Kafala transfrontalière : Abdenabaoui veut mettre fin aux blocages administratifs
Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) veut mettre fin aux lenteurs et irrégularités dans la gestion des procédures de kafala impliquant des candidats résidant à l’étranger.
Dans une note interne adressée au début de ce mois de juin aux présidents des tribunaux de première instance, M’hammed Abdenabaoui, président délégué du CSPJ, alerte sur des blocages répétés liés au non-respect de certaines exigences juridiques.
La note, dont Médias24 détient copie, préconise l’usage de formulaires standardisés dans toutes les juridictions du Royaume.
La kafala – outil juridique permettant à un adulte de prendre en charge un enfant abandonné sans établir de filiation – diffère de l’adoption qui n’est pas légalement admise au Maroc. Elle n’accorde pas à l’enfant le statut d’héritier ni ne modifie son nom ou sa parenté d’origine, mais lui ouvre un cadre familial et une protection légale.
Des retards dus à des dossiers incomplets et à l’absence de coordination
Selon le CSPJ, de nombreuses difficultés entravent encore le bon déroulement du traitement des dossiers. Parmi elles : l’absence de consultation préalable avec l’autorité centrale de l’État de résidence du kafil (personne en charge), exigée par l’article 33 de la Convention de La Haye du 19 octobre 1996. Cette étape est souvent omise ou retardée par des rapports d’enquête incomplets, ne comportant pas les données nécessaires sur le candidat ou l’enfant.
Des retards sont également signalés dans le suivi des kafalas une fois celles-ci mises en œuvre à l’étranger, faute de transmission d’informations précises ou de pièces justificatives aux autorités chargées du contrôle.
Pour y remédier, le CSPJ met à disposition des magistrats une série de modèles couvrant toutes les étapes du processus : requêtes types (selon que la demande émane d’un couple musulman ou d’une femme seule), rapports de situation, lettres types pour la consultation préalable avec le ministère de la Justice, courriers à destination des consulats marocains pour le suivi à l’étranger, ainsi qu’un modèle de consentement personnel à remplir par l’enfant s’il est âgé de plus de 12 ans, conformément à la loi 15.01.
Le Conseil demande la diffusion immédiate de ces modèles auprès des juges chargés des mineurs, avec obligation de les utiliser systématiquement.
Ces documents sont disponibles sur l’espace réservé aux magistrats du site officiel du CSPJ. Un premier retour d’expérience est attendu un mois après leur adoption, accompagné d’éventuelles propositions d’ajustement.
La kafala en chiffres : 24.462 interventions du ministère public en 2023
Les derniers chiffres sur la Kafala au Maroc remontent à 2023. Ils figurent dans le rapport annuel de la présidence du ministère public. Cette institution a enregistré 24.462 actions en lien avec ce dispositif au cours de l’année 2023.
Les chiffres témoignent d’une activité soutenue sur plusieurs volets :
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Enfants abandonnés :
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Nouveaux-nés retrouvés (garçons) : 172 cas
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Nouveaux-nés retrouvés (filles) : 112 cas
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Enfants abandonnés (garçons) : 1.139 cas
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Enfants abandonnés (filles) : 1.026 cas
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Mesures provisoires :
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Placements temporaires en institutions : 666 cas
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Placements temporaires chez des particuliers : 2.879 cas
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Procédures civiles et judiciaires :
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Demandes d’enregistrement à l’état civil : 11.403
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Déclarations officielles d’abandon : 2.623
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Enquêtes préalables à la kafala : 2.013
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Ordonnances de kafala exécutées : 1.382
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Appels des décisions de kafala : 82 cas
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Suivis post-kafala : 908 enquêtes
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Retrait de la kafala :
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Pour manquement du kafil (tuteur) : 6 cas
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Sur renonciation du kafil : 23 cas
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Pour l’intérêt supérieur de l’enfant : 5 cas
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Retraits exécutés par la force publique : 1 cas
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Retraits exécutés par huissiers : 22 cas
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Selon le rapport, l’activité de la justice dans ce domaine a augmenté de 16,1% par rapport à 2018, soit 3.403 interventions supplémentaires. Cela est dû principalement à une hausse du nombre de demandes d’enregistrement à l’état civil et de déclarations d’abandon, ainsi qu’à l’accroissement des mesures de placement provisoire.
En revanche, on note une baisse de 21% du nombre de nouveau-nés retrouvés, accompagnée d’une hausse de 31,3% des cas d’enfants abandonnés, ce qui traduit un changement dans les formes de signalement et de prise en charge.