Produits du terroir. Les coopératives marocaines en vitrine à Berlin

Le Royaume dispose d’un pavillon de 623 m², l’un des plus importants du salon. 20 coopératives issues des 12 régions du pays y présentent une panoplie de produits, dans un espace regroupant également des pays comme la Pologne, la Tchéquie, la Norvège, la Suède, le Brésil, le Portugal ou le Sri Lanka.

Le pavillon marocain a été inauguré le vendredi 16 janvier par le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, en présence du ministre allemand de l’Agriculture, Alois Georg Josef Rainer, ainsi que de représentants diplomatiques et de responsables institutionnels.

Les retombées économiques

Interrogée par Médias24 sur l’impact concret de la participation à la Semaine verte de Berlin sur les revenus des coopératives, Ghita El Ghorfi, directrice générale de Morocco Foodex, met en avant des résultats immédiats et mesurables.

Selon elle, la présence marocaine sur le salon répond à une demande réelle du marché européen, en particulier pour les produits du terroir.

« Aujourd’hui, on a une vingtaine de coopératives présentes. On reçoit beaucoup plus de demandes, mais l’espace ne permet pas d’en accueillir davantage. Le premier indicateur, c’est que les produits marocains, notamment les produits du terroir, sont très connus et très demandés ici », explique-t-elle.

« On est situés à l’entrée du salon, ce qui offre une très bonne visibilité. Les coopératives réalisent un chiffre d’affaires concret pendant le salon », poursuit notre source.

Pour ce qui est des retombées commerciales à moyen terme, Ghita El Ghorfi indique que la participation au salon permet à certaines coopératives marocaines de conclure des accords commerciaux.

« Certaines coopératives arrivent à faire du business après le salon, notamment avec des grandes surfaces ou des revendeurs en Allemagne », précise-t-elle.

Sur les critères de sélection des coopératives participantes, la responsable de Foodex évoque en priorité les exigences réglementaires liées à l’export.

« Le premier critère, c’est la conformité à la réglementation pour l’exportation. Il y a un certain nombre de normes à respecter, et on essaie d’être très rigoureux pour fiabiliser l’origine marocaine et être irréprochables sur ce plan », indique-t-elle.

La sélection vise également une certaine diversité de l’offre. « On cherche à diversifier. Des produits classiques, mais aussi des produits un peu plus novateurs. Et chaque année, on essaie de donner la chance à de nouvelles coopératives », ajoute la DG de Foodex.

Sur la capacité des coopératives présentes à répondre à des commandes à l’export, Ghita El Ghorfi souligne que les situations varient selon les structures.

« Pas toutes, bien sûr. Certaines ont la capacité, en termes de travail et de capital, de fournir des volumes à l’export, mais ce n’est pas le cas de l’ensemble ».

Elle précise toutefois que l’objectif de la participation ne se limite pas aux seules structures déjà prêtes à exporter.

« Le but n’est pas de ramener uniquement des coopératives qui exportent déjà ou celles qui ont cette capacité. Certaines participent aussi à l’image du Maroc et à la valorisation du modèle coopératif », souligne-t-elle.

Selon elle, le salon constitue souvent une première étape dans un processus de montée en gamme. « Certaines coopératives viennent, puis grandissent progressivement. Lorsqu’elles perçoivent un potentiel, elles peuvent s’agréger avec d’autres coopératives », conclut-elle.

Ce qu’en disent les coopératives exposantes

Médias24 a également sondé l’avis de quelques coopératives participantes.

Parmi ces coopératives, Tigmi Ouargan, basée à Guelmim et active dans les produits alimentaires et cosmétiques. La coopérative produit notamment de l’amlou et de l’huile d’argan.

Présente depuis plus de 14 ans au sein de la coopérative, Yamina Hammou participe pour la première fois à un salon international. Jusqu’ici, Tigmi Ouargan avait surtout pris part à des événements nationaux, dont le SIAM à Meknès.

« C’est ma première participation à un salon à l’étranger. J’ai déjà exposé au Maroc, mais Berlin représente une grande opportunité pour nous », indique-t-elle.

La coopérative regroupe aujourd’hui 5 femmes, toutes impliquées dans les différentes étapes de production.

Autre coopérative rencontrée, Tighzratine, présidée par Khadija Elhamss, est implantée dans la province de Taza. Créée en 2011, la coopérative est spécialisée dans la production et la commercialisation d’amandes naturelles et brutes, sans transformation.

Pour la présidente, la participation à la Semaine verte constitue une première expérience à l’international. « C’est ma première sortie à l’étranger, même si j’ai déjà participé à plusieurs salons au Maroc », indique-t-elle.

Elle estime que ce type d’événement offre une visibilité importante aux produits marocains et crée des opportunités concrètes. « Le salon permet de faire connaître nos produits et d’ouvrir des perspectives commerciales. J’ai déjà pu réaliser quelques ventes », précise-t-elle.

La coopérative emploie aujourd’hui 69 collaboratrices, un chiffre qui illustre le rôle économique et social de ces structures dans les zones rurales.

« La coopérative est une source de revenus pour beaucoup de femmes de la région », souligne Khadija.

Une autre coopérative, implantée à Dakhla et spécialisée dans la production du couscous aux cinq céréales, a également été sondée par nos soins. Présidée par Fatma Lghalia Charraradi, celle-ci est habituée des salons et cumule plusieurs participations aux niveaux national et international.

Fatma a pris part à des événements au Maroc, mais aussi en Allemagne à deux reprises, ainsi qu’en Suisse, en France, en Italie, en Espagne et aux Émirats arabes unis.

Pour elle, l’impact de ces salons est important. « Que ce soit au Maroc ou à l’étranger, les salons sont bénéfiques. Ils ouvrent des opportunités de partenariats et de réseautage, y compris avec d’autres coopératives marocaines », explique-t-elle.

« Nos produits sont 100% naturels et reflètent un savoir-faire traditionnel que nous cherchons à valoriser à l’international », conclut la présidente.

Produits du terroir : deux nouveaux marchés solidaires prévus à Marrakech et Rabat

A l’instar de celui de Casablanca, les marchés solidaires sont très importants pour les coopératives car ils leur permettent d’atteindre des consommateurs inaccessibles. Raison pour laquelle la construction de deux nouveaux marchés à Marrakech et Rabat est prévue à l’avenir. 

« Le marché solidaire est un important débouché pour les coopératives. Il en abrite plus de 200 qui sont contrôlées en amont et en aval des chaînes de production et de valorisation », explique Mahjouba Chkail, directrice du développement de la commercialisation des produits du terroir, à l’Agence de développement agricole (ADA).

A ce jour, plus de 800 coopératives possèdent l’autorisation de commercialisation accordée par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). « L’accompagnement en matière de commercialisation n’est possible qu’avec ces coopératives, qui représentent au total 40% à 50% de l’ensemble des structures existantes », précise-t-elle. Ces marchés sont également des baromètres de la qualité des produits qui y sont exposés. 

« Des agents de l’ADA y effectuent des contrôles inopinés et mensuels, en se faisant passer pour des clients lambda. Ils y achètent des produits qui seront par la suite analysés dans les laboratoires dédiés à cet effet. »

Toutefois, les coopératives n’ont pas toutes la chance d’exposer leurs produits dans les marchés solidaires du Royaume, dont le plus important se situe à Casablanca, à quelques pas de la gare ferroviaire Casa Oasis. Et pour cause, ce dernier « est particulièrement congestionné par l’offre. De fait, nous avons énormément de difficultés pour y faire de la place à nos produits », déplore un membre d’une coopérative de la région Souss-Massa.

En ce sens, les deux marchés solidaires qui verront le jour à Rabat et Marrakech, sur le modèle de celui de Casablanca vont permettre à des centaines de coopératives de disposer d’un revenu mensuel stable.