Rapport sur les écoles pionnières : syndicats et parents d’élèves en demandent la généralisation

Au regard des données, on peut considérer que l’expérience est positive. C’est la conclusion formulée par la nouvelle présidente du CSEFRS, Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique. Rahma Bourqia s’exprimait mercredi 30 avril, au cours d’une réunion du Conseil, consacrée à la présentation et à la discussion du projet de rapport relatif au projet des Écoles Pionnières.

Grosso modo, lors de la discussion, les syndicats se sont déclarés en faveur de cette réforme qui, soulignent-ils, est favorable à l’enseignant. Ce dernier travaille désormais dans de meilleures conditions, avec un environnement plus efficace et des outils plus performants.

La Fédération des associations de parents d’élèves s’est également prononcée en faveur de la réforme.

Ces deux membres du conseil ont plaidé en faveur de la généralisation des écoles pionnières.

De la discussion du projet de rapport, on peut conclure également qu’il faut continuer à suivre cette réforme, parce que les conditions de généralisation sont toujours complexes et qu’il faut des évaluations successives pour accompagner les différentes étapes.

Méthodologie des outils d’évaluation du rapport

Afin d’améliorer l’apprentissage de base, réduire le décrochage scolaire, adapter la pédagogie et valoriser les enseignants, sa méthodologie a nécessité la collaboration de 626 écoles, de 2.457 enseignants et de 8.732 étudiants qui ont répondu à de nombreux questionnaires. Ces chiffres concernent l’année 2023-2024.

Les données qui ont servi de base au rapport ont été collectées via la plateforme CSPro par 47 enquêteurs formés à cet effet avec 12 superviseurs qui ont mené des opérations de contrôle dans plusieurs écoles des régions de l’Ouest.

Pour évaluer le degré de conformité aux objectifs de l’étude, des indicateurs qui vont de 0 à 100 ont été élaborés et plus ces derniers sont proches de 100, plus le niveau de conformité aux normes de qualité est élevé.

L’évaluation des institutions, enseignants et étudiants a montré que les efforts ont permis d’arriver à un niveau de performance global satisfaisant avec un score de conformité de 79 points sur 100.

Les troix axes du concept des écoles pionnières

Le concept des écoles pionnières vise à améliorer la qualité des apprentissages, à réduire les difficultés d’apprentissage en mathématiques et en langues, à promouvoir le bien-être des élèves, à renforcer le rôle de l’enseignant et à assurer les apprentissages fondamentaux.

Les mesures prises dans ce contexte s’articulent autour de trois axes principaux : l’élève, l’enseignant(e), et l’établissement.

Au niveau de l’élève, le projet vise principalement à surmonter les difficultés d’apprentissage en mathématiques et en langues, grâce à l’adoption d’une approche d’enseignement explicite et de l’approche Teaching at the Right Level (TaRL).

Avant son déploiement à grande échelle, ce projet a été expérimenté dans 626 écoles primaires lors de l’année scolaire 2023-2024. En 2024-2025, elle a été étendue à 2.600 écoles et 1,3 million d’élèves.

L’évaluation effectuée par le Conseil supérieur vise à mesurer le degré de conformité des indicateurs de ces établissements avec les critères initialement définis pour le projet Les Écoles Pionnières. Elle cherche également à identifier les principaux facteurs de succès des grands axes du projet, à tirer les leçons des défis rencontrés lors de sa mise en œuvre, ainsi qu’à mettre en lumière les disparités entre les régions et au sein des régions afin d’assurer une mise en œuvre plus équitable lors de la phase de généralisation.

Dans le détail, la dimension institution relative à la sécurité et à la propreté des écoles ciblées a atteint un degré élevé de congruence de 83 points, mais l’analyse a montré que certaines écoles nécessitent une attention particulière en termes de propreté des installations sanitaires, qui a enregistré le score de conformité le plus faible (59 points) à l’image des régions de Souss-Massa (40 points) et de Tétouan-Tanger-Al Hoceima (56 points).

Bien que la plupart des institutions aient obtenu des scores supérieurs à 75 points, certaines éprouvent encore des difficultés à atteindre les résultats escomptés. En effet, l’écart de score entre l’institution la plus et la moins performante est de 42 points.

Si les institutions rurales ont obtenu des résultats proches de celles en milieu urbain (78 points contre 80 points), dans les zones urbaines, on note que les pourcentages d’établissements très performants (27 %) et ceux moins performants (23 %) sont assez proches mais dans la ruralité, il y a moins d’écoles très performantes (13 %) et un plus grand nombre peu performants (35 %).

On observe aussi des différences lorsqu’on étudie le degré de congruence par région, notamment entre la région de l’Est qui obtient 86 points et 69 points pour celle de Dakhla-Oued Ed-Dahab.

Des professeurs plus performants dans les zones urbaines

Concernant l’axe relatif aux performances des enseignants, la dimension pédagogique a obtenu 86 points, soit la moyenne la plus élevée qui reflète, selon le rapport, leur engagement à appliquer les méthodes spécifiées.

Sachant que la qualité de l’éducation dépend de la qualité de la formation des enseignants, de leurs pratiques en classe et des ressources pédagogiques, ces éléments constituent des dimensions essentielles auxquelles les institutions doivent adhérer selon les normes requises.

Ainsi, les institutions présentent un degré moyen de conformité de 60 points, avec une différence notable entre les zones urbaines et rurales en faveur de la zone urbaine (68 points contre 48 points).

Cette différence est attribuée à la faible performance des institutions rurales qui ont réalisé un score moyen de 47 points tandis que les institutions urbaines ont enregistré un score moyen de 82 points.

Au niveau régional, la région de l’Oriental se distingue par sa haute performance, reflétée par son score de conformité de 93 points, alors que celles de Beni Mellal-Khenifra, Drâa-Tafilalet et Dakhla-Oued Eddahab ont respectivement obtenu 12 points, 16 points et enfin 35 points.

Des progrès en termes d’apprentissage, mais des difficultés persistent

Pour l’axe des étudiants, la dimension relative à l’accompagnement et à la gestion des difficultés d’apprentissage a obtenu 87 points, ce qui témoigne de leur suivi efficace au niveau national.

Ainsi, les établissements ont enregistré un score moyen de 76 points pour le temps d’apprentissage et de 70% pour l’évaluation du temps d’absence des étudiants qui s’explique soit par des maladies (52%) soit par des problèmes familiaux (24%).

En termes de progrès d’apprentissage, les résultats sont généralement satisfaisants, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, où des scores de 84 et 83 points ont été enregistrés. mais l’analyse régionale révèle des différences significatives entre des régions comme Guelmim qui a obtenu 96 points alors que Beni Mellal et de Dakhla ont obtenu respectivement 70 et 73 points.

Concernant l’engagement des établissements à fournir le soutien nécessaire aux élèves qui continuent à faire face à des difficultés d’apprentissage même après avoir bénéficié de séances de soutien intensives, les résultats montrent une performance moyenne de 87 points, sans différence significative entre les zones urbaines et rurales.

L’amélioration a cependant été notable en mathématiques et en français par rapport à l’arabe, avec 67% et 62% des élèves qui ont vu leur niveau s’améliorer, contre seulement 50% dans la langue arabe.

En conclusion, bien que le programme des écoles pionnières ait permis des avancées indéniables dans l’amélioration des apprentissages fondamentaux, sa réussite à long terme dépendra de la capacité à surmonter les défis régionaux, structurels, pédagogiques, méthodologiques et organisationnels.

En 2025-26, la couverture en écoles pionnières atteindra 51% de l’ensemble. 2 à 3 années plus tard, tout le primaire sera couvert.

Cette année 2024-25, cette expérience s’est également étendue à 230 collèges pionniers et 200.000 élèves.

Les effets de la réforme commenceront à devenir très visibles dans 5 à 6 ans, avec une remontée probable du Maroc dans les classements internationaux relatifs aux apprentissages.

Les 7 enjeux de la mise en place de la « nouvelle école » selon le CSEFRS

Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) a publié un rapport intitulé « Al-Madrassa al-Jadida : un nouveau contrat social pour l’éducation ». Ce document stratégique propose une vision ambitieuse de l’école du futur.

« Cette parution intervient dans le sillage des mutations profondes que connaît le système éducatif et des défis majeurs auxquels il fait face et conformément aux hautes orientations royales portant sur la mise en place d’une nouvelle école, basée sur l’équité, l’égalité, la qualité, la promotion de l’individu et le progrès de la société », indique un communiqué du CSEFRS.

Ce document s’inscrit également dans le cadre d’une vision prospective dont le but est de parvenir à une compréhension commune du concept qu’est « Al-Madrassa al-Jadida », poursuit la même source, notant qu’il s’agit du fruit d’une réflexion collective menée par un groupe de travail dédié, selon une approche ambitieuse et globale, à laquelle ont adhéré les différentes commissions du Conseil.

Le rapport a adopté dans son analyse deux approches complémentaires, la première vise à approfondir, de manière globale et coordonnée, la réflexion autour du concept d' »Al-Madrassa al-Jadida » tel que défini par la vision stratégique et les dispositions de la loi-cadre 51.17, tandis que la seconde a pour objectif d’anticiper les enjeux éducatifs futurs auxquels le système devra faire face.

À cet effet, ce document vise à mettre la lumière sur les problématiques transversales qui entravent la mise en place de cette nouvelle école et à proposer des choix audacieux permettant de renforcer des politiques harmonieuses et coordonnées sur le court terme, dans l’optique de réaliser les objectifs de la vision stratégique 2015-2030, en anticipant les choix éducatifs possibles sur le long terme.

Il vise aussi à aider les différentes parties prenantes à s’approprier le concept d' »Al-Madrassa al-Jadida » et à les encourager à adhérer effectivement au processus de réforme.

Le rapport présente sept enjeux principaux qui représentent les bases de la mise en place d’ »Al-Madrassa al-Jadida » et reflètent les problématiques transversales persistantes en dépit des réalisations accomplies en matière de politiques publiques.

Le premier enjeu traite des mutations profondes et de leurs éventuelles répercussions sur l’avenir du système éducatif, précise le CSEFRS, tout en mettant l’accent sur la nécessité de placer l’éducation et la formation dans le contexte d’un nouveau contrat social.

Le deuxième enjeu, précise la même source, porte sur les principes et les règles de gouvernance de l’école en tant qu’établissement indépendant. Le troisième enjeu, quant à lui, se penche sur l’interaction de cette école avec son environnement et sa communauté locale, établissant ainsi les bases de la gouvernance éducative locale.

En ce qui concerne le quatrième enjeu, il examine les relations de l’école avec les administrations centrales et territoriales en matière d’éducation et de formation, lesquelles, dans ce nouveau cadre, deviennent des structures d’appui, d’orientation et de régulation, plutôt que de contrôle administratif.

Après avoir mis en avant les bases de la « nouvelle école » en termes de gouvernance, d’interaction locale et de relations administratives, le cinquième enjeu présente les principes du nouveau modèle pédagogique, qui constitue une référence pour le développement des programmes et des cursus, conformément aux grandes orientations sociétales.

Le sixième, quant à lui, représente un enjeu transversal complexe, visant à s’affranchir des structures traditionnelles, fermées et morcelées, tout en appelant à une approche en matière d’éducation et de formation, en tant que projet sociétal intégré, loin des politiques sectorielles isolées.

Le septième enjeu aborde la problématique du leadership du changement, en mettant en lumière les défis liés à la mise en œuvre des réformes, conformément à une vision stratégique et à une loi-cadre, qui conduisent à une transformation systémique profonde du système éducatif, conclut le communiqué.

Le Conseil supérieur de l’éducation émet des critiques concernant des projets de loi sur l’enseignement

Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) a organisé le mardi 4 juillet une rencontre dinformation pour présenter ses avis approuvés par lassemblée générale organisée le 19 juin 2023, en réponse aux demandes du gouvernement concernant cinq projets de textes législatifs relatifs au système éducatif.

Ces avis concluent que les textes en question doivent être revus pour comprendre les observations et propositions présentées par les membres du Conseil, avant de transférer les moutures finales au Secrétariat général du gouvernement.

Notons qu’il s’agit, pour le projet de loi 59-21 et les projets de décret sur l’orientation scolaire et professionnelle et l’ingénierie linguistique, que nous allons traiter en profondeur dans cet article, du second avis du Conseil.

Projet de loi sur lenseignement scolaire : peut mieux faire

Le projet de loi 59-21 est l’un des piliers de la vision gouvernementale de la réforme de l’éducation, visant l’édification d’une nouvelle école. Ce texte ambitionne de réorganiser l’enseignement scolaire dans sa globalité. Inscrit dans le cadre de la réforme du secteur, il vise la promotion d’une école publique marocaine qui met l’apprenant au cœur de ses préoccupations et cherche à concrétiser les objectifs d’équité, d’égalité des chances, de qualité et de promotion de l’individu et de la société.

Après avoir examiné la dernière version de ce texte, le Conseil note que ce projet de loi n’inclut pas toutes les questions liées aux fonctions, aux tâches, aux composantes, à la gouvernance, au financement et à l’évaluation du système éducatif scolaire. Par conséquent, il a formulé une série d’observations à prendre en compte, aussi bien sur la méthodologie utilisée dans son élaboration que sur son contenu et sa forme.

Sur le plan méthodologique, le Conseil estime que le présent projet de loi est censé évoquer les principes et dimensions liés à toutes les composantes de l’enseignement scolaire, ainsi que les prescriptions législatives lencadrant, notamment la loi actualisée sur les Académies régionales déducation et de formation (AREFs).

Lélaboration de ce texte nécessite également l’élargissement du cercle des consultations, avec tous les acteurs du système éducatif, compte tenu de son importance. Le Conseil considère ainsi que ce projet nécessite ladoption dune dimension prospective et dune approche expérimentale.

En matière de contenu, le Conseil met laccent sur la nécessité de faire de l’intérêt de l’enfant la pierre angulaire de la constitution de lécole nouvelle. Cela implique ainsi la transition vers un modèle pédagogique basé sur les acquis de l’apprentissage et l’activation du rôle social de l’école afin dassurer un accès effectif à une éducation de qualité, tout en rappelant les principes de l’équité entre toutes les régions et tous les milieux.

Le CSEFRS appelle également à intégrer l’éducation culturelle, artistique et sportive dans les programmes des enseignants et des apprenants, et à renforcer les moyens nécessaires pour y parvenir, tout en travaillant à lapplication effective de l’indépendance de l’institution scolaire et limplication effective des familles dans le fonctionnement des établissements denseignement.

Il insiste par ailleurs sur la nécessité daméliorer limage du métier denseignant ainsi que la formation et les conditions de travail des cadres enseignants et de gestion, mais aussi dœuvrer au développement de l’enseignement à distance comme étant un mode d’apprentissage nécessaire.

Le Conseil appelle aussi à la participation effective des collectivités territoriales au développement de l’enseignement scolaire, tout en rappelant les mesures législatives, réglementaires et financières quexige cette participation.

Quant à sa forme, ce projet de loi requiert l’ajout d’un préambule qui intègre la notion de « nouvelle école » et qui précise les objectifs du projet, évoque son cadre de référence et explique les finalités du législateur en lédictant. Il appelle enfin à la fixation d’un calendrier pour la publication de ses textes réglementaires.

Notons qu’après l’avis émis par le Conseil en 2021, des améliorations ont été introduites au texte initial de ce projet de loi, avant quil ne soit transféré une seconde fois au Conseil le 20 mars 2023.

LIRE AUSSI : Avant-projet de loi sur lenseignement scolaire : nouvelle approche pédagogique et amélioration de l’orientation et de l’évaluation (2)

Orientation : plus de cohérence avec lensemble des composantes de la réforme

Le second avis du Conseil concerne le projet de décret relatif à l’orientation scolaire et professionnelle et au conseil universitaire. Comme pour le précédent projet de loi, ce texte a déjà fait lobjet dun premier avis du CSEFRS. Il a été déposé le 18 juin 2021 par le gouvernement pour un premier avis, après lequel des améliorations y ont été apportées. Le texte modifié a été déposé une seconde fois au CSEFRS le 16 février 2023.

Sur ce texte, le Conseil appelle principalement à la cohérence avec l’ensemble des composantes de la réforme pédagogique, en prenant en compte les exigences nécessaires pour mettre en place un nouveau système dorientation scolaire, professionnelle et universitaire.

« Ce projet de décret, dans sa nouvelle mouture, n’a pas permis de clarifier ce qu’est l’orientation, et ses concepts structurants, de manière à assurer la mise en place dun système dorientation unifié, intégré et complet pour tous, à savoir lenseignement scolaire, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, lenseignement originel et la lutte contre lalphabétisme », lit-on dans l’avis du Conseil.

« Cette nouvelle version a également démontré que ce projet repose sur une approche circonstancielle, sélective et fragmentée, qui conduit principalement à améliorer les composantes et les mécanismes du système actuel, sans parvenir à la réforme éducative globale souhaitée. »

Le Conseil considère que lorientation remplit des fonctions éducatives diverses et intégrées, qui visent principalement à accompagner et à suivre le développement des compétences individuelles et des acquis des apprenants, développant ainsi leur autonomie et renforçant léducation au choix. Lorientation aide également ces derniers à réussir leurs apprentissages et à acquérir la capacité de s’adapter aux exigences de la vie professionnelle et à l’évolution du marché du travail.

A cet égard, ses membres soulignent la nécessité d’une cohérence de l’ensemble des composantes de la réforme pédagogique pour la construction de la « nouvelle école », et appellent ainsi à sappuyer sur un ensemble dexigences, à leur tête la publication des textes législatifs de base relatifs à la mise en place du comité permanent de renouvellement et dadaptation continus des curricula, des programmes et des formations, et lélaboration des référentiels et guides de référence, lélaboration dun nouveau modèle de promotion des métiers de lorientation scolaire, professionnelle et universitaire, lélaboration dun cadre national de référence pour la certification, et la création dun observatoire pour mettre en adéquation les nouveaux métiers et formations avec les besoins du marché du travail.

Afin détablir une nouvelle perspective structurée dorientation, le Conseil recommande que le contenu du décret soit compatible avec les exigences de la loi-cadre 51-17 et des textes législatifs et réglementaires qui sy rattachent. Il souligne également la nécessité dengager une nouvelle dynamique de réforme globale du système d’orientation scolaire, professionnelle et universitaire, fondée sur la coordination entre toutes les composantes du système et le respect des délais fixés dans la loi-cadre.

Application de lingénierie linguistique : le texte manque de détails

L’avis rendu par le Conseil autour du projet de décret fixant les applications de l’ingénierie linguistique dans l’enseignement scolaire, la formation professionnelle et l’enseignement supérieur, intervient dans un contexte spécial, marqué par la publication, en mai, par le ministère de l’Education nationale, de deux circulaires sur la généralisation progressive de lenseignement de la langue anglaise au collège à partir de la prochaine rentrée scolaire, ainsi que la langue amazighe dans le cycle primaire.

Dans son avis, le CSEFRS souligne la nécessité de mettre en place des procédures structurelles générales et détaillées pour la mise en œuvre dune ingénierie linguistique cohérente avec les documents de référence, à savoir la loi-cadre 51-17, la loi 105.12 relative au CSEFRS et la vision stratégique de réforme de l’enseignement à l’horizon 2030.

Comme pour les deux autres textes, le Conseil a déjà émis un premier avis autour du présent projet de décret en 2021. La seconde demande d’avis a été déposée par le gouvernement le 16 février 2023.

Il est à noter que ce texte se compose de trois parties. La première fixe les modalités générales de lapplication de lingénierie linguistique et les dispositions à prendre en compte par les autorités compétentes, avec le détail de cette application par cycle. La seconde, quant à elle, comporte les objectifs et les principes de base encadrant l’application de l’ingénierie linguistique. Enfin, la troisième comporte les modalités d’entrée en vigueur de ce texte.

Plus en détail, le Conseil estime que l’intégralité des articles de ce projet s’est limitée à rappeler les objectifs et principes fondamentaux liés à l’application de l’ingénierie linguistique au lieu de les détailler et de les traduire en procédures pratiques.

Le Conseil note également que ce projet sappuie à la fois sur la loi réglementaire relative à la définition des étapes dactivation du caractère officiel de l’amazighe et sur la loi réglementaire relative au Conseil national des langues et de la culture marocaines. Cependant, son contenu n’évoque pas ces lois. Le Conseil constate alors l’absence de données de base concernant la vision procédurale pour la mise en œuvre de lingénierie linguistique, et ce au niveau des :

principes et piliers, en particulier la manière dactiver le principe déquité et dégalité des chances et comment sacquitter des exigences du cadre législatif ;

applications pédagogiques, notamment les contrôles relatifs au cadre de référence des cursus et aux référentiels des programmes et des formations, le rôle du comité permanent de révision des curricula et des programmes, la terminologie et les concepts de base, les niveaux de référence et les indicateurs de maîtrise de la langue, les mécanismes et règles de la délivrance des certificats et les ressources humaines ;

applications institutionnelles.

Le Conseil insiste aussi sur la nécessité danticiper, en préparant les ressources humaines nécessaires et en définissant les conditions juridiques daccès au métier d’enseignant de langues, et les conditions pédagogiques de formation, denseignement et d’évaluation professionnelle, notamment en définissant des normes et des niveaux de contrôle des compétences linguistiques nécessaires à la pratique de l’enseignement en langues.

Il appelle par ailleurs à la nécessité de fixer des délais maximaux pour la mise en œuvre des mesures procédurales d’application de l’ingénierie linguistique au niveau de chaque filière, niveau et composante du système éducatif, en plus de :

ajuster le contenu du texte en ce qui concerne les définitions et les déterminants visant les applications dingénierie linguistique ;

– prendre en compte les documents de référence qui seront adoptés pour activer l’ingénierie linguistique ;

– mettre en place des structures et définir les rôles des acteurs à tous les niveaux ;

– adopter un suivi et une évaluation, notamment en procédant à des évaluations institutionnelles régulières des curricula, des programmes et des formations linguistiques.