De nouveaux chiffres du HCP montrent une classe moyenne menacée de déclassement

En 2022-2023, le niveau de vie a globalement progressé, mais les inégalités persistent et la classe moyenne se trouve de plus en plus exposée au risque de déclassement, menaçant son statut et son pouvoir d’achat. C’est ce qui ressort de la récente note du haut-commissariat au Plan (HCP) sur le niveau de vie des ménages 2022-2023. Menée sur un échantillon de 18.000 foyers, elle dresse un portrait contrasté de l’évolution des conditions de vie au Maroc.

Le HCP explique que, structurellement, le niveau de vie des ménages s’améliore, sans que cette dynamique ne s’accompagne d’une réduction des inégalités. « Les politiques de filets sociaux ont un impact tangible sur la réduction de la pauvreté, mais la vulnérabilité des couches sociales non ciblées par ces politiques augmente. Ainsi, la part des ménages avec un risque de déclassement vers la pauvreté s’élargit et, pour la première fois, concerne autant les milieux urbains que ruraux ».

Un creusement des inégalités et une classe moyenne en difficulté

L’évolution du niveau de vie n’a pas été homogène :

Les politiques de filets sociaux ont un impact tangible sur la réduction de la pauvreté, mais la vulnérabilité des couches sociales non ciblées par ces politiques augmente

Le HCP conclut que « la classe moyenne n’a pas pu autant bénéficier ni des fruits de la croissance ni des politiques de redistribution ». Cette tendance traduit un risque accru de déclassement pour une frange importante de cette catégorie sociale intermédiaire, dont le pouvoir d’achat était jusqu’ici un moteur de la consommation et de la croissance économique.

L’indice de Gini, qui mesure les inégalités, est passé de 39,5% en 2014 à 40,5% en 2022, confirmant un creusement des disparités.

Une pauvreté absolue en recul, mais une vulnérabilité croissante en milieu urbain

Le taux de pauvreté absolue a diminué, passant de 4,8% en 2014 à 3,9% en 2022. Cependant, la tendance est à nuancer : la pauvreté urbaine a légèrement augmenté, atteignant 2,2% en 2022 contre 1,6% en 2014.

Au total, l’effectif de la population pauvre au niveau national est de 1,42 million en 2022, dont 512.000 en milieu urbain et 906.000 dans le rural.

Par ailleurs, la vulnérabilité économique s’accentue, notamment en milieu urbain, où la part des personnes à risque de basculer dans la pauvreté est passée de 7,9% à 9,5% entre 2014 et 2022.

Ce constat inquiète d’autant plus que cette fragilisation concerne une partie de la classe moyenne, qui peine à maintenir son niveau de vie.

Le nombre de personnes économiquement vulnérables est de 4,75 millions en 2022, dont 2,24 millions en milieu urbain et 2,51 millions en milieu rural.

Croissance du niveau de vie ralentie à cause du Covid

En 2022, le revenu annuel moyen des ménages s’établit à 89.170 DH. Près de 7 ménages sur 10 disposent d’un revenu inférieur à cette moyenne.  avec des disparités entre le milieu urbain (65,9%) et le milieu rural (85,4%).

Par personne, le revenu annuel moyen est de 21.949 DH en 2022. Il est 2,1 fois plus élevé en milieu urbain (26.988 DH) qu’en milieu rural (12.862 DH).

Par ailleurs, le HCP précise que la dépense annuelle moyenne a progressé, aux prix constants, à un taux annuel moyen de 1,1% entre 2014 et 2022.

Cependant, cette progression cache une réalité contrastée. Entre 2014 et 2019, la croissance de la dépense moyenne était de 3,1% par an, mais elle s’est retournée à -3,1% entre 2019 et 2022, une période marquée par la crise du Covid-19.

Cette dynamique a particulièrement pénalisé la classe moyenne, qui subit une pression accrue sur son niveau de vie.

Voici les chiffres de la dépense annuelle avancés de par l’institution :

Plus de charges pour l’alimentation, moins de dépenses de loisirs

L’enquête analyse l’allocation budgétaire des ménages. Elle reflète l’impact de l’inflation sur les dépenses. La part des dépenses alimentaires a augmenté, passant de 37% en 2014 à 38,2% en 2022.

De même, le logement et l’énergie pèsent plus lourd dans les budgets (+2,4 points). En revanche, les dépenses de loisirs et de culture ont chuté de 1,9% à 0,5%, traduisant une réallocation des ressources vers les besoins essentiels.

Chômage, pouvoir d’achat, perspectives d’avenir…, Nizar Baraka plaide la cause des jeunes

Cette rencontre s’est déroulée samedi 11 janvier à Casablanca en commémoration du 81ᵉ anniversaire de la présentation du Manifeste de l’Indépendance et en présence de la direction, des parlementaires et des responsables locaux et régionaux du parti de l’Istiqlal.

Le secrétaire général du PI, Nizar Baraka, également ministre de l’Équipement et de l’Eau, a choisi de plaider la cause de la jeunesse marocaine dans un discours empreint de vérité. Pour le volet diagnostic, le chef de file du PI s’est d’abord basé sur les chiffres du recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2024) pour évoquer une situation extrêmement préoccupante.

« Le taux de chômage croissant, qui a atteint des niveaux très élevés ces dernières années, jusqu’à 21,3% selon les dernières statistiques, est plus élevé chez les jeunes (39,5%) et chez les femmes (29,6%) », a rappelé Nizar Baraka qui a fait un long préambule sur le rôle joué historiquement par les jeunes dans toutes les luttes menées par le Royaume. D’ailleurs, il intervenait sur le thème Les jeunes, bâtisseurs d’aujourd’hui et de demain.

« C’est vrai… et nous le disons en toute franchise et responsabilité : la jeunesse de notre pays a des raisons objectives et légitimes de se sentir anxieuse face à l’avenir et de craindre l’incertitude, ce qui contribue à créer une crise de confiance complexe et multidimensionnelle », a enchaîné Nizar Baraka qui a aussi exprimé son inquiétude quant à la situation de la classe moyenne, cette catégorie qui a toujours été force de progrès et dont les jeunes sont le moteur.

La jeunesse de notre pays a des raisons objectives et légitimes de se sentir anxieuse face à l’avenir et de craindre l’incertitude.

« Le déclin de la classe moyenne en raison du coût élevé de la vie et de l’approfondissement des disparités sociales, malgré les efforts consentis en matière de couverture de santé, d’accompagnement social, d’augmentation des salaires et de réduction de l’impôt sur le revenu, ainsi que la rareté et la fragilité des emplois créés, et donc les possibilités limitées de promotion sociale pour les jeunes », analyse M. Baraka qui appelle à un sursaut national par et pour les jeunes.

« Aujourd’hui, il existe des opportunités aux niveaux régional, continental et international qui ne peuvent être transformées en moteurs de croissance et en projets créateurs de richesses que grâce à la mobilisation et à l’engagement de la jeunesse », affirme-t-il.

« Des opportunités pour asseoir le Maroc comme une puissance régionale et internationale montante et comme un pôle de stabilité et de prospérité à l’échelle régionale et continentale. L’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal est une étape importante pour démontrer nos capacités dans tous les domaines », poursuit-il.

Et d’enchaîner: « Nous disposons encore, grâce à Dieu, d’un potentiel de jeunesse prometteur dans lequel il convient d’investir (…) et dans lequel nous devons lui fournir une offre globale, intégrée, capable de libérer les énergies des jeunes dans les différents domaines et secteurs dont notre pays a besoin pour les chantiers actuels et à venir ».

Le manque de réponse politique et culturelle à ces défis complexes (…) alimente les tensions et les fractures au sein de la société et crée un climat d’incertitude et d’anxiété qui conduit à une perte de confiance dans les institutions et les partis politiques.

Sur un autre registre, Nizar Baraka a exprimé l’inquiétude de son parti quant à la conjoncture actuelle marquée par la succession des années de sécheresse, notamment.

« La fréquence des phénomènes naturels extrêmes (sécheresse, inondations et pénurie d’eau) dus au changement climatique et leurs impacts négatifs sur la résilience des jeunes et les moyens de subsistance vitaux des générations futures, notamment avec l’exacerbation des phénomènes épidémiques et des crises sanitaires ces dernières années, avec leurs répercussions humaines, économiques et sociales », détaille le SG du PI pour qui la solution réside en une réponse politique et culturelle.

« L’absence d’une réponse politique et culturelle à ces défis complexes (…) alimente les tensions et les fractures au sein de la société et crée un climat d’incertitude et d’anxiété qui conduit à une perte de confiance dans les institutions et les partis politiques », affirme Nizar Baraka.

« Il convient de souligner ici que ces craintes et ces raisons objectives d’anxiété ne disparaîtront pas d’elles-mêmes et ne se dissiperont pas à moins que les jeunes ne passent de la zone d’attente à la zone d’action et de contribution à la formulation de solutions et d’alternatives, et prennent l’initiative avec le pouvoir de suggestion et de participation », conclut Nizar Baraka sur ce registre.

Voici les apports du nouveau plan d’aménagement de Rabat

En 2023, un nouveau plan d’aménagement de la ville de Rabat, élaboré par l’Agence urbaine de Rabat-Salé-Kénitra, avait été soumis à une enquête publique d’un mois à compter du 24 août. Inspiré du Nouveau modèle de développement (NMD), ce projet, présenté comme faisant partie d’une nouvelle génération de planification urbaine, n’avait pas été adopté par le conseil communal de Rabat en raison d’un blocage politique survenu l’année précédente et qui n’avait été résolu qu’avec la démission de l’ancienne maire de la capitale, Asmaa Rhlalou (RNI).

Après l’expiration du délai de 12 mois suivant la date de clôture de l’enquête publique, le projet de plan d’aménagement était devenu caduc puisqu’il n’avait pas été homologué et publié dans le Bulletin officiel, tel que précisé dans l’article 27 de la loi 12-90 relative à l’urbanisme.

Le 28 novembre 2024, une nouvelle version du plan d’aménagement de Rabat a été soumise à une enquête publique. Elle a ensuite été approuvée par le conseil communal de Rabat lors d’une session extraordinaire le 12 décembre dernier.

Cette nouvelle version du plan d’aménagement, bien qu’apportant quelques modifications et de nouvelles approches, reste globalement similaire à la précédente en termes d’objectifs et de zonage.

Au regard de l’enjeu majeur que représente l’organisation de la Coupe du monde 2030 et compte tenu du rôle important de ce document dans le développement urbain de la capitale, il est à espérer que son approbation ne rencontrera pas d’obstacles significatifs pour son homologation.

Le diagnostic mené pour ce plan d’aménagement a révélé une série de problématiques, notamment un déclin démographique important à Rabat.

La population de la ville est passée de 627.932 habitants en 2004 à 577. 827 en 2014, puis à 515.619 en 2024. Au-delà du taux de natalité, ce déclin s’explique aussi par un déficit migratoire particulièrement marqué chez la population active, ce qui accélère le vieillissement dans la capitale.

Selon ce diagnostic, cette diminution est liée essentiellement à la cherté de l’offre immobilière qui ne permet pas l’installation de nouveaux ménages. Ces derniers privilégient les villes environnantes (Salé, Témara, Tamesna…), plus accessibles et moins chères.

Les similitudes avec l’ancien document

Le nouveau plan d’aménagement a adopté les mêmes objectifs que son prédécesseur, dont voici les principaux :

Le nouveau document d’urbanisme propose les mêmes grands classements, avec les mêmes grandes subdivisions, à savoir :

Davantage d’opportunités hôtelières

À l’exception de l’arrondissement de Souissi, le nouveau plan d’aménagement prévoit des mesures incitatives pour les projets hôteliers sur l’ensemble du territoire urbanisable.

Toutefois, les règles de construction (occupation du sol, utilisation du sol, hauteur, etc.) sont soumises à l’approbation d’une commission présidée par le wali de la région. Afin d’atteindre cet objectif, il a été décidé de créer une nouvelle zone hôtelière verte, constituée d’espaces naturels. Cette mesure devrait permettre de développer une offre hôtelière innovante à la veille de la Coupe du monde 2030.

Une nouvelle zone a également été délimitée pour accueillir de grands équipements publics structurants et des établissements hôteliers, essentiels au bon fonctionnement de la métropole. L’implantation des équipements au sein de cette zone est soumise à l’avis conforme d’une commission présidée par le wali.

Dans le quartier de Souissi, une nouvelle zone a été délimitée pour accueillir des projets de villégiature. L’occupation du sol sur cette zone ne pourra excéder 20% dans des surfaces minimales d’au moins 10.000 m².

Requalification du quartier de l’Océan

Une autre nouveauté majeure de ce plan d’urbanisme est la requalification du quartier historique de l’Océan réputé pour sa vue panoramique sur l’Atlantique, afin de le mettre en valeur et de lever toutes les contraintes entravant son attractivité. Le nouveau plan d’aménagement prévoit principalement :

  1. La reconversion de sa corniche en fixant la règle de la superficie minimale de 700 m² où les projets à valeur économique sont fortement encouragés ;
  2. La reconversion de friches urbaines existantes en équipements, parkings, hôtels, restaurants et commerces ;
  3. La restauration et la conservation des bâtiments habités portant l’indice CO présentant une valeur patrimoniale avérée ;
  4. La réhabilitation et mise en valeur de 4 bâtiments à forte valeur patrimoniale actuellement désaffectés et délabrés.

Rénovation urbaine des quartiers Akkari, Farah, Bouregreg , Rachad, Inbiaât et Al Maouada

L’ancien plan d’aménagement prévoyait une zone d’intervention prioritaire dans les quartiers de Farah, Bouregreg et Rachad. Cette zone a été étendue pour inclure les quartiers d’Inbiaât et d’Al Maouada, tous situés dans l’arrondissement de Youssoufia. Ces quartiers sont caractérisés par une forte densité d’habitat illégal ou précaire, des conditions de vie insalubres et un risque élevé de glissements de terrain en raison de la topographie escarpée et de la nature instable du sol.

Dans le quartier Akkari, une zone de rénovation urbaine a été placée sous surveillance foncière en attendant l’élaboration d’un plan détaillé et d’un cahier des charges précisant les règles d’urbanisme, les aménagements paysagers et les normes architecturales. Toutefois, la réfection et/ou la restauration des constructions existantes et des équipements publics sont autorisées dans cette zone, sous réserve d’un avis favorable de la commission présidée par le wali de la région et à condition de ne pas compromettre la réalisation du projet de rénovation urbaine.

Optimisation de l’étalement urbain dans les nouvelles zones ouvertes à l’urbanisation

Ce nouveau document d’urbanisme fait suite à un plan d’aménagement sectoriel de Akrach (Phase I) qui prévoyait d’ouvrir à l’urbanisation une zone d’environ 420 hectares. Désormais, aucune autorisation de construire ou de lotir ne sera délivrée dans le secteur d’Akrach sans le raccordement préalable aux voiries et divers réseaux.

En attendant l’élaboration d’une étude d’aménagement opérationnelle intégrée, une seconde zone, celle de Boustane (arrondissement Hay Ryad), pourrait être ouverte à l’urbanisation. Cette zone à vocation mixte devrait, en complément du plateau d’Akrach, contribuer à alléger le marché foncier de la capitale qui est actuellement sursaturé.

Ce document prévoit également, dans cette seconde zone, un secteur spécifique donnant sur la rocade n°3. Étant donné sa situation géographique privilégiée, son urbanisation sera soumise à l’avis d’une commission présidée par le wali, qui déterminera sa vocation principale et les règles de construction applicables.

L’étude d’aptitude à l’urbanisation (EAU), menée afin d’évaluer la vulnérabilité du territoire face aux différents risques naturels (inondations, érosion côtière, glissements de terrain, séismes), a montré un degré de risque modéré à fort dans ces deux zones. Cette étude a révélé que le phénomène d’amplification des ondes sismiques rend ces deux zones particulièrement vulnérables au risque sismique. Par conséquent, la hauteur maximale de construction sécurisée a été fixée à R+6, sous réserve d’études spécifiques.

Renforcer la classe moyenne : un grand chantier toujours en attente

La classe moyenne est pressée comme un citron. C’est la perception qui se dégage de la lecture du PLF 2024 et de toutes les lois de finances des gouvernements qui se sont succédé depuis au moins quinze ans. Le dernier geste fait par un gouvernement à l’adresse de cette classe remonte à l’ère El Fassi (2007-2011), avec la baisse importante de l’IR opérée par le ministre des Finances de l’époque, Salaheddine Mezouar. Depuis, les revendications de cette classe sont passées au second plan.

Abdelilah Benkirane justifiait cela par l’existence d’une priorité : sortir les gens de la pauvreté. « Quand les pauvres mangeront à leur faim, on pourra alors penser à ceux qui mangent un peu mieux », disait-il. El Otmani a emprunté la même voie. Et le gouvernement actuel ne semble pas dévier de cette politique.

Une classe hors champ des réformes sociales et fiscales

Depuis son accession aux affaires, l’exécutif a lancé plusieurs grandes réformes : la réforme de l’IS et de la TVA pour le volet fiscal ; la généralisation de la protection sociale et la mise en place de mécanismes d’aides directes pour le volet social. Dans ces deux grands axes de la politique gouvernementale, la classe moyenne est absente. Elle en sort même perdante dans la majorité des cas.

À l’exception des aides au logement qui seront instituées dès l’année prochaine et qui ciblent une partie de cette classe, aucune mesure directe n’a été prévue pour renforcer le pouvoir d’achat des cadres, salariés, fonctionnaires et professions libérales qui ne vivent pas dans la pauvreté, mais ne sont pas riches non plus. Au sein du gouvernement, on nous dit également que les mécanismes des aides directes ciblent une partie de la classe moyenne, celle qui figure en bas de l’échelle, puisque les scores sur lesquels se base la distribution des aides peuvent inclure des ménages considérés comme faisant partie de la classe moyenne. L’objectif de cette mesure est louable puisque cela va empêcher une partie de la classe moyenne inférieure de sombrer dans la pauvreté, mais la majorité de cette catégorie reste hors champ des aides.

Une catégorie sociale qui souffre de l’inflation galopante, de la hausse des frais de scolarité dans le privé, de la hausse des droits de douane et de la TVA sur plusieurs produits de consommation et d’équipement à partir de l’année prochaine, mais qui ne bénéfice de rien en retour.

Le projet gouvernemental misait sur la réforme de l’éducation et de la santé pour soulager le pouvoir d’achat de cette catégorie, mais la première réforme est bloquée, et la seconde a encore besoin de temps pour porter ses fruits. En attendant, cette classe sociale, qui constitue selon les critères du HCP 51,1% de la population (sur la base du revenu et des dépenses), est appelée à payer le prix fort des réformes publiques ; elle qui contribue le plus à l’impôt sur le revenu ou encore à la TVA sur la consommation.

Même quand on lui offre une protection sociale, pour ceux qui exercent un métier libéral, on lui demande de passer à la caisse, ce qui est logique, mais vécu comme une injustice faute de mesures anti-inflation ou de décisions fiscales à même de renforcer son pouvoir d’achat. Une étude du CESE publiée en mai 2021 estime pourtant que la montée en puissance d’une classe moyenne au Maroc est un préalable au développement et un grand facteur de stabilité politique.

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« Grâce à sa capacité d’épargne, à son soutien à la consommation et à son rôle fondamental dans le financement des systèmes de protection sociale, l’existence d’une classe moyenne représente un puissant levier de financement de l’investissement », souligne ce rapport du CESE. « Elle constitue en outre un facteur de stabilité politique, car elle est généralement le reflet d’une plus grande cohésion sociale, d’inégalités moins marquées et d’un ascenseur social en marche », ajoute le rapport. C’est pratiquement le même constat et la même recommandation que ceux du rapport sur le Nouveau Modèle de développement ou encore des Assises de la fiscalité de 2019, qui ont clairement identifié les injustices fiscales subies par cette classe, pivot de l’économie et de la société.

La lutte contre la pauvreté n’est pas antinomique avec la protection de la classe moyenne

Cette année encore, le focus des politiques publiques est fait sur les classes vulnérables. Chose à laquelle personne ne peut s’opposer. Mais cet objectif noble n’est pas antinomique avec celui de la protection de la classe moyenne ou de son renforcement.

La majorité des individus de cette classe sociale vont même souffrir des politiques qui seront mises en place, surtout après deux années de forte inflation : hausse de la TVA sur l’eau et l’électricité, relèvement des droits de douane des équipements électroniques, mais aussi décompensation partielle du gaz butane sans aucun amortisseur social ou fiscal.

Les mesures pour protéger cette classe sociale stratégique ne sont pourtant pas révolutionnaires ou très coûteuses, comme l’estiment plusieurs experts, dont ceux du CESE.

En plus d’une réforme sérieuse et rapide de l’éducation − compartiment de dépense auquel les familles de la classe moyenne réservent 9% de leur budget mensuel selon le CESE − et des systèmes de santé, autre trappe budgétaire pour les familles, il s’agit, selon les différentes institutions qui ont étudié le sujet, de procéder à quelques réaménagements fiscaux.

Le CESE comme la CSMD recommandent par exemple l’introduction d’une fiscalité des ménages plus favorable, qui tienne compte des personnes à charge et d’une partie des dépenses liées à l’éducation des enfants, le tout consolidé par des allocations familiales plus en phase avec la réalité socio-économique des familles. On ne parle pas ici d’une baisse franche de l’IR individuel, mais d’un calcul de l’impôt qui prendrait en compte le concept de ménage, de famille.

Autre mesure qui peut introduire un peu d’équité et lever le sentiment d’injustice perçu par cette classe : mettre au moins sur un pied d’égalité la taxe sur le travail et la taxe sur le capital.

Des mesures que les familles attendent depuis une décennie, mais qui s’avèrent de plus en plus urgentes dans le contexte économique actuel, marqué par une forte érosion du pouvoir d’achat des ménages.

De nos discussions avec certains responsables gouvernementaux, il ressort que l’exécutif a conscience de ces problèmes et qu’il compte bien s’y attaquer. Mais la priorité est pour l’instant donnée aux classes vulnérables. La classe moyenne, silencieuse et qui manque de bons avocats dans l’arène politique, a attendu quinze ans ; elle pourra bien patienter deux ou trois ans de plus…