Arbitrages CIRDI : le Maroc face à plus de 25 milliards de DH de réclamations
Plus de 25 milliards de dirhams au total. Le montant est substantiel. C’est le cumul des indemnisations réclamées au Maroc dans les procédures d’arbitrage international actuellement pendantes devant le CIRDI. Des litiges à forts enjeux, portés par des investisseurs étrangers, qui mettent en cause l’action de l’État dans des secteurs aussi sensibles que les mines, l’énergie, les déchets ou l’immobilier.
Précision importante : ces montants ne préjugent en rien de l’issue des procédures. Au CIRDI, l’historique du Royaume montre que ce dernier a déjà obtenu gain de cause. Et même en cas de condamnation, les indemnisations réclamées sont souvent réduites, parfois de manière drastique : soit par décision des arbitres, soit dans le cadre d’un accord transactionnel.
À ce jour, quatre affaires impliquant le Royaume du Maroc sont en cours devant le CIRDI. Détails.
→ Contre Corral d’Al Amoudi, le Maroc veut réduire une indemnisation déjà largement rabotée par les arbitres
On le croyait bouclé par une sentence arbitrale rendue en juillet 2024. Mais ce dossier autour de la raffinerie « la Samir » connaît une deuxième vie.
Le Royaume souhaite réduire davantage une indemnisation déjà très en deçà de la demande initiale formulée par Corral. Liée à l’homme d’affaires saoudien Mohammed Al Amoudi, l’entité suédoise tablait sur un dédommagement avoisinant les 28 MMDH.
Le recours du Maroc est toujours à l’examen. En attendant une décision, le Royaume bénéficie d’un sursis à exécution de la sentence principale. Cette suspension a été récemment confirmée par le comité ad hoc chargé d’instruire la demande d’annulation.
Corral Morocco Holding reproche au gouvernement marocain des violations du traité bilatéral maroco-suédois relatif à la protection des investisseurs. Il estime, entre autres griefs, que son adversaire lui a « exproprié » son investissement lié à la société Samir, raffineur en liquidation dont il est l’actionnaire majoritaire.
→ Potasse à Khémisset : alerte sur les finances publiques
C’est le dossier le plus récent, mais aussi celui qui fait peser le risque financier le plus lourd sur les finances publiques marocaines. Introduit le 23 mai 2025, le contentieux engagé par Emmerson Plc, à travers ses filiales Khemisset UK Ltd. (britannique) et Potasse de Khemisset S.A. (marocaine), vise à obtenir une indemnisation de près de 2,2 milliards de dollars américains, soit environ 19,8 milliards de dirhams.
En cause, un projet de mine de potasse à Khémisset, que les investisseurs disent avoir été empêchés de mener à terme à la suite de manquements imputés aux autorités marocaines. Ils invoquent une violation du traité bilatéral d’investissement Maroc–Royaume-Uni de 1999.
Le Maroc est représenté par Naciri & Associés et A&O Shearman, tandis que les requérants ont mandaté le cabinet américain Boies Schiller Flexner, basé à Londres, Washington et New York.
La procédure vient tout juste de débuter. Aucune mesure n’a encore été ordonnée par le tribunal arbitral, qui n’est pas encore constitué à ce stade.
→ Affaire Pizzorno : une transaction signée, le dossier suspendu et bientôt clos
Ouvert en août 2023 devant le CIRDI, le contentieux entre le groupe français Pizzorno Environnement et le Royaume du Maroc s’achemine vers une résolution amiable.
D’après nos informations, les deux parties ont conclu un accord transactionnel, dont la mise en œuvre est en cours. Le montant réclamé par l’entreprise française dépassait 400 millions de dirhams. L’indemnisation transactionnelle sera forcément inférieure à cette demande.
La procédure arbitrale a été formellement suspendue jusqu’au 23 juin 2025, en vertu d’un accord commun. Si la transaction est finalisée, le retrait de la procédure CIRDI suivra. Selon nos informations, ce dossier est définitivement « réglé ».

Parmi les quatre dossiers impliquant le Maroc au CIRDI, ce litige est l’un des moins documentés. Spécialiste de la collecte et du traitement des déchets, Pizzorno Environnement accusait le Royaume d’avoir résilié « abusivement » un contrat de gestion déléguée dans la région Rabat-Salé-Kénitra. L’ancien gestionnaire pointe ainsi des violations du traité bilatéral d’investissement signé entre le Maroc et la France en 1996, notamment un traitement inéquitable de ses activités sur le territoire marocain.
→ Litige TM Grupo : un promoteur espagnol réclame plus de 3,3 MMDH pour des projets à Tamesna et Tanger
Parmi les affaires en cours devant le CIRDI, le différend opposant le Maroc à Comercializadora Mediterránea de Viviendas (ex-Marina d’Or Loger) est des plus sensibles. Le promoteur espagnol réclame un total de 339,3 millions d’euros (soit plus de 3,39 milliards de dirhams) au titre de deux projets immobiliers avortés.
La première partie du litige concerne la ville nouvelle de Tamesna, où l’investisseur réclame 252,5 M€ pour des pertes prétendument causées par le non-respect d’engagements publics en matière d’équipements et d’infrastructures. Ce projet, engagé dès 2004, devait s’inscrire dans une vaste opération de développement urbain. Il s’est progressivement transformé en chimère.
Le second volet vise le complexe La Perla de Tanger, pour lequel 86,8 M€ sont réclamés. Marina d’Or Loger accuse l’administration marocaine d’avoir bloqué l’exécution du projet en raison de conflits internes entre autorités publiques.
Dans son mémoire en réplique, le Royaume a nié toute responsabilité et estime que l’investisseur est lui-même en défaut d’exécution.
Le dossier est toujours en cours d’instruction. Aucun développement substantiel n’est à signaler à ce stade, en dehors de décisions procédurales concernant la production de documents.