Extraditions : le Maroc émet deux fois plus de demandes qu’il n’en reçoit
39 demandes d’extradition adressées aux autorités marocaines en 2023, contre 72 émises par le Royaume. C’est ce que révèle le rapport annuel de la présidence du ministère public de 2023.
L’analyse des données relatives aux demandes d’extradition adressées au Maroc et émises par les autorités marocaines en 2023 met en lumière plusieurs importants aspects concernant la coopération judiciaire internationale, et les défis auxquels le Maroc est confronté dans ce domaine.
Tout d’abord, en ce qui concerne les demandes reçues par le Maroc, 39 demandes d’extradition ont été émises par différentes autorités judiciaires étrangères. Parmi celles-ci, seules 8 ont été exécutées, soit un taux d’exécution d’environ 20,5%. Ce taux relativement faible peut être attribué à une multitude de facteurs, tels que la complexité des procédures judiciaires, les exigences légales marocaines, ou encore des considérations diplomatiques.
Il est également important de noter que ces 8 extraditions exécutées concernent uniquement les demandes reçues en 2023, tandis que le nombre total d’extraditions effectuées sur l’année, toutes périodes confondues, s’élève à 25.
Le Maroc fait face à un grand nombre de demandes en cours de traitement (31), ce qui montre qu’une part importante des demandes d’extradition reste en suspens. Parmi les pays ayant adressé des demandes au Maroc, la France se distingue avec 10 demandes, suivie de l’Espagne (5) et de l’Arabie saoudite, de la Suisse et de la Tunisie (3 chacune).

42 demandes d’extradition adressées à l’Espagne
D’autre part, les autorités marocaines ont émis un total de 72 demandes d’extradition à l’international, soit presque le double des demandes reçues. Là encore, l’Espagne se distingue, avec 42 demandes émises à son adresse, représentant 59% du total des demandes marocaines.
Selon la présidence du ministère public, cette concentration des demandes vis-à-vis de l’Espagne s’explique en partie par la proximité géographique et la présence d’une large communauté marocaine dans ce pays. La France et l’Allemagne suivent avec 5 demandes chacune. Cependant, malgré le grand nombre de demandes émises, seulement 6 extraditions ont été effectivement réalisées, soit un taux d’exécution de 8,3%.
Ce faible taux d’exécution soulève plusieurs interrogations sur les obstacles rencontrés par le Maroc pour obtenir l’extradition de suspects. Parmi ces obstacles, on retrouve des questions juridiques complexes, des considérations politiques, ainsi que des problèmes liés à la coopération judiciaire internationale.
Les données révèlent également une asymétrie importante entre les demandes reçues et les demandes émises par le Maroc. En effet, le Maroc semble beaucoup plus actif dans l’émission de demandes d’extradition qu’en matière de réponse aux demandes étrangères. Cette différence souligne l’importance de renforcer la coopération judiciaire internationale et d’adapter les accords bilatéraux d’extradition pour faciliter la mise en œuvre des demandes d’extradition.

À noter que, selon le rapport de la présidence du ministère public, les demandes émises par le Maroc concernent principalement des infractions transnationales, telles que le trafic de drogue (11 demandes), mais aussi des infractions liées à la cybercriminalité et des actes de terrorisme, chacune faisant l’objet d’une seule demande.
Il convient de rappeler que les délais de traitement des demandes d’extradition peuvent s’avérer très longs. L’exemple de Mohamed Boudrika, en détention à Hambourg depuis juillet 2024, en est une parfaite illustration.
Dans un précédent article, Soufiane Bairouk, juriste basé en Allemagne, explique qu’il n’existe pas, en droit allemand, un délai maximal pour le traitement d’une demande d’extradition. Si les législations diffèrent d’un pays à l’autre, de manière générale, les demandes de ce type traînent dans le temps. D’où le faible nombre de demandes exécutées.