Fact-checking. Le Maroc n’importe plus de gaz butane algérien depuis 2022

Depuis quelques jours, plusieurs médias algériens affirment qu’une hausse du prix du gaz butane est prévue au début de l’année 2026 au Maroc, et que cette hausse serait liée à une décision d’Alger de couper ses exportations de butane vers le Royaume.

Selon eux, le Maroc subirait ainsi une chute de l’offre qui inciterait le gouvernement à poursuivre la réforme de la compensation et à relever les prix des bonbonnes. Ce récit est complètement faux.

Prix du butane : une décision budgétaire

Le prix du gaz butane au Maroc n’est pas fixé par le marché. Il est administré par l’État à travers la Caisse de compensation, qui prend en charge la différence entre le coût réel d’importation et le prix de vente au consommateur.

Cette évolution s’inscrit dans une démarche de maîtrise et de rationalisation du système de soutien, visant à passer d’un régime de subventions généralisées à un dispositif de ciblage plus efficace, fondé sur des aides sociales directes destinées aux ménages éligibles.

Dans ce cadre, le programme prévoyait une première hausse de 10 DH en mai 2024, suivie d’une seconde augmentation de 10 DH au début de 2025, puis d’une troisième au début de 2026, afin d’atteindre un prix cible de 70 DH. Toutefois, après la revalorisation appliquée en 2024, l’augmentation programmée pour 2025 n’a finalement pas été mise en œuvre.

Selon nos informations, aucune décision pour appliquer une nouvelle hausse en 2026 n’a été prise pour le moment.

Le projet de loi de finances 2026 ne prévoit aucune poursuite de la réforme de la compensation. Il se limite à indiquer que l’enveloppe globale de la Caisse s’élèvera à environ 13,8 MMDH.

Les importations marocaines du gaz butane

Contrairement à ce que la presse algérienne laisse entendre, le Maroc n’importe plus de butane d’Algérie. Les données de l’Office des changes montrent qu’en 2021, l’Algérie représentait encore environ 19% des importations, avant de disparaître complètement du tableau à partir de 2023.

Aujourd’hui, le Maroc s’approvisionne principalement auprès des États-Unis, qui assurent près de 77% des importations de butane en 2024, contre 76% en 2023 et 70% en 2022. L’Europe représente la deuxième source, avec une part stable autour de 23% à 26% sur les trois dernières années.

L’Algérie, autrefois un fournisseur notable avec près de 20% des importations jusqu’en 2021, a complètement disparu du paysage depuis 2023. Cette évolution confirme une réorientation complète des flux vers les marchés américain et européen et l’absence totale de dépendance à l’Algérie.

Source : Office des changes

La réalité économique contredit la narration algérienne

L’idée d’un lien entre un éventuel arrêt algérien et une hausse des prix au Maroc n’a donc aucun fondement. Le Maroc s’approvisionne auprès d’un marché international liquide et diversifié. Les cargaisons peuvent provenir d’Espagne, de France, des Pays-Bas ou d’autres pays, selon les conditions du marché et du fret maritime.

Les déterminants réels du coût du butane au Maroc sont bien connus. Ils dépendent de trois variables : les cours internationaux du propane et du butane, le taux de change du dirham, et les frais logistiques d’importation et de distribution.

Les prix peuvent donc fluctuer dans les comptes de la Caisse de compensation sans que les consommateurs marocains ne voient de différence sur leurs factures. Le gouvernement choisit de maintenir cette stabilité pour préserver le pouvoir d’achat et éviter tout choc social.

Ainsi, la thèse selon laquelle l’Algérie « punit » le Maroc en coupant le butane, provoquant ainsi une hausse des prix, est absurde.

Compensation. Le PLF 2026 prévoit une enveloppe de 13,8 MMDH

L’année 2024 a été caractérisée par une forte volatilité des cours internationaux, et cette instabilité s’est prolongée sur les huit premiers mois de 2025. Malgré ce contexte tendu, la facture de compensation a nettement reculé.

Il convient toutefois de souligner que, selon le PLF 2026, le gouvernement maintiendra une politique de soutien forte. Le rapport sur la compensation prévoit une enveloppe de 13,8 MMDH dédiée à la compensation.

Un net repli des subventions en 2025

Pour le gaz butane, la subvention de la bonbonne de 12 kg s’est établie en moyenne à 53,47 DH entre janvier et août 2025, en baisse de 14% par rapport à la même période de 2024. La charge budgétaire correspondante atteint 8,5 MMDH, soit un repli de 17% sur un an.

Ce recul s’explique par la détente des cours internationaux, la meilleure gestion des approvisionnements et un ajustement des mécanismes de compensation.

Le soutien au sucre suit la même tendance globale. Sur la période janvier-août 2025, la subvention à la consommation du sucre raffiné s’élève à 3,1 MMDH, en légère progression de 0,8%. En revanche, la charge à l’importation du sucre brut a chuté de 74%, à seulement 356 MDH, conséquence d’une amélioration de la production mondiale, notamment au Brésil et en Thaïlande.

Au total, la charge combinée sucre raffiné + sucre brut recule de 23% pour atteindre 3,4 MMDH.

Pour le blé tendre et face à une production nationale affectée par la sécheresse, l’État a maintenu la suspension des droits de douane et octroyé une subvention à l’importation. Celle-ci a atteint en moyenne 6,3 DH/quintal entre janvier et août 2025, contre 13,2 DH un an plus tôt, soit une réduction de 51%, pour une charge totale de 257 MDH.

En incluant le soutien à la farine nationale, la facture atteint 1,1 MMDH, en baisse de 29%.

En 2022, les dépenses de compensation ont atteint 42 MMDH

Le ministère de l’Economie et des finances a publié la situation des charges et des ressources du Trésor à fin décembre 2022.

Il ressort que le déficit budgétaire s’est établi à 69,5 MMDH ou 5,1% du PIB, en amélioration de près de 0,4 point de PIB, comparativement aussi bien aux réalisations de 2021 qu’aux prévisions de la loi de finances 2022.

Globalement, les recettes ordinaires progressent plus rapidement que les dépenses ordinaires. A fin décembre, elles augmentent de 18,8% par rapport à 2021, à 304,3 MMDH.

Concernant les recettes non fiscales, elles étaient à 48,6 MMDH à fin décembre 2022, en hausse de près de 29% ou 11 MMDH en valeur. Les recettes en provenance des EEP ont progressé de 22,7% à 13,1 MMDH, dont 6,5 MMDH versées par l’OCP, 4 MMDH par l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie, 786 MDH par Maroc Telecom et 738 MDH par Bank Al-Maghrib.

Les recettes fiscales, quant à elles, progressent de 17,4% à 252 MMDH. Elles ont notamment été poussées par la hausse des recettes de l’IS, en augmentation de 40% par rapport à 2021 à 62,4 MMDH. Celles de l’IR ont évolué de 8,1% à 48 MMDH. Les recettes de TVA ont augmenté de 15,2% à 75 MMDH à fin 2022.

Les dépenses ordinaires progressent de 14,5% à 373,8 MMDH, poussées notamment par l’explosion des dépenses de compensation, en progression de 92% d’une année sur l’autre. Elles franchissent la barre des 42 MMDH.

Notons que durant le dernier mois de l’année, les dépenses de compensation ont explosé par rapport au mois précédent. Fin novembre, elles franchissaient la barre des 30 MMDH. Cela signifie que, sur un mois, les charges de compensation ont bondi de près de 12 MMDH.

Ci-dessous, le détail de l’évolution des recettes et des dépenses du Trésor.