profit des éleveurs inscrits dans la campagne de préservation des femelles reproductrices.

Le programme comprend, comme nous l’avions révélé dans un précédent article, des mesures d’allégement de dettes, une campagne de vaccination et des aides directes aux éleveurs…

Voici donc le détail annoncé ce jour :

1. Reprogrammation des dettes des éleveurs :

Allègement des dettes pour 50.000 éleveurs, pour un montant total de 700 millions de DH, qui sera porté par le budget de l’État.

– Annulation de 50% des dettes (capital et intérêts) pour les crédits inférieurs à 100.000 DH. Les petits éleveurs représentent 75% des bénéficiaires.

– Annulation de 25% des dettes (capital et intérêts) pour les montants entre 100.000 et 200.000 DH, soit 11% des bénéficiaires.

– Reprogrammation des dettes et annulation des pénalités de retard pour les crédits dépassant 200.000 DH.

2. Subvention directe à l’alimentation du bétail

Subvention de la vente d’orge : un prix de vente de 1,5 DH/kg dans la limite de 7 millions de quintaux,

Prix de vente des aliments composés : un prix de vente de 2 DH/kg. Un montant total de 2,5 MMDH sera dédié à cette opération.

3. Identification des femelles reproductrices

Interdiction de l’abattage des femelles ovines identifiées à des fins de reproduction jusqu’à mai 2026. Objectif : plus de 8 millions d’ici fin mai 2026.

Subvention de 400 DH pour chaque femelle identifiée et non abattue.

4. Campagne préventive de traitement du cheptel :

Une campagne de traitement et de vaccination visera 17 millions de têtes, avec un budget de 150 millions de DH.

5. Encadrement et accompagnement technique

Un budget de 50 millions de DH est dédié à la formation, à l’encadrement et à l’appui technique des éleveurs.

Importations de bétail : trois partis de l’opposition demandent une commission d’enquête

Les importations de bétail et la guerre des chiffres sur ce que cela aurait coûté s’invitent à la rentrée parlementaire avec la session du printemps.

L’information circulait depuis le dimanche 6 avril, mais elle a été confirmée officiellement ce lundi à travers un communiqué conjoint des groupes du PPS et du MP et du groupement du PJD à la Chambre des représentants.

Cette initiative est lancée par les trois partis de l’opposition conformément à l’article 67 de la Constitution et selon les dispositions du règlement intérieur de la Chambre des représentants.

« Nous voulons en avoir le cœur net sur les deniers publics engagés depuis la fin de l’année 2022, en 2023 et en 2024, mais également lors des premiers mois de l’année en cours », nous déclare Rachid Hammouni, président du groupe parlementaire du PPS.

Selon nos sources, les trois partis ont commencé à débattre de cette initiative dès jeudi dernier et un communiqué conjoint a été préparé dans ce sens.

Les trois partis veulent inciter le gouvernement à s’exprimer sur les montants dépensés en subventions à l’importation de bétail et sur les subventions ayant bénéficié au secteur en général.

Le PPS, le MP et le PJD émettent le souhait de voir leur initiative adoptée par les autres composantes de la Chambre des représentants pour faire toute la lumière sur ces subventions. Ils souhaitent ainsi « contribuer au contrôle et à l’évaluation des politiques publiques » et réunir toutes les conditions pour garantir la réussite de tels chantiers gouvernementaux.

L’USFP aux abonnés absents

Ce qui est surprenant dans cette initiative est l’absence de l’Union socialiste des forces populaires (USFP). « Nos camarades de l’USFP ont été associés dès les premiers moments et il nous a été demandé d’attendre 24 heures avant la diffusion du communiqué conjoint. Ce que nous avons fait ce lundi à 10 heures, car nous n’allions pas attendre une éternité », explique Rahid Hammouni.

Notre interlocuteur affirme cependant que cette initiative reste ouverte à toutes les forces politiques représentées à la Chambre des représentants.

La commission d’enquête est l’un des mécanismes de contrôle des politiques publiques. Elle peut être mise en place à la demande du Roi, de la majorité de la Chambre des représentants ou du tiers des membres de la Chambre des conseillers.

LIRE AUSSI

https://medias24.com/2025/03/30/soutien-a-limportation-du-betail-des-chiffres-qui-se-telescopent-une-clarification-officielle-simpose/

Débat sur les 13 MMDH et les aides à l’importation : les vrais chiffres et les questions en suspens

La guerre des chiffres relative aux montants des subventions accordées dans le cadre du soutien gouvernemental à l’importation du bétail a pris fin.

Le ministère de l’Agriculture a rendu publics les chiffres officiels. Le coût pour les caisses de l’État est de 437 MDH étalés sur deux ans. Cela représente l’enveloppe totale déboursée des deniers publics pour soutenir l’importation des moutons à l’occasion de l’Aïd al-Adha.

Une interrogation pourrait subsister néanmoins chez certains : comment expliquer l’écart entre les 13,2 milliards de dirhams évoqués et les 437 millions finalement déboursés ?

La réponse se trouve dans les explications apportées par le ministère des Finances dans le document où le montant de 13,2 MMDH a été puisé : « Données et informations complémentaires demandées par les groupes parlementaires à la Chambre des représentants », transmises en octobre 2024 aux parlementaires en réponse à leur demande d’informations.

C’est sur ce document que le PPS s’est appuyé pour avancer ce chiffre.

Médias24 a consulté ce document, où la question des aides est abordée à plusieurs reprises en réponse à des demandes de groupes parlementaires portant principalement sur :

Les 13,2 milliards de dirhams résultent de l’addition de plusieurs montants mentionnés dans le rapport :

1 – Suppression des droits de douane et de la TVA pour l’importation des ovins (février 2023 et octobre 2024) : 5,03 milliards de dirhams.

2 – Suppression des droits de douane et de la TVA pour l’importation des bovins entre octobre 2022 et décembre 2024 : 8,04 milliards de dirhams.

3 – Aide des 500 DH pour les ovins : 237 MDH pour 2024.

Deux de ces trois montants sont purement théoriques et même virtuels : ils correspondent à un manque à gagner hypothétique estimé sur la base d’un tarif douanier de 200% et d’une TVA de 20%.

Concrètement, l’auteur du rapport a appliqué un droit de douane de 200% et la TVA sur la valeur des importations de 2023 et 2024, puis a présenté le résultat comme un manque à gagner.

Or, le Maroc n’importait pas de bétail vivant destiné à l’abattage. Donc, l’État n’a jamais perçu de telles recettes. Les seules importations concernent des génisses reproductrices ou des vaches laitières, par exemple.

Les taux de droit de douane sur les importations d’animaux vivants et de viande bovine, ovine et caprine étaient à 200%, justement, « pour empêcher toute importation commerciale d’être rentable » et protéger ainsi le cheptel national.

Considérer ces 13 milliards de dirhams comme une perte ou un manque à gagner pour l’État relève d’un contresens économique.

Tout d’abord, si ce tarif douanier avait été maintenu, aucun opérateur n’aurait pris le risque d’importer, devant s’acquitter d’un droit de douane équivalant au double de la valeur des marchandises, en plus de la TVA.

Et quand bien même cet opérateur l’aurait fait, pour rentabiliser son opération, il aurait impacté ces charges sur les prix. Au final, l’opération n’aurait pas eu l’effet attendu. Au contraire, les prix de la viande importée auraient flambé.

Pour mieux comprendre le biais du raisonnement, il est évident qu’aucun responsable sensé, qu’il soit de la majorité ou de l’opposition, n’aurait autorisé la subvention et l’importation en maintenant la TVA et les droits de douane. L’opération aurait échoué et il y aurait eu une levée de boucliers générale.

Le seul montant réellement déboursé par l’État est donc l’aide de 500 dirhams par tête d’ovin.

Si les données du ministère de l’Agriculture permettent de trancher la question des chiffres, une interrogation demeure : pourquoi ces mesures ont-elles eu un impact limité par rapport aux attentes de l’État ?

De l’aveu même de plusieurs responsables gouvernementaux, soit publiquement, soit dans des déclarations à Médias24, les prix n’ont pas baissé aux niveaux espérés et escomptés par le gouvernement.

Le vrai sujet demeure donc « les 18 spéculateurs et les marges non éthiques » que Ryad Mezzour a dénoncées. Sont-ils 18, plus, ou moins ? Là aussi, le nombre importe peu.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’une poignée d’opérateurs puissants, probablement intégrés sur toute la chaîne de valeur de l’importation à la distribution et à la transformation des viandes, font la pluie et le beau temps au niveau des prix.

C’est ce que nous avions expliqué dans un précédent article en nous basant sur le témoignage d’une source sûre et qui connait le secteur de l’intérieur.

Interrogé sur les raisons de l’impact limité des mesures gouvernementales sur les prix à la consommation, cette source a pointé « un système oligopolistique et résistant » dans le segment de la distribution.

« La distribution de la viande est dominée par un petit nombre d’opérateurs possédant les capacités financières et logistiques pour acheter localement ou importer et stocker en grande quantité », nous expliquait-il.

Une situation exacerbée par l’anarchie et le manque de transparence dont pâtit le secteur.

Le gouvernement aurait dû, si le secteur avait été mieux organisé, conditionner la subvention à un abattage rapide (des importateurs ont stocké les ovins jusqu’au Aïd) et/ou à des prix de vente au public décents.

Les Marocains ont subi au cours des dernières années, une inflation importante tirée par les produits alimentaires. L’alimentation est trop importante pour le pouvoir d’achat et pour la paix sociale, pour laisser les circuits dans cet état d’anarchie et d’opacité.

–00O00–

Ce qu’il faut retenir sur les importations d’ovins et de bovins destinés à l’abattage en 2023 et 2024:

-L’Etat a payé des subventions à raison de 500 DH par tête d’ovin: soit un total de 437 MDH. C’est le seul décaissement qui a été fait.

-Les importations ont été exonérées de TVA et de droits de douane. Ces droits de douane et cette TVA virtuels auraient été de 13 milliards de DH s’ils avaient été appliqués. Mais s’ils avaient été appliqués, les importations n’auraient tout simplement pas eu lieu.

>> Pour approfondir le sujet, nos précédentes révélations et analyses :

L’ONSSA dément les rumeurs sur la sécurité des viandes et la santé du cheptel national

L’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) a tenu à rassurer le public concernant la santé du cheptel national et la sécurité des produits d’origine animale. Dans un communiqué, l’ONSSA a souligné que la santé des animaux est scrupuleusement suivie tout au long de l’année par ses services vétérinaires, en collaboration avec les vétérinaires privés et les autorités locales.

Concernant les médicaments vétérinaires, leur prescription et leur utilisation sont strictement réservées aux vétérinaires, à la suite d’un diagnostic précis. De plus, les vaccins utilisés sont sans danger pour l’homme, l’animal et l’environnement. Les antibiotiques ne sont administrés qu’en cas de nécessité médicale, et non à des fins préventives.

L’ONSSA a également rappelé qu’un programme national de surveillance des résidus de médicaments, incluant les antibiotiques, est mis en place chaque année, garantissant l’absence de résidus dans la viande destinée à la consommation. Enfin, les animaux destinés à la consommation subissent un contrôle sanitaire quotidien dans les abattoirs sous la supervision des inspecteurs vétérinaires.

Le communiqué conclut en réfutant les rumeurs concernant la présence de substances dangereuses dans les viandes, précisant que la sécurité sanitaire des produits est assurée à toutes les étapes.

Flambée des prix, cheptel en crise : le sacrifice de Aïd Al Adha en question

Le cheptel marocain a perdu 30% de son effectif depuis le Covid et les sécheresses successives, apprend Médias24 auprès d’une source de haut niveau. Il s’agit d’une estimation considérée comme assez précise, en attendant le résultat final des recensements en cours dans les différentes régions.

Dans ces conditions, pratiquer à grande échelle le sacrifice rituel de Aïd Al Adha ne sera pas sans impact. Après un tel abattage qui touche en une journée quelques millions de têtes, le prix moyen de la viande pourrait atteindre 200 DH/kg, estime notre source. Tant que le cheptel n’est pas reconstitué, il n’y aura que des mesures transitoires, complexes, d’importation pour peser sur le prix de la viande sans toujours y arriver.

Aïd Al Adha se profile de surcroît dans un contexte économique difficile. La baisse du pouvoir d’achat et l’inflation pèsent lourdement sur les ménages. Le secteur de la viande rouge traverse une crise sans précédent qui se manifeste par la flambée des prix. Cette situation est due principalement à la baisse du cheptel national, lequel n’arrive pas à se reconstituer.

Un suicide pour le secteur des viandes rouges

Certains observateurs et citoyens plaident pour l’annulation du rituel du sacrifice cette année, en invoquant plusieurs arguments, dont le principal a trait à l’état du cheptel national. Déjà fragilisé, il pourrait être encore plus impacté par un abattage massif.

Malgré les nombreuses mesures adoptées par l’État, telles que l’importation de bétail vivant et de viande fraîche ainsi que l’exonération des droits de douane et de la TVA sur ces importations, les prix des viandes rouges restent élevés au Maroc.

Cette situation s’explique par les trois chocs auxquels fait face le secteur, à savoir celui de l’offre, celui de la demande et celui lié à Aïd Al Adha.

Le choc de l’offre se traduit par une baisse significative du cheptel national, surtout en ce qui concerne les ovins et les caprins, deux catégories dont une partie est annuellement préparée et destinée à l’abattage à l’occasion de ce sacrifice.

Cette fête vient ainsi consommer une part importante du cheptel, l’empêchant de se reproduire, et c’est là que réside le choc lié à l’Aïd. L’absence d’une reconstitution rapide menace la stabilité du marché de la viande rouge, accentuant la hausse des prix à long terme.

Chaque année, ce sont près de 5 millions de têtes qui sont abattues, prélevées sur le cheptel national malgré son état. Cette situation se poursuit depuis au moins trois ans, durant lesquels une partie du noyau reproducteur est retirée du cheptel, l’empêchant de se reconstituer.

Les analyses des différents acteurs interrogés par Médias24 s’accordent sur un point : « Célébrer l’Aïd cette année serait un suicide pour le secteur ». En effet, cette fête fragiliserait davantage un cheptel déjà éprouvé, maintenant les éleveurs dans un cercle vicieux et entraînant une nouvelle hausse des prix de la viande qui avoisinent actuellement 120 DH/kg pour les ovins au niveau du marché de gros de Casablanca.

La solution évoquée par Fouzi Lekjaa, ministre chargé du Bugdet, lors d’une rencontre avec les patrons de la CGEM, le 22 janvier dernier, est « d’arrêter la consommation ».

« La seule possibilité de reconstituer le cheptel, c’est d’arrêter la consommation », avait-il déclaré à cette occasion, « et donc de réduire ou d’arrêter l’abattage, surtout pour les brebis reproductrices ».

Impact sur les éleveurs et baisse du pouvoir d’achat

Par ailleurs, l’idée selon laquelle l’annulation du sacrifice serait un coup dur pour les éleveurs est à nuancer. Certes, il s’agit d’un événement important pour les agriculteurs, qui subissent une sixième année de sécheresse, puisqu’il représente leur principale source de subsistance et leur banque. Au moins 12 milliards de DH sont transférés à cette occasion du milieu urbain vers le milieu rural.

Cependant, il est important de reconnaître qu’en cas d’annulation de cette fête, la vente du cheptel ne serait pas arrêtée. Les éleveurs, au lieu de vendre des centaines de têtes en quelques jours, écouleraient leur bétail progressivement sur le marché. L’offre étant déjà déficitaire, ils ne seraient pas lésés. La demande est présente et l’offre insuffisante.

Le troisième argument en faveur d’un appel à ne pas pratiquer le sacrifice a trait à son coût élevé dans un contexte de crise économique. Toute décision de l’annuler ou de le maintenir est un arbitrage entre plusieurs contraintes. Mais au-delà de son aspect religieux, c’est un événement coûteux pour les Marocains, notamment les ménages précaires qui se trouvent dans l’impossibilité financière d’acheter un mouton en raison de la baisse de leur pouvoir d’achat.

En effet, depuis 2021, l’inflation cumulée a atteint environ 17%, alors que le salaire moyen du consommateur marocain tourne autour de 4.000 DH par mois. Il s’agit là du choc de la demande.

Les prix du cheptel ont légèrement baissé ces derniers jours grâce à l’importation de 106.000 têtes d’ovins depuis le début de l’année. Mais bien que les professionnels du secteur se montrent rassurants quant à la stabilité des prix à l’approche de Aïd Al Adha, la crainte d’une flambée reste présente chez les ménages. On l’avait d’ailleurs vécue l’année écoulée.

Les arguments en faveur du maintien du rituel du sacrifice

Malgré ces arguments, d’autres éléments plaident pour le maintien du rituel du sacrifice. Tout d’abord, l’abattage durant l’Aïd concerne principalement des mâles, dont l’élevage prolongé entraînerait des coûts supplémentaires pour les éleveurs et rendrait leur vente plus difficile hors de cette période spécifique.

En effet, il est très difficile de vendre des moutons préparés pour l’abattage durant l’Aïd, en dehors de cette période. Leur vieillissement implique des frais supplémentaires en termes d’alimentation notamment. D’autre part, le poids carcasse de ces moutons est généralement élevé, et aucun consommateur n’en voudra en dehors de l’Aïd.

Ainsi, les éleveurs, qui sont déjà en difficulté, pourraient faire face à des impayés et à des litiges judiciaires en cas d’annulation du rituel du sacrifice.

La décision de maintenir ou d’annuler le rituel du sacrifice repose donc sur un équilibre entre contraintes économiques et réalités sociales. Mais ce qui est sûr, c’est que l’annulation du rituel du sacrifice pourrait soulager de nombreux ménages en difficulté, alors que son maintien risquerait d’aggraver la situation des éleveurs et de perturber davantage le marché de la viande rouge.

Une opération de recensement du cheptel national a récemment été réalisée et ses résultats, attendus prochainement, devraient permettre de mieux comprendre la situation de l’offre pour l’Aïd. En attendant, les débats se poursuivent.

Il va sans dire que le sacrifice de Aïd Al Adha ne peut pas être annulé par une décision. Ce qui peut être fait, c’est un appel à s’abstenir de pratiquer ce rituel cette année.

Baisse des prix des moutons sur fond de rumeurs d’annulation du rituel du sacrifice de Aïd al-Adha

À l’approche de Aïd al-Adha, une rumeur sur une éventuelle annulation du rituel du sacrifice, en raison de la flambée des prix liée aux années consécutives de sécheresse, s’amplifie. En l’absence d’information officielle sur le sujet, cette rumeur impacte déjà les prix du cheptel.

La question a même été soulevée au Parlement par un député, sans toutefois recevoir de réponse de la part d’Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture.

La détente des prix nous a été confirmée par l’Association nationale des ovins et des caprins (ANOC).

Une baisse de 800 à 1.000 DH/tête

« Une détente des prix des têtes de cheptel est effectivement constatée depuis quinze jours dans les marchés de bétail, selon la remontée d’informations par les éleveurs adhérant à l’ANOC du Moyen Atlas, de l’Oriental et des grands bassins de production des cheptels ovin et caprin. La baisse est de l’ordre de 800 à 1.000 DH/tête« , explique à Médias24 Saïd Chatibi, directeur général de l’ANOC.

Les rumeurs d’une éventuelle annulation du rituel du sacrifice inquiètent en effet les éleveurs, précise-t-il. « Pour éviter et minimiser les pertes potentielles, ils se sont donc résolus à la vente à des prix bas. Mais la détente des prix peut être également expliquée par la faible demande de viande ovine, généralement en hiver. Les Marocains préfèrent en effet la viande bovine pendant la saison hivernale. La viande ovine, elle, étant plutôt consommée à partir du mois de mai, période idoine pour les cérémonies et les festins ».

Répercussion sur les prix de la viande dans les prochains jours

La baisse observée va-t-elle durer ? « C’est difficile à prédire, car le marché est très fluctuant. Mais nous estimons que les prix actuels se stabiliseront peut-être jusqu’à l’approche de Aïd al-Adha« , nous répond Saïd Chatibi.

Les récentes pluies et chutes de neige, synonymes de disponibilité des pâturages, pourraient même accentuer davantage la baisse des prix constatée, selon notre interlocuteur. « La baisse des prix de l’alimentation du bétail induit automatiquement la détente des prix, laquelle détente tirera à la baisse les prix de vente de la viande au détail« , précise ce dernier.

« Certes, cette baisse n’a toujours pas été ressentie dans les boucheries. Mais il faut se rappeler qu’il existe systématiquement un décalage entre les prix dans les marchés de bétail et les prix de vente au détail. En principe, la détente des prix des têtes de cheptel devrait se répercuter dans les jours à venir sur le marché de la viande », conclut-il.

Reportage. À Berrechid, les agriculteurs s’adaptent tant bien que mal à la sécheresse

Nous sommes le dimanche 20 janvier. L’allure de la fine couche de nuages qui recouvre le ciel ne laisse aucune place au doute dans l’esprit de Othmane, agriculteur à Ouled Zidane : « Il ne risque pas de pleuvoir aujourd’hui », soupire-t-il avec résignation, tout en augmentant la puissance de la pompe qui aspire l’eau de la nappe pour la rejeter dans un bassin d’irrigation.

Dans cette commune rurale située à une vingtaine de kilomètres à l’est de Berrechid, où se succèdent cultures céréalières et maraîchères, les six années de sécheresse consécutives ont particulièrement éprouvé le moral et les comptes en banque des cultivateurs. Ici, la fertilité de la terre est aléatoire, mais la pénurie d’eau est constante.

 

 

La preuve: les multiples terrains non labourés dont la terre se craquelle sous l’effet d’un soleil blanc d’hiver. De plus en plus d’agriculteurs renoncent à cultiver leurs champs, faute de moyens. Ils préfèrent ne pas gagner d’argent plutôt que de prendre le risque d’en perdre.

 

 

Alors que la pluie se fait rare et que la nappe phréatique s’épuise, l’activité agricole est désormais accompagnée d’une grande incertitude. « Depuis quelques années, nous avons l’impression de jouer à un jeu de hasard. On ne sait jamais si l’on va gagner ou perdre de l’argent au moment des récoltes », déplore Othmane. 

Pour réduire la part de risques, « certains agriculteurs ont troqué les cultures céréalières pour le maraîchage. Tandis que d’autres ont réduit les superficies cultivées », nous explique Mohamed, agriculteur de père en fils. Il n’est pas le seul à trouver un semblant de stabilité sous ses pieds, là où se trouvent des réserves hydriques dont l’accessibilité se complique d’année en année.  

Depuis quelques années, nous avons l’impression de jouer à un jeu de hasard

En l’absence de précipitations régulières et suffisantes, l’extraction de l’eau à partir de l’aquifère de Berrechid s’impose comme le dernier rempart contre la sécheresse, afin de préserver les récoltes et nourrir les ambitions des agriculteurs. Une pratique qui ne date pas d’hier, mais qui s’est intensifiée ces dernières années.

Bien qu’efficace à court terme, la durabilité du pompage de l’eau à partir des puits est largement remise en question, d’autant qu’elle accélère l’épuisement des réserves d’eaux souterraines, aggrave leur pollution et la salinité des sols, tout en perturbant le cycle naturel de croissance des plantes.

Des cultures en grand danger, accès inégal à l’eau

De part et d’autre d’une route provinciale à l’asphalte malmenée par le va-et-vient des camions et des machines agricoles, la différence entre les parcelles céréalières irriguées et non irriguées est saisissante. Dans un cas, le blé est verdoyant et vigoureux, affichant une croissance prometteuse.

 

Un champ de céréales irrigué

Dans l’autre, le développement des plantes se limite à de jeunes pousses clairsemées, à peine sorties de terre et déjà marquées par la sécheresse. À l’évidence, la campagne céréalière semble compromise pour les superficies en bour. Un contraste qui illustre autant la pénurie d’eau que l’accès inégal à cette ressource aussi rare que précieuse.

 

Un champ de céréales non irrigué

Le temps où le climat était favorable aux cultures pluviales semble révolu. En longeant une allée en terre rouge, bordée par des oliviers asséchés, on retrouve Othmane et ses associés, qui s’activent à enlever quelques mauvaises herbes au milieu d’un champ de petits pois.

« Depuis 2017, la situation a complètement changé. Dans cette zone, nous avons toujours eu de bonnes récoltes même en bour. Désormais, il faut irriguer les cultures afin de pouvoir assurer un rendement modeste. Cela entraîne des dépenses importantes », souffle Othmane.

Le niveau de la nappe ne cesse de baisser. Désormais, il faut pomper l’eau à plus de 100 mètres, contre une quarantaine il y a quelques dizaines années

« Nous avions l’habitude de planter les petits pois en bour, et comme disaient nos ancêtres, ils assuraient leur croissance en toute autonomie. De nos jours, il faut irriguer, traiter contre les maladies et fournir suffisamment d’engrais pour que les petits pois puissent compléter leur cycle de croissance », explique-t-il.

 

Un champ de petits pois irrigué

Autant de changements qui modifient non seulement l’atmosphère sonore, mais aussi l’odeur des champs, désormais empreints de gaz. D’ailleurs, le son des bourrasques qui balayent une zone ouverte aux vents est couvert par le bourdonnement ininterrompu du moteur de la pompe qui permet de faire remonter l’eau à partir d’un puits situé à près d’un kilomètre en amont du champ.

 

Le moteur utilisé pour pomper l’eau à partir de la nappe produit un bruit assourdissant

Le bruit assourdissant rythme le quotidien des agriculteurs, aussi bien de jour que de nuit. À tel point qu’ils ne s’en rendent compte que lorsque les pompes sont à l’arrêt. L’eau est stockée dans un bassin d’irrigation d’un peu plus de 1.200 m³, entouré de digues recouvertes de plastique. À lui seul, le bassin nécessite un investissement d’environ 30.000 dirhams.

 

Un bassin d’irrigation pour stocker l’eau de la nappe
Des dizaines de bouteilles de gaz sont entassées près du bassin d’irrigation.

Les dizaines de bouteilles de gaz butane entreposées à quelques mètres expliquent l’origine de l’odeur de gaz qui imprègne les lieux. Une installation indispensable mais qui n’offre pas une assurance tout risque. « Le niveau de la nappe ne cesse de baisser. Désormais, il faut pomper l’eau à plus de 100 mètres, contre une quarantaine il y a quelques dizaines d’années. Mais nous n’avons aucune garantie que le puits ne va pas s’assécher pendant le cycle de croissance », se plaint Othmane. 

L’inexorable recul des eaux souterraines

À l’imprévisibilité liée à la pluviométrie s’ajoute donc celle relative aux réserves d’eaux souterraines, qui poursuivent leur inexorable recul. L’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia (ABHBC) a récemment mesuré le niveau piézométrique de la nappe de Berrechid entre 100 m et 120 m par rapport à la surface.

Depuis les années 1980, « plus de 50% des réserves de la nappe ont été épuisées », déplore la même source. Sur les vingt dernières années, la moyenne du déficit du bilan hydrique de la nappe est de 30 millions de m³/an. Désormais, il faut creuser au moins 100 m pour atteindre la ressource, contre 30 m à 40 m au milieu des années 1980, selon l’ABHBC.

 

Des bornes sont installées dans les champs pour irriguer les cultures à travers le système de goutte-à-goutte.
Un système d’irrigation goutte-à-goutte traversant un champ de betteraves.

Et la tendance n’est pas prête de s’inverser. En dépit de la généralisation des techniques d’irrigation économe en eau, à l’instar du goutte-à-goutte, lors de la saison hydrologique 2023-2024, la nappe de Berrechid a perdu environ 6 mètres, assure le ministère de l’Equipement et de l’eau.

Subventionnées, les butanes de gaz représentent la principale source d’énergie en vue d’extraire l’eau des entrailles de la terre. « On ne peut pas compter sur l’énergie solaire. C’est une solution utile dans le cas des arbres fruitiers, qui ne nécessitent pas une irrigation régulière. Mais lorsqu’il s’agit des petits pois ou de la betterave, c’est une autre histoire », assure Othmane.

 

« Ces cultures ont besoin d’être irriguées non seulement le jour, mais également la nuit, surtout lorsqu’il fait chaud », reprend-il. « C’est la raison pour laquelle nous avons opté pour les bouteilles de gaz afin de faire tourner le moteur de la pompe ». Or, la consommation d’énergie augmente à mesure que le niveau piézométrique de la nappe baisse.

« Nous sommes passés de 6 bouteilles de butane par jour à une dizaine, car on doit pomper l’eau encore plus profondément qu’auparavant. Cette hausse équivaut à une centaine de dirhams par jour. C’est quasiment le salaire journalier d’un travailleur agricole dont on doit se passer par manque de moyens financiers », assure notre interlocuteur. Une réalité économique qui l’oblige à mettre la main à la pâte pour ne pas réduire sa marge bénéficiaire. 

La salinité des eaux de la nappe impacte le cycle de croissance des plantes

L’eau de la nappe enlève une épine du pied des agriculteurs. Mais leur surexploitation comporte néanmoins plusieurs inconvénients. Au-delà de l’évaporation des eaux stockées dans les bassins, c’est l’augmentation de leur salinité qui est préoccupante. Un phénomène illustré par les tâches blanches qui maculent les terres ocres cultivées.

 

Mélangé aux engrais sur cette image, le sel est devenu très présent sur le sol.

En effet, lorsque cette eau salée est utilisée pour irriguer, elle s’infiltre dans les sols, y laissant des dépôts de sel, qui finissent par ruisseler à leur tour dans la nappe. Un cercle vicieux qui, avec le temps, nuit à la croissance des plantes et réduit leur fertilité. « L’eau est de moins en moins pure. Son taux de salinité a augmenté, ce qui a pour conséquence de baisser le rendement des cultures et surtout de prolonger leur cycle de production, avec tous les frais supplémentaires qu’implique cette situation », constate Mohamed.

« Les petits pois ont l’habitude d’entrer en production soixante jours après avoir été plantés. Mais à cause de la salinité, ils n’entrent en production qu’à partir de 80 jours. Il n’y a pas mieux que l’eau de pluie. Mais elle n’est malheureusement pas disponible sur demande », regrette Othmane.

Le cheptel sacrifié par manque de moyens financiers

L’eau est plus que jamais le nerf de la guerre en agriculture. Sa disponibilité détermine non seulement la qualité des récoltes, mais aussi leur valeur sur le marché. « Je vous conseille d’irriguer légèrement la surface du sol. Après des précipitations, si le sol est très sec, il peut se fissurer, ce qui compromettrait une bonne irrigation », explique à deux agriculteurs un homme qui venait de se garer à la lisière d’un champ de betteraves.

Son métier ? Acheter les récoltes de plusieurs exploitants avant même qu’elles n’atteignent leur maturité. « Si le prix est satisfaisant, on est prêts à vendre », confie le duo d’agriculteurs ayant préféré garder l’anonymat. « C’est une manière d’assurer nos arrières en cas de problème d’ici au mois d’avril, quand la betterave arrivera à maturité », ajoutent-ils.

Surtout qu’avec les caprices du climat, il faut surveiller les cultures comme le lait sur le feu. « Il y a quelques semaines, il y a eu de brefs et forts orages accompagnés de grêle. Je craignais d’avoir tout perdu tellement le phénomène météorologique était intense », se souvient l’un d’entre eux.

 

Un champ de betterave alimentaire qui entrera en production à partir du mois d’avril.

Mais si l’acheteur propose d’acquérir la récolte à un prix réduit en contrepartie de certaines charges prises en main, comme les engrais, « l’irrigation reste à notre charge », précisent nos interlocuteurs. Cette fois, aucun accord n’a été conclu, mais le potentiel acheteur reste optimiste : « Je reviendrai dans une dizaine de jours avec une proposition », lance-t-il aux deux hommes avant de s’éclipser.

Interaction sociales

Au-delà des considérations financières, la pénurie d’eau influence également les interactions sociales. En témoigne Mohamed. Le puits qu’il possède sur ses terres attire les convoitises et donne lieu à des arrangements dont il ne sort pas toujours gagnant. « L’année dernière, mon voisin m’a demandé d’irriguer ses céréales et de garder en contrepartie la moitié de la récolte. Mais au bout du compte, je ne suis pas rentré dans mes frais car les rendements étaient largement en dessous des attentes. Et le propriétaire de la terre n’a pas voulu compenser ces pertes. Je ne risque pas de refaire ce genre d’arrangement », promet-il, un brin agacé.

Les gens ne souhaitent plus posséder de bétail car les aliments sont devenus trop chers

Mohamed ne risque pas non plus d’augmenter l’effectif de ses troupeaux, qui a considérablement diminué ces deux dernières années. Et pour cause, les conséquences des difficultés financières des agriculteurs sont souvent portées par les animaux. « Les gens ne souhaitent plus posséder de bêtes car les aliments sont devenus trop chers”, souligne-t-il, en dépit de la distribution d’orges subventionnées par le ministère de l’Agriculture. 

« Moi non plus, je n’ai pas envie de perdre de l’argent », reprend-il. « Je ne fais pas l’agriculture uniquement par passion. C’est mon métier et j’ai une famille à nourrir. Alors lorsque la balance entre ce que je dépense et ce que me fait gagner le cheptel est devenue déficitaire, j’ai décidé de vendre la majorité de mon bétail, comme plusieurs autres agriculteurs. Et je pense aussi à vendre le peu de têtes qui me reste ». 

Mohamed n’est pas un agriculteur excentrique qui fait exception. Tout au long de la journée, nous avons visité ce bassin agricole à plusieurs endroits. Pas une vache à l’horizon. Nous n’avons croisé qu’un seul berger qui accompagnait une dizaine de bêtes à la recherche d’un peu d’herbe. 

Une denrée aussi rare sur les terres que les nimbostratus dans le ciel. Vous savez, ces nuages épais et gris, qui produisent des précipitations continues. Ces nuages que les agriculteurs de Berrechid attendent fébrilement mais qu’ils n’ont plus vus depuis quasiment trois mois.

Le recensement du cheptel est terminé, les chiffres bientôt dévoilés

Cette opération a concerné toutes les communes, préfectures, provinces et douars du Royaume, avec pour objectif de déterminer le nombre de têtes dans le Royaume, notamment celles qui seront dédiées à l’abattage pour Aïd al-Adha.

Les chiffres définitifs devraient être annoncés durant le mois en cours, selon notre source. Ils aideront ainsi le ministère de l’Agriculture dans la prise de décision, notamment à l’approche du mois de Ramadan.

Cette opération pourra éventuellement donner lieu à de nouvelles mesures pour équilibrer le secteur des viandes rouges.

Rappelons que le cheptel national est en déclin depuis quelques années, en raison de la succession des années de sécheresse, de la crise du Covid et de l’inflation qu’a connue le Royaume.

Ce manque de visibilité rend parfois difficile la prise de décision et, de ce fait, certaines mesures n’atteignent pas les objectifs escomptés.

Cette opération a été chapeautée par l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC) et a connu la participation de toutes les Directions provinciales de l’agriculture ainsi que de l’Office national du conseil agricole (ONCA) et de plusieurs autres organismes concernés.

> LIRE AUSSI

https://medias24.com/2024/11/25/demarrage-imminent-du-recensement-du-cheptel-national/

Les températures caniculaires et l’absence de pluies provoquent inquiétude et attentisme

Ce jeudi 28 novembre 2024, il a fait 32 degrés à Casablanca. Depuis au moins une semaine, la température dans la métropole atteint quotidiennement des pics de 29 ou 30 degrés.

Le réchauffement climatique s’installe donc et avec lui, une inquiétude certaine. « La situation est grave. Je suis très inquiet », nous disent une partie des spécialistes que nous avons contactés.

En fait, la situation n’est pas uniforme dans tout le pays.

A Meknès, le Pr Errahj, enseignant à l’Ecole nationale d’Agriculture, témoigne: « dans cette zone, il n’y a pas de stress pluviométrique. Les températures ne sont pas trop hautes et on constate la présence d’un petit couvert végétal ». C’est qu’il avait déjà plu en quantité non négligeable.

A Imlil, dans le Haut-Atlas, les quantités d’eau ont « un peu baissé car il n’a pas neigé depuis quelques années », mais le moral est bon, car les populations qui vivent de tourisme et de plantations fruitières (cerisiers, pommiers…), arrivent à irriguer, témoigne Mohamed Mahdi, le sociologue du monde rural qui s’y trouvait il y a une semaine.

 

 

Les échos sont néanmoins globalement préoccupants. L’inquiétude porte sur le devenir de cette année agricole, mais également sur l’avenir de la situation hydrique au Maroc et à l’absence d’une bonne communication des pouvoirs publics quant à leur plan d’avenir. Les informations restent en effet fragmentées.

Le réchauffement climatique impacte directement l’agriculture et l’élevage. Et peut impacter l’eau potable, ce qui heureusement n’est pas le cas au Maroc.

En affectant l’agriculture et l’élevage, il peut faire des ravages dans le monde rural ainsi que dans les villes par effet domino. La situation actuelle était prévue. Elle semble toutefois s’être installée brutalement et intensément.

Le Pr Larbi Zagdouni, ago-économiste, spécialisé dans le monde rural, ne mâche pas ses mots: « C’est une gangrène. Le changement climatique dévaste tout, même les plantations fruitières et l’élevage. Seule l’agriculture saisonnière peut être épargnée. Il décime donc le capital productif. C’est une catastrophe كارثة ».

Le Pr Tahar Srairi, enseignant chercheur à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II (IAV), se trouve face à un dilemme devant ses étudiants: « je me demande si je dois enseigner au passé », tellement le réchauffement climatique semble bien installé et durable. Il avoue que chez lui, « l’inquiétude est absolue, et je pèse mes mots. La situation est très inquiétante et ceci sans dramatriser. Elle confirme ce qui nous attend au cours des prochaines années ».

C’est une gangrène. Le changement climatique dévaste tout, même les plantations fruitières et l’élevage. Seule l’agriculture saisonnière peut être épargnée

Tahar Srairi rappelle que 4 millions de personnes vivent de l’agriculture. Larbi Zagdouni cite les pertes d’emplois dans le monde rural (1,2 million en 6 ans). Tahar Srairi pose LA question : quel est le plan B? Où est-il? Quelle est l’alternative? ».

Les besoins marocains en eau potable sont seulement de 1,7 milliard de m3 par an. Ceux de l’agriculture sont de 14 milliards de m3.

A titre d’information, et pour ce qui concerne l’actuelle saison agricole 2024-25, il prévient que le point de non-retour, c’est fin décembre. « S’il ne pleut pas d’ici là, nous subirons une année blanche ».

Où va le Maroc?

Larbi Zagdouni estime que l’on ne parle pas assez d’un secteur sinistré, l’élevage. Il trouve la crise des viandes rouges incompréhensible et inexplicable si l’on s’en tient uniquement aux chiffres officiels. En effet, lors des cycles précédents de sécheresse, comme celui de 1981-1985, les prix de la viande se sont effondrés, car les bêtes sont sacrifiées ou bradées. Là, c’est le contraire qui se passe: les prix ne cessent d’augmenter, atteignant des pics jamais connus auparavant. « Si l’autorité gouvernementale estime que le cheptel est suffisant, pourquoi importe-t-on de la viande fraîche ou congelée? ». Il dit son incompréhension totale devant la décision de confier une enquête sur le cheptel à l’ANOC, une association professionnelle, comme si le ministère se défaussait sur les professionnels ou se reposait sur eux, alors que c’est une affaire de spécialistes et de services comme ceux de l’ONSSA ou de la Direction des statistiques du ministère de l’Agriculture.

Larbi Zagdouni évoque une « sahélisation » de l’Afrique du Nord. Il estime que le dessalement ne remplacera jamais les apports d’eau conventionnels en forte baisse. Il attire l’attention sur l’hémorragie actuelle dans la catégorie des petits éleveurs. L’agriculture actuelle, impactée par la pénurie d’eau, ne peut plus faire vivre les 13 millions de personnes qui habitent la campagne. Il appelle le ministère de l’Agriculture à publier les chiffres exacts du cheptel ainsi que celui des destructions (arrachages, dessèchement) des arbres fruitiers. « Les solutions à cette situation se trouvent en dehors de l’agriculture », conclut-il.

Les solutions sont en dehors de l’agriculture

Mostafa Errahj va dans le même sens. « La question agricole ne se pose pas en tant que problématique agro-agricole ».  « Nous disposons de nombreux instruments d’incitation à la production, et peu d’incitations à la consommation intelligente », déplore-t-il. Le système agricole favorisait le moins-disant, « or, le moins-disant sera toujours celui qui effectue de l’exploitation intensive, jamais le paysan de Berrechid ne pourra le concurrencer, il sera toujours le moins cher ».

« A côté de la maîtrise de l’eau, du bon choix des variétés, il y a d’autres instruments à actionner ». Il préconise des systèmes territorialisés. Il cite l’exemple de l’AMAP, l’Association pour le maintien d’une agriculture paysanne, qui conclut des contrats avec des producteurs agro-écologistes avec mise en place d’un système de pré-financement par les consommateurs.

Nous disposons de nombreux instruments d’incitation à la production, et peu d’incitations à la consommation intelligente

En conclusion, la situation actuelle est préoccupante. Les solutions qui sont agitées telles que le dessalement ne sont pas jugées suffisantes pour remplacer les apports en eaux conventionnelles. Des chercheurs mais aussi des citoyens sont dans le flou et n’ont pas de visibilité quant à un éventuel plan B, ou plan de rattrapage.

Voici les nouveaux quotas d’importation de viandes rouges

Le projet de décret n° 2.24.1050 fait suite aux mesures adoptées l’année dernière et reconduites cette année consistant à suspendre les droits de douane et la taxe sur la valeur ajoutée appliqués aux bovins domestiques dans le cadre de quotas spécifiques de 120.000 têtes.

« Étant donné que ce quota n’est aujourd’hui plus suffisant pour couvrir la demande, il est proposé d’augmenter cette limite à 150.000 têtes« , précise-t-on dans le texte du projet de décret.

Pour ce qui est du projet de décret n° 2.24.962, le gouvernement propose « la suspension des droits d’importation des viandes de bœuf, d’agneau, de chèvre et de chameau dans une limite de 20.000 tonnes, jusqu’au 31 décembre 2024″.

L’objectif principal de ces deux mesures est de garantir un approvisionnement suffisant du marché local, tout en préservant les intérêts des producteurs nationaux.

Importation de viandes rouges prêtes à la consommation : le cahier des charges publié

Pour faire face à la crise actuelle dans le secteur, le gouvernement a décidé en octobre dernier d‘autoriser les importations, pour une durée limitée, de viandes rouges fraîches prêtes à la consommation.

Pour encadrer cette opération, un cahier des charges a été récemment publié par le ministère de l’Agriculture. Un document qui fixe notamment les normes techniques à respecter et les procédures d’importation.

Race, sexe, identification et abattage

Ce texte explique que « dans le cadre de la conjoncture actuelle qui se caractérise par une sécheresse sévère ayant un impact direct sur le cheptel national, le Maroc a décidé d’ouvrir l’importation des viandes bovines, ovines, caprines et camelines, ainsi que les abats, pour assurer l’approvisionnement du marché national en viandes rouges et stabiliser leurs prix« .

Ces viandes et abats doivent, selon les dispositions dudit document, provenir de pays ouverts à l’importation, conformément à la réglementation en vigueur, et doivent répondre aux normes techniques suivantes :

– être issus de bovins, camelins, ovins, et caprins mixtes (lait et viande) ou de croisements entre les races à viande entre elles et entre les races à viande et les races mixtes ;

– mâles et femelles ;

– être issus d’animaux identifiés conformément à la réglementation en vigueur du pays d’origine ;

– provenir d’animaux ayant été abattus dans un abattoir agréé et selon le rituel islamique halal ;

– être présentés en carcasse entière, en demi-carcasse, en quart de carcasse, ou encore en unité de vente pour les viandes rouges. Les abats incluent le foie, le cœur, les rognons, la langue, le ris, la rate, la tête, les pieds, les tripes et la queue ;

– viandes et abats frais, réfrigérés ou congelés ;

– provenir d’abattoirs et/ou d’unités de découpe agréés sur le plan sanitaire au niveau du pays d’origine.

Quid des importateurs éligibles ?

Selon ledit cahier des charges, les importateurs éligibles sont les suivants :

– les abattoirs de viandes rouges agréés par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) ;

– les unités de découpe de viandes rouges agréées par l’ONSSA et équipées en entrepôts ou sous-traitant l’activité d’entreposage avec un entrepôt agréé par l’ONSSA ;

– les chevillards (disposant d’un ICE) exerçant dans les abattoirs agréés par l’ONSSA ;

– les personnes morales disposant d’un entrepôt agréé par l’ONSSA ou sous-traitant l’activité d’entreposage avec un entrepôt agréé ou abattoir agréé.

Ces derniers sont tenus de déposer leurs dossiers d’importation auprès de la Direction de développement des filières de production (DDFP) du ministère de l’Agriculture.

Les différentes procédures d’importation

Pour la première opération d’importation, les professionnels désirant importer les viandes et abats doivent déposer auprès de la DDFP une demande d’importation de viandes rouges, dont le dossier se constitue des pièces suivantes :

– une demande d’importation ;

– un engagement d’importation ;

– une copie du statut de la société ou du registre de commerce ou de l’ICE ;

– une copie de l’agrément de l’abattoir/unité frigorifique/entrepôt ;

– une attestation d’entreposage délivrée par le responsable de l’entrepôt sous-traitant l’activité d’entreposage ;

– une fiche technique relative à la capacité de stockage et la logistique d’entreposage, de transport frigorifique et de distribution des viandes rouges fraiches et congelées.

Après examen du dossier de la demande, la DDFP délivre une attestation d’éligibilité d’importation, qui fixe la quantité de viande à importer par acteur.

Pour la seconde demande d’importation, le dossier d’importation compte les pièces suivantes :

– une demande d’importation ;

– un engagement de l’importateur ;

– une copie des documents de l’opération d’importation précédente ;

– une copie du registre de suivi des viandes importées.

Les importateurs sont par ailleurs tenus de disposer d’un registre de traçabilité des viandes importées. En cas de non-respect par l’importateur des dispositions de ce cahier des charges, les approbations d’importation ne seront pas renouvelées. Le gouvernement, lui, appliquera en plus le plein tarif douanier à l’importation.

Notons que, selon nos informations, les viandes importées ont commencé à arriver au Maroc depuis le 11 novembre 2024. Cette opération « restera en vigueur aussi longtemps que possible, le temps de reconstituer le cheptel et à revenir à des niveaux d’approvisionnement normaux par la production nationale », d’après nos sources.