Visa pour la France. Ouverture du centre de traitement des demandes à Laâyoune

La cérémonie d’inauguration de cette structure s’est déroulée en présence notamment de l’ambassadeur français au Maroc, Christophe Lecourtier, du wali de la région Laâyoune-Sakia El Hamra et gouverneur de la province de Laâyoune, Abdeslam Bekrate, et des élus.

L’ouverture de ce centre s’inscrit dans la dynamique de renforcement des services consulaires français dans les provinces du sud du Royaume.

« L’ouverture de ce centre reflète l’engagement de la France pris il y a quelques mois pour élargir ses activités consulaires aux provinces du Sud, offrant ainsi des services de proximité aux habitants de ces provinces », a souligné Christophe Lecourtier, en marge de l’inauguration officielle du nouveau siège de TLS contact, l’opérateur chargé du traitement des demandes de visas pour la France.

« A travers le prestataire TLS Contact, chaque citoyen a le droit de déposer son dossier, de faire l’enrôlement biométrique et de mettre ses empreintes », a-t-il expliqué, faisant savoir que les passeports seront envoyés vers le centre de Casablanca, où un agent consulaire apposera la vignette du visa, avant d’être renvoyés à Laâyoune.

Cette nouvelle mesure offre ainsi un service de proximité de qualité aux demandeurs de visas pour des raisons professionnelles, médicales, commerciales et touristiques, en leur épargnant les déplacements vers la ville d’Agadir, a-t-il poursuivi.

Le diplomate français a aussi relevé que l’ouverture de ce centre s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des engagements pris par le président français Emmanuel Macron lors de sa visite d’État au Maroc en octobre 2024, à l’invitation du Roi Mohammed VI.

Par ailleurs, il a souligné que les provinces du sud du Maroc constituent « le nouvel horizon de l’action de l’ambassade de France », citant à cet égard le projet de construction de l’établissement scolaire français OSUI Paul Pascon à Laâyoune, la mise en place prochainement d’une Alliance française dans la même ville et l’implantation des entreprises françaises, en particulier après la visite qu’a effectuée le directeur général de l’Agence française de développement (AFD), Rémy Rioux.

Les annonces majeures de Lecourtier : Sahara, UE, capital humain, mobilité, industrie…

Les sorties de Christophe Lecourtier, ambassadeur de France, à la Fondation Links sont décidément fort intéressantes. En février 2024, le diplomate français avait parlé du Sahara et du potentiel de relations entre les deux pays (ici et ici). Plusieurs mois après, on s’est rendu compte que ses propos étaient réellement annonciateurs du changement majeur qui allait survenir fin juillet 2024.

Vendredi 16 mai 2025, bis repetita. Mais cette fois-ci, c’est l’avenir des relations entre les deux pays qu’il a évoqué, ainsi que les enjeux, les futures décisions…

Le 16 mai 2025, à la Fondation Links à Rabat, Christophe Lecourtier a livré un discours d’une rare densité sur l’avenir des relations franco-marocaines. Une intervention qui dépasse le cadre diplomatique pour dessiner les fondations d’une “communauté de destin” entre la France, le Maroc et, au-delà, l’Afrique.

Maroc – France : une relation réengagée, une confiance restaurée

Le diplomate a reconnu un moment de flottement entre Paris et Rabat, particulièrement en 2023, où les « cordes de rappel historiques » semblaient ne plus fonctionner. « Avec le recul, je pense qu’il y a eu un moment, en 2023, peut-être un peu en 2024, où, sans doute pour la première fois depuis 1955, depuis les accords ouvrant la voie à l’indépendance, le destin a oscillé ».

Cette phase de gel a laissé place à une volonté politique forte des deux chefs d’État pour refonder la relation sur des bases nouvelles : ni nostalgie, ni simple restauration, mais une ambition partagée tournée vers l’avenir.

« Pendant neuf mois, la France a cessé de parler, et la France s’était forcée d’écouter, de comprendre et d’entendre ce que le Maroc était devenu, parce que c’est bien ça qu’on avait laissé partir de notre entendement. (…) Sur le Sahara, puisque c’est bien ça dont il s’agit, nous avons assumé notre choix, celui du président de la République, que nous avons construit avec lui, à 100% ».

Pendant neuf mois, la France a cessé de parler, et la France s’était efforcée d’écouter, de comprendre et d’entendre ce que le Maroc était devenu.

« (…) Dans quelques semaines, un centre culturel français s’ouvrira, comme il en existe dans une douzaine d’autres villes du Maroc. Dans quelques jours aussi, je crois, le 27, les ressortissants marocains pourront solliciter à Laâyoune et à Dakhla directement un visa pour se rendre en France ».

Géopolitique : sécurité, développement, Sahel…

La France partage les objectifs marocains dans les régions méridionales du Maroc : « Objectifs de stabilité, objectifs de sécurité, objectifs de construction d’infrastructures, objectifs de développement et objectifs d’Afrique. Dans une région du Sahel qui, aujourd’hui, est livrée non seulement à la présence militaire d’ennemis – en tous les cas de l’Europe – que ce soient les Russes ou que ce soient les Iraniens, probablement. Dans une région qui est livrée au trafic d’armes, au trafic de migrants, aux groupes extrémistes. Le Maroc, par sa souveraineté sur ses territoires, développe et consolide un hub, non seulement, de sécurité et de stabilité, mais aussi une offre de développement et une alternative pour les populations sahéliennes des pays enclavés à une histoire qui nourrit le terrorisme, les trafics, les migrations illégales. Donc cette vision du souverain qui est en train de se mettre en œuvre, il suffit de regarder l’ambition du port de Dakhla. Nous ne pouvons que l’appuyer (…) ».

« Cet engagement qui est le nôtre, la France en a payé le prix. Elle en a payé le prix dans la relation avec le pays voisin, avec lequel, fondamentalement, aucune rupture n’est possible, ni souhaitable (…) ».

Trois axes de grand intérêt : décarbonation, industrie, capital humain

Lecourtier a annoncé trois priorités structurantes :

La décarbonation : le Maroc est appelé à devenir « un acteur majeur de la décarbonation de l’Europe ».

“Votre pays a la capacité, par ses surfaces, par la vision, par ses ingénieurs, par sa capacité à attirer des investissements de technologie, d’être un des grands champions d’énergie renouvelable. Pour lui-même, mais aussi pour nous, Européens. Et sans trahir de secret, (…) les meilleurs ingénieurs de France ont travaillé sur les modèles économiques qui permettraient de tirer les rails, les cadres, tous les moyens qui permettent de connecter, structurellement, de contribuer à la décarbonation accélérée de nos économies“.

La vision du souverain qui est en train de se mettre en œuvre, il suffit de regarder l’ambition du port de Dakhla. Nous ne pouvons que l’appuyer.

Des projets structurants sont à l’étude, dans les énergies renouvelables et l’interconnexion énergétique, notamment autour du sommet des océans prévu à Nice, annonce en substance M. Lecourtier.

Les chaînes de valeur industrielles : le diplomate a salué le modèle “Made with Morocco”, évoquant les réussites communes dans l’automobile, l’aéronautique, et la volonté d’aller plus loin dans l’intégration industrielle. « Et donc l’association dans les chaînes de valeur entre le Maroc et la France a déjà fait la démonstration de sa pertinence ».

« Il y a de grandes nouvelles qui vont être annoncées bientôt, il faut que les entreprises aillent encore plus loin dans cette logique-là, qui n’est pas de la délocalisation, qui est du « made with Morocco », parce qu’aucune automobile produite au Maroc, par exemple par Renault, Dacia, n’a jamais été produite en France et ne sera jamais produite en France. Donc on est vraiment sur du plus, sur du bonus, et pas du tout sur quelque chose qu’on transfère de là ».

Le capital humain : Coopération éducative, mobilité circulaire, valorisation des étudiants et doctorants marocains : la jeunesse est placée au cœur du projet bilatéral, loin des logiques de “brain drain”.

Un Maroc plus intégré à l’Europe

« Le gros enjeu, c’est l’Europe ». Lecourtier a révélé que des discussions sont en cours pour proposer au Maroc un statut « encore plus intégré » avec l’Union européenne, dans les 6 à 12 mois à venir. Objectif : dépasser les blocages politiques régionaux (comme ceux de l’UMA) pour créer un partenariat stratégique bilatéral ambitieux.

Il juge que « le commencement, c’est ici, avec le pays qui est le plus engagé, le plus dynamique, le plus résolu à travailler avec l’Union européenne ».

Sahara : “le choix est fait”

Sur la question du Sahara, l’ambassadeur a été explicite : la France assume pleinement son engagement aux côtés du Maroc, « droit dans ses bottes ». Ce soutien se traduit notamment par l’ouverture prochaine de services consulaires à Laâyoune et Dakhla, l’intervention de l’AFD dans ces provinces et une reconnaissance alignée sur la vision royale.

Nous sommes des civilisations du livre. Il est temps d’écrire une histoire commune ambitieuse. Nous n’avons plus le droit de nous faire honte.

“Nous avons compris que la question du Sahara est une question de confiance. Et rien de grand ne peut se construire sans confiance”.

L’Afrique au cœur de la stratégie

Le Maroc est présenté comme un partenaire clé de la France en Afrique, non comme un relais d’influence, mais comme un acteur autonome et central. Lecourtier plaide pour des politiques africaines renouvelées, fondées sur l’écoute, la sécurité, le développement et une lecture fine du Sahel.

Une communauté binationale à préserver

L’ambassadeur a également insisté sur la responsabilité politique vis-à-vis des binationaux franco-marocains, appelés à être “100% marocains et 100% français”. Il a mis en garde contre les risques de “déchirement identitaire” en cas de blocage durable.

Conclusion : écrire l’Histoire plutôt que subir le destin

En citant Jean Baudrillard, Lamartine ou Jacques Delors, Lecourtier ancre sa vision dans une philosophie de l’action collective. Face aux turbulences géopolitiques mondiales, il invite à une écriture partagée d’un nouveau chapitre entre le Maroc, la France et l’Europe. Et l’Afrique aussi.

“Nous sommes des civilisations du livre. Il est temps d’écrire une histoire commune ambitieuse. Nous n’avons plus le droit de nous faire honte”.

Verdict de la CJUE : « Il ne peut pas y avoir de diktats imposés au Maroc » (Christophe Lecourtier)

Lors de son passage à la Fondation Links, l’ambassadeur de France au Maroc a été interpellé au sujet des verdicts de la Cour de justice de l’Union européenne contre les accords Maroc-UE (1 h 25). La question a été posée par Zakaria Garti.

« Même au moment où le dialogue politique entre la France et le Maroc était beaucoup plus commun, nos juristes, les juristes du Quai d’Orsay, se sont portés partie civile aux côtés du Maroc, dans le contentieux, et ont élaboré des mémoires, en échange avec le Maroc. Malheureusement, nos arguments n’ont pas été entendus, mais peu importe, aujourd’hui, les Français, et aussi les Espagnols, tous les amis du Maroc, vont travailler d’arrache-pied pour rapprocher les bonnes vues et agir pour que la Commission mette sur la table des solutions aux problèmes que la Cour de justice nous a posés, mais qui soient des solutions acceptables par le Maroc« , rappelle M. Lecourtier.

« Et il n’y aura pas, je peux vous le dire sans vouloir trahir le secret, il ne peut pas y avoir, avec le Maroc, de diktats qui consisteraient à imposer une solution. Et d’ailleurs, tout va être fait pour faire en sorte que les effets des arrêts de la Cour de justice puissent être aménagés de manière à permettre à la fois la poursuite des échanges dans des conditions interférentielles, et le respect de ce qui, à juste titre pour le Maroc, pouvait être considéré comme des lignes rouges », révèle le diplomate français.

« Donc il y a un chemin, les techniciens y travaillent. Je suis optimiste sur le fait que ça puisse se résoudre dans le délai qui nous a été fixé, parce qu’on a 12 mois à compter des arrêts de la Cour (…) On est déjà pas mal avancés, mais nous en parlons très souvent avec les ministères marocains des Affaires étrangères, avec la fédération (agricole Comader, NDLR). On travaille beaucoup (…) pour que ce délai-là, cette solution, arrive vite et bien, et qui nous permette de tourner la page de cette triste histoire », promet M. Lecourtier.

Avant d’attaquer cette question de fond, le diplomate français a rappelé la longue tradition de coopération entre les deux pays en matière d’agriculture, les réussites des uns et des autres et ce que l’un apporte à l’autre et vice-versa.

« Le Maroc (…) est bien mieux classé que nous dans la réutilisation des eaux usées. Tous les Français qui viennent à Rabat disent que c’est incroyable. On nous parle de sécheresse (mais il y a) des espaces verts partout. Oui, mais c’est de l’eau usée, réutilisée. Et donc, là aussi, il y a un savoir-faire dans l’autre sens », admet M. Lecourtier pour clarifier son propos et expliciter le fait que le Maroc et l’Hexagone ont tant à partager et à apprendre l’un de l’autre.

Le diplomate prône les vertus du dialogue continu entre les deux pays et à tous les niveaux, chez les officiels comme chez les professionnels, pour le bien commun des deux partenaires.

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Sahara. La France souhaite une solution définitive en 2025 ou 2026 (Christophe Lecourtier)

La France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et soutenant l’intégrité territoriale du Maroc (avec les États-Unis), pousserait-elle à redéfinir la mission de la Minurso, voire à y mettre fin ?

La question a été posée par Zakaria Garti à Christophe Lecourtier, ambassadeur de France au Maroc, qui était l’invité de la Fondation Links, vendredi dernier, autour de la thématique de « La dynamique du partenariat franco-marocain » (1 h 15).

« Sur cette question-là, la Minurso sera une résultante d’un mouvement plus vaste qui conduira à poser la question de ce que deviendra cette mission. J’ai dit tout à l’heure que, dans les choix qui ont été faits et dans l’expression du président de la République française, il y avait d’abord la volonté de répondre à des questions de confiance », répond le diplomate français.

« C’est pour cela qu’il avait lui-même (le président Macron, ndlr) qualifié la question du Sahara d’existentielle pour le Maroc. Deuxièmement, il y avait la reconnaissance de l’importance stratégique de ces territoires et de l’importance stratégique de ce que le Maroc fait. Troisièmement (…), il y a le constat d’une dynamique internationale favorable au Maroc que, d’ailleurs, Sa Majesté a évoquée dans sa réponse, que la France s’emploie à entretenir pour rallier encore -ce qui est en train d’arriver -soit au sein de l’Union européenne soit au sein des Nations unies », poursuit M. Lecourtier en allusion claire au fort soutien dont jouit la position marocaine.

« Tout est fait pour que le moment approche où on pourra, je l’espère, commencer, le Maroc d’abord, et avec ses amis, à sortir de la répétition perpétuelle des mêmes résolutions qui, d’ailleurs, l’année dernière, soulignait la dynamique (enclenchée par le Maroc, NDLR). C’est cette dynamique qui vise à avancer (…) vers une solution politique définitive. Encore une fois, la France a pris cette position (soutenir le Maroc, NDLR) parce qu’elle a toujours soutenu le Maroc sur cette question et qu’il fallait la réaffirmer avec plus de force, plus de clarté dans le contexte de 2024″, ajoute l’ambassadeur français au Maroc.

« La France est très attachée à ce qui se passe là-bas, à ce que le Maroc propose, non seulement pour les populations, mais aussi pour l’environnement régional. Et la France aussi pense que la dynamique qui est à l’œuvre est beaucoup plus forte qu’elle ne l’a jamais été depuis 50 ans », rappelle le diplomate.

Christophe Lecourtier réitère la volonté de son pays de mobiliser tous ses moyens et toute sa diplomatie pour être aux côtés du Maroc et des autres partenaires pour faire en sorte que, « en 2025, en 2026, en tout cas, dans les mois et les années qui viennent, on puisse avancer fortement vers une solution définitive qui, évidemment, rencontrerait l’affirmation française selon laquelle le présent et l’avenir de ces territoires » soient décidés dans le cadre de la souveraineté du Royaume.

« Ça, c’est une position française, une vision française, une affirmation française. Nous souhaitons évidemment qu’elle soit le plus vite possible partagée par la communauté internationale et les organes pertinents », conclut Christophe Lecourtier.

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Lecourtier : les provinces du sud du Maroc sont « le nouvel horizon des actions et stratégies » de la France

Dans une déclaration à la presse à l’occasion d’une visite dans la région Laâyoune-Sakia El Hamra à la tête d’une importante délégation, M. Lecourtier a souligné que son déplacement vise à traduire concrètement dans les faits la coopération entre le Maroc et la France dans les domaines culturel, économique, social, scolaire et universitaire.

 »Notre volonté est de mettre en œuvre le plus rapidement possible les projets qui commencent à naître », a relevé l’ambassadeur, qui était accompagné de plusieurs collaborateurs de l’ambassade de France, précisant que « nous sommes aujourd’hui en capacité de commencer à imaginer des projets en réponse aux différentes opportunités qui se présentent, en particulier dans le domaine économique dans les provinces du sud ».

Il a cité, à cet égard, la visite d’une importante délégation économique à Laâyoune et Dakhla qui ambitionne de saisir les différentes opportunités d’investissement offertes dans divers domaines.

Cette visite, a-t-il dit, vient refléter le soutien exprimé par le président français, Emmanuel Macron, dans la lettre adressée au Roi Mohammed VI, en affirmant que le présent et l’avenir du Sahara s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine.

Au cours de sa visite, le diplomate français a eu des entretiens avec le président du Conseil régional, Sidi Hamdi Ould Errachid, et le président du Conseil communal de Laâyoune, Moulay Hamdi Ould Errachid, axés notamment sur la dynamique de développement tous azimuts dans la région.

La délégation française a tenu aussi une rencontre avec le wali de la région de Laâyoune-Sakia El Hamra, gouverneur de la province de Laâyoune, Abdeslam Bekrate.

L’ambassadeur et la délégation l’accompagnant ont également pris part à un roadshow économique, initié par la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc, en présence d’une cinquantaine de chefs d’entreprises et de décideurs économiques français.

Ce rendez-vous économique a pour objectif d’explorer les opportunités d’investissement et de partenariat dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra, en vue de nouer des relations opérationnelles avec des acteurs et porteurs de projets marocains, d’explorer des perspectives de collaboration et de découvrir des projets d’investissement concrets.

Par la même occasion, M. Lecourtier a visité l’école française Paul Pascon, relevant de l’Office scolaire et universitaire international (OSUI), ainsi que plusieurs projets où il a constaté de visu les efforts soutenus déployés en faveur d’un développement global et intégré de la région Laâyoune-Sakia El Hamra.

(Avec MAP)

Voici l’agenda de Christophe Lecourtier à Laâyoune, ce mardi 12 novembre

Christophe Lecourtier, ambassadeur de France au Maroc, effectue un déplacement à Laâyoune et à Dakhla, du 11 au 13 novembre.

Médias24, sur la base d’informations recueillies auprès de sources sûres, a pu avoir l’agenda du diplomate français dans le chef-lieu du Sahara marocain pour la journée du mardi 12 novembre.

Cela commencera à 9 heures par une rencontre, au somptueux Palais municipal qui donne sur la prestigieuse Place du Méchouar, avec des notables et des élus, soit les vrais représentants des Sahraouis.

Cette rencontre sera suivie par la projection d’un film institutionnel sur les opportunités d’investissement dans la région. Par la suite, Christophe Lecourtier se rendra dans une école française de Laâyoune, relevant du Réseau d’établissements d’enseignement français à l’étranger (OSUI).

Dans l’après-midi, le diplomate français, accompagné d’une délégation d’investisseurs et d’homme d’affaires, effectuera une visite à l’Institut africain de recherches en agriculture durable (The African Sustainable Agriculture Research Institute, ASARI).

Et ce sera la dernière étape de son séjour à Laâyoune, avant de mettre le cap sur Dakhla, la Perle du Sahara.

L’ambassadeur français, Christophe Lecourtier, en déplacement à Laâyoune et Dakhla

Chose promise, chose due. Christophe Lecourtier, ambassadeur de France au Maroc, entreprend un déplacement dans les villes de Laâyoune et Dakhla du 11 au 13 novembre, selon une note de la chancellerie française à Rabat, transmise aux médias et dont Médias24 a reçu une copie.

« L’ambassadeur sera accompagné de plusieurs collaborateurs de l’ambassade, en charge des enjeux culturels, éducatifs et économiques notamment », explique la même source.

« Conformément aux positions exprimées par la France et le Président de la République, M. Emmanuel Macron, y compris lors de sa récente visite d’Etat au Royaume du Maroc, l’objectif de ce déplacement est d’aller à la rencontre des populations et des autorités locales, pour écouter et prendre la mesure des enjeux et des besoins de ces régions et identifier les pistes d’actions concrètes que la France pourra mettre en œuvre pour contribuer à leur développement économique et social, au bénéfice de leurs habitants », affirme l’ambassade française.

Selon la même source, et en parallèle à ce déplacement, la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM) organisera des « Journées économiques » dans les régions de Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab avec la participation d’une cinquantaine de chefs d’entreprises et décideurs économiques marocains et français.

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Visa pour la France : premiers résultats « prometteurs » du nouveau dispositif de prise de rendez-vous

Dans une vidéo, l’ambassadeur de France au Maroc, Christophe Lecourtier, s’est « félicité des résultats du dispositif entamé depuis 18 mois pour améliorer les conditions de prise de rendez-vous pour les Marocains souhaitant obtenir un visa pour la France ». « Je crois que nous y sommes assez largement parvenus », a-t-il déclaré.

Cependant, un problème persistait : celui des « officines qui parvenaient à capturer des rendez-vous et qui cherchaient à les revendre à des prix exorbitants », a ajouté l’ambassadeur. Pour remédier à cette situation, le contrat entre l’État français et le prestataire TLS Contact a été renouvelé avec « des ajustements visant à contrer ces pratiques abusives ».

En effet, un nouveau dispositif de vérification d’identité par appel vidéo, conçu pour garantir une prise de rendez-vous « équitable », a été lancé le 18 septembre.

Pour sa part, Bassem Missaoui, directeur Afrique du Nord de TLS Contact, a détaillé le fonctionnement du nouveau système : « L’expérimentation concerne deux étapes. La première, c’est la vérification par appel vidéo qui, par la suite, donnera lieu à l’attribution d’un rendez-vous par un système neutre et complètement transparent au profit du consulat, qui permettra aux demandeurs de recevoir leur créneau, et non plus d’attendre qu’on leur donne un créneau ou qu’ils aient affaire à un rabatteur ».

Les premiers résultats semblent « prometteurs », comme l’a indiqué Olivier Ramadour, consul général de France à Rabat, première ville où cette procédure a été mise en service. « Il est encore trop tôt pour se prononcer, mais les informations qui nous remontent nous rendent optimistes. Les appels téléphoniques de TLS permettent de contacter directement les demandeurs, plus besoin d’intermédiaires. À ce jour, 30% des demandeurs vérifiés obtiennent un rendez-vous dans les jours qui suivent. Les autres, nous les faisons patienter au maximum une vingtaine de jours ».

Comme l’a souligné Christophe Lecourtier, « si ces données se confirment, c’est évidemment une bonne nouvelle et nous pourrons alors étendre la procédure à d’autres sites et à d’autres catégories de demandeurs. C’est pour moi une question de respect de la dignité des demandeurs et nous serons donc, par conséquent, extrêmement attentifs à l’efficacité de la procédure aujourd’hui mise en œuvre ».

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Voici à quoi pourraient ressembler les relations Maroc-France après l’annonce de Macron sur le Sahara

L’ambassadeur de France au Maroc avait tracé les contours de l’avenir de la relation maroco-française, à grands traits. Il l’avait fait le 16 février 2024 à la Faculté d’économie et de droit de Casablanca, à l’invitation de la Fondation Links. Un exposé qui éclaire les relations maroco-françaises vues par la France et qui est plus que jamais d’actualité après la lettre du Président Macron au Roi Mohammed VI.

Ci-dessous, nous reproduisons le verbatim intégral de cette intervention, pour la partie qui concerne l’avenir et qui doit être lue à la lumière de l’évolution historique de la position française sur le Sahara marocain.

Communauté de destin, refonder un partenariat avec le Maroc

« (…) Si on arrive à le constituer en une région ouverte, dynamique, prospère, partageuse, ça sera bon pour nous tous. Si on n’arrive pas à en faire quelque chose de commun, on aura tous les conséquences que vous pouvez imaginer en termes de déstabilisation, terrorisme, migration incontrôlée, échecs économiques, j’en passe et des meilleures ».

« Si on a cette idée, je peux vous dire que c’est l’idée du président de la République française, à mon sens, et du gouvernement français. Assez naturellement et sans vouloir faire de viles flatteries ou de flagorneries déplacées, nous en arrivons assez naturellement à converger avec la vision, avec la stratégie qui est celle du Maroc et que son Souverain a exprimée de manière extrêmement claire et convaincante à plusieurs reprises, y compris dans les temps récents. Autrement dit, refonder un partenariat avec le Maroc, ça veut dire accompagner le Maroc dans la vision qui est la sienne, mais pas dans une logique philanthropique, caritative, paternaliste ».

« L’accompagner, parce que ça correspond profondément à nos intérêts et que, de mon point de vue, je ne suis pas certain qu’on ait beaucoup de plans B. Bien sûr, on a l’approfondissement de l’Union européenne, c’est très important, c’est existentiel pour nous, mais sinon, au-delà de ça… ».

« Et donc, accompagner la vision du Maroc dans deux choses. D’abord, un renforcement toujours plus conséquent avec l’Union européenne ou de l’Union européenne avec le Maroc. Beaucoup de choses ont été faites, mais beaucoup reste à faire en matière d’énergie, d’industrie, c’est-à-dire de chaînes de valeurs, en matière aussi de capital humain, de normes et de standards ».

« Si on a un désajustement des normes et des standards, c’est évidemment un élément qui crée du désalignement. (…) [En Europe], on parle toujours de la monnaie, c’est important, mais chaque pays européen avait ses normes, ses standards pour l’électricité, pour tel ou tel produit industriel, alimentaire etc. Mais il y avait encore ce qu’on appelle des barrières non tarifaires, c’est-à-dire que nos produits se heurtaient à des normes qui, fondamentalement, étaient des standards protectionnistes. Jacques Delors, [il a mené] un travail de fourmi, rubrique par rubrique, tous les secteurs d’activité économique et autres pour définir de manière réglementaire, législative, par des directives, des standards communs ».

« Alors, le Maroc étant un pays intelligent et qui a, depuis les années 60, une relation tout à fait particulière, tout à fait spécifique avec l’Union européenne, dans beaucoup de domaines, a déjà des normes et des standards. Mais aujourd’hui, une des grandes bagarres, justement, de cette nouvelle étape de la mondialisation et de la ré-régionalisation, c’est que chacun essaye d’imposer ses standards à l’autre. Or, dans tout ce qui va être le numérique, dans tout ce qui va être la voiture électrique, dans tout ce qui est l’intelligence artificielle, etc., ma conviction, c’est que plus les normes et les standards marocains seront équivalents à ceux de l’Union européenne, plus cette intégration se poursuivra et plus on aura d’investissements européens au Maroc et vice-versa ».

« Ça, c’est la première dimension. Et puis, la deuxième dimension, et c’est là aussi où nous sommes parfaitement en phase avec la vision de Sa Majesté, c’est de voir le Maroc, comme une plateforme, entre l’Union européenne et le Sahel et l’Afrique de l’Ouest« .

« Et là, pour des tas de raisons historiques, religieuses, économiques, humaines, etc., vous avez une relation beaucoup plus ancienne, beaucoup plus stable que nous avons nous-mêmes, même si nous avons été le colonisateur, mais c’est sans doute parce que nous avons été le colonisateur qu’aujourd’hui, dans un certain nombre de ces pays, nous avons coupé les liens, ou ils ont coupé les liens avec nous ».

Selon nos études, le Maroc est le pays le mieux perçu par les opinions publiques au Sahel

« Il ne s’agit pas là-dedans de contester ou de partager avec le Maroc, ce qu’il fait déjà très bien tout seul et qu’il continuera à faire. Mais nous avons, nous, la conviction, -dans le dialogue que nous avons avec vos autorités- qu’il y a aussi des choses à faire ensemble. Je prends un exemple. Je reviens toujours sur le développement économique, mais c’est important, sur l’énergie… Le Maroc a marqué beaucoup de points. On a fait des études, y compris par nos services d’intelligence, qui montrent qu’au Sahel, par exemple, le Maroc est le pays qui est le mieux perçu par les opinions publiques. Je ne dis pas par rapport à qui, pas par rapport à nous, mais par rapport à… Mais il n’en reste pas moins qu’au Sahel, comme en Afrique de l’Ouest, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, il y a d’autres acteurs, et des acteurs qui ne sont pas forcément ni les amis du Maroc, ni les amis de la France. Je ne parle pas des amis… Bon, il y a la Russie, qui est une puissance particulière et qui joue plus en défense qu’en attaque ».

« Mais la Turquie, la Chine, ce ne sont pas des ennemis ni du Maroc, ni de la France. Ce sont des gens qui n’ont aucune raison de nous faire de la place. Et je suis convaincu que dans bien des domaines,  la connectivité, l’investissement dans les infrastructures, l’énergie, l’investissement économique, les travaux publics, la culture, nous avons des choses à faire ensemble. Ce que fait le Maroc tout seul, très bien. Ce que fait la France toute seule, on fait encore un certain nombre de choses dans un certain nombre de pays, heureusement. Mais nous pouvons, en plus, faire des choses ensemble qui nous renforceront dans notre solidarité, notre communauté de destin, par rapport à des concurrents, des adversaires, parfois même des ennemis. Et je ne parle pas des aspects de sécurité, mais qui sont très importants pour éviter que se reconstitue, par exemple, dans le Sahel, je caricature un peu, une sorte de Daesh, d’ISIS, qui menacerait finalement tout le monde ».

« Parce que nous, on sait très bien que les attentats de Paris de 2015, par exemple, ils ont été en grande partie organisés à Raqqa. Donc, il ne faut jamais croire qu’une zone un peu lointaine et un peu désertique n’a pas la capacité d’envoyer des métastases jusqu’au cœur de nos villes. Donc, ces enjeux de sécurité, de lutte contre la radicalisation et de coopération sont essentiels. Donc, tout ça pour dire que nous nous reconnaissons très bien. Et si cela peut être défini comme une feuille de route conjointe, nous n’avons pas d’autre stratégie. Enfin, nous avons une convergence de vues et de visions stratégiques avec celles du Maroc. Et je pense que de ce point de vue-là, quand on partage la même analyse du monde et les mêmes intérêts, il est plus facile de faire des choses ensemble ».

La France a la capacité d’être un allié et un partenaire utile du Maroc, sans monopole ni paternalisme

« Je reste absolument convaincu que ce partenariat -pour être aux côtés, même si c’est parfois derrière, du Maroc- dans la réalisation de sa stratégie qui correspond finalement à la nôtre, la France a encore la capacité d’être un allié et d’être un allié de l’ensemble du peuple marocain. Elle a la capacité d’être un allié et un partenaire utile, sans exclusives, sans monopole, sans paternalisme... Le Maroc a raison de voir la France autour de la table et de vouloir avec elle, comme nous voulons avec lui, refonder justement cet agenda très ambitieux, plus d’Europe, plus d’Afrique, tout ça à partir du Maroc, autour du Maroc.

« Je pense que nous pouvons être un partenaire utile d’un certain poids parmi d’autres pour transformer encore l’essai de la réussite formidable qu’a connue le Maroc au moins depuis 25 ans. Mais il y avait déjà de bonnes bases avant. Cette université porte le nom de celui qui les avait posées [université Hassan II]. Ça veut dire beaucoup de choses de notre part. Ça veut dire qu’on soit capables, pour être à la hauteur de ce rôle que vous pourriez souhaiter nous redonner, d’être un des grands partenaires pour les 20 ans à venir ».

Mobiliser beaucoup de moyens financiers, d’expertise, de formation

« Ça veut dire qu’on soit capables de mobiliser beaucoup de moyens, des moyens financiers, des moyens d’expertise, qu’on accepte, comme on l’a fait d’ailleurs, de mettre ici des investissements en matière industrielle, en matière de recherche, équivalents à ceux qu’on fait chez nous. Qu’on soit capables d’avoir une ambition en termes de capital humain… ».

« Soit on se protège et on met des barrières et on passe son temps à essayer de virer les illégaux et à faire entrer le minimum de gens. Ça, c’est le côté police. Mais elle ne peut pas non plus être l’autre extrême qui est le brain drain, c’est-à-dire on va venir faire notre marché ici et rafler les ingénieurs, les médecins, les techniciens marocains ou subsahariens. Et donc, l’avenir, il est dans un pacte extrêmement sincère, clair, ambitieux sur le fait que dans ce Maroc absolument central, dans cette zone de coprospérité qui me semble à moi faire sens, la clé, c’est d’arriver à assurer la formation d’un nombre considérable de jeunes marocains, français aussi ou européens, subsahariens, parce que la démographie du Maroc est aujourd’hui supérieure à la notre, mais chacun sait que c’est assez temporaire, finalement ».

« Donc, si on raisonne à l’échelle de 30-40 ans. Et c’est vraiment en arrivant à assurer la formation de milliers de milliers de jeunes, tant au niveau supérieur, doctorant, médecin, qu’au niveau intermédiaire, technicien supérieur, parce que c’est la clé du développement pour tout le monde. C’est la clé d’émergence, c’est les techniciens supérieurs. Et pour nous, même un pays comme le nôtre, c’est la clé pour ne pas descendre d’une catégorie. Quand vous savez qu’une des grandes fiertés de la France, qui est aussi un des sujets d’avenir, y compris pour vous, dans le deal énergétique où le Maroc sera une plateforme d’énergie, d’exportation d’énergie considérable pour l’Europe et pour nous, mais nous aussi, nous relançons un programme nucléaire, qui est quelque chose qui nous caractérise par rapport à la plupart des pays européens ».

« Mais la clé, c’est cette communauté de destin, euro, marocco, subsaharienne. Vous avez des universités publiques et privées absolument formidables. On peut faire du Maroc un endroit où les jeunes Marocains continuent à s’éduquer, où les subsahariens viennent se former, où des Français viennent se former, où des Européens et à partir du Maroc irriguer notre région euro-maroco-africaine pour réaliser notre destin et ne pas être dépendants des grands ensembles, donner des perspectives à nos populations, permettre à nos entreprises d’avoir la main-d’oeuvre répondant aux enjeux et puis assurer notre solidarité ».

 

Déclarations de Lecourtier sur le Sahara: une hirondelle ne fait pas le printemps

L’ambassadeur français à Rabat Christophe Lecourtier a affirmé vendredi dernier au sujet du Sahara marocain qu’il serait illusoire et irrespectueux d’espérer construire de nouvelles relations avec le Maroc, avec une ambition affirmée, sans changer la position de la France sur ce dossier. Cette déclaration est une prise de conscience qui arrive juste à temps et qui ne prête à aucune autre interprétation que celle qu’il est temps pour Paris de reconnaître une évidence, celle de l’intégrité territoriale du royaume.

Cette déclaration a été certes annoncée dans une conférence publique ouverte et non dans un lieu officiel où on aurait pu lui donner plus de solennité et de crédibilité. L’ambassadeur français a certainement reçu le feu vert de son département pour faire ce petit pas qui annonce une prise de conscience de ce que Rabat réclamait depuis longtemps. La reconnaissance de l’intégrité territoriale est un passage obligé à tout projet de partenariat solide et pérenne.

Le discours royal d’août 2022 à l’occasion du 69e anniversaire de la révolution du Roi et du peuple est on ne peut plus claire. Il soulignait le cadre dans lequel devrait se situer dorénavant toute coopération avec l’extérieur. Le Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement disait SM le Roi. Puis en direction de nos partenaires, il affirmait que « nous attendrions qu’ils clarifient et revoient le fond de leur positionnement d’une manière qui ne prête à aucune équivoque« .

Ce fort message royal qui a recadré l’action extérieure et redéfini en même temps les contours dans lesquels devraient évoluer nos relations avec les autres nations a été saisi par les chancelleries étrangères à Rabat. L’ambassadeur d’un pays est certes chargé d’exécuter les instructions et ses fonctions sous l’autorité de son ministère de tutelle. Il est aussi censé être un concepteur et initiateur de nouvelles démarches pour reconfigurer la politique de son pays à l’égard du pays où il exerce afin de mieux protéger ses intérêts.

Les ambassadeurs sont donc toujours plus sollicités en temps de crise qu’en temps de calme et de paix pour apporter des solutions, faire évoluer les positions et trouver des sorties honorables pour toutes les parties. La récente sortie de l’ambassadeur français à Rabat s’inscrit sans doute dans ce cadre. Il sait que l’image de la France a été écorchée auprès des Marocains par sa politique humiliante des visas, et ses interventions au parlement européen pour contrer les intérêts du Maroc pour ne citer que ces faits.

Cette sortie de l’ambassadeur français paraît être sollicitée par le nouveau chef de la diplomatie de son pays pour œuvrer à la conception de nouvelles démarches qui permettent de faire évoluer, dans le bon sens, les  relations bilatérales. Cela commence toujours par mettre les mots sur les maux pour ouvrir les cœurs et les esprits aux promesses de demain. Les lenteurs actuelles qu’on observe dans l’évolution des rapports du Maroc avec la France sont essentiellement dues à l’implication anti-marocaine du ministre Séjourné lui-même durant son passage en tant qu’eurodéputé.

On a relevé les difficultés que le ministre laissait apparaitre dans sa dernière sortie avec la presse sur le Maroc. Il affirmait qu’il allait s’investir personnellement pour améliorer les relations avec le Maroc et répondre à la demande de Macron. À la Commission des Affaires Étrangères de l’Assemblée Nationale, il a été mis en difficulté également par les députés français sur le même sujet. On le voyait peu convaincant, n’évoquant point les souvenirs douloureux dont il a été acteur. Devant les parlementaires, il n’a gardé là encore que les perspectives que lui a tracées le président Macron.

Vue sous cet angle, la sortie de l’Ambassadeur français devance, pour le moment, la politique prônée par le nouveau ministre français Stéphane Séjourné qui, face aux taches immenses qui l’attendent, n’a pas encore trouvé ses marques. La mobilisation d’une grande partie de la classe politique française qui réclame de resserrer les relations avec Rabat en raison des liens humains, économiques, culturels et stratégiques entre les deux pays, ne peut qu’être prise en compte par le Quai d’Orsay.

En définitive, la démarche de l’ambassadeur français ne peut être appréhendée comme un acte pour plaire aux Marocains.  C’est une démarche constructive et pro-active basée sur ce qu’il a accumulé comme contacts au Maroc depuis son arrivée en décembre 2022. Un tel événement ne signifie jamais un changement total de politique, de situation ou de perspective. Ce n’est qu’une déclaration qui n’engage pour le moment que l’Ambassadeur. La prudence doit donc être de rigueur des deux côtés avant d’y voir un peu plus clair.

L’ancien Premier-ministre britannique David Lloyd George disait qu’on peut tout faire par petits pas mesurés, mais il faut parfois avoir le courage de faire un grand saut, un abîme ne se franchit pas en deux petits bonds. Lloyd était lui britannique.

Marocanité du Sahara : messages implicites de Christophe Lecourtier, ambassadeur de France à Rabat ?

Lecourtier: comment la France voit le Maroc et ce qu’elle propose pour l’avenir

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Lecourtier: comment la France voit le Maroc et ce qu’elle propose pour l’avenir

En raison de l’intérêt du sujet, des mots précis et du discours riche livrés par Christophe Lecourtier, nous livrons ci-dessous la vidéo de l’événement ainsi qu’un vebatim fidèle des propos de l’ambassadeur de France. Nous publierons une lecture de ces propos ultérieurement. Lecourtier est arrivé au Maroc en décembre 2022, en pleine glaciation. Actuellement, le temps semble amorcer un dégel progressif des relations bilatérales.

Voici ce qu’en dit Christophe Lecourtier [vidéo à la fin de l’article]:

L’ambasadeur de France se déclare « très impressionné parce que le sujet dont on parle, les relations entre la France et le Maroc, est un sujet très important, très ancien lui aussi. Et moi, je ne suis qu’un petit maillon à un petit moment de cette longue histoire. Mais comme tout maillon d’une chaîne, il faut être sûr qu’il tient, il peut renforcer cette chaîne-là. C’est quelque chose que j’ai eu l’occasion de dire à peu près dans ces termes à des personnes extrêmement illustres de votre royaume. C’est une histoire unique ».

« Mais ce qui est sûr, c’est que c’est une relation charnelle. Elle est unique parce qu’elle est charnelle et parce qu’elle est charnelle, elle est difficile à délier. Comme un ADN qu’on ne peut pas dissocier pour en faire deux personnes différentes ».

« Mais en même temps, rien ne serait plus arrogant, rien ne serait plus sot que de dire que parce qu’elle est unique, parce qu’elle est charnelle, parce qu’elle est ancienne, tout va de soi et tout va forcément se rétablir tout seul dans le meilleur des mondes. Je reprends tout à fait à mon compte et je ne conteste pas le fait qu’il puisse y avoir sinon une crise, du moins une période dont nous ne pouvons pas nous satisfaire et qui appelle des remédiations ».

« Ma carrière, pour ne pas parler de moi plus longtemps que vous ne l’avez fait, se caractérise à travers tous les jobs que vous avez bien voulu rappeler, mais surtout par le fait que j’ai été, comme junior et puis un peu moins junior, un assez bon observateur de toutes les circonvolutions, les évolutions du monde des 20 dernières années, des 25 dernières années, avec une époque qu’on a pu appeler la mondialisation heureuse, il y a 25 ans peut-être ».

« Et puis aujourd’hui, une époque qui est caractérisée par une démondialisation, ou en tout cas des conflits de diverses natures qui détruisent totalement le paradis auquel certains avaient rêvé ».

« Je vous rappelle, après la chute du mur de Berlin, certains philosophes américains parlaient de la fin de l’histoire, comme si à un seul coup toutes les contradictions qui pouvaient être les nôtres, au sud, au nord, à l’est, à l’ouest, avaient pu se résoudre dans une sorte d’Éden libéral fortement inspiré par les États-Unis. Ça s’est terminé quelques mois après en Irak, on a bien vu la suite.

« En tout cas, j’ai été un assez bon observateur et j’ai eu à certains moments, y compris en ce moment beaucoup, la possibilité d’être un acteur avec un petit A, mais comme j’ai dit tout à l’heure, aucun maillon d’une chaîne n’est négligeable à partir du moment où il essaye d’être utile ».

L’enjeu n’est pas une réconciliation pour une belle photo style Paris Match

« L’enjeu pour nous, on parle beaucoup de réchauffement, de retrouvailles, je souscris tout à fait à ces termes-là, mais ce n’est évidemment pas une réconciliation pour une belle photo, pour Paris Match, pour une sorte de chronique mondaine où on se retrouverait, on s’embrasserait, on se dirait que tout ça était passager et qu’on repartirait comme avant ».

« D’ailleurs, qu’est-ce que c’est l’avant ? On va pas revenir à l’époque de Jacques Chirac, c’était sûrement une belle époque, mais ça commence à dater. On pourrait revenir à l’époque de Nicolas Sarkozy, je l’ai accueilli il y a trois jours encore à Marrakech ».

« Nous les Français, nous avons peut-être perdu un peu la connaissance, l’intimité avec le Maroc, peut-être plus que vous »

« Donc c’est illusoire. Et si nous voulons, ce qui est vraiment le cœur de ma mission, mais aussi ce que souhaitent mes autorités, je crois ici aussi au Maroc, si nous voulons être utiles, nous devons, et je pèse les mots, essayer de renouveler la relation. Essayer, parce que rien n’est jamais acquis. Renouveler, parce que c’est bien ça dont il s’agit. Et la relation, c’est évidemment le cœur de tout. Et en partant du principe tout à fait simple, mais qu’il vaut mieux redire à chaque fois, que nous nous connaissons moins, ou en tout cas que nous les Français, nous avons peut-être perdu un peu la connaissance, l’intimité avec le Maroc, peut-être plus que vous ».

« Nous avons gardé des lunettes dont les verres ne sont plus adaptés à la réalité du Maroc »

« La deuxième chose qui découle de la première, c’est que ce pays a changé en bien des aspects, et pour le mieux. Et que, parfois, nous n’avons pas su mettre nos montres à l’heure, et nous avons gardé des lunettes dont les verres ne sont plus adaptés à la réalité du Maroc. Ça procède un peu du même sujet ».

« La deuxième chose, on y reviendra, ou la troisième chose, c’est que le monde a terriblement changé, et il continue à changer. Et que notre relation, on n’est pas tous les deux sur une île déserte, dans une piscine. qui ne seraient occupées que par la France et le Maroc. Il y a beaucoup de gens autour ».

« Et la troisième chose que parfois on oublie un peu ici, c’est que la France a changé et je conteste, on pourra peut-être répondre à des questions, l’idée est qu’elle soit sortie de l’histoire ».

« Il y avait une phrase très malheureuse du président Sarkozy il y a quelques années, j’ai été son collaborateur, je le connais, on s’aime bien, mais ça ne s’appliquait pas du tout au Maroc. Mais en allant en Afrique subsaharienne, un monsieur qu’on connaît, qui avait voulu faire une figure de style, avait écrit une phrase stupide qui était «l’homme africain n’est pas encore entré dans l’histoire». Juste comme ça. Bon, c’était stupide. Enfin, il y a des égards… »

« Mais de la même manière, on entend parfois ici, c’est peut-être pas formalisé de la même manière, mais que la France serait sortie de l’histoire. Pas forcément de celle avec le Maroc. Je le conteste aussi, il y a bien des égards ».

« Nous sommes dans une phase de mue, un peu comme un serpent, vous savez, tous ces animaux qui, à un moment donné, perdent leur peau. Alors, évidemment, il y a un moment où on ne sait pas si c’est l’ange ou si c’est la bête qui va sortir de ça. Mais cette mue, elle est l’expression d’une vitalité. Et je suis convaincu, pour quand même bien connaître mon pays, parce que quoi que diplomate, j’ai eu l’occasion de passer beaucoup de temps en France, de m’occuper beaucoup de problématiques françaises. Et je vois le verre à moitié plein dans notre pays, avec aussi tous ses défauts. Donc je ne vais pas être trop long, mais je vais me limiter à quatre idées ».

1. L’année 2023 n’a pas été si mauvaise que ça

« La première idée, c’est que l’année 2023 n’a pas été si mauvaise que ça, pour les relations franco-marocaines. Et que notre intimité humaine, assez unique, s’est renforcée dans bien des domaines ».

« Certes, on n’a pas eu de visites présidentielles, on n’a pas eu beaucoup de visites officielles, etc. Mais si on regarde toute une série d’indicateurs qui prouvent la vitalité de cette relation, tous sont en hausse dans des proportions considérables. Regardez le tourisme. Maroc a connu en 2023 une performance assez remarquable, pas très loin, je crois, des 15 millions de touristes. Là-dedans, il y a 5 millions de Français. Alors vous allez me dire, il y a des franco-marocains, mais il y en avait avant aussi. Nous sommes à plus d’un tiers des touristes qu’accueille le Royaume. Tous les murs des métros de Paris étaient couverts il y a quelques semaines encore d’affiches. Et il n’y a pas d’autres pays au sud où les Français aient envie d’aller. Le Maroc est plébiscité« .

« C’est même gênant quand on va dans certaines villes marocaines, parce qu’on a l’impression qu’il y a plus de Français que de Marocains, en tout cas dans la Médina de Marrakech, par exemple. J’étais allé avec un ministre et pas le moindre, il y a quelques mois, à Marrakech. Au début, il voulait connaître un peu plus la Médina. A la fin, il était en campagne électorale, parce qu’il y avait des selfies partout avec des compatriotes ».

« C’est quand même important. On a pu parler de désamour, mais ça n’a eu aucun effet sur la volonté des Français de venir au Maroc et de le connaître dans toute sa diversité, sa richesse, son accueil, sa générosité. Autre élément, qui n’est quand même pas négligeable, on est un peu plus financiers, c’est que jamais les remittances, les transferts financiers venant de l’étranger, et en particulier de France, n’ont été aussi importants ».

« Le Maroc a en gros 110, 120 milliards de dirhams, en tout cas en 2022, mais je crois que ça s’est encore augmenté en 2023. Là-dedans, les Français représentent encore 32-33%. C’est 30 milliards de dirhams qui sont venus cette année et en hausse de 17% par rapport à l’année précédente. Ça dit aussi quelque chose sur cette intimité culturelle. Ce sont des Marocains ou des Franco-Marocains, mais voilà, ils sont en France, ils travaillent, ils envoient leur argent ».

Visas: Macron a dit que ce fut une mauvaise décision qui nous a éloignés de nos amis et abîmé notre image

« Sur les fameuses histoires des visas, … Là, je sens que c’est le moment du sketch qui est le plus écouté. D’abord, le président de la République lui-même, je ne veux pas faire de politique, mais c’est vrai que l’inspiration qui avait présidé à ces mesures, peut être interpellée, peut-être questionnée, mais j’y étais. Au mois d’août dernier, 2023, à la conférence annuelle au cours de laquelle le président de la République française réunit tous les ambassadeurs et tous les corps constitués de la République, il a clairement dit que c’était une mauvaise décision, qu’elle nous avait éloignés de nos amis, qu’elle avait abîmé notre image, je l’ai dit d’ailleurs ici à la radio, en citant ni plus ni moins que les propos publics qu’il avait tenus ».

« En 2023, c’était une instruction qui m’avait été donnée, nous avons accordé 100.000 visas de plus par rapport à l’année 2022, soit 241.000 visas pour des ressortissants marocains ».

« Vous allez me dire que ça ne marche pas encore assez bien, (…) nous avons fait du Maroc de loin après la Chine, – la Chine a 1 milliard 400 millions d’habitants- le premier pays bénéficiaire de nos visas. On peut toujours en faire plus, on veut en faire plus ».

« Ce que nous allons faire, j’y reviendrai après, c’est une politique qui va rester très quantitative, mais qui va distinguer (…) certaines catégories de visas pour que ça aille plus vite pour certains et au même rythme qu’avant pour les autres ».

« Donc, nous avons une population marocaine ou franco-marocaine en France. On ne fait pas de statistiques ethniques ou de statistiques par nationalité ou religieuses, évidemment on n’a pas le droit de faire ça. Mais, parce que normalement chez nous, il y a une seule catégorie de français. Mais quand même, il y a des études qui sont faites avec vos consulats, on est à 1,7 – 1,8 million de Marocains, franco-marocains, descendants de marocains, beaucoup. On a une population de 68 millions ». (…)

« Donc cette intimité, elle n’a pas été du tout affectée, au contraire, par cette mauvaise année. Je reviendrai aussi dans les investissements économiques, qui sont une des caractéristiques de la France, ici au Maroc. Pas pour faire plaisir, mais parce que c’est notre intérêt bien senti, c’est notre intérêt réciproque. Sur 100 dirhams investis l’année dernière au Maroc par des étrangers, 44 sont venus de la France. 44%. C’est l’office des changes [qui est la source], c’est pas des statistiques de l’ambassade ».

« Donc, là encore, on était en crise, on était en guerre froide, on a entendu tout ou lu tout, et pourtant, tous les clignotants, à part peut-être la relation politique classique, sont restés au vert ».

2. L’indépendance dans l’interdépendance

« La deuxième idée, c’est plus une problématique, c’est que notre relation, elle pourrait se caractériser, je dis ça vraiment sur la pointe des pieds, par une phrase que le général de Gaulle avait naguère utilisée, pas spécialement à propos du Maroc, mais ça peut s’appliquer aussi, c’est l’indépendance dans l’interdépendance ».

« L’indépendance, ça fait longtemps que c’est un fait ici, ça l’a été pendant des siècles et des siècles, la période française a été finalement une goutte d’eau dans l’océan de l’histoire de la culture des dynasties marocaines. Mais on a créé une interdépendance dans tous les domaines dont on a pu parler, humaine, culturelle, économique. Aujourd’hui, la question qui se pose, c’est qu’est-ce qu’elle devient, qu’est-ce qu’elle peut devenir, indépendamment de tout aspect politique. Dans un monde, vous l’avez évoqué, qui est un monde extraordinairement chaotique. Nous avons, vous avez, tout le monde d’ailleurs, enchaîné quasiment sans transition une crise financière ».

« Moi je l’ai vécue au ministère de l’économie et des finances françaises en 2008, et dans les années qui ont suivi. On a l’impression que ça relève maintenant de la préhistoire, mais ça a été terrible. La chute de Lehman Brothers et de toute une série d’établissements financiers, les milliards qui ont dû être injectés pour soutenir le secteur financier, les faillites par dizaine de milliers. Puis cette crise financière à peine commençait-elle à s’atténuer et s’est transformée en crise sanitaire. Chacun s’en souvient. Tout ça sur le fond d’une crise climatique dont chacun, et même en France, mesure les effets ».

« En tout cas, la crise climatique va durer. Et puis aujourd’hui, une crise encore plus chaude avec les conflits qu’on voit ici ou là. Et cette accusation -je ne la qualifie pas- en tout cas, cette voix qu’on entend selon laquelle il y aurait des doubles standards entre la manière dont on soutient l’Ukraine contre la Russie et la manière dont on hésite en Palestine ou en tout cas au Proche-Orient à clarifier réellement les responsabilités des uns et des autres ».

« Et puis ça débouche sur cette idée qui me semble un peu primaire, un peu du sud global, de l’idée que dans le déclin de l’Occident se reconstitueraient des solidarités entre l’Afrique, l’Asie, l’Amérique latine, qui auraient les mêmes intérêts. Ça reste à voir. Il suffit de voir l’agenda des BRICs  pour voir comment ».

« Tout ça, c’est la déconstruction totale du monde qu’on a cherché à construire les uns et les autres. Et le Maroc, de ce point de vue-là, par le rôle qu’il avait dans le camp occidental, il faut bien le dire, -pas simplement parce qu’il était à l’occident du monde arabe, mais aussi parce que vos souverains ont adhéré pleinement et on joué un rôle important dans ce qu’on appelait à l’époque de la guerre froide, le camp occidental ».

« Aujourd’hui, il n’y a plus aucun repère datant de cette époque-là. Et donc, notre relation à nous, elle est compliquée parce que elle doit cette interdépendance, elle doit se redéfinir dans un état du monde qui est complètement différent de celui qu’on a pu connaître et celui dans lequel on avait tissé nos liens. Et donc, là, ça n’a rien à voir avec la bonne ou la mauvaise entente entre nos gouvernements. Mais ça a à voir avec notre capacité à ce que ce binôme franco-marocain retrouve de la légitimité, retrouve de la dynamique dans une nouvelle donne mondiale qui ne relève pas de nous, mais qui s’impose à nous ».

Nous avons besoin l’un de l’autre

« Donc, c’est un gros challenge. Pour moi, j’ai des convictions très simples qui, je crois, sont relativement justes. La première, c’est que nous avons besoin l’un de l’autre. La France, à bien des égards, a besoin du Maroc. Elle ne peut pas rester en partie ce qu’elle est, c’est-à-dire une puissance moyenne de première division, si je puis dire, sans la fraternité avec le Maroc, parce que les complémentarités sont très nombreuses, on y reviendra.

« Et la deuxième idée, c’est que cette complémentarité, elle a toutes les raisons de se refonder, sans forcément exclure d’autres pays, notamment au sud, évidemment, au nord aussi, du Maroc, mais elle a toutes les raisons de se refonder, parce qu’on voit bien, et d’ailleurs, il y a beaucoup de théoriciens économiques ou géopolitiques qui écrivent à longueur de journée là-dessus, que la mondialisation d’il y a encore 20 ans ou 10 ans, aujourd’hui, cède la place à une sorte de re-régionalisation, à la constitution de grandes régions ».

« Alors, vous avez la Chine qui, elle-même, est une grande région, avec un certain nombre de pays satellisés. L’Inde, qui est aussi un géant, qui va chercher à défendre ses intérêts mordicus et une sphère de prospérité sans faire de cadeau à personne, ni aux occidentaux, ni à la Chine, ni à personne d’autre. Vous avez de l’autre côté les États-Unis. Je suis de ceux qui parient plutôt sur la victoire, pas au sens militaire, mais au sens modèle de développement des États-Unis à l’échelle de 20, 30, 40 ans par rapport à la Chine, pour des raisons que vous connaissez. Les Etats-Unis, dans les 20 ans à venir, ou les 25 ans à venir, vont avoir deux sujets à régler ».

« Le premier, c’est la Chine. Les États-Unis, c’est comme dans les westerns, il faut toujours qu’il y ait un ennemi. Et le deuxième sujet, c’est que les États-Unis, probablement dans 20 ans ou 25 ans, parleront plus espagnol qu’anglais ».

« Et quand on voit plus généralement l’évolution de la société, on voit qu’elle est elle-même dans une évolution considérable, mais qui n’a aucune raison de la rapprocher de l’Europe ni de l’Afrique du Nord ».

« Et donc, nous avons une sorte de communauté de destin objective, parce que si vous faites une diagonale entre l’Europe du Sud, ça passe forcément par le Maghreb. Au Maghreb, disons qu’il y en a un qui est aux abonnés absents, et puis il y a vous, même le troisième, un peu en difficulté. Donc, c’est l’Europe du Sud, le Maroc, et puis ce qui vient en dessous, sans forcément descendre jusqu’à Cape Town, au moins le Sahel et l’Afrique de l’Ouest ».

3. Communauté de destin, refonder un partenariat avec le Maroc

« Ça répond d’ailleurs, c’est mon troisième point, à la vision de Sa Majesté. Cet axe-là, il a une communauté de destin. Si on arrive à le constituer en une région ouverte, dynamique, prospère, partageuse, ça sera bon pour nous tous. Si on n’arrive pas à en faire quelque chose de commun, on aura tous les conséquences que vous pouvez imaginer en termes de déstabilisation, terrorisme, migration incontrôlée, échecs économiques, j’en passe et des meilleures ».

« Si on a cette idée, je peux vous dire que c’est l’idée du président de la République française, à mon sens, et du gouvernement français. Assez naturellement et sans vouloir faire de viles flatteries ou de flagorneries déplacées, nous en arrivons assez naturellement à converger avec la vision, avec la stratégie qui est celle du Maroc et que son souverain a exprimées de manière extrêmement claire et convaincante à plusieurs reprises, y compris dans les temps récents. Autrement dit, refonder un partenariat avec le Maroc, ça veut dire accompagner le Maroc dans la vision qui est la sienne, mais pas dans une logique philanthropique, caritative, paternaliste ».

« L’accompagner, parce que ça correspond profondément à nos intérêts et que, de mon point de vue, je ne suis pas certain qu’on ait beaucoup de plans B. Bien sûr, on a l’approfondissement de l’Union européenne, c’est très important, c’est existentiel pour nous, mais sinon, au-delà de ça… ».

« Et donc, accompagner la vision du Maroc dans deux choses. D’abord, un renforcement toujours plus conséquent avec l’Union européenne ou de l’Union européenne avec le Maroc. Beaucoup de choses ont été faites, mais beaucoup reste à faire en matière d’énergie, d’industrie, c’est-à-dire de chaînes de valeurs, en matière aussi de capital humain, de normes et de standards ».

« Si on a un désajustement des normes et des standards, c’est évidemment un élément qui crée du désalignement. (…) [En Europe], on parle toujours de la monnaie, c’est important, mais chaque pays européen avait ses normes, ses standards pour l’électricité, pour tel ou tel produit industriel, alimentaire etc. Mais il y avait encore ce qu’on appelle des barrières non tarifaires, c’est-à-dire que nos produits se heurtaient à des normes qui, fondamentalement, étaient des standards protectionnistes. Jacques Delors, [il a mené] un travail de fourmi, rubrique par rubrique, tous les secteurs d’activité économique et autres pour définir de manière réglementaire, législative, par des directives, des standards communs ».

« Alors, le Maroc étant un pays intelligent et qui a, depuis les années 60, une relation tout à fait particulière, tout à fait spécifique avec l’Union européenne, dans beaucoup de domaines, a déjà des normes et des standards. Mais aujourd’hui, une des grandes bagarres, justement, de cette nouvelle étape de la mondialisation et de la ré-régionalisation, c’est que chacun essaye d’imposer ses standards à l’autre. Or, dans tout ce qui va être le numérique, dans tout ce qui va être la voiture électrique, dans tout ce qui est l’intelligence artificielle, etc., ma conviction, c’est que plus les normes et les standards marocains seront équivalents à ceux de l’Union européenne, plus cette intégration se poursuivra et plus on aura d’investissements européens au Maroc et vice-versa ».

« Ça, c’est la première dimension. Et puis, la deuxième dimension, et c’est là aussi où nous sommes parfaitement en phase avec la vision de Sa Majesté, c’est de voir le Maroc, comme une plateforme, entre l’Union européenne et le Sahel et l’Afrique de l’Ouest« .

« Et là, pour des tas de raisons historiques, religieuses, économiques, humaines, etc., vous avez une relation beaucoup plus ancienne, beaucoup plus stable que nous avons nous-mêmes, même si nous avons été le colonisateur, mais c’est sans doute parce que nous avons été le colonisateur qu’aujourd’hui, dans un certain nombre de ces pays, nous avons coupé les liens, ou ils ont coupé les liens avec nous ».

Selon nos études, le Maroc est le pays le mieux perçu par les opinions publiques au Sahel

« Il ne s’agit pas là-dedans de contester ou de partager avec le Maroc, ce qu’il fait déjà très bien tout seul et qu’il continuera à faire. Mais nous avons, nous, la conviction, -dans le dialogue que nous avons avec vos autorités- qu’il y a aussi des choses à faire ensemble. Je prends un exemple. Je reviens toujours sur le développement économique, mais c’est important, sur l’énergie… Le Maroc a marqué beaucoup de points. On a fait des études, y compris par nos services d’intelligence, qui montrent qu’au Sahel, par exemple, le Maroc est le pays qui est le mieux perçu par les opinions publiques. Je ne dis pas par rapport à qui, pas par rapport à nous, mais par rapport à… Mais il n’en reste pas moins qu’au Sahel, comme en Afrique de l’Ouest, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, il y a d’autres acteurs, et des acteurs qui ne sont pas forcément ni les amis du Maroc, ni les amis de la France. Je ne parle pas des amis… Bon, il y a la Russie, qui est une puissance particulière et qui joue plus en défense qu’en attaque ».

« Mais la Turquie, la Chine, ce ne sont pas des ennemis ni du Maroc, ni de la France. Ce sont des gens qui n’ont aucune raison de nous faire de la place. Et je suis convaincu que dans bien des domaines,  la connectivité, l’investissement dans les infrastructures, l’énergie, l’investissement économique, les travaux publics, la culture, nous avons des choses à faire ensemble. Ce que fait le Maroc tout seul, très bien. Ce que fait la France toute seul, on fait encore un certain nombre de choses dans un certain nombre de pays, heureusement. Mais nous pouvons, en plus, faire des choses ensemble qui nous renforceront dans notre solidarité, notre communauté de destin, par rapport à des concurrents, des adversaires, parfois même des ennemis. Et je ne parle pas des aspects de sécurité, mais qui sont très importants pour éviter que se reconstitue, par exemple, dans le Sahel, je caricature un peu, une sorte de Daesh, d’ISIS, qui menacerait finalement tout le monde ».

« Parce que nous, on sait très bien que les attentats de Paris de 2015, par exemple, ils ont été en grande partie organisés à Raqqa. Donc, il ne faut jamais croire qu’une zone un peu lointaine et un peu désertique n’a pas la capacité d’envoyer des métastases jusqu’au cœur de nos villes. Donc, ces enjeux de sécurité, de lutte contre la radicalisation et de coopération sont essentiels. Donc, tout ça pour dire que nous nous reconnaissons très bien. Et si cela peut être défini comme une feuille de route conjointe, nous n’avons pas d’autre stratégie. Enfin, nous avons une convergence de vues et de visions stratégiques avec celles du Maroc. Et je pense que de ce point de vue-là, quand on partage la même analyse du monde et les mêmes intérêts, il est plus facile de faire des choses ensemble ».

4. La France a la capacité d’être un allié et un partenaire utile du Maroc, sans monopole ni paternalisme

« Je reste absolument convaincu que ce partenariat -pour être aux côtés, même si c’est parfois derrière, du Maroc- dans la réalisation de sa stratégie qui correspond finalement à la nôtre, la France a encore la capacité d’être un allié et d’être un allié de l’ensemble du peuple marocain. Elle a la capacité d’être un allié et un partenaire utile, sans exclusives, sans monopole, sans paternalisme... Le Maroc a raison de voir la France autour de la table et de vouloir avec elle, comme nous voulons avec lui, refonder justement cet agenda très ambitieux, plus d’Europe, plus d’Afrique, tout ça à partir du Maroc, autour du Maroc.

« Je pense que nous pouvons être un partenaire utile d’un certain poids parmi d’autres pour transformer encore l’essai de la réussite formidable qu’a connue le Maroc au moins depuis 25 ans. Mais il y avait déjà de bonnes bases avant. Cette université porte le nom de celui qui les avait posées [université Hassan II]. Ça veut dire beaucoup de choses de notre part. Ça veut dire qu’on soit capables, pour être à la hauteur de ce rôle que vous pourriez souhaiter nous redonner, d’être un des grands partenaires pour les 20 ans à venir ».

Mobiliser beaucoup de moyens financiers, d’expertise, de formation

« Ça veut dire qu’on soit capables de mobiliser beaucoup de moyens, des moyens financiers, des moyens d’expertise, qu’on accepte, comme on l’a fait d’ailleurs, de mettre ici des investissements en matière industrielle, en matière de recherche, équivalents à ceux qu’on fait chez nous. Qu’on soit capables d’avoir une ambition en termes de capital humain… ».

« Soit on se protège et on met des barrières et on passe son temps à essayer de virer les illégaux et à faire entrer le minimum de gens. Ça, c’est le côté police. Mais elle ne peut pas non plus être l’autre extrême qui est le brain drain, c’est-à-dire on va venir faire notre marché ici et rafler les ingénieurs, les médecins, les techniciens marocains ou subsahariens. Et donc, l’avenir, il est dans un pacte extrêmement sincère, clair, ambitieux sur le fait que dans ce Maroc absolument central, dans cette zone de coprospérité qui me semble à moi faire sens, la clé, c’est d’arriver à assurer la formation d’un nombre considérable de jeunes marocains, français aussi ou européens, subsahariens, parce que la démographie du Maroc est aujourd’hui supérieure à la notre, mais chacun sait que c’est assez temporaire, finalement ».

« Donc, si on raisonne à l’échelle de 30-40 ans. Et c’est vraiment en arrivant à assurer la formation de milliers de milliers de jeunes, tant au niveau supérieur, doctorant, médecin, qu’au niveau intermédiaire, technicien supérieur, parce que c’est la clé du développement pour tout le monde. C’est la clé d’émergence, c’est les techniciens supérieurs. Et pour nous, même un pays comme le nôtre, c’est la clé pour ne pas descendre d’une catégorie. Quand vous savez qu’une des grandes fiertés de la France, qui est aussi un des sujets d’avenir, y compris pour vous, dans le deal énergétique où le Maroc sera une plateforme d’énergie, d’exportation d’énergie considérable pour l’Europe et pour nous, mais nous aussi, nous relançons un programme nucléaire, qui est quelque chose qui nous caractérise par rapport à la plupart des pays européens ».

« Mais la clé, c’est cette communauté de destin, euro, marocco, subsaharienne. Vous avez des universités publiques et privées absolument formidables. On peut faire du Maroc un endroit où les jeunes Marocains continuent à s’éduquer, où les subsahariens viennent se former, où des Français viennent se former, où des Européens et à partir du Maroc irriguer notre région euro-maroco-africaine pour réaliser notre destin et ne pas être dépendants des grands ensembles, donner des perspectives à nos populations, permettre à nos entreprises d’avoir la main-d’oeuvre répondant aux enjeux et puis assurer notre solidarité ».

 

https://medias24.com/2024/02/17/marocanite-du-sahara-messages-implicites-de-christophe-lecourtier-ambassadeur-de-france-a-rabat/

https://medias24.com/2024/02/18/declarations-de-lecourtier-sur-le-sahara-une-hirondelle-ne-fait-pas-le-printemps/

Marocanité du Sahara : messages implicites de Christophe Lecourtier, ambassadeur de France à Rabat ?

L’ancien ministre français des Affaires étrangères, Michel Jobert, déclarait un jour des années 80 à l’auteur de ces lignes, qu’un ministre des Affaires étrangères « doit être le prince de l’ambiguïté ». On peut supposer que ce qui vaut pour le ministre des Affaires étrangères, s’étend mécaniquement à tout le corps diplomatique. Y compris l’ambassadeur de France au Maroc.

Vendredi 16 février, Christophe Lecourtier s’est longuement exprimé sur les relations maroco-françaises, devant un parterre universitaire, économique et politique, à l’invitation de la Fondation universitaire Links présidée par Mohamed Berrada.

Dans son exposé, il a longuement parlé de l’avenir des relations entre les deux pays, dans le cadre d’un partenariat nouveau à créer ensemble. Mais il a évité LA question principale: la marocanité du Sahara.

Comme on pouvait s’y attendre, les premières questions de la salle ont porté sur le Sahara, d’une manière directe. Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain des relations internationales [1:08:26, vidéo ci-dessous] rappelle une citation du Roi: « la question du Sahara est le prisme par lequel nous évaluerons les relations avec les pays étrangers ». Il ajoute: « Pour régler définitivement ce problème politique, il faudrait à mon avis une déclaration soit du président Macron, soit du ministre des affaires étrangères parce que jusqu’ici ils disent que le soutien au plan d’autonomie est UNE base ».

La deuxième question est posée par M. Salaheddine [1:11:02] étudiant en master d’accompagnement entrepreneurial: « Suite à la déclaration récente du ministre français des affaires étrangères, Monsieur Séjourné, comment pensez-vous agir pour réchauffer assez vite ces relations, notamment dans le contexte de l’absence de la reconnaissance du Sahara marocain ? »

La réponse de l’ambassadeur est la suivante [1:12:30]:

« Comment voulez-vous qu’on puisse prétendre avoir l’ambition que j’ai essayé de décrire [reconstruction volontariste et ambitieuse des relations maroco-françaises, question à laquelle nous consacrons un article à part] sans prendre complètement en compte les préoccupations majeures, qui sont celles du Royaume, sur la question dont vous avez parlé ? Il serait totalement illusoire ou, comment dire, irrespectueux, stupide de considérer qu’on va construire ce que j’espère qu’on arrivera à construire, brique après brique, pour le bonheur de nos deux nations et puis aussi de quelques autres voisines, que ce soit au nord ou au sud, sans clarifier ce sujet dont tout le monde, à Paris en tout cas, au-dessus de moi, reconnaît, connaît le caractère essentiel pour le Royaume, hier, aujourd’hui et demain ».

Comment qualifier cette déclaration? Une jolie phrase bien tournée, pleine de sous-entendus prometteurs, mais non engageante et imprécise. Michel Jobert avait donc raison.

Cela étant, si reconnaissance il doit y avoir, elle ne sera exprimée que par Macron ou son ministre des Affaires étrangères. Attendons donc.

 

Lecourtier: comment la France voit le Maroc et ce qu’elle propose pour l’avenir