Édition juridique : Artemis et Juridia dos à dos devant les juges

Artemis poursuit son offensive contre ses concurrents. L’éditeur marocain de contenus juridiques a engagé une action en contrefaçon contre Aritale Maroc Sarl, éditrice de la base de données Juridia. L’affaire est portée devant le tribunal de commerce de Rabat.

La société requérante accuse sa rivale d’avoir plagié sa propre base de données, déposée et exploitée à titre exclusif. Selon nos informations, Artemis demande l’arrêt de toute distribution, promotion et utilisation de la base Juridia, ainsi qu’un dédommagement. Juridia est un système développé par cette société, reposant sur l’IA.

Ouvert en avril 2025, le procès a déjà donné lieu à trois audiences. La prochaine se tiendra ce mercredi 11 juin.

En parallèle, l’éditeur avait initié une procédure en référé dans le but d’obtenir la suspension immédiate de la diffusion de Juridia. Mais le juge des référés s’est déclaré incompétent pour statuer sur la saisine, le contentieux relevant du fond.

Juridia dénonce un « parasitage judiciaire »

Pour l’heure, les représentants d’Aritale Maroc n’ont pas encore déposé leur mémoire de réponse. Sollicitée par Médias24, une source proche de Juridia dénonce un « parasitage judiciaire ». Selon notre interlocuteur, « Artemis profite de sa position dominante pour saboter une start-up naissante ».

« On ne peut pas nous reprocher de copier une base à laquelle nous n’avons même pas eu accès et, a fortiori, que nous n’avons jamais consultée ».

La source relève également ce qu’elle considère comme des griefs infondés : « Ils nous reprochent même d’avoir copié leur système d’authentification par email et mot de passe, ce qui est une aberration ».

Le dossier revêt une dimension technique qui nécessitera vraisemblablement des expertises judiciaires.

Traitement des textes publics et droits d’auteur

Au cœur du litige, une question complexe : peut-on revendiquer des droits d’auteur sur des textes législatifs et réglementaires ? Artemis affirme que ce ne sont pas les textes en eux-mêmes qui sont protégés, mais leur traitement : classement, structuration, hiérarchisation, mise en page. Ses concurrents, eux, considèrent que les textes juridiques sont dans le domaine public, et donc accessibles à tous.

Ce débat judiciaire avait été tranché en faveur d’Artemis dans son litige face à Simulator Online. L’éditeur cherche d’ailleurs à capitaliser sur ce dossier gagné en appel après cassation. Notons que Simulator n’est pas suspendu ; seule la présentation des textes de loi est concernée, elle concerne un module sur une quarantaine.

Dans un arrêt daté du 24 avril 2025, la cour d’appel de commerce de Casablanca avait reconnu que les contenus litigieux – bien que constitués de textes législatifs publics – avaient fait l’objet d’un « traitement particulier », incluant un travail de sélection, de structuration et de hiérarchisation du contenu, ce qui justifie leur protection. Elle a souligné que le plagiat ne portait pas uniquement sur les textes, mais aussi sur « la méthode d’élaboration des pages, la présentation des textes, leur agencement, leur mise en forme », allant jusqu’à relever la reproduction « des mêmes fautes d’orthographe et de typographie ».

Les arguments de Simulator dans le procès perdu

Lors de ce précédent procès, Simulator Online contestait toute contrefaçon. L’entreprise affirmait que les contenus en cause étaient des textes juridiques publics relevant du domaine public. Elle considérait que les similitudes invoquées par Artemis portaient sur des éléments standards et non sur un quelconque effort original ou créatif.

Simulator ajoutait que les fonctions techniques de la base – recherche, tri, présentation – étaient communes à toutes les plateformes du secteur, et ne pouvaient faire l’objet d’un monopole. Elle accusait même Artemis de chercher à verrouiller un marché construit sur des contenus juridiquement libres.

Ces arguments n’ont pas convaincu la cour, qui a retenu une atteinte au droit d’auteur fondée sur la structuration spécifique de la base revendiquée par Artemis. Le montant de l’indemnisation a été porté à 100.000 dirhams.

Photographes : des barèmes tarifaires jugés contraires à la libre concurrence

Le Conseil de la concurrence a publié, ce jeudi 24 avril, un communiqué alertant sur la diffusion, dans plusieurs villes, de grilles tarifaires unifiées par des organisations professionnelles représentant les photographes. Une pratique qui, selon l’institution, pourrait contrevenir aux règles de libre concurrence.

Dans le cadre de sa mission de veille sur les marchés, le Conseil a en effet constaté la « publication par plusieurs organisations professionnelles représentant les photographes dans plusieurs villes de grilles tarifaires unifiées des prestations de photographie », ce « qui est susceptible de constituer des pratiques anticoncurrentielles au sens de l’article 6 de la loi 104.12 », lit-on dans le communiqué.

À la suite de cette constatation, les organisations concernées ont été convoquées afin de fournir des explications. À l’issue des échanges, ces dernières se sont engagées à retirer les barèmes en question « des espaces dédiés au sein de leurs locaux » et à exhorter leurs membres à cesser leur application, selon la même source.

Les associations ont par ailleurs publié des communiqués internes « annonçant également l’abrogation de l’ensemble des communications antérieures relatives aux grilles tarifaires » et rappelant « aux professionnels de la photographie leur liberté de fixer leurs honoraires en fonction des spécificités économiques de chaque professionnel du secteur », ajoute le communiqué.

Le Conseil rappelle que, conformément à la loi n° 104-12 modifiée et complétée, les prix doivent être fixés librement par le marché, sauf exceptions prévues par la loi. « Les accords sur les prix, quelle que soit leur forme, entre les membres d’une organisation professionnelle sont prohibés », rappelle l’institution, qui cite notamment les pratiques visant à fausser la formation des prix ou à restreindre l’accès au marché.

Bière Estrella Galicia : radiation confirmée par la justice marocaine

La cour d’appel de commerce de Casablanca a confirmé, le 10 avril 2025, la radiation de la marque de bière espagnole Estrella Galicia au Maroc. L’information a été obtenue par Médias24 auprès d’une source proche du dossier.

Cette décision confirme un jugement rendu un an plus tôt par le tribunal de commerce de Casablanca. Le tribunal avait alors déclaré nul l’enregistrement de la marque Estrella Galicia auprès de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC).

La procédure judiciaire avait été initiée en juillet 2023 par la société Sociedad Anónima Damm, propriétaire de la marque Estrella Damm, distribuée depuis 140 ans. Représentée par le cabinet casablancais Saidoune Law Firm, la société plaignante contestait la légalité de l’enregistrement d’Estrella Galicia, estimant qu’il s’agissait d’une reproduction illégale de sa propre marque, enregistrée au Maroc depuis 2007.

Les représentants d’Estrella Galicia avaient formulé un recours qui avait suspendu la première décision. La confirmation en appel signifie désormais que la radiation devient exécutoire. La marque sera ainsi supprimée du registre national des marques, uniquement au Maroc. Cette mesure sera diligentée par le directeur de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale, après notification de l’arrêt.

C’est un coup dur pour Estrella Galicia. Produite par la société espagnole Hijos de Rivera, elle avait été enregistrée auprès de l’OMPIC en 2021. La marque, créée au début du XXᵉ siècle, est notamment connue pour être la bière officielle du MotoGP et sponsor de l’écurie McLaren Racing en Formule 1. Elle soutient également, à titre personnel, le pilote Carlos Sainz, ancienne star de Ferrari, qui concourt aujourd’hui chez Williams.

Un gentlemen’s agreement, mais pas au Maroc

Les deux sociétés n’en sont pas à leur premier litige. Selon nos informations, Sociedad Anónima Damm avait déjà obtenu une décision similaire de radiation visant un enregistrement antérieur d’Estrella Galicia, déposé en 2013.

Dans cette première affaire, la cour d’appel de commerce de Casablanca avait justifié sa décision par la « ressemblance, allant jusqu’à l’identique » entre les marques Estrella Galicia et Estrella Damm.

Les juges avaient relevé des similitudes « au niveau de l’écriture et de la prononciation », ainsi qu’une « reproduction phonétique à travers l’usage des mêmes lettres ». La cour avait conclu à un risque de confusion pour le consommateur moyen et à un cas de « concurrence déloyale ».

Les deux sociétés avaient par ailleurs signé un accord de coexistence de leurs marques qui ne s’applique qu’aux marchés espagnol et européen.

Pharmacies et non-respect des horaires : concurrence déloyale ou faute disciplinaire ?

La Cour de cassation a tranché en faveur d’un pharmacien casablancais, déboutant un groupe de confrères qui l’accusaient de concurrence déloyale pour non-respect des horaires et des tours de garde.

La problématique est connue  : des officines pharmaceutiques sont curieusement ouvertes 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Et sans pour autant figurer sur le tableau des gardes diffusé par la profession.

Dans un arrêt rendu à l’été 2024, la plus haute juridiction du Royaume a confirmé une décision de la Cour d’appel de commerce, qui avait déjà rejeté les demandes des requérants. Les juges du deuxième degré avaient alors estimé que le comportement du pharmacien relevait plutôt d’une faute professionnelle, et qu’elle échappait donc à la qualification de concurrence déloyale.

Les 17 requérants avaient pourtant eu – partiellement – gain de cause en première instance. En 2022, le tribunal de commerce avait ordonné à la défenderesse de cesser les pratiques litigieuses, sous astreinte de 5.000 dirhams par infraction. La demande d’indemnisation, elle, avait été déclarée irrecevable.

Extrait du dispositif du jugement rendu le 14 mars 2022 :

« Sur la forme : rejet de la demande d’indemnisation anticipée et en acceptant les autres demandes. »

« Sur le fond : on ordonne au défendeur de cesser les actes de concurrence déloyale, en respectant les horaires d’ouverture et de fermeture de sa pharmacie conformément aux permanences de garde, sous peine d’une astreinte de 5000 dirhams pour chaque infraction constatée après la signification du présent jugement et son caractère définitif, en le condamnant aux dépens, et en rejetant le surplus des demandes. »

Les motivations de l’arrêt de la Cour de cassation ne sont pas encore connues, mais on sait qu’elles entérinent le raisonnement adopté par la Cour d’appel. Ce dernier, accessible sur le site jurisprudence.ma — plateforme du cabinet Bassamat & Laraqui et de Me Zineb Laraqui — révèle que la Cour d’appel a fondé sa décision de rejet en opérant une distinction entre la faute disciplinaire et la concurrence déloyale.

Les juges ont considéré que le non-respect des horaires relève d’obligations professionnelles régies et contrôlées par les instances ordinales compétentes, conformément aux articles 102 et 111 de la loi n° 17-04.

La Cour a précisé que ce type de manquements, liés à l’organisation de la profession et à la santé publique, ne relevait pas de la loi n° 17-97 sur la concurrence déloyale. La violation de règles internes à une profession réglementée ne pouvait être qualifiée de comportement anticoncurrentiel.

La Cour a également noté l’absence de preuve d’un préjudice direct et certain. Elle a donc infirmé le jugement de première instance sur ce point et déclaré l’action irrecevable.

Au Maroc, Mercure International veut sauver sa marque Be Sport, menacée de radiation

Épinglée pour concurrence déloyale au Maroc, Mercure International of Morocco tente de convaincre les juges du maintien de sa marque Be Sport.

Adoptée l’été dernier en remplacement de la célèbre enseigne Go Sport, concurrente de Decathlon, Be Sport avait été condamnée à la « radiation » en raison de la reproduction illégale du nom commercial d’une société marocaine éponyme.

Selon nos informations, Mercure International of Morocco a fait appel de cette radiation actée par un jugement rendu en décembre 2024. Le recours est entre les mains de la cour d’appel de commerce de Casablanca, qui s’apprête à rendre son verdict. Le dossier a été mis en délibéré pour un arrêt attendu début avril 2025.

Outre l’annulation de la marque Be Sport, le tribunal de commerce avait ordonné « à la défenderesse de cesser les actes et opérations constituant une falsification et une imitation de la marque de la demanderesse [la société BeSport Maroc], sous peine d’une astreinte de 5.000 dirhams pour chaque infraction constatée après notification de ce jugement dès qu’il sera définitif ».

Pour l’heure, ces mesures n’ont pas été exécutées. Sur le site de l’OMPIC, l’état de la marque est affiché comme étant encore « enregistré ». L’issue de l’appel déterminera si l’enregistrement sera ou non annulé.

Mercure International of Morocco avait déposé la marque pour sa chaîne de magasins de produits sportifs en mai 2023. Son adversaire, une société marocaine nommée Besport Maroc, existe quant à elle depuis 2021.

Basée à Tanger, Besport Maroc est une petite entreprise familiale dirigée par les frères El Bekkali et qui opère dans l’importation de matériel de sport et de compléments alimentaires. Sa défense fait valoir l’antériorité de son nom commercial pour obtenir l’annulation de la marque enregistrée par son concurrent.

Au Maroc, Mercure International of Morocco gère plus de 24 magasins sur le territoire national. Avec un chiffre d’affaires de 241 MDH, c’est l’une des plus importantes entreprises du secteur. L’entité dirigée par Mohamed Amine Abouyoub possède des boutiques de renom telles que Puma, Adidas, Courir ou encore City Sport.

Be Sport est quant à elle une enseigne de magasins multimarques axée sur les articles de sport, présente notamment à Rabat, Marrakech et Casablanca (Morocco Mall et Anfa Place). Sur le terrain, cette dénomination avait été adoptée en février 2024, se substituant alors à son ancêtre Go Sport.

Guerre des marques : comment Lesieur a profité du litige entre Ama Detergent et Source chimiques

Ama Detergent a bien subi une radiation de sa marque Hand. Cette décision de la cour d’appel de commerce de Casablanca a été exécutée auprès de l’Office marocain de la propriété industrielle (OMPIC).

La radiation fait suite à la condamnation, en mai 2014, de la filiale d’Enosis pour avoir détourné l’appellation Hanse, marque exploitée par Source Chimiques, son concurrent sur le marché des produits de nettoyage.

Condamnée pour « concurrence déloyale », Ama Detergent devra logiquement cesser de commercialiser la marchandise contrefaite. Des échantillons ont été saisis et seront détruits. Un dédommagement de 50.000 DH sera versé à Source Chimiques, plus connue pour sa marque de nettoyage star ONI.

Cette décision touche aussi bien Ama Detergent que la société Sulfonation, autre filiale d’Enosis. Ce groupe est connu pour la marque Mio, son produit phare.

Le litige entre Source Chimiques et Ama Detergent a eu des conséquences collatérales. Selon nos informations, le géant Lesieur Cristal était également en litige avec Ama Detergent, qu’il accusait de contrefaire son produit El Kef, une des marques de savon les plus emblématiques au Maroc.

La requête de Lesieur se basait sur le fait qu’Ama Detergent avait reproduit illégalement la marque El Kef – qui signifie « la paume de la main » en langue arabe et en darija – en la traduisant en anglais, donnant ainsi l’appellation Hand.

Statuant en décembre 2024, la justice commerciale n’a pas donné raison à Lesieur, considérant que les deux marques étaient différentes de par leurs « noms et les lettres qui les composent ». L’argument de la traduction littérale a également été écarté, les juges ayant considéré que « El Kef » signifiait « The palm » (la paume) en anglais et non « Hand ».

Si, dans les faits, Lesieur Cristal a perdu contre Ama Detergent, le groupe profite néanmoins de l’issue du litige opposant cette dernière à Source Chimiques. Dans sa requête, Lesieur avait réclamé la radiation de la marque Hand, ce qui est aujourd’hui le cas. Ou quand le contentieux de la propriété industrielle est régi par la loi du karma.

Conseil de la concurrence : Mohamed Hicham Bouayad nommé rapporteur général

Avant sa nomination à ce poste, Mohamed Hicham Bouayad a assuré, depuis février 2024, la fonction de rapporteur général par intérim et a occupé, depuis septembre 2019, celle de rapporteur général-adjoint, précise le Conseil dans un communiqué.

« Monsieur Mohamed Hicham Bouayad, titulaire d’un doctorat en droit, spécialité droit de la concurrence et de la consommation, a rejoint le Conseil de la concurrence en 2009 en tant que rapporteur à la direction des Instructions, après avoir occupé le poste d’enquêteur concurrence au ministère des Affaires économiques et générales, direction des Prix et de la concurrence », conclut la même source.

Affaire Glovo au Conseil de la concurrence : le régulateur auditionne des restaurateurs

Au Conseil de la concurrence, le dossier de Glovo entame son troisième mois d’instruction. Après avoir auditionné le plaignant, un concurrent de l’entreprise espagnole sur le marché des applications de livraison à domicile (l’application Kooul), les enquêteurs s’intéressent désormais aux restaurateurs.

Sur le papier, il s’agit principalement d’un contentieux entre deux applications concurrentes. Glovo est visée par des soupçons – non encore confirmés – d’abus de position dominante sur le marché marocain. Mais le dossier touche également les restaurants en tant que partenaires de ces plateformes.

Déposée en novembre, la plainte reproche à Glovo d’imposer à ces établissements des contrats d’exclusivité les empêchant de collaborer avec d’autres applications. Ces dernières semaines, les services du Conseil ont auditionné plusieurs restaurateurs parmi les usagers de la plateforme, nous rapportent des sources du secteur de la restauration.

Confidentielles, les auditions sont appuyées par des modèles de contrats versés en annexe de la plainte. Des pièces auxquelles il faut ajouter une quantité considérable de documents saisis lors d’une perquisition retentissante effectuée en novembre dans les locaux de l’entreprise, sis à Casa Finances City (CFC).

L’essentiel des contrats en question prévoit des clauses d’exclusivité, assorties de clauses pénales. Dans ces écrits, Glovo cite nommément – et à titre non exhaustif – les concurrents avec lesquels elle interdit aux restaurants de collaborer.

Des sources proches du secteur nous décrivent des contrats souvent « types », mais parfois individualisés. Certaines franchises de grandes chaînes internationales bénéficient ainsi de clauses moins contraignantes, bien que répondant à la même logique d’exclusivité.

Au Maroc, Glovo est présente dans une quarantaine de villes, avec une moyenne de huit restaurants référencés au km². Aujourd’hui, cette plateforme règne en maître absolu sur le marché national où elle privilégie les zones urbaines. Cette posture dominante a été confortée par le retrait de Jumia Food en 2023, qui était jusque-là le seul véritable concurrent de Glovo.

Les enquêteurs se penchent sur la corrélation entre la position de Glovo et les clauses d’exclusivité imposées à ses partenaires. La finalité est de vérifier en quoi l’entreprise espagnole a utilisé ces pratiques pour évincer abusivement ses concurrents.

Quid des restaurateurs ? Les auteurs de la saisine initiale avaient plaidé, à titre principal, la cause d’un concurrent en particulier. Pour autant, l’audition des restaurateurs suggère un élargissement des investigations pour s’intéresser également au lien de dépendance économique entre Glovo et les restaurants.

L’enquête est en cours et, à ce stade, on ne parle que de « soupçons ». Les services du régulateur n’ont pas encore notifié les griefs à Glovo, qui n’a pas été officiellement mise en cause.

Ameublement : un marché en plein essor où prédominent informel et concurrence déloyale

L’ameublement, secteur porteur ancestral, commence aujourd’hui à émerger sur la scène de l’économie marocaine, de manière générale, et plus particulièrement sur celle de l’industrie, reconnaît Aymane Sami, Secrétaire général de l’Association marocaine des industriels de l’ameublement (AMIA).

« Ce secteur porteur a toujours existé au Maroc, d’abord sous une forme artisanale (tapisserie, menuiserie…). De ce tissu artisanal et traditionnel a émergé une industrie de l’ameublement développée dans un premier temps par des Français qui ont passé le flambeau plus tard à des entreprises marocaines », nous explique-t-il.

Une industrie principalement de seconde transformation

Aujourd’hui, l’industrie marocaine de l’ameublement est une industrie de seconde transformation, qui transforme le bois issu des arbres (première transformation) en des produits finaux. « Nous avons très peu d’industrie de première transformation parce que nous sommes un pays qui est très pauvre en ressources naturelles en bois. L’absence de grands gisements naturels de bois et de grandes forêts est donc l’un des premiers défis de notre industrie. Les opérateurs sont contraints d’importer la matière première. Non seulement cela revient cher, mais des complications, d’ordre juridique et fiscal, se posent également », précise Aymane Sami.

Ce défi est loin d’être le seul et unique écueil. La prédominance de l’informel et des activités non structurées en est un autre.

Quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, ce qui répond le plus aux besoins d’ameublement du Marocain, c’est le secteur de l’informel et le secteur non structuré

« Selon l’évaluation de l’AMIA, l’industrie structurée se chiffre à plus de 4 MMDH de chiffre d’affaires et à 4.000 à 5.000 emplois directs. Si on y rajoute toute la partie artisanale et non structurée, ce chiffre d’affaires atteindra facilement les 14 à 15 milliards de dirhams, ce qui est quand même une grosse partie ».

« Quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, ce qui répond le plus aux besoins d’ameublement du Marocain, c’est le secteur de l’informel et le secteur non structuré. Le Marocain se tourne vers ces opérateurs d’abord compte tenu des réseaux de distribution qui sont à proximité. Il faut savoir que 50% de la population est rurale. Le Marocain dans le rural ne va pas aller s’équiper par exemple chez Ikea puisqu’il va se diriger vers le menuisier de son village ou de la ville la plus proche ».

A ceci s’ajoute le pouvoir d’achat des Marocains. « Une grande partie de la population n’a pas un pouvoir d’achat qui lui permet d’avoir la main sur des produits d’un certain coût. Ces personnes se tournent donc naturellement vers ce circuit informel qui présente des produits, certes de qualité moins bonne, mais avec des coûts abordables. Donc là, nous avons un enjeu de taille, en tant qu’industriels structurés, pour pouvoir intégrer toute cette demande-là et pour pouvoir fournir un produit qui soit à la fois abordable et avec la qualité qui va avec ».

« Cela dit, la prédominance de l’informel est un défi pour l’industrie structurée tout simplement parce que cela veut dire que le marché a une capacité que nous ne couvrons pas encore assez. Cependant, il y a possibilité d’intégrer ce secteur informel dans le formel, de le professionnaliser pour améliorer la qualité et pour avoir des prix qui sont plus intéressants pour le consommateur final. Et puis aussi pour plus d’équité entre les players de l’économie ».

Depuis le Covid, il y a eu fort heureusement une prise de conscience et des actions qui commencent à émerger pour mettre un frein à cette concurrence déloyale

Concurrence déloyale

La concurrence déloyale est l’autre question qui se pose pour les industriels marocains de l’ameublement. « La concurrence entre opérateurs marocains et opérateurs étrangers est une question qui se pose comme dans plusieurs autre secteurs. Cette concurrence qui est due principalement à l’ouverture du Maroc sur le marché international et à la mondialisation de manière générale. Les industriels marocains de l’ameublement se raccrochent malgré la pression. Il va sans dire que la concurrence déloyale est là. Les chaînes de distribution étrangères sont épaulées par les sociétés mères, notamment sur la partie charges, la partie commerciale, le marketing ou encore sur la partie logistique. Des avantages dont les entreprises marocaines ne bénéficient pas forcément », enchaîne Aymane Sami.

« Depuis le Covid, il y a eu fort heureusement une prise de conscience et des actions qui commencent à émerger pour mettre un frein à cette concurrence déloyale. A titre d’exemple, le projet de révision de la taxe forestière. Cette révision permettra de supprimer la taxe sur l’importation de bois en matière première et le maintien à 12% de la taxe forestière pour les produits finis en importation ».

« Il y a aussi la mise en place de normes et de certifications aux produits marocains. Nous pensons qu’en augmentant et en améliorant la qualité de nos produits, et qu’en certifiant nos produits par des normes marocaines, que nous allons non seulement élever le niveau, mais aussi protéger notre industrie et protéger notre économie de produits non conformes. Un travail a été initié dans ce sens par le ministère de tutelle en partenariat avec l’Institut marocain de normalisation (IMANOR). Ce projet va permettre justement de tirer un peu le marché vers le haut et éviter d’avoir un certain nombre de produits avec une qualité qui est souvent soit médiocre, soit incontrôlée pour que ces produits cessent de pénétrer le marché marocain ».

« Pour faire face à la concurrence déloyale, nous pensons aussi qu’il faut aller encore de l’avant dans la mise en place et dans l’application réelle de la préférence nationale sur les appels d’offres et les commandes publiques », suggère en outre notre interlocuteur.

Croissance prometteuse pour le secteur malgré les défis

Malgré ces défis, les industriels de l’ameublement tablent sur une croissance prometteuse pour le secteur grâce à la dynamique qu’engendrera l’organisation par le Maroc de grandes manifestations sportives et les multiples projets immobiliers aujourd’hui en cours.

Les consommateurs marocains suite à la pandémie ont peut-être choisi de faire des économies sur les loisirs, mais il n’en est rien pour les besoins d’équipement puisque 80% à 90% de la population consomme d’abord pour répondre à un besoin primaire de l’équipement

« Il y a un fort potentiel de croissance et de développement pour l’industrie marocaine de l’ameublement. Malgré l’impact de la crise de Covid-19 sur la consommation, les besoins d’équipement primaires et obligatoires n’ont pas été impactés, par rapport aux produits soit disant secondaires, comme les produits de luxe ou les produits décoratifs. Les consommateurs marocains suite à la pandémie ont peut-être choisi de faire des économies sur les loisirs, mais il n’en est rien pour les besoins d’équipement puisque 80% à 90% de la population consomme d’abord pour répondre à un besoin primaire de l’équipement », note le Secrétaire général de l’AMIA.

« Nous tablons sur plus de croissance d’abord grâce à la préparation des grands événements sportifs que le Maroc s’apprête à organiser. Il y a également l’augmentation et la création de nouveaux logements. Aujourd’hui, nous avons un besoin en offre de logements qui est important au Maroc et qui est en train d’être comblé soit par les incitations de l’État, soit par un certain nombre de projets immobiliers qui se développent. Tout cela se traduira par des besoins en ameublement ».

Tendances de la consommation au Maroc?

Quelles sont maintenant les tendances de la consommation de l’ameublement au Maroc?

Nous observons plus d’engouement pour le design et la conception d’inspiration marocaine

« La classe moyenne, à savoir la grande majorité des Marocains, se tourne encore une fois plutôt vers les artisans et les menuisiers du quartier. Mais vous avez aussi une autre partie de la population qui, elle, se tourne vers les produits d’importation, comme étant des références en la matière pour leur qualité, leur robustesse, leur fonctionnalité, leur design ou leur prix. C’est quelque chose que nous avons constaté avec le développement, par exemple, de pas mal de chaînes de distribution de meubles, marocaines comme étrangères, dont les meubles étaient entièrement importés », répond Aymane Sami.

« Nous observons également plus d’engouement pour le design et la conception d’inspiration marocaine. Beaucoup de designers et concepteurs de lignes de mobilier sont en train de développer des produits spécifiques au Maroc, avec une vraie identité et un vrai savoir-faire marocains qui vont plus parler aux consommateurs nationaux ».

« Le Made in Morocco est de plus en plus privilégié dans notre industrie grâce aux politiques de substitution aux importations initiées par Moulay Hafid Elalamy et portées aujourd’hui par Ryad Mezzour. Nous pensons par ailleurs qu’il y a de grandes opportunités pour que le Made in Morocco se substitue aux produits chimiques importés de l’étranger pour couvrir notre besoin en mobilier. Nous considérons que notre industrie est largement capable de répondre à ces besoins-là avec des produits de la même qualité et avec des caractéristiques similaires », estime en outre notre source.

« De par la position stratégique du Maroc, et eu égard au changement stratégique des sources d’approvisionnement des pays européens depuis le Covid et à l’expansion commerciale, politique et stratégique du Maroc dans les pays africains, toutes ces possibilités sont des opportunités, pour nous industriels marocains de l’ameublement, pour améliorer également notre export », conclut notre source.