Béni Mellal : Africtra construira une fourrière pour chiens et chats errants

La fourrière a été commandée par le groupement des communes de Béni Mellal pour la gestion du service d’hygiène. Cette initiative fait partie d’un programme national visant à lutter contre le phénomène des animaux errants, les chiens notamment.

Parmi les mesures phares de ce programme, comme nous le révélait dans un précédent article Mohammed Roudani, chef de la Division de l’hygiène et des espaces verts à la Direction des services publics locaux du ministère de l’Intérieur, figure l’accompagnement des collectivités pour la construction et l’équipement des dispensaires animaliers qui disposent de salles opératoires pour la stérilisation des chiens errants (Rabat, Salé, Témara, Kénitra, Casablanca, Oujda, Tanger, Marrakech, Agadir, Oued Eddahab, Béni Mellal, Khémisset, Ifrane, Sidi Slimane, Ouezzane…).

Chiens errants : un projet de loi pour concilier sécurité publique et santé animale

Enfin un cadre juridique pour les animaux errants ! Selon les informations recueillies par Médias24 auprès du ministère de l’Intérieur, un projet de loi est en cours de préparation par ce département. Ce texte concerne les animaux errants ou en état de divagation, toutes espèces confondues et particulièrement les chiens.

Il a pour objectif d’établir un cadre clair de responsabilités pour tous les acteurs concernés, de protéger la sécurité publique tout en respectant le bien-être animal, d’imposer aux propriétaires l’obligation d’identifier, de surveiller et de prendre soin de leurs animaux afin de prévenir l’errance, de protéger les animaux capturés contre les mauvais traitements et de leur éviter des souffrances.

Il convient de préciser que, depuis plusieurs mois, des médias étrangers accusent le Maroc de mener une campagne d’abattage de chiens errants en amont de la Coupe du monde 2030. Le 27 février, la Fondation Brigitte Bardot a lancé une pétition en ligne dénonçant un « massacre de 3 millions de chiens » et appelant à y mettre un terme.

Quelques jours plus tôt, le ministère de l’Intérieur avait pourtant démenti l’existence de toute campagne d’abattage. Un démenti qui n’a pas suffi à apaiser les tensions. Des sit-in ont été organisés aussi bien au Maroc qu’en France, exigeant l’arrêt de cette pratique et la mise en place de solutions éthiques pour « sauver les chiens errants ».

Les images d’abattage de chiens errants circulent depuis des années sur les réseaux sociaux, et la situation est bien connue de tous. Même le dispensaire animalier « opérationnel » (sis à El Arjat près de Salé) a fait l’objet d’un scandale après la diffusion d’images choquantes, en 2023, mettant en lumière des actes de maltraitance à l’intérieur de cet établissement.

Dans ce contexte, l’élaboration d’un projet de loi qui place enfin le bien-être animal au cœur des priorités apparaît comme une véritable avancée, voire une révolution.

Coordination et partenariat

Ce texte vient compléter un dispositif juridique jusque-là principalement axé sur la protection des personnes contre les chiens, sans véritablement prendre en compte la protection des animaux eux-mêmes. En juin 2018, un projet de décret a été adopté en Conseil de gouvernement. Il interdit la détention de certaines races de chiens dangereux, conformément à l’article 2 de la loi 56.12, adoptée en 2013, qui, elle, porte sur la prévention et la protection des personnes contre les dangers des chiens.

Le projet de loi qui est actuellement en cours de préparation a, lui, pour objectif de s’intéresser au bien-être animal. Il prévoit même de déterminer les conditions de restitution des animaux capturés à leurs propriétaires et les exigences requises pour pratiquer l’euthanasie sur un animal malade ou en état de souffrance intense.

Outre la préparation de ce texte, le ministère de l’Intérieur mobilise des ressources conséquentes, apprend Médias24 de sources informées, pour résoudre cette problématique, notamment en prévoyant des actions préventives, en mettant en place des infrastructures dédiées et en assurant une large sensibilisation publique.

Dans ce sens et pour mener à bien ce projet, il est prévu d’assurer une coordination interministérielle renforcée avec les acteurs institutionnels nationaux compétents. Il s’agit des départements de la Santé et de l’Agriculture, ainsi que de l’ONSSA.

Sont également concernés les professionnels de la société civile et les acteurs internationaux concernés par cette problématique, avec qui le ministère de l’Intérieur prévoit de mettre en place un engagement de partenariat. Il s’agit notamment de l’Organisation mondiale de la santé animale ou encore de l’Organisation mondiale de la santé de l’Institut Pasteur-Paris.

Ces approches fondées sur le partenariat et la coordination permettront de dépasser les méthodes controversées, au profit de pratiques plus éthiques et durables, telles que le TNVR (Trap-Neuter-Vaccinate-Return/en français : Capturer-Stériliser-Vacciner-Relâcher) ou la vaccination par voie orale.

Par ailleurs, et selon les mêmes sources, le ministère de l’Intérieur prévoit de consacrer « un budget exceptionnel » dédié à cette cause au profit des communes pour assurer une couverture optimale du territoire en bureaux communaux d’hygiène (BCH) et en dispensaires animaliers aptes à l’accueil des animaux dans des conditions permettant de veiller à leur bien-être et à leur santé.

Médias24 apprend également que des actions ont été entreprises pour le renforcement des compétences des professionnels des BCH et le développement de la recherche scientifique en partenariat avec l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II (IAV), pour l’exploitation de nouvelles méthodes prometteuses, dans le cadre d’un projet intégré de lutte contre la rage et l’hydatidose au niveau de la région de Rabat-Salé-Kénitra (zone pilote).

Il est également prévu de cibler les « causes profondes et indirectes » du phénomène de prolifération des chiens et chats errants, en intervenant en particulier au niveau de l’amélioration de la collecte des déchets ménagers et de la mise à niveau des décharges publiques, des abattoirs, des marchés de gros et des souks hebdomadaires qui constituent les principaux points d’attraction et de subsistance pour ces animaux en difficulté.

À travers ce projet de loi et ces mécanismes, le ministère de l’Intérieur se mobilise pour s’attaquer durablement à cette problématique, à travers une approche conciliant enjeux de sécurité publique, de santé collective et surtout de respect de la santé animale.

Un tournant pour le sort des chiens errants ?

La mise en place d’un tel projet permettra de mettre un terme à la souffrance infligée à ces animaux, souvent condamnés à l’abattage. Une solution ignoble, justifiée par le danger que représentent ces chiens errants. Certes, des cas d’attaques de chiens errants ont été signalés à plusieurs reprises, mais ces incidents ne sont-ils pas justement le fruit d’un manque de prise en charge adéquate ? S’ils avaient été stérilisés et vaccinés avant d’être relâchés, nombre de ces situations auraient pu être évitées.

Dans un précédent entretien accordé à Médias24, Mohammed Roudani, chef de la division de l’hygiène et des espaces verts à la Direction des services publics locaux du ministère de l’Intérieur, a indiqué que « l’absence de refuges animaliers au sein des communes contribue à l’ampleur du problème ».

Selon lui, « le seul dispensaire animalier opérationnel est celui de Rabat, tandis que les autres refuges ou dispensaires animaliers, comme ceux de Casablanca, Tanger, Agadir, Marrakech, Oujda et Ifrane, sont en cours de construction ». Ces propos datent d’août 2024.

Mais encore faut-il que ces dispensaires fonctionnent dans le respect de la santé animale. En 2023, la diffusion d’images choquantes de chiens morts, abandonnés au dispensaire animalier d’El Arjat, avait provoqué une vague d’indignation. Les autorités avaient réagi en urgence pour éteindre l’incendie médiatique. Cette médiatisation a, en quelque sorte, sauvé les chiens de ce refuge.

Aujourd’hui encore, seule la société civile, à travers des associations qui survivent grâce aux dons, tente de pallier cette carence. Quelques chiens sont sauvés, mais beaucoup restent durablement en refuge, marginalisés, car perçus comme de simples « chiens des rues ». Espérons donc que ce sera bientôt la fin de leur calvaire.

Citoyen victime de chiens errants : la commune d’Agadir condamnée

Attaqué par des chiens errants à Agadir, un citoyen obtient un dédommagement suite à la condamnation du conseil communal, déclaré responsable par la justice

Cette décision a été rendue le 17 décembre par la Cour d’appel administrative de Marrakech, confirmant un jugement de première instance datant de juillet 2023. Le demandeur a obtenu une indemnisation de 50 000 DH.

L’intéressé avait déposé un recours après être tombé de sa moto de service à la suite d’une attaque de chiens. Victime d’une fracture à la main, il avait saisi le tribunal administratif pour engager la responsabilité de la commune et réclamer réparation.

Statuant sur la requête, le tribunal a conclu que l’accident était dû, d’une part, à « l’attaque de chiens », mais aussi à l’état déplorable de la route et à un « éclairage quasi inexistant », selon le jugement de première instance, dont Médias24 détient une copie.

Les juges reprochent à la commune sa « négligence dans la collecte des chiens errants et dans la prise de mesures pour prévenir ce type d’accidents », mais également dans l’entretien de la voie publique. Ce manquement a permis d’établir un « lien de causalité » entre le préjudice subi par la victime et la faute administrative du conseil communal, dont la « responsabilité est avérée », selon le jugement.

Chiens errants. 80 MDH pour la construction et l’équipement de dispensaires animaliers

Dans un contexte où la prolifération des chiens errants pose des enjeux sanitaires, sociaux, et d’image pour le pays, le ministère de l’Intérieur a mis en place une stratégie multidimensionnelle. Cette approche intègre à la fois des mesures d’infrastructure, des mécanismes de financement et des réformes juridiques, visant à contenir et gérer ce phénomène de manière durable.

Afin de mieux comprendre les initiatives en cours et les défis rencontrés, Médias24 s’est entretenu avec Mohammed Roudani, chef de la Division de l’hygiène et des espaces verts à la Direction des services publics locaux du ministère de l’Intérieur, pour discuter des actions en cours et des perspectives d’avenir dans la lutte contre l’errance des chiens.

Médias24 : Quelle est l’ampleur actuelle du problème des chiens errants au Maroc, et quelles régions sont les plus affectées ?

Mohammed Roudani : L’errance des chiens est l’un des problèmes majeurs auxquels sont confrontées de nombreuses communes au Maroc. Bien que toutes les régions soient affectées par ce phénomène, il est observé à un moindre degré dans les régions du Sud marocain.

– Quelles sont les principales causes de la prolifération des chiens errants au Maroc selon vous ?

-Plusieurs causes expliquent la prolifération des chiens errants au Maroc. L’accès des chiens errants à la nourriture joue un rôle important. De plus, les opérations de ramassage de ces animaux ne sont pas effectuées de manière systématique et durable dans de nombreuses communes. L’absence de refuges animaliers au sein de ces mêmes communes contribue également à l’ampleur du problème.

– Quels sont les efforts actuellement déployés par les autorités locales et nationales pour gérer la population de chiens errants ?

-Pour une gestion durable de la problématique des chiens errants, plusieurs actions ont été entreprises par le ministère de l’Intérieur, en collaboration avec la Direction générale des collectivités territoriales (DGCT), parmi lesquelles :

– Comment évaluez-vous l’efficacité des campagnes de stérilisation et de vaccination menées jusqu’à présent ?

-Je pense qu’il est encore trop tôt pour évaluer l’efficacité des campagnes de stérilisation et de vaccination des chiens errants. Actuellement, le seul dispensaire animalier opérationnel est celui de Rabat, tandis que les autres refuges ou dispensaires animaliers, comme ceux de Casablanca, Tanger, Agadir, Marrakech, Oujda, et Ifrane, sont encore en cours de construction. L’adoption de la méthode TNVR nécessite la mise en place d’une infrastructure adaptée, incluant des fourrières animalières équipées de blocs chirurgicaux pour la stérilisation des chiens.

– Quel rôle peut jouer la législation dans la gestion des chiens errants, et y a-t-il des réformes législatives en cours ou envisagées ?

-Un projet de décret d’application de la loi 56.12 relative à la protection des personnes contre les risques des chiens a récemment été élaboré et finalisé. Ce projet de décret prévoit des dispositions permettant une meilleure gestion de la population canine errante, tout en respectant le bien-être animal.

– Quels sont les impacts sanitaires et sociaux des chiens errants sur les communautés locales ?

-Les chiens errants constituent une source de nuisance qui perturbe la quiétude des citoyens et ternit l’image du pays. Au-delà de ces aspects, l’augmentation des cas de morsures ou griffures par ces animaux au cours des dernières années accroît le risque de transmission de la rage, une maladie extrêmement infectieuse et mortelle, avec une moyenne annuelle de 20 décès humains. En outre, les chiens errants sont également responsables de la transmission de kystes hydatiques et de la leishmaniose viscérale, des zoonoses majeures au Maroc qui touchent plusieurs régions du pays.

– Y a-t-il des initiatives de collaboration entre les autorités et les organisations non gouvernementales pour traiter ce problème ?

-La convention de partenariat signée en 2019 entre le ministère de l’Intérieur (DGCT), le ministère de la Santé et de la protection sociale, l’ONSSA et l’Ordre national des médecins vétérinaires inclut des axes de collaboration entre les autorités et les organisations non gouvernementales pour traiter ce fléau.

– Quelles solutions durables préconisez-vous pour résoudre le problème des chiens errants à long terme ?

-Pour résoudre durablement le problème des chiens errants, il est essentiel de poursuivre l’accompagnement financier, technique et juridique des collectivités pour la réalisation des projets initiés par la DGCT, visant la construction et l’équipement des dispensaires animaliers nécessaires à la mise en œuvre de la méthode TNVR. De plus, il convient de continuer à soutenir la création, l’équipement et la modernisation des souks hebdomadaires, des abattoirs de viandes rouges et des décharges publiques, ainsi que l’amélioration des conditions d’hygiène au sein de ces équipements communaux, qui constituent des sources de nourriture pour les chiens errants et favorisent leur prolifération. Renforcer la collaboration entre les autorités, les collectivités et les associations de protection des animaux est également crucial pour une gestion durable et efficace de ce problème. Enfin, il est important d’intensifier la sensibilisation des citoyens sur la problématique des chiens errants, les risques sanitaires qu’ils engendrent, et les meilleures pratiques pour une gestion durable de ce fléau.

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Médias24 a réalisé deux reportages sur la situation des chiens errants, en se focalisant sur les dispensaires animaliers de Rabat et de Tanger. Ces reportages offrent un aperçu des actions entreprises sur le terrain pour gérer cette problématique.

 

Scandale du dispensaire d’El Arjat : les chiens errants sauvés grâce à la médiatisation

Des images insoutenables de chiens morts et d’autres laissés à l’abandon au dispensaire d’El Arjat ont fait le tour des réseaux sociaux. Relayées le mercredi 5 avril par des élus de l’Alliance de la fédération de la gauche (AFG), elles ont suscité l’indignation et ont surtout incité les parties concernées par la gestion de ce refuge à faire le ménage.

Un épilogue que l’on espère définitif

Selon nos informations, une équipe de nettoyage s’est déplacée le soir même de la publication de ces images au dispensaire pour tout nettoyer.

Asmaa Rhlalou, maire de Rabat, nous avait répondu que la gestion de ce dispensaire ne relevait pas d’elle et que la commune de Rabat n’est que l’un des participants à ce projet. Pourtant, dans la convention de gestion de ce refuge, dont Médias24 détient copie, il est précisé que parmi les engagements des communes signataires, notamment celle de Rabat, figurent les deux points suivants :

assurer le ramassage et le transport des animaux errants vers le dispensaire régional et la surveillance effective des vétérinaires ;

assurer le retour des animaux traités vers les lieux initiaux de capture.

L’Association marocaine de protection des animaux et de la nature, qui s’est vue confier la gestion de ce refuge en février 2023, doit quant à elle, entre autres, assurer sa gestion, selon les règles de l’art en la matière. Or, les animaux ont été transportés dans ce refuge et y ont été abandonnés. Toutes les parties prenantes de ce projet nient être concernées par cette affaire.

La question qui se pose, et qui reste sans réponse, est la suivante : qui a capturé ces chiens et qui les a abandonnés dans ce dispensaire ?

Asmaa Rhlalou avait même remis en question la véracité de ces images. Quant à Youssef El Hor, président de l’association, il reste injoignable malgré nos nombreuses tentatives de le contacter.

Dans un reportage de nos confrères du 360, publié le 7 avril, ce dernier a cependant assuré que l’association venait à peine d’entamer ses activités dans ce dispensaire et d’y travailler « bénévolement », sans pour autant préciser la date exacte de démarrage. « Nous n’avons pour l’instant pas encore reçu le budget dédié à la gestion de cette animalerie », a-t-il expliqué.

D’autres responsables de l’association ont également assuré que celle-ci venait de démarrer officiellement ses activités, et que le refuge compte à présent une quarantaine de chiens. Ces bêtes, capturées dans trois communes, sont vaccinées contre la rage et castrées ou stérilisées avant d’être relâchées quelques jours plus tard dans les endroits où elles ont été capturées.

Et d’ajouter : « Le dispensaire compte des blocs dédiés à chacune des trois préfectures de Rabat, Salé et Skhirat-Témara pour éviter de mélanger les chiens. Des boucles de différentes couleurs sont également posées sur les oreilles de ces animaux, pour les différencier par rapport à leur lieu de capture. Un fois vaccinés, ces chiens ne représentent plus de danger pour les citoyens. »

La médiatisation de cette affaire a donc permis de sauver les animaux qui pouvaient encore l’être et de mettre fin à un massacre, dans l’espoir que cet épilogue soit définitif.

Qui gère quoi ?

Rappelons que les images montraient des chiens errants mis dans des cages dans des conditions exécrables. Dans ces mêmes cages se trouvaient également des chiens morts et d’autres déchiquetés par les chiens survivants et affamés.

Contacté par nos soins, Omar El Hyani, élu de l’AFG, nous avait expliqué que ce refuge était nouveau. Il se trouve à El Arjat, près de Salé.

Ce dispensaire, qui a été proposé par la wilaya de la région Rabat-Salé-Kénitra, a été construit par Rabat Aménagement. Il s’agit d’un projet pilote.

Asmaa Rhlalou nous avait pour sa part confié que ce dispensaire avait été construit sur une superficie d’un hectare.

Ce projet entre dans le cadre du programme national de lutte contre les chiens errants, signé en 2019 par le ministère de l’Intérieur, l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) et le Conseil de l’ordre des vétérinaires du Maroc (OVM).

En février 2023, lors de la session ordinaire du Conseil de la ville de Rabat, il a fait l’objet d’une convention, qui a ensuite été signée entre la Wilaya, les préfectures de Salé, Skhirat-Témara et Rabat, les communes de Salé et Témara et Rabat ainsi que l’Association marocaine de protection des animaux et de la nature. La convention a été votée à la majorité, malgré les questionnements de l’opposition qui persistaient autour de l’association, méconnue du grand public.

Mme Rhlalou nous a assuré qu’elle est présidée par le directeur régional de Rabat-Salé-Kénitra de l’ONSSA et qu’elle compte parmi ses membres des médecins qui œuvrent au sein des bureaux municipaux de l’hygiène (BHM). En d’autres termes, « une équipe de professionnels ».

Quid du budget ? 6 MDH en 2023 et 3 MDH par an à partir de 2024, tant que la convention n’est pas résiliée.

Images choquantes de chiens errants au dispensaire d’El Arjat : voici ce que l’on sait

Les images de chiens laissés à l’abandon enfermés dans des cages, et d’autres morts, jonchant le sol, dévorés par d’autres chiens de la même cellule, sont insoutenables. C’est un énorme scandale en fait.

Relayées sur les réseaux sociaux par des élus de l’Alliance de la fédération de gauche (AFG), ces images ont été filmées au sein du dispensaire animalier d’El Arjat, censé être un projet pilote, dont le modèle allait par la suite être reproduit dans d’autres villes, dans le cadre d’une convention nationale signée en 2019.

Qui est responsable de ce massacre ? Qui gère ce dispensaire ? Qu’en disent les élus ? Médias24 a tenté de répondre à ces questions en sollicitant différents responsables de la ville. Le président de l’association censée gérer ce dispensaire, qui est également le directeur régional de l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), est toutefois resté injoignable, malgré nos nombreuses tentatives de le joindre.

Un dispensaire censé être un projet pilote

Contacté par Médias24, Omar El Hyani, élu de l’AFG à Rabat, nous apporte quelques éclaircissements. « Le dispensaire animalier régional de Rabat-Salé-Témara est un projet pilote. Il a été construit par Rabat Aménagement dans le cadre d’un programme national lancé par le ministère de l’Intérieur pour lutter contre les chiens errants », nous explique-t-il.

En effet, ce programme a fait l’objet d’une convention signée en 2019 par le ministère de l’Intérieur, l’ONSSA et le Conseil de l’ordre des vétérinaires du Maroc (OVM).

« Ce programme suit les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour lutter contre les chiens errants. Le Maroc teste différentes approches depuis des années mais elles ne fonctionnent pas. Il y a toujours des chiens errants dans les rues » des différentes villes, poursuit Omar El Hyani.

« L’approche de l’OMS consiste à capturer ces chiens, à les emmener vers des centres, comme celui d’El Arjat, où ils sont vaccinés et stérilisés pour éviter qu’ils ne se reproduisent, avant de les relâcher au même endroit où ils ont été capturés » quelques jours après, le temps qu’ils se rétablissent. « Une fois castrés, les chiens deviennent moins agressifs, et avec le temps, les chiens errants devraient disparaître. »

« C’est dans ce cadre qu’une convention de partenariat pour la gestion d’un dispensaire animalier régional de Rabat-Salé-Témara a été votée lors de la session ordinaire de février 2023 du Conseil de la ville de Rabat », poursuit notre interlocuteur.

« Cette convention a été proposée par la wilaya de la région. Elle a ensuite été ramenée aux conseils municipaux de Rabat, Témara et Salé, en plus d’une association complètement inconnue du grand public. »

« La convention porte sur la gestion de ce dispensaire par l’Association marocaine de la protection de la nature et des animaux (AMPANA) pour 6 millions de DH (MDH) au cours de l’année 2022 (à raison d’une participation de l’ordre de 2 MDH par chacune des trois communes) et de 3 MDH en 2024 et les années qui suivent (à raison de 1 MDH par commune). »

« Durant les discussions de cette convention en commission [en préparation de la session ordinaire de février, ndlr], nous avons demandé des informations sur cette association. Nous devions également avoir une fiche signalétique qui la présente, mais aucun document ne nous a été fourni. Tout ce que l’on sait, c’est qu’elle est composée de professionnels et présidée par le directeur régional de l’ONSSA à Rabat-Salé-Kénitra. »

« L’AFG s’est abstenu de voter cette convention, à cause du manque d’informations concernant cette association. La convention a été votée à la majorité. Deux mois plus tard, on se retrouve avec ces vidéos », conclut Omar El Hyani.

Rhlalou : « Ce dispensaire ne relève pas de mes attributions »

Jointe par Médias24, Asmaa Rhlalou, maire de Rabat, nous indique pour sa part qu’il « s’agit d’un dispensaire régional et non de celui de Rabat. Il ne relève donc pas de mes attributions. La commune de Rabat n’est que l’une des parties prenantes à ce projet », insistant sur la nécessité de devoir s’assurer de la réalité de ces images.

« Les chiens errants sont un fléau national. Il n’est pas propre à la ville de Rabat, sauf que dans la capitale, nous sommes intervenus de manière plus civilisée. Nous avons construit une animalerie à El Arjat », poursuit-elle. Et de noter : « Cela m’étonnerait que de telles images soient réelles. »

L’association désignée pour gérer ce dispensaire – AMPANA – est-elle opérationnelle ? « Je ne sais pas », répond Asmaa Rhlalou. « Le président de cette animalerie est le président régional de l’ONSSA à Rabat-Salé-Kénitra, et elle est gérée par des médecins qui œuvrent au sein des bureaux municipaux d’hygiène (BMH) », ajoute-t-elle.

« Cette association est nouvellement créée et remplace l’association ADAN, qui s’occupait auparavant de la gestion des chiens errants. Celle-ci n’a pas été reconduite car il n’y a pas eu d’amélioration dans la ville. »

Le vice-président de la mairie chargé de l’hygiène nous déclare également que « la commune de Rabat n’a rien à voir avec cette affaire ».

Le détail de la convention de gestion du dispensaire

Médias24 a également pu consulter la convention de partenariat pour la gestion dudit dispensaire, approuvée lors de la session ordinaire de février.

Les signataires sont les suivants : la wilaya de la région Rabat-Salé-Kénitra, la préfecture de Salé, la préfecture de Skhirat-Témara, la commune de Rabat, la commune de Salé, la commune de Témara et l’Association marocaine de protection des animaux et de la nature.

« La convention a pour objet de définir les conditions et les modalités de partenariat entre les signataires pour assurer la gestion du dispensaire régional animalier abritant les populations canines et félines errantes des préfectures de Rabat, Salé, et Skhirate-Témara », lit-on sur le document.

Le budget de fonctionnement et d’investissement du dispensaire est pris en charge en premier temps par les communes de Rabat, Salé et Témara, à raison de 6 MDH en 2023 (2 MDH par commune) et 3 MDH par an à partir de 2024 (1 MDH par commune). La gestion du dispensaire a été confiée à l’AMPANA.

Cette convention, valable tant qu’elle n’a pas été résiliée, détaille également les engagements de chacune des parties. Parmi ceux des communes, figurent :

– la participation au financement de la gestion du dispensaire ;

assurer le ramassage et le transport des animaux errants vers le dispensaire régional sous la surveillance effective des vétérinaires ;

assurer le retour des animaux traités vers les lieux initiaux de capture ;

– l’accompagnement et l’appui d’une manière générale de la mise en œuvre de ce projet par toutes les démarches nécessaires.

Les engagements de la wilaya sont les suivants :

– présider le comité de suivi du projet ;

– coordonner les actions des différents partenaires pour faire aboutir le projet ;

– accompagner et appuyer d’une manière générale la mise en œuvre de ce projet par toutes les démarches nécessaires.

Quant à l’AMPANA, elle s’est, entre autres, engagée à :

assurer la gestion du dispensaire régional animalier selon les règles de l’art en la matière ;

– régler les dépenses engagées dans le cadre de la gestion dudit dispensaire à hauteur des fonds de financements reçus ;

– élaborer semestriellement le bilan comptable et financier des activités de l’association et le soumettre pour validation au comité de suivi ;

– élaborer des rapports d’activité statistiques et périodiques sur les populations canines et félines errantes ramassées et les traitements réalisés et leur diffusion aux structures concernées (communes de Rabat, Salé et Témara, et la wilaya de la région) ;

– réaliser les études, les travaux et aménagements nécessaires dudit dispensaire arrêté par le comité de suivi ;

– accompagner et appuyer d’une manière générale la mise en œuvre de ce projet par toutes les démarches nécessaires (formation, recherche scientifique, sensibilisation) ;

assurer la coordination des actions de ramassage des animaux et leur retour vers les lieux de capture.

Chiens errants : démarrage d’une opération de stérilisation dans six grandes villes

Ce jeudi 25 août à Oujda, une opération de vaccination contre la rage et de stérilisation des chiens errants a été lancée. Il s’agit d’une opération nationale portée par le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (OVM) conjointement avec la Commune, le Conseil de la ville d’Oujda et l’ONSSA.

La stérilisation pour mettre fin à la reproduction

L’opération menée à Oujda sera la première étape d’une vaste opération de vaccination et de stérilisation prévue à moyen termes sur l’ensemble du territoire national et à court termes dans cinq villes : Marrakech, Casablanca, Rabat, Agadir et Tanger.

Il s’agit de l’application de la convention cadre signée en février 2019 entre “le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Santé, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) et le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires du Maroc (OVM)” indique à Médias24, le Dr. Badre Tnacheri Ouazzani, président de l’OVM.

Une convention dont l’application a été retardé par la pandémie de Covid-19 et des contraintes budgétaires, nous explique notre source.

L’opération se base sur la stérilisation car elle « met fin à la reproduction” insiste le président de l’OVM dans une déclaration à Médias24.

« 2.000 vétérinaires privés et agents de l’ONSSA participeront à cette campagne qui couvrira également plusieurs zones rurales » précise un communiqué du Conseil national de l’ordre des vétérinaires publié ce jeudi 25 août.

“Par manque de refuge, l’opération sera réalisée dans les cabinets privés des vétérinaires” nous détaille affirme M. Tnacheri Ouazzani. « La commune s’occupera de la capture des chiens avant de les amener aux cabinets. Certes, c’est contraignant pour les vétérinaires mais c’est une action nécessaire », nous explique-t-il.

La construction des refuges a également pris du retard

En amont aux opérations de vaccination et de stérilisation, la convention prévoit la construction de refuges “selon des normes qui respectent le bien-être animal. Ces structures doivent également être en capacité d’accueillir de la chirurgie vétérinaire.” décrit notre interlocuteur.

Et de poursuivre : “la construction et la gestion des refuges sont confiés aux collectivités territoriales. L’Ordre national y organise des permanences vétérinaires et forme les agents pour la capture des chiens ».

Pour l’heure, seul un refuge est sorti de terre, à Rabat. Leur importance réside dans l’acte chirurgical de la stérilisation, la vaccination contre la rage, mais aussi la convalescence des animaux. “On ne pourra relâcher les chiens qu’après 4 ou 5 jours, car ils seront très vulnérables” explique le Dr. Badre Tnacheri Ouazzani.

“Il faudra également faire attention à les relâcher à l’endroit où ils ont été capturés, c’est-à-dire leur territoire, afin qu’ils ne perdent pas leurs repères. Les chiens traités seront reconnaissables grâce à une boucle d’oreille numérotée, afin de rassurer la population sur leur santé », précise-t-il.

Les communes responsables de la  lutte contre les chiens errants

La réactivation de cette convention-cadre fait écho au récent drame survenu il y a quelques jours à Dakhla avec le décès d’une touriste française des suites de blessures causées par une attaque d’une meute de chiens errants. Ce dramatique fait divers rappelle que la rage contractée suite à la morsure d’un chien a tué en moyenne 23 personnes par an lors des dix dernières années, selon les chiffres communiqués par l’OVM.

Il y a quelques jours, le ministre de l’intérieur a adressé une circulaire aux walis et gouverneurs pour les appeler à soutenir les efforts et assister les actions des communes pour gérer ce dossier épineux.

Car à Dakhla comme dans d’autres régions du Maroc, la prolifération des meutes de chiens errants est alarmante. Et la lutte contre ce phénomène relève de la responsabilité des conseils communaux.

L’article 50 de la charte communale dispose que « le président du conseil communal exerce les pouvoirs de police administrative, par voie d’ arrêtés réglementaires et de mesures individuelles, portant autorisation, injonction ou interdiction, dans les domaines de l’ hygiène, la salubrité et la tranquillité publiques et la sûreté des passages ».

Parmi la longue liste d’attributions nous pouvons lire : « il prend les dispositions nécessaires pour empêcher la divagation des animaux malfaisants et nuisibles, contrôle les animaux domestiques et procède aux opérations de ramassage et de contrôle des chiens errants et lutte contre la rage et toute autre maladie menaçant les animaux domestiques, conformément aux lois et règlements en vigueur ».

Il est donc à la charge de chaque commune de gérer ce dossier en s’appuyant sur les partenaires concernés notamment l’ONSSA, le ministère de l’intérieur,…

Autre loi qui concerne les chiens, c’est la loi 56-12 relative à la prévention et à la protection des personnes contre les dangers de chiens.

Elle interdit la vente de six races de chiens dangereux : Staffordshire bull terrier, Pitbull, Mastiff, Boerbull, Tosa et l’American Staffordshire bull terrier.